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Comment le Russia-gate légitime l’usage de la censure, par Joe Lauria

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Source : Joe Lauria, Consortium News, 04-12-2017

Selon Joe Lauria, l’hystérie du Russia-gate est passée d’une simple stratégie visant à neutraliser ou faire destituer Donald Trump à une excuse visant à faire taire ceux qui refusent, aux États-Unis, l’idée d’une nouvelle guerre froide.

A la fin du mois d’octobre dernier, j’ai écrit un article pour Consortiumnews concernant le financement par la direction du parti démocrate et par l’équipe de campagne d’Hillary Clinton de publications non-vérifiées qui ont servi de base à cette histoire controversée d’ingérence supposée de la Russie, sur ordre du président russe Vladimir Poutine, dans les élections présidentielles américaines de 2016.

L’ancienne Secrétaire d’État Hillary Clinton s’adressant à ses partisans lors d’un meeting à Phoenix, dans l’Arizona, le 21 mars 2016 (photo de Gage Skidmore)

Cet article démontrait que les deux sources financées par les démocrates afin de faire croire au Russia-gate sont au mieux sujettes à caution. La première de ces sources est le dossier largement non-authentifié constitué par l’ancien espion britannique Christopher Steele, et composé de documents plus que douteux visant à faire passer Trump pour une sorte de candidat fantoche de la Russie.

Et la seconde source était CrowdStrike, une entreprise privée opposée à M. Poutine, qui a examiné l’ordinateur de la direction du parti démocrate pour en conclure de façon douteuse à l’existence d’un piratage russe. Suite à l’examen, dans des conditions similaires, du piratage d’une application ukrainienne d’artillerie, Crowdstrike a également accusé la Russie mais avait utilisé des données fausses pour rédiger son rapport, rapport qu’ils ont donc été forcés de réécrire par la suite.. La direction du parti démocrate a mandaté Crowdstrike après qu’elle a refusé de laisser le FBI examiner ses serveurs.

Mon article décrivait également les dangereuses conséquences qu’aurait le fait, pour les démocrates, de croire en la réalité du Russia-gate . C’est-à-dire une forte augmentation des tensions géopolitiques entre une Russie disposant de la bombe nucléaire et les États-Unis, et la résurgence d’un certain McCarthysme semant la peur – notamment dans les milieux universitaires, journalistiques et dans les organisations de défense des droits civils – parmi ceux qui remettraient en question le dogme communément admis de la culpabilité de la Russie.

Suite à la publication de l’article sur Consortiumnews, j’ai essayé d’être publié sur un média dominant en publiant une version de cet article sur le HuffPost, qui est le nouveau nom donné au Huffington Post depuis le mois d’avril dernier par sa nouvelle direction. En tant que contributeur du site depuis février 2006, les rédacteurs du HuffPost me font suffisamment confiance pour que je publie mes articles directement. Toutefois, moins de 24 heures après sa publication, le 4 novembre, les rédacteurs du HuffPost ont retiré l’article du site sans aucune explication.

C’est là un comportement contraire aux principes originaux du journalisme que ce site affirmait promouvoir. Par exemple, en 2008, Arianna Huffington déclara à l’animateur radio Don Debar que « Nous acceptons toutes les opinions, sauf les théories du complot ». Elle ajouta : « Les faits sont sacrés. Cela fait partie de notre philosophie du journalisme. »

Mais Huffington a quitté son poste de rédactrice en chef en août 2016 et n’a désormais plus aucun rapport avec le site. Celui-ci est dirigé par Lydia Polgreen, une ancienne journaliste et rédactrice en chef du New York Times, qui a visiblement des idées très différentes. En avril, elle a mené une refonte complète du site et l’a renommé HuffPost.

Avant le changement de direction, j’avais publié plusieurs articles sur le Huffington Post au sujet de la Russie sans qu’il ne s’ensuive le moindre problème. Par exemple, le Huffington Post a publié mon article du 5 novembre 2016 qui prédisait que si Mme Clinton perdait, elle accuserait la Russie. Mon propos a été confirmé dans le livre Shattered, sur la campagne présidentielle vue de l’intérieur, qui révélait qu’immédiatement après la défaite de Clinton, ses conseillers de haut rang décidèrent de reprocher sa défaite à la Russie.

Le 12 décembre 2016, j’ai publié un autre article, que les rédacteurs du Huffington Post ont valorisé, intitulé « la campagne d’accusation de la la Russie pour renverser le résultat des élections tourne a plein régime ». J’affirmais que « les États-Unis ont accusé la Russie de nombreuses choses, et bien que ces accusations ne semblent pas avoir reçu la moindre preuve, elles semblent avoir un très large crédit. »

Après avoir publié une version mise à jour de l’article publié sur Consortiumnew – renommée Sur les origines du Russia-gate – j’ai été informé 23 heures plus tard par l’un de mes contacts sur Facebook que cet article avait été retiré par les rédacteurs du HuffPost. Ayant été reporter pour les médias dominants pendant plus d’un quart de siècle, je sais que la règle qui prévaut dans les rédactions est qu’avant de prendre la grave décision de retirer un article, on contacte l’auteur pour lui permettre de le défendre. Je n’en ai jamais eu l’occasion ; aucune procédure applicable n’a été suivie. Mon e-mail demandant à l’un des rédacteurs du HuffPost a été tout simplement ignoré.

Soutien des médias indépendants

A l’instar du mot « fascisme », le mot « censure » est une accusation utilisée à tort et à travers, et j’évite habituellement de l’employer. Mais en l’absence de toute explication, je ne pouvais que conclure que la décision de retirer mon article obéissait à des motivations politiques, et non pas éditoriales.

Le graphique en pointillés du New York Times montrant le Kremlin surplombant la Maison blanche

Je suis politiquement indépendant, et je renvoie dos à dos les deux partis dominants pour avoir échoué à défendre les intérêts de millions d’Américains. Je m’en tiens aux faits et j’en tire les conclusions qui s’en dégagent. Dans ce cas les faits indiquent que le rapport fait par le FBI, la NSA et la CIA sur les ingérences russes supposées dans les élections, préparé par des gens que le directeur des services de renseignement d’alors, James Clapper, appelait des « analystes soigneusement sélectionnés », était en réalité basée pour l’essentiel sur des informations non-vérifiées et des spéculations, et non sur un travail de renseignement sérieux.

Le rapport est même parvenu à la conclusion que les analystes n’affirmaient pas que les allégations d’ingérence russe étaient factuelles. Il contenait l’avertissement suivant : « les jugements n’impliquent pas que nous avons des preuves qui montrent que quelque chose est réel. Les rapports sont basés sur les informations qui ont été collectées, qui sont souvent incomplètes ou fragmentaires, autant que sur sur la logique, les arguments et les précédents. »

Le 6 janvier, pressé par l’heure limite du bouclage de l’édition, Scott Shane, du New York Times, a écrit sans réfléchir ce qu’ont sans doute pensé bien des lecteurs du rapport : « il manque au rapport public ce que beaucoup d’Américains attendaient avec insistance : des preuves réelles à l’appui des affirmations des services secrets suivant lesquelles le gouvernement russe aurait orchestré l’attaque survenue pendant les élections… Au lieu de cela, le message qu’envoient les agences de sécurité se résume à la formule “faites-nous confiance” ».

Et pourtant, suite à la publication du rapport du 6 janvier, des dirigeants du parti démocrate ont affirmé à tort que le « rapport » était représentatif de l’avis que partageaient les 17 services de renseignements américains – pas uniquement les analystes « soigneusement sélectionnés » par trois services – et une bonne partie des médias américains dominants ont commencé à traiter les accusations de « piratage » russe comme des faits indiscutables, et non comme une affirmation incertaine démentie tant par le gouvernement russe que par WikiLeaks, qui rappelle que ce n’est pas la Russie qui lui a fourni les deux séries de mails du parti démocrate.

(Il existe également des désaccords au sein des services de renseignements américains sur l’hypothèse qu’un « piratage » via internet était tout simplement possible, si l’on en croit la vitesse de téléchargement, équivalente à celle d’une extraction depuis un ordinateur via une clé USB, laissant penser à un copier-coller sur une clé USB par un membre du parti démocrate).

Néanmoins, suite au bourrage de crâne sur les « 17 services de renseignements » et la couverture médiatique grossière de la part des médias dominants, l’opinion publique a fini par conclure que les accusations contre la Russie ne peuvent être remises en question. Si vous demandez à quelqu’un qui croit au Russia-gate sur quoi repose cette croyance, il évoquera invariablement le rapport du 6 janvier et rira au nez de quiconque exprimera le moindre doute à ce propos.

Par exemple, un ancien agent de la CIA a déclaré le mois dernier à The Intercept : « Tous les services de renseignements disent que les russes sont à l’origine du piratage. Nier cela revient à défendre l’idée que les Japonais n’ont pas bombardé Pearl Harbor. »

Le fait qu’un média supposément dissident comme The Intercept ait pu reprendre cette affirmation en dit long sur l’importance des biais médiatiques lorsqu’il s’agit d’évoquer le Russia-gate . Il existe de vrais films montrant des avions japonais attaquant Pearl Harbor et des navires américains en train de brûler – et nous avons les témoignages de milliers de soldats et de marins américains. Pourtant, en ce qui concerne le Russia-gate, nous n’avons que les opinions de quelques agents « sélectionnés » des services de renseignements qui admettent eux-mêmes qu’ils ne considèrent pas leurs opinions comme des faits. Aucun rédacteur en chef sérieux ne mettrait sur un même pied d’égalité une source anonyme et intéressée et deux sources de première main.

Dans ce contexte de pensée de groupe, il était sans doute aisé pour les rédacteurs du HuffPost de donner suite à quelques plaintes de lecteurs et de décider de retirer joyeusement mon article. Toutefois, avant que mon article ne soit retiré, 125 personnes l’avaient partagé. Ray McGovern, un ancien analyse de la CIA et contributeur régulier au site Consortiumnews, a ensuite pris mon parti, étant le premier à écrire au sujet de la censure au sein du HuffPost sur son blog. McGovern a mis dans son article un lien vers un fichier pdf que j’ai extrait de l’article censuré sur le HuffPost. Ce fichier a été ensuite republié sur d’autres sites internet.

Le journaliste Max Blumenthal a tweeté à ce propos. Le réalisateur et écrivain britannique Tariq Ali a posté le fichier sur sa page Facebook. Ron Paul et Daniel McAdams m’ont longuement interviewé dans leur émission de télévision au sujet de la censure. ZeroHedge a écrit un article abondamment partagé et quelqu’un a pris le temps, 27 minutes et 13 secondes pour être exact, de lire l’article entier sur YouTube. J’ai initié une pétition pour que le HuffPost, dirigé par Mme Polgreen, justifie le retrait de l’article ou le remette. Elle a recueilli pour le moment 1 900 signatures pour le moment. Si une analyse factuelle sérieuse de mon article a été faite, il faut qu’elle existe et soit publiée.

Chiens de garde et médias pro-censure

Malgré ce soutien de la part des médias indépendants, j’ai appris qu’un dirigeant de Fairness and Accuracy in Reporting a refusé de soutenir ma cause parce qu’il était convaincu de la réalité du Russia-gate . J’ai également appris qu’un dirigeant de l’American Civil Liberties Union a rejeté ma demande de soutien, parce qu’il y croyait également. Ces deux organisations ont pourtant précisément été créées pour défendre par principe, et non par choix, les individus dans de telles situations.

Le président russe Vladimir Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel au Kremlin le 10 mai 2015. (Photo du gouvernement russe)

Les avis de ces associations sur l’existence, ou non, du Russia-gate, est en principe sans incidence sur leur devoir de défendre le journalisme et de protéger les libertés civiles. La question est ici de savoir si les journalistes ont le droit d’exprimer leur scepticisme quant à ce dernier dogme aux fondements douteux. Je redoute – suite à l’hystérie envers la Russie et l’animosité envers Trump – que leurs décisions soient dictées par des considérations liées aux carrières de leurs membres et à leur financement, et que les principes soient purement et simplement mis de coté.

Un média en ligne a pris résolument la défense du HuffPost. Steven Perlberg, un reporter pour le site BuzzFeed, a demandé au HuffPost pourquoi mon article avait été retiré du site. Sans m’en aviser, les rédacteurs du site ont transmis à BuzzFeed un communiqué indiqué que « l’article auto-publié de M. Lauria nous a ensuite été signalé par les lecteurs, et nos rédacteurs ont décidé, après avoir estimé que la publication contenait de nombreuses affirmations inexactes ou trompeuses, de la retirer pour infraction à nos conditions d’usage ». Ces conditions incluent le retrait pour « toute raison », ce qui inclue apparemment la censure.

Perlbert a publié le communiqué du HuffPost sur Twitter. Je lui ai demandé s’il avait demandé aux rédacteurs du site ce qu’étaient ces « nombreuses erreurs » et ces « affirmations trompeuses ». Je lui ai demandé de me contacter pour qu’il ait ma version des faits. Il m’a totalement ignoré. Il n’a rien écrit à ce sujet. Il a apparemment cru le HuffPost et ce fut tout. En agissant de la sorte, il a validé le principe de la censure.

BuzzFeed est, bien sûr, le média à scandale qui a publié l’intégralité du dossier Steele en toute irresponsabilité, alors même que les accusations – pas seulement envers Donald Trump mais aussi envers d’autres personnalités – n’étaient pas étayées. Ensuite, le 14 novembre, le journaliste de BuzzFeed Jason Leopold a écrit l’un des articles les plus ridicules d’une longue lignée d’articles sur le Russia-gate, en écrivant que le ministre russe des Affaires étrangères avait envoyé de l’argent aux Consulats russes aux États-Unis « pour financer la campagne électorale de 2016 ». Ce scoop a été à l’origine de « unes » tapageuses, avant qu’il ne s’avère que les sommes avaient pour objet de permettre aux citoyens russes résidant aux États-Unis de voter pour les élections législatives russes de 2016.

J’ai eu une discussion sur Facebook avec Gary Sick, un universitaire qui a servi dans les équipes de la sécurité nationale des présidents Ford et Carter. Cette discussion m’a montré à quel point le Russia-gate est basé sur la croyance et non les faits. Quand j’ai interrogé Sick sur les preuves de l’ingérence russe, il a répondu « si ça marche comme un canard et que ça parle comme un canard… » Quand je lui ai dit que c’était une réponse un peu courte pour des accusations aussi graves, il a coupé court, en colère, à la discussion.

Une partie de ce dogme du Russia-gate trouve son origine dans la colère – et même la honte – ressentie par de nombreux Américains par rapport à l’élection de M. Trump. Ils veulent y trouver une explication qui n’accuse ni la population américaine, ni son système politico-médiatique malade. Il est plus plus rassurant, d’une certaine façon d’accuser une quelconque puissance étrangère, tout en niant au passage la légitimité de M.Trump en tant que président élu. Cela laisse un certain espoir de pouvoir renverser, d’une façon ou d’une autre, le résultat de cette élection.

Et puis, il se trouve tellement de personnalités et d’organisations importantes pour confirmer les soupçons envers la Russie que ceux-ci doivent bien être fondés. C’est là un point important : lorsque le crédit donné à une histoire devient fondé sur la croyance et la défense des intérêts de ses promoteurs, les personnes qui expriment honnêtement leurs doutes sont marginalisées et traînées dans la boue. C’est ainsi que fonctionnent les dogmes, comme nous l’avons vu avant l’invasion américaine de l’Irak, lorsque le fait d’exprimer des doutes sur les armes de destruction massive irakiennes faisait de vous un « fanatique de Saddam ».

Au fur et à mesure que le dogme se répand, ceux qui y croient le plus traitent avec dédain les faits qui les poussent à remettre en question ce dont ils sont déjà convaincus. Ils ne vont pas perdre de temps pour faire un examen rébarbatif des faits on s’engager dans un discussion détaillée, même sur quelque chose d’aussi grave qu’une nouvelle Guerre froide avec la Russie.

C’est l’explication la plus probable à la censure par le HuffPost : une réaction instinctive à la remise en cause de leur croyance dans le Russia-gate.

Pourquoi l’information critique est supprimée

Toutefois, le HuffPost n’est pas un cas isolé. Il s’insère dans un contexte de censure grandissante de l’information qui critique, les entreprises et des dirigeants politiques américains. Par la censure, ils tentent de se protéger d’un peuple sans cesse plus hostile. C’est vieux comme le monde : une élite riche et puissante jugulant le mécontentement populaire en essayant de ne pas révéler comment les bénéficiaires du système s’enrichissent au détriment des autres, à l’intérieur des frontières comme à l’étranger.

Prestation de serment du Président Donald Trump, le 20 janvier 2017 (capture d’écran du site whitehouse.gov)

L’un des enseignements de la campagne électorale de 2016 a été que de plus en plus d’Américains en ont assez après trois décennies de néolibéralisme au cours desquelles l’élite des Américains s’est énormément enrichie alors qu’une immense majorité de la population s’est appauvrie. La population est, de même, de plus en plus lasse des guerres absurdes déclenchées par l’élite pour défendre ses propres intérêts, tout en les faisant passer pour l’intérêt national.

Les dirigeants américains des deux principaux partis sont menacés par le mécontentement populaire à droite comme à gauche. Ils ont été alarmés par la « rébellion » menée par Bernie Sanders et par la victoire de Donald Trump, même si Trump est à présent en train de trahir les groupes qui ont voté pour lui, en promouvant des mesures fiscales et d’assurance maladie faites pour les enfoncer encore davantage et pour bénéficier aux plus riches.

Les fausses promesses de campagne de M. Trump ne feront qu’aggraver le problème qu’ont les dirigeants avec une population indocile. Les Américains font face à des inégalités économiques plus larges encore que durant le Gilded Age [période de prospérité US de1865-1901, NdT]. Ils sont également davantage concernés par des guerres qu’à cette époque. Les dirigeants américains d’aujourd’hui sont engagés dans des conflits multiples, depuis la Seconde guerre mondiale, suite à des décennies d’invasions et de coups d’État afin de défendre leurs intérêts mondiaux.

Les gens qui ont la richesse et le pouvoir semblent sans cesse craindre de les perdre tous les deux. En conséquence, les ploutocrates utilisent les oligopoles médiatiques qu’ils possèdent afin de supprimer les informations qui critiquent les guerres et la répression sur le territoire américain. Par exemple, les médias n’ont presque rien dit à propos de la police militarisée avant que cette information n’éclate à la faveur des manifestations de Ferguson et plus récemment une bonne partie de ce mécontentement a été ignoré.

Les journalistes arrivistes sont prêts à accepter le principe de supprimer des informations pour sauver leur emploi, leur statut social, et leur mode de vie. Pendant ce temps-là, un nombre sans cesse croissant de pigistes mal payés se battent pour faire des reportages sur les quelques événements qui font encore de l’audience, en adoptant le point de vue des médias dominants et de leurs riches propriétaires.

Pour évoluer dans cet univers médiatique, la plupart des journalistes savent comment éviter d’évoquer le contexte historique des guerres de domination déclenchées par les États-Unis. Ils savent accepter, sans la moindre critique, les poncifs des dirigeants américains de diffusion de la démocratie, tout en dissimulant les véritables buts de ces guerres.

Ce ne sont pas les exemples qui manquent : le rôle des États-Unis dans le coup d’État en Ukraine a été nié ou minimisé ; un rapport parlementaire britannique mettant en lumière les mensonges américains qui ont conduit à la destruction de la Libye a été supprimé ; et, plus notoirement, les médias ont fait la promotion de la fausse information sur les armes de destruction massives et le mythe « d’apporter la démocratie » en Irak, ce qui a conduit à l’invasion illégale et au saccage de ce pays. Un exemple récent en date du mois de novembre dernier est un reportage de l’émission « 60 minutes » sur la destruction du Yémen par l’Arabie saoudite évitant soigneusement d’évoquer le rôle crucial joué par les États-Unis dans ce carnage.

J’ai préparé de nombreux articles critiques envers la politique étrangère des États-Unis qui ont été soumis à l’un des grands journaux américains avant d’être rejeté ou modifié au cours du processus éditorial. Par exemple, le mémo déclassifié de la Defense Intelligence Agency en date du mois d’août 2012 qui anticipait correctement l’émergence de l’État islamique deux ans plus tard.

Le document, dont j’ai vérifié l’authenticité auprès de l’un des porte-parole du Pentagone, indiquait que les États-Unis et leurs alliés turcs, européens et des États arabes du Golfe, soutenaient l’établissement d’une principauté salafiste dans l’Est de la Syrie afin de mettre le gouvernement syrien sous pression, mais le document mettait en garde contre le risque que ce sanctuaire salafiste ne se transforme en un « État islamique ».

Mais un tel article aurait nui à la rhétorique du gouvernement américain sur la « guerre contre le terrorisme » en révélant que la stratégie réellement suivie par les États-Unis risquait de mener à l’expansion de l’emprise djihadiste en Syrie. Cet article a été rejeté deux fois par mes rédacteurs en chef et a eu de l’écho essentiellement – sinon exclusivement – sur des sites d’information indépendants, à l’audience bien plus modeste.

Un autre article que j’avais rédigé en juin 2012, exactement un an après le début de la guerre en Syrie, expliquant que les motivations de la Russie en Syrie étaient d’y défaire la menace djihadiste, fut également refusé. Les médias dominants voulaient entretenir le mythe des objectifs « impériaux » que poursuivrait la Russie en Syrie. J’ai été contraint de publier cet article hors des États-Unis, dans un journal sud-africain.

En septembre 2015, à l’Assemblée générale des Nations unies, le président russe Vladimir Poutine confirma le bien-fondé de mon article sur les objectifs de la politique russe en Syrie qui étaient d’empêcher les djihadistes de prendre le pouvoir. Poutine invita les États-Unis à se joindre à cette entreprise, alors que Moscou était sur le point de lancer son intervention militaire à la demande du gouvernement syrien. Le gouvernement Obama, persistant à réclamer un « changement de régime » en Syrie, refusa. Et les médias dominants continuèrent à propager le mythe que la Russie intervenait afin de restaurer sa « gloire impériale ».

Il était bien plus facile de promouvoir la rhétorique « impériale » et d’ignorer l’intervention très claire de M. Poutine sur la chaîne de télévision française TF1, qui n’a été relayée par aucun média américain.

Poutine déclara alors : « Souvenez-vous à quoi ressemblaient la Libye ou l’Irak avant que ces pays et leurs institutions ne soient détruits en tant qu’États par les forces armées de nos partenaires occidentaux. Ces États ne montraient aucun signe de terrorisme. Ils ne constituaient une menace ni pour Paris, ni pour la Côte d’Azur, ni pour la Belgique, pour la Russie, ou pour les États-Unis. Maintenant, ce sont les berceaux des menaces terroristes. Notre objectif est d’éviter que la même chose n’arrive en Syrie. »

Pourquoi la Russie est visée

Alors, où doivent regarder les journalistes occidentaux à l’esprit libre si leurs articles critiques envers le gouvernement américain et les entreprises américaines sont supprimés ?

Tombeau du soldat inconnu devant le mur du Kremlin, le 6 décembre 2016 (Photo de Robert Parry)

Il est impératif de publier ces articles – et les médias russes donnent la possibilité de les publier. Cela pose un nouveau problème pour la ploutocratie. La suppression des informations critiques dans ses médias aux ordres ne sert plus à rien si ces informations se diffusent via les médias russes (et certains sites internet occidentaux dissidents).

La solution a été de stigmatiser le contenu du réseau de télévision russe RT comme de la « propagande », puisque ce réseau diffuse des faits et des opinions dont on a fait en sorte que la plupart des Américains n’aient pas connaissance. Mais ce n’est pas juste parce que ces points de vue – dont beaucoup sont ceux d’Américains ou d’autres Occidentaux – ne sont pas ceux que l’on entend habituellement dans les médias dominants américains, qu’il s’agit là d’une propagande qui doit être combattue et réduite au silence.

En tant que chaîne d’information anglophone financée par le gouvernement russe, RT diffuse également une perspective russe, de la même manière que CNN et le New York Times diffusent une perspective américaine et la BBC une perspective britannique. Les journalistes des médias américains dominants, si j’en crois mon expérience, nient avec arrogance supprimer des informations et sont persuadés qu’ils diffusent des informations d’une perspective universelle plutôt qu’une image du monde américano-centrée et vue par le petit bout de la lorgnette.

Les points de vue des Iraniens, des Palestiniens, des Russes, des Nord-Coréens et d’autres ne sont jamais pleinement relayés dans les médias occidentaux alors même que la mission supposée du journalisme est d’aider les citoyens à comprendre un monde à la complexité effrayante, depuis des perspectives multiples. Il est impossible de le faire sans prendre en compte ces points de vue. Les ignorer de façon routinière ou même systématique permet également de déshumaniser les citoyens de ces pays et d’accroître le soutien dans l’opinion publique à l’idée de leur faire la guerre.

En accusant RT ou Sputnik de semer la discorde aux États-Unis en évoquant des sujets tels que les sans-abri, le racisme, la police militarisée échappant à tout contrôle, comme si ces problèmes clivants n’existaient pas, on fait de la Russie un bouc-émissaire. Les médias dominants américains semblent également oublier que le gouvernement américain a entrepris depuis au moins 70 ans de s’ingérer dans les élections des autres pays, de les envahir, d’y fomenter des coups d’État, de les viser par des campagnes de désinformation dans les médias étrangers, et d’y mener des cyberattaques.

A présent, c’est Moscou qui se trouve accusé de toutes ces transgressions américaines. Il y a également dans cela une sorte d’auto-glorification pour ce peuple « qui a réussi », l’enjeu étant pour l’élite de démontrer à quel point ce pays elle est merveilleusement démocratique si on la compare à ces ogres en Russie.

Le point dominant de la plainte sur la « propagande russe » est que lorsque les institutions démocratiques américaines, y compris la presse et le processus électoral, s’effondrent sous le poids de la corruption que les élites américaines ont créée ou maintenue, il faut blâmer quelqu’un d’autre. La Russie est à la fois un bouc émissaire ancien et nouveau.

L’évaluation des renseignements du 6 janvier sur l’ingérence présumée des Russes dans les élections est un bon exemple de la façon dont cela fonctionne. Un tiers de son contenu est une attaque contre RT qui « sape la démocratie américaine » en faisant un reportage sur Occupy Wall Street, la manifestation contre le pipeline du Dakota et, pour couronner le tout, la tenue d’un « débat entre les candidats des partis tiers ».

Selon l’évaluation du 6 janvier, les crimes de RT comprennent le fait de signaler que « le système bipartite américain ne représente pas les points de vue d’au moins un tiers de la population et est une “imposture” ». RT « met en avant également la critique des prétendues faiblesses américaines en matière de démocratie et de libertés civiles ». En d’autres termes, les reportages sur des événements dignes d’intérêt et le fait de permettre à des petits candidats d’exprimer leurs opinions portent atteinte à la démocratie.

Le rapport affirme également que tout cela équivaut à une « campagne dirigée par le Kremlin pour saper la confiance dans le gouvernement américain et alimenter la contestation politique », mais il convient de noter que ces contestations par des Américains mécontents sont contre les privilèges des riches et des gens influents, un statu quo que les services de renseignement protègent régulièrement.

Il y a aussi des raisons plus profondes pour lesquelles la Russie est ciblée. L’histoire du Russie-gate s’inscrit parfaitement dans une stratégie géopolitique qui précède depuis longtemps les élections de 2016. Depuis que Wall Street et le gouvernement américain ont perdu la position de force en Russie qui existait sous le président malléable Boris Eltsine, la stratégie a été d’exercer des pressions pour se débarrasser de Poutine afin de rétablir un dirigeant ami des États-Unis à Moscou. Les craintes de la Russie quant aux projets américains de « changement de régime » au Kremlin sont fondées.

Moscou voit une Amérique agressive étendre l’OTAN et envoyer 30 000 soldats de l’OTAN à ses frontières ; tenter de renverser un allié laïc en Syrie avec des terroristes qui menacent la Russie elle-même ; soutenir un coup d’État en Ukraine comme prélude possible à des actions contre la Russie ; et utiliser les ONG américaines pour fomenter des troubles à l’intérieur de la Russie avant qu’elles ne soient obligées de s’enregistrer en tant qu’agents étrangers. La Russie veut que les Américains comprennent cette perspective.

La censure accélérée dans le secteur privé

La Constitution interdit au gouvernement d’imposer des restrictions préalables ou une censure, bien que ces tactiques aient été imposées, en grande partie sans contestation, pendant les deux guerres mondiales. Les journaux américains ont volontairement accepté de se censurer pendant la Seconde Guerre mondiale avant que le gouvernement ne le fasse.

Des dirigeants de Facebook, Twitter et Google ont comparu devant un sous-comité judiciaire du Sénat sur la criminalité et le terrorisme le 31 octobre 2017.

Pendant la guerre de Corée, le général Douglas MacArthur a déclaré qu’il ne souhaitait pas « rétablir la censure de temps de guerre » et a plutôt demandé à la presse de s’autocensurer. Il l’a obtenu en grande partie jusqu’à ce que les journaux signalent des pertes américaines sur le champ de bataille. Le 25 juillet 1950, « l’armée ordonne que les journalistes ne soient pas autorisés à “publier des critiques” injustifiées des décisions de commandement, et que l’armée soit “le seul juge et seul jury” sur ce qu’implique une critique “injustifiée” », selon une étude de l’Université de Yale sur la censure militaire.

Après que d’excellents reportages sur le terrain eurent fait connaître la Guerre du Vietnam aux États-Unis, les militaires ont réagi en instaurant, au début de la première guerre du Golfe, un contrôle sérieux de la presse en « incluant » les reporters des médias privés qui acceptaient l’arrangement, tout comme les journaux de la Seconde Guerre mondiale se censuraient eux-mêmes.

Il est important de comprendre que le Premier amendement ne s’applique pas aux entreprises privées, y compris les médias. Il n’est pas illégal pour eux de pratiquer la censure. Je n’ai jamais invoqué le premier amendement contre le HuffPost, par exemple. Cependant, sous la pression de Washington, même en temps de paix, les entreprises médiatiques peuvent faire le sale boulot du gouvernement pour censurer ou limiter la liberté d’expression au profit du gouvernement.

Ces dernières semaines, nous avons assisté à une accélération des tentatives de la part des entreprises d’empêcher les médias russes aux États-Unis. Google et Facebook, qui dominent le Web avec plus de 50 % des recettes publicitaires, ont d’abord résisté aux pressions du gouvernement pour censurer la « propagande russe ». Mais ils y viennent.

Eric Schmidt, président exécutif d’Alphabet, la société mère de Google, a déclaré le 18 novembre que Google « déclasseraient » des articles de RT et Sputnik dans les recherches Google, rendant ces récits difficiles à trouver pour le lecteur. Le milliardaire Schmidt a affirmé que les informations russes peuvent être « répétitives, abusives, fausses ou susceptibles d’être utilisées comme des armes », a-t-il déclaré. C’est ainsi que les nouvelles factuelles critiques à l’égard du leadership politique et des entreprises américaines sont perçues, comme une arme.

« Mon propre point de vue est que ces modèles peuvent être détectés, et qu’ils peuvent être démantelés ou dépriorisés », a dit Schmidt.

Bien que Google dissimulerait effectivement les nouvelles produites par RT et Sputnik, Schmidt est sensible à l’accusation de censure, même s’il n y a rien légalement pour l’arrêter.

« Nous ne voulons pas interdire les sites. Ce n’est pas ainsi que nous opérons », a dit Schmidt cyniquement. « Je ne suis pas du tout en faveur de la censure. Je suis très fortement en faveur du positionnement (dans les moteurs de recherches NdT). C’est ce que nous faisons ».

Mais le « dépositionnement » ne vise pas seulement les sites russes ; les algorithmes de Google visent également les sites d’information indépendants qui ne suivent pas le troupeau médiatique – et sont donc accusés de propager la « propagande » russe ou autre s’ils remettent en question les récits occidentaux dominants sur, disons, la crise ukrainienne ou la guerre en Syrie. Un certain nombre de sites web alternatifs ont commencé à signaler une baisse soudaine du trafic dirigé vers leurs sites à partir des moteurs de recherche Google.

Répondant à une date limite du Congrès pour agir, Facebook a annoncé le 22 novembre qu’il informerait les utilisateurs s’ils ont été « ciblés » par la « propagande » russe. Le centre d’aide de Facebook indiquera aux utilisateurs s’ils ont aimé ou partagé des publicités prétendument diffusées par l’Internet Research Agency de Saint-Pétersbourg, qui aurait acheté 100 000 $ de publicités sur une période de deux ans, dont plus de la moitié après l’élection américaine de 2016 et dont beaucoup ne sont pas liées à la politique.

(La somme de 100 000 $ sur deux ans se compare aux 27 milliards de dollars de revenus annuels de Facebook. De plus, Facebook se contente de dire qu’il « croit » ou qu’il est « probable » que les annonces proviennent de cette entreprise, dont les liens avec le Kremlin n’ont pas encore été prouvés.)

Facebook a décrit ce geste comme « une partie de notre effort continu pour protéger nos plateformes et les gens qui les utilisent contre les mauvais acteurs qui essaient de miner notre démocratie ». Le Congrès exige plus de Facebook, donc il ne sera pas surprenant que les utilisateurs finissent par être informés lorsqu’ils auront aimé ou partagé un reportage RT à l’avenir.

Alors que le gouvernement ne peut pas fermer ouvertement un site d’information, le vote imminent de la Commission fédérale des communications sur la déréglementation de l’Internet, en mettant fin à la neutralité du net, permettra aux compagnies Internet privées américaines de marginaliser davantage les sites Web russes et dissidents en les ralentissant, ce qui dissuadera les lecteurs de les consulter.

De même, comme le gouvernement américain ne veut pas être vu en train de fermer ouvertement les opérations de RT, il travaille en douce pour y parvenir.

Après que le ministère de la Justice a forcé, sous la menace d’arrestation, RT à enregistrer ses employés comme agents étrangers en vertu de la loi sur l’enregistrement des agents étrangers, la porte-parole du département d’État Heather Nuaert a déclaré mardi dernier que « le FARA ne surveille pas le contenu des informations diffusées, ne limite pas la publication d’informations ou de documents de sensibilisation et ne limite pas la capacité d’une organisation à fonctionner ». Elle avait dit plus tôt que cette inscription n’aurait « pas d’incidence sur leur capacité de rapporter des nouvelles et de l’information. On les fait juste s’enregistrer. C’est aussi simple que ça. »

Donc, mercredi, le bureau de presse du Congrès a retiré aux correspondants de RT leurs cartes de presse d’accès aux locaux du Congrès, citant l’inscription au FARA. « Les règles des galeries [galeries au congrès ou se tient la presse autorisée NdT] stipulent clairement que les autorisations ne peuvent être délivrées à aucun candidat employé “par un gouvernement étranger ou son représentant”. Lors de son enregistrement en tant qu’agent étranger en vertu de la Loi sur l’enregistrement des agents étrangers (FARA), RT Network est devenu inéligible pour détenir des autorisations » dit la lettre à RT.

Malgré cela, les partisans du Russia-gate ignorent ces mesures agressives et exigent une action encore plus sévère. Après avoir forcé RT à s’inscrire, Keir Giles, un consultant principal de Chatham House, a agi comme si cela ne s’était jamais produit. Il a déclaré au cours d’une cyber-conférence le 27 novembre : « Bien que l’administration Trump semble peu susceptible de prendre des mesures contre les opérations d’information russes, il y a des mesures que le Congrès américain et d’autres gouvernements devraient envisager. »

J’ai commenté ce développement sur RT America. Il aurait également été bon d’avoir la réponse de Nuaert du Département d’État pour cette divergence entre l’affirmation selon laquelle les enregistrements forcés au FARA n’affecteraient pas la collecte des informations et le fait que c’est deja le cas. Ma critique à l’égard de RT est qu’ils devraient interroger les décideurs américains pour leur demander de rendre des comptes, plutôt que d’inviter la plupart du temps des personnes qui ne font pas partie de la structure du pouvoir. Les décideurs pourraient être appelés en direct s’ils refusaient de venir sur les plateaux.

Des attaques maccarthystes en augmentation

L’inquiétude des dirigeants occidentaux quant au risque d’un soulèvement populaire se voit aussi dans l’attaque inouïe et calomnieuse qu’a subi le site canadien globalresearch.ca. L’attaque a commencé par une étude glaçante de l’OTAN à propos de ce site relativement méconnu, suivie le 18 novembre par une attaque vicieuse du Globe and Mail, le plus important journal canadien. Le gros titre était alors : « Comment un site internet canadien est utilisé pour promouvoir la vision du monde du Kremlin ».

L’avocat Roy Cohn (à droite) avec le sénateur Joseph McCarthy

« Ce qui était autrefois vu comme un refuge en ligne relativement inoffensif pour les tenants des théories du complot est à présent considéré par les spécialistes de la guerre de l’information de l”OTAN comme un élément faisant partie d’une tentative concertée de mettre à mal la crédibilité des médias occidentaux dominants – ainsi que la confiance des opinions publiques américaines et européennes envers leurs gouvernements et leurs institutions. », écrit le Globe and Mail. « Global Research est vu par le “Strategic Communications Centre of Excellence” – ou StratCom – de l’OTAN comme jouant un rôle primordial de popularisation d’articles sans fondement qui s’avèrent correspondre à la propagande du Kremlin en particulier, et du régime d’Assad. »

Je n’ai pas été d’accord avec tout ce que j’ai lu sur le site, mais il s’agit là d’une bonne vitrine des « médias alternatifs ». De nombreux articles de Consortiumnews y sont republiés, y compris quelques-uns des miens. Mais la façon dont ce site partage des informations sur internet est considérée par l’OTAN comme un complot visant à ébranler le Monde libre.

La dénonciation du site par le Globe and Mail, sur la base du rapport de l’OTAN, continue en ces termes : « il utilise son influence pour promouvoir, non seulement ses propres articles d’opinion, mais également des “actualités” provenant de sites peu connus qui relaient régulièrement des informations douteuses ou fausses. Parfois, la diversité habituelle des articles liés à la politique internationale que l’on retrouve sur le site laisse la place à une rafale d’éléments qui ajoutent à des reportages douteux tout un ensemble d’articles d’opinion relayés sur les médias sociaux et retweetés par des bots actifs sur internet. »

Le journal continuait : « ‘De cette façon, ils améliorent le référencement de l’article sur Google et créent l’illusion d’une information vérifiée et provenant de sources multiples’, affirme Donara Barojan, qui effectue des recherches judiciaires en ligne [pour StratCom], tout en indiquant qu’elle n’avait encore aucune preuve que Global Research ait des liens avec un quelconque gouvernement. »

Ce type de diffamation n’est ni plus ni moins qu’une attaque éhontée contre la liberté d’expression de la part de la plus puissante alliance militaire du monde, sur la base de la conviction sans preuve que la Russie est une puissance fondamentalement mauvaise et que quiconque a des contacts avec elle ou partage tout simplement une partie de ses vues sur un monde multipolaire est suspect.

Certaines personnalités sont désormais également dans le viseur de cette nouvelle chasse aux sorcières maccarthyste. Le 25 novembre, le Washington Post a publié un article virulent envers le joueur de hockey sur glace des Washington Capitals Alex Ovechkine, l’un des sportifs les plus estimés de la région de Washington, tout simplement parce que, comme 86 % des autres Russes, il soutient son président.

« Alex Ovechkine est l’un des plus grands partisans de Poutine. La question est : pourquoi ? » voyait-on à la Une. L’article insinuait de manière insidieuse qu’Ovechkine était manipulé par son président et instrumentalisé afin de mettre en place une campagne médiatique visant à soutenir Poutine, qui est sans cesse violemment critiqué aux États-Unis, où Ovechkine est un joueur professionnel de hockey sur glace.

« Il a fait une allégeance inconditionnelle à un homme dont les services de renseignements américains disent qu’il a orchestré l’ingérence russe dans les élections présidentielles de l’année dernière », écrivent les journalistes du Washington Post, montrant une nouvelle fois leur crédulité envers les agences de renseignement américaines qui n’ont apporté aucune preuve de leurs affirmations (et ont même admis ne pas considérer leurs affirmations comme des faits).

Des personnalités de moindre envergure sont également dans le collimateur. John Kiriakou, un ancien agent de la CIA qui a dénoncé l’usage de la torture et été incarcéré pour cela, fut exclu le 10 novembre d’un panel d’intervenants en Europe par un partisan de Bernie Sanders qui refusa d’apparaître en public à ses côtés au motif qu’il était le co-présentateur d’une émission sur Radio Sputnik.

Puis, la semaine dernière, Reporters sans frontières, une organisation ayant officiellement pour but de défendre la liberté de la presse, a tenté de faire exclure la journaliste Vanessa Beeley d’un panel d’intervenants à Genève afin de l’empêcher de présenter des preuves que les Casques blancs, un groupe qui se définit lui-même comme une organisation de secouristes dans les territoires contrôlés par les rebelles en Syrie, a des liens avec Al-Qaida. Le club de la presse suisse, qui organisait l’événement, a résisté aux pressions et a laissé Beeley s’exprimer.

Les obstacles au Russia-gate

Une bonne partie de cette hystérie mondiale et de cette censure sans cesse plus forte trouve son origine dans le Russia-gate. Pourtant, il est toujours aussi singulier que les médias du système n’aient pour le moment toujours pas démontré la moindre interférence russe significative dans les élections américaines. Et ni les services de renseignements, ni le procureur spécial Robert Mueller n’ont fait mieux. Les accusations sur lesquelles il enquête portent pour l’heure sur des affaires financières et sur des mensonges supposés aux autorités fédérales concernant des sujets sans lien avec la moindre « collusion » entre l’équipe de campagne de M. Trump et les Russes pour « pirater » les e-mails du parti démocrate.

L’ancien directeur du FBI, James Comey

Mueller pourrait bien prononcer davantage d’inculpations, et peut-être même poursuivre M. Trump pour entrave à la justice, puisqu’il a déclaré à la télévision avoir limogé M. Comey, en partie, à cause du « truc russe ». Mais la réaction maladroite de Trump à ce « scandale », qu’il a qualifié de « fausse information » et de « chasse aux sorcières », ne prouve pas davantage que M. Poutine et les Russes sont intervenus dans les élections américaines afin qu’elles débouchent sur une improbable victoire de M. Trump.

Ceux qui croient au Russia-gate nous ont demandé d’attendre l’inculpation du lieutenant général retraité Michael Flynn, qui fut brièvement le conseiller de M. Trump pour la sécurité nationale. Mais là encore, il n’est pas question d’une « collusion » pré-électorale, mais simplement d’accusations contre Flynn d’avoir menti au FBI ou d’avoir volontairement oublié des détails de deux entretiens concernant des problèmes politiques avec l’ambassadeur russe durant la transition – c’est-à-dire après les élections.

Et l’un de ces entretiens concernait la tentative de se conformer, sans succès, à une requête israélienne demandant à la Russie de bloquer une résolution des Nations unies condamnant les colonies israéliennes sur le territoire palestinien.

Ainsi que l’a tweeté le journaliste Yasha Levine : « Alors, le pays qui a influencé la politique des États-Unis par l’intermédiaire de Michael Flynn est Israël, pas la Russie. Mais M. Flynn a vraiment tenté d’influencer la Russie, et non l’inverse. Ha-ha. C’est cela, cette preuve accablante ? Quelle bonne blague. »

Il demeure un grand nombre d’obstacles importants avant de prouver la réalité du Russia-gate. Tout d’abord, il faut des preuves convaincantes que le gouvernement russe a véritablement « piraté » les e-mails du parti démocrate, tant ceux du Comité national que ceux du directeur de campagne de Mme Clinton John Podesta – et les a donné à WikiLeaks. Et il faut également démontrer que l’équipe de campagne de Trump a aidé cette opération et l’a exploitée – c’est là le sens du mot « collusion ».

Se pose aussi la question de savoir quelle importance a eu réellement , de toutes façons, la publication de ces e-mails. Ils ont certes démontré que la direction du parti démocrate a fait pencher la campagne des primaires en faveur de Mme Clinton plutôt que de M. Sanders ; ils ont mis en lumière le contenu des discours payants de Mme Clinton à Wall Street, que Mme Clinton a tenté de dissimuler aux électeurs ; et ils ont révélé certains côtés corrompus de la Fondation Clinton et de ses donateurs étrangers.

Mais – même si ce sont effectivement les Russes qui ont donné cette information aux Américains – ces questions n’ont pas été considérées comme ayant joué un rôle décisif dans la campagne. Mme Clinton a pour l’essentiel attribué sa défaite au directeur du FBI James Comey pour avoir clos puis rouvert l’enquête sur son usage inapproprié de son serveur de mails personnel en tant que Secrétaire d’État. Elle a également accusé la Russie (en répétant le mensonge des « 17 agences, toutes d’accord »), Bernie Sanders, la direction incapable du parti démocrate, et d’autres facteurs.

Les inquiétudes plus confuses sur le groupe russe ayant « probablement » acheté 100 000 dollars d’espace publicitaire, principalement après que les Américains eurent voté, comme si cela était un facteur important dans une élection à 6 milliards de dollars, sont trop stupides pour que l’on s’y attarde. Que RT et Sputnik publient des articles critiques envers Hillary Clinton, c’est leur droit, et ils ne sont pas les seuls à l’avoir fait. L’audience de RT et de Sputnik aux États-Unis est ridicule comparée à celle Fox News, qui a éreinté Mme Clinton tout au long de la campagne, ou, au passage, à celle de MSNBC, de CNN et d’autres officines médiatiques dominantes, qui ont souvent exprimé du mépris envers le républicain Donald Trump mais ont également largement relayé des affaires telles que les problèmes de sécurité liés à l’usage par Mme Clinton de son serveur d’e-mails personnel.

Une autre vague allégation, qui provient essentiellement des recherches effectuées par M. Steele, est que la Russie corrompt ou fait chanter M. Trump parce que ce dernier a fait, par le passé, affaire avec des Russes. Toutefois, ces théories manquent de preuves et de cohérence, puisque de nombreuses affaires lucratives ne se sont pas concrétisées (ce qui n’aurait logiquement pas dû être le cas si M. Trump avait été acheté) – et que personne, y compris les Russes, n’avait prévu des années à l’avance l’élection très improbable de M.Trump en qualité de président des États-Unis.

Certains ont demandé comment M. Trump pouvait être partisan de la détente avec la Russie sans être lié à Moscou d’une façon ou d’une autre. Mais Jeffery Sommers, un chercheur en science politique à l’université du Wisonsin, a écrit un article convaincant expliquant l’influence de Steve Bannon sur la pensée de M. Trump au sujet de la Russie et sur la nécessité pour les deux puissances de coopérer en vue de résoudre les problèmes internationaux.

En l’absence de preuves convaincantes, je reste un Russia-gate sceptique. Je ne défends pas la Russie – elle est bien capable de se défendre elle-même. Cependant, suite à la montée de la censure et de ce dangereux néo-maccarthysme, j’essaie de défendre les États-Unis – contre eux-mêmes.

Joe Lauria est un journaliste expérimenté, spécialisé sur les questions internationales. Il a écrit pour le Boston Globe, le Sunday Times de Londres et le Wall Street Journal, entre autres journaux.

Source : Joe Lauria, Consortium News, 04-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Commentaire recommandé

Fritz // 06.01.2018 à 07h34

– Nous acceptons toutes les opinions, sauf les théories du complot.
– Je ne pense pas que Poutine ait manipulé l’élection présidentielle américaine.
– Vous êtes donc un adepte de la théorie du complot. Votre article est retiré de notre site.

6 janvier 2017 – 6 janvier 2018 : un an après la publication du rapport de la CIA, du FBI et de la NSA sur l’ingérence supposée de la Russie dans la présidentielle américaine, nous attendons toujours “les preuves” réclamées par Scott Shane, du New York Times.

Au lieu des preuves, nous avons une hystérie de plus en plus intolérante envers les voix neutres et dissidentes. C’est la spirale du mensonge, c’est la logique totalitaire.

16 réactions et commentaires

  • Fritz // 06.01.2018 à 07h34

    – Nous acceptons toutes les opinions, sauf les théories du complot.
    – Je ne pense pas que Poutine ait manipulé l’élection présidentielle américaine.
    – Vous êtes donc un adepte de la théorie du complot. Votre article est retiré de notre site.

    6 janvier 2017 – 6 janvier 2018 : un an après la publication du rapport de la CIA, du FBI et de la NSA sur l’ingérence supposée de la Russie dans la présidentielle américaine, nous attendons toujours “les preuves” réclamées par Scott Shane, du New York Times.

    Au lieu des preuves, nous avons une hystérie de plus en plus intolérante envers les voix neutres et dissidentes. C’est la spirale du mensonge, c’est la logique totalitaire.

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    • Gérard du Biolo // 06.01.2018 à 23h33

      Pour la France, à remettre dans le cadre des projets de Mr Macron de chasser les “fakes news”.

      Sachant que de la chasse aux fakes news à la chasse à l’opinion dissidente il n’y a que quelques pas, voir un seul …

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  • Fritz // 06.01.2018 à 08h40

    Signe de cette logique infernale : pour réagir aux annonces de censure du président Macron, Olivier Berruyer n’a pas été interrogé par TF1 ou par France 2, mais par RT. C’est la preuve qu’il est un agent russe, qu’il le veuille ou non. Allez hop, les-crises en attente de déréférencement.

    Comme dit Joe Lauria, au sujet des articles critiques envers le pouvoir économique et politique américain : “Il est impératif de publier ces articles – et les médias russes donnent la possibilité de les publier”. Nos censeurs tirent une conclusion différente : “Il est impératif de censurer les médias russes, car personne ne doit lire ces articles”.

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    • Chris // 06.01.2018 à 18h04

      On pourrait aussi interpréter cette annonce de censure comme un leurre… ?
      5 janv. 2018 – Pourquoi le pivot économique de Macron vers la Russie est dangereux
      https://www.axios.com/why-macrons-economic-pivot-to-russia-is-dangerous-2522502970.html
      “Alors que Macron se présente comme un défenseur de la démocratie occidentale, son gouvernement cherche à resserrer les liens économiques avec la Russie, malgré les sanctions de l’UE et des Etats-Unis et le soutien continu de la Russie à la guerre en Ukraine”

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      • tepavac // 06.01.2018 à 20h27

        C’est pas très malin de balancer cette contradiction qui apparait aussitôt après l’élection,
        Deux jours après Le Drian était déjà à Moscou????
        Et ce n’est pas le seul.
        Je ne parle pas de l’équipe qui était derrière Fillon et qui s’est retrouvée soutenir le prétendant par encore élu.

        Depuis vous avez remarquez que je ne dis rien sur cette curieuse élection, j’observe et je m’interroge constamment au fil des nouveaux évènements.

        Ce qui m’interpelle depuis longtemps, c’est la facilité avec laquelle BNP, SG, Alstom, Technip….se sont fait rançonné.
        Difficile de croire en une action de Justice au motif d’une quelconque corruption, puisque ces soit disant justicier extorque les bien d’autrui à coup de canon sur toute la planète.

        Reste soit la félonie de nos élus
        Soit nous sommes face à un prédateur si puissant que même un pays comme le notre n’a que peu de moyen de défense.
        Si quelqu’un a une idée sur la question?
        [modéré]

         1

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  • max // 06.01.2018 à 08h45

    Je ne suis pas un spécialiste mais il me semble qu’avec l’internet a haut débit, je ne vois pas pourquoi RT TV ne serai pas domicilié en Russie (perso j’utilise internet pour capter RT TV).
    De plus, la Russie peut faire la même rétorsion envers les chaines françaises émettant en Russie avec des conséquences plus graves.
    Le problème, toujours me semble-il, est surtout pour les médias utilisant des canaux de transmissions obligés comme la TNT ou Orange, SFR ou Bouygues et les médias basés en France pour un public français mais via l’internet je ne vois pas ce que Macron peut faire, sauf a couper les tuyaux.

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    • Dominique // 06.01.2018 à 15h11

      « je ne vois pas pourquoi RT TV ne serai pas domicilié en Russie »
      Parce que RT TV est en français, qu’elle fait travailler des journalistes français et les infos qu’elle diffuse ne sont pas uniquement que de la communication des autorités du Kremlin.

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  • Adéchoix // 06.01.2018 à 09h31

    Heureusement que chez nous c’est pas le même bazar, avant le deuxième tour des elections françaises, l’ancien président Obama nous a indiqué le chemin a suivre “parce que cette élection est trop importante, je veux que vous sachiez que je soutiens Emmanuel Macron pour aller de l’avant “. Mais cela n’a pas marché, il n’a fait que 17% des inscrits.
    On me dit dans mon oreillette qu’il est président, et qu’il veut brider internet, pour une meilleur démocratie. Bon j’arrête mon analyse, j’y comprend plus rien, suis nul.

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    • Dorian // 06.01.2018 à 11h02

      J’ajouterais qu’ Obama s’immisçait également dans les affaires intérieures de la Grande-Bretagne (et de l’UE) en allant spécialement à Londres pour demander aux électeurs de refuser le Brexit. Et même la condamnée du FMI avait fait le voyage !
      Qu’est-ce qu’on aurait entendu si c’était Poutine qui était venu s’ingérer en personne dans le Brexit ! Et cela concernait également les affaires françaises, puisque la France fait partie de l’UE. Mais là, le ministre Macron n’avait rien dit.

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  • Dorian // 06.01.2018 à 10h55

    Chomsky (Requiem…, p. 89) : « Le financement des campagnes n’est pas seulement destiné à soutenir un candidat. Le financement d’un candidat achète aussi un accès privilégié au pouvoir. (…) Et quand le candidat gagne, cet accès privilégié permet à l’entreprise d’intégrer ses avocats à l’équipe du législateur. »

    C’est un peu ce qui se passe en France : Nos journaux, télés, radios, dits « mainstream », tous détenus par des milliardaires, ont propulsé l’ex-banquier Macron à la Présidence. Il ont ainsi obtenu cet « accès privilégié au pouvoir ». Macron renvoie donc l’ascenseur en faisant une loi qui profitera principalement aux journaux qui ont poussé à voter pour lui, c’est sa façon à lui de dire « merci ».
    Il soigne sa réélection.

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  • ANNA // 06.01.2018 à 11h50

    La télévision russe se moque de E.Macron et de sa rencontre avec Poutine, dans une émission satirique célèbre :
    https://www.youtube.com/watch?v=Fb2Fuf_f8XU

    *(en russe). Le présentateur vedette de cette émission et le mari de la rédactrice en chef de RT

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    • Ellilou // 06.01.2018 à 13h45

      Je ne comprends et ne parle malheureusement pas cette magnifique langue… 🙁

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  • DocteurGroDois // 06.01.2018 à 12h00

    Trump est magnat de l’immobilier et de la construction, patron de casinos, et figure du show-biz.
    C’est à dire trois secteurs parmi les plus corrompus, mais curieusement c’est avec des histoires fumeuses d’espionnage qu’on lui cherche des poux dans la tête.

    Soit Trump est en téflon et n’a pas de gros dossier, soit l’état profond a vraiment si peu d’imagination qu’ils n’ont pensé qu’à réchauffer les vieux pots de la guerre froide.

    Autrement, le FBI vient tout juste d’annoncer qu’il mène une enquête sur la fondation Clinton…
    Si vous n’êtes pas trop familiarisés avec ces affaire, je vous conseille les articles de Charles Gave (“Les Casseroles de Madame Clinton” 1 & 2, “Washington: Ministère de la Justice et FBI dans la tourmente”, “La Chasse aux Rino”)) qui résument bien la situation.

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  • moshedayan // 08.01.2018 à 19h29

    En étant très optimiste ou pessimiste ? Quel est l’objectif du Russia gate ? Préparer les esprits à l’attaque préventive contre la Russie pour ensuite attaquer la Chine. Hypothèse.
    Autre hypothèse : les Occidentaux travaillent actuellement au plan de démantèlement de “l’espace russe” dont le Quai d’Orsay pour s’opposer au projet chinois de la “route de la soie” qui pourrait renforcer la Chine et profiter aussi à la Russie, au détriment de l’UE. Evidemment ce genre d’ “Etudes” possibles – c’est “sovershenno sekretno” et seul un “lanceur d’alerte” serait un élément très dangereux. Donc tout faire pour préparer l’affrontement contre la Russie (faute de pouvoir attaquer tout de suite la Chine) d’où la charge inouïe du Président Macron contre RT France avant son départ pour la Chine.
    Dans ces 2 hypothèses cela “pue” la 3e Guerre mondiale.

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  • sassy2 // 10.01.2018 à 14h27

    Cette justification est vouée à l’échec car il ne peut y avoir de russia gate par construction.

    le monde lefigaro, le decodex le DNC etc… se sont fourvoyés car trump n’était ni aux affaires ni politicien stricto sensu.
    le russia existe mais avec Clinton DNC la fondation clinton…

    Cette stratégie qui participait d’un total amateurisme était destinée à faire baisser Trump avant l’élection. Evidemment à l’époque ceux qui l’ont utilisé n’envisageaient pas une seule seconde qu’il puisse être élu.

    Roy Cohn
    https://www.youtube.com/watch?v=cTfOVmukqYA
    A propos de cette situation une saillie de trump parmi mes préférées, 2.40 qui convient très bien:
    “steeve you’re gonna start pushing these people now a little bit cause it is getting more and more ridiculous as far as i am concerned”

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