Le 9 octobre 2010, disparaissait Maurice Allais à l’âge respectable de 99 ans, qui avait tout annoncé…

Maurice AllaisC’était le seul prix Nobel d’économie français. Né le 31 mai 1911, il part aux États-Unis dès sa sortie (major X31) de Polytechnique en 1933 pour étudier in situ la Grande Dépression qui a suivi la Crise de 1929. Ironie de l’histoire, il a ainsi pu réaliser une sorte de “jonction” entre les deux Crises majeures du siècle. Son analyse, percutante et dérangeante, n’a malheureusement pas été entendue faute de relais.

Fervent libéral, économiquement comme politiquement, il s’est férocement élevé contre le néo-conservatisme des années 1980, arguant que le libéralisme ne se confondait pas avec une sortie de “toujours mois d’État, toujours plus d’inégalités” – qui est même finalement la définition de l’anarchisme. On se souviendra de sa dénonciation du “libre-échangiste mondialiste, idéologie aussi funeste qu’erronée” et de la “chienlit mondialiste laissez-fairiste”. Il aimait à se définir comme un “libéral socialiste” – définition que j’aime beaucoup à titre personnel.

Il a passé les dernières années de sa vie à promouvoir une autre Europe, bien loin de ce qu’il appelait “l’organisation de Bruxelles”, estimant que la construction européenne avait pervertie avec l’entrée de la Grande-Bretagne puis avec l’élargissement à l’Europe de l’Est.

RIP

Lettre aux français : “Contre les tabous indiscutés”

Le 5 décembre 2009, le journal Marianne a publié le testament politique de Maurice Allais, qu’il a souhaité rédiger sous forme d’une Lettre aux Français.

Je vous conseille de le lire, il est assez court et clair. Je le complète par divers autres textes surtout pour les personnes intéressées – même si cela alourdit le billet.

Maurice Allais

Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. Et c’est précisément à ce titre de libéral que je m’autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d’un libre-échangisme appliqué aveuglément.

Le fondement de la crise : l’organisation du commerce mondial

La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme » , dénonciation absurde à chaque fois qu’elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d’être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j’ai par le passé nommé « des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années » (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l’actuelle crise : l’organisation du commerce mondial, qu’il faut réformer profondément, et prioritairement à l’autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe. Il suffit au lecteur de s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres – si ce n’est des écarts plus importants encore – pour constater que la concurrence n’est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d’œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.

Il faut délocaliser Pascal Lamy !

Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l’ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : « Aujourd’hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu’ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 » et qu’il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m’apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !

Plus concrètement, les règles à dégager sont d’une simplicité folle : du chômage résulte des délocalisations, elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires… À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d’une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.

Un protectionnisme raisonné et raisonnable

Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s’unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l’est de l’Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d’Afrique ou d’Amérique latine.

L’absence d’une telle protection apportera la destruction de toute l’activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu’avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l’industrie française finira par partir à l’extérieur. Il m’apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services.

De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle ». Qu’il y ait des mouvements qui se généralisent, j’en suis d’accord, mais ce terme de « bulle » me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L’essentiel du chômage que nous subissons —tout au moins du chômage tel qu’il s’est présenté jusqu’en 2008 — résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l’échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu’une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l’est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.

Crise et mondialisation sont liées

Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu’une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu’est la libéralisation nocive des échanges internationaux, Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c’est une erreur folle.

Pour ma part, j’ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s’en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s’étonner des conséquences !

Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n’ont bénéficié que d’un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s’interroger.

Un prix Nobel… téléspectateur

Les commentateurs économiques que je vois s’exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l’actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n’avaient pas annoncé l’arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n’étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j’annonçais, et j’écrivais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accompagnée d’un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n’ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j’ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j’assistais en téléspectateur le message que j’étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n’est venue d’aucune chaîne de télévision et ce durant des années.

Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d’autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel… téléspectateur, Je me retrouve face à ce qu’affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu’il faut faire. Alors qu’en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j’avais constatée lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd’hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d’autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.

Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent. Des intérêts qui souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.

Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu’aux sphères de la politique.

Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu’un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?

Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu’elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d’une profonde incompréhension de la réalité économique ? S’agit-il seulement de leur part d’ignorance ? C’est possible pour un certain nombre d’entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs.

Maurice Allais.

_________________
(1) L’Europe en crise. Que faire ?, éditions Clément Juglar. Paris, 2005.
(2) Notamment La crise mondiale aujourd’hui, éditions Clément Juglar, 1999, et la Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique, éditions Clément Juglar, 1999.

NB : vous pouvez télécharger cet article ici.

Maurice Allais

Présentation par Marianne

Le Prix Nobel iconoclaste et bâillonné

La « Lettre aux Français » que le seul et unique prix Nobel d’économie français a rédigée pour Marianne aura-t-elle plus d’écho que ses précédentes interventions ? Il annonce que le chômage va continuer à croître en Europe, aux États-Unis et dans le monde développé. Il dénonce la myopie de la plupart des responsables économiques et politiques sur la crise financière et bancaire qui n’est, selon lui, que le symptôme spectaculaire d’une crise économique plus profonde : la déréglementation de la concurrence sur le marché mondial de la main-d’œuvre. Depuis deux décennies, cet économiste libéral n’a cessé d’alerter les décideurs, et la grande crise, il l’avait clairement annoncée il y a plus de dix ans.

Éternel casse-pieds

Mais qui connaît Maurice Allais, à part ceux qui ont tout fait pour le faire taire ? On savait que la pensée unique n’avait jamais été aussi hégémonique qu’en économie, la gauche elle-même ayant fini par céder à la vulgate néolibérale. On savait le sort qu’elle réserve à ceux qui ne pensent pas en troupeau. Mais, avec le cas Allais, on mesure la capacité d’étouffement d’une élite habitée par cette idéologie, au point d’ostraciser un prix Nobel devenu maudit parce qu’il a toujours été plus soucieux des faits que des cases où il faut savoir se blottir.

« La réalité que l’on peut constater a toujours primé pour moi. Mon existence a été dominée par le désir de comprendre ce qui se passe, en économie comme en physique ». Car Maurice Allais est un physicien venu à l’économie à la vue des effets inouïs de la crise de 1929. Dès sa sortie de Polytechnique, en 1933, il part aux États-Unis. « C’était la misère sociale, mais aussi intellectuelle : personne ne comprenait ce qui était arrivé. » Misère à laquelle est sensible le jeune Allais, qui avait réussi à en sortir grâce à une institutrice qui le poussa aux études : fils d’une vendeuse veuve de guerre, il a, toute sa jeunesse, installé chaque soir un lit pliant pour dormir dans un couloir. Ce voyage américain le décide à se consacrer à l’économie, sans jamais abandonner une carrière parallèle de physicien reconnu pour ses travaux sur la gravitation. Il devient le chef de file de la recherche française en économétrie, spécialiste de l’analyse des marchés, de la dynamique monétaire et du risque financier. Il rédige, pendant la guerre, une théorie de l’économie pure qu’il ne publiera que quarante ans plus lard et qui lui vaudra le prix Nobel d’économie en 1988. Mais les journalistes japonais sont plus nombreux que leurs homologues français à la remise du prix : il est déjà considéré comme un vieux libéral ringardisé par la mode néolibérale.

Car, s’il croit à l’efficacité du marché, c’est à condition de le « corriger par une redistribution sociale des revenus illégitimes ». Il a refusé de faire partie du club des libéraux fondé par Friedrich von Hayek et Milton Friedman : ils accordaient, selon lui, trop d’importance au droit de propriété… « Toute ma vie d’économiste, j’ai vérifié la justesse de Lacordaire : entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la règle qui libère”, précise Maurice Allais, dont Raymond Aron avait bien résumé la position : « Convaincre des socialistes que le vrai libéral ne désire pas moins qu’eux la justice sociale, et des libéraux que l’efficacité de l’économie de marché ne suffit plus à garantir une répartition acceptable des revenus. » Il ne convaincra ni les uns ni les autres, se disant « libéral et socialiste ».

Éternel casse-pieds inclassable. Il aura démontré la faillite économique soviétique en décryptant le trucage de ses statistiques. Favorable à l’indépendance de l’Algérie, il se mobilise en faveur des harkis au point de risquer l’internement administratif. Privé de la chaire d’économie de Polytechnique car trop dirigiste, « je n’ai jamais été invité à l’ENA, j’ai affronté des haines incroyables ! » Après son Nobel, il continue en dénonçant « la chienlit laisser-fairiste » du néolibéralisme triomphant. Seul moyen d’expression : ses chroniques touffues publiées dans le Figaro, où le protège Alain Peyrefitte. À la mort de ce dernier, en 1999, il est congédié comme un malpropre.

Il vient de publier une tribune alarmiste dénonçant une finance de « casino» : « L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile, jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais, sans doute, il est devenu plus difficile d’y faire face, jamais, sans doute, une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général. » Propos développés l’année suivante dans un petit ouvrage très lisible* qui annonce l’effondrement financier dix ans à l’avance. Ses recommandations en faveur d’un protectionnisme européen, reprises par Chevènement et Le Pen, lui valurent d’être assimilé au diable par les gazettes bien-pensantes. En 2005, lors de la campagne sur le référendum européen, le prix Nobel veut publier une tribune expliquant comment Bruxelles, reniant le marché commun en abandonnant la préférence communautaire, a brisé sa croissance économique et détruit ses emplois, livrant l’Europe au dépeçage industriel : elle est refusée partout, seule l’Humanité accepte de la publier…

Aujourd’hui, à 98 ans, le vieux savant pensait que sa clairvoyance serait au moins reconnue. Non, silence total, à la notable exception du bel hommage que lui a rendu Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde. Les autres continuent de tourner en rond, enfermés dans leur « cercle de la raison » •

Éric Conan

* La Crise mondiale aujourd’hui, éditions Clément Juglar, 1999.

Source : Marianne, n°659, décembre 2009.

Maurice Allais

Extraits choisis

J’ai repris certains de ces extraits dans mon livre STOP ! Tirons les leçons de la Crise.

« Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux. Suivant cette doctrine, la disparition de tous les obstacles à ces mouvements serait une condition à la fois nécessaire et suffisante d’une allocation optimale des ressources à l’échelle mondiale. Tous les pays et, dans chaque pays, tous les groupes sociaux verraient leur situation améliorée. Le marché, et le marché seul, était considéré comme pouvant conduire à un équilibre stable, d’autant plus efficace qu’il pouvait fonctionner à l’échelle mondiale. En toutes circonstances, il convenait de se soumettre à sa discipline. […]

Les partisans de cette doctrine, de ce nouvel intégrisme, étaient devenus aussi dogmatiques que les partisans du communisme avant son effondrement définitif avec la chute du Mur de Berlin en 1989. […]

Suivant une opinion actuellement dominante, le chômage, dans les économies occidentales, résulterait essentiellement de salaires réels trop élevés et de leur insuffisante flexibilité, du progrès technologique accéléré qui se constate dans les secteurs de l’information et des transports, et d’une politique monétaire jugée indûment restrictive.

En fait, ces affirmations n’ont cessé d’être infirmées aussi bien par l’analyse économique que par les données de l’observation. La réalité, c’est que la mondialisation est la cause majeure du chômage massif et des inégalités qui ne cessent de se développer dans la plupart des pays. Jamais, des erreurs théoriques n’auront eu autant de conséquences aussi perverses. […]

La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme », dénonciation absurde à chaque fois qu’elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d’être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j’ai par le passé nommé « des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années ». Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres.

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorancede l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe. Il suffit au lecteur de s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres – si ce n’est des écarts plus importants encore – pour constater que la concurrence n’est pas viable dans la grande majorité des cas.

Toute cette analyse montre que la libéralisation totale des mouvements de biens, de services et de capitaux à l’échelle mondiale, objectif affirmé de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à la suite du GATT, doit être considérée à la fois comme irréalisable, comme nuisible, et comme non souhaitable. […]

Plus concrètement, les règles à dégager sont d’une simplicité folle : du chômage résulte des délocalisations, elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires… À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. […]

En fait, on ne saurait trop le répéter, la libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible et n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux, groupant des pays économiquement et politiquement associés, de développement économique et social comparable, tout en assurant un marché suffisamment large pour que la concurrence puisse s’y développer de façon efficace et bénéfique. […]

Chaque organisation régionale doit pouvoir mettre en place dans un cadre institutionnel, politique et éthique approprié une protection raisonnable vis-à-vis de l’extérieur. Cette protection doit avoir un double objectif :

– éviter les distorsions indues de concurrence et les effets pervers des perturbations extérieures;

– rendre impossibles des spécialisations indésirables et inutilement génératrices de déséquilibres et de chômage, tout à fait contraires à la réalisation d’une situation d’efficacité maximale à l’échelle mondiale, associée à une répartition internationale des revenus communément acceptable dans un cadre libéral et humaniste.

Dès que l’on transgresse ces principes, une mondialisation forcenée et anarchique devient un fléau destructeur, partout où elle se propage. […]

L’absence d’une telle protection apportera la destruction de toute l’activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu’avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l’industrie française finira par partir à l’extérieur. Il m’apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts […]. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services. »

« En réalité, ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification. […]

Au nom d’un pseudo-libéralisme, et par la multiplication des déréglementations, s’est installée peu à peu une espèce de chienlit mondialiste laissez-fairiste. Mais c’est là oublier que l’économie de marché n’est qu’un instrument et qu’elle ne saurait être dissociée de son contexte institutionnel et politique et éthique. Il ne saurait être d’économie de marché efficace si elle ne prend pas place dans un cadre institutionnel et politique approprié, et une société libérale n’est pas et ne saurait être une société anarchique.

Cette domination se traduit par un incessant matraquage de l’opinion par certains médias financés par de puissants lobbies plus ou moins occultes. Il est pratiquement interdit de mettre en question la mondialisation des échanges comme cause du chômage.

Personne ne veut, ou ne peut, reconnaître cette évidence : si toutes les politiques mises en œuvre depuis trente ans ont échoué, c’est que l’on a constamment refusé de s’attaquer à la racine du mal, la libéralisation mondiale excessive des échanges. Les causes de nos difficultés sont très nombreuses et très complexes, mais une d’elles domine toutes les autres : la suppression progressive de la Préférence Communautaire à partir de 1974 par “l’Organisation de Bruxelles” à la suite de l’entrée de la Grande Bretagne dans l’Union Européenne en 1973.

La mondialisation de l’économie est certainement très profitable pour quelques groupes de privilégiés. Mais les intérêts de ces groupes ne sauraient s’identifier avec ceux de l’humanité tout entière. Une mondialisation précipitée et anarchique ne peut qu’engendrer partout instabilité, chômage, injustices, désordres, et misères de toutes sortes, et elle ne peut que se révéler finalement désavantageuse pour tous les peuples.»

« En réalité, l’économie mondialiste qu’on nous présente comme une panacée ne connaît qu’un seul critère, “l’argent”. Elle n’a qu’un seul culte, “l’argent”. Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire elle-même.

Partout se manifeste une régression des valeurs morales, dont une expérience séculaire a montré l’inestimable et l’irremplaçable valeur. Le travail, le courage, l’honnêteté ne sont plus honorés. La réussite économique, fondée trop souvent sur des revenus indus, ne tend que trop à devenir le seul critère de la considération publique.

En engendrant des inégalités croissantes et la suprématie partout du culte de l’argent avec toutes ses implications, le développement d’une politique de libéralisation mondialiste anarchique a puissamment contribué à accélérer la désagrégation morale des sociétés occidentales. »

[Maurice Allais, extraits rédigés entre 1990 et 2009]

Maurice Allais« Cette doctrine [la « chienlit mondialiste laissez-fairiste »] a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique. La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits.

Cette évolution s’est accompagnée d’une multiplication de sociétés multinationales ayant chacune des centaines de filiales, échappant à tout contrôle, et elle ne dégénère que trop souvent dans le développement d’un capitalisme sauvage et malsain. […]

Cette ignorance [des ressorts véritables de la crise actuelle par les « experts » officiels] et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent. Des intérêts qui souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale. » [Maurice Allais, 1998 et 2009]

 

L’analyse de Maurice Allais sur la création monétaire

 « En fait, sans la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo que permet le système du crédit, jamais les hausses extraordinaires des cours de bourse que l’on constate avant les grandes crises ne seraient possibles, car à toute dépense consacrée à l’achat d’actions, par exemple, correspondrait quelque part une diminution d’un montant équivalent de certaines dépenses, et tout aussitôt se développeraient des mécanismes régulateurs tendant à enrayer toute spéculation injustifiée.

Qu’il s’agisse de la spéculation sur les monnaies ou de la spéculation sur les actions, ou de la spéculation sur les produits dérivés, le monde est devenu un vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et les enchères, auxquelles participent des millions de joueurs, ne s’arrêtent jamais. Aux cotations américaines se succèdent les cotations à Tokyo et à Hongkong, puis à Londres, Francfort et Paris.

Partout, la spéculation est favorisée par le crédit puisqu’on peut acheter sans payer et vendre sans détenir. On constate le plus souvent une dissociation entre les données de l’économie réelle et les cours nominaux déterminés par la spéculation.

Sur toutes les places, cette spéculation, frénétique et fébrile, est permise, alimentée et amplifiée par le crédit. Jamais dans le passé elle n’avait atteint une telle ampleur.

L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général.

Toutes les difficultés rencontrées résultent de la méconnaissance d’un fait fondamental, c’est qu’aucun système décentralisé d’économie de marchés ne peut fonctionner correctement si la création incontrôlée ex-nihilo de nouveaux moyens de paiement permet d’échapper, au moins pour un temps, aux ajustements nécessaires. […]

Au centre de toutes les difficultés rencontrées, on trouve toujours, sous une forme ou une autre, le rôle néfaste joué par le système actuel du crédit et la spéculation massive qu’il permet. Tant qu’on ne réformera pas fondamentalement le cadre institutionnel dans lequel il joue, on rencontrera toujours, avec des modalités différentes suivant les circonstances, les mêmes difficultés majeures. Toutes les grandes crises du XIXe et du XXe siècle ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation.

Particulièrement significative est l’absence totale de toute remise en cause du fondement même du système de crédit tel qu’il fonctionne actuellement, savoir la création de monnaie ex-nihilo par le système bancaire et la pratique généralisée de financements longs avec des fonds empruntés à court terme.

En fait, sans aucune exagération, le mécanisme actuel de la création de monnaie par le crédit est certainement le “cancer” qui ronge irrémédiablement les économies de marchés de propriété privée. […]

Que les bourses soient devenues de véritables casinos, où se jouent de gigantesques parties de poker, ne présenterait guère d’importance après tout, les uns gagnant ce que les autres perdent, si les fluctuations générales des cours n’engendraient pas, par leurs implications, de profondes vagues d’optimisme ou de pessimisme qui influent considérablement sur l’économie réelle. […] Le système actuel est fondamentalement anti-économique et défavorable à un fonctionnement correct des économies. Il ne peut être avantageux que pour de très petites minorités. »

[Maurice Allais, La Crise mondiale d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, 1998]

« Ce qui, pour l’essentiel, explique le développement de l’ère de prospérité générale, aux États-Unis et dans le monde, dans les années qui ont précédé le krach de 1929, c’est l’ignorance, une ignorance profonde de toutes les crises du XIXème siècle et de leur signification réelle. En fait, toutes les grandes crises des XIXème et XXème siècles ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation. Partout et à toute époque, les mêmes causes génèrent les mêmes effets et ce qui doit arriver arrive. » [Maurice Allais]


« Ce livre est dédié aux innombrables victimes dans le monde entier de l’idéologie libre-échangiste mondialiste, idéologie aussi funeste qu’erronée, et à tous ceux que n’aveugle pas quelque passion partisane. » [Maurice Allais, prix Nobel d’économie en 1988, préface de La mondialisation : La destruction des emplois et de la croissance, l’évidence empirique, 1999]


Le libéralisme contre le laissez-fairisme

« Les premiers libéraux ont commis une erreur fondamentale en soutenant que le régime de laisser-faire constituait un état économique optimum. » [Maurice Allais, Traité d’économie pure, 1943]

« Le libéralisme ne saurait se réduire au laissez-faire économique ; c’est avant tout une doctrine politique, et le libéralisme économique n’est qu’un moyen permettant à cette politique de s’appliquer efficacement dans le domaine économique. Originellement, d’ailleurs, il n’y avait aucune contradiction entre les aspirations du socialisme et celles du libéralisme.

La confusion actuelle du libéralisme et du laissez-fairisme constitue un des plus grands dangers de notre temps. Une société libérale et humaniste ne saurait s’identifier à une société laxiste, laissez-fairiste, pervertie, manipulée, ou aveugle.

La confusion du socialisme et du collectivisme est tout aussi funeste.

En réalité, l’économie mondialiste qu’on nous présente comme une panacée ne connait qu’un critère, “l’argent”. Elle n’a qu’un seul culte, “l’argent”. Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire elle-même.

Les perversions du socialisme ont entrainé l’effondrement des sociétés de l’Est. Mais les perversions laissez-fairistes d’un prétendu libéralisme mènent à l’effondrement des sociétés occidentales. » [Maurice Allais, Nouveaux combats pour l’Europe, 2002]

« Une proposition enseignée et admise sans discussion dans toutes les universités américaines et à leur suite dans toutes les universités du monde entier : “Le fonctionnement libre et spontané du marché conduit à une allocation optimale des ressources”.

C’est là le fondement de toute la doctrine libre-échangiste dont l’application aveugle et sans réserve à l’échelle mondiale n’a fait qu’engendrer partout désordres et misères de toutes sortes.

Or, cette proposition, admise sans discussion, est totalement erronée, et elle-ne fait que traduire une totale ignorance de la théorie économique chez tous ceux qui l’ont enseignée en la présentant comme une acquisition fondamentale et définitivement établie de la science économique.

Cette proposition repose essentiellement sur la confusion de deux concepts différents : le concept d’efficacité maximale de l’économie et le concept d’une répartition optimale des revenus.

En fait, il n’y a pas une situation d’efficacité maximale, mais une infinité de telles situations. La théorie économique permet de définir sans ambiguïté les conditions d’une efficacité maximale, c’est-à-dire d’une situation sur la frontière entre les situations possibles et les situations impossibles. Par contre et par elle-même, elle ne permet en aucune façon de définir parmi toutes les situations d’efficacité maximale celle qui doit être considérée comme préférable. Ce choix ne peut être effectué qu’en fonction de considérations éthiques et politiques relatives à la répartition des revenus et à l’organisation de la société.

De plus, il n’est même pas démontré qu’à partir d’une situation initiale donnée le fonctionnement libre des marchés puisse mener le monde à une situation d’efficacité maximale.
Jamais des erreurs théoriques n’auront eu autant de conséquences aussi perverses. » [Maurice Allais, Discours à l’UNESCO du 10 avril 1999]


La théorie contre les faits

« C’est toujours le phénomène concret qui décide si une théorie doit être acceptée ou repoussée. Il n’y a pas, et il ne peut y avoir d’autre critère de la vérité d’une théorie que son accord plus ou moins parfait avec les phénomènes observés. Trop d’experts n’ont que trop tendance à ne pas tenir compte des faits qui viennent contredire leurs convictions.

À chaque époque, les conceptions minoritaires n’ont cessées d’être combattues et rejetées par la puissance tyrannique des “vérités établies”. De tout temps, un fanatisme dogmatique et intolérant n’a cessé de s’opposer aux progrès de la science et à la révision des postulats correspondant aux théories admises et qui venaient les invalider. […] En fait, le consentement universel, et a fortiori celui de la majorité, ne peuvent jamais être considérés comme des critères de la vérité. En dernière analyse, la condition essentielle du progrès, c’est une soumission entière aux enseignements de l’expérience, seule source réelle de notre connaissance. […]

Tôt ou tard, les faits finissent par l’emporter sur les théories qui les nient. La science est en perpétuel devenir. Elle finit toujours par balayer les “vérités établies”.
Depuis les années 1970, un credo s’est peu à peu imposé : la mondialisation est inévitable et souhaitable ; elle seule peut nous apporter la prospérité et l’emploi.
Bien que très largement majoritaire, cette doctrine n’a cependant cessé d’être contredite par le développement d’un chômage persistant qu’aucune politique n’a pu réduire, faute d’un diagnostic correct.

N’en doutons pas, comme toutes les théories fausses du passé, cette doctrine finira par être balayée par les faits, car les faits sont têtus. » [Maurice Allais, Nouveaux combats pour l’Europe, 2002]

« Si utiles et si compétents que puissent être les experts, si élaborés que puissent être leurs modèles, tous ceux qui les consultent doivent rester extrêmement prudents. Tout organisme qui emploie une équipe pour l’établissement de modèles prévisionnels ou décisionnels serait sans doute avisé d’en employer une autre pour en faire la critique, et naturellement de recruter cette équipe parmi ceux qui ne partagent pas tout-à-fait les convictions de la première. » [Maurice Allais, Conférence du 23/10/1967, « L’Économique en tant que Science »]

« Si les taux de change ne correspondent pas à l’équilibre des balances commerciales, le libre-échange ne peut être que nuisible et fondamentalement désavantageux pour tous les pays participants. » [Maurice Allais, Combats pour l’Europe, 1994]


Une application erronée d’une théorie correcte : la théorie des coûts comparés.

« La justification de la politique de libre-échange mondialisé de l’OMC se fonde dans ses principes sur la théorie des coûts comparés présentée par Ricardo en 1817. [NDR : elle explique que, dans un contexte de libre-échange, chaque pays, s’il se spécialise dans la production pour laquelle il dispose de la productivité la plus forte ou la moins faible, comparativement à ses partenaires, accroîtra sa richesse nationale. Ricardo donne l’exemple de l’avantage comparatif du vin pour le Portugal, et des draps pour l’Angleterre]

Mais ce modèle repose sur une hypothèse essentielle, à savoir que la structure des coûts comparatifs reste invariable au cours du temps. En fait, il n’en est ainsi que dans le cas des ressources naturelles. […] Par contre, dans le domaine industriel, aucun avantage comparatif ne saurait être considéré comme permanent. Chaque pays aspire légitimement à rendre ses industries plus efficaces, et il est souhaitable qu’il puisse y réussir. Il résulte de là que la diminution ou la disparition de certaines activités dans un pays développé en raison des avantages comparatifs d’aujourd’hui pourront se révéler demain fondamentalement désavantageuses dès lors que ces avantages comparatifs disparaitront et qu’il faudra rétablir ces activités. Tel est le cas, par exemple aujourd’hui en France de la sidérurgie, du textile, de la construction navale. […]

Même lorsqu’il existe des avantages comparatifs de caractère permanent, il peut être tout à fait contre-indiqué de laisser s’établir les spécialisations qui seraient entrainées par une politique généralisée de libre-échange. Ainsi dans le cas de l’agriculture, le libre-échange n’aurait d’autre effet que de faire disparaitre presque totalement l’agriculture de l’Union européenne [ce qui serait] de nature à compromettre son indépendance en matière alimentaire. […]

Bien plus encore, la théorie simpliste et naïve du commerce international sur laquelle s’appuient les grands gourous du libre-échange mondialiste néglige complètement les coûts externes et les coûts de transition, et elle ne tient aucun compte des coûts psychologiques, très supérieurs aux coûts monétaires, subis par tous ceux que la libéralisation des échanges condamne au chômage et à la détresse. [Maurice Allais, prix Nobel d’économie en 1988, préface de La mondialisation : La destruction des emplois et de la croissance, l’évidence empirique, 1999]


« La concurrence est naturellement malfaisante. Elle devient bienfaisante lorsqu’elle s’exerce dans le cadre juridique qui la plie aux exigences de l’optimum du rendement social. » [Maurice Allais, 1943]

« Je suis convaincu qu’aucune société ne peut longtemps survivre si trop d’injustices sont tolérées. » [Maurice Allais, La lutte contre les inégalités, le projet d’un impôt sur les grosses fortunes et la réforme de la fiscalité, 1979]


« Notre société parait évoluer lentement, mais sûrement, vers une organisation de plus en plus rigide, vers certaines formes de corporatisme, comme celles qui les ont enserrées dans leurs carcans pendant tant de siècles, et que Turgot dénonçait à la veille de la Révolution française. Elle parait se diriger presque inéluctablement vers des systèmes antidémocratiques, tout simplement parce que l’incompréhension de la nature véritable d’un ordre libéral et l’ignorance rendent son fonctionnement impossible, parce que la démocratie, telle qu’elle parait entendue aujourd’hui, mène au désordre, et que des millions d’hommes, pénétrés d’idéologies irréalisables, ne pourront survivre que dans le cadre de régimes centralisés et autoritaires.

Nous visons des temps à de nombreux points semblables à ceux qui ont précédé ou accompagné la décadence de l’empire romain. […] Aujourd’hui comme alors, des féodalités ploutocratiques, politicocratiques et technocratiques s’emparent de l’État. […] Aujourd’hui comme alors, nous assistons indifférents et sans la comprendre, à une transformation profonde de la société qui, si elle se poursuit, entrainera inévitablement la fin de notre civilisation.

Le pessimisme que peut suggérer cette analyse ne conduit pas nécessairement à l’inaction : l’avenir dépend encore, pour une large part, de ce que nous ferons. Mais ceux qui sont réellement attachés à une société libre seront-ils assez lucides, seront-ils capables d’apercevoir les sources réelles de nos maux et les moyens d’y remédier, consentiront-ils à l’effort nécessaire, d’une ampleur tout à fait exceptionnelle, qui pourrait, peut-être, sauvegarder les conditions d’une société libre ?

Le passé ne nous offre que trop d’exemples de sociétés qui se sont effondrées pour n’avoir su ni concevoir, ni réaliser les conditions de leur survie. » [Maurice Allais, conclusion de L’impôt sur le capital et la réforme monétaire, 1977]

Maurice Allais 1943

Sa dernière interview

Extraits de la dernière interview de Maurice Allais, réalisée l’été 2010 par Lise Bourdeau-Lepage et Leïla Kebir pour Géographie, économie, société, 2010/2

L’origine de mon engagement est sans conteste la crise de 1929. […] Étant sorti major de ma promotion, j’ai pu faire en sorte qu’une bourse d’étude universitaire soit attribuée à plusieurs élèves pour que nous effectuions un voyage d’étude sur place, à l’été 1933. Le spectacle sur place était saisissant. On ne pourrait se l’imaginer aujourd’hui. La misère et la mendicité était présentes partout dans les rues, dans des proportions incroyables. Mais ce qui fut le plus étonnant était l’espèce de stupeur qui avait gagné les esprits, une sorte d’incompréhension face aux évènements qui touchait non seulement l’homme de la rue mais aussi les universitaires, car notre programme de voyage comprenait des rencontres dans de grandes universités : tous nos interlocuteurs semblaient incapables de formuler une réponse. Ma vocation est venue de ce besoin d’apporter une explication, pour éviter à l’avenir la répétition de tels évènements. […] Pour moi, ce qui compte avant tout dans l’économie et la société, c’est l’homme. […]

Beaucoup de gens se sont mépris sur mon compte. Je me revendique d’inspiration à la fois libérale et sociale. Mais de nombreux observateurs ne voient qu’un seul de ces aspects, selon ce qu’ils ont envie de regarder. Par ailleurs, j’ai constamment cherché à lutter contre les idéologies dominantes, et mes combats ont évolué en fonction de l’évolution parallèle de ces dogmes successifs. Ceci explique en grande partie les incompréhensions car on n’observe alors que des bribes incomplètes. […]

{Question : Vous soutenez par exemple, à propos de l’impôt, qu’il faudrait ne pas imposer le revenu du travail mais par contre taxer complètement l’héritage. Pouvez-vous expliquer cette position qui peut paraître très iconoclaste pour bon nombre d’économistes ?}

J’ai qualifié l’impôt sur le revenu de système anti-économique et anti-social, car il est assis sur le travail physique ou intellectuel, sur l’effort, sur le courage. Il est l’expression d’une forme d’iniquité. Baser la fiscalité sur les activités créatrices de richesse est un non sens, tandis que ce que j’ai nommé les revenus « non gagnés » sont pour leur part trop protégés : à savoir par exemple l’appropriation privée des rentes foncières, lorsque la valeur ou le revenu des terrains augmente sans que cette hausse ne résulte d’un quelconque mérite de son propriétaire, mais de décisions de la collectivité ou d’un accroissement de la population. […]

Je crains que l’économie et la société aient eu durant ces dernières décennies une tendance régulière à oublier le rôle central de la morale, qui est une forme de philosophie de la vie en collectivité. […]

J’ai depuis toujours, et surtout depuis plus de vingt ans, suggéré des modifications en profondeur des systèmes financiers et bancaires, ainsi que des règles du commerce international. Il faut réformer les banques, réformer le crédit, réformer le mode de création de la monnaie, réformer la bourse et son fonctionnement aberrant, réformer l’OMC et le FMI, car tout se tient. Leur organisation actuelle est directement à l’origine non
seulement de la crise, mais des précédentes, et des suivantes si l’ont n’agit pas. Mes propositions existent et il aurait suffi de s’y référer. Mais ce qui manque est la volonté. Les gouvernements n’écoutent que les conseillers qui sont trop proches des milieux financiers ou économiques en place. On ne cherche pas à s’adresser à des experts plus indépendants. […]

Les mathématiques ont pris au fil du temps une place excessive, particulièrement dans leurs applications financières. Il ne faut pas imaginer que ceci a toujours existé. […] Mais par la suite, des économistes ont détourné ces apports, qui sont devenus des instruments pour imposer une analyse, mais sans chercher à la confronter à la réalité. De même, l’utilisation de certains modèles a causé des torts importants à Wall Street. Je rappelle d’ailleurs avoir de longue date demandé une révision de ces comportements, et par exemple l’interdiction des programmes informatiques automatiques qui sont utilisés par les financiers pour spéculer en Bourse.

Liens

Un lien vers des extraits de sa vision sur “la mondialisation, le chômage et les impératifs de l’humanisme

Vous trouverez ici une synthèse de son excellent livre de 1998 La crise mondiale d’aujourd’hui, que je vous recommande particulièrement, pour comprendre la crise actuelle (épuisé, donc à voir d’occasion).

Vous trouverez ici une synthèse de son livre L’Europe en crise

Ici un lien vers son article de 2005 : Les effets destructeurs de la Mondialisation

Épilogue

Je signale enfin que la fille de Maurice Allais travaille actuellement (avec difficultés) à la création d’une fondation afin de perpétuer le savoir du grand Maurice Allais. Elle se bat aussi pour préserver sa très riche bibliothèque de plus de 12 000 livres…

Plus d’informations sur sa page Wikipedia et sur l’Association AIRAMA qui lui est consacrée.

Maurice Allais

47 réponses à [5 ans déjà] Le testament de Maurice Allais (1911-2010)

Commentaires recommandés

Kiwixar Le 09 octobre 2015 à 07h07

Plutôt que d’imposer très fortement les très hauts revenus, pourquoi ne pas tout simplement les rendre impossibles et illégaux? Au-delà d’un certain ratio revenus min/max et capital min/max, les salaires hauts deviennent des nuisances sur tous les plans pour l’entreprise, le pays et la société : contrôle des gouvernements, obsolescence programmée, destruction de la planète, robotique et automatisation mais toujours 35-40h par semaine pour les gueux, etc, la liste est très longue.

Il faut garder une forme de motivation pour ceux qui veulent entreprendre, créer et inventer (sachant qu’une grande partie des bons inventeurs/trouveurs ne le font pas pour l’argent) pour éviter le piège du communisme (aucune motivation), mais il faut mettre des limites hautes. Pas très hautes, style x50 pour le ratio revenus min/max dans un pays, et 1 ou 2 millions d’euros de capital hors résidence principale. Ca ferait 99% d’heureux dans le pays, et les 1% à qui ça plaît pas parce qu’ils aiment être riches dans un océan de misère, qu’ils s’en aillent.

  1. Outis Le 09 octobre 2015 à 05h54
    Afficher/Masquer

    Bonjour,

    il y a une preuve a contrario de ce que dit Allais, c’est qu’on ne l’écoute pas.

    L’impôt sur le revenu est mauvais, c’est certain, surtout si on est obligé de
    faire des économies pour le payer. Je suis pour imposer le revenu non
    dépensé (l’imposition dans les tranches hautes pouvant atteindre 99.9.. %).
    Cela implique aussi une nationalisation complète du circuit financier,
    des élections à étages sans candidats, etc.


    • Kiwixar Le 09 octobre 2015 à 07h07
      Afficher/Masquer

      Plutôt que d’imposer très fortement les très hauts revenus, pourquoi ne pas tout simplement les rendre impossibles et illégaux? Au-delà d’un certain ratio revenus min/max et capital min/max, les salaires hauts deviennent des nuisances sur tous les plans pour l’entreprise, le pays et la société : contrôle des gouvernements, obsolescence programmée, destruction de la planète, robotique et automatisation mais toujours 35-40h par semaine pour les gueux, etc, la liste est très longue.

      Il faut garder une forme de motivation pour ceux qui veulent entreprendre, créer et inventer (sachant qu’une grande partie des bons inventeurs/trouveurs ne le font pas pour l’argent) pour éviter le piège du communisme (aucune motivation), mais il faut mettre des limites hautes. Pas très hautes, style x50 pour le ratio revenus min/max dans un pays, et 1 ou 2 millions d’euros de capital hors résidence principale. Ca ferait 99% d’heureux dans le pays, et les 1% à qui ça plaît pas parce qu’ils aiment être riches dans un océan de misère, qu’ils s’en aillent.


      • Kiwixar Le 09 octobre 2015 à 07h16
        Afficher/Masquer

        “qu’ils s’en aillent” : … après avoir remboursé le coût de l’éducation gratuite dont ils ont profité pendant 20 ans, des services de santé gratuite dont ils ont profité pendant 30 ans, de leurs routes gratuites, de leurs ponts qui ne tombent pas…. au prix de l’endroit où ils émigrent (généralement 500 USD pour 15 minutes avec un gynécologue etc.)


      • sg Le 09 octobre 2015 à 12h05
        Afficher/Masquer

        “Ah les Rhinocéros! Ces gens qui accumulent les fauteuils, les voitures, les maisons alors qu’ils n’ont qu’un seul cul pour pouvoir les utiliser…”, ou la version moderne des Rhinocéros de Ionesco.


        • LBSSO Le 09 octobre 2015 à 18h38
          Afficher/Masquer

          Bonsoir sg,
          “Le roi se meurt” de Ionesco ferait un bon slogan libéral 🙂


      • ThylowZ Le 09 octobre 2015 à 14h14
        Afficher/Masquer

        C’est une conversation que j’ai souvent eu avec un ami, et pourtant je ne suis pas du même bord politique que lui (et que la plupart des commentateurs ici, mais je prends toujours plaisir à lire les-crises), et je vous rejoins sur ce point.

        Personne n’a besoin de plus d’un certain salaire pour vivre. Plafonner les salaires à un certain montant ne me semble pas du tout illogique, seulement il faut garder des sources de motivation, qui ont totalement disparu, au même titre que certaines valeurs (honneur, courage, etc).

        Je constate que nous moquons souvent l’ancien régime, mais si autrefois les gens luttaient pour des “titres” qui assureraient une pérennité sur plusieurs générations, nous faisons de même aujourd’hui avec l’argent. Je ne crois pas avoir déjà lu quelqu’un cherchant à réfléchir sur des moyens autres de motivation (quand le plafond est atteint par exemple?) que les ressources financières, et qui pourrait apporter individuellement et directement/indirectement à la collectivité.

        Quoiqu’il en soit je partage grandement votre point de vue.


      • david Le 09 octobre 2015 à 15h16
        Afficher/Masquer

        Je comprends tout à fait votre propos mais je vais me faire l’avocat du diable : Votre proposition vise à limiter le droit de propriété, base selon moi de la civilisation !
        Selon vous la plupart des actionnaires des PME (petites start up ou proprio de plusieurs resto ou appart, etc) qui marchent doivent limiter leur droit de propriété voire d’expansion ?
        A mon sens ce qu’Allais nous invite à retrouver, c’est le sol terrestre pas des projets politiques de l’homme nouveau ou limité.
        Commencer par faire le ménage dans le commerce international et les excès des balances commerciales serait un 1er pas. Revenir sur la belle idée du Bancor de Keynes qui permettrait de s’affranchir du dollar et donc des pertubations graves des termes de l’échange qu’il provoque ainsi que du privilège de battre monnaie pour le monde (avec les bulles qui vont avec).
        Enfin en finir avec la religion des “droits de l’homme” et son corrolaire libéral-libertaire sans frontière ni monnaie nationale qui ne fait qu’aligner l’humanité sur du darwinisme social “pour son bien”. Bref un esclavagisme consumériste volontaire et accepté.
        Expliquer aux gens qu’il existe dans tout groupe humain une hierachie temporaire de domination et qu’il est difficile de s’extraire de sa condition sociale sans effort, par contre il est possible d’evoluer d’un ou plusieurs crans. Arrêter de faire croire au peuple au rêve du self made man, de la méritocratie ou de l’égalitarisme qui n’est qu’une fable pour gogo votant (cf C. Lasch). In fine ce sont toujours les puissants qui dirigent en prise directe (monarchie, dictature, théocratie) ou indirecte (democratie via les partis financés et le bipartisme bidon). C’est dur mais …c’est humain et c’est comme ça, vouloir faire croire à autre chose c’est nier la nature humaine et tout simplement mentir. C’est pour cela que je ne crois pas au solution de Chouard, le rêve c’est bien mais ça peut virer au cauchemar.
        Une fois qu’on a admis cela, il faut trouver un mode de fonctionnement efficace et décent de toutes ces castes en tachant d’arrêter de croire au rêve de la transformation sociale, que les riches c’est vraiment des méchants et que demain on rince gratis (sur le dos de qui d’ailleurs). Par contre il faut expliquer aux riches qu’ils ne peuvent plus se cacher, en gros il faut arriver à une transparence des patrimoines et des pouvoirs (postes, lois, normes etc) en échange d’une sécurisation et d’un poinds politique de ces puissants. Bref une “bromurisation” par la transparence. La performance d’internet le rend possible. C’est la meilleure manière de refaire apparaitre la classe des puissants telle qu’on pouvait facilement la voir sans un régime “non démocratique”. C’est paradoxale mais c’est vrai.
        Il y a un interet objectif de coopération entre les différentes strates de pouvoir mais cela ne peut se faire qu’à une échelle humaine càd locale et au maximum nationale. Toutes organisation supérieure est vouée à la domination d’une minorité solidaire au détriment d’une majorité divisée.


        • Kiwixar Le 09 octobre 2015 à 21h02
          Afficher/Masquer

          “Votre proposition vise à limiter le droit de propriété, base selon moi de la civilisation !”

          Pas du tout, elle vise au contraire à protéger la propriété privée et la vie des “99%”, menacée par la richesse extrême des “1%”, qui sont en train de faire main basse sur nos biens et nos économies tranquillement :
          – obligation d’avoir son salaire payé sur un compte bancaire (où vous n’êtes pas propriétaire de votre argent, vous avez juste une créance sur la banque)
          – spoliation de vos bien immobiliers par la taxation spoliatrice, vous appauvrissant et vous forçant à vendre (exemple, un terrain dont 10 ans d’impôts fonciers représentent la valeur du terrain)
          – spoliation de vos économies par la taxation excessive (intégralité de l’impöt sur le revenu qui va au paiement des INTERETS d’une dette inique, car c’est de l’argent virtuel emprunté à des gens qui n’en ont pas, ce sont des lignes comptables ne correspondant à rien, à aucun travail préalable)
          – déjà : revenus bancaires (livret A etc) inférieurs à l’inflation réelle (amenuisement de vos économies)
          – création monétaire massive par les 0.001%, à leur bénéfice, via les lessiveuses que sont les bourses (HFT, plunge protection team etc)
          – bientôt : interdiction de l’argent liquide, taux d’intérêts négatifs et frais bancaires : vos économies s’amenuiseront encore plus vite
          – régulièrement : les gueux envoyés à la guerre pour les industriels et les banquiers

          Limiter la richesse et le pouvoir de ces “1%” est donc vital pour la propriété privée et la vie des “99%” que nous sommes.


          • Eric 83 Le 09 octobre 2015 à 23h19
            Afficher/Masquer

            “Limiter la richesse et le pouvoir de ces “1%” est donc vital pour la propriété privée et la vie des “99%” que nous sommes.”

            « La puissance d’argent fait sa proie de la nation en temps de paix et conspire contre elle en temps d’adversité. Elle est plus despotique que la monarchie, plus insolente que l’autocratie, plus égoïste que la bureaucratie. (…) Les groupes financiers et industriels sont devenus tout puissants, il s’ensuivra une ère de corruption aux postes élevés et la puissance d’argent du pays cherchera à prolonger son règne en utilisant les préjugés du peuple jusqu’à ce que la fortune soit concentrée en un petit nombre de mains et la république détruite » (Abraham Lincoln).

            Nous y sommes et si la guerre est évitée, TAFTA asservira totalement les Etats et les peuples. Ave la fin du cash, leur dessein se réalisera.


        • Serge Le 09 octobre 2015 à 23h28
          Afficher/Masquer

          @david Votre commentaire pas inintéressant sous certains aspects me fait penser d’où d’un coup au fait divers “d’agression “d’un cadre d’Air France .
          En effet les riches sont aujourd’hui moins présents physiquement dans leur domination sociale ,voire invisibles .
          Comme si l’oligarchie était virtuelle .
          Lointaine et à l’abri des coups,elle n’en est que plus coercitive par l’intermédiaire d’un système,d’un corpus de valets sous-traitants .
          Les membres de la classe inférieure ne sont plus en contact direct avec ceux de la classe supérieure comme ils l’étaient au temps des patrons ,ou même de la noblesse.Le pouvoir de la finance est beaucoup plus insaisissable .
          Or au risque de choquer,je suis de ceux qui pensent que tant qu’un dominant n’a rien à craindre pour son intégrité physique,voire sa vie,ils s’en fout royalement .
          Pareil pour certains politiques .C’est pour cela qu’il ont rendu la gouvernance lointaine et virtuelle.
          Seul la réalité du corps physique compte ,car là on ne rigole plus …


          • olivier69 Le 11 octobre 2015 à 12h20
            Afficher/Masquer

            Bonjour Serge,
            Pour l’intégrité physique ? Et par ailleurs, pour beaucoup de gens, c’est le cas, non ?
            Rendus la gouvernance lointaine ? Est-ce vraiment nouveau ? Par contre “invisible” ? Une culture particulière ?
            Je pense que nous sommes dans un “homothéisme” fanatique !
            Avez-vous déjà entendu parler ces fameuses élites ? elles parlent souvent de mission divine ou de rôle de Dieu….Ces gens se prennent pour des élus.


      • LBSSO Le 09 octobre 2015 à 21h23
        Afficher/Masquer

        Bonsoir Kiwixar,

        et si une personne a créé une entreprise qui vaut plus de 2 millions d’euros ,quelle règle appliqueriez vous ?


        • Kiwixar Le 09 octobre 2015 à 22h08
          Afficher/Masquer

          A réfléchir, un nouveau système ne peut pas être mis en place “bon” du premier coup, il faut se laisser la possibilité d’évoluer (version béta, 1.0, 1.1, 2.0 etc)… Je dirais : la “valeur” d’une entreprise ne peut être réalisée qu’au moment de la vente, donc le propriétaire reste actionnaire principal quand il le souhaite, en tirant des revenus limités aux revenus max, mais si il vend, il ne reçoit que le max autorisé (1 ou 2 m hors résidence principale), et le reste va à la cagnotte nationale.


          • LBSSO Le 09 octobre 2015 à 22h52
            Afficher/Masquer

            Merci pour votre réponse.

            Vous savez combien existent d’entreprises créées ex-nihilo dans le monde qui valent plus de 2 millions d’euros ?
            Je l’ignore mais du petit supermarché à l’ETI ça doit faire du monde .Vous allez en démotiver des gens qui osent prendre des risques et qui sont de gros créateurs d’emplois sans compter l’animation du tissu social de nombre de régions en France et à travers le monde .
            Vous ne pouvez donc, en première approche ,fixer que des seuils quantitatifs. Vous serez donc obliger d’introduire des critères qualitatifs. Et là attention aux usines à gaz (pour cette taille d’entreprise ,très difficile à gérer. Cf compte pénibilité mis en place)


            • olivier69 Le 10 octobre 2015 à 00h11
              Afficher/Masquer

              Bonsoir LBSSO et Kiwixar,
              Très bonnes remarques. Pour ce genre de réflexions, je pense qu’il faut réfléchir aussi en relatif et non uniquement en absolu. Voir la composition d’un marché (mais également son importance existentielle, sa capacité de substitution) et établir des seuils en proportion et non en montant, systématiquement. Par ailleurs, payer davantage les fondamentaux que les superflus.Tout en fixant des limites absolues malgré tout (et forcément territoriales)…


            • groucho Le 10 octobre 2015 à 03h20
              Afficher/Masquer

              “des gens qui osent prendre des risques et qui sont de gros créateurs d’emplois”

              Ça c’est de la pure mythologie.
              1) ils embauchent seulement quand ils en ont besoin, c’est-à-dire qu’ils ont des commandes. Ce sont donc leurs clients qui créent de l’emploi.
              D’ailleurs ils débauchent quand les affaires vont mal…
              2) je n’ai jamais vu un de ceux qui ont osé prendre des risques se retrouver sous les ponts. Leurs salariés, en revanche, quand ça ne marche pas aussi bien que prévu…

              Lisez donc ceci : link to blog.mondediplo.net


            • LBBSO Le 10 octobre 2015 à 06h01
              Afficher/Masquer

              Bonjour Groucho,

              “je n’ai jamais vu un de ceux qui ont osé prendre des risques se retrouver sous les ponts”

              -Je vous souhaite sincèrement de ne jamais avoir d’amis ou relations ,”créateurs entrepreneurs” qui un jour sautent d’un pont.
              Enfin ,si vous n’en connaissez pas “qui finissent sous les ponts” je me demande pourquoi, il n’y a pas plus de personnes qui se lancent. Oui il faut avoir du courage. Oui il faut accepter de se planter souvent plusieurs fois et de se relever .Et quand on licencie. dans ce type d’entreprise ,c’est très rarement avec plaisir.
              Les cupides peu courageux préfèreraient-ils le loto ?
              -Je parle des créateurs d’entreprises, relisez les posts svp .Donc l’article que vous me citez est hors sujet.

              Et oui ils créent des emplois ,ils se jettent à l’eau et parfois c’est du haut d’un pont ….:-((


            • groucho Le 10 octobre 2015 à 13h02
              Afficher/Masquer

              “je me demande pourquoi, il n’y a pas plus de personnes qui se lancent.”

              Peut-être qu’il existe encore des gens qui raisonnent autrement qu’en termes d’entreprise ?

              Mais vous n’avez pas vraiment répondu à mon objection de base : s’ils embauchent c’est seulement parce que leur carnet de commande les y oblige et ils n’hésitent pas une seconde à débaucher quand ce n’est plus le cas. Je ne vois pas en quoi la gaîté de coeur du patron change concrètement quoi que ce soit au sort du salarié viré !


            • LBSSO Le 10 octobre 2015 à 22h08
              Afficher/Masquer

              Bonsoir Grouso
              Ce n’est pas une objection ,c’est un fait !Quand il n y a pas assez de clients, ça se passe mal Si vous voulez je ne licencencirez plus jamais mais vous serez caution ! “Heureusement” qu’à une époque je l’ai fait sinon aujourd’hui je n’emploierais pas autant de personnes. Dans des entreprises de taille moyenne ou petite vous connaissez chaque personne, son parcours,…Licencier est un échec. Pas seulement en termes de business mais en termes humains. Enfin ,pour moi.
              Vous savez ,quand ,j’étais étudiant ,dans le train de Lille à Grenoble ,je discutais avec un ami. nous nous posions alors la question de l’objectif d’une entreprise. Nous nous sommes surpris d’ avoir la même réponse: créer des emplois. C’était il y a 25 ans. Aujourd’hui avec la même réponse ,vous êtes un “has been”. Et bien je m’en fous et quels que soient mes interlocuteurs ,je tiens toujours le même discours.

              Tout le monde “ne raisonne pas entreprise” .Je vous rejoins. Beaucoup s’investisent dans des associations, leur famille ou autres .C’est tout aussi louable. Et ne vous en étonne ,je le place au minimum au même niveau .
              En revanche ceux qui jalousent les créateurs qui ont osé puis “réussit”, par ressentiment, c’est à la limite de l’insupportable.

              En écrivant ce commentaire ,je pense à cet ami. Il n’est plus là car il pensait avoir échoué. Maintenant si vous estimez que si un patron ne licencie pas de gaité de cœur ne change rien au sort du salarié (oui c’est un fait mais on préserve toutefois les autres) ,c’est que vous êtes encore plus matérialiste que moi. Mais à vous relire, finalement, je ne le pense pas


  2. LBSSO Le 09 octobre 2015 à 06h50
    Afficher/Masquer

    “…. libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine.”

    Après avoir abandonné le thème de la Laïcité à qui vous savez, laissé l’Egalité aux égalitaristes, sifflé et oublié la Fraternité, confondu néolibéralisme et Libéral , la gauche est dans une impasse.

    JE SUIS LIBERAL 😉


    • couci couça Le 09 octobre 2015 à 08h28
      Afficher/Masquer

      Le véritable libéralisme n’existe pas .
      Pas plus que n’a existé le véritable communisme .
      Nous ne connaissons que des dérives , des opportunistes et des enfumeurs .
      Parmi ceux ci les libertariens , secte violente , prosélyte , élitiste et prônant un individualisme quasi autiste , fondamentalement anti état c’est à dire qui récusent toute solidarité .(ils préfèrent réintroduire la charité).
      Attaquent le principe des impôts et tout ce qui est “social” : ex Sécurité sociale et ce qui est financé par les états .
      Et qui arrivent par leurs réseaux infiltrants , financés par qui ? à imposer leurs conceptions , motrices du néolibéralisme .
      Alors a priori , je me méfie des discours comme le votre .
      Mais quelque chose me dit que j’aurai rapidement une réponse à mes doutes .


      • LBSSO Le 09 octobre 2015 à 13h04
        Afficher/Masquer

        Bonjour couci couça

        -je partage chacune des lignes de votre commentaire.
        Le mot “libéral” est piégé comme beaucoup d’autres.
        Vous avez raison de vous méfier de ceux qui s’en réclament.
        Toutefois dans chaque mouvement d’idée ,on trouve souvent des points qui ont permis un progrès en dépit de l’intérêt des personnes qui les ont véhiculés ou les limites voire des dangers d’une pensée. Ceux qui prétendent que nous ne sommes pas de culture chrétienne mais grecque, ceux qui prétendent que nous ne sommes pas de culture grecque mais chrétienne, ceux qui affirment que nous ne vivons pas en monarchie mais en république, ceux qui affirment que nous ne vivons pas en république mais en monarchie ..etc. n’aiment pas la complexité .Se méfier oui mais en prenant le meilleur.

        -concernant la partie plus politicienne de mon commentaire, oui la gauche (une partie) a abandonné des valeurs et des droits qui étaient son “âme”, sa colonne vertébrale. D’autres en ont profité pour faire un holdup .


  3. Noureiev Le 09 octobre 2015 à 07h04
    Afficher/Masquer

    Que serait la vie en communauté sans les lois ? Nous vivons et défendons un commerce sans lois un tant soit peu humaines où tous y trouveraient leur compte. Chez nous, en 15 ans on est passé de 10 à 100 en écart de salaires et ce n’est pas fini. Ceux qui gagnent infiniment trop finissent par s’acheter des pouvoirs que leur tête ne sait pas maîtriser. La voiture économique roule sans freins. Quand ceux chargés du contrôle deviennent des instituts privés avec à la clé une obligation de profit, on voit ce que devient le commerce international et l’abus de sanctions injustifiées. Je vois aujourd’hui une économie Russe se construire dans ce schéma d’équilibre, espérons qu’elle s’y tienne pour qu’un jour nous puissions chercher un autre modèle.


  4. LA ROQUE Le 09 octobre 2015 à 07h14
    Afficher/Masquer

    Nous ne sommes pas prés de mettre en œuvre les idées de Mr Allais lorsque l’on entend le président Hollande déclarer :
    ” Le souverainisme c’est le déclinisme ”
    Cette phrase de Mr Allais prend tout sons sens.
    “Les gouvernements n’écoutent que les conseillers qui sont trop proches des milieux financiers ou économiques en place. On ne cherche pas à s’adresser à des experts plus indépendants. […] ”

    Et oui pour Hollande il faut toujours plus d’Europe plus de mondialisation et pour nous ce sera toujours plus de chômage, de perte d’acquis sociaux pour rester compétitif et tout cela au profit de qui?
    Je vous laisse deviner…


    • TC Le 09 octobre 2015 à 13h03
      Afficher/Masquer

      […] le président Hollande déclarer : ” Le souverainisme c’est le déclinisme ”[…]

      Un président de la République qui fait une telle déclaration et ça ne choque personne (pas de grand titre dans les journaux pour crier haro) !!! Pour rappel, le Président est censé défendre la souveraineté nationale selon la constitution !!!


  5. DUGUESCLIN Le 09 octobre 2015 à 07h18
    Afficher/Masquer

    A la fois socialiste et libéral, ça ne serait pas un peu poutinien?
    Justement ce qui dérange puisque le capitalisme oligarchique est l’ennemi (temporairement vainqueur) du socialisme et du libéralisme.


  6. Libriste Le 09 octobre 2015 à 07h19
    Afficher/Masquer

    A O B l’anarchisme n’a rien à voir avec le libéralisme.
    L’anarchie est un système qui prône une pratique anti autoritaire d’égalité sociale. Une forme de socialisme fondé sur la participation individuelle au collectif, dans un cadre de proximité, donc en dehors de l’influence d’un état.
    C’est la propagande des dominants qui à transformé la pensée anarchiste en organisation sociale sans foi ni loi. Parce que ils ont vus dans l’aboutissement de cette pratique politique une fin de l’état, donc de leurs lieu de pouvoir centralisé.
    Pas le tempe de lire le reste maintenant, je vais ….bosser!


    • Jls. Le 09 octobre 2015 à 12h00
      Afficher/Masquer

      Tout à fait.

      Il est usant de voir ce courant philosophique complexe encore malicieusement synthétisé par de tels affirmations.

      Il faut rééduquer les citoyens qui confondent encore anomie et anarchie, qui ne voient dans cette dernière qu’un simpliste état d’esprit ado-rebelle tendance voyou, et qui n’ont pas connaissance de sa réelle profondeur idéologique et historique.

      Anarchie : link to fr.wikipedia.org
      Anomie : link to fr.wikipedia.org


      • Jls. Le 10 octobre 2015 à 14h46
        Afficher/Masquer

        Pour les curieux néophytes, y’a aussi ce fil de discussion sur le subreddit francophone : link to reddit.com


    • olivier69 Le 09 octobre 2015 à 17h25
      Afficher/Masquer

      Etes-vous par conséquent pour les lois du marché, puisque l’état semble vous déranger ? Il parait que c’est une jungle ? Alors que, cela dépend pour qui, évidemment ?

      Soyons sérieux, l’anarchie conduit inexorablement aux ententes. L’anarchie a permis par ailleurs, le développement de l’actionnariat (masquer les identités) et la constitution de monopoles privés. Vous devriez être satisfait de l’anarchie qui a régné sur les marchés, alors ? Parce qu’elle a favorisé la consolidation d’oligopoles destinés à contrôler la distribution de façon monopolistique, jusqu’à prendre le droit comme otage (perte de la séparation des pouvoirs)…
      Too big, to fail.

      Qui assurera le rôle de la justice ? Vous ? Une forme d’auto-contrôle ? Ou plutôt des multinationales ? Enfin, je n’ai jamais rencontré d’anarchistes socialistes, parce qu’ils suggèrent une forme de libéralisme sans limites et débridé dans le fond. Et dans ce cas, c’est donner le champs libre à une oligarchie dans la forme…. Je n’ai jamais rencontré d’anarchistes libéraux, sauf peut-être les “néolibéraux” dans la forme. Mais dans le fond, ils contrôlent tout. Donc, aux antipodes de la doctrine !


      • Jls. Le 10 octobre 2015 à 13h22
        Afficher/Masquer

        Penser l’anarchie dans le cadre de rapports économiques globalisé et de multinationales est en effet compliqué.

        Je vous cite :
        “L’anarchie a permis par ailleurs, le développement de l’actionnariat (masquer les identités) et la constitution de monopoles privés.”
        => Ah bon ? Je ne sais par ailleurs pas d’ou vous sortez que l’anarchisme est responsable du développement de l’actionnariat.

        “Vous devriez être satisfait de l’anarchie qui a régné sur les marchés, alors ?”
        => Il ne s’agit certainement pas d’anarchie. Je vous rappelle par ailleurs que l’anarchie se conçoit fondamentalement à l’échelle de rapports humains directs.

        Dixit wiki : “Pour ses partisans, l’anarchie n’est justement pas le désordre social. C’est plutôt le contraire, soit l’ordre social absolu, grâce notamment au collectivisme anti-capitaliste. Ce collectivisme, contrairement à l’idée de possessions privées capitalisées, suggère celle de possessions individuelles ne garantissant aucun droit de propriété, notamment celle touchant l’accumulation de biens non utilisés. En outre, ce collectivisme s’exprime par une liberté politique organisée autour du mandatement impératif, de l’autogestion, du fédéralisme et de la démocratie directe.”

        —–

        “Enfin, je n’ai jamais rencontré d’anarchistes socialistes, parce qu’ils suggèrent une forme de libéralisme sans limites et débridé dans le fond. Et dans ce cas, c’est donner le champs libre à une oligarchie dans la forme…. Je n’ai jamais rencontré d’anarchistes libéraux, sauf peut-être les “néolibéraux” dans la forme. Mais dans le fond, ils contrôlent tout. Donc, aux antipodes de la doctrine !”

        Encore dixit wiki : “En 1928, Sébastien Faure, dans La synthèse anarchiste définit quatre grands courants qui cohabitent tout au long de l’histoire du mouvement : l’individualisme libertaire qui insiste sur l’autonomie individuelle contre toute autorité ; le socialisme libertaire qui propose une gestion collective égalitaire de la société ; le communisme libertaire, qui de l’aphorisme « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » créé par Louis Blanc, veut économiquement partir du besoin des individus, pour ensuite produire le nécessaire pour y répondre ; et l’anarcho-syndicalisme, qui propose une méthode, le syndicalisme, comme moyen de lutte et d’organisation de la société”

        Vous me semblez décidément mal renseignés. Commencez donc par comprendre que l’anarchisme est davantage une philosophie de pensée qu’un manuel de recettes façon ordolibéralisme. Ensuite, lisez ses grands penseurs et interrogez vous avec eux sur la relation entre l’état et les inégalités qui lui sont inhérentes.

        Vous ne serez peut-être pas convaincu (je ne suis pas sur de l’être moi-même), mais les questions qui sont soulevées, et les mécanismes mis au jour ont vraiment de quoi faire réfléchir. Rappelez-vous vos cours de philosophie !


        • Jls. Le 10 octobre 2015 à 13h55
          Afficher/Masquer

          Oups, il faut substituer néolibéralisme à ordolibéralisme dans l’avant dernier paragraphe.


        • olivier69 Le 11 octobre 2015 à 12h47
          Afficher/Masquer

          Votre commentaire n’est toutefois pas sans intérêt. Et même, si je peux paraitre direct…Question de méthode et de personnalité.

          Donc les postulats : par « absence de principe», «absence de règle», «absence de chef», «absence d’autorité» ou «absence de gouvernement» ? Philosophiquement mais aussi techniquement, comprenez-vous ce que cela implique, justement ?
          Enfin, la critique de la propriété masque les problèmes sous-jacents, que sont les usufruitiers. Qui pourraient garantir le développement, le partage (encore des distributeurs en position de force?) ? Qui le stimuleraient ? Que des questions ….
          Vous gérez comment les inégalités ? Par philanthropie ? Vous niez l’existence naturelle de meneurs ? Et donc, les intentions ? Vous achetez comment du pétrole par exemple ? Qui fabriqueraient l’énergie ? Comment voyez-vous les relations de voisinage ?

          ps : Le point positif, c’est que vous me donnez une image de tolérance que de nombreux anarchistes n’ont pas.


          • Libriste Le 11 octobre 2015 à 20h19
            Afficher/Masquer

            Je n’aime pas répondre avec des théories.
            ou alors je pense que je vais émigrer, Changer de pays, je vais aller vire en Théorie, parce que en théorie tout se passe bien. (Elle n’est pas de moi, mais je l’adore )
            Voici quelques exemple de pratique issues de la pensée anarchiste, dont certaine ayant un impact économique:
            link to lesmoutonsenrages.fr
            Et puis celle là :
            link to lesbrindherbes.org

            Et si on cherche bien il en existe d’autres, qui parfois ne se revendiquent d’aucune pensée.
            Ah les types qui ne se revendiquent d’aucune idéologie, d’aucune théorie et qui font!
            Faire d’après le Littré :Donner l’être ou la forme (du latin facere)
            Tien! On a le mot donner dans la définition, intéressant.
            Allons voir chez Larousse

            Faire: Constituer par son action, son travail, quelque chose de concret à partir d’éléments, ou le tirer du néant.

            A la question: Etes-vous par conséquent pour les lois du marché, puisque l’état semble vous déranger ?
            Concrètement, je suis petit commerçant et je travaille sur les marché ! comment pourrais-je être contre les lois du marché?
            Je suis contre les lois truquées du marché! C’est au collectif de surveiller le non trucage des lois fondamentales de l’économie, or, l’état en tant que collectif, entre multiples autres tares, encourage la tricherie et la duperie.
            Historiquement il semblerait que toute forme d’état ait toujours encouragé les corruptions déséquilibrant les loi du marché.
            Conséquence: je suis contre toute les formes d’état qui nous ont été déjà proposés, et qui ont échoués à aboutir à la paix et à la justice.

            Je ne met pas de majuscule à état, hérésie volontaire.
            état:
            Fait d’être d’une manière relativement durable Larrousse.
            Manière d’être, fixe et durable (Littré)
            Une société est en évolution constante, comment peut elle être gérée, organisée et contrôlée par un truc dont l’origine du sens est une opposition déclarée à l’idée même d’évolution!!!

            Je continue ma fouille, d’archéologie linguistique.

            état.”Anciennement, réunion de députés des divers ordres représentant soit le pays tout entier, soit une province.” (Littré 7° acception)

            Ah! Cela vient de là ! une délégation de représentants du peuple.
            Et toute les question viennent de là : Combien d’individus représentent-ils chacun? Comment sont désignés ces représentants? quel est leur mandat?

            état: Le gouvernement, l’administration suprême d’un pays. L’État ne doit pas entraver l’action du pouvoir municipal (Littré 9° acception) Sic! Le Littré fait de la politique et est pour le respect de la démocratie de proximité.

            Je vous laisse ici j’ai à faire (le repas car ma proximité à faim, je suis l’heureux élu qui prépare ce soir le repas, énorme responsabilité de politique locale! )


  7. JEAN DOREMIEUX Le 09 octobre 2015 à 07h30
    Afficher/Masquer

    Je lis dans la dernière interview : “Question : Vous soutenez par exemple, à propos de l’impôt, qu’il faudrait ne pas imposer le revenu du travail mais par contre taxer complètement l’héritage. Pouvez-vous expliquer cette position qui peut paraître très iconoclaste pour bon nombre d’économistes ?}

    Réponse de MA : J’ai qualifié l’impôt sur le revenu de système anti-économique et anti-social, car il est assis sur le travail physique ou intellectuel, sur l’effort, sur le courage. Il est l’expression d’une forme d’iniquité. Baser la fiscalité sur les activités créatrices de richesse est un non sens, tandis que ce que j’ai nommé les revenus « non gagnés » sont pour leur part trop protégés : à savoir par exemple l’appropriation privée des rentes foncières, lorsque la valeur ou le revenu des terrains augmente sans que cette hausse ne résulte d’un quelconque mérite de son propriétaire, mais de décisions de la collectivité ou d’un accroissement de la population.”

    Quelques compléments :

    Son livre L’IMPÔT SUR LE CAPITAL explique, tout au contraire qu’il ne s’agit pas de “taxer complètement l’héritage” mais son contraire: de le supprimer et de demander chaque année au propriétaire 2 à 3 % de la valeur déclarative de ses biens inscrits au cadastre. En échange de cette taxation du capital fixe qui peut rester improductif, il faut supprimer toutes les taxes qui accablent le capital circulant, celui qui est investi dans la production (deux définitions à lire dans L’IMPÔT SUR LE CAPITAL de JUSTIN MENIER ).

    PRINCIPES DE MAURICE ALLAIS POUR LA MISE EN PLACE DE LA TAXE DECLARATIVE SUR LES BIENS INSCRITS AU CADASTRE

    SIMPLICITE DE LA TAXE CADASTRALE (TC) SE SUBSTITUANT A TOUS LES IMPÔTS

    Chacun des contribuables attend du réformateur la véritable simplicité de la fiscalité moderne.

    Au lieu des 135 impôts occupant 135.000 agents du fisc et ce qu’ils nous coûtent par eux-mêmes et par leurs agissements, un seul impôt pourrait être prélevé.

    Mais attention ce serait en échange de la suppression de tous les autres impôts et sans aucune possibilité de fraude.

    Je prends un exemple chiffré pour bien comprendre. Disons un petit bien foncier issu d’un héritage qui procure un revenu foncier annuel de 6.000 euros.

    Sa valeur déclarative (VD), attention c’est-à-dire ce que vous déclarez ; et non ce que le fisc décide de déclarer, à raison d’un rendement moyen de l’immobilier pourrait être de 5% des valeurs du bien.

    Ce qui donnerait 6.000/0,05 = 120.000 euros de valeur déclarative VD. Si la TC est de 3 %, la Taxe Cadastrale de ce bien, par exemple un étang de pêche loué 500 euros, serait de 3.600 euros.

    Ce qui laisse au propriétaire, bon père de famille, et qui ne paierait plus aucun autre impôt, ni foncier, ni sur son travail, ni sur les successions, le bénéfice de son héritage s’il ne le néglige pas : 2.400 euros par an rien qu’en le louant.

    Auquel il faut ajouter l’exemption de la taxe foncière (600 euros), et surtout la suppression des impôts sur le travail.

    Sur ce dernier point, prenons un exemple simple : disons que le salaire de cette personne-là est de 4 SMIC = 68.400. Il a donc un impôt, par part, de 12.901 euros avec une taxe foncière TF de 600 euros, ce qui lui laisse, une fois les impôts payés sur ses salaires un reste actuel de 54.899 euros.

    Cette nouvelle sorte d’imposition, la TC, lui coûterait seulement 3.600 euros à enlever à 68.400 euros, le montant inchangé de son salaire, cette fois-ci un salaire non imposé, soit 64.800 euros au lieu de 54.899 euros dans le système actuel.

    Soit 18 % de mieux qu’auparavant. Ce gain permettrait à ceux qui travaillent, débarrassés de la fiscalité assise sur leur travail d’épargner 2.400 euros par an, et de se porter acquéreur d’une maison, ce qu’ils ne peuvent plus faire.

    Finis les impôts sur les salaires qui varient, chacun est menacé de licenciement, mais sur la seule richesse qui dure, les biens au sol.

    Ce serait l’application d’un principe simple et fort ancien ne nécessitant aucun contrôle, ne pouvant pas être arbitraire, juste puisque déclaratif. Pourquoi juste ?

    On connaît le rendement habituel d’un bien en gestion de père de famille, disons 5 %. On estime alors la valeur du bien à 5*20=100 et on applique la règle VD*0,03 par exemple et on a le montant de l’impôt moyen.

    Si le revenu réel du bien est inférieur, c’est que sa gestion est mauvaise, ou que la VD est mal établie, d’où la VD correctrice annuellement en fonction de ce défaut de rendement.

    Ici, dans la réforme dite de MAURICE ALLAIS, la TC est déclarative mais l’innovation de M. ALLAIS consiste à se priver du contrôle et du personnel fiscal. Belle économie de temps et de frais !

    Comment ? Par la loi de l’offre et de la demande. Le contrôle ne dépendrait plus des services de la DGI, mais de la possibilité pour chacun de vous acheter votre bien, au seul vu de votre déclaration cadastrale.

    Votre bien serait cessible à raison de 175 % de la valeur que vous avez déclarée au cadastre, sauf si vous rehaussez le niveau de la déclaration devant l’agent cadastral et, ainsi, que vous rehaussiez le montant de votre TC.

    Cette menace suffira à vous remettre dans le droit chemin !

    Exemple vous déclarez trop bas : 300.000 euros alors que cela vaut au moins 500.000 euros.

    Votre TC serait, disons pour 3 % de la VD : 9.000 euros. Si votre bien s’est détérioré: pas d’acquéreur.

    Mais si votre bien vaut, en fait, 600.000 euros, sans que vous en ayez conscience, il peut exister des personnes qui se feront une affaire d’en obtenir un meilleur rendement et qui vous l’achèteront pour 525.000 euros (300.000*1,75) en espérant en obtenir 7 % soit 36.750 euros tout en payant une TC de 15.750 euros.

    L’ETAT y gagne avec moins d’agents du fisc et plus de rendement fiscal !

    Est-ce clair que, dans ce cas, ou bien vous vendez un bien dont vous n’avez pas la bonne gestion, ou bien vous améliorez votre gestion au bénéfice de la collectivité.

    Quant aux douze principes pour une juste fiscalité qui se trouvent aux premières pages de ce livre de MAURICE ALLAIS (L’impôt sur le capital) voici le premier : “L’exigence maximale de l’efficacité économique, comme le simple bon sens, impliquent un traitement égal devant l’impôt des entreprises qui réalisent des bénéfices et de celles qui subissent des pertes.”

    Le bon sens indique, en effet, que de soutenir une entreprise en difficultés en la dispensant d’une partie ou de tous les impôts qu’elle devrait souscrire, conduit, afin de retrouver l’équilibre de l’ensemble économique et du budget de l’Etat, à charger plus fortement les entreprises en bon état que vous mettez ainsi en difficultés alors que ce sont les meilleures cartes de la NATION !

    NE PAS IMPOSER L’ACTIVITE, MAIS SEULEMENT LA POSSESSION OU LA PROPRIETE INSCRITE AU CADASTRE !

    Pour le cas présent, il faut passer des assiettes basées sur la production aux assiettes de la consommation fongible et foncière.

    Quant aux douze principes pour une juste fiscalité qui se trouvent aux premières pages du livre de MAURICE ALLAIS (L’impôt sur le capital) voici le premier : “L’exigence maximale de l’efficacité économique, comme le simple bon sens, impliquent un traitement égal devant l’impôt des entreprises qui réalisent des bénéfices et de celles qui subissent des pertes.”

    Le bon sens indique, en effet, que de soutenir une entreprise en difficultés en la dispensant d’une partie ou de tous les impôts qu’elle devrait souscrire, conduit, afin de retrouver l’équilibre de l’ensemble économique et du budget de l’Etat, à charger plus fortement les entreprises en bon état que vous mettez ainsi en difficultés alors que ce sont les meilleures cartes de la NATION !

    Calonne déjà, confronté à une montagne de dettes, en 1786, lance cette proposition audacieuse : une imposition sur le foncier, y compris les biens de la noblesse et du clergé (TC). Le refus de ces deux Ordres est à l’origine de la REVOLUTION de 1789. Turgot venait de vérifier le cadastre, CALONNE suggéra la TC au ROI, NECKER convoquât les ETATS-GENERAUX pour la faire voter. La TC ne nécessiterait, de nos jours, que 1000 agents, juste ceux du cadastre. Les autres, rendus inutiles, seraient affectés aux services de conseils en bonne gestion de ces mêmes biens si cette dernière est négligée et cela se produit : indivision, indécision, négligence, sous-utilisation du bien. Exemple actuel de TC : les services du Cadastre vous écrivent que vos biens inscrits au cadastre auraient une valeur de 500.000 euros. Vous leur déclarez un montant de 400.000 euros. Les services du Budget vous adressent le pourcentage, fixé cette année par les services, pour que les dépenses de l’Etat soient toutes couvertes par la somme : TC+TVA+TIPP. Exemple variable chaque année, cette fois : 3 %.

    Vous rédigez un chèque de 400.000*0,03 = 12.000 euros. Quels que soient vos revenus réels salariaux, indépendants, fonciers et ceci quelques soient vos frais. En échange tous les autres impôts sont supprimés, si 3 % de toutes les valeurs cadastrales du pays aboutissent au montant des dépenses de l’Etat et au remboursement de la dette. Si 3 % ne suffisent pas, ce sera 5 %. Comme c’est simple ! La complexité actuelle génère de multiples moyens d’évasion et une grande insécurité juridique. Les erreurs de calculs générées par les agents du fisc sont à l’origine d’agressions qui se multiplient dans les locaux du TP, ainsi que dans tous les services chargés de dresser et de recouvrer les innombrables taxes, contributions, impôts de toutes sortes. Les TAF, les tribunaux des affaires fiscales sont des partisans du principe que LE ROI NE SAURAIT MAL FAIRE. En vertu de quoi les agents du fisc accablent les contribuables désorientés par les multiples paperasseries, par des vérifications parfois mal conduites, voire malhonnêtes. De trop nombreuses personnes vivent, là, de travaux artificiels dont les émoluments pourraient être épargnés à la nation : ceux des comptables qui remplissent et expédient les innombrables feuillets CERFA, les experts du fisc les pour et les contre, les tribunaux des affaires fiscales, les gestionnaires de patrimoine. La complexité est telle que la maison LEFEBVRE elle6même est consultée par le fisc débordé de toutes parts. De multiples avocats fiscalistes vivent de cela, tant les lois fiscales sont complexes, changeantes, instables.

    Nous vivons dans une insécurité juridique et fiscale insupportable. Les erreurs des employés du fisc deviennent innombrables. Or, dans cette jungle fiscale, chacun cherche, non pas à ne pas payer l’impôt, sauf les riches qui s’expatrient, quoique les gazettes de fin d’année soient remplies de conseils pour ne pas payer d’impôts et ceci en toute impunité. Bref, tout le monde désire, du nouveau gouvernement, un impôt le plus simple possible, une grande simplification fiscale, une grande réforme qui soit bien réfléchie.

    Voyez, parmi d’autres propositions pensées par de vrais économistes, ce que proposait notre seul Nobel d’économie, Maurice ALLAIS : un impôt unique, fondé sur les seuls biens fixés au sol, les biens inscrits au cadastre. Pour ceux qui veulent développer ces réflexions, lisez un traité fort complet sur ce sujet : L’IMPÔT SUR LE CAPITAL de MAURICE ALLAIS paru chez HERMANN frères.


  8. JEAN DOREMIEUX Le 09 octobre 2015 à 07h40
    Afficher/Masquer

    Pour mieux le citer voici : LES PRINCIPES GÉNÉRAUX D’UNE POLITIQUE FISCALE

    Après JUSTIN MENIER, l’industriel du chocolat, Maurice Allais rappelle que la fiscalité d’une société humaniste et progressiste doit obéir à un ensemble de principes généraux admis par tous.

    Le principe individualiste, impose la recherche non de l’égalité des conditions, mais des chances.
    Le principe de non-discrimination recherche des règles s’appliquant à tous.
    Le respect de la vie privée implique les impôts assis sur les biens, et non sur les personnes.
    Le principe de neutralité implique que l’impôt ne doit pas s’opposer à l’efficacité de l’économie.
    Le principe de légitimité expose qu’il faut faire payer les « revenus non-gagnés » (sic).
    Le principe d’exclusion signifie qu’un revenu ne doit pas être taxé deux fois.
    Dernier principe, l’absence d’arbitraire peut être obtenu par la simplicité : la taxe cadastrale.


  9. Dizalc'h Le 09 octobre 2015 à 09h22
    Afficher/Masquer

    Sa lettre aux Français est d’une pertinence et d’une clairvoyance, c’est toujours plaisant de la relire….
    Quel Grand Homme… et quelle perte pour la France de ne plus l’avoir à nos côtés pour redresser la barre… car la barque (France/ UE, etc.) part à vau-l’eau… et je ne vois pas l’ombre d’une personne de sa trempe et avec ses compétences / sa lucidité, pour nous éviter de sombrer encore plus bas…


    • Lulu Bâille Le 09 octobre 2015 à 11h25
      Afficher/Masquer

      Si, il y a les Econoclastes 😉


    • LBSSO Le 09 octobre 2015 à 19h01
      Afficher/Masquer

      L’anniversaire de la mort de Maurice Allais nous rappelle que l’économie est aujourd’hui essentiellement anglo-saxonne.


  10. reviersa Le 09 octobre 2015 à 11h38
    Afficher/Masquer

    Un grand maître méconnu, puis oublié…


  11. Crapaud Rouge Le 09 octobre 2015 à 11h54
    Afficher/Masquer

    La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme » , dénonciation absurde à chaque fois qu’elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d’être le cas.” : évidemment, maintenant que le protectionnisme a vécu, le MEDEF estime tout naturel de liquider les “acquis sociaux” parce que les entreprises sont soumises à une concurrence sans pitié.


  12. olivier69 Le 09 octobre 2015 à 14h10
    Afficher/Masquer

    “Les mathématiques ont pris au fil du temps une place excessive, particulièrement dans leurs applications financières. Il ne faut pas imaginer que ceci a toujours existé. […] Mais par la suite, des économistes ont détourné ces apports, qui sont devenus des instruments pour imposer une analyse, mais sans chercher à la confronter à la réalité. De même, l’utilisation de certains modèles a causé des torts importants à Wall Street. Je rappelle d’ailleurs avoir de longue date demandé une révision de ces comportements, et par exemple l’interdiction des programmes informatiques automatiques qui sont utilisés par les financiers pour spéculer en Bourse.” Oui, le matérialisme scientifique….

    Pour ceux que cela intéresse, pourquoi la bourse est truquée :
    “Une sorte de hold-up technologique, ni vu ni connu… Comme si vous arriviez au cinéma pour voir le dernier film dont tout le monde parle. Vous prenez place dans la file devant la caisse, et quand arrive votre tour un inconnu surgit devant vous, et prend votre place. Ainsi de suite, avec un deuxième, puis un troisième, jusqu’à ce que la salle soit pleine. A ce moment, l’inconnu se tourne vers vous et vous propose de vous revendre son billet. Plus cher !”

    link to leblogalupus.com

    Vous trouverez une vidéo édifiante. La bourse de Paris n’est plus sur le sol français. Elle est en Angleterre…..Les techniques de distribution sont poussées à leur paroxysme (un parasitage).
    Le libéralisme n’est pas un laisser-faire contrairement à ce que veulent nous faire croire les idéologues. Il ne peut subsister sans un cadre bien défini (les postulats sont les conditions). Il est le garant de la liberté et de l’égalité. Il est par conséquent, au centre des deux extrêmes que sont le communisme d’un côté (excès de gestion, monopole de la distribution avec oligarchie et même monarque) et l’anarchie de l’autre (absence de gestion, ordo ab chaos). C’est un juste milieu, un équilibre qui nécessite une veille de tous les instants.
    L’information est au coeur de la stratégie. Elle doit être transparente, libre, donc la plus pure et parfaite possible. Ce qui est loin d’être le cas, aujourd’hui….
    ps : merci pour ce billet.


  13. Charlie Bermude Le 09 octobre 2015 à 16h14
    Afficher/Masquer

    Tout à fait d’accord ;Maurice Allais est confondant d’intelligence . Je connaissais ces textes et quelques autres . Le jury Nobel sait au moins reconnaitre les talents , aucun doute . Je crains que s’il a eu le prix Nobel c’est qu’il a commis une erreur quelque part . Je ne sais pas où ; je n’ai pas pris le temps de l’étudier .


    • groucho Le 10 octobre 2015 à 04h03
      Afficher/Masquer

      Aucun doute en effet : en voici quelques uns, tous ayant appartenu au temple du néo-libéralisme qu’est la Société du Mont Pèlerin.
      link to montpelerin.org


      • Charlie Bermude Le 10 octobre 2015 à 09h20
        Afficher/Masquer

        Je ne comprends pas bien , ce que vous voulez signifier là . Sauf que l’erreur est probablement dans cette direction , ce que je vous accorderai volontiers . Malgré leur attachement commun au néolibéralisme , ce sont des talents . La complexité chez Hayek , la monnaie chez Friedman , sont des avancées , bien que perverties . L’idée de Allais selon laquelle liberté et justice vont de pair , plutot que sa formulation libéralisme/socialisme , aussi . A mon avis il existe un hiatus depuis K Marx avec le véritable libéralisme , celui des fondateurs Smith , Ricardo . Personne ne veut tirer les conséquences de leurs fondements , méme pas K Marx qui n’a fait que la moitié du chemin , laissant les Marxistes patauger dans les brumes de la transformation des valeurs en prix façon dialectique . Alors que les mathématiques , selon moi , permettraient d’éclaircir . Mais là aussi çà butte , malgré les formidables développements depuis le début 20e siécle on en reste à l’esprit antérieur , axiomatique , moins dérangeants , mais poussés à l’absurde .


        • groucho Le 10 octobre 2015 à 13h41
          Afficher/Masquer

          Il faut déréglementer, privatiser, réduire et simplifier les programmes de sécurité sociale, diminuer la protection contre le chômage, supprimer le programme de subventions aux logements et le contrôle des loyers, abolir le contrôle des prix et de la production dans l’agriculture, réduire le pouvoir syndical
          Friedrich Hayek, 1960

          Une avancée, en effet… aux yeux de la Banque de Suède !


  14. SPQR Le 11 octobre 2015 à 14h38
    Afficher/Masquer

    Je prends beaucoup de plaisir à la lecture des textes de M. Allais et j’essaie vraiment de les aborder sans lunettes dogmatiques pour mieux en tirer parti mais je ne peux pas m’empêcher de bloquer sur un point : sa définition du socialisme comme vélléité de redistribuer les richesses… En situant l’action socialiste en aval du processus de production et le libéralisme en amont, il parvient en effet à réconcilier les deux ; mais ayant pour ma part toujours défini le socialisme comme la propriété collective des moyens de production, j’y vois une action intervenant en amont du processus de production et intimement liée à une bonne DISTRIBUTION des richesses et, partant, parfaitement incompatible avec le libéralisme…


Charte de modérations des commentaires