Encore un grand billet de Frédéric Lordon. C’est un peu plus dur vers le premier tiers, mais ne manquez surtout pas la seconde moitié, qui coule très facilement et brillamment…

Le peuple est bête et méchant, le peuple est obtus. Au mieux il pense mal, le plus souvent il délire. Son délire le plus caractéristique a un nom : conspirationnisme. Le conspirationnisme est une malédiction. Pardon : c’est une bénédiction. C’est la bénédiction des élites qui ne manquent pas une occasion de renvoyer le peuple à son enfer intellectuel, à son irrémédiable minorité. Que le peuple soit mineur, c’est très bien ainsi. Surtout qu’il veille à continuer d’en produire les signes, l’élite ne s’en sent que mieux fondée à penser et gouverner à sa place.

Pour une pensée non complotiste des complots (quand ils existent)

 Il faudrait sans doute commencer par dire des complots eux-mêmes qu’ils requièrent d’éviter deux écueils symétriques, aussi faux l’un que l’autre : 1) en voir partout ; 2) n’en voir nulle part. Quand les cinq grandes firmes de Wall Street en 2004 obtiennent à force de pressions une réunion longtemps tenue secrète à la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés de capitaux américains, pour obtenir de lui l’abolition de la « règle Picard » limitant à 12 le coefficient de leviérisation globale des banques d’affaires [1], il faudrait une réticence intellectuelle confinant à l’obturation pure et simple pour ne pas y voir l’action concertée et dissimulée d’un groupe d’intérêts spécialement puissants et organisés – soit un complot, d’ailleurs tout à fait couronné de succès. Comme on sait les firmes de Wall Street finiront leviérisées à 30 ou 40, stratégie financière qui fera leur profits hors du commun pendant la bulle… et nourrira une panique aussi incontrôlable que destructrice au moment du retournement. Des complots, donc, il y en a, en voilà un par exemple, et il est de très belle facture.

Sans doute ne livre-t-il pas à lui seul l’intégralité de l’analyse qu’appelle la crise financière, et c’est peut-être là l’une des faiblesses notoires du conspirationnisme, même quand il pointe des faits avérés : son monoïdéisme, la chose unique qui va tout expliquer, l’idée exclusive qui rend compte intégralement, la réunion cachée qui a décidé de tout. Exemple type de monoïdéisme conspirationniste : Bilderberg (ou la Trilatérale). Bilderberg existe ! La Trilatérale aussi. Ce n’est donc pas du côté de l’établissement de ce (ces) fait(s) que se constitue le problème (comme ça peut être le cas à propos du 11 septembre par exemple) : c’est du côté du statut causal qu’on leur accorde. Ainsi donc de Bilderberg ou de la Trilatérale érigées en organisateurs uniques et omnipotents de la mondialisation néolibérale. Pour défaire le monoïdéisme de la vision complotiste, il suffit de l’inviter à se prêter à une expérience de pensée contrefactuelle : imaginons un monde sans Bilderberg ni Trilatérale, ce monde hypothétique aurait-il évité la mondialisation néolibérale ? La réponse est évidemment non. Il s’en déduit par contraposition que ces conclaves occultes n’étaient pas les agents sine qua non du néolibéralisme, peut-être même pas les plus importants. Et pourtant ceci n’est pas une raison pour oublier de parler de Bilderberg et de la Trilatérale, qui disent incontestablement quelque chose du monde où nous vivons.

Il suffirait donc parfois d’un soupçon de charité intellectuelle pour retenir ce qu’il peut y avoir de fondé dans certaines thèses immédiatement disqualifiées sous l’étiquette désormais infamante de « conspirationnistes », écarter leurs égarements explicatifs, et conserver, quitte à les réagencer autrement, des faits d’actions concertées bien réels mais dont la doctrine néolibérale s’efforce d’opérer la dénégation – il est vrai qu’il entre constitutivement dans la vision du monde des dominants de dénier génériquement les faits de domination (salariés et employeurs, par exemple, sont des « co-contractants libres et égaux sur un marché du travail »…), à commencer bien sûr par tous les faits de ligue explicite par lesquels les intérêts dominants concourent à la production, à la reproduction et à l’approfondissement de leur domination. Dans un débat public médiatique qui n’a pas son pareil pour saloper irrémédiablement n’importe quelle question, il est donc probablement sans espoir d’imaginer définir une position intermédiaire qui tiendrait ensemble et la régulation contre certains errements extravagants (jusqu’au scandaleux) de la pensée conspirationniste, et l’idée que la domination, si elle est principalement produite dans et par des structures, est aussi affaire pour partie d’actions collectives délibérées des dominants – mais faire ce genre de distinction est sans doute trop demander, et on voit d’ici venir les commentaires épais qui feront de ce propos une défense apologétique du complotisme et des complotistes…

On pourrait arguer que l’analyse sociologique ou politologique de ces actions concertées, précisément, se déploie hors des schèmes intellectuels caractéristiques du conspirationnisme : monoïdéisme, exclusivisme, attraction sans partage pour l’occulte, ignorance corrélative pour tous les effets impersonnels de structure, etc. [2] Et ce serait parfaitement exact ! C’est bien pourquoi il serait temps de faire la part des complots – comme faits avérés, puisqu’il en existe certains – et du complotisme – comme forme générale –, soit d’en appeler, en quelque sorte, à une pensée non complotiste des complots, c’est-à-dire aussi bien : 1) reconnaître qu’il y a parfois des menées concertées et dissimulées – on pourra les appeler des complots, et 2) refuser de faire du complot le schème explicatif unique de tous les faits sociaux, ajouter même que de tous les schèmes disponibles, il est le moins intéressant, le moins souvent pertinent, celui vers lequel il faut, méthodologiquement, se tourner en dernier… et ceci quoiqu’il ait parfois sa place ! Et il faudrait surtout consolider cette position intermédiaire à l’encontre de tous ceux pour qui maintenir l’amalgame des complots et du complotisme a l’excellente propriété de jeter le bébé avec l’eau du bain, en d’autres termes de garantir l’escamotage des faits de synarchie avec la disqualification de la forme « complotisme ».

Le conspirationnisme comme symptôme politique de la dépossession

Tout ceci cependant est dire à la fois trop et trop peu quand, du conspirationnisme, il est possible de prendre une vue latérale qui vient quelque peu brouiller l’image de ses habituelles dénonciations, et puis, plus encore, celle de ses frénétiques dénonciateurs. Sans doute trouve-t-on de tout à propos du conspirationnisme : des tableaux sarcastiques de ses plus notoires délires (le fait est qu’il n’en manque pas…), des revues de ses thèmes fétiches, jusqu’à de savantes (pitoyables) analyses de la « personnalité complotiste » et de ses psychopathologies. Mais d’analyse politique, point ! La puissance des effets de disqualification, la force avec laquelle ils font le tri des locuteurs, les caractéristiques sociales associées à ce tri même, la réservation de la parole légitime à certains et l’exclusion absolue des autres, procédant là aussi par un effet d’amalgame qui confond dans l’aberration mentale, puis dans l’interdiction de parler, toute une catégorie, voire un ensemble de catégories sociales, à partir de quelques égarés isolés, ceci pour faire du discours politique l’affaire monopolistique des « représentants » assistés des experts : tous ces mécanismes devraient pourtant attirer l’attention sur les enjeux proprement politiques engagés dans le « débat sur le conspirationnisme » – au lieu de quoi il n’est matière qu’à gloussements ou cris faussement horrifiés puisque, si isolées soient-elles, les saillies conspirationnistes fournissent la meilleure raison du monde à la dépossession.

Dépossession : tel est peut-être le mot qui livre la meilleure entrée politique dans le fait social – et non pas psychique – du conspirationnisme. Car au lieu de voir en lui un délire sans cause, ou plutôt sans autre cause que l’essence arriérée de la plèbe, on pourrait y voir l’effet, sans doute aberrant, mais assez prévisible, d’une population qui ne désarme pas de comprendre ce qu’il lui arrive, mais s’en voit systématiquement refuser les moyens – accès à l’information, transparence des agendas politiques, débats publics approfondis (entendre : autre chose que les indigentes bouillies servies sous ce nom par les médias de masse) etc. Décidément l’événement politique le plus important des deux dernières décennies, le référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005 a montré ce que peut, pourtant dans un extraordinaire climat d’adversité, un corps politique auquel on donne le temps de la réflexion et du débat : s’emparer des matières les plus complexes et se les approprier pour produire un suffrage éclairé.

Hors de ces conditions exceptionnelles, tous les moyens ou presque de faire sens des forces historiques qui l’assaillent et surtout d’avoir part aux délibérations qui décident de son destin lui sont refusés. Or, remarque Spinoza, le quant-à-soi ne saurait connaître aucune suspension : « nul ne peut céder sa faculté de juger » (Traité politique), aussi celle-ci s’exerce-t-elle comme elle peut, dans les conditions qui lui sont faites, et avec l’acharnement du désespoir quand au surplus elle n’a que son malheur à penser. Le conspirationnisme n’est pas la psychopathologie de quelques égarés, il est le symptôme nécessaire de la dépossession politique et de la confiscation du débat public. Aussi est-il de la dernière ineptie de reprocher au peuple ses errements de pensée quand on a si méthodiquement organisé sa privation de tout instrument de pensée et sa relégation hors de toute activité de pensée. Cela, nul ne le dit mieux que Spinoza : « Il n’est pas étonnant que la plèbe n’ait ni vérité ni jugement, puisque les affaires de l’Etat sont traitées à son insu, et qu’elle ne se forge un avis qu’à partir du peu qu’il est impossible de lui dissimuler. La suspension du jugement est en effet une vertu rare. Donc pouvoir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugement, c’est le comble de la stupidité. Si la plèbe en effet pouvait se tempérer, suspendre son jugement sur ce qu’elle connaît mal, et juger correctement à partir du peu d’éléments dont elle dispose, elle serait plus digne de gouverner que d’être gouvernée » (Traité politique, VII, 27).

L’apprentissage de la majorité (à propos de la « loi de 1973 »)

Mais plus encore que de la dépossession, le conspirationnisme, dont les élites font le signe d’une irrémédiable minorité, pourrait être le signe paradoxal que le peuple, en fait, accède à la majorité puisqu’il en a soupé d’écouter avec déférence les autorités et qu’il entreprend de se figurer le monde sans elles. Il ne lui manque qu’une chose pour y entrer complètement, et s’extraire des chausse-trappes, telle celle du conspirationnisme, dont tout débat public est inévitablement parsemé : l’exercice, la pratique, l’habitude… soit tout ce que les institutions de la confiscation (représentation, médias, experts) lui refusent et qu’il s’efforce néanmoins de conquérir dans les marges (associations, éducation populaire, presse alternative, réunions publiques, etc.) – car c’est ens’exerçant que se forment les intelligences individuelles et collectives.

Le débat sur la « loi de 1973 », interdisant supposément le financement monétaire des déficits publics devrait typiquement être regardé comme l’une des étapes de cet apprentissage, avec son processus caractéristique d’essais et d’erreurs. Bien sûr la « loi de 1973 », objet dans certaines régions de l’Internet d’une activité effervescente, a connu son lot d’embardées : depuis la vidéo à ambiance complotiste de Paul Grignon,Money as Debt, portant au jour une gigantesque conspiration monétaire – ce sont les banques privées qui créent la monnaie – dont les termes pouvaient cependant être lus dans n’importe quel manuel d’économie de Première ou de Terminale SES !, jusqu’à la lourde insistance à renommer la loi, d’abord « loi Pompidou » mais pour mieux arriver à « loi Rothschild », où certains ne verront qu’une allusion aux connexions du pouvoir politique et de la haute-finance [3] quand d’autres y laisseront jouer toutes sortes d’autres sous-entendus…

Au milieu de toutes ces scories, un principe de charité politique pourrait cependant voir : 1) ce petit miracle des non-experts se saisissant d’une question à l’évidence technique mais que ses enjeux politiques destinent au débat le moins restreint possible : la monnaie, les banques ; 2) le surgissement, peut-être désordonné mais finalement salutaire, d’interrogations sur la légitimité des taux d’intérêt, le financement des déficits publics, les figures possibles de la souveraineté monétaire, la place adéquate des émetteurs de monnaie dans une société démocratique ; 3) une intense activité polémique, au meilleur sens du terme, avec production kilométrique de textes, lancement de sites ou de blogs, controverses documentées en tous sens, etc. Tout ceci, oui, au milieu d’ignorances élémentaires, de quelques dérapages notoires et de fausses routes manifestes – certains parmi les plus acharnés à dénoncer la loi de 1973 commencent à s’apercevoir qu’ils ont poursuivi un fantôme de lièvre [4] … Mais pourtant comme un exercice collectif de pensée qui vaut en soi bien mieux que toutes ses imperfections, et dans lequel, tout sarcasme suspendu, il faudrait voir un moment de ce processus d’apprentissage typique de l’entrée dans la majorité. Sans surprise, des trébuchements de l’apprentissage les élites installées tirent parti pour refuser l’apprentissage même. On les comprend : il y va précisément de la dépossession des dépossédeurs.

À conspirationniste, conspirationniste et demi !

Mais les appeler « élites », n’est-ce pas beaucoup leur accorder ? Et que valent les élites en questions à l’aune même des critères qu’elles appliquent aux autres ? Répondre complètement à cette question exigerait de reparcourir l’interminable liste des erreurs accablantes de diagnostic, de pronostic, de conseils malavisés, innombrables foirades des experts, calamités « intellectuelles » à répétition, obstination dans l’erreur, passion pour le faux : avec une systématicité qui est en soi un phénomène, tous les précepteurs de la mondialisation néolibérale se sont trompés. Mais puisqu’il est question ici du conspirationnisme, c’est bien sur ce terrain qu’il faut les prendre. Car voilà toute la chose : à conspirationniste, conspirationniste et demi… Où il apparaît que la supposée élite y tombe aussi facilement que le bas peuple ! Qui voudrait faire du conspirationnisme un dérèglement n’aurait alors pas d’autre issue que de constater combien largement il est répandu – et que les frontières sociales sont rien moins qu’hermétiques sous ce rapport.

De ce point de vue c’est peut-être l’affaire DSK qui aura le plus spectaculairement déchiré le voile. Car jamais on n’aura vu théories du complot fleurir aussi allègrement dans les plus hautes sphères du commentariat. Les politiques, surtout du PS, sont évidemment les premiers à y choir, quitte à ce que ce soit sur le mode de la prétérition, ainsi Jean-Christophe Cambadélis dans une déclaration fameuse : « Je ne suis pas un adepte des complots mais…  [5 », suivi comme il se doit par une série de conjectures dont la conspiration est la seule conclusion logique ; Jacques Attali qui d’ordinaire sait bien voir les abîmes de la pensée conspirationniste mais, quand il s’agit de DSK, évoque d’abord l’hypothèse d’une« manipulation » [6] ; François Loncle, député PS qui assure pour sa part« qu’il n’y a pas de complot » [7] mais « un coup monté » [8], c’est très différent. « La thèse du complot se répand sur le web » titre un des articles de Libération [9] – « sur le web », n’est-ce pas, en aucun cas dans les pages du papier… Mais il faut bien l’avouer, jamais on n’aura vu « thèse du complot » si amplement exposée et si aimablement relayée dans les colonnes de la grande presse, quitte à ce que ce soit pour la discuter, voire la réfuter, en tout cas sans qu’il soit jugé indigne cette fois d’en faire la mention ou de ridiculiser ceux dans la bouche de qui elle est d’abord venue.

D’un certain conspirationnisme européiste

Les illustrations les plus spectaculaires cependant ne sont pas forcément les meilleures, et si elle a fait la démonstration édifiante de ce que valent les régulations de la classe oligarchique – à savoir rien – en situation de grande tension – par exemple quand il s’agit de sauver de l’opprobre son meilleur espoir –, l’affaire DSK demeure trop exceptionnelle pour être parfaitement significative. Autrement parlantes les pulsions conspirationnistes qui émaillent à répétition le discours de la crise européenne, à plus forte raison quand elles se donnent libre cours dans l’un des journaux les plus rigoureusement donneur de leçon anti-conspirationniste, Libération, et sous la plume de son journaliste le plus attaché à traîner dans la boue – y compris pour conspirationnisme – toute position de gauche critique de l’Europe telle qu’elle est, Jean Quatremer, auteur par exemple d’un magnifique « Quand l’euroscepticisme mène au conspirationnisme » [10].

Mais voilà : depuis que son objet chéri est en crise et attaqué de toutes parts, Jean Quatremer n’en finit pas de voir des complots partout. « Presse anglo-saxonne », « marchés financiers américains », « agences de notation », « hedge funds » : la monnaie unique européenne, pourtant plus franche que l’or, est la cible de pernicieuses entreprises de déstabilisation délibérée, orchestrées qui plus est par la plus maléfique des entités : « la finance anglo-saxonne ». Pour qui douterait qu’un esprit fondamentalement sain, puisque européen, ait pu ainsi être infecté par la maladie du complot, florilège de titres : « Les agences de notation complices des spéculateurs ? » (21 septembre 2011), « Les marchés financiers américains attaquent l’euro » (6 février 2010), « Comment le Financial Times alimente la crise » (30 mai 2010), « Moody’s veut la peau du triple-A français » (21 novembre 2011), « Les banques allemandes contre la zone euro » (31 juillet 2011), « Le jeu trouble de Reuters dans la crise de la zone euro » (29 juillet 2012).

Et l’intérieur est à l’avenant de la devanture : « Il apparaît de plus en plus clair (sic) que des banques et des fonds spéculatifs américains jouent l’éclatement de la zone euro » [11] – le complot est donc d’abord anglo-saxon. C’est l’imperméabilité à tout argument rationnel qui atteste l’intention concertée de nuire : « le problème est qu’il ne sert à rien d’expliquer que la faillite de la Grèce est totalement improbable » [12], commentaire qui, au passage, prend toute sa saveur avec le recul, et plus encore après que son auteur se fut cru suffisamment clairvoyant pour décerner un « Audiard d’or » à Emmanuel Todd annonçant l’explosion de l’euro [13] – il est vrai que toute prédiction de malheur à l’encontre de l’objet chéri ne peut être, au choix, qu’une grotesque bouffonnerie ou une ignoble trahison.

En tout cas la perfidie anglo-saxonne a de puissants relais, les médias par exemple dont « le biais anti-euro (…) est difficilement contestable » [14], les agences de presse également, à l’image de Reuters et de son « jeu trouble dans la crise de la zone euro » [15]. Ainsi, par inconscience ou par malignité, on ne sait, donc par malignité, « les médias accroissent la panique des marchés ». Pour ce qui est du Financial Times en tout cas, l’explication n’est pas douteuse : « pris dans le sac du mensonge (…) il manipule l’information et colporte des rumeurs » [16] le 26 novembre 2010 – le 30 mai déjà il en était« à son second mauvais coup » [17]. Une année plus tard cependant, « les marchés financiers américains » ne sont plus les seuls agents de la cinquième colonne, ce sont les banques allemandes qui sont occupées à« mettre le feu à la zone euro » [18] – et l’ennemi est maintenant à l’intérieur. Peu importe que jusqu’ici l’Allemagne en (toutes) ses institutions ait été la figure même de la vertu, le vrai moteur de l’Europe, dont le couple avec la France patati patatère – maintenant ce sont des traîtres. La circonscription de la conspiration peut donc varier, mais pas le fait conspirationniste lui-même, puisque la construction monétaire européenne est si parfaitement conçue qu’il faut nécessairement une ligue de forces occultes pour la renverser.

Si le mal organisé est partout, il n’en a pas moins son superlatif en les agences de notation : elles sont les « complices des spéculateurs » [19].« Allons plus loin : qui a déclenché la panique sur la dette française ? Moody’s justement (…) Bref encore une fois les agences viennent donner un coup de main aux spéculateurs pour déstabiliser les marchés » [20]. Il est donc temps de poser la vraie question : « Alors complot des agences de notation qui servent ainsi leurs maîtres principaux, les banques d’affaires, les hedge funds, etc. ? (…) Laurence Parisot, la patronne du Medef en est persuadée » [21]. Bien sûr il reste des amis de l’Europe, donc de Jean Quatremer, qui n’ont pas encore complètement perdu les pédales et tentent de le rattraper. Par fidélité un peu réticente mais impressionné par l’incontestable crédit européen de son interlocuteur, Quatremer cite Jean Pisani-Ferry qui lui explique que les agences ne font jamais que ratifier avec retard des anticipations de longue date incorporées dans les positions des investisseurs… Il lui fallait au moins cette poche à glace pour se persuader que « crier au complot ne sert de toute façon à rien sinon à soulager ses nerfs » [22]. Donc Jean Quatremer a d’abord très fort envie de crier au complot – si fort que ça s’entend à longueur de billets –, puis, instruit par ses précepteurs de toujours, se convainc, mais difficilement, qu’il ne sert à rien d’y céder – moyennant quoi ses nerfs ne sont qu’à demi-soulagés, raison pour laquelle il y revient sans cesse.

Hedge Funds, médias, presse anglo-saxonne, agences de presse, marchés financiers américains, agences de notation, partout des malfaisants ligués contre l’objet chéri. De cette sorte de crumble intellectuel, les agences de notation sont peut-être l’ingrédient le plus caractéristique, boucs émissaires périphériques de toute une structure qui s’exprime par elles [23] – mais qu’évidemment on ne mettra jamais en question. Car les agences de notation, comme dans une moindre mesure la presse financière, sont les agents les plus représentatifs de la finance déréglementée comme pouvoir de l’opinion – l’opinion des investisseurs s’entend, et exclusivement celle-ci, mais opinion d’une foule traversée de croyances, très faiblement régulées par la rationalité, et pourtant base de jugements, le plus souvent mimétiquement polarisés, à partir desquels des masses immenses de capitaux sont mises en mouvement. Il faudrait donc expliquer à Jean Quatremer que la finance libéralisée, si constamment encouragée par la construction européenne, c’est cela même !, que dans cet ensemble, il entre constitutivement, et non accidentellement, rumeurs, erreurs, errances, absurdités, idées fausses, informations biaisées – Jean Quatremer s’est-il jamais ému pendant toutes les belles années qu’on voie d’incertaines start-up comme des eldorados de profit, ou bien la finance structurée comme la martingale définitive contre le risque de crédit, et l’explosion des titres adossés à l’endettement des ménages comme une géniale trouvaille ? De ce point de vue, et erreur pour erreur, les marchés sont sans doute plus près du vrai en anticipant la décapilotade de l’euro, qu’ils ne l’étaient alors…

Mais dans la vision du monde de Jean Quatremer, la finance est bonne… jusqu’à ce qu’elle s’en prenne à son talisman. On lui fera néanmoins observer qu’il y a une certaine logique, et comme une justice immanente, à ce que l’Europe modèle Maastricht-Lisbonne qui a sans relâche promu la finance périsse par la finance. Car enfin qui a fait le choix de remettre entièrement les politiques économiques entre les mains de ce pouvoir déréglé qu’est la finance libéralisée ? Qui a décidé d’instituer les marchés obligataires comme puissance disciplinaire en charge de la normalisation des politiques publiques ? Qui a voulu constitutionnaliser la liberté de circulation des capitaux qui offre à ce régime son infrastructure ?

Non pas les agents du mal mais la force des structures

En fait c’est là la chose que Jean Quatremer a visiblement du mal à comprendre – déficience par quoi d’ailleurs il verse immanquablement dans le conspirationnisme, qu’il dénonçait chez les autres à l’époque où « tout allait bien » (pour lui) –, les crises s’expliquent moins par la malignité des agents que par l’arrivée aux limites des structures. Il est vrai qu’ayant toujours postulé la perfection de son objet, donc l’impossibilité de sa crise, il n’a pas d’autre hypothèse sous la main pour en penser la décomposition : celle-ci ne peut donc être que le fait des méchants (et des irresponsables : Grecs, Portugais, Espagnols…).

Or on peut dire de la construction européenne la même chose que de n’importe quelle autre configuration institutionnelle : les comportements, même destructeurs, des agents n’y sont pas le fait d’un libre-arbitre pervers mais de leurs stratégies ordinaires telles qu’elles ont été profondément conformées par l’environnement structurel dans lequel on les a plongés… quitte à ce que ces structures, laissées à leur simple fonctionnement, produisent in fine leur propre ruine : la Deutsche Bank lâche la dette italienne, non par trahison anti-européenne [24], mais par simple fidélité à la seule chose qu’elle ait à cœur : son profit – et si l’on veut des banques qui aient à cœur d’autres choses, il va falloir se pencher sur leurs statuts autrement que par fulmination et vœux pieux interposés. De même, les spéculateurs spéculent… parce qu’on leur a aménagé un terrain de jeu spéculatif ! Rumeurs et informations incertaines y prennent des proportions gigantesques parce que ce terrain de jeu même institue le pouvoir de l’opinion financière, etc.

Sans doute, poussés comme n’importe quels médias par les forces pernicieuses de la concurrence, de la recherche effrénée du scoop et de la primeur, le FT a-t-il parfois lâché trop vite quelques informations foireuses,Reuters des confidences biaisées ou mal recoupées, mais ni plus ni moins que Libération ou Jean Quatremer lui-même qui n’hésite pas, par exemple, à donner audience à des études aux bases les plus incertaines à propos de la sortie de la Grèce, tout droit tirées des bons soins de la banque UBS [25], son fournisseur attitré, dont l’objectivité et la neutralité sont d’évidence incontestables… Qu’UBS batte la campagne, qui plus est sans doute au service de ses propres positions spéculatives, la chose lui est tout à fait négligeable, l’important est qu’UBS la batte dans le bon sens.

Le monde de la finance a pour propriété que n’importe quelle information est potentiellement porteuse d’effets terriblement déstabilisants, non parce que de machiavéliques émetteurs les ont voulues ainsi mais, en dernière analyse, parce qu’elles sont saisies par les forces immenses de la spéculation qui ont le pouvoir de faire un tsunami d’une queue de cerise. Si Jean Quatremer fantasme une finance dont tous les acteurs observeraient en toutes circonstances le grand calme olympien de la rationalité pure et parfaite, il faut lui dire qu’il fait des rêves en couleur. Encore faudrait-il, pour s’en apercevoir, qu’il daigne faire quelques lectures d’histoire économique, évidemment d’auteurs qui auraient fort le goût de lui déplaire, des gens comme Minsky, Kindleberger, Keynes ou Galbraith, lesquels, instruits des catastrophes passées, n’ont cessé de montrer que la finance de marché estpar constructionpar essence, le monde du déchaînement des passions cupides, de l’échec de la rationalité et du chaos cognitif. Et qu’en réarmer les structures, comme l’Europe l’a fait avec obstination à partir du milieu des années 1980, était le plus sûr moyen de recréer ces désastres du passé.

Entre une nouvelle, aussi factuelle soit-elle, et le mouvement subséquent des marchés, il y a toujours l’interprétation – celle des investisseurs –, et c’est par cette médiation que s’introduit la folie, particulièrement en temps de crise où la mise en échec des routines cognitives antérieures alimente les anticipations les plus désancrées. L’Europe a fait le choix de s’en remettre à cette folie-là. Et Quatremer s’étrangle de rage stupéfaite qu’elle en crève… Comme rien ne peut le conduire à remettre en cause ses objets sacrés – les traités, la règle d’or, Saint Jean-Claude et son vicaire Mario –, il ne lui reste que les explications par le mal, un équivalent fonctionnel des hérétiques ou des satanistes si l’on veut. Aussi se meut-il dans une obscurité peuplée d’agents qui fomentent des « mauvais coups » et mènent« un jeu trouble », un underworld de « complices » et d’incendiaires. Si difficile soit-il de s’y résoudre, il faudra pourtant bien admettre que la construction européenne s’effondre selon la pure et simple logique qu’elle a elle-même instituée. Elle n’est pas la proie d’une conjuration du mal : elle tombe toute seule, du fait même de ses tares structurelles congénitales et sous l’effet des forces aveugles qu’elle a elle-même installées – et s’en prendre répétitivement, comme à des incubes, aux agents variés qui n’en sont que les opérateurs (Hedge Funds, banques et agences) est le passeport pour l’asile de l’ignorance.

Mais il y a des aggiornamentos trop déchirants pour être consentis aisément, et des investissements psychiques trop lourds pour être rayés d’un trait de plume, aussi faut-il attendre l’infirmation définitive par le réel pour que se produise le premier mouvement de révision – et encore… On en connaît qui persistent à croire que la défaite de 40 est la faute du Front Populaire… Entre temps tous les moyens sont bons, y compris ceux de la stigmatisation complotiste, pour ravauder comme on peut le tissu de la croyance menacée de partir en lambeaux. Si l’euroscepticisme du peuple mène au conspirationnisme, il semble que l’eurocrétinisme des élites y conduise tout aussi sûrement…

Frédéric Lordon – 24/08/2012 – La pompe à phynance

Notes

[1] Le coefficient de leviérisation désigne le multiple de dette, par rapport à ses fonds propres, qu’une banque peut contracter pour financer ses positions sur les marchés.

[2] Lire, dans l’édition de septembre du Monde diplomatique, en kiosques le mercredi 29 août, Richard Hofstadter, « Le style paranoïaque en politique ».

[3] Puisqu’avant de devenir Premier ministre, Georges Pompidou a été banquier d’affaire chez Rothschild. On remarquera tout de même que, banquier, il cesse de l’être en 1958 quand il devient directeur de cabinet de De Gaulle et que ladite loi date de 1973…

[4] Voir à ce sujet les contributions à la journée « Création monétaire » des Economistes Atterrés du 24 mars 2012, en particulier le texte d’Alain Beitone, « Idées fausses et faux débat à propos de la monnaie. Réflexion à partir de la “loi de 1973” ».

[5] 15 mai 2011.

[6] Cité in Libération, « DSK, la thèse du complot se répand sur le web », 15 mai 2011.

[7France Info, 2 juillet 2011.

[8LCI, 3 juillet 2011.

[9Libération, 15 mai 2011.

[10Libération, blog Coulisses de Bruxelles, 24 septembre 2008. Sauf indication contraire, tous les titres qui suivent correspondent à des billets de ce blog.

[11] « Les marchés financiers américains attaquent l’euro », 6 février 2010.

[12Id.

[13] « Emmanuel Todd, Audiard d’or 2011 », 1er janvier 2012.

[14] « Comment le Financial Times alimente la crise », 30 mai 2010.

[15] « Le jeu trouble de Reuters dans la crise de la zone euro », 29 juillet 2012.

[16] « Comment les médias accroissent la panique des marchés », 26 novembre 2010.

[17] « Comment le Financial Times… », op. cit.

[18] « Les banques allemandes contre la zone euro », 31 juillet 2011.

[19] « Les agences de notation complices des spéculateurs ? », 21 septembre 2011.

[20] « Moody’s veut la peau du triple A français », 21 novembre 2011.

[21] « Les agences… », op. cit.

[22Id.

[23] Pour quelques développements sur cette question : « Extension du domaine de la régression », Le Monde Diplomatique, avril 2011 ; « Les gouvernement sont soumis au règne de l’opinion financière] », Marianne, 13 août 2011.

[24] « Les banques allemandes contre la zone euro », 31 juillet 2011.

[25] « C’est Hotel California : une fois entré dans l’euro, on ne peut plus en repartir », 3 octobre 2011.

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64 réponses à Conspirationnisme : la paille et la poutre, par Frédéric Lordon

Commentaires recommandés

Ailleret Le 27 avril 2016 à 00h36

Le « conspirationnisme » comme effort du peuple pour se réapproprier un débat confisqué par les classes dirigeantes et leurs laquais médiatiques : c’est sûr, si les médias étaient honnêtes et pluralistes, s’ils cherchaient vraiment à informer le peuple, les conspirationnistes se feraient rares.

  1. Ailleret Le 27 avril 2016 à 00h36
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    Le « conspirationnisme » comme effort du peuple pour se réapproprier un débat confisqué par les classes dirigeantes et leurs laquais médiatiques : c’est sûr, si les médias étaient honnêtes et pluralistes, s’ils cherchaient vraiment à informer le peuple, les conspirationnistes se feraient rares.


    • bluetonga Le 27 avril 2016 à 00h55
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      Ça c’est typiquement un raisonnement conspirationniste.


      • Anas Le 28 avril 2016 à 13h19
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        Oui et alors !
        Hitler disait de la Grande Bretagne qu’elle était une île … faudra t-il arrêter de prétendre que la Grande Bretagne est une île ?

        Frédéric Lordon à très bien résumé la situation par ce propos:
        “l faudrait sans doute commencer par dire des complots eux-mêmes qu’ils requièrent d’éviter deux écueils symétriques, aussi faux l’un que l’autre : 1) en voir partout ; 2) n’en voir nulle part.”


    • Pliik Le 28 avril 2016 à 14h57
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      Pendant qu’il parle avec beaucoup d’emphase, Lordon passe à côté du fond de la question:
      – un monde déréglementé est un univers instable,
      – ses acteurs vivent de ces instabilités, à la hausse comme à la baisse, dont les spéculations (intellectuelles, économiques, politiques) sont l’essence et le moteur,
      – motif pour lequel ce monde est aussi le lieu de mille coups, manipulations, carambouilles et complots: ils ne sont que les outils privilégiés d’opération dans ce monde, cohérents avec celui-ci,

      – dans un univers stable et réglementé, la seule chose qu’on puisse faire, c’est de travailler… et puis de faire reconnaître et payer ce travail.
      Une saine activité limitant structurellement la propension aux complots.

      Voilà pourquoi, en sens inverse, dans le monde oû nous sommes, la thématique du complot est si prégnante.

      Lordon, des questions ? 🙂


      • Dominique Le 01 mai 2016 à 12h28
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        « Lordon passe à côté du fond de la question : un monde déréglementé est un univers instable »

        Je t’invite à relire (devrais-je plutôt dire lire ?) l’article. Ce thème y est prégnant.


  2. Bobby Le 27 avril 2016 à 01h40
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    Et voir dans tout amoureux de la démocratie (la vraie, la seule, le tirage au sort) un extrémiste de droite, c’est du complotisme ou c’est pas du complotisme, cher Frédéric ?


  3. jp Le 28 avril 2016 à 06h11
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    à propos de Saint Jean-Claude, soit il met de l’eau dans son vin soit il a écouté Lordon (à nuit debout ou à la Bourse du Travail) on peut rêver non ?

    “L’Europe manque de dimension sociale et interfère trop dans la vie des citoyens, estime le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker”
    http://www.franceinfo.fr/emission/en-direct-de-l-europe/2015-2016/en-direct-de-l-europe-2015-2016-du-24-04-2016-24-04-2016-05-35
    et https://francais.rt.com/international/19404-jean-claude-juncker-denonce-lomnipresence

    Ce sont les Grecs qui seront ravis de le savoir.


    • francois marquet Le 28 avril 2016 à 08h49
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      “L’Europe manque de dimension sociale et interfère trop dans la vie des citoyens”
      Oui, c’est savoureux, on dirait un discours d’Hillary cherchant à piquer les électeurs de Bernie, hier. JCJ sent que l’euroscepticisme gronde, il lâche du lest, du moins verbalement.
      En tous cas ça sonne mieux que “il ne peut y avoir de vote populaire contre les traités européens”, qui a peu été apprécié de ceux qu’il caresse aujourd’hui dans le sens du poil.


    • georges dubuis Le 28 avril 2016 à 13h43
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      Et l’affaire Sylvain Baron qui essaie de parler Finance européenne…..acceuil et sérénité….encore de la narrative…….
      https://www.youtube.com/watch?v=yLuJmvCxm2c


      • chb Le 28 avril 2016 à 15h42
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        Et le TAFTA, est-ce un complot ? Il en a quelques caractéristiques : projet concerté au sein d’un groupe réduit, décisions secrètes, impact souhaité sur la société… Le marrant de ce complot-là, c’est juste que les prochaines victimes sont déjà au courant que quelque chose se trame, mais ne parviennent pas à prévenir collectivement la cata annoncée. Grenouilles mijotées ?


    • FifiBrind_acier Le 29 avril 2016 à 08h05
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      Il n’y aura jamais d’ Europe sociale, pour 2 raisons:

      -1- Il faudrait changer les Traités de fond en comble et pour cela, il faudrait qu’il y ait au même moment 28 pays avec “des gouvernements Lordon”.
      La probabilité d’un tel évènement est de 1 jour tous les 345 000 ans. On a plus de change de gagner au loto.

      -2- Il faudrait aussi que les citoyens se mobilisent, or les citoyens ne se mobilisent que pour des projets auxquels ils tiennent. Personne ne se mobilisera pour sauver des Institutions imposées par le mensonge et la propagande, qu’ils n’ont jamais demandé et qui les ont ruinés.


  4. PatrickLuder Le 28 avril 2016 à 06h27
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    La peur des complots, l’idée même de complots possibles, naissent simplement lorsque le dialogue est rompu … et le dialogue entre le gouvernement français et le peuple est rompu depuis longtemps. Le dialogue s’est transformé, depuis longtemps, en monologues sans écoutes de part et d’autres, de dictats et de râleries (ou de grèves ;o)

    Quand le dialogue est rompu, la compréhension de l’autre est perdue,
    c’est le point de départ de tous les dérapages !


  5. oscar Le 28 avril 2016 à 08h24
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    Très bonne analyse conspirationniste du conspirationnisme rétorqueront les possédants. 🙂
    Manque juste le développement de l’analyse des structures du dernier paragraphe.
    Dommage qu’il se fourvoie dans son analyse de Nuit Debout. Rejouer la séparation droite/gauche c’est faire le jeu du théâtre politique qui nous dépossède. J’ai été assez d’accord avec la critique de Sapir Jacques.


    • oscar Le 29 avril 2016 à 08h15
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      Ah le Cercle des Volontaires, mais c’est le retour des fantômes !
      Votre texte me semble trop long et trop focalisé sur les antifas.
      Bah de toute façon je trouve qu’il fait un peu St-Germain-des-Près le Lordon. Je veux dire qu’il va se rendre compte en descendant sur le terrain que l’extrême gauche à une action dissolvante sur toute tentative de « verticalité » nécessaire. Ce qui en fait ouvertement une alliée du statu quo. Il est probable qu’il change d’avis par la suite.


  6. Milsabor Le 28 avril 2016 à 08h28
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    « les comportements, même destructeurs, des agents n’y sont pas le fait d’un libre-arbitre pervers mais de leurs stratégies ordinaires telles qu’elles ont été profondément conformées par l’environnement structurel dans lequel on les a plongés… »

    F Lordon omet un lien de causalité circulaire fondamental. C’est toute la dialectique de l’œuf et de la poule : l’environnement structurel (la dérégulation, privatisation, marchandisation) est le produit de l’influence des agents sur le pouvoir politique court-circuitant la souveraineté démocratique par toutes sortes de liens incestueux. (On entend par agents la ploutocratie capitaliste mondialisée). La perversion est tout entière dans cet inceste, avec pour effet le retournement de la souveraineté populaire, essence de la démocratie, en son contraire : une dictature sans dictateur. Le « complotisme » n’est rien d’autre que la rhétorique de propagande de disqualification des dénonciateurs de cet inceste.


    • Milsabor Le 28 avril 2016 à 09h04
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      Je trouve extrêmement préoccupante cette dénégation de F Lordon : « les comportements, même destructeurs, des agents n’y sont pas le fait d’un libre-arbitre pervers ». Tous les comportements destructeurs sont, par essence, pervers et se relient, par filiation logique, à la transgression du tabou de l’inceste et du meurtre (qui en est un équivalent). Il ne s’agit plus d’une dénégation mais d’un déni, dont on sait qu’il est l’opérateur de la dialectique perverse.
      Les analyses économiques et politiques de F Lordon m’ont toujours paru pertinentes jusqu’à la limite du niveau psychologique où il fait montre d’une faille susceptible de s’ouvrir en abime.


      • oscar Le 28 avril 2016 à 09h32
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        À mon avis c’est la nature d’un raisonnement centré à gauche : l’effet de structure prime sur la volonté. La vérité est quelque part entre les deux.


      • LS Le 28 avril 2016 à 11h14
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        C’est un fondement idéologique à gauche : le matérialisme, qui explique les décisions humaines par des causalités, en l’occurrence sociale.
        On retrouve cela dans Marx avec l’idée que l’infrastructure détermine la superstructure ou avec J.Sapir dans son dernier livre qui exprime l’idée, par exemple et pour simplifier, que l’état fait le peuple et non l’inverse.
        Votre critique de F. Lordon est exprimée régulièrement par les mouvements d’extrêmes gauche qui critiquent les aspects de “communautarisme” et “psychologisme” dans ses constructions intellectuelles.


        • Milsabor Le 28 avril 2016 à 12h31
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          Sapir partage avec Lordon la référence à Spinoza, dans une lecture ou une interprétation orientée vers la justification, jamais avouée, de la théorie du gender.
          A partir de Spinoza, Lordon construit toute une psychologie d’origine sociologique comme alternative à la psychanalyse dont il dénie les attendus :
          – « Spinoza offre aux sciences sociales une approche qui permet de rendre compte de façon souple des questions d’individuation, à tous les niveaux, en termes de processus constituants. »
          – « Le conatus, force désirante intransitive, par l’exo-détermination devient transitive, c’est-à-dire vers des objets déterminés ».
          – cette exo-détermination se fait à l’occasion de la rencontre avec le socius « accueillant toute la diversité des ethoï individuels ou collectifs ».
          C’est-à-dire que le sujet fait son choix sur le petit marché des ethoïs où sont disponibles toutes les possibilités d’orientation sexuelle (mais ça ce n’est pas dit).
          Où l’on voit que le concept de conatus se substitue à celui de libido, et sert à une construction intellectuelle reposant sur le déni du complexe de castration, du tabou de l’inceste et donc de la perversion.
          Il s’agit non pas d’une philosophie de la perversion, mais d’une philosophie perverse qui ne saura jamais l’identifier partout où elle la rencontrera.


          • Crapaud Rouge Le 28 avril 2016 à 13h12
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            Où l’on voit que le concept de conatus se substitue à celui de libido” : le conatus (https://fr.wikipedia.org/wiki/Conatus) = effort pour persévérer dans l’être, donc rien à voir avec le désir, même si celui-ci est bien sûr mis à contribution par le conatus. La libido (https://fr.wikipedia.org/wiki/Libido) = énergie sexuelle issue de la pulsion sexuelle = investissement dans les objets du désir. L’un ne peut pas se substituer à l’autre, et pour cause : il n’y a absolument aucune dimension sociologique dans la psychanalyse freudienne. De plus, la libido a été théorisée par Freud, (1856-1939) après le conatus par Spinoza, (1632-1677) : donc 3 siècles après !!! Mais ce serait le “conatus” qui “se substitue” à la libido ?


            • Milsabor Le 28 avril 2016 à 15h37
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              Il s’agit de mon interprétation de l’interprétation de Spinoza par Lordon. Je vous aurais bien donné le lien avec son blog où il publie ses écrits spinozistes, mais je constate que le lien ne marche plus.


          • oscar Le 28 avril 2016 à 14h04
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            Idem que Crapaud, je trouve votre logique capillotractée même si je trouve très intéressant que vous essayiez de la dire.

            Tout faire reposer sur la sexualité me semble tout aussi extrémiste que de tout faire reposer sur les structures.
            La psychanalyse est quand même très connotée par son origine ou structure culturelle. Je veux dire en dehors d’un Occident d’ascendance abrahamique un peu coincé du cul je ne suis pas sûr qu’elle soit très pertinente.


      • Alae Le 28 avril 2016 à 11h56
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        Milsabor, vous avez totalement raison, mais Lordon a raison aussi.
        L’environnement structurel qui veut que chacun se préoccupe uniquement de son propre intérêt repose sur une philosophie, le libéralisme. Cette réduction au mercantilisme, présentée depuis les Lumières comme l’alpha et l’omega de la nature humaine, engendre forcément des raisonnements pervers destructeurs, mais chez des gens qui n’ont plus d’autres références. En d’autres termes, des gens aliénés, coupés d’eux-mêmes et réduits à prendre la transaction marchande ou le rapport de force pour les seules vérités, tout le reste n’étant que fadaises sentimentales tout juste bonnes pour les imbéciles qui y croient.
        Avec ça dit, répété et martelé depuis l’enfance, on façonne logiquement un cynisme pathologique et une pensée fondée sur l’antagonisme (intérêt contre intérêt) où le libre arbitre n’intervient plus que marginalement.


      • Crapaud Rouge Le 28 avril 2016 à 12h44
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        @Milsabor : le propre du pervers est de mentir avant de passer à l’acte. Des histoires de criminels pervers ont défrayé la chronique : il apparaît clairement qu’ils s’efforcent de rassurer d’abord leurs victimes, ils peuvent même les admirer/idéaliser, (si vierge par exemple), avant de les torturer, les violer et les tuer. Rien de tout ça avec les agents financiers : quand un fond vautour exige le paiement intégral d’une dette qu’il a achetée au rabais sur le marché, il ne ment à personne. Il joue simplement le jeu que les règlements autorisent, et aucun règlement n’interdit le rachat d’une dette avec tous les droits afférents. Elle est où la “perversité” ? Nulle part !!! On feint seulement de croire qu’il ne peut pas en aller autrement, on oublier de penser que le droit de vendre une dette pourrait ne pas exister, ce qui obligerait le créditeur à assumer son risque jusqu’au bout. Moralité : Lordon a 100% raison.


        • oscar Le 28 avril 2016 à 14h09
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          « On feint seulement de croire … » Est-ce que cela ne s’appelle pas un mensonge par omission ? TINA est un mensonge. Croyez-vous que ceux qui profitent de ce système pensent vraiment TINA ?


          • Crapaud Rouge Le 28 avril 2016 à 17h16
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            Il y a mensonge, certes, mais c’est celui du commercial qui vend sa camelote, pas celui du criminel pervers. Ils ne se ressemblent pas.


          • Crapaud Rouge Le 28 avril 2016 à 21h07
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            Je n’exagère pas. Le système socio-économico-financier n’ayant pas de psychologie, le mot “pervers” ne s’applique pas, sauf par abus de langage. C’est autorisé bien sûr, mais comme métaphore. Or, quand Lordon évoque le “libre-arbitre pervers“, par référence à la métaphore, c’est évidemment pour en dénier l’existence, parce qu’il ne prend pas les métaphores pour des réalités.


        • Milsabor Le 28 avril 2016 à 15h44
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          @ crapaud rouge
          Je suis désolé la perversité est dans le système qui créée les règles d’un jeu de dupe. En réalité les agents financiers ont corrompu les politiques qui font les lois de façon à pouvoir créer les conditions de leur libre prédation. Si vous persistez à ne trouver la perversité nulle part dans votre exemple, vous faites preuve d’un aveuglement suspect.


          • Crapaud Rouge Le 28 avril 2016 à 17h13
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            Je suis désolé la perversité est dans le système qui créée les règles d’un jeu de dupe.” : il n’y a aucune perversité au sens propre. Vous utilisez le mot dans un sens large, faible et moralisateur, tout le contraire de Lordon qui s’appuie sur des mots précis ayant du sens. A vous suivre, la perversité est partout, y compris dans le présent com’, et forcément chez Lordon lui-même qui “dénie” son existence. On pourrait aussi la trouver dans la nature qui n’en finit pas de faire naître des êtres vivants pour les laisser mourir ensuite…


      • bobforrester Le 28 avril 2016 à 12h53
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        la liberté n est que la connaissance de la nécessité ( Engels reprenant Spinoza) .
        Soit on agit politiquement dans le sens dicté par la situation de la logique économique pour sauver les richesses acquises , soit dans un autre sens , par intérêt égoïste de classe donc de façon irrationnelle du point de vue de l humanité .
        Les individus ne sont pas des marionnettes agitées dans et par les structures mais des acteurs qui écrivent l histoire quand les idées ( des acteurs conscients d où le rôle de la connaissance) se transforment en puissance matérielles .Mais sur une base éco préexistante!
        Ceux qui accompagnent le mouvement économique ( passage au socialisme pour notre époque actuelle de concentration inouïe de la puissance sociale) les progressistes ou ceux qui s y opposent ( capital financier) par égoïste de classe .
        Le rationnel ( au sens de Hegel) c est de favoriser le développement au profit de l humanité entière et l ‘irrationnel de l en empêcher au profit de qq uns


        • oscar Le 28 avril 2016 à 14h56
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          Quelle liberté est-ce si nos choix ne sont que contraints par la base éco. ? Quel libre arbitre (ça me rappelle Vauvenargues) ?


        • olivier69 Le 29 avril 2016 à 01h54
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          Bonsoir,
          L’éloge de la rareté afin de dissiper celle de la satiété : “la liberté n est que la connaissance de la nécessité” ? “n’est que” ? Voilà typiquement le genre de délire qui nous a conduit là où nous sommes. L’apologie de l’animalité de l’homme….Jusqu’où s’arrête la nécessité ? Et je retourne donc la phrase : La connaissance est avant tout la nécessité de la liberté.
          Parce que moi, pas connaître “connaissance et nécessité” qui sont des notions davantage abstraites et subjectives (que l’on tente de normaliser). Je vous invite à imaginer un monde où la liberté est celle que l’on a sur soi (pas sur les autres), et la connaissance est celle que l’on a pour soi (la nécessité de la liberté). La liberté que l’on exerce sur les autres est un enfermement. Mais est-il nécessaire ? Je vous laisse juge….
          ps : un constat et/ou une philosophie ?


      • nardin Le 28 avril 2016 à 18h21
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        Erreur : Si vous proposez 20 % de gain à un investisseur… il l’accepte sans aucun scrupule quant aux conséquences humaines, sociales, ou environnementales. Seule une règlementation lui imposera des limites. Le problème est qu’actuellement se sont eux qui organisent les règles du jeux.
        Cordialement


  7. luc Le 28 avril 2016 à 08h30
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    je ne comprends pas… pour moi, le conspirationnisme est une qualité indispensable pour comprendre notamment la politique et les conflits économiques… voilà la vérité


  8. tchoo Le 28 avril 2016 à 08h32
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    Oh que j’aime ce démontage précis de Quatremer
    Jubilatoire
    Complot ou pas?: cette théorie, dont on sait aujourd’hui par son auteur même, la fragilité du raisonnement s’appuyant sur une erreur de calcul, du 3% PIB de déficit qu’il ne faudrait pas dépasser, dont l’UE à systématiser l’application engageant des dégats humains incommensurable.


  9. francois marquet Le 28 avril 2016 à 08h34
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    “Non pas les agents du mal mais la force des structures” oui, et ce qui est vrai pour les structures politiques hypertrophiées, Communauté Européenne en tête, l’est tout autant pour les agences de renseignement hypertrophiées spécialisées dans l’action clandestine, NSA et CIA en tête.
    La aussi, leurs dérèglements (complots?) sont inscrits dans le marbre de leur opacité et impunité structurelle. Dire cela est-il du conspirationisme à la Lordon?


  10. Lt Anderson Le 28 avril 2016 à 09h11
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    C’est logique dans une ambiance délétère où la bien-pensance molle dégaine son létal “rouge-brun” dès qu’elle est à court d’argument.
    Et avec Lordon ils ont vite fait d’en être à court vu la pauvreté de leurs discours.


  11. Michel Martin Le 28 avril 2016 à 09h37
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    “…la domination, si elle est principalement produite dans et par des structures, est aussi affaire pour partie d’actions collectives délibérées des dominants…”
    ne pas oublier le phénomène de violence symbolique qui est une consolidation de la domination, une reprise à leur compte par les dominés.


  12. Caroline Porteu Le 28 avril 2016 à 11h28
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    a lire absolument en complément des propos de Lordon .
    Un livre totalement factuel , limpide sur :
    L’art de la Guerre Financière , paru le 13 Avril dernier aux Editions Odile Jacob , téléchargeable
    du commissaire divisionnaire Jean François Gayraud .

    On retrouve des similitudes de pensée avec l’article de Lordon sur les mécanismes actuels qui ne peuvent conduire à autre chose qu’à l’échec .

    Limpide et lumineux


  13. Crapaud Rouge Le 28 avril 2016 à 11h32
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    Au sous-titre “À conspirationniste, conspirationniste et demi !“, Lordon écrit : “Mais les appeler « élites », n’est-ce pas beaucoup leur accorder ? Et que valent les élites en questions à l’aune même des critères qu’elles appliquent aux autres ?“, puis en arrive au fait que ces élites tombent aussi dans le conspirationnisme. Mais, ce § arrivant après celui sur la Loi de 1973, Lordon aurait pu prendre une autre direction en posant la question : qu’est-ce que ces élites ont pigé à cette “Loi de 1973” ? Qu’ont-elles compris aux phénomènes de la création monétaire ? Ou encore : auraient-elles sacrifié le franc sur l’autel de l’euro si elles y avaient pigé quelque chose ? Poser la question c’est y répondre…


    • Thanos Le 28 avril 2016 à 22h51
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      Pour répondre rapidement : La loi de 1973 n’a aucune innovation en matière de taux des obligations nationales (suffit de chercher de le taux de l’OAT de 1972 pour constater… qu’il y en a un, 8% pour le 10 ans, même pas besoin de lire la loi ou d’avoir aucune connaissance éco), l’Etat paie des intérêts depuis des siècles. Elle n’apporte aucune innovation en matière de création ou d’émission monétaire (qui sont 2 choses distinctes). Cette loi n’est qu’un toilettage d’un existant devenu trop touffu et en partie obsolète (mille feuille de lois centenaires ou modernes et de conventions multiples).

      L’un des seuls apports de cette loi est même “anticomplotiste” : elle officialise/régule le circuit Trésor. En effet les gouvernements successifs avaient signé des conventions sécrètes avec le Trésor afin de percevoir des “avances” gratuites à court terme afin de boucler un budget (ce qui légalement était limité à 9 milliards jusqu’en 1973, somme donc largement dépassées grâce aux “conventions secrètes”). En gros les gouvernements – nos élus- falsifiaient le budget (dépassement des 9mrds) avec la complicité du Trésor sans accord ni concert avec le parlement (nos représentants) ou qui que se soit d’autre – sans même parler de ce que ce genre de pratique peut engendrer.


    • Thanos Le 28 avril 2016 à 22h51
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      Donc la loi de 73 a interdit la pratique littéralement antidémocratique des conventions secrètes mais a doublé le plafond d’avance au Trésor (20 milliards sans intérêts) et permis la révision à la hausse de ce plafond (sans le faire “en secret”), ce qui est donc plus favorable à l’Etat que le précédent. La où cela devient extraordinaire c’est que depuis 1973, je crois qu’aucun gouvernement n’a eu recours à cette dernière option alors même que tous votaient des budgets déficitaires… Ainsi le principal apport de la loi de 1973 est d’empêcher les gouvernements de “comploter” avec le Trésor afin de truander leurs budgets (nos impôts) et de mentir aux représentants du peuple et donc au peuple (techniquement) et de permettre de percevoir “légalement” plus de pognon gratuit qu’avant pour boucler un budget.


  14. christian gedeon Le 28 avril 2016 à 11h36
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    Culture et connaissances,quand vous nous tenez! C’est du Lordon pur jus,en fait. Des analyses bien alambiquées,savantes, construites,certes,mais sur du sable.Et surtout,pour ce qui me concerne sans conclusion ou solution patente. En gros,substituer des organisations justes(mais qui va définir justes) à des organisations injustes et dominées par la finance et patin couffin. la partie conspirationniste ou pas ne m’a pas intéressé…c’est de la redite,pure et simple. Ce qui m’a intéressé,en creux,c’est l’incapacité ou la non volonté ,de la part de M. Lordon,de proposer des sorties concrètes. Comme si çà lui faisait finalement peur de dire que les organisations supranationales sont,en elles mêmes ,une hérésie…alors,on biaise,on tape en touche,en espérant que le ballon sera lancé correctement par le talonneur,et que par miracle,la touche près de la ligne se transformera en essai…M. Lordon est devenu une figure de proue,parce que he is the right man in the right place at the right moment. Mais tout ce qu’il dit,a déjà été dit par Séguin,Chevènement,De Villiers ,Garaud,il y a déjà des lustres… mieux et plus fort.


    • Wilmotte Karim Le 28 avril 2016 à 13h30
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      “Ce qui m’a intéressé,en creux,c’est l’incapacité ou la non volonté ,de la part de M. Lordon,de proposer des sorties concrètes.”

      Il n’est pire aveugle que celui qui refuse de voir.

      Lordon ne propose ici rien de concret car ce n’est pas le sujet de son article.

      Libre à vous de vous renseigner sur ses propositions. Ça vous évitera le ridicule (même si le comique de répétition à ses charmes…)


      • christian gedeon Le 28 avril 2016 à 15h53
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        Cher Karim,il n’en a pas, à part les banalités d’usage style démocratie participative,organisations justes, fiscalité dynamique autres billevesées sans rime ni raison. Moi aussi ,je suis formidable quand je dis que le monde doit être plus juste,n’est pas? Que la fiscalité doit être meilleure,et qu’il faut reformer de fond en comble les institutions “internationales ” et patin couffin et la vache et la laitière et la pré…mas POLITIQUEMENT,que propose le sieur Lordon,à part les habituelles lunes participatives et “justes “…que dalle,nada,rien,macache bonos….du vent.le propre des solutions,c’est d’être “pratiques”,au sens propre du terme…et là c’est l’atacama… comme disait jésus à saint marc qui s’enfonçait ans les flots,marche sur les cailloux,comme les autres! Ce n’est pas le sujet? Ben il faudrait bien qu’il s’y mette…parce que parler de conspirationnisme et de conspirationnisme et demi,c’est comme sous les pavés la plage,n’est ce pas?


    • SanKuKai Le 28 avril 2016 à 16h53
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      Cet article de Lordon date de 2012 et est encore valable mot pour mot.
      Faire analyses et constats avant de proposer des solutions est, je pense, un mimimum pour éviter de reproduire les mêmes erreurs.
      Or questions constats Lordon voit en général juste (Crise de 2008, Crise grecque, etc.).
      Le SLAM, le BLAM, La monnaie commune, des solutions et des sorties concretes et étayées il en propose pléthore avec les économistes attérés.
      Mais dans tous les écrits de Lordon (si vous prenez le temps de les lire), notamment sur l’Europe, il explique que ce qui manque c’est une volonté politique.
      Donc Si Séguin, Chevènement, De Villiers, Garaud ont déjà tout dit en mieux et plus fort, il semblerait qu’ils ne l’aient pas dit encore assez fort, car dans les faits, leur impact a été nul alors que certains dans cette liste étaient jusqu’à ministres.
      Alors je ne vois pas ce qu’il y a de mal à répéter le message jusqu’à ce qu’il soit entendu par le plus grand nombre et à réclamer qu’il y ait débat public comme le fait Lordon dans ses écrits.


  15. Wilmotte Karim Le 28 avril 2016 à 12h12
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    Sauf que la France se finançait sur les marchés avant 1973.
    Que 1973 soit un jalon, pourquoi pas.

    En fait l’alpha et l’oméga des problèmes actuels… que dire…


  16. noone Le 28 avril 2016 à 12h47
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    De l’utilité du 11 septembre : la guerre perpétuelle pour la suprématie du dollar en tant que réserve mondiale et le big business du MIC.

    Guerres d’Irak, Syrie, Libye, Yémen… des millions de personnes tuées et des millions d’autres déplacées et dirigées vers l’Europe en flux tendu via la George Soros Highway. A qui ça profite ?

    Pourquoi avec toute cette apocalypse dantesque au Proche et Moyen-Orient ainsi qu’en Libye orchestrée par l’Axe du Bien, n’y a-t-il pas un autre 11 septembre aux USA ????


  17. olivier69 Le 28 avril 2016 à 14h18
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    Bonjour,
    C’est étrange de parler des structures sans évoquer les cultures. Il faudrait qu’ils comprennent mieux le concept marchand au centre du développement. Parce qu’il esquive dans l’analyse présentée, que l’on achète principalement la rumeur. Elle devient un besoin liée au fonctionnement. L’essence du modèle…De plus, il faudrait peut-être lui rappeler également les bases de l’échange, le temps. Et en la matière, les calculateurs n’ont pas le temps pour considérer la notion de marché qu’il met en avant (fins politiques?). Alors, dans cette distribution de bonbons, attention à la gourmandise !
    Enfin, ne serait-ce pas un plébiscite pour le vote indirect ? C’est à dire proche du modèle anglo-saxon ? Comme un écran de tv, certains sont donc hypnotisés par la dialectique… C’est pourquoi, le débat sur le libre arbitre est plutôt cocasse..
    Le contenu n’est pas le contenant. Mais chacun, sa tasse de thé. Et, Quatremer matérialisé ? Un simple effet de style (objet publicitaire du moment?)…


  18. Crapaud Rouge Le 28 avril 2016 à 14h29
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    @jim : mais à quoi rime le passage de Finkielkraut à Nuit Debout ? A rien, strictement à rien. Soit on accueil le type gentiment poliment civilement, mais comme un quidam ordinaire, donc comme s’il n’était pas passé, soit on le fait monter à la tribune. Et là ça coince, oui, évidemment, parce qu’il faudrait être maso pour “écouter” un type pareil que l’on peut entendre du matin au soir sur certains médias, et qui est déjà archi-écouté par toute l’élite puisqu’il a son épée d’académiciens.


    • christian gedeon Le 28 avril 2016 à 16h03
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      Hoho… et à quoi rime qu’il y ait des députés de droite dans une chambre de gauche et vice et versa? Des grands des petits et des moyens, des gens pour et des gens contre,, des blondes et des brunes,de adeptes de la bière ou du coca,hein? Ou alors des listes de droite ou de gauche? Incroyable propos! La place de la république appartient elle à une catégorie de “bien pensants ” et pas à d’autres français? Ou peut être aurait il fallu le lyncher? [Modéré]


      • Wilmotte Karim Le 28 avril 2016 à 17h45
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        Il n’a pas été lynché mais raccompagné par le service d’ordre.
        Dans une manifestation, les provocateurs peuvent être expulsé.

        Et Nuit debout est une manifestation.


  19. Oscar Le 28 avril 2016 à 16h25
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    La seule chose que craint le pouvoir pour contrer ses projets oligarchiques , ( UE , Coudenhove-Kalergi, TTiP ,..) c’est la conjonction des luttes sociales ET nationales , le seul butoir réellement conséquent et crédible pour contrer la liquéfaction de la société . Vouloir diaboliser façon trotskiste les souverainistes , c’est comme privé son camp de ses armes les plus éprouvées . Comment appelle – t-on cela ? Bêtise ou bien trahison . Bien qu’ayant un penchant certain à s’écouter parler ou écrire , F. London n’est certes pas un imbécile ….


    • Julie Le 30 avril 2016 à 09h22
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      il y a qu’à voir comment le “pouvoir” a dispersé les manifs de mercredi dernier à Paris, Rennes et Marseille pour se rendre compte que celui-ci a peur de ce qu’il risque d’arriver le 1er mai.


  20. toff de aix Le 28 avril 2016 à 20h28
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    On peut voir des complots partout, après tout… Des syndiqués qui se réunissent pour discuter et décider d’une action ? Complot gauchiste. Des associations de consommateurs qui appellent au boycott tel ou tel type de produit ? Complot économique ! Un homme politique promet que “son ennemi c’est la finance”? Complot politique…

    Mais nous, si nous osons aborder des faits prouvés scientifiquement : au hasard une tour qui s’écroule à la vitesse de la chute libre, ou un feu de kérosène qui physiquement ne peut en aucun cas faire s’écrouler une superstructure en béton et acier, ou, pire, un avion qui physiquement ne peut voler en rase mottes au dessus d’une certaine vitesse sans se disloquer avant, et pénétrer dans un bâtiment frontalement sans que l’on retrouve le moindre bout de ses moteurs indestructibles car en titane…alors si l’on ose mettre sur la table les multiples incohérences d’une version officielle qui arrange tout le monde, au premier chef desquels les industriels de l’armement et de la guerre perpétuelle, sauf la vérité.. Alors là, c’est sûr, nous ne pouvons être que des complotistes, de la pire espèce. Internez nous, vite ! Car nous serons de plus en plus nombreux… Et ce blog sera lui aussi, à classer parmi les sites hébergeant un tas “d’illuminés”.


  21. Pellegri Le 28 avril 2016 à 20h32
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    Je connaissais le Bilderberg mais pas la Trilatérale. Après une courte recherche, je suis tombé sur sur ce Thinkerview: https://youtu.be/TxVyRoJTG94

    A voir, j’ai pas toutes les clés pour analyser mais j’ai trouvé cela fort intéressant.


  22. corto Le 28 avril 2016 à 21h54
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    https://fr.scribd.com/…/Alain-Beitone-Ide-es-fausses-et… à lire ,mais là ,moi ,qui suis de la plébe
    , j’en ai pour un bon moment à bien digérer tout çà …tant de vérités et contre vérités qu’on s’y perd un peu ! …..Jugeant qu’il n’y a pas péril en la demeure
    Allons vers l’autre monde en flânant en chemin
    Car, à forcer l’allure, il arrive qu’on meure
    Pour des idées n’ayant plus cours le lendemain
    Or, s’il est une chose amère, désolante
    En rendant l’âme à Dieu c’est bien de constater
    Qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée
    Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
    D’accord, mais de mort lente ……..


  23. Fabrice Le 28 avril 2016 à 22h05
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    Que de passions… Mais pas d’inquiétude à avoir; le troupeau ne bêle que lorsqu’il est bien nourri! Que viennent à cesser les privilleges de l’occident (et ils cesseront, taille fini de la planète oblige) et la frêle clôture qui nous sépare d’un droit et d’une justice a taille humaine volera en éclats… Contre cette inéluctable fatalité, heureuse au bout du compte, ni les berger, ni leurs bâtons ni leurs chiens ne pourrons rien.


  24. Fabrice Le 28 avril 2016 à 22h14
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    Bizarre quand meme que personne ni Lordon ne s’interroge sur le droit divin que s’est arrogé le maitre de l’empire ( in god we trust et toutes ces conneries) à abattre sur le monde ses armes monétaires et militaires.! Petite dissonance cognitive généralisée qui ne gène personne. Lol…du moins pas ceux qui ont encore le cul dans le beurre. Mdr.. Ça passera.


  25. Julie Le 29 avril 2016 à 08h31
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    pas entièrement hors-sujet, car il est question ici de Lordon, de “Nuit Debout”, de ceux que la caste a ostracisé comme rouges-bruns depuis déjà une bonne quinzaine d’années avec le résultat que l’on sait sur le débat dans ce pays
    https://charlesenderlin.com/2016/04/27/lacademicien-et-israel/
    https://deboutcontrelislamophobie.wordpress.com/2016/04/27/charte-des-ateliers-et-debats-de-la-commission-contre-lislamophobie-et-les-racismes-detat-du-mouvement-nuit-debout/


    • Julie Le 29 avril 2016 à 08h42
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      soit dit en passant, il y a pas mal d’incohérences et de contradictions dans le texte de nuit debout…
      à compléter ici
      http://russeurope.hypotheses.org/4909


  26. valles Le 29 avril 2016 à 09h09
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    Dommage que tant de clairvoyance finisse dans l’escarcelle de la pensée unique, Mr Lordon parle du peuple mais son audition à l’air sélective quand il faut l’écouter, il parle conspiration quand le mouvement qu’il défend établi des listes de déchéances citoyennes, ce mouvement à dormir debout ne ferait en fait que de la politique?
    N’est pas Coluche qui veut,et entre la théorie et la pratique il y a monde, c’est celui de l’absolu, un monde où la majorité relative n’est qu’un vice de forme.


  27. thmos Le 29 avril 2016 à 17h47
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    Avec comme conclusion de tous les excellents Lordon le patatrac ordinaire qui caractérise le gauchiste bien né de son tout petit quartier, à la manière de Todd trop souvent, leur côté lib lib génétique, ce conservatisme bobo désespérant qui sabote leur travail si intelligent : ” …comme ceux qui pensent que le Front Populaire est responsable de la défaite de 40 …” Ben oui , peut être : Si Lordon l’agit propret croit que le sit-in des terroristes de la rue d’Ulm ” debout(s) la nuit ” (hors vacances scolaires) représenterait une sorte de Potemkine place de la République, d’autres pensent qu’en 1936 il eut mieux valu fabriquer des Bloch ou des Potez 45 heures durant plutôt qu’aller à la plage, quitte à doubler les congés payés mais après la victoire ou la non invasion.


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