Source : Alastair Crooke, Consortium News, 20-07-2017

Le président Trump a défini l’avenir comme une bataille entre le nationalisme à l’ancienne et le mondialisme néolibéral, un défi dont les élites occidentales se moquent à leurs risques et périls, comme le décrit l’ex-diplomate britannique Alastair Crooke.

L’Europe, nous dit le Guardian, a retrouvé son ancienne « baraka ». Il règne une nouvelle humeur optimiste – « voire même une humeur triomphaliste, dans une grande partie de l’Europe ». La chancelière allemande Angela Merkel se félicite d’avoir obtenu une déclaration définitive « nuancée » lors de la récente réunion du G20 et d’avoir « contré » le président Trump, au nom de « l’ordre international libéral ». Vraiment ? Si telle est « l’humeur », très bien, mais même l’éditorialiste du Guardian affirme que le récit selon lequel l’Europe serait « de retour » – ayant renversé la « vague populiste » – est fallacieux : « l’esprit de cohésion est surestimé ».

Le président Barack Obama lors d’une conférence de presse avec la chancelière allemande Angela Merkel, le 19 juin 2013.

En fait, l’attention des euro-élites doit avoir été attirée ailleurs. Car le « grand perturbateur », comme David Stockman appelle le Président Trump, a jeté un lourd pavé dans la mare libérale : c’est bien de l’ignorer, mais ce qui se passe, c’est que l’ancienne division entre ceux qui se trouvent à l’intérieur de la « sphère » supposée démocratique et globaliste, et les « régimes » délinquants en dehors de celle-ci – au-delà de ses murs de civilisation – est en train de se dissoudre peu à peu.

La « guerre » située habituellement entre une sphère et l’autre se voit dépassée par l’insurrection à l’intérieur de ces sphères. L’amertume et la polarisation ainsi induites ont eu leur effet : « l’ordre libéral international » (comme le dénomme le Guardian) ne peut peut-être plus fonctionner comme l’establishment centralisé et quasi solidaire qu’il a été depuis six décennies. Il n’y a plus de « centre » ; plus de certitudes assurant la cohésion ; plus de direction ni de finalité communes.

Que l’Europe veuille présenter les conclusions du G20 comme un peaufinage intelligent de vues discordantes, cela se comprend. Mais alors que l’Europe a inclus dans la déclaration l’engagement de « libérer » le commerce, les négociateurs américains lui ont adjoint un « droit » – celui de se protéger contre les pratiques commerciales déloyales et d’envisager l’imposition de tarifs douaniers, le cas échéant (c.-à-d. sur les produits sidérurgiques) .

En ce qui concerne le changement climatique, tandis que le G19 continuait de soutenir l’accord de Paris, l’Amérique, par contraste, a maintenu sa décision de s’en retirer. Le consensus a maintenu son soutien des mesures de réduction du carbone, mais les a vues juxtaposées – inconfortablement – avec un appel (plutôt) aux Américains à utiliser les combustibles fossiles de façon plus propre. C’est, je dirais, un accord sur un désaccord, plus qu’une synthèse qu’on devrait à Mme Merkel.

Le plus gros pavé de Trump

Mais le plus gros pavé lancé par Trump dans la mare du G20 est passé presque inaperçu. Potentiellement, il peut pourtant atteindre les Européens, exactement là où cela fait le plus mal. Et cela ne s’est même pas produit à Hambourg, mais avant qu’il ne s’y rende.

« Votez Trump » sur le panneau dégradé du théâtre PIX sur Main Street à Sleepy Eye, Minnesota. 15 juillet 2016. (Photo de Tony Webster Flickr)

Le commentateur conservateur Pat Buchanan le résume ainsi : « En appelant le peuple polonais “l’âme de l’Europe”, [Trump] a raconté comment, lors du Miracle de la Vistule en 1920, la Pologne, renaissant après douze décennies de domination, a repoussé l’invasion de l’Armée rouge de Léon Trotsky. »

[Ensuite Trump] a décrit le viol collectif de la Pologne par les nazis et les Soviétiques après le pacte germano-soviétique. Il a cité le massacre de la forêt de Katyn, perpétré par Staline contre le Corps des officiers polonais, et l’insurrection du peuple polonais contre ses occupants nazis en 1944.

« Lorsque le pape polonais, Jean-Paul II, a célébré sa première messe sur la place de la Victoire en 1979 », a déclaré Trump, « un million d’hommes, de femmes et d’enfants polonais ont élevé leurs voix dans une seule prière… “Nous voulons Dieu”… »

« Ce qui a permis aux Polonais de supporter [toutes leurs tribulations] c’était une foi inébranlable dans ce qu’ils étaient et une volonté de se battre pour — un peuple de Dieu et d’un pays, de foi, de familles et de liberté — avec le courage et la volonté de préserver une Nation construite sur les vérités de leur tribu ancestrale et sur leurs traditions catholiques. »

« La question fondamentale de notre temps est de savoir si l’Occident a la volonté de survivre. Avons-nous assez de confiance dans nos valeurs pour les défendre à tout prix ? Avons-nous suffisamment de respect pour nos citoyens pour protéger nos frontières ? Avons-nous le désir et le courage de préserver notre civilisation face à ceux qui la renverseraient et la détruiraient ? [italiques ajoutés].

« Nous pouvons avoir les plus grandes économies et les armes les plus mortelles du monde mais si nous n’avons pas des familles fortes et des valeurs fortes, alors nous serons faibles et nous ne survivrons pas. »

Ignorer la question

Les élites du G20 ont-elles ignoré la question ? Trump demande aux Européens : « Avez-vous [encore] la volonté, la fermeté, la clairvoyance et la force, de vous ‘réapproprier’ votre culture, votre façon d’être, vos valeurs » – vos nations ? Le message était, je l’ai dit, pas tant adressé aux Polonais qu’aux autres Européens. Trump a ciblé implicitement ce dont l’Europe souffre le plus : la question de l’immigration, la diversité et la politique, et la crainte des Européens de la submersion culturelle sous l’impact de l’immigration. (Le G20 n’a offert aucune solution à cette question cruciale.)

Merkel – proclamée par les médias « leader de l’Occident » – impressionne-t-elle par sa réponse « résolue » aux émeutes dans la deuxième ville allemande ? demande Buchanan, de manière plutôt pertinente. Les scènes de Hambourg, sous-entend-il, pourraient renforcer le point de vue de Trump.

Beaucoup d’Européens peuvent être choqués par les propos de Trump, les considérant comme absolument contraires à tout ce à quoi ils tiennent. Ils peuvent, aussi, détester Trump viscéralement. Mais ces sentiments ne devraient pas les aveugler quant au point vraiment crucial sur lequel, à juste titre ou à tort, il insiste : est-ce que c’est la politique de diversité et d’identité qui fait notre force (comme on nous le dit), ou plutôt le fait de posséder une sorte d’héritage historique et culturel (y compris spirituel), quelque chose qui nous lie et donne au peuple sa force intérieure ?

C’est, à tout le moins, une question pertinente. Et ce sont les prises de position sur cette question qui représentent la nouvelle ligne de faille qui sépare le « bon » mondialiste d’avant du « méchant » délinquant de la sphère non globale. Cette nouvelle insurrection est intérieure. Le « centre » a disparu – coupé en deux de manière peut-être irréparable.

Rencontre avec Poutine

Et ainsi de suite, jusqu’au dernier « acte de perturbation » symbolique de Trump : sa rencontre prolongée et chaleureuse avec le président Poutine. Sans être exactement sur la même ligne que Trump, la Russie poursuit néanmoins une approche parallèle de renouveau de la souveraineté politique et culturelle. La longue rencontre avec le président russe a déconcerté et indigné plus d’un observateur (voir ici, par exemple). Mais de nombreux partisans de Trump, qui apprécient la perturbation de l’ancien paradigme, verraient précisément tout le mérite de provoquer une telle réaction (excessive) d’indignation.

Le Président russe Vladimir Poutine rencontre le Président américain Donald Trump lors du sommet du G20 à Hambourg, en Allemagne, le 7 juillet 2017. (Copie d’écran de Whitehouse.gov )

Trump n’a pas été aussi seul et isolé que les médias traditionnels l’ont dépeint : les élites auront beau vilipender et s’élever contre son abdication du commandement mondial américain, et son exigence imprudente que les pertes d’emplois résultant de pratiques commerciales déloyales soient réparées, il y a, cependant, un électorat au sein de l’Europe qui est entièrement acquis à son approche.

La remise en question par Trump de l’orthodoxie selon laquelle les États-Unis doivent conserver leur hégémonie sur l’ordre mondial, et son sentiment que le système de libre-échange a simplement fait perdre à l’Amérique sa base industrielle, ont un contenu évident pour beaucoup d’Américains et d’Européens ordinaires. Trump déclare assez simplement : « Nous (les États-Unis), ne pouvons plus nous le permettre. Nous avons accumulé les dettes, nous en avons jusqu’au plafond et au-delà, et nous n’obtenons jamais que dalle en retour de tous ces ingrats qui s’abritent sous notre parapluie de sécurité mondiale ruineux. Ne continuons pas à essayer d’imposer cela aux autres ; nous allons nous reconstruire, poursuivre notre propre manière d’être américaine, culturellement distincte – et les laisser poursuivre la leur ». C’est simple ; c’est clair ; cela parle.

Que Trump ait raison ou tort sur ces points n’est pas la question. Le point essentiel est que les composants clés — le discours sur la Pologne, la dissidence au G20 et la réunion chaleureuse avec Poutine — forment en effet un ensemble concerté et stratégique. Pareillement, l’atmosphère était meilleure au G20, que lors de la réunion du G7 en Sicile en mai — le président Trump semble avoir fort apprécié le dîner de Hambourg (et pourquoi pas). Mais après ces deux premiers sommets de la présidence de Trump, il est difficile d’échapper à deux conclusions :

Tout d’abord, que les choses ont changé – peut-être de manière durable. Étonnamment, de tous ces gens, c’est le « mondialiste » Emmanuel Macron, qui a le mieux traduit ce sentiment lorsqu’il a fait cette remarque : « Notre monde n’a jamais été aussi divisé ; les forces centrifuges n’ont jamais été aussi puissantes ; nos biens communs n’ont jamais été aussi menacés. »

Deuxièmement, la rechute immédiate, dès le retour du Président à Washington, dans « l’hystérie » concernant Donald Trump Jr. et la Russie au sujet d’un « faux scandale », qui, comme le dit un éditorialiste du Washington Post (quel que soit le pourquoi et le comment de l’affaire) renforce la conclusion (comme l’a souligné Mike Krieger) « que l’Amérique ne fonctionne sans doute plus comme l’unité largement centralisée et semi-cohérente qu’elle a été durant toute notre vie ». Peut-être dit-il cela trop gentiment. Vu de l’extérieur, les Américains semblent se dévorer tout crus les uns les autres .

Judicieusement, Krieger cite William Yeats :

Il tourne, il tourne en spirale et s’éloigne

Le faucon, qui n’entend plus le fauconnier ;

Les choses se disloquent ; le centre ne tient plus ;

Ce n’est que l’anarchie qui s’abat sur le monde,

La marée de sang noir qui monte, et partout

Le baptême de l’innocence qu’on noie ;

Les meilleurs ont perdu toute conviction, et les pires

Sont pleins d’enthousiasme et de passion.

  • (Henri Theureau – 2017)

Alastair Crooke, ancien diplomate britannique, a été un haut responsable du Renseignement britannique et de la diplomatie de l’Union européenne. Il est le fondateur et le directeur du Forum des conflits.

Source : Alastair Crooke, Consortium News, 20-07-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

27 réponses à Comment Trump définit l’avenir, par Alastair Crooke

Commentaires recommandés

RGT Le 30 juillet 2017 à 10h24

“s’aligner totalement sur les standards de l’UE”…

J’adore votre sens de l’humour décalé.

A moins que vous ne pensiez réellement ce que vous écrivez, et dans ce cas je vous plains sincèrement.

Boris Eltsine était totalement aligné sur les standards de l’UE et et de la “mondialisation heureuse” et l’on voit bien les résultats désastreux qu’avait entraîné cette politique.

Si l’UE pouvait s’aligner sur les standards de Poutine il y aurait sans aucun doute quelques millions de pauvres en moins.
Pauvres qui n’ont même pas les moyens de se nourrir, de se loger et de se soigner et qui crèvent dans des conditions lamentables.

Et quelques ploutocrates se retrouveraient embastillés pour fraude fiscale, détournement de fonds, pillage des biens communs etc…

Je ne fais pas l’apologie de Poutine, mais au moins depuis qu’il est à la tête de ce pays force est de constater qu’il agit exactement à l’opposé des politiques “bienfaitrices” de Macron, Merkel, Goldman-Sachs et j’en passe.

  1. DUGUESCLIN Le 30 juillet 2017 à 06h14
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    Les propos de Trump concernant les valeurs européennes vont exactement à l’encontre de ce que souhaitent les maîtres du monde qui détiennent toutes les richesses. Ils ont à leur disposition l’OTAN qui menace les dissidents et occupent la Pologne.
    Pendant ce temps là, les “sanctions” contraires aux intérêts des européens, continuent. Trump ne peut que faire des discours qui n’auront pas de suite, ce n’est pas lui qui détient le pouvoir, il n’est que président et ne peut même pas déclaré qu’il est le chef puisqu’il n’est pas une start-up propulsée par les maîtres.


    • alexg81 Le 30 juillet 2017 à 07h51
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      Alors là vous vous trompez totalement. Le discours sur les valeurs chrétiennes est par essence totalement communiste. Il vise à remplacer la religion par une doctrine politique réduite à un sentiment identitaire et géopolitique, avec des peuples cherchant à s’unir et instaurer un nouvel ordre mondial antichrétien.

      C’est pas pour rien que les médias alternatifs ferment les yeux sur ce qui se passe en réalité en Russie, où la société est en train de s’aligner totalement sur les standards de l’UE grâce aux mesures prise par Poutine et Russie Unie (accueil massif d’ immigrés russpohobes, musulmans ou asiatiques, loi travail), ou même la volonté du Kremlin de faire une Europe sans frontières de Lisbonne à Vladivostok dirigée depuis Moscou.


      • RGT Le 30 juillet 2017 à 10h24
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        “s’aligner totalement sur les standards de l’UE”…

        J’adore votre sens de l’humour décalé.

        A moins que vous ne pensiez réellement ce que vous écrivez, et dans ce cas je vous plains sincèrement.

        Boris Eltsine était totalement aligné sur les standards de l’UE et et de la “mondialisation heureuse” et l’on voit bien les résultats désastreux qu’avait entraîné cette politique.

        Si l’UE pouvait s’aligner sur les standards de Poutine il y aurait sans aucun doute quelques millions de pauvres en moins.
        Pauvres qui n’ont même pas les moyens de se nourrir, de se loger et de se soigner et qui crèvent dans des conditions lamentables.

        Et quelques ploutocrates se retrouveraient embastillés pour fraude fiscale, détournement de fonds, pillage des biens communs etc…

        Je ne fais pas l’apologie de Poutine, mais au moins depuis qu’il est à la tête de ce pays force est de constater qu’il agit exactement à l’opposé des politiques “bienfaitrices” de Macron, Merkel, Goldman-Sachs et j’en passe.


        • RGT Le 30 juillet 2017 à 10h38
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          Pour mémoire, un extrait d’un documentaire passé sur France 5 (pas “complotiste” du tout, on se demande d’ailleurs comment il est arrivé à passer entre les mailles du “fact checking”) :

          https://www.youtube.com/watch?v=14JH5-Tia5k

          A moins que le but initial de ce doc soit de démontrer que ce dictateur se comporte comme un “cow-boy loubard hooligan” vis à vis de personnes respectables en les agressant pendant une réunion.
          Sans se comporter “dignement” : pas de costume, pas de cravate, pas de cirage de pompes ni de “petits cadeaux” – il réclame même qu’on lui rende son stylo, quelle honte !!!


        • reneegate Le 30 juillet 2017 à 12h50
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          Il y aurait moins de réfugiés sous les ponts porte de la Chapelle aussi. Kadahfi serait vivant et les libyens continueraient à profiter d’une qualité de vie exceptionnelle, Chavez serait vivant (oui cela veut dire, ce que cela veut dire), etc….
          Et l’internationaliste que je suis, tiens tout particulièrement à la spécificité française en voyant ce tas couleur “melon” (?) improbable et consternant. Il y a pire que le mauvais gout, il y a le Merkel gout. L’ internationalisme cubain nous montre une autre voie, d’abord être souverain, et toujours respecter l’indépendance des autres (après tout qu’elle s’habille comme elle le souhaite ;-)). L’UE fait exactement l’inverse et les faucons ont traversé l’atlantique depuis 2 décennies. Enfin il semble que si Trump reste un adversaire il semble plus loyal que ses prédécesseurs et bien plus éclairé puisqu’il fait un bilan sévère de la politique des “sarkosy” d’ici et ailleurs.


  2. Wakizashi Le 30 juillet 2017 à 09h20
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    Le vieux monde craque et se fissure de partout. Je suis heureux de vivre à notre époque, et d’avoir le privilège d’assister en direct aux mutations les plus profondes qui aient agité l’humanité depuis la révolution copernicienne.

    Il est normal, mécanique, que plus l’ordre en place menace de s’effondrer, et plus ceux qui bénéficient de cet ordre (l’oligarchie pour faire simple) se crispent et tentent de le maintenir à flots. Autrement dit, ceux qui ont le pouvoir dans notre monde savent qu’ils perdront leur pouvoir si ce monde s’effondre. Ils résistent donc de toutes leurs forces, en allant vers toujours plus de folie.

    Cela dit, ils se battent contre quelque chose d’inéluctable. Leur combat est donc perdu d’avance. Le seul véritable enjeu est d’éviter que la transition se fasse sans trop de douleur.


    • Wakizashi Le 30 juillet 2017 à 10h18
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      Je me corrige moi-même : “Le seul véritable enjeu est d’éviter que la transition se fasse DANS trop de douleur.”


    • DUGUESCLIN Le 30 juillet 2017 à 11h01
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      Néanmoins ces maîtres du monde ont toujours tiré profit des effondrements et des guerres et notamment celles par procuration.
      Si besoin ils se font apparaître comme les sauveurs à la fin de la bataille.


      • Wakizashi Le 30 juillet 2017 à 11h57
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        Vous parlez de soubresauts ; je parle de mutations telles que l’humanité en a rarement connues. Les seules mutations comparables, à mon avis, sont au nombre de 2 :
        – La transition de la préhistoire à l’histoire
        – La révolution copernicienne


        • olivier Le 30 juillet 2017 à 12h48
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          On peut ajouter l’imprimerie. Descolas en note 4 totalement différentes. Brague 4 également toutes autant différentes. Mais nous sommes face à quelque chose c’est certain.


          • Wakizashi Le 31 juillet 2017 à 08h06
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            L’imprimerie et la révolution copernicienne peuvent être assimilées à un unique mouvement global qui aboutira quelques siècles plus tard à la Renaissance, puis à la révolution industrielle.


            • olivier Le 31 juillet 2017 à 11h44
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              Intéréssant. Je suis assez d’accord.
              Question ‘épineuse’ si je puis me permettre : à quand ou à quoi faite vous remonter ce basculement ? uniquement la révolution copernicienne ?


            • Wakizashi Le 31 juillet 2017 à 13h12
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              Uniquement non (l’imprimerie a joué un rôle crucial elle aussi), mais principalement oui. A mes yeux nous sous-estimons grandement l’influence fondamentale des paradigmes scientifiques sur nos sociétés.

              Par exemple, nous vivons dans une société philosophiquement matérialiste parce que la science (issue de la révolution copernicienne justement) a donné l’image d’un monde matérialiste, avec la physique Newtonienne (et la fameuse réplique de Laplace à Napoléon à propos de Dieu : “Je n’en ai pas eu besoin, Sire”).


            • olivier Le 31 juillet 2017 à 17h21
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              Compris. Je partage en partie. Mais comment expliquez-vous l’avènement de ces paradigmes scientifique ? et pourquoi cette mutation n’est qu’en Europe au départ ? l’héliocentrique étais déjà en germe chez les grecs et cela n’a pas eu d’impact significatif sur l’Inde ou la chine par exemple.

              Je pense plutôt que le scientisme et son corollaire matérialiste ne sont que les conséquences d’un centrement progressif sur l’homme au détriment de la transcendance-Dieu (votre citation). Sacralisation de l’intelligence (l’Averroïsme et l’Intellect ou l’Avicennisme – Duns Scot). Decartes et sa vision mécaniste du monde. Francis Bacon et la domination de la nature par la technique, blanc-seing pour la science.

              L’essoufflement de la spiritualité du ‘moyen-age’ dont l’apogée se situe avec St Thomas prend un coup de butoir fatal avec la grande peste et laisse la voie libre à la mutation.

              La vision du monde change parce que la vision de l’homme change. C’est le glissement des différents humanismes que souligne le médiéviste Remi Brague, ou le changement d’ontologie expliqué par l’anthropologue Philippe Descolas (vision analogique à naturaliste).

              On ne peut pas penser la science sans penser l’humanisme. Par exemple, matérialisme, réalisme, empirisme, humanisme ont un seul et même sens pour Feuerbach.


            • Wakizashi Le 01 août 2017 à 11h18
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              “Pourquoi cette mutation n’est qu’en Europe au départ ?”
              C’est une bonne question, à laquelle je vais répondre par une autre : pourquoi, à votre avis, l’imprimerie ne s’est-elle développée que lorsque les européens l’ont découverte, alors que les chinois la connaissaient déjà 600 ans avant Gutenberg ?

              “Mais comment expliquez-vous l’avènement de ces paradigmes scientifique ?”
              Je vous suggère la lecture de Thomas Kuhn à ce sujet (“La structure des révolutions scientifiques”). Sinon, pardon pour la réponse un peu bateau, mais ce sont les résultats de la recherche fondamentale qui engendrent les changements de paradigmes scientifiques. Les résultats de la science fondamentale ne sont pas dépendants de la philosophie des sociétés dans lesquelles ils naissent ; c’est le contraire d’après moi. C’est consubstantiel à la méthodologie scientifique, du fait que son fondement principal repose sur la validation des hypothèses par l’expérience (ce qui exclut toute influence philosophique).


            • olivier Le 01 août 2017 à 12h50
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              Merci pour cette référence que je creuserais des que j’en ai l’occasion.

              Pardonnez moi mais vous m’évoquez un point de vue purement scientifique. Ce type de démarche n’est valable que depuis peu au regard de l’histoire. Si en effet le résultat scientifique ne change pas, c’est son application qui change en fonction de l’objectif qui a déterminé la recherche car les résultats s’interpretent en fonction du contexte qui les ont vu naitre (les aztèques et l’astronomie par exp). Et c’est bien le cas avec l’imprimerie en chine qui servais d’abord a imprimer de la monnaie mais surtout des charmes. Il en va de même avec la boussole, qui permis de s’orienter correctement en feng-shui, ou la poudre principalement utilisé dans les feux d’artifices (je schématise). Des fonctions de première importance pour eux, mais qui nous semble anecdotique au regard d’un certain matérialisme.

              Comme pour les Grecs, la techné étais assujettie à la Politique-Tradition. Le basculement de la domination de la technique c’est produit parce que ‘l’état d’esprit’ l’a permis et souhaité.

              Enfin pour ne pas répondre à votre première question, c’est du même ordre que de savoir pourquoi le chef d’orchestre et l’ethnologie ne sont né qu’en Europe et pourquoi le christianisme s’y est si bien épanoui… cela nous emmènerais un peu loin.


            • olivier Le 01 août 2017 à 14h53
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              Et j’ajouterais, sans vouloir alourdir la question, que la morale, la philosophie, et le contexte social ont bel et bien une influence sur la science et le resultat scientifique. Il n’y a qu’a soulever la question des races et de la couleur de peau (déjà objet de manipulation sous les Lumière et encore sujet délicat), ou plus simplement et plus récemment le nombre d’ours polaire (dont les scientifiques on avoué avoir volontairement minimisé le nombre) ou encore la question du réchauffement climatique ( du plateau des températures, terrorisme…). Même le succes du darwinsime ne peut s’expliquer sans faire l’impasse sur l’anti-christianisme qui faisais rage a l’époque. La science devenant pour beaucoup une ‘religion’ comme la déesse Raison à son époque, en prenant l’ascendant.


            • Wakizashi Le 01 août 2017 à 15h02
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              “Si en effet le résultat scientifique ne change pas, c’est son application qui change […]”

              Si ce que vous nommez “applications” sont les différentes doctrines philosophiques que l’on peut élaborer à partir d’un résultat scientifique donné, comme l’héliocentrisme par exemple, pourquoi pas. Mais ces philosophies tournent bien autour d’un paradigme unique. Elles dérivent de ce paradigme ; elles ne lui sont pas antérieures. Que vaudrait aujourd’hui une philosophie considérant que les particules élémentaires ont une existence objective ? Rien.

              Seul ce qui change une vision du monde est important dans le long terme. Or c’est le propre de la science que de donner une vision du monde…


            • olivier Le 01 août 2017 à 16h59
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              C’est notre point d’achoppement : La science n’explique que le ‘comment’, pas le ‘pourquoi’. Et c’est le ‘pourquoi’ qui détermine la vision du monde.

              Le pourquoi est assujétie à métaphysique. La ou cela devient bancale c’est quand on essaye de faire dire à la science ce qui n’est pas à sa portée (Gilson / Gödel / James Jeans, ou H.H. -WW2- et le rapport de force entre les planètes qu’il applique à l’homme). L’Eglise à parfaitement assimilée l’héliocentrisme par exemple. La connaissance de l’esprit humain ne se limite pas à la seule connaissance scientifique. Les analyses de Khun ont semble-t-il échouées à fournir une solution acceptable aux problèmes de la philosophie des sciences.

              Le paradigme (concept ambiguë chez Kuhn ) comme conception théorique dominante n’est pas unique entre la Chine et l’Europe, ce qui explique leur différences d’impact. L’invention scientifique est, parce qu’elle est permise et recherchée et la ‘conversion du regard’ précède la découverte car elle rend possible la compréhension du phénomène. C’est une certaine idée de l’homme et de sa place dans la nature qui détermine son rapport à elle et la méthode pour la comprendre (ex : les shamans). Tout cela est passionant. Nous ne seront pas d’accord et tant mieux dirai-je, je vous en remercie.


            • Wakizashi Le 01 août 2017 à 20h21
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              Cela va peut-être vous étonner, mais je suis convaincu que nombre de grandes questions ouvertes en science sont d’ordre métaphysique. La question du problème de la mesure quantique par exemple, qui pose la question du réalisme. Comme disait Einstein, un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène.

              Si l’on regarde les choses de près, la science est incapable de définir des concepts a priori courants comme le temps, la matière, l’énergie, la vie, la conscience etc.

              D’autre part, la science produit des représentations du réel ; elle ne dit pas ce qu’EST le réel, et la carte ne sera jamais le territoire.

              Enfin, depuis Gödel, on sait que le champ du vrai est plus vaste que le champ du démontrable. Autrement dit, la raison humaine ne peut pas tout démontrer. Donc, loin de moi l’idée de faire de la science un absolu.

              Cependant, une fois que l’on a dit ça, je ne parviens toujours pas à admettre qu’une doctrine quelconque puisse s’opposer à un fait scientifique.


            • olivier Le 02 août 2017 à 12h12
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              La métaphysique à par le passé fait des ravages dans la science et malheureusement la science a fait de même à l’inverse. L’un sans l’autre revient à mutiler l’esprit (ne pas confondre religion et métaphysique). Aujourd’hui la science interroge notre chaire avec l’effrayant défi du trans-humanisme en nous renvoyant à notre ‘nous’ réel.

              Quand on ne tient plus compte du réel, alors on verse dans l’idéologie, l’ADN de notre époque. Comme je le soulignais, la science n’y échappe pas. Elle ne fonctionne pas qu’avec des faits, mais avec des hypothèses qu’elle-on présente comme des vérités.

              Avec la vérité, nous glissons vers d’autres rivage. Pour faire court (il y en a d’autre), j’aime celle de Weil : La vérité est un désir de contact avec la réalité. Une autre : la vérité rend libre. Ce qui m’amène à Ciceron, qui préfère avoir tord avec Platon que raison avec les pythagoriciens. Choquant, mais c’est pour lui une affaire de gout. Il précise qu’il n’est tenu ni par le beau de l’artiste ni par le vrais scientifique, mais qu’il à une faculté de jugement qui n’est pas contraint par les spécialités. Au-dessus de l’art et de la science, il y a autre chose encore. Être cultivé c’est savoir choisir ce qui nous accompagne, notre relation au monde.


            • Wakizashi Le 02 août 2017 à 16h27
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              “Elle ne fonctionne pas qu’avec des faits, mais avec des hypothèses qu’elle-on présente comme des vérités.”

              “On”, peut-être, mais “elle”, sûrement pas. La méthode scientifique est limpide : une hypothèse, par définition, n’est pas validée par un comité de référés… donc elle n’est pas une “vérité” scientifique.

              Après, en science comme partout, il y a des imposteurs, des tricheurs etc. Il convient de distinguer la science (en tant que méthode d’investigation du réel) des scientifiques, qui sont des humains avec leurs qualités et leurs défauts.


            • olivier Le 02 août 2017 à 17h37
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              Tout à fait. Par ‘elle’ j’entendais les scientifiques malhonnête, orientés, biaisés (qui ne l’est pas ?) qui sans le vouloir pensent bien faire. Et par ‘on’ les médias, les politiques, l’école… Qu’est ce que la science sans ‘scientifiques’ ?


    • olivier Le 30 juillet 2017 à 12h46
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      Je partage votre sentiment. En effet, On à tous en tête que la crise est un moment inquiétant, un moment de péril. La crise est par essence un moment dangereux. Mais également une opportunité. C’est un carrefour, un choix. En latin crisis indique le point culminant de la maladie, rémission ou issue fatale. C’est le moment décisif. C’est le même sens en grec κρίσις. C’est aussi le dénouement, le jugement. C’est par extension l’action de séparer, de distinguer. La crise révéle.

      C’est également une occasion, un moment favorable. Un temps propice, le moment d’agir. Etre sur le fil du rasoir : laisser filer une occasion ou la saisir. Basculer d’un côté ou de l’autre. Le moment décisif marque une coupure.

      En chinois WeiJi, on retourne dans le premier caractère la notion d’instable, de déséquilibre qui menace de tomber. Et dans le second, la notion mécanique du destin, de la vicissitude des choses. La vicissitude étant le passage – l’alternance d’un état à un autre. Donc un potentiel régénération, maladie ou destin.

      – La crise, c’est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître. Antonio Gramsci

      Il est prématuré de croire en cette possibilité avec Trump. Le système s’adapte. La force de la société liquide (Bauman) et d’avaler et de transformer jusqu’a sa contestation pour lui donner une forme – la déformer – et l’assimiler. Peut-être faut-il une coupure abrupte.


      • olivier Le 31 juillet 2017 à 11h53
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        J’ajouterais qu’en agissant ainsi, Trump entretient le clivage intra-europeen, comme tout bon dirigeant US qu’il se doit. Ils n’ont jamais voulu d’une europe concurente, uniquement d’une europe vassale.

        Hier le petit cailloux dans le pied de l’Europe etais le kosovo, aujourd’hui c’est le Groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie).


  3. clauzip12 Le 30 juillet 2017 à 12h11
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    La presse mainsteam européenne ,du moins française,ne nous informe sur la Russie qu’à sens unique.
    Systématiquement,les pires des maux,le danger planétaire,les agressions informatiques et électorales aux USA,et même en France,quand des contre pouvoirs s’installeront t ll en occident un discours objectif face à une manipulation constate de l’information.Quand on perçoit ce que touchent les journaux ,propriétées de milliardaires,le figaro,le monde…
    Les nonmes ci dessus ont une subvention annuelle de 16 millions €
    Ainsi ,au nom de l’information ,la presse reçoit pres d’1 milliard €.

    Le pire et que certains ne percoivent rien.Pourquoi?
    L’information libre n ‘est plus un voeu mais une tromperie majeure.


  4. Louis Robert Le 30 juillet 2017 à 14h05
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    “La remise en question par Trump de l’orthodoxie selon laquelle les États-Unis doivent conserver leur hégémonie sur l’ordre mondial, et son sentiment que le système de libre-échange a simplement fait perdre à l’Amérique sa base industrielle, ont un contenu évident pour beaucoup d’Américains et d’Européens ordinaires. Trump déclare assez simplement : « Nous (les États-Unis), ne pouvons plus nous le permettre… Ne continuons pas à essayer d’imposer cela aux autres ; nous allons nous reconstruire, poursuivre notre propre manière d’être américaine, culturellement distincte – et les laisser poursuivre la leur ».” — Selon moi, ces propos ne sont que chantage à la mobilisation et au partage des coûts astronomiques du rétablissement renforcé de l'”America first”… donc “über alles”. Tenons-nous en à ce que le bonhomme accomplit vraiment, dans les faits.

    ——

    Croissance du complexe militaro-industriel et stratégie…

    https://medium.com/insurge-intelligence/pentagon-study-declares-american-empire-is-collapsing-746754cdaebf


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