70 ans après, souvenons-nous…

Présentation

Le Programme du Conseil National de la Résistance souvent abrégé en Programme du CNR, et intitulé dans sa première édition « Les Jours Heureux par le C.N.R. »1, est un texte adopté à l’unanimité par le Conseil National de la Résistance français le 15 mars 1944.

Le CNR regroupait :

  • huit mouvements de RÉSISTANCE intérieure : “Combat”, “Libération zone Nord”, “Libération (Sud)”, “Francs-tireurs partisans (FTP)”, “Front national” (rien à voir avec le Front national actuel), “Organisation civile et militaire” (OCM), “Ceux de la Résistance” (CDLR), “Ceux de la Libération” (CDLL),
  • les deux grandes confédérations syndicales de l’époque : CGT (réunifiée) et CFTC,
  • six représentants des principaux partis politiques reconnaissant la France Libre, dont le parti communiste, le parti socialiste, les radicaux, la droite républicaine et les démocrates-chrétiens.

Il s’est réuni pour la première fois, le 27 mai 1943 à Paris, réunion organisée par Jean Moulin sous l’impulsion du Général De Gaulle.

Son programme très ambitieux, prônait la participation des citoyens à la conduite de la nation et leur émancipation sur les forces de l’argent :

Il comporte deux parties :

  • la première concerne les mesures urgentes à prendre : la chasse et la traque de l’ennemi, la lutte contre la déportation, l’éviction des traitres, de tous ceux qui ont pactisé avec les nazis, la création de comités départementaux de libération…
  • la seconde ne tient que sur deux pages, mais ces deux pages vont bouleverser l’histoire de France. Elles sont consacrées à l’avenir de la France et sont titrées : « mesures à appliquer dès la libération du territoire ».

Dans la seconde partie, « Mesures à appliquer dès la Libération du territoire », il est d’abord prévu de « veiller au châtiment des traîtres et l’éviction, dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle, de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration » et d’instaurer la confiscation des biens traîtres et des trafiquants de marché noir.

Viennent ensuite :

  • des mesures politiques, comme le rétablissement de la démocratie, du suffrage universel et de la liberté de la presse ;
  • des mesures économiques, caractérisées par « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », ce qu’on appellera généralement les nationalisations, et qui est exprimé dans le texte comme « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » ;
  • des mesures sociales, dont un rajustement important des salaires, le rétablissement d’un syndicalisme indépendant et des délégués d’atelier et « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».

Une grande partie de ce programme a été effectivement appliquée après la guerre (sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des féodalités économiques à la Libération, droit à la culture pour tous, presse écrite délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales agricoles, etc).

Le Programme

Le voici en mode texte (passez directement à la seconde partie si besoin) :

LE PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la RÉSISTANCE n’a pas d’autre raison d’être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.
Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n’est, en effet, qu’en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité.

Aussi les représentants des organisations de la RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R. ,

délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s’unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d’action immédiate contre l’oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.

I – PLAN D’ACTION IMMÉDIATE

 Les représentants des organisations de RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l’oppresseur hitlérien poursuit avec l’aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d’un million de prisonniers, par la déportation d’ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l’emprisonnement de 300.000 Français et par l’exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.

Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l’armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d’abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l’avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l’envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.

Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l’espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l’Europe, a placés dans leur volonté d’abattre l’Allemagne nazie, par le déclenchement d’opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l’épreuve décisive.

Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale pour qu’il mette tout en oeuvre afin d’obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la RÉSISTANCE ne veulent pas et d’ailleurs ne peuvent pas se contenter d’une attitude passive dans l’attente d’une aide extérieure, mais qu’ils veulent faire la guerre, qu’ils veulent et qu’ils doivent développer leur RÉSISTANCE armée contre l’envahisseur et contre l’oppresseur.

Ils constatent, en outre, que la RÉSISTANCE Française doit ou se battre ou disparaître; qu’après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l’offensive des Français contre l’ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.

Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l’ampleur des arrêts de travail le 11 Novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l’union des patrons et des ouvriers, l’échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l’appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l’armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu’il doit poursuivre et accroître cette lutte.

En conséquence, les représentants des organisations de RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Déclarent que c’est seulement par l’organisation, l’intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l’union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l’a dit le Général De Gaulle, de l’insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le C.N.R, sous l’autorité du C.F.L.N, dès que les circonstances politiques et militaires permettront d’assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.

Ils ont l’espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l’état major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l’aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l’ennemi commun, ainsi que l’a démontré l’exemple glorieux des patriotes corses.

Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l’armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.

***

Pour mobiliser les ressources immenses d’énergie du peuple français, pour les diriger vers l’action salvatrice dans l’union de toutes les volontés, le C.N.R décide :

D’inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d’entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n’existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.

Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (C.D.L). Ils seront soumis à l’autorité des C.D.L qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d’action et la ligne politique déterminée par le C.N.R.

Le but des ces comités sera, à l’échelon communal, local et d’entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l’ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l’assistance active à l’égard des patriotes sous l’impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d’entraîner les Français qu’ils auront su grouper à l’action armée pour la Libération.

Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les C.D.L, appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation imposées par l’ennemi, de l’extérieur et de l’intérieur.

Ces comités devront :

  • 1) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l’ennemi et augmentant le potentiel humain de la RÉSISTANCE ;
  • 2) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de DARNAND ainsi que les mouchards et les traîtres ;
  • 3) Développer l’esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ;
  • 4) Développer, d’une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés; d’autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;
  • 5) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français pour une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d’obtenir l’augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l’ennemi, de façon à rendreà la population un minimum de vital en matière d’alimentation, de chauffage et d’habillement ;
  • 6) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers,des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;
  • 7) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d’installations industrielles pour le compte de l’ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l’ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;
  • 8) Défendre à l’intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde de Vichy et de l’Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.

Tout en luttant de cette façon et grâce à l’appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d’entreprises devront en outre:

  • a) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l’Intérieur par l’accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;
  • b) En accord avec les états majors nationaux, régionaux et départementaux des F.F.I, organisées milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l’encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l’ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l’établissement effectif de l’autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux F.F.I dont l’autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le C.N.R prescrit de l’état major national des Forces Françaises de l’Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

  • 1) Donner ordre à toutes les formations des F.F.I de combattre dès maintenant l’ennemi en harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d’armes et de munitions afin d’en pourvoir les patriotes encore désarmés ;
  • 2) Faire distribuer les dépôts d’armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus aptes à se battre utilement dès à présent et dans l’avenir immédiat ;
  • 3) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes à l’échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d’efficacité ;
  • 4) Coordonner l’action militaire avec l’action de RÉSISTANCE de la masse de la nation en proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d’appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d’empêcher les réquisitions de vivres et d’installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l’occupant provisoire.

***

Ainsi, par l’application des décisions du présent programme d’action commune, se fera, dans l’action, l’union étroite de tous les patriotes, sans distinction d’opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l’insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.

Ainsi, par l’effort et les sacrifices de tous, sera avancée l’heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d’immenses richesses pourront être préservées.

Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d’entreprendre au lendemain de la libération la plus grande oeuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie.

II – MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la Libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques, groupés au sein du C.N.R. proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la Libération :

1 ) Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2 ) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3 ) Afin d’exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation, ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l’armistice par les gouvernements de l’Axe et par leurs ressortissants dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

4 ) Afin d’assurer :

  • l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
  • la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
  • la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ;
  • la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;
  • l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;
  • le respect de la personne humaine ;
  • l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :

  • l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
  • une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des États fascistes ;
  • l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
  • le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
  • le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
  • le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

b) Sur le plan social :

  • le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;
  • un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
  • la garantie du pouvoir d’achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;
  • la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
  • un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
  • la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
  • l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance contre les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;
  • une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
  • le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation. Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale.

L’union des représentants de la RÉSISTANCE pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourraient freiner leur action et ne servir que l’ennemi.

En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président, le général De Gaulle !

En avant pour le combat, en avant pour la victoire, afin que VIVE LA FRANCE !

LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE


L’Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004

(Appel à la commémoration du 60e anniversaire du programme du C.N.R. de 1944)

Cet important texte “testamentaire”, passage de témoin d’une génération aux suivantes, a été proclamé à Paris, maison de l’Amérique latine, le 8 mars 2004, à l’initiative du mouvement ATTAC sur une idée de l’association “Nantes Est Une Fête”.

Photo souvenir de la proclamation de l’Appel des Résistants aux jeunes générations, à Paris le 8 mars 2004 (de gauche à droite : Jean-Pierre Vernant, un journaliste de France Inter, Raymond Aubrac, Stéphane Hessel Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London).

 

Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004

Appel à la commémoration du 60e anniversaire du programme du C.N.R. de 1944

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.

Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

 

– Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des ” féodalités économiques ” , droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques,
intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.
– Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau ” Programme de Résistance ” pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
– Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande,le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés,contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

 

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :

” Créer, c’est résister. Résister, c’est créer “.

Signataires :Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, PhilippeDechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont,Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, MauriceVoutey.

Les personnalités de la Résistance signataires de cet Appel du 8 mars 2004 (réunis suite à une invitation du mouvement ATTAC) sont :

  • Lucie AUBRACdécédée le 14 mars 2007, enseignante, co-fondatrice du mouvement résistant « Libération », prend la tête d’un commando armé pour libérer son mari arrêté à Lyon par la Gestapo. A la Libération, elle est chargée de superviser l’installation des comités départementaux de Libération (notamment à Nantes).
  • Raymond AUBRACdécédé le 10 avril 2012, ingénieur, co-fondateur de « Libération-Sud », membre de l’Etat-major de l’Armée secrète, arrêté deux fois, commissaire de la République à Marseille (préfet régional) lors de la Libération.
  • Henri BARTOLI, décédé le 1er octobre 2008, reconnu “Juste parmi les nations” (pour avoir sauvé des Juifs),résistant alors qu’il est lycéen et étudiant, diffuse« Témoignage chrétien » clandestin et des faux-papiers, travaille au sein du CNR sur la politique économique d’après-guerre.
  • Daniel CORDIER, parachuté en France occupée, principal adjoint et secrétaire de Jean Moulin, fondateur du CNR (Conseil national de la Résistance)
  • Philippe DECHARTRE, résistant, membre des cercles de gaullistes historiques, plusieurs fois ministre et député après la guerre.
  • Georges GUINGOUINdécédé le 27 octobre 2005,instituteur, résistant dès l’été 1940, prend la tête des maquis de la région de Limoges (jusqu’à 20 000 combattants), ville qui est libérée sans attendre les Alliés, maire de Limoges après la guerre.
  • Stéphane HESSELdécédé le 27 février 2013, jeune allemand naturalisé français avant la guerre, rejoint de Gaulle en 1941, chargé de mission en France occupée, arrêté en juillet 1944 et déporté à Buchenwald puis Dora. Carrière d’ambassadeur après la guerre. Militant antiraciste. [Son ouvrage Indignez-vous, paru en 2010 , reprenant des extraits de cet appel, a été diffusé en plusieurs millions d’exemplaires dans de nombreuses langues].
  • Maurice KRIEGELVALRIMONTdécédé le 2 août 2006,syndicaliste avant la guerre, membre du Comité militaire du CNR, responsable militaire de la libération de Paris avec Rol-Tanguy. Député communiste après la guerre.
  • Lise LONDONdécédé le 31 mars 2012, ancienne des Brigades Internationales dans l’Espagne républicaine, capitaine dans la Résistance, ancienne déportée à Ravensbrück, épouse d’Arthur London (ministre tchèque victime du stalinisme en 1952).
  • Georges SÉGUY, ouvrier-imprimeur, résistant au sein des Francs-Tireurs et Partisans Français, arrêté en 1944, déporté au camp de Mauthausen, dirigeant syndicaliste après la guerre.
  • Germaine TILLIONdécédée le 19 avril 2008ethnologue spécialiste de l’Algérie avant la guerre, chef du réseau de Résistance du Musée de l’Homme, déportée à Ravensbrück, militante humaniste et anticolonialiste après la guerre
  • Jean-Pierre VERNANTdécédé le 9 janvier 2007, grand historien spécialiste de la Grèce antique, étudiant antifasciste avant la guerre, résistant dès 1940, organisateur militaire, libérateur de Toulouse avec ses camarades.
  • Maurice VOUTEYdécédé le 2 mai 2012, résistant, déporté à Dachau puis dans les camps du Neckar. Secrétaire général de la Fédération nationale des déportés et internés résistants patriotes (FNDIRP).

(Seuls 3 sont encore vivants en 2014, et ont entre 87 et 95 ans…)

 

Merci de rediffuser cet important Appel autour de vous, et notamment auprès des jeunes générations.

 

L’appel du CNR

Pour aller plus loin…

Le 27 mai 1943

Témoignage de Daniel Cordier sur le 27 mai 1943

Commémoration du 27 mai 1945 (sur la rue du four)

 

32 réponses à 15 mars 1944 : le programme du CNR

  1. TAGLIAFERRI Jean-Marc Le 15 mars 2014 à 05h07
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    L’Ile de la Réunion célèbre le 70è anniversaire du Programme du CNR à Saint Denis .
    chez “Arôme Café” samedi 15 mars 2014 de 10h à 17H, 40 bis rue de Nice

    Avec:
    * Commémoration des 70 ans du Programme du conseil national de la résistance
    * Conférence de presse
    * repas partagé
    * Exposition CNR en 15 panneaux muraux de 80*60
    * 1350 Kits “Anti-Requins” d’Attac contre les paradis fiscaux
    * présentation didactique du revenu de base
    * débats citoyens

    info sur http://aid97400.lautre.net/spip.php?article1299


  2. Kiwixar Le 15 mars 2014 à 07h36
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    Si nous partons du principe que nous sommes sous occupation étrangère (l’Internationale Financière), on va s’occuper des collabos à la Libération :
    – les hommes politiques qui ont permis ça (en particulier les députés qui ont voté pour le Traité de Lisbonne alors que les Français ont voté contre)
    – les journalistes


  3. THIEBAUT Raymond Le 15 mars 2014 à 07h57
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    “Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre Gaullistes et Communistes. Il est grand temps de le réformer. La liste des réformes? C’est simple, vous prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance.” DENIS KESSLER
    Et ils l’ont fait en parfait ” Chicago boys ”
    En fait,me semble-t-il, c’est pour une véritable alternative au capitalisme de désastre, modélisé par l’école de Chicago, qu’il devrait s’agir de lutter.


  4. Julian Le 15 mars 2014 à 08h20
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    Un immense remerciement pour cette publication à laquelle beaucoup font allusion sans vraiment la connaitre.

    Ceci frappera le lecteur qui la découvrira : l’homme y est central, l’humanité des hommes en est la finalité.

    Ceci se passait à l’occasion d’un terrible conflit, pas encore achevé (il y faudra plus d’un an encore).

    Le fait majeur est là : des factions violemment opposées dans la vie politique en temps de paix, ont su dépasser leurs antagonismes et, adossées à l’autorité morale du général de Gaulle et à la légitimité que leur conférait la lutte clandestine, bâtir un extraordinaire cadre pour le futur.

    Les principales mesures de ce Programme (elles ont fait notre bien-être depuis 70 ans) sont aujourd’hui durement, et ouvertement, attaquées par tous ceux, nombreux et agissants, qui veulent nous faire changer de civilisation.
    L’acte ultime de cette démolition sera sans doute (si nous laissons faire) le prochain Pacte Trans-Atlantique.

    Une angoisse m’étreint. Faudra-t-il que nous subissions de terribles et prochaines épreuves collectives pour que nous trouvions, enfin,la capacité de dépasser nos vaines querelles ?
    Pour que nous mobilisions en nous la force morale et l’intelligence nécessaire qui nous permettent de rebâtir un pacte social adapté à notre temps, aussi inspiré, aussi fondamentalement centré sur l’humain que le fut le Programme du CNR ?

    Jean Marie Domenach, aujourd’hui disparu et qui fut directeur de la revue Esprit, eût un jour cette fulgurance, que je crois profondément vraie , dans un débat avec Pierre Boutang :

    “Pour être au meilleur d’eux-mêmes les français ont besoin d’un projet qui aille plus loin qu’eux.”

    Les résistants de 1944 surent en bâtir un.

    Et si nous nous donnions cette ambition d’aller plus loin que nous ?


    • michel lambotte Le 15 mars 2014 à 21h07
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      Bonjour
      Je suis en parfaite symbiose avec le contenu de cette phrase, mais qu’entendez vous par “un pacte social adapté à notre temps”.
      Si vous ne tenez pas compte de ceci https://hosting.umons.ac.be/php/aspo/public_html/EPPW/pdf/cric33_bauquis.pdf vous aurez du mal.
      Si nous voulons respecter la mémoire de tous ceux qui ont souffert aussi bien en 14-18 que 40-45 ainsi que de tous ceux qui ont souffert des guerres coloniales il nous faut inventer un nouveau programme en s’inspirant de tout ce qui a été créé mais en tenant compte des nouvelles réalités que sont les limites planétaires qui sont le plus souvent ignorées.


      • Julian Le 16 mars 2014 à 19h17
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        Il faut en tenir compte. L’évidence s’impose.


  5. Tekituveux Le 15 mars 2014 à 09h14
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    Oui, le CNR, ciment de l’Unité du Pays et qui petit à petit, se voit déstructuré, pour ne quasi plus rien devenir …
    Il est simplement dommage de ne pas faire mention ici de l’UPR, seul parti politique à ouvertement et clairement afficher ses racines du CNR. Lesquelles sont tellement présentes qu’elles forment le coeur même du programme politique de ce parti.
    C’est d’autant plus dommage que , Mr Berruyer, vous êtes vous même venu à l’Université d’automne de l’an dernier faire un débat fort intéressant sur l’€ et l’Union Européenne.
    Il eut été logique je crois de mentionner l’UPR
    Merci


    • tekituveux Le 15 mars 2014 à 15h14
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      Je comprends bien Monsieur, mais il est vrai que nous sommes le 15 mars, jour anniversaire sur le sujet et qu’il était utile je pense de rappeler qu’il y a quand même au moins un parti politique pour qui le CNR est la base du programme politique.
      Bonne continuation et merci pour vos éclairages.


    • MARCAULT Le 15 mars 2014 à 15h19
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      [Modération : Oui – d’autant que quelqu’un d’autre en a déjà parlé, et qu’il y avait 18 commentaires comme le vôtre ce matin :)]


  6. Norton Le 15 mars 2014 à 09h16
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    La nation,un “gros mot” de nos jours,est la base incontournable pour comprendre ce qui a pu pousser ces français de touts bords à se rassembler dans la lutte contre l’esclavagisme nazi.C’est le récipient indispensable pour se reconnaître dans un destin commun et donc l’espace unique de toute démocratie.
    L’honneur,autre gros mot,c’est le carburant qui dynamise les luttes humaines contre toute forme d’asservissement.
    Les gens d’honneur mettant un point d’honneur à ne pas se vanter,ce véritable carburant du CNR,est resté dans l’ombre de cette discrétion et de cette modestie.

    Ce qui caractérise le CNR et l’ensemble des mouvements de résistance,c’est la détermination partagée et sans retour de mourir dans l’honneur plutôt que se soumettre.

    Constatant l’état du paysage politique français,dans lequel les “affaires”,les alliances,le corporatisme et j’en passe…,ont fini par reléguer la nation au rang des valeurs haïssables…;constatant le manque d’honneur de nos leaders et leurs petits arrangements entre amis,qui font de leur soupe quotidienne le bouillon d’onze heure de la démocratie,qui transforment les compromis nécessaires en compromissions et l’ouverture d’esprit en fracture du crâne…,j’ai honte de partager avec eux ma nationalité.
    Leur commisération larmoyante devant les valeurs du CNR est une insulte au sacrifice volontaire et conscient des résistants.

    Le CNR,c’était juste la dernière révolution française.

    Grâce à la clairvoyance de de Gaulle et de quelques proches,”l’Empire ” à été tenu en respect pendant presque un demi siècle.
    Insidieux dans les années 70,le retour de l’Empire s’affiche aujourd’hui décomplexé et incontournable…
    C’est l’absence d’honneur qui lui déroule le tapis rouge.


  7. Macarel Le 15 mars 2014 à 09h18
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    Les gens sont de plus en plus écoeurés de la politique politicienne, et de la “démocratie représentative”. Cependant tous ne vont pas s’abstenir, ou voter FN.
    D’ailleurs, à ce propos, aux européennes, le vote blanc devrait être compté à part.
    Il se passe des choses à la bases, de nombreuses associations oeuvrent pour créer d’autres manières de vivre ensemble, et d’autres manières de vivre tout court. Je pense au mouvement des villes en transition, aux “colibris” émules de Pierre Rhabi, à (V)élorution, à Attac, aux amis de la Terre, à Négawatt, à Sortir du nucléaire, et j’en oublie.
    C’est toute une forêt qui pousse, sans faire de bruit, contrairement aux classes de dinosaures de la politique qui se battent comme des chiens, sur des sujets qui sont créés de toute pièce pour faire diversion.
    Le mouvement des indignés, fait aussi parti de ce phénomène qui part de la base.
    Une révolution silencieuse est en marche, pour l’instant toutes ces énergies n’ont pas fait leur jonction, mais c’est en cours, la mue du vieux monde est cours.


    • michel lambotte Le 15 mars 2014 à 21h10
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      Merci Macarel
      Vous faites bien de le rappeler avec vos mots qui sont toujours très juste et touchant


  8. Macarel Le 15 mars 2014 à 09h24
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    A la veille des élections municipales, et à propos des menaces que fait peser le projet de Grand Marché Transatlantique sur les collectivités locales, je fais circuler ce teste de Raoul Marc Jennar :

    Le GMT et les municipalités

    Ce qui suit est tiré du mandat conféré par les 28 gouvernements de l’UE à la Commission européenne pour négocier avec les USA un grand marché transatlantique. Pour le texte complet du mandat, voir mon livre « Le grand marché transatlantique. La menace sur les peuples d’Europe. » Perpignan, Cap Bear Editions, 2014.

    Dès l’article 4 du mandat, il est précisé :

    « 4. Les obligations de l’Accord engageront tous les niveaux de gouvernement. »

    Ce qui signifie, si l’Accord est adopté dans les termes du mandat européen de négociation, qu’il s’appliquera non seulement aux Etats de l’UE, mais également à toutes les composantes de ces Etats : en France, les Régions, les Départements, les Communes ; en Belgique, les Communautés, les Régions, les Provinces, les Communes ; en Allemagne, les Lander et les Communes, …

    Les réglementations prises au niveau municipal sont directement visée par ce projet dès lors qu’elles produisent des normes considérées par les firmes privées comme des « obstacles inutiles à la concurrence » ou « plus rigoureuses qu’il est nécessaire ».

    Ce principe est rappelé avec plus de précisions encore dans d’autres articles du mandat :

    a) l’article 23, qui traite de la libéralisation (supprimer toutes les législations et réglementations restrictives) et de la protection (supprimer toute forme de taxation ou de contraintes sur les bénéfices) des investissements et qui enlève aux juridictions officielles au profit d’instances privées d’arbitrage le pouvoir de trancher un différend entre firmes privées et pouvoirs publics lorsqu’une firme privée estime qu’une législation ou une réglementation va à l’encontre de la libéralisation et de la protection des investissements, précise que « Toutes les autorités et entités infranationales (comme les États ou les municipalités) devraient se conformer efficacement aux dispositions du chapitre de protection des investissements du présent Accord. »

    Ceci signifie qu’une réglementation municipale pourra être attaquée devant un groupe d’arbitrage privé si elle est perçue par un investisseur américain comme une limitation à son « droit d’investir ce qu’il veut, où il veut, quand il veut, comme il veut et d’en retirer le bénéfice qu’il veut » (définition de l’investissement par les lobbies US).

    b) les Communes sont aussi visées par l’article 24 relatif aux marchés publics :

    24. L’Accord devra viser à compléter avec la plus grande ambition, en complément du résultat des négociations sur l’Accord sur les marchés publics, en ce qui concerne la couverture (les entités de passation des marchés publics, les secteurs, les seuils et les contrats de services, en ce compris en particulier dans la construction publique). L’Accord visera à accroître l’accès mutuel aux marchés publics à tous les niveaux administratifs (national, régional et local), et dans le secteur des services publics, couvrant les opérations pertinentes d’entreprises opérant dans ce domaine et assurant un traitement non moins favorable que celui accordé aux fournisseurs établis localement. L’Accord doit également inclure des règles et disciplines pour surmonter les obstacles ayant un impact négatif sur les marchés publics de chacun, y compris les exigences de localisation et les exigences de production locale, (…) et celles qui s’appliquent aux procédures d’appel d’offres, aux spécifications techniques, aux procédures de recours et aux exclusions existantes, y compris pour les petites et moyennes entreprises, en vue d’accroître l’accès au marché, et chaque fois que c’est approprié, de rationaliser, de simplifier et d’améliorer la transparence des procédures.

    On le constate, tous les aspects d’un appel d’offre sont visés. Des exigences de localisation (ex : exiger qu’un fournisseur d’un service comme l’approvisionnement des cantines scolaires soit localisé sur le territoire de la Commune et qu’il s’approvisionne chez des producteurs locaux) seront considérées comme ayant « un impact négatif » sur les marchés publics. L’accès des marchés publics locaux sera ouvert aux entreprises et firmes américaines au détriment des entreprises et firmes d’Europe ou de France, et à fortiori de la commune ou de la région. Les traités européens ont bien préparé le terrain de ce point de vue puisque des exigences de localisation ne peuvent déjà plus être imposées à des entreprises européennes.

    c) Enfin, l’article 45 étend à l’ensemble des dispositions de l’Accord le mécanisme prévu à l’article 23 dans le seul domaine de l’investissement (ainsi qu’à l’article 32 en ce qui concerne les normes sociales et environnementales) :

    « 45. Règlement des différends

    L’Accord comprendra un mécanisme de règlement des différends approprié, ce qui fera en sorte que les Parties respectent les règles convenues.
L’Accord devrait inclure des dispositions pour le règlement le plus indiqué des problèmes, comme un mécanisme de médiation flexible. »

    Ce qui signifie que toute espère de norme – sociale, sanitaire, alimentaire, environnementale ou technique – adoptée par une municipalité, dès lors qu’elle contrarie une firme privée, pourra être attaquée devant un mécanisme d’arbitrage privé.

    Il faut rappeler que le gouvernement PS approuve et soutient le mandat de négociation et que le Président PS de la République a même souhaité, lors de sa récente visite à Washington, que les négociations soient accélérées. Avec les coupes sombres décidées par ce gouvernement qui vont affecter encore plus le financement des collectivités locales, le grand marché transatlantique constitue une autre menace grave pour nos municipalités : celle de les mettre sous la coupe des firmes américaines qui feront la loi dans nos communes.

    A dix jours des élections municipales, voter pour des candidats se réclamant du PS ou alliés à celui-ci, c’est voter pour la colonisation de nos villes et de nos villages par les firmes américaines, c’est voter pour la disparition de notre artisanat, de nos petits viticulteurs, de nos petits agriculteurs, de nos petites et moyennes entreprises qui vont être broyés par les géants américains. Pensons-y le 23 mars. Et souvenons-nous que l’UMP soutient aussi ce projet et que le FN a voté contre une résolution proposant de faire de la Région PACA une « zone hors GMT ».


  9. Patrick Luder Le 15 mars 2014 à 09h35
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    Hola Olivier, Stop, pas si vite, il y a des interrogations à mettre en parallèle, car ce qui était valable hier ne l’est plus forcément aujourd’hui, non seulement le contexte est différent, mais les personnes n’ont plus du tout les mêmes habitudes, les mêmes réflexes … aujourd’hui un partis politique c’est juste >>> je lui donne ma voix ou non, on ne s’implique plus, on suit ou on ne suit pas, c’est tout !

    Mais sinon oui, il est bon de se souvenir de ces citoyens de hier, qui s’impliquaient encore à façonner leur propre monde, une société alors largement autonome, dont nous avons perdu aujourd’hui tout mécanisme de survie, toute habitude de s’interroger, dans un monde toujours plus complexe dont on essaie juste de tirer encore un peu, le max de profit pour nous même …


  10. BA Le 15 mars 2014 à 10h00
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    Admiration sans borne pour le programme du CNR, plus que jamais d’actualité.

    Nous savons ce qui va se passer tout au long du XXIème siècle.

    Nous savons quelles sont les quatre étapes que nous allons suivre tout au long du XXIème siècle :

    1- Effondrement.

    2- Ensuite, révolte.

    3- Ensuite, libération de la France.

    4- Ensuite, épuration.

    L’Histoire est un éternel recommencement.


  11. Norton Le 15 mars 2014 à 10h56
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    Il est bon pour préciser le contexte de la lutte des résistants et des gens du CNR,de dire combien leur action fut héroïque.C’est consciemment au péril de leur vie qu’ils se sont rassemblés et ont décidé d’agir pour se libérer…

    Que sommes nous prêts à faire aujourd’hui,au péril de nos vies?


    • catherine Balogh Le 15 mars 2014 à 14h42
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      Bonjour,
      Les mesures prônées par le CNR sont toujours d’actualité et sans doute un bon plan pour prévenir de la montée de la colère et de l’agressivité.En fait, il est un programme de bien vivre, de savoir être.
      Nous devons absolument nous battre pour que plus aucun traité ne soit signé sans l’assentiment des peuples et il est urgent que les banques soient enfin réglementées.


  12. FabriceM Le 15 mars 2014 à 12h28
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    Page 5 :
    ” la garantie du pouvoir d’achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie”

    Ca, bizarrement, on le laisse gentiment de côté ….


    • yann Le 15 mars 2014 à 14h17
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      C’est parce qu’en pratique le Général de Gaulle n’a pas hésité une seconde à dévaluer lorsqu’il le fallait. Ce fut même sa première décision lorsqu’il reprit le pouvoir en 58. Si vous voulez de la stabilité monétaire alors il faut l’équilibre de la balance des paiements ce qui passe par des instruments interdits aujourd’hui par dogmatisme libéral. À la sortie de la guerre ce fut protectionnisme et contrôle des changes de rigueur ce qui effectivement rendait possible par ailleurs la stabilité monétaire. Dans notre monde actuel qui se veut dérégulateur et anti-protectionniste, la stabilité monétaire c’est du suicide à court terme.


      • Norton Le 15 mars 2014 à 17h48
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        Grâce a l’UE,nous avons perdu les trois souverainetés qui faisaient de la France du CNR un pays libre:
        -souveraineté diplomatique,
        -souveraineté militaire,
        -souveraineté économique et monétaire…
        Tant que nous ne sortirons pas de l’UE de l’euro et de l’OTAN,les souhaits des uns et des autres,aussi censés puissent-t’ils être,resteront des voeux pieux et la France,même dirigée par les meilleurs gouvernants possible,continuera à s’enfoncer dans les oubliettes de l’histoire.
        Par contre,incapables de nous diriger nous-mêmes,nous serons de plus en plus ouvertement dirigés depuis Washington et wall street…Surtout avec des “gouvernants-larbins” qui en redemandent…
        La peine d’indignité nationale est faite pour eux…Le goudron et les plumes seront ma touche perso…


        • FabriceM Le 15 mars 2014 à 18h32
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          ” -souveraineté économique et monétaire…”

          L’histoire de toutes les banques centrales, et de la “souveraineté monétaire” comme vous l’appelez, c’est celle de la collusion entre le pouvoir et le monde de la banque, pour financer par l’émission de papier sans valeur (et donc, via l’inflation), des projets iniques tels que des guerres de colonisation.

          ‘la monnaie” n’existe pas. Il existe des monnaies d’échanges, qui sont à la base des biens physiques ayant une valeur reconnue par tous, tels que les métaux ou les céréales. La monnaie, sous sa forme actuelle, à savoir un signe à valeur fixée autoritairement hors de toute référence matérielle … est un instrument de dictature, un instrument de régression. Pour qu’un monde libre ET égalitaire advienne, il faut abolir les notions de “cours légal” et “cours forcé” d’une monnaie.


          • Norton Le 15 mars 2014 à 21h31
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            En 1945,la France à séparé les banques et les accord de Bretton Woods arrimaient les devises au dollar et le dollar à l’or.
            Même si ce n’était pas parfait,ça faisait moins désordre que la situation actuelle ou l’économie mondiale est dirigée depuis les bureaux de la FED…
            Ça a permis à l’économie française de se développer grâce au crédit public à taux zéro avec une vision à long terme.

            Un pays qui ne maitrise pas sa monnaie ne maitrise pas ses politiques et perd son statut de démocratie,puisque son peuple perd le pouvoir de financer les politiques qu’il se choisi…

            Dans l’Union Européenne,à part pour les pays qui n’ont pas voulu de l’euro,on en est là…


            • FabriceM Le 17 mars 2014 à 09h25
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              Un bout de papier sans valeur n’a jamais permis de financer quoi que ce soit.

              Au pire, ce sont les armées, et les systèmes dictatoriaux annexes, qui donnent de la “valeur” à ces morceaux de papier. Mais alors, il ne s’agit pas d’un instrument de développement mais d’un instrument de dictature.

              La dollar en est l’exemple typique.

              Le crédit public à taux zéro, aussi séduisante que puisse être cette idée, est une impossibilité matérielle. Une monnaie prêtée a un taux d’intérêt nul est une monnaie dont le pouvoir d’achat tend vers zéro. A moins, comme dans les dictatures (passées et présentes) , de mettre un flingue sur la tempe du vendeur.

              Ce qui a permis le développement des trentes glorieuses, ce ne sont pas les manipulations monétaires. La seule chose qui justifie d’intervenir dans les échanges, monétisés ou non, c’est la lutte contre le vol, le recèle, le blanchiment, et les crimes “réels” en général (les gouvernements sont des as pour inventer des faux crimes quand ça les arrange).


      • FabriceM Le 15 mars 2014 à 18h20
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        @Yann

        La dévaluation de 58 a été accompagnée d’un plan de rigueur d’une intensité inouïe (si si, renseignez vous) pour stabiliser le franc. Elle a été co-orchestrée par Jacques Rueff, libéral authentique et convaincu, promoteur de l’étalon or, et anti-keynésien, et libre-échangiste.

        Dire “le Général de Gaulle n’a pas hésité une seconde à dévaluer lorsqu’il le fallait” c’est passer à côté de l’essentiel de l’histoire.


        • yann Le 16 mars 2014 à 10h08
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          Un plan de rigueur accompagné d’un plan d’investissement massif. Vous avez une vision totalement tronquée de l’histoire économique du pays. D’autre part le pays avait une guerre sur les bras qui n’étaient pas sans impact sur l’économie générale au cas où vous l’auriez oublié. Le Général de Gaulle investissait dans l’avenir massivement, il faisait du Colbertisme plus que du libéralisme. On ne sort pas d’une récession ou d’une crise par la déflation et la réduction de la demande. Demande qui conditionne les investissements généraux des entreprises. D’autre part la situation actuelle dans le monde est différente de celle de l’époque. Il est aujourd’hui impossible de tirer notre croissance par les exportations. La seule possibilité est la relance de la demande intérieure, mais celle-ci n’est pas possible en régime de libre-échange comme le Japon va le redécouvrir rapidement. Seule une politique protectionniste visant à maintenir les échanges à l’équilibre couplé à une relance permettra un redressement de l’économie. La contrition libérale ne fait que creuser des déficits et produire du chômage. Cela fait quand même quarante ans que les politiques de l’offre sont pratiquées en Europe. Et le continent ne fait que couler, il faudrait peut-être ouvrir les yeux.


          • FabriceM Le 16 mars 2014 à 14h14
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            Vous faites de De Gaulle un keynésien qui il n a jamais été.

            Celui qui a une vision tronquée de l histoire, c est celui qui parle de la croissance des trentes glorieuses en terme d interventionnisme politique, et se garde bien d analyser le rôle des importations et de la consommation massive de pétrole dans cette période.

            Ou celui qui cessait de faire croire que nous vivons en période d austérité quand pas un budget n a été équilibré depuis 40 ans.

            Ce qui tue la France, c est la masse de parasites privés et public qui saignent les producteurs de richesse, travailleurs et patrons. Pas le libéralisme.


  13. Maud Le 15 mars 2014 à 15h24
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    Le détricotage n’a pas tardé ou tout au moins les coups de butoirs. Il serait intéressant d’en faire une analyse car tout se fait progressivement, sans en avoir l’air.


  14. wuwei Le 15 mars 2014 à 17h18
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    Texte magnifique voulu par des personnalités hors du commun Pour nous ce sont les traités de Maastricht ou autres TCE pondus par des jocrisses. Pendant la guerre il y a eu Jean-Pierre Vernant et aujourd’hui il y a BHL. Que dire d’autre sinon que nous avons bien du souci !

    « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »
    Antonio Gramsci


  15. remi Le 16 mars 2014 à 11h00
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    fun fact : selon le délicieux alexandre adler (ancien membre du PCF, passionné de services secrets, d’espionnage et de manipulations en tout genre, et pour toutes ces raisons passé à l’axe libéralo-atlantiste à la chute de l’URSS) le programme du CNR n’est qu’un “préchi-précha”.

    http://www.franceculture.fr/emission-une-fois-pour-toutes-alexandre-adler-2014-03-15


  16. Benjamin Franklin Le 17 mars 2014 à 00h09
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    C’est bizarre, ce texte évoque la punition des traîtres et des collaborateurs, pourtant parmi ses signataires il y a un parti politique (qui contrôlait d’ailleurs aussi en sous-main quelques-unes des autres organisations signataires) qui a très officiellement collaboré avec les nazis pendant 2 ans, qui sabotait le matériel destiné à l’armée fançaise pendant la Drôle de Guerre, et dont le journal officiel s’est félicité de l’entrée de la Wehrmacht dans Paris.
    Ce qui n’a bien sûr nullement empêché son dirigeant d’être ministre à la Libération.

    Deux poids deux mesures, une justice à géométrie variable ?


  17. Libre Le 21 mars 2014 à 22h31
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    La libération nationale viendra le jour ou le nouveau Franc sera de nouveau convertible en OR…Comme l’avait fait Napoléon Bonaparte ou comme le Général de Gaulle le souhaitait ( Conférence 2 Février 1965).Et pour finir une profonde simplification de notre système fiscal..Stable dans le temps…


  18. DedefGM Le 07 avril 2014 à 04h10
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    Texte précis de D. Kessler:

    From:http://www.challenges.fr/magazine/analyse/0094.005304/

    Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !

    Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

    Denis Kessler
    Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d”importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

    A y regarder de plus près, on constate qu”il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C”est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s”agit aujourd”hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

    A l”époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d”obtenir des avancées – toujours qualifiées d”«historiques» – et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.
    Ce compromis, forgé aune période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l”importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d”être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.

    Cette «architecture» singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d”un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l”histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.

    Le problème de notre pays est qu”il sanctifie ses institutions, qu”il leur donne une vocation éternelle, qu”il les «tabouise» en quelque sorte. Si bien que lorsqu”elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d”une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s”érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s”attaquent à ces institutions d”après guerre apparaissent sacrilèges.

    Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l”essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l”on puisse envisager l”aggiornamento qui s”annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d”entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n”est pas un problème qu”en psychanalyse.

    04.10.2007 Denis Kessler


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