Ce matin : alléluia…

  • La zone euro accouche péniblement d’un accord pour sauver la Grèce de la faillite (Les Echos) “Les ministres des Finances de la zone euro ont donné leur feu vert au plan d’aides de 130 milliards d’euros accordé à la Grèce. “
  • Accord historique pour un nouveau plan de sauvetage (Nouvel Obs) “L’Europe a donné son feu vert au déblocage d’une aide publique de 130 milliards d’euros “
  • Accord de la zone euro sur un plan de sauvetage de la Grèce (Le Monde) “Les pays de la zone euro se sont mis d’accord, mardi 21 février au matin, sur un nouveau plan de sauvetage sans précédent de la Grèce de 237 milliards d’euros”
  • Grèce : un nouveau plan de rigueur contre une aide de 237 milliards (Le Parisien) [Première version du titre : L'UE trouve un accord inespéré pour sauver la Grèce...]
  • Un plan record de 237 milliards d’euros au secours de la Grèce (Libération)
  • Grèce : l’Europe finalise un plan à plus de 350 milliards (Le Figaro)

Alors : 130 Md€ ? 237 Md€ ? 350 Md€ ?

Démontons ce bourrage de crâne…

Rappel de la détention de la dette grecque

Nous avons longuement analysé la détention de la dette grecque dans ce billet.

Je vous propose un graphique remis à jour :

détention dette grecque grece

Ainsi, sur les 355 Md€ de dette grecque :

  • 155 Md€ sont détenus par le “secteur public international”, et ne sont pas décotés ;
  • 200 Md€ sont détenus par des investisseurs privés.

Les gouvernements Européens ont demandé (avec insistance…) au secteur privé de renoncer à 53,5 % de ses créances, en échange de nouvelles actions à long terme pour les 46,5 % restants, avec une part de garantie européenne. La dette est donc allégée de 107 Md€ (=53,5 % x 200). En fait, ces nouvelles obligations ayant un taux faible, cela revient au final à une perte d’environ 70 % pour les créanciers privés.

Pour le coup, c’est un vrai ballon d’oxygène pour la Grèce.

Enfin, cela le saurait s’il s’était agi d’un plan “d’aide”…

En vrai…

En fait, on voit que 80 Md€ sont portés par le secteur public grec et par les banques grecques. Une telle perte les mettant immédiatement à terre, l’Europe va donc prêter environ 50 Md€ à la Grèce pour qu’elle les recapitalise – donc on remplace 43 Md€ de dette annulée par… 43 Md€ de nouvelle dette – merci pour elle ! Il n’y a plus que 64 Md€ d’économie et non 107 Md€ (ce qui est déjà bien…)

Mais ce n’est pas fini. Ceci n’est vrai que dans l’hypothèse où tous les acteurs acceptent de procéder à l’échange – et donc acceptent la perte.

Or, une bonne partie des fonds d’investissement ne le veut pas – d’autant qu’ils ont acheté volontairement de la dette décotée pour refuser l’échange et empocher un remboursement intégral. Sans clause d’action collective (qui les forcerait à accepter) disons que deux tiers refuseront, ce qui fait 24 Md€ d’économies en moins.

L’opération n’est donc au final que de -40 Md€ pour la Grèce.

Très bien, mais bien loin des besoins réels de ce pays en perdition… Cela représente par exemple 5 à 6 trimestres de déficit – c en’est pas le Pérou…

Pour arriver à ceci, nous, contribuables européens, avons déjà procédé à un plan d’aide de 110 Md€ en 2010, prêtons donc 43 Md€ à court terme et nous nous sommes engagés à prêter encore 87 Md€ dans les 3 ans qui viennent (87 + 43 = 130 Md€ dont on parle), pour que la Grèce puisse rembourser ses prochaines échéances.

Au final :

  • le contribuable public aura soutenu la Grèce de 130 + 110 = 240 Md€ MAIS ce n’est AUCUNEMENT une “aide”, ce sont des prêts que la Grèce devra rembourser à l’UE, et qu’elle utilisera pour rembourser les créanciers privés (NB. quand on rajoute les 110 Md€ du secteur privé, on arrive aux 350 Md€ du Figaro…);
  • les investisseurs privés auront perdu dans les 40 Md€, mais bénéficient d’une garantie publique hors bilan sur le solde.

Ainsi, tous ces sommets n’auront eu qu’un but : remplacer les créanciers privés de la Grèce par des créanciers publics, pour que les premiers supportent un minimum de pertes. Et que, in fine, ce soit le contribuable qui supporte les pertes.

D’ailleurs, si nous avions vraiment ”aidé” et “sauvé” la Grèce dans ces proportions, ne pensez-vous pas qu’Angela Merkel serait fêtée partout à Athènes ?

Cette opération se voit clairement dans ces estimations :

détention dette grecque grece 2014

détention dette grecque grece 2014

Sauf qu’en l’espèce, cela risque fortement d’être le créancier obligataire des pays de l’Union Européenne qui les supporte – le contribuable européen ne pouvant financer toutes les dettes des pays de l’UE…

En effet, la Grèce ne pourra pas rembourser, s’enfonçant dans la dépression, comme nous allons le voir…


47 réponses à “Plan d’aide” à la Grèce : tout faux…

  1. mc Le 21 février 2012 à 10h59
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    En résumé on utilise des fonds publics pour rembourser les preteurs privés.
    Je me trompe en pensant que dès qu’ils auront mis a l’abri leurs fortunes la Grèce fera defaut ?
     
     
     


  2. DOZIER Le 21 février 2012 à 11h16
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    “Sauf qu’en l’espèce, cela risque fortement d’être le créancier obligataire des pays de l’Union Européenne qui les supporte – le contribuable européen ne pouvant financer toutes les dettes des pays de l’UE…”
    Il serait intéressant de savoir qu’elles sont les institutions qui détiennent de la dette des pays du “club med”, mis à part les véhicules de placement en assurance-vie français.
    Quant à la Grèce, elle a déjà fait défaut sur une partie de sa dette.
     
     


  3. Yann Le 21 février 2012 à 11h35
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    Bien vu Olivier,

    Et ils continuent de faire passer la dette privée sur le public, ensuite le but est de demander des sacrifices au public à cause de son surendettement!

    Et ce n’est pas le MES (des dettes futures émises grâce à un effet de levier par des pays  surendettés!) qui va résoudre le problème!

    Plus ils persévèrent dans cette voie de surendettement de pays endettés en récession plus le risque d’une issue  destructrice augmente!


  4. Patrick-Louis Vincent Le 21 février 2012 à 11h51
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    Pour nous Français, cela va faire 24 milliards d’€ supplémentaires de prêts qui ne seront pas remboursés, donc 24 milliards d’€ pour les contribuables, qui s’ajoutent aux 16,8 milliards du plan précédant, soit plus de 40 milliards d’€.

    Je suis bien persuadé qu’aucun candidat à l’élection présidentielle ne va discourir sur ce sujet.


  5. Nihil Le 21 février 2012 à 12h05
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    Dans la série: “L’enfumage expliqué aux Nuls” …

    Une fois de plus, deux ou trois graphiques assortis de courts commentaires permettent de comprendre mieux et plus rapidement que 100 éditoriaux, fussent-ils pertinents (ce qui est de moins en moins fréquent).

    Merci Olivier. 


  6. Marcus Le 21 février 2012 à 12h09
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    Complètement d’accord avec l’analyse d’Olivier.
    J’écoutais François Langlet et Jean-Louis Bourlange ce matin sur BFM ils n’étaient pas optimistes et j’avoue que je le suis encore moins….
    A++


    • Patrick-Louis Vincent Le 21 février 2012 à 14h05
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      Comme le dit Bourlange, à propos de la Grèce “l’on ne peut pas faire avancer un âne mort”.

      C’est important d’écouter Jean-Louis Bourlange qui est un homme très impliqué dans le “système”. Il nous dit, à mots à peine couverts, que la Grèce quittera la zone euro. C’est probablement la prochaine étape. Langlet dit la même chose quand il évoque la sortie des pays qui n’ont rien à faire dans la zone euro. Il pense à la Grèce, bien entendu, mais aussi au Portugal.

      Cela me rappelle un livre de Soljentsine, quelques temps après la chute de l’URSS, dans lequel il expliquait que, pour que renaisse la Russie, il fallait qu’elle se débarasse de sa périphérie qui constituait ses branches mortes.

      L’idée des européistes a évolué. Aujourd’hui nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut aussi élaguer l’arbre européen pour permettre à la zone euro de se constituer un futur état fédéral.

      D’autres, comme Philippe Herlin, pensent que la Grèce pourrait rester dans l’euro tout en réactionnant leur monnaie nationale. L’euro deviendrait alors une monnaie commune et non unique. L’idée n’est pas mauvaise, ni nouvelle ; mais ce n’est pas ce qui va se passer, car, dès la création de l’euro, l’idée d’une monnaie commune a été rejetée. Les dirigeants européens veulent un état fédéral avec sa monnaie unique. Vu sous cet angle, effectivement, il vaut mieux se séparer des branches mortes, les états périphériques que sont la Grèce et le Portugal, et, bien entendu, ne pas faire entrer dans la zone euro les états encore plus périphériques que sont la Roumanie et la Bulgarie.


      • Marcus Le 21 février 2012 à 15h38
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        Oui, Patrick-Louis Vincent, comme souvent bien d’accord avec tes analyses !
        A+
        Marc


      • David Le 21 février 2012 à 18h18
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        Les dirigeants européens veulent un état fédéral avec sa monnaie unique

        Franchement, j’aimerai être d’accord avec vous mais je ne vois vraiment pas ce qui vous fait penser que nos gouvernants voudraient d’une UE fédérale. A part leur faire perdre le peu de pouvoir qu’ils ont encore, cette orientation n’aurait d’intérêt que pour les Peuples … autant dire que cela n’est pas demain la veille !


      • step Le 21 février 2012 à 18h54
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        juste une précision PLV, nous sommes une branche morte ….


  7. fabrice Le 21 février 2012 à 12h15
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    Cela confirme ce que j’avais pu comprendre jusqu’à présent sur ce dossier grâce à votre site.

    D’un côté cela me rassure j’arrive petit à petit à comprendre les mécaniques mais d’un autre m’épouvante que l’on transfère le risque sur les européens qui n’ont rien demandé pour sauver les banques qui frôlaient la banqueroute.

    mais la cerise sur le gâteau c’est que les le peuple grec  servira de bouc émissaires bien commode et que désormais rien n’empèche leur sortie de l’Euro un peu plus enfoncés qu’ils ne l’auraient été si ils l’avaient fait au moment du fameux référendum de Papaandréou (et que notre président désormais utilise comme l’alpha et l’oméga de la démocratie :-( , voir servira d’épouvantail pour les régressions sociale pour rembourser nos propres dettes (grèvées par cet ignoble transfert de risques).


  8. Rostov Le 21 février 2012 à 12h40
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    Merci pour cet article et ces chiffres très intéressants Olivier !


  9. Mickael Le 21 février 2012 à 12h42
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    Bonjour,
    Je vous trouve bien pessimistes. D’un coté un effort est demandé aux privés de renoncer à une partie de leurs gains potentiels, de l’autre la dette est Européanisée, ce qui la rendra moins gourmande et plus stable. je trouve que c’est une mesure de moindre mal, quand bien même la grèce sortirait de la zone euro. dans un contexte de guerre économique, on a vu des traités bien pire !
    cordialement,


  10. sfaxlover Le 21 février 2012 à 12h48
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    C’est incroyable de voir comment les journalistes livrent de l’information formatée aux citoyens sans même l’analyser.Tout est dans le bourage de crâne, “ignorance is bliss” disent les Anglais.
    Et il s’agit là de journaux de référence. Je ne parle même pas des liseurs de prompteurs ( claire C. chez TF1….). Dans es conditions, comment éduquer le citoyen Français pour qu’il comprenne les enjeux du monde dans lequel il vit.


  11. TZYACK Le 21 février 2012 à 13h08
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    C’est toujours la même technique : Privatiser les gains et nationaliser les pertes (Crédit Lyonnais, Dexia, CDC, Irlande, Grèce, Portugal, Espagne, Italie, Fance,..) qui sont remboursées par l’inflation galopante et la perte insensible du pouvoir d’achats des citoyens.


    • step Le 21 février 2012 à 13h55
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      insensible ?


  12. Bruno L Le 21 février 2012 à 13h10
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    Cher Olivier

    Effectivement, c’est dramatique.
    Comment peut-on encore se laisser “enfumer” ainsi, en dépit de tout ce que vous avez écrit, avec d’autres mais plus de persévérance, de clarté (et de talent ;-) ) depuis des mois sur ce pseudo-sauvetage de la Grèce, qui va coûter si cher, aux grecs, et aux contribuables européens.

    “produire moins pour rembourser plus” (à certains, pas à tous).  Ce n’est plus de l’austérité, ce n’est plus de la rigueur, c’est quasiment de l’esclavage.

    Affaire à suivre, sans nul doute

    encore merci et bravo pour ces explications lumineuses,

    bien à toi

    B.L. 


  13. Pong Le 21 février 2012 à 13h23
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    Quelqu’un peut-il m’expliquer ça :
    “d’autant qu’ils ont acheté volontairement de la dette décotée pour refuser l’échange et empocher un remboursement intégral”

    Je n’ai rien compris.

     


    • step Le 21 février 2012 à 13h57
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      en faisant jouer les CDS.

      ping ? 


  14. Milou Le 21 février 2012 à 13h30
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    Bonjour TLM. Merci Olivier.
    Joli tour de bonneteau !!


  15. sfaxlover Le 21 février 2012 à 14h09
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    Sans oublier qu’en plus les fameux créancier privés vont bénéficier : d’un negative pledge (en gros si de nouvelles garanties sont mises en place alors les anciens créanciers pourront en bénéficier systématiquement) ainsi qu’une mise sous juridiction Anglaise ( dette grec soumise à juridiction Anglais…on adore). Si c’est pas une capitulation…


  16. Guillaume Le 21 février 2012 à 16h53
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    Sauf qu’il n’y a pas d’assureur sur les cds et que les vendeurs n’ont absolument pas les épaules pour assumer le défaut : c’est sans doute la vraie raison du sauvetage grec… si on connaissait l’identité des personnes morales ayant  VENDU les cds pour faire de la marge sur le dos de l’aléa moral, on verrait vraisemblablement que ce sont les banques européennes…
    Ce sauvetage grec est scandaleux :
    1. comme le montre Olivier, il ne résout rien.
    2. c’est insupportable de nous faire assumer cette solidarité sans nous le demander. Ces dénis de démocratie à répétition sont dangereux. 
     
     
     
     


    • JPS1827 Le 21 février 2012 à 17h02
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      Si je comprends bien ce que vous dites, les CDS seraient des primes d’assurance sans personne derrière pour payer les sinistres ?!!! Merci de me dire si c’est bien cela.


      • bizbee Le 21 février 2012 à 17h05
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        C’est cela. Et le CDS nu pareil, sauf que c’est pour assurer un titre que vous ne possédez pas…


        • step Le 21 février 2012 à 18h57
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          en gros vous assurez la maison du voisin contre l’incendie. Des tentations pyromanes ?


    • Guillaume Le 21 février 2012 à 17h43
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      Exactement
      Olivier ne cesse de le dire : pourquoi d’après vous aucun assureur ne s’est emparé de ce marché ? il n’est pas assurable…
       


  17. Anthony C Le 21 février 2012 à 17h03
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    Bravo pour votre article,
    Entièrement d’accord avec vous. La marmite est prête à exploser.
    Comment persuader les Européens que la meilleure solution pour tout le monde est une sortie de la Grèce?
    Peut on attendre une prise de conscience de certains politiques lors des prochains mois? 
    Difficile d’y répondre. Après 13 ans sur les marchés dont 6 à la City comme analyste action, je me rend compte d’une chose: Je sais que je ne sais rien
    Les marchés, l’économie, fluctuent de plus en plus vite, trop vite aujourd’hui pour effectuer des prévisions à 12 mois. C’est probablement un exercice intellectuellement intéressant mais sans grande valeur ajoutée.
    Ci-dessous la vidéo de notre célèbre O.Delamarche avec qui je partage de nombreux points, à l’exception de ses prévisions sur le CAC. Accepter qu’ils existe des noise traders sur le marché ainsi que des acteurs irrationnels doit nous amener à prendre des données autres que fondamentales comme l’analyse graphique et la finance comportementale pour une gestion dynamique.
    link to labforecast.blogspot.com
     


  18. tcherno1000 Le 21 février 2012 à 17h38
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    Bonjour Olivier,
    tous ces graphiques et ces calculs me paraissent pour une fois très manipulateurs.
    Vos estimations sur le nombre de créanciers privés qui vont refuser le deal sont peu crédibles. 99% l’accepteront car ils n’ont en fait pas le choix. Donc vos chiffres en la matière reflètent un a priori peu fondé et qui sera tranché dans quelques jours.
    Pour le reste, la poursuite du discours sur l’inévitable faillite de la Grèce, suivie de celle de la France notamment … des Allemands fous de rage de ne pas être remboursés, … et j’en passe, .. . sonnent comme une frustration de ne pas voir les prévisions de 2011 sur la fin de l’Euro se réaliser. En tout cas, on s’éloigne du sérieux et de la lucidité de la plupart de vos analyses. Analysez la baisse des taux d’emprunts des pays périphériques de la zone Euro pour vous en convaincre.
    Il faut s’adapter à la réalité même si elle déplaît. La zone Euro a enfin mis un coup d’arrêt durable à la spirale de l’endettement grec. Les Grecs ne s’y trompent pas d’ailleurs qui soutiennent très largement le plan et ont bien identifié leurs dirigeants (et pas l’Europe) comme les responsables de cette crise (voir les sondages récents à ce sujet). De la même manière, les dirigeants de la zone Euro ne font pas confiance à ces mêmes dirigeants et ont donc mis la Grèce sous tutelle. Ce qui est la moindre des choses vu le processus délirant auquel ont présidé les élites de ce pays depuis plus de 30 ans.
    Quand l’UE s’est élargie aux pays de l’Est, ils ont aussi été mis de facto sous tutelle pendant une décennie, pour réformer leur économie, leur système politique, juridique, … . Et les “belles voix” qui aujourd’hui sont prêtes à mourir pour le peuple grec (qui ne leur demande rien d’ailleurs) trouvaient cela très normal à l’époque.
    On entre maintenant dans un processus de dix ans pour transformer la Grèce en état moderne, partie prenante de la zone Euro (donc co-dépendant des autres pays de la zone). Ce sera long et difficile certes. Mais là encore, imaginer une sortie de crise sans problèmes pour les Grecs, relèverait d’une croyance dans la magie.
    C’est vraiment une nouvelle ère de l’intégration européenne qui s’ouvre avec la finalisation de ce plan de sauvetage de la Grèce, et le nouveau traité européen. Et ça n’est plus du “si”, du “quand” … c’est désormais un fait. Il y aura de nombreux problèmes sur le chemin bien entendu; mais ça fait partie de la vie des peuples. Et aux peuples de s’occuper de contrôler demain les nouveaux instruments de pouvoir européens qui se créent sous nos yeux.
    Pour ce faire, des sites comme le vôtre, apportant une information décryptée et rationnelle sont très importants. Mais attention à ne pas vous laissez emporter par la subjectivité, ni par un petit nombre de contributeurs réguliers de votre forum (qui ne représentent qu’une infime partie de vos lecteurs). Ceux-là sont toujours prêts à parler haut et fort, pour faire croire qu’ils ont la vérité révélée alors que souvent, ils ne véhiculent que clichés et préjugés sans valeur pour comprendre les évènements en cours.
    Dernière remarque : sur un plan strictement opérationnel, la “crise de l’Euro” et la “faillite grecque” ne feront plus recette dans le public. On le constate déjà depuis quelques semaines. Signe que les gens se sont rendus compte que ces peurs n’ont plus de fondement. Seuls les anti-Européens professionnels vont tenter encore quelques mois de s’attacher à ce qui aura été l’un de leur “grand moment”. Pour les autres, qui ne sont ni pro, ni anti européens, la question est ‘que va-t-il se passer en Europe et ailleurs?”.
    Et votre site se doit de les aider à comprendre, à visualiser les éléments de ce qui va se jouer. sans a priori.
    Bonne continuation.
    Un lecteur fidèle … mais attentif! -)
     
     


  19. fed Le 21 février 2012 à 17h51
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    Bonjour,
     
    Je suis d’accord avec vous concernant le manque de démocratie actuelle. Je ne sais pas si vous vivez cela comme moi mais :
    - autour de moi (dont beaucoup de personnes ayant fait des études), les gens me regardent comme un fou quand je parle de viol de la démocratie,
    - pour eux, les grecs l’ont mérité, ils ont truqué et ne payent pas d’impôts. Bref, les français boivent ce qu’ils veulent de ce que les médias veulent aussi leur dire. Chacun prend l’info comme cela l’arrange.
    -la corruption : bof, ca a toujours existé, c’est pas grave sur un ton un brin fataliste.
     
    En gros, les gens s’en foutent tant que cela ne change pas leur quotidien. Je leur dis que l’on va être impacté assez vite. Alors là, la plupart baisse les yeux, déni total, c’est pas possible. Quand j’étaye mon discours, beaucoup changent de sujet de conversation… C’est tout simplement hallucinant, des veaux!!!
    Je ne parle même pas de ceux qui n’y comprennent rien et pour qui, c’est la faute de l’arabe du coin qu’ils n’ont d’ailleurs jamais croisé dans la rue ou du chômeur fainéant…
     
     
     


    • bizbee Le 22 février 2012 à 12h54
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      C’est tout simplement hallucinant, des veaux!!!

      Si vous espérez ouvrir leurs œillères, il est fort probable que ce n’est pas en les considérant ainsi que vous y parviendrez. Persévérez, en expliquant les conséquences sur leur petite épargne, ils vont ptètre s’y intéresser…


  20. Marcus Le 21 février 2012 à 17h53
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    Il paraît que le 1 an grec est à ….. 700 %….
    Voilà un plan qui marche…


    • step Le 21 février 2012 à 19h01
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      j’ose même pas calculer la probabilité de défaut associée


  21. ykpaiha Le 21 février 2012 à 18h15
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    Un petit scenario a la mode Russe.(mode perplexe 1918)
    On laisse une banque centrale, prendre en compte l’intégralité des dettes de la zone.
    Le dit Euro se fout en l’air … l’europe rend la “liberté” aux peuples asservis a la dite communauté.
    Qui ira payer les dettes/obligations d’une  BC qui n’existera plus ?…


  22. GALAGER Le 21 février 2012 à 18h43
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    Merçi pour l’explication. Fort heureusement non relayée par les médias (en sont-ils?).


  23. Patrick Luder Le 21 février 2012 à 20h18
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    C’est tout faux et pas sérieux …

    Sur 10 millions de Grecs, moins les enfants, les vieux, les chômeurs et ceux qui vivent aux crochets de l’état, il y a 2 millions de travailleurs avec un SMIC de 500 Euros. Dette globale et intérêts 500 milliards. A supposer que ces rescapés travaillent uniquement pour rembourser dette et intérêts, sans manger ni boire, ni se loger ni faire vivre leur famille, ils en auraient au moins pour 40 ans. Courage les potes, d’autres avant vous ont eu une si longue épreuve J


  24. BA Le 21 février 2012 à 20h41
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    Mardi 21 février 2012 :
     
    Après 110 milliards d’euros d’aide en mai 2010, voici donc le deuxième plan d’aide à la Grèce : 230 milliards d’euros. 
     
    Dans le détail : 117 milliards d’aide directe des Etats (via le FESF, qui va donc devoir lever cette somme sur les marchés…), 13 milliards d’aide du FMI (à confirmer), 100 milliards d’abandon de créance de la part des banques, des assurances et des fonds d’investissement. Soit 230 milliards au total, auxquels on pourrait rajouter 12 milliards d’intérêts que la BCE abandonne. 
     
    Le montant des deux plans s’élève donc à 340 milliards d’euros, sans que la Grèce ne voit le bout du tunnel, au contraire. La volonté des dirigeants européens est toujours de maintenir la Grèce dans la zone euro, ce qui est absurde tant chacun comprend que cela n’est pas viable économiquement. 
     
    On note cependant que ces 130 milliards d’aide seront déposés sur un compte dédié, c’est-à-dire dont l’activation ne pourra pas se faire sans l’accord de l’Europe. Ceci peut préluder à une prochaine sortie de la Grèce de la zone euro : un compte alimenté par le FESF garantit la dette émise en euro, ce qui permettrait de sortir le pays sans effet de contagion… Ce sera sans doute le troisième plan.
     
    Philippe Herlin, chercheur en Finance, chargé de cours (Décisions financières, GFN 140) au Conservatoire National des Arts et Métiers.
     
    link to ladettedelafrance.blogspot.com


  25. JPS1827 Le 21 février 2012 à 23h38
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    Une interview de Roberto Lavagna, plus simple et plus résumé que celui qu’avait déjà publié Olivier sur ce blog :
    link to liberation.fr


  26. Croucrou Le 23 février 2012 à 15h37
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    Bonjour,
    une petite remarque de vocabulaire à propos de cet article très intéressant, mais bien ardu pour mes neurones réfractaires à l’économie.
     
    “En fait, ces nouvelles obligations ayant un taux faible, cela revient au final à une perte d’environ 70 % pour les créanciers privés.”
    Ce n’est pas une perte, c’est un manque à gagner. Que je sache s’ils continuent à percevoir des intérêts (même faibles), leur capital n’est pas diminué.
    Me trompe-je ?
    Cordialement


  27. prb Le 23 février 2012 à 18h28
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    Ce qui est appelé “aide” est en fait des prêts, qui sont affectés directement au remboursement des dettes existantes lorsqu(‘elles deviennent échues. C’est juste’ une façon de rééchelonner pour éviter le défaut. Mais pendant ce temps les intérêts s’accumulent….


  28. Delphin Le 25 février 2012 à 17h48
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    Bonjour Olivier Berruyer,
    Approchant la soixantaine, je commence à avoir une certaine expérience des débats oraux et écrits.
    Des arguments s’affrontent ou se rejoignent et c’est tant mieux pour la compréhension de sujets souvents ardus parce qu’obscurs et tortueux.
    Il y a pourtant une catégorie d’arguments qui me pose problème : celle dont l’intention manifeste est d’essayer de déstabiliser son interlocuteur en s’attaquant à sa neutralité, sa sincérité, voire sa probité :
    L’interpellation de tcherno1000 en est un impressionnant concentré. IL vous accuse ainsi :
    - De manquer de sérieux (“on s’éloigne du sérieux de la plupart de vos analyse”)
    - De ne pas être lucide (“on s’éloigne de la lucidité de la plupart de vos analyses”)
    - De vous appuyer sur des a prioris ( “Donc vos chiffres en la matière reflètent un a priori peu fondé…”)
    - D’éprouver de la frustration masquée (“. sonnent comme une frustration de ne pas voir les prévisions de 2011 sur la fin de l’Euro se réaliser”)
    - De manquer de crédibilité (” Vos estimations sur le nombre de créanciers privés qui vont refuser le deal sont peu crédibles.”)
    - D’être même manipulateur (“tous ces graphiques et ces calculs me paraissent pour une fois très manipulateurs.”)
    - D’être en dehors de la réalité (” Il faut s’adapter à la réalité même si elle déplaît”)
    - D’extrapoler subjectivement (” Pour vos chiffrages, il faut s’en tenir aux faits, pas aux suppositions infondées.”)
    - De faire preuve de subjectivité (“. Mais attention à ne pas vous laissez emporter par la subjectivité”)
    - De faire preuve de suivisme (“. Mais attention à ne pas vous laissez emporter par un petit nombre de contributeurs réguliers de votre forum (qui ne représentent qu’une infime partie de vos lecteurs”)
    - Et le plus tordu : d’être décevant (“. En tout cas, on s’éloigne du sérieux et de la lucidité de la plupart de vos analyses.”).
    Cet étalage de vains reproches moralisateurs serait simplement risible, s’il ne visait finalement à tenter de  faire taire en  culpabilisant. 
    J’imagine le découragement qui peut saisir, quand on travaille d’arrache pied pour mettre à disposition du plus grand nombre, des informations auxquelles ce plus grand nombre n’a habituellement pas accès, c’est à dire faire oeuvre de démocratie et qu’on se trouve en nécessité de se défendre face à un océan de mauvaise foi moralisatrice.
    En espérant vous avoir fait sourire, vous le méritez bien, ceci était également une façon de vous remercier du travail remarquable de bonne vulgarisation que vous accomplissez.
    Amicalement,
    Delphin
     


  29. Parménide Le 27 février 2012 à 09h00
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    Merci à Delphin pour ce post, c’est exactement ce que je ressens depuis 10 ans : un interlocuteur se met en position de hauteur pour vous discréditer personnellement sans avoir à argumenter sérieusement sur le fond. En d’autres temps, on vous qualifiait d’anticommuniste primaire et viscéral ou de salaud de bourgeois…
    Les dialogues entre les personnes sont actuellement paralysés par des attaques personnelles n’ayant pas de rapport avec les sujets discutés.


  30. TZYACK Le 21 février 2012 à 18h26
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    Olivier, bravo et merci pour votre énorme travail bénévole et très formateur que je suis avec plaisir depuis quelques semaines.
    Questions :
    Pourquoi, depuis quand et qui a acheté des CDS “nus” sur la Grèce ?
    Serait-ce un délit d’initiés ou une conspiration financière des cartels bancaires ?


  31. Wilmotte Karim Le 21 février 2012 à 19h14
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    Ca va être drôle pour ceux qui on acheté de la dette grecque et des CDS couvert par des banques Grecques. Pertes sur tout les tableaux?


  32. step Le 21 février 2012 à 18h56
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    c’est à priori opaque. Une des grandes questions justement est ‘ou sont les CDS’. Qui en détient, qui doit les payer.


  33. Tycer Le 21 février 2012 à 19h41
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    LOL…


  34. tcherno1000 Le 22 février 2012 à 11h52
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    Bonjour Olivier,
    Sur les dettes privées, je maintiens ce que je dis. 99% au moins accepteront le deal car ils préfèreront assurer une perte connue que prendre le risque d’une perte totale. Aucun ne sera sûr de récupérer quoique ce soit s’il n’accepte pas l’échange proposé. Lisez à ce sujet la déclaration du patron de l’IIF qui a négocié pour les créanciers privés : link to marketwatch.com
    Pour vos chiffrages, il faut s’en tenir aux faits, pas aux suppositions infondées.
    Et je maintiens aussi que l’Europe place la Grèce sous une tutelle d’une décennie. Cela vous choque peut-être; mais c’est une réalité aussi.
    Vous avez raison sur le fait qu’il y aura d’autres faillites de pays à venir, mais probablement pas dans la zone Euro car les mécanismes se mettent en place. On n’est plus en 2010.
    Cordialement
    Tcherno1000


  35. Croucrou Le 23 février 2012 à 18h43
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    Merci de votre réponse,
    si je puis me permettre de solliciter un autre éclaircissement : qu’entend-on par comptabilisation actuelle des obligations ?
    La valeur des obligations aurait-elle diminuée par rapport à leur valeur d’achat ?
    PS
    Attention je suis un béotien, je n’ai jamais fait d’économie, ni de comptabilité.


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