Voici le fameux discours testament du président Eisenhower sur le “complexe militaro-industriel” – il n’y a plus qu’à remplacer ceci par “complexe banco-financier”.

« Des crises, il y en aura d’autres. Quand on les affronte, qu’elles soient intérieures ou étrangères, grandes ou petites, il y a toujours la tentation de penser qu’une action spectaculaire et coûteuse pourrait être la solution miraculeuse à toutes les difficultés rencontrées […], présentée comme la seule voiepour la route que nous souhaitons suivre.

Cependant chaque proposition doit être pesée à la lumière d’une considération plus large : la nécessité de maintenir l’équilibre : équilibre entre les [différents] programmes nationaux et à l’intérieur [de chacun d'entre eux], équilibre entre économie publique et économie privée, équilibre entre le coût et le gain espéré, équilibre entre le nettement nécessaire et le confortablement souhaitable, équilibre entre nos exigences essentielles en tant que nation et les devoirs imposés par la nation à l’individu, équilibre entre les actions du présent et le bien-être futur de la nation. Le jugement sage recherche équilibre et progrès ; son manque amène déséquilibre et anéantissement. […]

Mais des menaces nouvelles […] surgissent constamment. Je n’en mentionnerai que deux ici. […]

La présence simultanée d’un énorme secteur militaire et d’une vaste industrie de l’armement est un fait nouveau dans notre histoire. Cette combinaison de facteurs a des répercussions — d’ordre politique, économique et même spirituel – perceptibles dans chacune de nos villes, dans les chambres législatives de chacun des États qui constituent notre pays, dans chaque bureau de l’administration fédérale. Certes, cette évolution répond à un besoin impérieux. Mais nous nous devons de comprendre ce qu’elle implique, car ses conséquences sont graves. Notre travail, nos ressources, nos moyens d’existence sont en jeu, et jusqu’à la structure même de notre société.

Nous devons veiller à empêcher le complexe militaro-industriel d’acquérir une influence injustifiée dans les structures gouvernementales, qu’il l’ait ou non consciemment cherchée. Nous nous trouvons devant un risque réel, qui se maintiendra à l’avenir : qu’une concentration désastreuse de pouvoir en des mains dangereuses aille en s’affermissant. Nous devons veiller à ne jamais laisser le poids de cette association de pouvoirs mettre en danger nos libertés ou nos procédures démocratiques. Nous ne devons jamais rien considérer comme acquis. Seul un peuple informé et vigilant réussira à obtenir que l’immense machine industrielle et militaire qu’est notre secteur de la défense nationale s’ajuste sans grincement à nos méthodes et à nos objectifs pacifiques, pour que la sécurité et la liberté puissent prospérer ensemble. […]

C’est la tâche de l’homme d’État que de mouler, équilibrer, intégrer toutes ces forces, anciennes et nouvelles, dans les principes de notre système démocratique – en visant toujours à atteindre les buts suprêmes de notre société libre.

Un autre facteur de maintien de l’équilibre implique l’élément de temps. Alors que nous envisageons la société future, nous – vous et moi, et notre gouvernement – devons éviter la tentation de vivre seulement pour le présent, pillant pour notre propre aisance et confort, les précieuses ressources de demain. Nous ne pouvons pas hypothéquer les biens matériels de nos petits-enfants sans risquer également de dilapider leur héritage politique et spirituel. Nous voulons que la démocratie survive pour toutes les générations à venir, et non pas qu’elle devienne le fantôme insolvable de demain. »

[Dwight Eisenhower, Discours de fin de mandat resté connu sous le nom du Discours du Complexe Militaro-Industriel, 17/01/1961]

18 réponses à [Article] Discours de fin de mandat de Dwight Eisenhower, 1961

  1. Marcus Le 02 janvier 2013 à 03h46
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    Vaste discours du Président Eisenhower qui ne date pas tant que ça et qui ouvre sur de nombreuses pistes de discussions que je laisse aux nombreux intervenants.
    Mais nul doute que le complexe militaro-industriel ne fasse encore parler de lui cette année avec une attaque sur l’Iran à la clé tant le gouvernement actuel de droite et d’extrême droite d’Israël fait campagne avec succès tant tous ses meetings sur la nécessité de frapper l’Iran pour l’empêcher de d’acquérir l’arme atomique mi-2013.
    Entre les élections israéliennes où la coalition en place est sûre de retrouver une large majorité vers le 21 janvier, la fin de la constitution de l’équipe Obama 2 fin janvier avec le Discours sur l’Etat de l’Union ET mi-2013, il y a une fenêtre de tir qui à n’en pas douter sera exploiter par le complexe militaro-industriel étatsuniens et les partisans de la guerre de civilisations de nombreux lobbys .
    Pas joyeux tout ça, ainsi va le monde ..
    A suivre …


  2. Patrick Luder Le 02 janvier 2013 à 05h59
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    De telles personnes de valeurs n’accèdent plus aux sièges dirigeants de nos pays,
    car le chemin qui y mène est réservé à la classe “bonimenteurs” de l’apolitique …


    • fabien775 Le 02 janvier 2013 à 06h33
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      Je pensais plutôt à des “bonimenteurs” professionnels de la politique qui n’ont pour seule ambition que le pouvoir pour eux-même et leur satisfaction personnelle. Ils sont enfermé dans leur bulle de vision à court terme qui mène la société dans une impasse devenue irréversible et infernale.


  3. Lo2 Le 02 janvier 2013 à 08h28
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    C’est loupé!
    L’armée US pour les pays non developpés.
    La finance avec ses dettes pour les pays développés.


  4. Marcel Le 02 janvier 2013 à 09h08
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    Il aurait mieux fait de se taire. Il a donné dans son discours la nature du problème et les solutions pour le résoudre.
    C’est idiot.
    Les membres du complexe en question ont mis alors en place des contre-mesures vis à vis des solutions en question. Aujourd’hui la plupart part de la population américaine croit en les décisions de ses politiciens et sont préts à verser le sang (le leur et celui des autres) pour garantir la politique américaine quelle soit bonne ou mauvaise à long terme. Pour cela il a fallu un travail de longue halène d’abéatissement de la population pour la rendre crédule. C’est chose faite avec moins de 1% de la population contrôlant plus de 90% des ressources, il est facile aujourd’hui de manipuler la foule.
    Ce travail d’abéatisseement est en cours également dans les écoles françaises.
    Plus difficile car il y a plus de professeurs intelligents et rebels qu’aux US qui font en sorte que leurs élèves pensent par eux même et complètent l’information officielle avec d’autres moins reluisantes reflétant plus la réalité. Si les enseignants de nos enfants n’y prennent pas garde en applicant bêtement les programmes scolaires, dans 30 ans, nous aurons le même résultat qu’aux U.S.A.
    Mais il y a d’autres vecteurs d’attaques comme la télévision, les médias, le jeu cultivant les bas instincts humains. Pas de façon brutale, mais avec subtilité comme le poker qui incite au mensonge, ou des scènes explicitement sexuelles de moins de 5 secondes au film de 21H avec un logo interdit aux moins de 10 ans pour se donner bonne conscience. Le danger de déviance est réel.
    Par ailleurs comme je l’ai dit de nombreuses fois sur ce forum et ce qu’avait bien compris Eisenhower, c’est que le temps n’a pas d’importance pour ce genre d’Hydre. Seul compte le résultat !


  5. toutouadi Le 02 janvier 2013 à 09h35
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    Manquait plus qu’ca !!

    Apres avoir stigmatisé l’évasion fiscale, aujourd’hui tu stigmatise le complexe banco-financier !!
    Ignorait-tu que les vrais problèmes dans ce triste bas monde sont l’assistanat, les roms et les arabes?

    N’as tu pas peur de tomber dans le populisme le plus crade et de heurter l’extrême sensibilité des forces vives de notre chère nation ? ;)


    • Surya Le 02 janvier 2013 à 10h59
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      L’important c’est de twitter.


  6. Jean-Charles Le 02 janvier 2013 à 10h02
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    Les USA avec près de 300 millions d’habitants soit un peu plus de 4% de l’ensemble des habitants de notre planète dépensent plus de 700 milliards de $ autant que tous les autres Etats.

    Les guerres ne sont pas décidées par le peuple mais planifiées bien à l’avance.

    Parfois par les élus.


  7. Macarel Le 02 janvier 2013 à 10h31
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    Cependant chaque proposition doit être pesée à la lumière d’une considération plus large : la nécessité de maintenir l’équilibre : équilibre entre les [différents] programmes nationaux et à l’intérieur [de chacun d'entre eux], équilibre entre économie publique et économie privée, équilibre entre le coût et le gain espéré, équilibre entre le nettement nécessaire et le confortablement souhaitable, équilibre entre nos exigences essentielles en tant que nation et les devoirs imposés par la nation à l’individu, équilibre entre les actions du présent et le bien-être futur de la nation. Le jugement sage recherche équilibre et progrès ; son manque amène déséquilibre et anéantissement. […]

    J’ ADHERE A 100%


  8. step Le 02 janvier 2013 à 10h31
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    dans le même style et en couleur, on a la très bonne interview de Dupond aignan ce matin sur BFM TV. Il y a quelques minutes sur les voitures brulées au début, mais tout le reste est très intéressant et dans la thématique de nos discussions et renvoie à ce que disais Mme Garaud.
    Elle n’est pas en ligne pour l’instant, mais elle vaut le coup. Pour les micenallées de mercredi prochain !


    • step Le 02 janvier 2013 à 14h21
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      le voilà :

      link to youtube.com

      cela commence sur l’économie et la société à 5 min de la vidéo.


      • Ardéchoix Le 02 janvier 2013 à 15h45
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        Merci pour ce lien , ne dit pas que des conneries Nicolas Dupont-Aignan , il y a une petite lumière dans son discours .
        Pour revenir sur Edgar Morin :”Tout notre passé, même récent, fourmille d’erreurs et d’illusions, l’illusion d’un progrès indéfini de la société industrielle, l’illusion de l’impossibilité de nouvelles crises économiques, l’illusion soviétique et maoïste, et aujourd’hui règne encore l’illusion d’une sortie de la crise par l’économie néolibérale, qui pourtant a produit cette crise. Règne aussi l’illusion que la seule alternative se trouve entre deux erreurs, l’erreur que la rigueur est remède à la crise, l’erreur que la croissance est remède à la rigueur.


  9. Inox Le 02 janvier 2013 à 18h41
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    Mais ! Eisenhower était communiste, vous ne le saviez pas ? Donc tout ce qu’il dit est absurde. ;)


  10. Vénus-Etoile du Berger Le 02 janvier 2013 à 19h08
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    Petit complément

    Le début de mandat de Dwight David Eisenhower,1953

    Eisenhower était un militaire qui a servi sous les ordres de généraux très reconnus comme John Joseph Pershing.

    Il parlait avec des mots simples et justes avec une grande discipline.

    Il a su alors se faire comprendre du peuple américain et il a accédé à une immense popularité aux USA.

    A la maison blanche, il a modifié le règlement intérieur, il a imposé une rigueur dans le comportement, il a interdit la cigarette dans les couloirs et il a préconisé le respect d’autrui.

    Pour stopper la guerre de Truman, Eisenhower a mis en garde la Chine et l’URSS.

    Pour se faire, il a mis en place la théorie des représailles massives.

    Elle consistait à opter pour la dissuasion plutôt que d’envoyer son armée combattre dans des guerres coûteuses.

    Pour contrecarrer la Chine et l’URSS qui disposaient davantage de militaires, par exemple l’URSS disposait deux fois plus de troupes que les américains, Eisenhower a misé sur le nucléaire pour impressionner l’adversaire.

    En octobre 1953 le texte de la théorie des représailles massives a été voté.

    Pour dissuader leur adversaire d’une guerre éventuelle, Eisenhower menaçait de transformer une attaque communiste en fin du monde nucléaire.

    Durant le conflit indochinois, il refuse d’envoyer des troupes pour aider les français malgré le projet de l’opération Vautour (soutien aérien pour aider les français).

    En plus de la dissuasion, Eisenhower se lance un défi celui de la confrontation économique.

    ” Il n’existe pas d’instrument plus efficace en diplomatie que le commerce”. Eisenhower, 1953.


  11. Dan Le 02 janvier 2013 à 20h59
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    Certes les USA pendant des decennies ont investi des milliers de millards de dollars pour entretenir leur puissance militaire à travers le monde. Mais aujourd’hui la première puissance économique du monde est la chine qui est l’atelier du monde, par ce principe elle a aquis et maîtrise toutes les technologies de pointe et la production notamment dans les domaines sensibles comme l’électronique , le nucléaire ,la science des matériaux , les missiles etc , aujourd’hui même des spécialistes , des ingénieurs , des scientifiques du monde entier sont recrutés par la Chine sous un pont d’or ! En conclusion dans les prochains temps qui sera le maître du monde ?


  12. Dan Le 02 janvier 2013 à 21h30
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    Pour en mettre une deuxième couche ; il faut rappeler ici la stupidité et la cupidité des occidentaux et des américains , comme le disait un homme très célèbre “Ils nous vendraient la corde pour les pendre”
    Pourtant la faucille et le marteau figurant il ya quelques semaines dans une cérémonie officielle dans ce grand pays et vue dans le monde entier , cela les laisse insensible, tout va bien ? quelle stupidité et nullité de notre élite !


  13. kimalu Le 03 janvier 2013 à 18h51
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    Voici un autre discours très intéressant :

    Source site ENA Luxembourg
    Le 07 mars 1945, dans un discours prononcé à Washington devant le Comité des banques et des monnaies de la Chambre des représentants, Henry Morgenthau Jr., Secrétaire américain au Trésor, décrit l’importance économique et politique des Accords de Bretton Woods.
    Source : Archives Nationales du Luxembourg, Luxembourg. Ministère des Affaires étrangères. Instituts internationaux – Institutions spécialisées – Organisations internationales. Unité Nations Relief and Rehabilitation Administration. UNRRA – Correspondance classée chronologiquement 1945, AE 8088. Traduit par le CVCE.
    Copyright © Traduction Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe (CVCE).
    Déclaration du ministre Morgenthau devant le Committee on Banking and Currency (Commission du contrôle bancaire et de la monnaie) de la Chambre des représentants (Washington, 7 mars 1945)

    Les accords de Bretton Woods

    Vous m’avez fait l’honneur de m’inviter à examiner avec vous aujourd’hui un texte qui est peut-être la plus importante mesure de coopération internationale jamais soumise au Congrès.

    Sachez d’abord que j’ai mis toutes mes capacités dans l’étude de ce document et que je suis convaincu d’un fait fondamental. Les accords de Bretton Woods profiteront à chaque citoyen américain.

    J’ai étroitement participé à chaque étape de leur élaboration. J’ai été témoin des nombreux mois nécessaires aux fastidieux travaux préliminaires. J’ai pris part aux délibérations de la conférence de Bretton Woods, dans le New Hampshire. J’ai passé en revue les sept mois de discussions qui ont suivi. Et je peux vous garantir que le programme que nous recommandons représente, sans l’ombre d’un doute, une bonne affaire pour les États-Unis.

    Il est exact que les accords de Bretton Woods portent sur les questions plutôt techniques des devises nationales et des crédits internationaux. Pourtant, leur résultat est très simple – la stabilité et l’ordre, au lieu de l’insécurité et du chaos.

    Ces accords peuvent en outre se traduire par les produits de première nécessité dont a besoin le peuple américain. Ils impliquent des emplois et des profits. Ils contribuent à décider du sort des nouvelles et des anciennes entreprises. Ils déterminent la quantité de nourriture sur la table familiale, l’argent qui permettra d’acheter un nouveau poste radio, des livres de classe pour les enfants. Notre pays a beaucoup à gagner, plus qu’aucun autre peut-être, à l’adoption du texte qui vous est présenté ici.

    Les accords de Bretton Woods représentent un pas décisif vers la solution de deux problèmes qui préoccupent plus que toute autre chose le peuple américain, hormis l’avancée de nos troupes à l’étranger. Ces problèmes sont l’organisation de la sécurité mondiale et la valorisation des ressources de la planète au bénéfice de tous ses habitants. Ces deux objectifs sont bien entendu aussi interdépendants que les lames d’une paire de ciseaux. L’un ne donne rien sans l’autre.

    La loi de mise en vigueur du programme de Bretton Woods constitue la première preuve concrète de notre volonté de coopérer à la reconstruction et à la stabilisation du monde. C’est aussi une étape très importante dans l’expansion raisonnée du commerce international dont dépend la prospérité future de notre agriculture et de notre industrie.

    À Bretton Woods, les représentants de 44 Nations Unies ont convenu de créer un Fonds monétaire international et une Banque internationale pour la reconstruction et le développement. Les membres du Congrès, qui faisaient partie de notre délégation et qui ont grandement contribué au succès de la conférence, savent qu’il n’y a eu aucune trace de politique partisane dans nos délibérations. Et aucun esprit partisan ne s’est glissé dans la question depuis lors.

    Nous cherchions à résoudre l’un des problèmes les plus épineux du monde. Seuls la bonne volonté, le bon sens et la sincérité des 44 pays pouvaient le permettre. Et je suis certain que nous y sommes parvenus.

    Le Fonds monétaire fournit un mécanisme permettant de prévenir la perturbation des taux de change internationaux ou au besoin de les remettre en ordre. La stabilité de ces taux signifie que tous les pays peuvent participer au commerce mondial sans recourir à une concurrence sauvage. Dans les années 30, cette concurrence s’est manifestée dans le commerce mondial par la dépréciation des monnaies, le blocage de fonds, des quotas d’importations et de nombreuses préférences commerciales ou monétaires. Désespérés, certains pays ont cherché leur salut aux dépens de leurs voisins. Tous en ont souffert. Le commerce des États-Unis a énormément pâti de ces pratiques discriminatoires. Notre commerce extérieur, qui s’était effondré lors de la dépression, a réalisé des gains substantiels là où prévalait la liberté du commerce, mais ne s’est pas remis et a même perdu du terrain dans les pays qui nous avaient opposé des barrières commerciales.

    Le programme de Bretton Woods favorisera la paix notamment en libérant les petits pays et même ceux de taille moyenne du danger de l’agression économique par des voisins plus puissants. Ces pays ne seront plus contraints de s’adresser à un pays puissant unique pour obtenir un appui monétaire ou des capitaux pour leur développement, au prix de concessions politiques et économiques dangereuses. Dans le passé, l’indépendance politique s’est souvent révélée illusoire lorsqu’elle n’était pas accompagnée par l’indépendance économique.

    Les accords de Bretton Woods renforceront ces deux indépendances. Les petits pays pourront s’adresser au Fonds international pour solliciter une aide monétaire, et à la Banque mondiale pour obtenir des fonds pour la reconstruction et le développement. Les prêts seront consentis sans conditions politiques et ne contraindront pas l’emprunteur à des relations commerciales artificielles ou indésirables.

    Ainsi, en réfléchissant à la loi qui mettra en œuvre le programme de Bretton Woods, nous devons essentiellement choisir entre l’isolationnisme économique et la coopération à l’entreprise de reconstruction d’un monde de paix. Nous savons que la sécurité économique est impossible dans le chaos politique. Mais l’inverse est tout aussi vrai. Les accords de Bretton Woods constituent un élément du programme global visant à réaliser la sécurité politique et la sécurité économique.

    La politique de la canonnière, au sens où les petits pays sont tyrannisés par les gros et les pays faibles par les puissants, est aujourd’hui très mal ressentie, partout dans le monde. Les Nations Unies espèrent l’éradiquer de la Terre. Mais l’économie de coercition pourrait se révéler tout aussi dangereuse car, si elle n’est pas à la racine de tous les maux dans les affaires internationales, elle est, pour le moins, une cause fréquente de conflits. La loi soumise à votre commission est pour nous, j’en suis convaincu, le meilleur espoir de bannir cela aussi.

    Bien entendu, aucun programme conçu par les hommes, dans leur sagesse, ne peut empêcher une répétition des tragédies des années 1930 si la volonté de le mettre à exécution fait défaut. Il faudrait d’abord bien sûr que les gouvernements veuillent réaliser la stabilité monétaire. Le fait que 44 délégations ont approuvé le Fonds monétaire constitue une preuve sérieuse de leur désir de stabilisation. La loi soumise à votre commission n’est que le mécanisme au travers duquel cette volonté peut s’exprimer.

    La Banque internationale pour la reconstruction et le développement est conçue pour stimuler la reconstruction de pays déchirés par la guerre, ainsi que le développement dont tous les pays ont besoin. Elle consent exclusivement des prêts visant des objectifs totalement productifs. Elle est dotée de garde-fous garantissant des pratiques saines. Ses fonctions ont été définies de manière à faciliter les financements privés plutôt qu’à leur faire obstacle.

    Les bienfaits concrets du programme sont si grands et si évidents que j’aimerais en faire un bref résumé. Mais il faut comprendre que le succès des accords de Bretton Woods comme celui de tout autre accord international ou toute autre politique nationale dépend d’autres mesures progressistes et intelligentes favorables à la santé économique du monde.

    En tant qu’élément important du mécanisme d’instauration de la paix et de promotion d’un commerce profitable et utile après la guerre, les accords de Bretton Woods apporteront, ou contribueront à apporter les éléments suivants :

    Ils offriront un moyen de stabilisation des taux de change grâce auquel les entreprises américaines pourront mener leurs affaires à l’étranger de manière rationnelle et selon une courbe ascendante. Quiconque a dû chercher à l’aveuglette son chemin dans le dédale des devises étrangères fluctuantes, entre les deux guerres mondiales, en appréciera la valeur.

    Les accords profiteront tout autant aux entreprises américaines possédant des succursales à l’étranger. Dans le passé, les bénéfices de ces succursales n’ont que trop souvent été gelés. Le programme de Bretton Woods facilitera le paiement, par tout pays membre, des bénéfices légitimes des succursales américaines à l’étranger.

    C’est parce qu’il propose une méthode de stabilisation des monnaies que le Fonds monétaire représente un grand pas vers l’élimination de certaines des plus dangereuses restrictions imposées au commerce international. Il élimine le prétexte invoqué pour la complexité des quotas d’importation, les droits de douanes discriminatoires et autres mesures désespérées qui ont suscité tant de difficultés dans les relations économiques amicales entre pays, durant les années 1930.

    La Banque, par son fonctionnement, apportera à l’investisseur américain la meilleure protection dont il a jamais joui dans le domaine des investissements étrangers. Les services de la Banque seront tels que l’acheteur privé américain d’obligations étrangères saura que des experts impartiaux ont considéré comme sérieux l’objectif d’un tel prêt. Si l’argent propre de la Banque intervient dans le lancement de l’émission, le prêt sera également garanti par le pays emprunteur et par toutes les ressources de la Banque, émanation des 44 pays membres. Les personnes qui ont acheté certaines obligations étrangères dans les années 1920 en comprendront tout l’avantage.

    En effet, la Banque dissuade les pays d’emprunter de l’argent qu’ils ne pourraient pas utiliser de manière rentable et rembourser intégralement. Elle protège le prêteur qui évitera de placer son argent dans des investissements peu sûrs, soit parce que l’emprunteur a pris des engagements excessifs, soit parce que l’emprunt n’a pas d’utilité véritable.

    L’après-guerre va faire surgir de nombreuses demandes de projets de reconstruction et d’aménagement qui n’offriront pas de retours sur investissements attrayants aux investisseurs privés, ou qui leur paraîtront trop risqués. La Banque serait disposée à proposer ces emprunts à de faibles taux d’intérêts ou à offrir des garanties aux groupes financiers privés. Ces prêts favoriseront une reconstruction plus rapide des pays qui sont les clients de l’Amérique ainsi que le développement de ressources et sources de richesses nouvelles dans des pays qui deviendront alors de meilleurs clients qu’auparavant.

    En bref, le programme dans son ensemble devient l’assise de la protection des investisseurs, un programme qui encouragera les investissements productifs à l’étranger. Il devient le moyen permettant de stabiliser le commerce international, essentiel à la pleine productivité et au plein emploi aux États-Unis.

    Bien entendu, il faut bâtir sur ces fondations. Les murs et le toit sont tout aussi importants. Mais commençons par le commencement. Sans fondations solides, les murs chancelleront et le toit nous tombera dessus. C’est ce que nous apportent les accords de Bretton Woods et la loi qui les mettra en vigueur.

    Je voudrais ici plaider pour que la construction de ces fondations ne soit pas retardée. Le temps est notre bien le plus précieux. Je ne veux pas inciter la commission, ni le Congrès, à la précipitation. Je suis certain que plus vous étudierez les faits, plus vous serez favorables aux propositions de Bretton Woods. Comme je me suis efforcé de le montrer, il s’agit essentiellement d’instaurer des mesures de stabilité des changes pour le commerce mondial. En défendant les accords de Bretton Woods, j’ai constaté que tout esprit ouvert, en comprenant leurs principes, finissait par les approuver.

    Le retard que je voudrais éviter n’est pas celui d’une discussion approfondie et franche. C’est celui qui résulterait d’une tentative de convoquer une nouvelle conférence si ces accords étaient rejetés. À Bretton Woods la possibilité s’est offerte à nous de commencer à construire la stabilité monétaire de l’après-guerre. Nous en avons profité le plus possible. Mais il est peu probable qu’une telle occasion se représente pour notre génération.

    Un autre point, plus important encore, si toutefois cela était possible. Ce n’est pas seulement le sort des accords de Bretton Woods qui est entre les mains du Congrès en ce moment. Une réaction favorable aux projets de lois qui vous sont présentés constituera la preuve la plus encourageante que les États-Unis sont parfaitement sincères dans leur respect des principes de la coopération internationale. Vous aurez ajouté des actes aux mots d’espoir qui ont lié les Nations Unies dans une grande alliance pour la paix.

    L’organisation de la sécurité mondiale, dont les grandes lignes ont été ébauchées à Dumbarton Oaks et qui sera finalisée, nous l’espérons tous, à San Francisco, a besoin des accords de Bretton Woods.

    Nous ne pouvons pas déclarer que nous allons rejoindre les autres nations dans une organisation visant à maintenir la paix et refuser en même temps de contribuer à éliminer l’une des pires causes de la guerre – les bouleversements économiques. Nous ne pouvons pas prétendre croire à la coopération pour mettre à bas le fascisme, sans coopérer à l’élimination de l’une de ses principales armes – l’agression économique. Nous ne pouvons pas affirmer que nous voulons l’égalité de toutes les nations et en laisser certaines à la merci financière des autres.

    Tout ce que nous avons dit et fait ces quatre dernières années nous mène vers un exercice collectif du pouvoir, et non vers son maniement irresponsable et unilatéral. Les accords de Bretton Woods nous offrent le mécanisme permettant d’atteler 44 pays à la tâche de stabiliser le moyen par lequel les peuples échangent leurs biens, mènent leurs affaires les uns avec les autres et travaillent à un relèvement mutuel des niveaux de vie.

    Mes successeurs à cette tribune vont continuer à vous exposer cette question et développer ces arguments. Ils vous donneront tous les détails du dossier et, pour ma part, je suis impatient d’entendre le dossier parler pour nous. Les faits, tous les faits et rien que les faits, c’est ce qu’attendent cette commission et les deux Chambres du Congrès. Le principal est peut-être que nous nous trouvons devant l’un de ces moments cruciaux de l’histoire dont les générations futures diront :
    «Le monde était là à un tournant.»

    Notre tâche, prodigieuse – la vôtre, ici, au Congrès et la nôtre, à l’exécutif du gouvernement, consiste à agir dès maintenant pour que ces générations futures ajoutent :
    «Grâce à Dieu, ils ont fait le bon choix.»


    • kimalu Le 04 janvier 2013 à 20h22
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      Bretton Woods = Une bonne affaire pour les Etats-Unis…

      … En fait la “loi du vainqueur” qui existe depuis la nuit des temps…


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