Passionnant article paru en 1995 dans le Nouvel Observateur… (merci à Samuel). C’est un approfondissement d’un premier texte de 1989.

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Introduction de Laurent Joffrin :

Trois foulards ont démontré, si besoin en était, que les années 1990 ne ressembleraient pas aux années 1980. Qu’on se reporte un peu en arrière : tout dans la décennie qui s’achève portait à l’acceptation de cet ornement vestimentaire. C’étaient les années de l’individu-roi, de la dispersion des modes, de l’apparence triomphante, du droit à la différence et de la grande tolérance “droit-de-l’hommiste”, celles des tribus souveraines et de la naissance d’une conscience communautaire. Années précieuses qui ont fait progresser les droits, modernisé la démocratie française, acclimaté le réalisme économique, sonné le glas du défi totalitaire. Années utiles qui ont contraint les intellectuels largement discrédités par les errements des deux décennies précédentes à une cure de silence dont Max Gallo a eu grand tort de se plaindre il fallait bien, pour tout repenser, un peu de calme et de discrétion.

Il y a un mois, pour la première fois depuis longtemps, c’est autour d’un texte produit par des philosophes que s’est organisé un grand débat national. Pour la première fois depuis longtemps, la société de l’individu sans frein s’est posé la question de l’interdiction, sans que les partisans de la fermeté soient nécessairement catalogués dans le camp des passéistes ou des réactionnaires. Droit, philosophie, éthique prennent la place de la sociologie reine des années soixante-dix et de l’économie impératrice des années 1980. Rien d’étonnant puisque l’Europe rentrée dans l’histoire se pose aujourd’hui une double question exaltante : comment construire la démocratie à l’Est, comment la développer à l’Ouest ? Il y a un an déjà, « le Nouvel Observateur » dressait le décès des années 1980 tuées par l’aprés-krach (voir le numéro du 31 décembre 1988). Ce n’est pas un hasard si c’est le même hebdomadaire qui a publié avec éclat l’appel des cinq philosophes. Ce n’est pas un hasard si nous consacrons aujourd’hui une place inhabituelle à un autre texte de fond, celui que nous a proposé Régis Debray.

Alceste à la plume acérée, Debray représente une tradition de pensée que l’Observateur a souvent accueillie, sans y adhérer pour autant. Il nous a seulement semblé que son analyse, par sa qualité et son à-propos, pouvait lancer un débat qu’il est dans notre vocation de susciter. Etes-vous démocrate ou républicain ? Autrement dit croyez-vous à un particularisme français qui ferait de la République une forme originale — et supérieure — de démocratie ? Ou bien croyez-vous que le progrès passe justement par ‘la fin de l’exception française et l’adaptation en France des avancées démocratiques des pays anglo-saxons ? Le droit sans l’État, ou bien l’État garant do droit ? Les deux modèles existent dans la vie politique, ils sous-tendent deux attitudes, deux cultures politiques. On peut même en faire un jeu de société. Qui est démocrate, qui est républicain ? […] Debray se dit républicain. Dans les semaines qui viennent les démocrates s’expliqueront. La discussion commence.

Laurent Joffrin

La question ne sera-t-elle donc jamais posée ? Celle qui commande à tous les débats du jour l’identité d’une république, par quoi notre pays fait, en Europe et dans le monde, exception. Hier, un Code de la Nationalité. Aujourd’hui, un foulard. Demain, n’importe quoi : polémiques écrans, batailles sans raison. On ne guérira pas ces mauvaises fièvres sans en déceler la cause première.

Nous payons tous à présent, par une indéniable confusion mentale, la confusion intellectuelle entre l’idée de république issue de la Révolution française, et l’idée de démocratie, telle que la modèle l’histoire anglo-saxonne. On les croit synonymes, et chacun de prendre un terme pour un autre. Pourquoi les distinguer ? La société libérale et consumériste n’est qu’une figure parmi d’autres de la démocratie, mais si dominante et communicative qu’on la croit obligatoire, y compris dans les pays où la démocratie a pris d’autres visages.

Refuser par exemple à une jeune musulmane l’entrée d’une salle de classe tant qu’elle ne laisserait pas son voile au vestiaire ? « Bonne action », clamera le républicain. Non, « mauvaise action ! » s’indignera le démocrate. « Laïcité », dira l’un. « Intolérance », dira l’autre. (Vous et moi avons répété la scène ces derniers temps.) Querelle de mots ? Non : quiproquo des principes.

On peut se dire républicain sans se conduire en démocrate : certains voient même là notre tentation, voire notre héritage national. Royaume-Uni, Espagne, Belgique et beaucoup d’autres monarchies constitutionnelles témoignent à l’inverse qu’on peut être démocrate sans être républicain. Il est des républiques de nom, qui n’ont ni les principes ni les contraintes de la nôtre : ainsi l’Allemagne et les Etats-Unis, qui méritent pleinement leur nom de démocraties (quoiqu’il y eût beaucoup de république dans la démocratie de Lincoln, comme le montre encore aujourd’hui la puissance du Congrès). L’absence de monarchie héréditaire ne fait pas plus une république, au sens fort et propre du mot, que l’appellation démocratie populaire n’annonçait le pouvoir du peuple.

Chaque époque a ses fétiches. Nous avons à présent, et c’est tant mieux, les droits de l’homme, l’Europe, la société civile, l’État de droit. Démocratie est le plus grand de ces grands mots et il se voit de loin. On comprend l’attrait qu’il exerce sur les peuples de l’Est européen et de Chine, la vertigineuse espérance qu’il incarne à leurs yeux. Mais chez nous, c’est l’un de ces mots-valises qui confondent le genre et l’espèce, la classe et l’ordre. Nous sommes tous, en Europe, démocrates. Vive les élections libres ! Certes, ô combien. Mais l’humaniste ne crie pas « vive les glandes mammaires » parce que tous les hommes sont des mammifères. Les baleines, les chèvres et les humains donnent à téter à leurs petits, mais on demande à l’humaniste un peu plus de précision, et à l’humanité un petit effort supplémentaire. Comme l’Homo sapiens est un mammifère plus, la république est la démocratie plus. Plus précieuse et plus précaire. Plus ingrate, plus gratifiante. La république, c’est la liberté, plus la raison. L’État de droit, plus la justice. La tolérance, plus la volonté. La démocratie, dirons-nous, c’est ce qui reste d’une république quand on éteint les Lumières.

C’est une chose étrange en Europe qu’ « une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » selon le préambule de notre Constitution de 1958 (ou de 1946).

Ce statut de droit légitime un état de fait. A histoire unique, Constitution unique. Il en découle un certain nombre d’usages, d’inhibitions, de passions et de devoirs dont nos amis et voisins démocratiques ne cessent de s’ébaudir ou de s’indigner. Comme l’indiquent les articles stupéfaits ou rigolards consacrés à « l’affaire du voile » par les journaux européens les plus sérieux, il va de soi pour un Anglais ou un Danois que les Français sont une fois de plus tombés sur la tête. Ils n’ont pas tort. Depuis 1789, et plus exactement depuis 1793, lorsque des insensés eurent l’audace d’arracher à Dieu, pour la première fois, le gouvernement des hommes sur un canton de la planète, nous sommes marginaux et à contre-courant. Deux cents ans après et en dépit des apparences, notre République n’a pas en Europe de véritable équivalent. En 1889, il n’y avait que deux républiques sur notre continent : la France et la Suisse. Malgré quelques changements de noms, alentour, je me risquerai à soutenir que la situation, cent ans plus tard, n’a pas beaucoup changé.

A l’Audimat planétaire, nous voilà encore plus à l’index. Dans un monde où sur quelque 170 Etats souverains plus de 100 peuvent être déjà qualifiés de religieux, les nations laïques forment une minorité en peau de chagrin. Dans la Communauté européenne qu’on dit sécularisée, la laïcité n’est nulle part un principe constitutionnel. Pas plus qu’elle ne l’est aux Etats-Unis d’Amérique (où le Premier Amendement ne stipule que la séparation des Eglises et de l’État), ou en URSS, où régna pendant soixante ans une religion d’Etat, le marxisme-léninisme (les Eglises n’ont évidemment pas l’exclusivité du cléricalisme). Les crucifix continuent de trôner, bien sûr, dans les écoles publiques d’Espagne. La déchristianisation n’empêche pas les petits Danois de commencer leur journée scolaire par un psaume. Ni le « God Save the Queen » de retentir en Grande-Bretagne où l’anglicanisme est d’Etat. Ni le Code pénal allemand (article 166) de sanctionner le blasphème, comme celui de la Hollande, patrie de la tolérance, où Rushdie n’a dû d’être publié qu’à l’article 147 dudit code qui punit les seules injures faites à Dieu mais non à ses prophètes. Rappelons qu’en France le blasphème a cessé d’être un délit en 1791.

Coupons court aux anecdotes. Pasteurs ou prêtres fonctionnarisés, enseignement religieux obligatoire à l’école sauf demande expresse des parents, partis confessionnels domi­nants, bonne conscience ou culpabilité omniprésentes en toile de fond : dans l’Europe du Marché commun, la politique n’a pas véritablement conquis sa pleine autonomie sur le religieux, lequel garde par ailleurs le monopole du spirituel. Dans l’Europe vaticane et luthérienne, où pape, mollahs et rabbins battent le rappel des ouailles, la république reste un corps étranger, dont rien n’assure qu’il est inassimilable. Les décisions communautaires ne se prennent-elles pas désormais à la majorité ?

La laïcité n’a pas sa raison en elle-même : s’y arrêter ou s’en obséder, c’est la ruiner à terme. Elle n’est qu’un effet secondaire et dérivé d’un principe d’organisation. La clé de voûte de ce « pilier » n’est pas la démocratie — rarement laïque — mais la république, qui l’est nécessairement. Sa remise en question est logique. N’est-ce pas dans l’hiver 1940 que les devoirs envers Dieu furent rétablis dans les programmes de l’école primaire, et en 1941 que les curés furent autorisés à venir faire le catéchisme en classe ? Au moment où, cachée derrière un auguste Maréchal, une technocratie jeune, compétente et moderniste prenait à Vichy, entre un Mea culpa et un Te Deum, les commandes de l’État français, en lieu et place de « la République athée ».

Nous le savons bien : il faut mettre plus de démocratie dans notre République. Lui enlever cette mauvaise graisse napoléonienne, autoritaire et verticale ; cette surcharge de notables, cet héritage monarchique, cette noblesse d’Etat qui l’empâtent. La République française ne deviendra pas plus démocratique en devenant moins républicaine. Mais en allant jusqu’au bout de son concept, sans confusion.

Opposer la république à la démocratie, c’est la tuer. Et réduire la république à la démocratie, qui porte en elle l’anéantissement de la chose publique, c’est aussi la tuer. Comment les démêler, s’ils sont indissociables ? Selon quels critères idéaux ? Tout gouvernement, pour borné que soit son horizon, repose sur une idée de l’homme. Même s’il ne le sait pas, le gouvernement républicain définit l’homme comme un animal par essence raisonnable, né pour bien juger et délibérer de concert avec ses congénères. Libre est celui qui accède à la possession de soi, dans l’accord de l’acte et de la parole. Le gouvernement démocratique tient que l’homme est un animal par essence productif, né pour fabriquer et échanger. Libre est celui qui possède des biens —entrepreneur ou propriétaire. Ici donc, la politique aura le pas sur l’économie ; et là, l’économie gouvernera la politique. Les meilleurs en république vont au prétoire et au forum ; les meilleurs en démocratie font des affaires. Le prestige que donne ici le service du bien commun, ou la fonction publique, c’est la réussite privée qui l’assure là.

En république, chacun se définit comme citoyen, et tous les citoyens composent « la nation », ce « corps d’associés vivant sous une loi commune et représenté parle même législateur » (Sieyés). En démocratie, chacun se définit par sa « communauté », et l’ensemble des communautés fait « la société ». Ici les hommes sont frères parce qu’ils ont les mêmes droits, et là parce qu’ils ont les mêmes ancêtres. Une république n’a pas de maires noirs, de sénateurs jaunes, de ministres juifs, ou de proviseurs athées. C’est une démocratie qui a des gouverneurs noirs, des maires blancs et des sénateurs mormons. Conci­toyen n’est pas coreligionnaire.

Au-dessus de la nation, il y a l’humanité. Au-dessus de la société, il y a Dieu. Le président à Paris prête serment sur la Constitution votée par ceux d’en bas, et à Washington sur la Bible, qui émane du Trés-Haut. Le premier, après son « Vive la République ! Vive la France ! » terminal, ira se faire encadrer dans sa bibliothèque avec les « Essais » de Montaigne dans les mains. L’autre terminera son discours sur « God Bless America » — et se fera photographier sur fond de bannière étoilée.

En république la liberté est une conquête de la raison. La difficulté est que si on n’apprend pas à croire, il faut apprendre à raisonner. « C’est dans le gouvernement républicain, disait Montesquieu, qu’on a besoin de toute la puissance de l’éducation ». Une république d’illettrés est un cercle carré, parce qu’un ignorant ne peut être libre, participer à la rédaction ou prendre connaissance des lois. Une démocratie où la moitié de la population serait analphabète n’est nullement impensable.

En république, l’État est libre de toute emprise religieuse. En démocratie, les Eglises sont libres de toute emprise étatique. Par « séparation des Eglises et de l’État », on signifie en France que les Eglises doivent s’effacer devant l’État, et aux Etats-Unis que l’État doit s’effacer devant les Eglises. On comprend pourquoi : en souche protestante, terrain d’élection de la démocratie, le droit à la dissidence était inclus dans la croyance, l’esprit de religion ne faisant qu’un avec l’esprit de liberté, En terrain catholique, le droit à la dissidence a dû être arraché par l’État à l’Eglise parce qu’elle se posait en proprié­taire éternel du Vrai et du Bien. Et le rang assigné aux recteurs d’université et aux membres de l’Académie par le protocole républicain est celui qu’occupent cardinaux et évêques dans les cérémonies démocratiques. Une république fait passer ses écrivains et ses penseurs avant, une démocratie après ses agents de change et ses préfets de police. Bon indice que l’évolution du protocole,

L’idée universelle régit la république. L’idée locale régit la démocratie. Ici, chaque député l’est de la nation entière. Là, un représentant l’est de sa seule circonscription, ou « constituency ». La première proclame à la face du monde les droits de l’homme universel, que personne n’a jamais vu. La seconde défend les droits des Américains, ou des Anglais ou des Allemands, droits déjà acquis par des collectivités bien limitées mais réelles. Car l’universel est abstrait et le local concret, ce qui confère à chaque modèle sa grandeur et ses servitudes. La raison étant sa référence suprême, l’État en république est unitaire et par nature centralisé. Il unifie par-dessus clochers, coutumes et corporations les poids et mesures, les patois, les administrations locales, les programmes et le calendrier scolaires. La démocratie qui s’épanouit dans le pluriculturel est fédérale par vocation et décentralisée par scepticisme. « A chacun sa vérité », soupire le démocrate, pour qui il n’y a que des opinions (et elles se valent toutes, au fond). « La vérité est une et l’erreur multiple », serait tenté de lui répondre le républicain, au risque de mettre les fautifs en péril. Le self-government et les statuts spéciaux ravissent le démocrate. Ce dernier ne voit rien de mal à ce que chaque communauté urbaine, religieuse ou régionale ait ses leaders « naturels », ses écoles avec programmes adaptés, voire ses tribunaux et ses milices. Patchwork illégitime pour un républicain.

La démocratie peut laisser proliférer les particularismes, s’éclater les égoïsmes parce qu’In God We Trust est sa devise intime, au reste inscrite sur chaque billet vert. La one nation under God ne risque pas de se désagréger parce que Dieu est un bon fédérateur. Elle peut se montrer matérialiste à gogo, individualiste en diable parce que le consensus intercommunautaire est pris en charge, quelle que soit la diversité des truchements confessionnels, par le message d’Abraham, (déposé sur la table de nuit de toutes les chambres d’hôtel). Les libéraux qui veulent importer en république une moitié de démocratie, sans son volet religieux, ne remplacent pas ce qu’ils détruisent car, amputée de son credo puritain, cette forme de gouvernement tourne à la jungle sans foi ni loi. Le pragmatisme n’est pas à la portée de la république, qui dépérit sans « grand dessein ». Car la métaphysique dont toute cité terrestre a besoin, elle ne peut la demander au Créateur ni à aucune Révélation. Elle doit être à elle-même sa propre transcendance. Elle peut donc mourir de gestion.

En république, l’État surplombe la société. En démocratie, la société domine l’État. La première tempère l’antagonisme des intérêts et l’inégalité des conditions par la primauté de la loi ; la seconde les aménage par la voie pragmatique du contrat, de point à point, de gré à gré. Au règne des fonctionnaires, là où l’État, « recteur et vecteur de la formation nationale » (Pierre Nora), a aussi assuré, et depuis longtemps, la régulation sociale, s’oppose celui des juristes en terre marchande et protestante, là où la règle advient par le local et le privé. Aussi bien le nombre de juristes (avocats, notaires, conseils juridi­ques) est-il en France très inférieur à celui des pays voisins :1 pour 2000 habitants, mais I pour 1 000 en Grande-Bretagne, 1 pour 1200 en RFA et 1 pour 500 aux Etats-Unis.

Une république se fait d’abord avec des républicains, en esprit. Une démocratie peut fonctionner selon la lettre, dans une relative indifférence, en se confiant à la froide objectivité de textes juridiques. 50 % d’abstentions aux élections privent une république de substance, mais n’entament pas une démocratie. Le gouvernement des juges n’est pas républicain. Pas seulement parce qu’il dépossède le peuple législateur de sa souveraineté il dispense chaque citoyen de vouloir, en son âme et conscience, ce que les lois lui dictent.

Et cela n’est pas contradictoire avec ceci que la démocratie met à l’honneur le moralisme parce qu’elle confond le privé et le public, les vertus personnelles et les obligations civiques. On y prend volontiers la charité pour la justice, l’abbé Pierre pour phare, la Croix-Rouge et les Restos du Cœur pour une réponse satisfaisante à la « question sociale ». La république qui sépare soigneusement le privé du public — pour les mêmes raisons qu’elle sépare le spirituel du temporel — se refuse à juger ses hommes publics sur leur vie privée (comme aux Etats-Unis). Elle préfère le civisme. A ses yeux, on ne fait pas de bonne politique avec de bons sentiments ni même une morale. Il peut donc lui arriver d’exercer une justice sans charité.

Une démocratie, si elle est petite ou moyenne, ou en dette avec son passe, peut avoir un statut de protectorat militaire sans malaise ni reniement. L’Allemagne, le Japon, l’Italie sont des démocraties. Une république ne peut remettre à un tiers le soin de se défendre sans se nier comme république. La liberté à l’intérieur ne fait qu’une avec la souveraineté à l’extérieur. S’y appelle patriote celui qui, ne séparant jamais l’amour de la liberté de l’amour de son pays, ne reconnaît à sa patrie aucune supériorité d’essence sur ses voisines. En opprimant plus faible qu’elle, une république viole ses propres principes, et le découvre tôt ou tard. En démocratie, les patriotes portent le nom de nationalistes, qui sont gens redoutables car prêts à échanger la liberté contre la puissance.

Là où chaque citoyen doit pouvoir répondre de la liberté des autres, et donc, le cas échéant, porter les armes, on met la nation dans l’armée et l’armée dans la nation. Que vaudrait l’égalité des citoyens devant la loi sans l’égalité devant la mort, et dés maintenant le service national ? Le principe républicain recommande l’armée de conscription. En démocratie, la défense nationale est souvent en temps de paix l’apanage de professionnels (comme aux Etats-Unis et du Royaume-Uni).

En république, la citoyenneté ne dépend pas d’une situation de fait mais d’un statut de droit. Le droit de vote, par exemple, on l’a ou on ne l’a pas, mais si on l’a, c’est à part entière. La souveraineté populaire ne se débite pas en tranches et les droits politiques ne se hiérarchisent pas. Une démocratie en revanche peut admettre d’avoir des citoyens de première, deuxième, troisième classe (un peu comme à Athènes) : elle seule peut distinguer entre « droit de vote aux élections municipales » et « droit de vote aux élections nationales » — distinction contraire à l’éthique comme à la légalité républicaines.

En république, il y a deux lieux névralgiques dans chaque village la mairie, où les élus délibèrent en commun du bien commun, et l’école, où le maître apprend aux enfants à se passer de maître. Ou encore, pour faire image, l’Assemblée nationale et la Sorbonne. En démocratie, ce sont le temple et le drugstore, ou encore la cathédrale et la Bourse.

La république, dans l’enfant, cherche l’homme et ne s’adresse en lui qu’à ce qui doit grandir, au risque de le brimer. La démocratie flatte l’enfant dans l’homme, craignant de l’ennuyer si elle le traite en adulte. Nul enfant n’est comme tel adorable, dit le républicain, qui veut que l’élève s’élève. Tous les hommes sont aimables parce que ce sont au fond de grands enfants, dit le démocrate. Cela peut se dire plus crûment : la république n’aime pas les enfants. La démocratie ne respecte pas les adultes.

En république, la société doit ressembler à l’école, dont la mission première est de former des citoyens aptes à juger de tout par leur seule lumière naturelle. En démocratie, c’est l’école qui doit ressembler à la société, sa mission première étant de former des producteurs adaptés au marché de l’emploi. On réclamera en ce cas une école « ouverte sur la vie », ou encore une « éducation à la carte ». En république, l’école peut être qu’un lieu fermé, clos derrière des murs et des règlements propres, sans quoi elle perdrait son indépendance (synonyme de laïcité) à l’égard des forces sociales, politiques, économiques ou religieuses qui la tirent à hue et à dia. Car ce n’est pas la même école, qui se destine l’une à libérer l’homme de son milieu et l’autre à mieux l’y insérer. Et tandis que l’école républicaine sera réputée produire des chômeurs éclairés, on verra dans l’école démocratique une pépinière d’imbéciles compétitifs. Ainsi va la méchanceté, par tirs croisés.

La république aime l’école (et l’honore) ; la démocratie la redoute (et la néglige). Mais ce que les deux aiment et redoutent le plus c’est encore la philosophie à l’école. Il n’est pas de moyen plus sûr pour distinguer une république d’une démocratie que d’observer si la philosophie s’enseigne ou non au lycée, avant l’entrée à l’université. On verra que dans la partie la plus démocratique de l’Europe, celle du Nord, de souche protestante, c’est l’enseignement religieux qui en tient lieu dans les classes terminales. Les systèmes d’enseignement démocratiques tiennent la philosophie pour un supplément d’âme facultatif, à se partager entre pasteurs et poètes. En république, la philosophie est une matière obligatoire, qui n’a pas pour fin d’exposer des doctrines mais de faire naître des problèmes. C’est l’école et notamment le cours de philosophie qui, en république, relie d’un lien organique les intellectuels au peuple, quelle que soit l’origine sociale des élèves.

Parce qu’elle est une idée, philosophique, la république est interminable, Elle se poursuit elle-même indéfiniment dans l’histoire, et ce qui la porte en avant est cet infini même, cette insatisfaction de soi. Farce qu’elle est un fait, sociologique, la démocratie peur se trouver belle en son miroir. Ce contentement de soi assez fréquent permet une propagande ethnocentrique mais efficace, Se jugeant indépassable, une démocratie se donne en modèle mondial, non sans bonne conscience. Se sachant imparfaite, et toujours trop particulière au regard de la République universelle qu’elle appelle de ses vœux, une république ne sera jamais qu’un exemple.

En démocratie, où l’opinion fait loi, l’argent fait prime. Les appareils de production d’opinion coûtent en effet de plus en plus cher, L’image déclasse l’idée, l’oral domine l’écrit ; et dans les campagnes électorales d’une démocratie, l’affiche exhibe la photo couleur (coûteuse) du candidat, non sa profession de foi écrite noir sur blanc (bon marché). Aussi le publicitaire commande-t-il au responsable politique, qui en règle générale devra manœuvrer, après son élection, sous chantage médiatique. Il réglera sa politique selon les images qu’on peut ou non en donner, ajustant ses décisions successives aux degrés d’un baromètre dit d’opinion, lui indiquant chaque semaine la cote de popularité des uns et des autres. Tout comme le directeur d’une chaîne de télévision ajuste dans sa programmation l’offre à la demande en fonction des résultats de l’Audimat.

En république, le principe, qui est autre chose que le compromis des intérêts, règle les conduites. Un parti politique, par exemple, n’est pas une machine à conquérir et conserver le pouvoir. Il s’accorde non sur un visage ou une vague promesse mais sur un programme, et si le Souverain passe contrat avec lui, par son vote, ce parti sera tenu d’honorer son contrat. Pas plus qu’elle ne confond l’instruction avec l’information ou la recherche des raisons premières des choses avec les dernières nouvelles du monde, la république ne fait pas l’amalgame entre le suffrage et le sondage, la cité et la société. Car ceux qui confondent le peuple et la foule, ce qui est institué et ce qui est déchaîné, finissent par confondre la justice et le lynch. Ce qui doit être et ce qui est. Ce qui mérite de rester et ce qui mérite de passer.

Le maître mot en démocratie sera donc communication. Et en république, institution. Il n’est pas étonnant que dans le vocabulaire républicain, instituteur ou institutrice soit un terme noble, comme la fonction, alors qu’il tend à faire honte en démocratie. Du rectangle sacré — tableau noir ou petit écran — dérivent deux types de nomenklatura. Chaque régime sa noblesse. Celle de la vie et celle du diplôme. Le journaliste, le publicitaire, le chanteur, l’acteur, l’homme d’affaires composent le Gotha d’une démocratie. Le professeur, le tribun, l’écrivain, le savant, et même, paradoxe apparent, l’officier, composent celui d’une république.

Une démocratie peut vivre à son aise dans le vacarme ambiant, sûr qu’à terme un ordre s’en dégagera tout seul. En république, la distinction et le discernement exigent des enceintes et des plages de silence. La première peut se définir comme on optimisme du bruit et la seconde comme un optimisme du recueillement. La « fête de la musique » (comme s’appelle ce jour-là le bruit) incarne la philosophie d’une démocratie, la minute de silence concentre l’âme d’une république.

La mémoire est la vertu première des républiques, comme l’amnésie est la force des démocraties. Là où l’homme fait l’homme, chaque enfant en naissant est âgé de six mille ans. Quand on n’a que l’histoire pour soi, s’amputer du passé serait se mutiler soi-même. Quand c’est Dieu qui fait l’homme, il le refait intact à chaque naissance. Inutile de se remémorer ce qu’il y avait avant nous, chaque époque recommence l’aventure à zéro. Les plus grands honneurs seront rendus ici aux bibliothèques, là aux télévisions. Car, si les bibliothèques sont les cimetières préférés des grands morts, dont le culte définit la culture, la télévision tue le temps agréablement. Une république comme une bibliothèque est composée de plus de morts que de vivants, alors qu’en démocratie comme à la télé seuls les vivants ont le droit d’informer les vivants. Chaque système a ses inconvénients, on en discute.

La république aime l’égalité, sans être égalitariste. Car ce n’est pas la justice mais le ressentiment qui entend niveler les conditions et les récompenses sans tenir compte des capacités et des efforts. Il s’agit de les proportionner — éternel problème sans formule passe-partout, dont la solution toujours précaire appelle l’interminable combat pour la justice. L’égalité sociale n’est pas au programme de la démocratie où l’on parle d’autant plus haut et fort des libertés publiques et individuelles qu’on veut surmonter l’embarras suscité par les inégalités économiques. Sous le terme d’« égalité », le démocrate peut se contenter de l’égalité juridique devant la loi ; mais le républicain y ajoute obligatoirement une certaine équité des conditions matérielles, sans laquelle le pacte civique devient, à ses yeux, un faux-semblant léonin. Le fait que des myriades de parias et d’intouchables y meurent chaque jour sur les trottoirs n’empêche pas l’Inde d’être une authentique démocratie (malgré son nom de République). Le fait qu’à New York des milliers de homeless et de drogués dorment dans les parcs en hiver, que les pauvres aient leurs hôpitaux et leurs écoles et les riches les leurs, sans comparaison possible, n’enlève rien au rayonne ment mondial et justifié de la statue de la Liberté. Il n’y a plus, dans un pays, de république, mais il y a encore démocratie lorsque l’écart des revenus et des patrimoines y est de l à 50. L’idéal républicain postule, lui, un certain respect des proportions. Les salaires faramineux des vedettes et des puissants du jour, par hasard révélés au public, ne suscitent chez le fauché démocrate qu’un haussement d’épaules simples rançons, dira-t-il, de la liberté d’entreprendre. Ce n’est pas, en revanche, pour le républicain, poser à l’ascète ou au spartiate que de réprouver les fossés du luxe et l’accroissement des privilèges. La pauvreté émeut une démocratie elle ébranle une république. La première veut un maximum de solidarité— et quelques dons. La seconde, un minimum de fraternité, et beaucoup de lois. Et ce que l’une confie à des fondations, l’autre le demande d’abord à des ministères.

On peut aussi traduire ces deux sensibilités en idéologies rassurantes et répéter avec les grands ancêtres le socialisme, c’est la république, et le libéralisme, la démocratie, poussées l’une et l’autre jusqu’au bout. Mais cette opposition, parfaitement exacte, apparaîtra rétro aux lecteurs de « Globe ». Les socialistes eux-mêmes, ces « vieux républicains », se voulant désormais jeunes et branchés, le thème « inégalités sociales » passe derrière l’antienne « droits de l’homme ».

Un républicain se gardera de dissocier l’homme du citoyen parce que c’est l’appartenance à la cité qui donne à un homme ses droits politiques. Dès le moment où l’individu n’est plus traité comme citoyen mais comme un simple particulier, l’esclavage pointe à l’horizon — et dans l’immédiat, l’arbitraire, qui est l’absence de lois. La liberté en république n’advient à l’individu que par la force des lois, c’est-à-dire par l’Etat. Il n’est pas étonnant que les démocrates ne parlent que des « droits de l’homme » quand un républicain ajoute toujours : « et du citoyen ». Ajout qui n’est pas à ses yeux complément mais condition. Comme la laïcité est la condition de la tolérance et non son opposé.

Cela n’interdit pas qu’en son privé, et assez souvent, le républicain réfractaire à l’air du temps se conduise en « individualiste » et le démocrate, âme poreuse que le social oblige, en « socialisé ». L’individualisme, dont la démocratie fait religion, devient alors l’âme d’un monde sans individus, l’arôme spirituel du mouton. La statistique promeut plus sûrement l’opinion médiocre que l’opinion éclairée. Les chambardeurs qui vénèrent la différence, brocardent vulgates et orthodoxies, baptisent « liberté » le « fais ce que voudras », se ressemblent parfois plus entre eux que les esprits rangés pour qui la liberté consiste à bien penser et à faire ce qu’on doit. Thélème n’est pas toujours où l’on pense.

Combler les écarts entre individus, c’est l’idéal d’un monde où une discussion est dite utile lorsqu’elle permet à des adversaires d’harmoniser in fine leurs points de vue en émoussant les arêtes, comme si la démocratie nous imposait ce devoir envers autrui : tomber d’accord. En république, on ne juge pas inutile de débattre pour clarifier ses différences, voire pour les aiguiser dans un mutuel respect. « Les extrêmes me touchent » est le mot d’un républicain. « Tout ce qui est excessif est insignifiant » celui d’un démocrate. La gageure du républicain : allier la malséance à la courtoisie. Incommode, on le voit, ce régime qui a d’abord besoin d’esprits incommodes.

La démocratie, qui marche au consensus, a besoin, pour se désennuyer, de scandales et de « révélations », comme de « in » et de chic, la mode servant d’ombre portée au conformisme. Monstre d’orgueil et âme noble, Stendhal est le républicain par excellence. Son ami Mérimée, un démocrate profond. Victor Hugo est républicain, Sainte-Beuve démocrate. (Flaubert ni l’un ni l’autre.) Il fallait être un peu seigneur pour dire non à Napoléon III, ami des pauvres et champion avoué de la démocratie, à qui le suffrage universel donna la majorité jusqu’à la fin. Minoritaire, un républicain s’enflamme. Un démocrate en minorité est un homme (ou une femme) déprimée(e).

Il n’y aurait pas jeu de société plus actuel que le « qui est quoi ? » Joxe et Chevènement, « républicains » ? Lang et Jospin, « démocrates » ? Chevénement a rendu son honneur à l’Ecole, mais Joxe admet volontiers le « foulard » dans l’école publique. Rien n’est simple. Mitterrand semble « républicain » dans l’adversité, « démocrate » par beau temps, vent en poupe (cela vaut mieux que l’inverse). Janus bifrons, il file à présent des jours tranquilles à l’Elysée. Michel Rocard est un démocrate type. Dans les allées du pouvoir, partout, les républicains ont cédé le pas. En règle générale, le républicain n’aime pas l’économie, qui le lui rend bien, Les inspecteurs des Finances, eux, adorent la démocratie. On sait qu’avoir l’économie pour idéal conduit vite à faire l’économie de l’idéal. A l’inverse, ne pas faire ses comptes, c’est faire bon marché de la sueur des hommes. Trop d’économisme tue la république ? Pas assez, aussi. Rien n’est simple. « Le Monde » fut longtemps un journal « républicain ». « Libération » est un journal « démocrate » depuis le début. Antirépublicain de naissance, en quelque sorte, par filiation soixante-huitarde.

Il pourrait s’en déduire une petite caractérologie amusante pour longue soirée d’hiver. Si forte est l’interpénétration des types que vous serez sûr, au moment de dire une vérité, de faire aussi une bourde, Mais comment résister à la tentation d’observer que le républicain est meilleur à l’écrit et le démocrate à l’oral ? L’un séduit (hommes ou femmes) en marquant ses distances : c’est un froid(e). Il (ou elle) peut en jouer. C’est un être de fidélité, mais égoïste. L’autre est chaleureux, plus facile d’accès. Il propose à tous et à toutes et tout de suite de bons moments. C’est un être de proximité. De fugacité aussi. Quand il parle en public, le républicain semble emphatique ou cassant. Ce qu’il dit est peut-être juste, mais cela sonne faux. Le démocrate est enjoué et piquant : c’est peut-être faux mais ça sonne juste. Pour celui-ci, un homme en tête du hit-parade ne peut pas être tout à fait mauvais. Ni un auteur non reconnu vraiment bon. L’autre aussi lira son Top 50 mais de bas en haut. Le républicain est-il misogyne ? Et le démocrate androgyne ? Dangereux dans notre culture sont les poncifs sexuels. Mais éclairantes, les polarités. Disons alors que l’Homo republicanus a les défauts du masculin, l’Homo democraticus, les qualités du féminin. Au républicain importe surtout le temps qui passe, celui qui ronge et dégrade l’énergie.

D’où l‘angoisse, la crispation. On se raidit parce que cela se défait tout seul. Au démocrate importe d’abord le temps qu’il fait. Pas d’inquiétude, les saisons tournent, et le soleil viendra après la pluie. Le jean après le tchador. La réconciliation après la bataille. Il croit si peu en la guerre qu’il prépare déjà la paix au premier coup de feu. C’est dangereux en période de crise. Qui est le sage, qui est le fou ? Comment savoir ? Il faudrait les marier, ces deux-là. Ça réduirait les risques. Rassurez-vous. La vie le fait toute seule, comme en se jouant.

En matière politique, la critique des beautés n’est guère conseillée. On préfère s’attarder sur les anomalies et les monstruosités. Non sans motif : elles nous dévoilent, dit-on, le fond des choses. Il y a une pathologie de la république. Au siècle dernier, Hippolyte Taine, l’auteur le moins lu et le plus cité par nos hommes de gauche modernes (à leur insu), a tout dit sur le jacobin glacial et sans âme, égaré par l’esprit de géométrie, méprisant les hommes réels au nom d’une idée de l’homme. Cet « abominable » théoricien ce « régent de collège » est un danger public ambulant. Regardez-le passer. Sec, maigre, suspicieux — une guillotine au fond des yeux. Ecoutez-le parler. Il explique tout et ne comprend rien. Et tout n’est pas faux dans cette caricature conservatrice. Il est vrai qu’une république malade dégénérera en caserne, comme une démocratie malade en bordel. Une tentation autoritaire guette les républiques incommodes, comme la tentation démagogique les démocraties accommodantes.

Il serait décent de mettre en vis-à-vis les dérapages, mais les adversaires de chaque modèle crieront à la fausse symétrie. C’est un fait qu’aujourd’hui la critique du modèle républicain s’exerce volontiers à partir de sa maladie. Dans la fermeté des principes, on dénoncera la rigidité des attitudes ; dans la volonté de cohérence, le goût de la coercition ; dans la logique, le simplisme. Le républicain inculpé ne trouvera qu’avantage à retourner le compliment au démocrate : vous me jugez arrogant (le terme le plus fréquemment associé à « français » dans toutes les bouches d’Europe) ? Je vous trouve bien complaisant. Dogmatique, moi ? Regardez-vous dans la glace, jeune homme plus éclectique que vous on meurt. Vous vantez votre souplesse, pour vous cacher votre mollesse. Réaliste, vous ? Opportuniste, vous voulez dire. Vous me voyez guerrier et sectaire ? Je vous vois capitulard et courant d’air. Ces échanges de politesses permettent à chaque camp de resserrer les rangs. La diatribe a cet avantage qu’elle évite le dialogue. Chacun se trouve beau dans le miroir déformant du voisin : la polémique par la pathologie est une ruse classique du narcissisme.

Ce n’est pas un hasard si les formes monstrueuses de la république excitent à présent mille fois plus de railleries que celles de la démocratie. Le rapport des sarcasmes traduit le rapport des forces. Dans la République française de 1989, la république est devenue minoritaire. Et le minoritaire aux yeux du démocrate est toujours laid.

Le démocrate a vaincu. Le républicain ne semble plus mener que des combats d’arrière-garde. Cette victoire par KO ne sanctionne pas la fin d’un match, pour la simple raison qu’il n’y a pas eu affrontement mais un glissement de plaques tectoniques sous nos pieds. La nation continue de parler en république, la société agit et pense en démocratie. Il y a décalage entre la norme et la culture, entre l’histoire de France et la vie des Français. Ce déphasage entre le protocole et les usages explique le porte-à-faux des élèves et des professeurs. Comme le montrent les enquêtes sur le voile, un Français de plus de 45 ans a deux chances sur trois de réagir en républicain, et de moins de 25 en démocrate. La république paraît une idée de vieux. L’école laïque aussi, ni l’une ni l’autre ne sont « sympas ». Elles impliquent des devoirs quand tout alentour nous parle droits de l’homme, avoir sans débit, plaisir sans peine. Intégration sans règle. Les démocrates aiment mieux la jeunesse que les principes ?. Ce n’est pas une nouvelle. L’époque est à l’ample, non au cintré ; aux épaulettes, non à la blouse grise. Il faut vivre avec son temps, peu importe la loi si elle est d’un autre âge. Ainsi avons-nous célébré en 1989 la naissance de l’idée française dans les formes américaines, et tout le monde d’applaudir au défilé Goude, apothéose démocratique, abomination républicaine. « On m’a volé mon Bicentenaire » ? Non : on m’a volé ma République.

Disons qu’il y a eu décalage entre l’intention et le résultat. Parti en 1981 pour « réconcilier le socialisme et la liberté », grandiose aventure, la gauche en est arrivée à réconcilier Raymond Barre avec Harlem Désir. C’est méritoire, mais pas vraiment surhumain, car ils n’étaient pas vraiment brouillés (la convivialité n’ayant jamais fait tort à la Bourse). Sous le nom de « socialisme », les descendants du Parti républicain prônent et pratiquent la démocratie libérale, Michelet a accouché de Tocqueville. Bonne ou mauvaise, la surprise mérite explication.

On ne reprendra pas ici dans le détail les crises, mutations, métamorphoses, écroulements, dépassements qui ont envoyé à la trappe, à domicile, le modèle républicain. Les sociologues font fort bien leur métier, et c’est évidemment un phénomène de société que l’abdication de l’idée devant l’image, du père devant le fils de pub, de la chose publique devant les cultes privés.

Il faudrait évoquer l’affaiblissement matériel, objectif, mesurable, de la France dans le monde. Cette mise à niveau a rasé les vieilles haies du bocage, donnant libre cours au vent d’Amérique qui balaie tout sur son passage. Comme le soft chasse le hard, les santiags les galoches, le compact les 45-tours. Et le fax le bélino. Les sociologues parlent d’acculturation, comme les philosophes jadis d’aliénation, pour décrire ces situations où le propre est vécu comme autre et l’étrangeté comme propre. La république, frappée parait-il d’obsolescence technologique comme un produit de première génération, est sentie par ses inventeurs comme une chose étrangère et étrange, un folklore un peu comique. Non ou pas seulement parce que les sciences sociales ont supplanté la philosophie à l’université, mais parce que des deux côtés de la rue Soufflot, à l’angle du boulevard Saint-Michel, un Free Time et un McDonald’s ont remplacé le Maheu et le Capoulade. Les formes du décor urbain ont plus d’incidence qu’on ne croit sur les contenus d’enseignement. Ce qu’on mange sur ce qu’on croit, et ce qu’on entend sur ce qu’on attend.

Notre establishment intellectuel, qui regarde l’histoire de France depuis les self-services d’outre-Atlantique, n’en revient pas de nos menus à prix fixe. Aussi a-t-il escamoté « De la République en France » sous « De la démocratie en Amérique ». Tournant le dos à Michelet, ce naïf, ce pompier, il a demandé à M. Tocqueville de présenter 1789 au public, c’est-à-dire d’expliquer la Révolution comme une simple étape locale de l’avènement démocratique mondial, qui met la Révolution entre parenthèses, et la République. Notre establishment médiatique monte en une « la fin de l’Histoire » de M. Fukuyama, fonctionnaire au Département d’Etat américain, qui, dans la revue « National Interest » (imagine-t-on une revue française avec un pareil titre ?), traduit fort improprement ce que M. Kojève expliquait fort subtilement à Paris après guerre et à sa suite des dizaines de philosophes français. Notre establishment politique tient pour un progrès qu’un gouvernement de gauche saisisse le Conseil d’Etat et non le parlement sur la question de l’école. « Etat de droit » fait chic, « peuple souverain », ringard. Le gouvernement des juges n’est-il pas le dernier mot de la démocratie ? Les « autorités administratives indépendantes » ne sont-elles pas, partout, des garants d’objectivité et de neutralité ? Bien archéo, le naïf qui croit que le juge était là pour appliquer la loi, et le citoyen pour la faire. C’est l’inverse.

Il faudrait évoquer l’abaissement de l’Etat et de l’idée d’Etat au-dedans. Le recul du service public sous couvert de la lutte contre les monopoles d’Etat. Le salut par la privatisation, le mécénat et la sponsorisation, l’alignement des chaînes publiques sur les chaînes privées, et tant de reconversions amplement décrites. La République ne veut pas un Etat fort mais un Etat digne. Quand, les ressources budgétaires en baisse, la dignité devient hors de prix, le mieux-disant démocratique emporte le marché. Ce n’est pas un choix mais un automatisme.

Il faudrait évoquer la crise de la raison et de l’universel du XVIIIème siècle, Hiroshima et Tchernobyl, mais aussi Lévi-Strauss, Freud, Nietzsche et le père Marx qui ont, sans aucun doute, relativisé les absolus de Condorcet, tous les présupposés de son club de pensée ingénument baptisé Société des Amis de la Vérité, qui le premier en France lança, en 1791, le manifeste républicain. Sans oublier le retour de la famille et des bons sentiments, la victoire de la tripe sur la logique, de l’humanitarisme sur l’humanisme. La promotion du médecin et la dépression du militant. Le regain de la vie associative et l’évaporation des partis.

Il faudrait évoquer la décentralisation, le come-back des notables, la nouvelle gloire des féodalités provinciales, le retour de Maurras par la gauche, « vivre au pays » et « droit à la différence ». La réhabilitation démocratique de l’Ancien Régime et de ses « diversités ». La régionalisation pédagogique, l’abandon subreptice du concours national comme de l’inspection générale, bref la liquéfaction de l’école comme institution au bénéfice des « communautés éducatives ». Il nous faudrait surtout et d’abord parler de l’Europe, notre beau messianisme de riches.

Ce gros et mol estomac se fait assez peu remarquer. C’est que nous sommes dedans, et son action est lente. Les sucs gastriques communautaires dissolvent en silence les divers résidus des accidents de l’histoire européenne. Contre-culture assez singulière, la république était l’un d’eux. Sa digestion se fait démocratiquement à la majorité. Par réduction des marges de souveraineté de l’Etat et subordination du législateur au technocrate, qui n’a à répondre de rien devant personne. La bouillie sera-t-elle conforme ? Pas plus qu’on ne naît laïque, on ne naît républicain : on le devient. On peut aussi, et pour les mêmes raisons, cesser de l’être. La république n’est pas une prédestination mais une situation. Elle se gagne par l’effort, et se perd sans effort. L’avenir dira si « l’intégration européenne » désignera ou non la meilleure façon qu’avait l’Europe d’enlever de sa chaussure le petit caillou français, que lui avait glissé en partant, la vilaine, notre Révolution.

Dans l’Europe des régions, des capitaux et des obédiences, le premier Etat-nation du continent devient retardataire. On s’était cru en avance parce qu’on avait chassé le Bon Dieu de la présidence, pour qu’une société se fonde non sur l’obéissance des fidèles, ni sur l’appétit de consommateurs, mais sur l’autonomie des citoyens. Si Dieu revient un peu partout avec ses capucins et ses traders, en force ou en douceur, l’avant-garde se retrouve à la remorque. Pour se montrer concurrentielle, la France devra-t-elle alléger son train de vie, se décrisper en quelque sorte ? Une république à Bruxelles, n’est-ce pas bien encombrant ?

Le modèle du pays libéral, qui suppose de moins en moins de citoyens dans les rues et de plus en plus d’individus à la maison, inspire la Communauté des convoitises, non celle des principes. « Eppur se muove ». N’est-ce pas fuir la réalité que d’habiller l’Europe des banquiers, la seule qui existe, avec le bleu de chauffe d’une Europe des travailleurs dont l’espoir ne luit que dans nos banquets ? La gauche française a fait de la construction européenne un mythe de substitution, censé combler le vide laissé dans les esprits par l’abandon du projet de construction d’une société nouvelle (ce dernier s’étant brisé, comme la barque de l’amour, contre la réalité). Elle n’avait peut-être pas le choix. Mais c’est un piège : si les socialistes veulent être de bons Européens, ils seront de mauvais socialistes. Et vice versa.

Il suffirait de bons républicains. Et qu’au lieu d’apprendre de nos partenaires le B.A.-Ba de la démocratie libérale, en bons élèves méritants, ils soient assez lucides et culottés pour leur proposer les rudiments de la république (laïque et démocratique). Il n’est rien dont l’Europe ait aujourd’hui plus besoin : restituer aux individus leur dignité de citoyens. Si l’espace public ne leur confère plus cette dignité, ils iront la chercher ailleurs. Car il n’est pas de lien social sans référence symbolique. L’Etat commun à tous viendrait-il à perdre la sienne que les Eglises et les tribus le remplaceraient bientôt dans cette fonction unificatrice. Par simple appel d’air. Quand une république se retire sur la pointe des pieds, ce n’est pas l’individu libre et triomphant qui occupe le terrain. Généralement, les clergés et les mafias lui brûlent la politesse, tant il est vrai que chaque abaissement moral du pouvoir politique se paie d’une avancée politique des autorités religieuses, et d’une nouvelle arrogance des féodalités de l’argent.

Car le sentiment ne suffit pas. Il faut à la liberté personnelle des institutions, à la volonté raisonnable des appartenances. Elles s’affaissent sans ossature. Une société de compassion et de bonnes paroles, sans règles ni discipline, ouvre la porte à des duretés imprévisibles. Hier, c’est l’Etat et ses censures qui menaçait l’autonomie de l’individu, comme la liberté de conscience et d’expression. Aujourd’hui, c’est de la « société civile » — tohu-bohu d’appétits et d’intolérances masquées —que montent les plus grands périls (les demandes d’interdiction et d’exclusion). La loi du cœur ne peut à elle seule faire face à la montée de pouvoirs de plus en plus intolérants et incontrôlés — médias, clergés, sciences, administration. La défense de l’autonomie individuelle passe à présent par la défense de l’Etat républicain et de la société qui lui correspond. L’ironie du sort faisant du plus impossible des régimes politiques le plus nécessaire. Du plus ringard, le plus futuriste,

Et si la République, qui est d’hier, revenait demain ? Ce ne serait pas la première pirouette de l’opéra-planète qui n’a jamais cessé de suivre en son for intérieur le mot d’ordre de Giuseppe Verdi : « Tournons-nous vers le passé, ce sera un progrès ». Pour être résolument modernes, osons être archaïques. C’est en ressuscitant l’Antiquité gréco-romaine que les hommes de la liberté, ces grands nostalgiques, enjambant le XVIIIème vers l’arrière, ont devancé tous leurs contemporains. Nous oublions trop que l’Ancien Régime, c’était leur modernité à eux. Ne la trouvant pas assez moderne, ils vainquirent l’ancien par l’antique : le style Louis XV par la rhétorique Brutus, Boucher par David. L’invention du futur a de ces ruses, comme si l’histoire, parfois, devait reculer pour mieux sauter.

On voulait hier nous enfermer dans le dilemme d’un capitalisme libéral, élégant et cynique, et d’un socialisme étatiste, idiot et cynique. On a bien fait de ne pas choisir. Le premier ne satisfait pas l’essentiel en l’homme, qui est d’ordre culturel. Le second, qui trépasse, n’assurait même pas le minimum vital. Voudrait-on aujourd’hui pour faire pièce au nous-autres de l’Homo religiosus nous sommer de rallier le moi-je de l’Homo economicus qu’on répondrait : merci beaucoup, le nous-tous de la reconnaissance civique suffit. Il se pourrait en effet que le progrès, rétrograde à sa façon, nous donne à choisir entre deux sortes de retour la régression religionnaire ou la régression républicaine. Les tribus ou la nation. Les capucins ou les proviseurs. Auquel cas nous aurions tout intérêt à demander à Condorcet, Michelet et Jules Ferry de revenir faire trois petits tours à la télé. Une République française qui ne serait pas d’abord une démocratie serait intolérable. Une République française qui ne serait plus qu’une démocratie comme les autres serait insignifiante.

Régis Debray

Le Nouvel Observateur, 30 novembre-6 décembre 1995 / pp. 115-121


Etes-vous démocrate ou républicain ? par Régis Debray

39 réponses à Etes-vous démocrate ou républicain ? par Régis Debray

  1. Magpie Le 16 juin 2014 à 04h08
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    Le fond du texte de Debray reste très pertinent mais le débat a quand même évolué depuis 20 ans.
    Ce texte récent de J. Sapir sur la souveraineté et l’ordre démocratique (http://russeurope.hypotheses.org/2333) actualise les enjeux, en faisant le point sur l’idéologie actuelle des gouvernants, où légalité a remplacé légitimité.
    Par ailleurs, depuis quelques années, circule une critique de la “démocratie” sous un angle différent, dénonçant la prééminence de la “représentation” sur l’exercice de la citoyenneté (cf les exercices de rédactions constitutionnelles citoyennes).


    • Chris Le 16 juin 2014 à 13h59
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      “dénonçant la prééminence de la “représentation” sur l’exercice de la citoyenneté”
      A toutes fins utiles, je vous rappelle que les Grecs anciens nommait la démocratie représentative “oligarchie” laquelle était antonyme/contraire à la démocratie directe.
      La Suisse constitutionnellement use des deux formes. La démocratie directe (initiatives débouchant sur des référendums et votations au plan cantonal et communal) corrige les errements de l’oligarchie “bien pensante” au niveau fédéral, laquelle assure la cohésion économique et sociale et mène la politique extérieure.. si possible dans le respect de la Constitution.
      Les présidents allemands et français (Gauck et Sarkosy) ont récemment durement critiqué la démocratie directe suisse, la jugeant dangereuse (pour qui ?) et obsolète. Rien que ça ! Faut dire que dans bien des domaines, les Suisses ont remplacé le village gaulois cher à Goscinny.
      Le système oligarchique (démocratie représentative) qui sévit massivement dans les pays de l’Ouest est devenu un produit marketing qui obéit aux mêmes règles que la promotion des produits de lessive, culinaires ou technologiques : on vous vend des idées, du rêve, des intentions et plus rarement du réel…
      Nous, élus, avec votre blanc seing, nous faisons notre tambouille entre les divers groupes de pression : c’est la politique des marchands, le pouvoir “privé” que préconisait Rockfeller et qui se met en place depuis 1980 et dont le TTIP-TAFTA sera le point d’orgue en Europe. (« Quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire » David Rockefeller 1999).
      Le débat entre Républicain et Démocrate est à mon sens dépassé : un combat d’arrière-garde inutile, sauf si les oligarchies européennes et américaines se rebiffent, précisément à travers un TTIP-TAFTA. (Oui, tout se recoupe et se tient, seuls les étages diffèrent par leur angle de vue).
      Mais a-t-on jamais vu des oligarques se rebiffer des avantages taillés à la mesure de leur ploutocratique ? A moins d’y être obligés… par les peuples : révolutions ! ?
      Les Américains ont déjà envisagé ces révoltes et sont en train de mettre en place les outils de “détournement”
      “Le Pentagone se prépare à contrer les mouvements de rupture de la société civile” titre The Guardian
      “La militarisation des sciences sociales avance en vue du développement d’“outils opérationnels” ciblant militants pacifistes et mouvements de protestation. (Voir le projet Minerva; Patriot Act était un amuse-bouche).
      Ces jeux de guerre sont en phase avec toute une série de documents de planification du Pentagone, qui suggèrent que la surveillance de masse de la National Security Agency (NSA) est en partie motivée par la préparation à la déstabilisation que provoquera la survenue des chocs environnemental, énergétique et économique.
      Minerva est un excellent exemple de la nature profondément bornée et vouée à l’échec de l’idéologie militaire. Pire encore, le refus des responsables du DoD de répondre aux questions les plus élémentaires est symptomatique de ce simple fait : dans leur inébranlable mission de défense d’un système mondial de plus en plus impopulaire au service des intérêts d’une infime minorité, les agences de sécurité n’ont aucun scrupule à nous dépeindre, nous le reste du monde, comme de potentiels terroristes.
      Lire la suite : http://www.pauljorion.com/blog/?p=65987
      Big Brother dans tous ses états ! Vous voilà avertis.


      • Magpie Le 17 juin 2014 à 05h20
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        Bonjour Chris,
        C’est à cette différence entre démocratie et représentation que je voulais faire allusion ; merci d’avoir développé 🙂
        Cordialement


      • Laurent Le 17 juin 2014 à 07h46
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        Bonjour Chris et Magpie,

        Je suis entièrement d’accord avec vous. L’essence du débat se situe entre démocratie (= système politique athénien) et oligarchie (=système politique occidental).

        Du coup, je n’ai pas perdu mon temps à lire ce texte ; son fondement philosophique est trop anecdotique pour apporter une réponse pertinente à la mutation de notre société.

        Le votre, Chris, me semble bien plus pertinent.


  2. chatard Le 16 juin 2014 à 06h01
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    Lu en diagonale pour l’instant mais ça me fait penser à Finkielkraut dans “l’intensité malheureuse” qui oppose les démocrates libéraux aux laiques républicains:

    Tout commence en octobre 1989 dans un collège de Creil, en banlieue parisienne. Trois élèves sont exclues pour avoir refusé d’ôter leur foulard islamique en classe malgré la décision du conseil d’administration. « Le collège est français, creillois et laïque. On ne va pas se laisser infester par la problématique religieuse », déclare le principal Ernest Chénière. Aussitôt la polémique éclate. L’archevêque de Paris s’insurge : « Ne faisons pas la guerre aux adolescentes beurs. Halte au feu ! » La porte-parole des protestants de France s’inquiète : « Notre France assoupie s’éveille pour repartir en guerre contre une religion. Vieille histoire qui devrait rappeler quelque chose aux parpaillots. » Le grand rabbin de France affirme qu’obliger un élève à renoncer à ses convictions religieuses pour fréquenter un établissement public constitue une atteinte au libre exercice du culte. Mais les Églises ne sont pas seules à protester. L’exclusion suscite aussi la colère des associations antiracistes. Le MRAP estime que « d’autres communautés manifestent leur appartenance religieuse sans qu’elles fassent l’objet de sanctions ». SOS Racisme soutient qu’« en aucun cas une sanction ne peut être infligée à des élèves en vertu de leur foi ». Le principal du collège Gabriel-Havez est accusé d’avoir opté non pour la fermeté mais pour la fermeture et d’avoir maquillé d’intransigeance républicaine la violence froide d’une pure et simple mise au ban. Sensible à cette argumentation et soucieux par-dessus tout d’éviter que l’affaire ne fasse tache d’huile, Lionel Jospin, le ministre de l’Éducation nationale, plaide pour le compromis : « Dans un premier temps, les chefs d’établissement doivent établir un dialogue avec les parents et les enfants concernés pour les convaincre de renoncer à ces manifestations et leur expliquer les principes de la laïcité. […] Si, au terme de ces discussions, des familles n’acceptent toujours pas de renoncer à tout signe religieux, l’enfant – dont la scolarité est prioritaire – doit être accueilli dans l’établissement public, c’est-à-dire dans les salles de classe comme dans la cour de récréation. L’école française est faite pour éduquer, pour intégrer, pas pour rejeter. »

    Lire la suite : http://www.numilog.com/extrait/extrait.asp?id_livre=257880


  3. Judabrutus Le 16 juin 2014 à 07h47
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    C’est du Debray, comme toujours à la fois brillant et trop touffu pour être plus profond que confus ! Il rameute le Panthéon gaulois sur des questions datées et des antithèses que nous ne dépasserons pas : qui peut être sûr que nous soyons capables de résoudre tous les problèmes que nous nous posons ? Opposer la république à la démocratie est le type même de problématique enfermée dans une impasse que la question du voile a permis de mettre en évidence : on a fait du voile un enjeu républicain, il semblait que toute l’exception française surgissait dans cette radicalite laïque qui était ouverte à “presque ” toutes les confessions “raisonnables” pourvu qu’elles respectassent les valeurs essentielles de la république une et indivisible. Foutaises! Ce faisant, au nom de la lutte républicaine contre les dérives communautaristes, nous n’ avons fait que conforter les préjugés ethniques , légitimer le rejet de l’exception de l’Autre au nom de la nôtre, et finalement fait le lit plus moelleux à tous les partis de l’intolérance et de la haine.


    • Casquette Le 16 juin 2014 à 10h14
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      Les pays moins “ouverts” (offerts faudrait-il dire) que le nôtre rencontrent exactrement le même phénomène de repli et d’hostilité réciproque , au moment ou Peillon faisait afficher un simple texte dans les établissement scolaires, le Quebec , terre promise des multiculturalistes , faisait ratifier une Charte des Valeurs…
      Chez certaines communautés , l’endogamie est beaucoup plus prononcée que chez d’autres , comment concilier endogamie et métissage/mixité ?C’est la question qui se pose aux sociétés occidentales aujourd’hui , ainsi qu’aux communautés qu’elles accueillent.


  4. josephine Le 16 juin 2014 à 08h38
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    Pas dit que c’est dépassé. Une amie, la cinquantaine, d’origine Kabyle, athée, fumant, buvant…me faisait remarquer que c’était elle, ou les gens, comme elle, qui sont/seraient la première cible des intégristes de tout poil.
    A t on vraiment compris, l’apparition, dans les années 90, du voile alors que les ainées jusqu’ici n’en faisaient aucun enjeu identitaire?


    • Charles Michael Le 16 juin 2014 à 09h30
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      @ Josephine

      Je pense que Debray est brillant est assez prophétique:
      – Dominique de Villepin à l’ONU et le refus de la guerre en Irak en sont une illustration positive
      – à l’inverse réintégrer l’Otan sous Sarkozy (le traité atlantique lui n’a jamais été renié) a soumis la France aux USA et nous sommes passé un peu plus du gaullisme au pétainisme (cf A.Badiou de Quoi Sarkozy est-il le nom)

      Sur le “voile” il faut comprendre la radicalisation de l’islam après la révolution en Iran, aggravée par les guerres Afghannes et Irakiennes, qui s’est d’ailleurs largement propagée dans les Islams d’Asie pourtant de tradition modérée. Et bien sur la montée du chômage et du FN avec le choc de 2002.

      Mais il y a deux interdictions en France très différentes:
      – interdiction du voile dans les écoles lieu de formation et par extension certains lieux publics (fermés) où la république exerce ses droits et devoirs. Là je suis pour l’interdiction.
      – interdiction dans tous lieux publics y compris la rue, débat mélangeant tout et son contraire comme fémininisme, laïcité, et notament cette identité française. Là c’est une privattion de liberté individuelle parfaitement anti-républicaine et j’étais contre.


    • samuel Le 16 juin 2014 à 12h47
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      Avant il suffisait d’une main de Fatma sur un collier.


  5. BA Le 16 juin 2014 à 08h42
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    L’internaute judabrutus écrit :

    “au nom de la lutte républicaine contre les dérives communautaristes, nous n’ avons fait que conforter les préjugés ethniques , légitimer le rejet de l’exception de l’Autre au nom de la nôtre, et finalement fait le lit plus moelleux à tous les partis de l’intolérance et de la haine.”

    La question qui se pose est la suivante :

    En mai 2017, si le peuple français vote en faveur d’un parti de l’intolérance et de la haine, qu’est-ce qu’on fera ?

    On prendra les armes et on fera une guerre civile (du type Guerre Civile Espagnole entre 1933 et 1936 : les Républicains contre les Nationalistes) ?

    Ou alors on acceptera le verdict des urnes ?

    Cette question sera d’actualité en mai 2017.


    • Judabrutus Le 16 juin 2014 à 09h43
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      Pour vous livrer le fond de ma pensée je crois qu’il ne faut jamais écarter aucune option : dire à l’avance que surtout, on acceptera le verdict des urnes, c’est à coup sûr entretenir cette idée que tous les espoirs sont possibles pour ceux qui veulent imposer un modèle de société où tout le monde ne trouvera pas sa place. Il est bon , même en démocratie, que certains soient prévenus : la regle du jeu démocratique a des limites qui sont celles , notamment, du respect de la dignité humaine chez TOUS les hommes . Si cette ligne est franchie, bien sûr qu’il ne faut pas hésiter à recourir à des moyens moins conventionnels. Et il est bon que l’adversaire potentiel en soit aussi persuadé que nous: cela peut agir préventivement et l’empêcher d’aller au bout des nouveaux pouvoirs acquis. C’est apparemment cette certitude qui a manqué en Ukraine avec les résultats que l’on sait : ils voulaient une révolution et ils ont une guerre civile ! En tout état de cause, j’appartiens à une génération pour laquelle l’expression “lutte armée” n’est pas un gros mot, même si la chose qui correspond au mot n’est pas ce que l’on souhaite spontanément. Parions que les quelques Italiens et Allemands qui se sont transportés dans l’Est de l’Ukraine pour soutenir les fédéralistes, quantité négligeable au plan logistique, ont plus fait pour amener l’UE/US à réfléchir sur les terribles conséquences d’une entrée dans la danse de l’Otan que toutes les gesticulations officielles ou officieuses de la diplomatie


  6. Perret Le 16 juin 2014 à 09h05
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    Beau texte mais fondé sur tant d’imprécision qu’il en perd en pertinence.
    Il faudrait d’abord définir clairement chaque mot, chaque concept.
    Tenez : séparation de l’Eglise et de l’Etat : où est le concept – et même l’expression -, dans la loi de 1905 ? Nulle part dans la loi car il ne s’agissait pas de séparer mais de faire passer (financièrement) l’Eglise sous la coupe de l’Etat (réédition dans une forme adaptée de la Constitution civile du clergé de 1791). La loi n’a jamais été appliquée totalement et la guerre de 14-18 (et la mort d’un million de catholiques pour la République) a fait passer à la trappe l’article central de la loi. Depuis, la loi de séparation n’est qu’une jurisprudence et une incantation de politiciens ignorants qui n’ont jamais lu la loi…
    Même chose pour le mot laïcité : s’agit-il du mot original, qui est catholique et qui définit le rôle et la fonction ecclésiale et sociale de ceux qui ne sont pas clercs, ou bien de la définition issue des Lumières et, pour faire court, “maçonnique” du terme ? Simplement le préciser permet de poser clairement le débat.
    Pour tout dire, ce texte est plus incantatoire que démonstratif : c’est du mauvais Debray.
    Dommage !


  7. C Balogh Le 16 juin 2014 à 10h07
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    Je pense qu’avec L’Ukraine une étape a été franchie, l’irrémédiable.Le piétinement des droits de l’homme et du citoyen, favorisé, soutenu par le laisser-fairisme étatique.
    Ainsi, la loi est transgressée, dans l’assentiment étatique général:

    http://assiste.com.free.fr/p/droit/diffamation_discrimination_incitation_a_la_haine_raciale.html

    Extrait:

    Du port ou de l’exhibition d’uniformes, insignes ou emblèmes rappelant ceux d’organisations ou de personnes responsables de crimes contre l’humanité.

    Article R645-1 du code pénal (partie réglementaire)

    Est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 5e classe le fait, sauf pour les besoins d’un film, d’un spectacle ou d’une exposition comportant une évocation historique, de porter ou d’exhiber en public un uniforme, un insigne ou un emblème rappelant les uniformes, les insignes ou les emblèmes qui ont été portés ou exhibés soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle en application de l’article 9 du statut du tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945, soit par une personne reconnue coupable par une juridiction française ou internationale d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité prévus par les articles 211-1 à 212-3 ou mentionnés par la loi n° 64-1326 du 26 décembre 1964.
    Les personnes coupables de la contravention prévue au présent article encourent également les peines complémentaires suivantes :
    1. L’interdiction de détenir ou de porter, pour une durée de trois ans au plus, une arme soumise à autorisation ;
    2. La confiscation d’une ou de plusieurs armes dont le condamné est propriétaire ou dont il a la libre disposition;
    3. La confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction ou de la chose qui en est le produit ;
    4. Le travail d’intérêt général pour une durée de vingt à cent vingt heures.
    Les personnes morales peuvent être déclarées responsables pénalement, dans les conditions prévues par l’article 121-2, de l’infraction définie au présent article.
    Les peines encourues par les personnes morales sont :
    1. L’amende, suivant les modalités prévues par l’article 131-41 ;
    2. La confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction ou de la chose qui en est le produit.
    La récidive de la contravention prévue au présent article est réprimée conformément aux articles 132-11 et 132-15.

    Ceux qui ont collaboré avec le gouvernement issu d’un coup d’état et à un-tiers se réclamant du nazisme, sont hors la loi.
    Dès ce point franchi, malheureusement, c’est la porte ouverte à toutes les dérives.
    Nous avons loupé le moment où un retour en arrière était possible.
    Ama, ce moment était lors des premières prises de contact entre notre gouvernement et le gouvernement illicite de Kiev, ama, notre gouvernement aurait dù exiger une enquète sérieuse sur le coup d’état et attendre son issue et certainement pas s’inscrire dans des accords avec des réprésentants auto-proclamés.Notre gouvernement aurait dù attendre qu’un tribunal ait statué sur les coupables de la prise de pouvoir par la force sans respect de la constitution Ukrainienne.
    C’est ce que moi, j’attendais de mes gouvernants.
    On connait la suite.


  8. Olivier Le 16 juin 2014 à 10h31
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    Ce texte splendide est pour moi parfaitement actuel.

    Encore merci à votre blog de l’avoir re-diffusé!


  9. Casquette Le 16 juin 2014 à 11h24
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    “La démocratie, dirons-nous, c’est ce qui reste d’une république quand on éteint les Lumières.”

    J’avais pas lu ce texte depuis depuis un bail , à la lumière de ce qu’il c’est passé entre temps : traité de Lisbonne , crise de l’euro , Grèce , traité transatlantique , élections-sanctions…cet aphorisme prend une saveur vraiment particulière ,et malheureusement force est de constater que 20 ans plus tard , toutes ses inquiétudes se sont réalisées.
    A l’abolition progressive de la République s’est substituée un autre règne , celui de la démocratie d’opinion , au savoir des maîtres et des philosophes/intellectuels s’est imposé l’expertise des experts , consultants de telle grosse banque ou fondateurs de tel think tank financé par telle grosse multinationale…le savoir des maîtres était-il plus préférable j’en sais rien , en tout cas j’en peux plus de voir les mêmes parader devant mon poste , réclamer pour la France les remedes qui ont échoué ailleurs.

    Debray a raison de dire que le consumérisme a fait de nous des consommateurs au moment ou nous devrions être des citoyens , et qu’une démocratie liberale est le meilleur terreau pour que les envies et les pulsions individuelles s’expriment , puis s’imposent au détriment de la collectivité.

    Il y a plus de 30 ans Gilles Lipovetsky remarquait que cette explosion de revendications individuelles conduisait le législateur a créer de nouvelles lois pour s’assurer que la liberté des uns n’empiétent pas sur celle des autres , c’est un des nombreux paradoxes du libéralisme , tôt ou tard il en vient à limiter sa propre expansion , tôt ou tard il intervient pour limiter la liberté de certaines catégories quand la liberté qu’il leur a précédemment accordé finit par déborder de son lit.
    Toute la frustration que traverse notre societé prend sa source dans ce double mouvement de liberté/limitation que la démocratie d’opinion nous impose.


    • lm bernard Le 16 juin 2014 à 14h37
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      Totalitarisme dulibéralisme,la liberté(entité virtuelle si elle n’est pas rattachée à un substratum l’aliénant) débouchant sur des lois liberticides et pire l’exclusion de facto rangeant l’expression au domaine du privé ,réduisant le public à celui du consumérisme et la catégorisant comme dissidente,orwellien,”la liberté c’est l’esclavage”.


    • tepavac Le 25 juin 2014 à 10h25
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      parce que nous confondons les libertés
      et les droits de l,homme avec ceux du citoyen…

      les premiers sont universels, inaliénables,
      les seconds sont propres a la détermination contractuelle des peuples d’une nation.

      a l évidence ces deux concepts révolutionnaires
      ne sort pas appréhendé par les eqprits. Ni ceux des élites, et encore moins par les simples
      Citoyens que nous sommes.
      bien cordialement


  10. lm bernard Le 16 juin 2014 à 12h09
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    Comme toujours de l’excellent R Debray, d’un côté,le sien,la République citoyenne et laïque centralisée,souveraine,une et indivisible,pourvoyeuse d’intelligence (citoyenne),d’aucun dirait jacobine pour ne pas dire robespierriste ,le qualificatif ayant été diabolisé dès la trahison thermidorienne,le choix de Louis Blanc contre A Thiers,de la Commune contre les versaillais,de la résistance et du patriotisme contre le collaborationisme, du travail contre le capital,de la vertu contre le vice,de l’enracinement contre le nomadisme,archaïsme nostalgique diront certains,contempteurs “de l’éloge des frontières”,de “la jeunesse du sacré”,”de l’obscénité démocratique”,de” l’Eloge des idéaux perdus”.
    Actualité oblige,Poutine vs Obama.R Debray c’est notre Soljenitsine dénonçant “le déclin du courage” des démocraties occidentales en 1978,retournant au pays en 1994 pour tenter de réconcilier dans la Russie post soviétique, démocratie,patriotisme (et non pas nationalisme) ,élévation morale par le ferment religieux.Peut être ai- je tout faux,assimilation abusive?Qu’en pense t il?
    Sa critique de “la démocratie en Amérique” non pas celle de Tocqueville(quoique!) mais l’actuelle,celle d’opinion et de marché est trop criante pour m’ôter ce doute.
    Merci Olivier pour cette piqûre de rappel…


  11. BA Le 16 juin 2014 à 12h31
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    A l’avant-dernière ligne, Régis Debray écrit :

    “Une République française qui ne serait pas d’abord une démocratie serait intolérable.”

    Mais c’était en 1995.

    Aujourd’hui, la situation a complètement changé.

    Aujourd’hui, le Front National a fait 24,95 % aux élections européennes. Quant aux abstentionnistes, un sondage IFOP leur a demandé pour qui ils voteraient si le vote était obligatoire. Réponse :

    Si le vote était obligatoire, 24 % des abstentionnistes voteraient Front National.

    Régis Debray n’avait pas osé imaginer une telle évolution du peuple français.

    “Une République française qui ne serait pas d’abord une démocratie serait intolérable.” écrivait Régis Debray en 1995.

    Mais qu’est-ce qu’on fait quand un peuple vote pour un parti politique d’extrême-droite ?

    Qu’est-ce qu’on fait quand un peuple vote, en toute connaissance de cause, pour installer au pouvoir l’extrême-droite ?

    En mai 2017, il y aura encore la République, mais cette République pourrait bien être une république d’extrême-droite, voulue par le peuple français lui-même.

    Depuis mai 1974, les partis pro-européens du centre, les partis pro-européens de droite, les partis pro-européens de gauche, les partis pro-européens écologistes dirigent la France. Résultat de ces quarante années de construction européenne : un désastre.

    Résultat politique : tous ces partis pro-européens sont discrédités.

    Malheureusement, la dynamique historique est en faveur du Front National.

    Malheureusement, le peuple français vote de plus en plus pour le Front National, qui dispose en plus d’une très importante armée de réserve : 24 % des abstentionnistes.

    Cette dynamique historique est très inquiétante pour mai 2017.

    Régis Debray devrait commenter le paysage politique français de juin 2014.

    J’attends son commentaire avec impatience.


    • Casquette Le 16 juin 2014 à 16h54
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      Extrapoler à partir des élections européennes est une erreur , de plus dans un système à deux tours il est encore moins probable que le FN accède au pouvoir…qu’il arrive au 2ième tour c’est une posibilité vu le discrédit de la gauche (de gouvernement et radicale) mais que Marine Lepen devienne présidente…

      En parlant du PS , la déclaration de Valls est stupéfiante : la gauche peut mourrir , donc accéleront les “réformes” qui nous ont valu une rouste aux municipales et aux europennes !
      ils se foutent de nous ou ils sont idiots ?


      • BA Le 16 juin 2014 à 19h21
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        Et le discrédit de l’UMP ?

        Pourquoi ne parlez-vous pas du discrédit de l’UMP ?

        Je rappelle que Copé a quitté son poste de président de l’UMP APRES les élections européennes et je rappelle que les dernières informations sur le scandale Bygmalion ont été connues APRES les élections européennes.

        Et donc de nombreux électeurs de l’UMP ont sans aucun doute décidé qu’ils voteront FN car ils ont été dégoûtés de ces récentes affaires.

        Nous ne devons pas oublier l’implosion de l’UMP qui a lieu en ce moment même : elle envoie mécaniquement de nouveaux électeurs dans les bras du FN.


        • Casquette Le 16 juin 2014 à 22h18
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          Une partie passera certainement au FN mais pas au point de leur assurer une victoire au deuxième tour face à l’UMP, surtout si Sarkozy revient.
          Sans vouloir généraliser j’ai le sentiment que la majorité des umpistes sont bonapartistes donc le retour de Sarko pourrait être accepté à contre coeur par l’appareil du parti…pour l’instant le mode de scrutin nous preserve d’une victoire du FN.
          D’autres misent sur une fusion entre les 2 partis mais la déconfiture de la gauche offre pas mal de latitude à l’UMP.


          • BA Le 17 juin 2014 à 08h22
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            Total désaccord. Le retour de Sarko ne sera JAMAIS accepté par l’appareil du parti.

            Le clan Juppé, et aussi le clan Fillon, et aussi le clan des quadras, attendent Sarko avec des flingues pointés sur lui. L’UMP est passé en mode auto-destruction.


            • BA Le 18 juin 2014 à 11h12
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              Mercredi 18 juin 2014 :

              Bygmalion : “si Sarkozy était au courant, il ne peut pas se présenter” (déclaration du député UMP de Paris Bernard debré).

              Après les nouvelles révélations sur l’affaire Bygmalion, Bernard Debré estime “que tout le monde doit s’expliquer” dans cette affaire qui empoisonne l’UMP. “Il faut aller jusqu’au bout des révélations et au bout des enquêtes”, poursuit le député UMP de Paris.

              “Si c’est vrai qu’il y a un doublement des comptes de campagne, cela pose un vrai problème. Il peut paraître étonnant que personne ne soit responsable. Quand on est chef d’entreprise, on est responsable de ce qui se passe dans sa maison”, tacle Bernard Debré, visant implicitement Nicolas Sarkozy. Et d’asséner : “s’il est vrai qu’il était au courant, je considère qu’il ne peut pas se présenter aux primaires” pour la présidentielle de 2017, conclut le parlementaire.

              Une plainte. Deux députés UMP, Etienne Blanc et Pierre Morel-A-L’Huissier, ont annoncé de leur côté qu’ils déposeraient plainte mercredi pour obtenir “au nom des militants” la vérité sur l’affaire Bygmalion et le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.

              http://www.europe1.fr/Politique/Bygmalion-si-Sarkozy-etait-au-courant-il-ne-peut-pas-se-presenter-2155657/#


  12. draxredd Le 16 juin 2014 à 14h24
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    La démocratie est soluble dans la mondialisaton, pas la république.
    Europe, Traité transatlantique, lalala…

    Cela dit je ne crie pas au complot mondial contre la république. Elle est morte de sa plus grande faiblesse : elle se basait sur la vertu des hommes.


    • FranckD Le 23 avril 2015 à 21h16
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      “La démocratie est une technique qui nous garantit de ne pas être mieux gouvernés que nous le méritons.” G.B. Shaw


  13. Crapaud Rouge Le 16 juin 2014 à 16h33
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    Rappel salutaire du fait qu’il ne faut pas confondre république et démocratie. En dépit des idées fortes qui émaillent ce texte, on reste sur sa faim parce qu’il est trop descriptif et, faute d’en appeler à l’histoire, (en particulier celle du schisme catholiques/protestants), pas assez explicatif.

    La république, c’est la liberté, plus la raison” : belle déclaration, mais quand on sait que les religions prétendent aussi être “la voix de la raison”, et que “la liberté” s’est muée en dictature du marché, on se dit qu’il en faudrait un peu plus pour sauver une république qui n’existe plus qu’en filigrane de la démocratie.


  14. lm bernard Le 16 juin 2014 à 17h40
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    A revoir “ce soir ou jamais” du 17 Mai 2013:Badiou vs Debray,face à un Badiou empêtré dans l’antienne usée de la dictature du prolétariat et hostile au mot République trop souvent associé à” ordre”,au mot fétiche de démocratie forcément représentative et dévoyée par le marché(démocratie représentative de marché) attendant son implosion par le processus de la “pertinence révolutionnaire” élevant au rang d’humanisme le communisme…,un R Debray limpide et je cite de mémoire:”quand l’état disparaît,c’est une jungle ,où apparaissent les mafias et les clergés,il faut que l’état soit démocratique ou plutôt républicain car il existe un idéal républicain inscrit dans la constitution et nos démocraties ont remplacé la loi par la norme et le service public par le marché,deux violations à la souveraineté.”


  15. Alae Le 16 juin 2014 à 20h10
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    Ce texte m’a fait sourire, parce que Régis Debray, en bon athée anticlérical bien de chez nous, n’a pas saisi l’apport du catholicisme à la république en France.
    Pourquoi croit-on que Clovis s’était converti ? Pour faire plaisir à sa femme Clotilde ? Que nenni. C’était parce qu’en habile politique, il avait compris que l’unification de tribus barbares religieusement divisées passait par l’adhésion à un dogme commun. Bingo ! Au cours des siècles suivants, l’unification de l’occident chrétien s’en est ensuivie sans trop d’encombre.
    De la même façon, la république, en France, est née d’une volonté unificatrice issue d’une culture catholique.
    Je cite le texte, “En république, chacun se définit comme citoyen, et tous les citoyens composent “la nation”, ce “corps d’associés vivant sous une loi commune et représenté par le même législateur” (Sieyés, un prêtre cité par Debray) (…) “La raison étant sa référence suprême, l’État en république est unitaire et par nature centralisé. Il unifie par-dessus clochers, coutumes et corporations les poids et mesures, les patois, les administrations locales, les programmes et le calendrier scolaires.”
    Remplacez “sous une loi commune” par “sous un dogme commun” et “représenté par le même législateur” par “représenté par le Pape”, “La raison étant sa référence suprême” par “Dieu étant sa référence suprême”, etc, etc.
    On jurerait un copié-collé du dogme catholique.

    En revanche, Debray a bien saisi l’influence du protestantisme (avec sa doctrine du libre-examen, d’où son incapacité à unifier) dans le libéralisme anglo-saxon qu’il appelle ici démocratie.

    Autant dire que la greffe ultra-libérale risque de ne pas prendre en France ou dans d’autres pays de culture catholique ou orthodoxe…


    • Crapaud Rouge Le 16 juin 2014 à 22h00
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      Tout à fait d’accord avec vous, sauf sur votre introduction. Il a certainement saisi l’apport du catholicisme aux principes républicains, mais ce n’était pas l’objet de son article. C’est un spécialiste des religions, il me semble, Wikipedia annonce d’ailleurs qu’il a fondé l’Institut européen en sciences des religions (http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gis_Debray).


  16. Amy Le 16 juin 2014 à 20h31
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    “Il est vrai qu’une république malade dégénérera en caserne, comme une démocratie malade en bordel.”
    N’est ce pas ce que nous sommes en train de vivre ?


  17. tepavac Le 16 juin 2014 à 23h26
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    finalement rien de surprenant a ce que notre civilisation soit autant dans l’impasse. et bien que j’apprécie regis pour son humanisme, je déplore qu’il ait mis en avant sa “philosophie”.

    quelle tristesse pour nos illustres aïlleux que de constater, qu’un “penseur” dites-vous, puisse confondre avec autant d’aisance le cadre d’une structure sociale avec la dynamique de ses éléments. Pire, comme tous ses semblables “intéllectuels”, il laisse entendre que ces deux concepts seraient antagonistes, alors qu’ils sont complémentaires.
    Mais dans ce registre, il n’est pas unique…
    Ainsi confont-on les droits de l’Homme avec ceux du citoyen; et de ce pas on octroye aux uns ce que les second se sont accordé par convention contractuelle…
    alors se comparer au Baron de la Brede….je ne sais que dire


  18. aspitoyendefrance Le 17 juin 2014 à 18h42
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    Regis Debray ne se rend pas compte que nous mourrons sous l’occupation du partit américain atlantiste.Raison pour laquelle je me tourne vers l’union populaire républiquaine.

    Une république n’est pas démocratique,au contraire seyes le disait lui même “la france n’est pas une démocratie”.

    La France d’aujourd’hui n’en peux plus de voir son histoire pietinnée,sa jeunesse galérer en manque de chance,des services publiques en nécrose, des rigidités diverses exhacerbés par la technostructure européiste atlantiste, des soutients aux nazis à la jinte de kiev.

    La France veux redevenir souverainne


  19. zebulon Le 19 juin 2014 à 09h20
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    la république c’est un homme une voix, un candidat indépendant responsable devant ses électeurs

    la démocratie ce sont des partis qui truquent les élections
    en dépassant le budget de campagne ( et pas qu’un peu visiblement)
    en désignant des apparatchiks sur des listes de candidats
    des gouvernements qui changent les regles du jeu electoral à leur convenance
    qui retardent les élections pour maintenir un maximum de grands électeurs favorables (
    (senat en septembre 2014 , et cantonales et regionales repoussées en décembre 2015)

    ensuite on reviendra avec les grands mots justice, présomption d’innocence

    la democratie d’aujourd’hui c’est un dollar une voix , et meme à crédit çà aide à tordre le cou à bien des évidences

    regardez bien la transition espagnole , d’une lignée royale désignée par un dictateur

    pour apprécier la démocratie il vaut mieux etre du bon coté du canon


  20. JC Le 19 juin 2014 à 23h46
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    Modèle en quoi ? C’est sûr qu’avec Debray en modèle… (moi aussi je sais faire). Mes yeux ont mieux à faire, le sujet ne m’intéressant que si les mots sont employés dans leur sens utile et étymologique, et d’après le début ce n’est pas le cas, on dirait plutôt le sens états-unien. Mes oreilles étant moins sollicitées que mes yeux après une journée de travail devant l’écran, je veux bien lui donner une seconde chance audiovisuelle à l’occasion mais bon…


  21. zebulon Le 23 juin 2014 à 15h24
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    la démocratie d’aujourd’hui c’est un dollar une voix , et meme à crédit çà aide à tordre le cou à bien des évidences
    Et donc on arrive aujourd’hui avec le pret de 3 millions du groupe parlementaire à sa maison mère
    au summum
    L’état français s’endette pour financer les activités des partis politiques dont les membres : élus de la chambre, attachés parlementaires , ministres , conseillers d’état sont intégralement pris en charge sur fonds publics.

    L’activité principale de ces partis étant d’assurer la réélection de leurs membres, il faut en plus désormais financer des élections internes appelées primaires

    En guise de transparence , c’est très clair comme du jus de boudin.

    finalement du temps du financement à l’aide des pots de vin sur les marches publics , il vous restait au moins une route pour vous promener, ou une piscine pour vous baigner.


  22. Old Ohm Le 08 septembre 2014 à 00h11
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    -“démocrate ou républicain ?”
    – Moi, ni l’un ni l’autre, seulement Citoyen. (Enfin, à titre personnel anarchiste chrétien).

    Sur les docs officiels, je raye la mention R.F. (machin-chose françoise), pour y mettre P.C.F. (Patrie des Citoyens de France).
    Enfin, Le galvaudage sémantique ne date pas d’hier et d’ailleurs.

    Je profite de cet espace pour signaler, le récent billet sur http://descartes.over-blog.fr, “Arrêtons de fantasmer: Valls n’est pas libéral”. C’est synthétique et ça percute.

    P.S.: ici ce n’est pas une salle d’attente, veuillez vous lever.


  23. Matilde Leone Le 25 janvier 2015 à 23h40
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    Le propos de cette message est parce que je necessite le mail adresse de Regis Debray. Je suis journalist bresilienne et je neccessite parler avec lui.
    Merci


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