Source, Bouger les lignes, C. Galactéros, 19-07-2017

Massoud Barzani a annoncé un référendum d’autodétermination du Kurdistan irakien qui se tiendra en septembre.

«Les hommes raisonnent toujours avec une ‘guerre de retard’. Tel est le constat tristement lucide de Marc Bloch dans L’étrange défaite», rappelait il y a quelques jours le Général Pierre de Villiers, indûment “rappelé à l’ordre” par une salve d’autoritarisme présidentiel aussi outrancière que narcissique face à un grand serviteur de l’Etat qui n’avait fait que son devoir.

Le CEMA en tire les conséquences et tire sa révérence aujourd’hui en complète cohérence et dans l’honneur. Le tout jeune locataire de l’Elysée se prive d’un conseiller de grande valeur en une période cruciale où la France doit reprendre sa place dans un concert international en pleine recomposition au sein duquel ses partis pris dogmatiques et naïfs et ses renoncements l’ont gravement marginalisée, et alors que ses adversaires les plus radicaux sont très loin de désarmer en dépit de quelques reculs. Notre nouveau président paraît n’avoir pas pris la mesure (ou alors la craint-il à ce point qu’il veut l’ignorer ?) de l’état réel de son “outil militaire” et semble pour l’instant plus comptable que stratège, meilleur dans la gestion des symboles que dans la réforme de la réalité. “Jupitérien” autoproclamé, il devrait pourtant comprendre qu’un foudre émoussé ne fait pas trembler. Il devrait surtout être profondément reconnaissant à son chef d’état-major des armées – dont il est, nul n’en disconvient, le chef, et donc le protecteur comme il se doit aussi de protéger grâce à elles ses concitoyens – d’avoir eu le courage de l’alerter sur les conséquences opérationnelles de ses décisions budgétaires et de lui offrir son soutien conséquent au lieu de de se taire contre une enviable gamelle. Son successeur, le Général François Lecointre, est lui aussi un homme de haute valeur humaine et morale et non moins courageux, à l’image de l’assaut qu’il mena, le 27 mai 1995, sur le pont de Sarajevo. Gageons qu’il saura lui faire entendre raison sur cet impératif de cohérence entre les moyens et les missions, entre le budget et la crédibilité, entre l’affirmation régalienne et la défense concrète de l’une de ses pierres d’angle.

Sachons en tout cas entendre et méditer les mots de Pierre de Villiers, alors que “la victoire” dans la bataille de Mossoul résonne bien hâtivement comme celle des forces progressistes contre le djihadisme international. S’il faut bien sûr saluer la persévérance des forces irakiennes, qui ont subi de lourdes pertes dans cette bataille urbaine contre des djihadistes que rien n’arrêtait, force est de constater que les leçons politiques de cette victoire sont très loin d’être tirées.

«Rien de durable ne se fonde sur la force». Notre ancien CEMA a encore raison lorsqu’il cite le Maréchal Lyautey, premier Résident général du Protectorat français au Maroc en 1912, qui déclarait par ailleurs : «Tous les officiers savent s’emparer d’un village à l’aube ; moi, je veux des officiers qui sachent s’emparer d’un village à l’aube et y ouvrir le marché à midi». Et Pierre de Villiers de conclure l’une de ses dernières lettres : «Je rappellerai simplement les mots que le général de Gaulle a prononcés, le 10 mai 1961, à l’occasion du transfert des cendres du maréchal Lyautey, du Maroc aux Invalides : «L’avenir n’est nulle part ailleurs que dans le développement». Autrement dit, il ne peut y avoir de sécurité sans développement, ni de développement sans sécurité. C’est le prix à payer pour une paix durable, une paix d’avance».

Quelle est cette guerre de retard qui pourrait couver en Irak et dont notre regard obstrué et porté à fanfaronner ne verrait pas les prémisses? Sommes-nous prêts à rouvrir des marchés dans les cités irakiennes libérées?

Mon inquiétude se porte naturellement vers l’erreur de cible que nous commettons en confondant le droit et la morale. Que l’Etat islamique soit “moralement” l’ennemi absolu, cela va de soi et il est bon de le rappeler dans un monde occidental gagné par le relativisme des valeurs lorsqu’il s’agit d’oser honteusement évoquer la dérive de cultures que la colonisation aurait bafouées. Politiquement en revanche, l’Etat islamique n’est pas le cœur du cyclone. Ou s’il l’est, c’est précisément comme le cœur du cyclone, c’est-à-dire d’un point de vue physique, comme un centre qui serait vide mais autour duquel tout tournerait, de plus en plus vite à mesure que l’on s’en rapprocherait. Car politiquement, le problème essentiel en Irak n’est pas l’Etat islamique, mais les rapports de force politiques, économiques et culturels qui ont présidé à l’apparition d’un tel monstre et l’ont nourri. Or, de ces facteurs exacerbés par le néoconservatisme américain après l’invasion de 2003, aucun n’est véritablement stabilisé. Au contraire, avec l’échec de la territorialisation de Daech et la perte relative et momentanée de prestige idéologique qu’entraîne son reflux dans le désert le long d’un corridor irako-syrien bordant l’Euphrate, risquent de resurgir les déséquilibres d’un Irak qui n’a d’unitaire que son nom.

Le Kurdistan irakien, loin du romantisme révolutionnaire

Je pense particulièrement à la question kurde, malheureusement prise dans les rets médiatiques d’un romantisme mâtiné de morale, tentation qui permet d’éviter d’aborder le sujet dans toute sa complexité.

Rappelons qu’à partir de 2014, le Kurdistan irakien a d’abord combattu Daech avec parcimonie et prudence, sinon avec légèreté, et que les Peshmergas n’ont guère cherché à endiguer l’expansion du Califat, se bornant à sanctuariser leur propre territoire. Les minorités Yézidis s’en souviennent encore, qui doivent davantage leur salut aux Kurdes du PKK et à leurs alliés syriens du PYD qu’aux Peshmergas irakiens. Le gouvernement régional du Kurdistan irakien (GRK), dirigé par le clan de Massoud Barzani et son Parti démocratique du Kurdistan(PDK), est proche de la Turquie de Recep Erdogan – pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons – et a pratiqué dans une certaine mesure vis-à-vis de Daech les mêmes fluctuations d’humeur et nuances dans la complaisance qu’Ankara. En réalité, le GRK ne s’est vraiment frotté à Daech que dans un second temps, pour étendre son contrôle aux «territoires disputés» irakiens, c’est-à-dire aux territoires de sang mêlé entre Arabes et Kurdes, dont le sort n’avait pas été scellé par la Constitution irakienne de 2005 qui prévoyait qu’un référendum devait avoir lieu… avant le 31 décembre 2007.

Les “territoires disputés” entre Bagdad et Erbil en Irak.

Un tel référendum n’a pas eu lieu sur ces terres originellement kurdes que le régime de Saddam Hussein avait progressivement arabisées. Alors que le GRK étend constitutionnellement son pouvoir sur trois provinces de l’Irak, il a repris dans les faits la majeure partie des «territoires disputés» des mains de l’Etat islamique, s’étendant désormais sur quatre autres provinces. Au cœur de ces «territoires disputés», figurent notamment la région de Sinjar (à l’ouest de Mossoul) et celle de Kirkouk (au sud-est de Mossoul).

Référendum d’indépendance au Kurdistan : “pourquoi pas maintenant ?”

Du reflux de Daech, Erbil entend donc tirer profit et appuyer de tout son poids dans la balance pour retourner en sa faveur l’équilibre précaire qu’il entretient avec Bagdad. C’est dans cet état d’esprit qu’il faut comprendre l’annonce faite début juin par le leader du GRK, Massoud Barzani, de la tenue le 25 septembre d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan qui, d’après ses dires, pourrait englober les «territoires occupés», même s’il estime que ceux-ci feront l’objet d’une négociation avec Bagdad.

«Pourquoi pas maintenant ?» C’est ainsi que M. Barzani a répondu à la question de savoir pourquoi il avait choisi cette date. Énigmatique, le leader kurde n’est guère allé plus loin dansl’explication qu’il a donnée sur France 24 le 21 juin 2017, deux semaines après l’annonce de la tenue d’un tel référendum, sinon en se référant à une logique de légitimation politique découlant de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes certes parfaitement estimable, mais qui ne saurait être décisive à elle seule.

Massoud Barzani, interview de France 24 du 21 juin 2017

Je vous propose donc un dossier de fond sur cette question épineuse du Kurdistan irakien car le «pourquoi pas maintenant?» de M. Barzani n’est évidemment pas une réponse satisfaisante. En réalité, plusieurs niveaux d’analyse s’entremêlent pour comprendre l’opportunité qu’a voulu saisir le leader kurde.

  • Le premier niveau d’analyse est d’ordre strictement géopolitique. La Turquie, l’Iran et les puissances sunnites du Golfe observent avec attention les tribulations des Kurdes en Irak et souhaitent se servir de leurs velléités indépendantistes comme d’un effet de levier ou, au contraire, comme d’une menace à contenir. De leur côté, les Etats-Unis et la Russie souhaitent servir d’arbitres internationaux pour conserver leur influence régionale et chacun marquer des points dans le duel qui les oppose.
  • Sur ce premier niveau d’analyse vient se superposer une guerre des hydrocarbures dans cette région kurde riche en pétrole.
  • Enfin, ne doivent pas être oubliés les rapports de force qui se dessinent à l’intérieur du Kurdistan irakien entre les deux clans historiques, celui de Massoud Barzani et de son Parti démocratique du Kurdistan (PDK) d’un côté, et celui de Jalal Talabani et de son Union patriotique du Kurdistan (UPK) de l’autre.

Ces trois niveaux d’analyse sont par nature intriqués.

Erbil veut plus d’autonomie pour exporter son pétrole

Remontons un peu en arrière. En 2003, les Américains envahissent l’Irak et perçoivent très bien l’opportunité d’une plus grande autonomie du Kurdistan irakien qui s’étend dans le Nord-Est du pays. C’est s’assurer qu’au moins cette partie du territoire, riche en pétrole, ne tombera pas sous la coupe idéologique de l’islamisme radical. Eu égard aux souffrances que les Kurdes ont endurées sous le régime de Saddam Hussein, c’est aussi pour Washington le moyen de s’assurer à peu de frais de la présence d’un allié fiable et de constituer une base avancée militaire en Irak alors que le gouvernement de Bagdad, à dominance chiite, n’est pas insensible à l’influence de l’Iran voisin, qui lui souhaite s’appuyer sur le nouvel Irak pour réaliser son «arc chiite», que nous évoquions dans un récent dossier de fond du blog. Ce sont entre autres ces raisons qui ont poussé Washington à ériger en 2005 une constitution irakienne qui fait la part belle aux aspirations kurdes en établissant un Kurdistan irakien autonome au sein d’un Irak fédéralisé. L’une des questions essentielles concernait l’autonomie financière de cette région, traditionnellement appuyée sur l’agriculture, mais riche d’un peu moins du tiers des réserves de pétrole irakiennes (45 milliards de barils sur 140). Dans la Constitution, la solution retenue a été la suivante: le gouvernement régional du Kurdistan ne pouvait exporter directement de pétrole à l’étranger, en échange de quoi le gouvernement central de Bagdad s’engageait à reverser 17% du budget fédéral à Erbil (correspondant à sa quote-part de la population nationale).

La réalité était toutefois plus complexe. L’article 112 de la Constitution irakienne disposait en effet que le Parlement irakien devait passer une loi relative à la répartition de l’exploitation et des revenus des hydrocarbures. En l’absence d’une telle loi nationale, les lois régionales du Kurdistan irakien devaient prévaloir. Le parlement de Bagdad n’ayant jamais voté une telle loi, le Parlement kurde a voté en 2013 la loi n°5-2013 dite de « compensation financière de la région du Kurdistan » qui disposait qu’en cas de non-distribution des 17% du budget fédéral, Erbil s’autorisait à garder les revenus de la vente du pétrole. La guerre pétrolière était engagée.

Déjà, dès 2011, selon uneexcellente analyse de Slate, «la société américaine Exxon Mobil avait reçu du KRG, sans l’aval de Bagdad, l’autorisation de prospecter son sous-sol, suivie de près par Total, Chevron et Gazprom». En mai 2014, après le passage de la loi kurde de l’année précédente sur la répartition des revenus du pétrole, la Turquie a annoncé que, pour la première fois, elle avait exporté du pétrole kurde irakien, là encore sans l’aval de Bagdad. Un rapport de novembre 2014 du ministère kurde des Ressources naturelles, cité dans Slate, notait que «le KRG avait exporté seul, en six mois, pour 2,3 milliards d’euros de brut». La réaction de Bagdad fut immédiate : le gouvernement central réduisit puis bloqua le transfert des 17% du budget fédéral qu’il devait à Erbil, ce qui l’arrangeait car, en pleine guerre avec Daech, il n’avait guère les moyens de payer les fonctionnaires kurdes.

L’alliance paradoxale entre le Kurdistan irakien et la Turquie

On comprend dès lors mieux par pourquoi les Kurdes irakiens se sont lancés dans une alliance apparemment contre nature avec les Turcs. Les Turcs leur fournissaient une route d’exportation pour leur pétrole, d’autant que le GRK ne dispose pas de suffisamment de raffineries. Depuis 2013, Erbil a d’ailleurs dû plusieurs fois importer du pétrole raffiné de Turquie… En face, Ankara voit d’un bon œil le clan de Massoud Barzani qui est l’ennemi juré des Kurdes turcs du PKK, qui utilisent comme base arrière de leurs agissements les monts du Qandil au Nord-Ouest de l’Irak.

Le pétrole en Irak

La région «disputée» de Kirkouk, que tiennent actuellement les Peshmergas du KRG, est particulièrement riche en pétrole. Le Kurdistan irakien, s’il devait être indépendant de Bagdad, ne pourrait pas l’être sans ces terres d’hydrocarbures. Dans sa négociation avec le Premier ministre irakien, Haïder al-Abadi, Massoud Barzani sait que Kirkouk constitue une prise de guerre d’une valeur inestimable. D’aprèsIntelligence Online, le gouvernement irakien aurait d’ores et déjà installé des bases militaires au Sud de Kirkouk, sous le commandement de Faleh al-Fayad, le conseiller à la sécurité du Premier ministre irakien.

Le vieux leader kurde sait également qu’il ne peut aller trop loin et que l’indépendance pure et simple de son «pays» n’est pas envisageable en l’état. Aucun pays occidental ne le soutient dans cette voie. Son précieux allié, la Turquie, considère que l’indépendance est la ligne rouge à ne pas franchir. Que Barzani soit un allié à la fois pour les hydrocarbures et contre le PKK, cela se conçoit au nom des principes élémentaires selon lesquels «le business, c’est le business» et «les ennemis de mes ennemis sont mes amis». Mais l’indépendance, pour une Turquie qui a empêché pendant toute son histoire l’émergence d’un tel pays, demeure un casus belli.

Massoud Barzani sait en revanche que le référendum de septembre sera un plébiscite incontesté en sa faveur au sein du KRG et que le «oui» pourrait même l’emporter dans les territoires «disputés» où la gouvernance kurde entreprend un processus vigoureux de kurdisation pour dissuader les populations arabes déplacées par la guerre d’y revenir. Il utilise donc cette perspective comme une arme de dissuasion massive contre Bagdad. Comme toute arme de dissuasion massive – c’est parfois leur fragilité – aucun acteur n’a intérêt à ce qu’elle soit employée, à commencer par Barzani lui-même qui, faute de soutien occidental, ne voudrait pas se retrouver opposé en même temps à Ankara et à Bagdad.

Et ce d’autant plus qu’Ankara et Bagdad ne sont pas les seuls centres régionaux au cœur de cette poudrière. Téhéran joue également un rôle majeur, qui est, comme celui d’Ankara, paradoxal et que nous allons illustrer par un léger détour.

Dans le Sinjar, Kurdes contre Kurdes

Permettez-moi de quitter un instant le niveau d’analyse macroscopique qui était pour l’instant de rigueur pour adopter une vue microscopique plus éclairante. Nous avons parlé de Kirkouk, essentiel à Erbil pour ses réserves d’hydrocarbures. Une seconde zone disputée est d’un intérêt majeur: celle de Sinjar, tout à l’Ouest, au contact avec la frontière syrienne, en l’occurrence avec la frontière Est du Kurdistan syrien, appelé Rojava, tenue par le Parti de l’union démocratique (PYD), qui est à l’origine la branche syrienne du PKK et dont le bras armé, les Unités de protection du peuple (YPG) dominent largement les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par la coalition internationale et donc par Washington, qui sont en train de reprendre la capitale syrienne de l’Etat islamique, Raqqa.

En rouge, l’Armée irakienne et les milices chiites ; en jaune, les Kurdes ; en gris foncé, Daech. Crédits Photo : ISIS War Map

Nous sommes donc à Sinjar, dans l’Ouest irakien, à proximité du Kurdistan syrien. Comme l’explique Patrick Backhaus dans leJournal du Dimanche, dans ce désert, c’est le «Far west». Et pour cause, maintenant que Daech a été expulsé de cette région, se font face, parfois d’un village à l’autre, les forces syriennes kurdes des YPG (dominées par le PKK) et les Peshmergas irako-kurdes représentant le KRG d’Erbil. Le Grand reporter écrit dans le JDD : «Nous sommes en état d’alerte, explique le colonel peshmerga Ibrahim Nawzad, juché sur l’une des dernières positions tenues par les Peshmergas à la sortie de Sinone. Nous ne souhaitons pas de confrontation, nous voulons vivre en paix avec eux mais s’ils veulent se battre que pouvons-nous faire?” Et de renchérir : “Désormais ce sont eux, ces hommes du PKK, qui sont notre priorité, avant Daech.” Le monde à l’envers! A 700 mètres, sur les premiers toits de Khanassor, on aperçoit le drapeau rouge des YBS qui flotte au vent. A côté, un autre où figure Abdullah Öcalan, le chef historique du PKK, emprisonné en Turquie».

On comprend mieux comment de vieilles rivalités, aplanies lors de “la guerre contre Daech”(où les forces Kurdes ont été largement instrumentalisées par la coalition occidentales), réapparaissent : «Côté gouvernemental à Erbil, on accuse le PKK d’être à la manœuvre. “Toutes les organisations présentes ici lui sont fidèles, explique Ashty Kocher, responsable de la sécurité pour la région du Sinjar. Elles ont toutes des noms différents. Il s’en crée de nouvelles chaque jour avec des sigles improbables. Mais au final, elles sont toutes des créations du PKK. Tous leurs leaders appartiennent au PKK.” Et d’enchaîner : “C’est vrai, le PKK nous a aidés à libérer le Sinjar. Mais maintenant il doit s’en aller. C’est une organisation turque, qu’ils aillent se battre en Turquie. Nous aussi nous les avons aidés à Kobané en Syrie quand Daech était là-bas. Nous n’y sommes pas restés pour autant. Nous voulons vivre en paix avec eux, nous ne voulons pas de conflit avec le PKK. Mais nous voulons aussi maîtriser nos frontières».

Le drôle de jeu kurde des Iraniens

D’après Patrick Backhaus, le KRG de Barzani ne contrôlerait en réalité que 11 km de la frontière avec la Syrie, contre plus de 30 km pour les YPG. Du côté des Kurdes syriens, on dénonce l’alliance entre Barzani et Erdogan. Du côté des Kurdes irakiens, on dénonce une drôle d’alliance, entre les Kurdes syriens… et l’Iran ! Téhéran à la manœuvre en faveur du PKK, alors que le régime des Mollah subit la rébellion de ses propres Kurdes, affiliés au PKK via l’organisation PJAK, et qu’il est le soutien de Bagdad pour que les chiites maintiennent leur position de force en Irak ? Les faits sont pourtant là. Les contacts entre le PKK et les Iraniens sont avérés, illustrés par les informations rapportées par Intelligence Online qui nomme certains chefs pro-iraniens du PKK comme Cemil Bayik, Duran Kalkan ou le responsable du renseignement, Mustafa Kurso, qui s’opposent tous trois à la ligne plus conservatrice du leader historique du PKK, Abdullah Öcalan, lequel, emprisonné en Turquie depuis 1999, s’oppose à un rapprochement avec la Force Al-Qods (unités de projection des Gardiens de la Révolution) dirigée par le Général Qassem Suleimani. Öcalan cherche à négocier un accord avec Ankara tandis que les opposants à une telle stratégie de conciliation gagnent du terrain et s’appuient sur Téhéran. Les PKK pro-iraniens ont quant à eux négocié avec Téhéran le déploiement de 3.000 combattants dans la région de Sinjar mentionnée dans l’article du JDD, les Pasdarans iraniens allant jusqu’à les financer, les former et leur délivrer des drones.

Et… où avaient donc lieu de telles négociations kurdo-iraniennes ? Dans la ville de Suleimani, au Kurdistan irakien, dans le fief du clan Talabani, qui contrôle l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), rival historique du clan Barzani, au pouvoir dans le GRK. Dans sa lutte avec ce dernier, l’UPK se rapproche donc de Téhéran et est par ailleurs en bons termes avec le gouvernement central de Bagdad.

Dans la région du Sinjar enfin, les Kurdes du PKK et du PYD, ainsi que les Yézidis locaux, ne seraient pas seuls face aux Peshmergas. Les forces de la Mobilisation populaire, qui regroupent les différentes milices chiites irakiennes obéissant directement à Téhéran, seraient également de la partie, au grand dam des Peshmergas.

Le corridor iranien vers la Méditerranée et “l’axe chiite”

Pourquoi une telle politique iranienne ? La première raison est le soutien américain sans faille au Kurdistan irakien de Massoud Barzani, qui sert de base avancée à l’US Army. Alors que Donald Trump, comme il l’avait annoncé dans sa campagne, souhaite «endiguer l’Iran» après avoir battu Daech, cet anti-américanisme des Mollahs se comprend aisément. Une seconde raison est moins défensive qu’offensive. L’Iran pense aussi s’appuyer sur cette région du Sinjar et sur ses bonnes relations avec le PKK pour sécuriser sa route terrestre vers la Méditerranée qui concrétise le désormais fameux «croissant chiite» popularisé par le roi de Jordanie dès 2001. Dans une note publiée par le C2FR en décembre 2016, l’ancien officier du renseignement Alain Rodier écrivait : «Cette politique a aussi un objectif stratégique, l’établissement d’un corridor reliant l’Iran à la Méditerranée, qui devrait se concrétiser par la construction d’une base navale sur la côte syrienne ce qui permettrait à la marine iranienne d’assurer une présence permanente en Méditerranée. A noter que Téhéran souhaite aussi ouvrir une base navale au Yémen, sur la côte bordant la mer Rouge, région contrôlée par les rebelles houthis et les partisans de l’ancien président Ali Saleh».

La route terrestre iranienne vers la Méditerranée et ses tracés. Crédits Photo : The Guardian

Dans son scénario, le corridor iranien passerait en Irak d’abord par la région de Diyala puis longerait le sud et l’ouest de Mossoul (une zone où les milices chiites de la Mobilisation populaire sont actuellement très présentes) avant de s’enfoncer vers Tal Afar puis le Sinjar. Il rejoindrait alors la Syrie. Dans sonarticle, Alain Rodier imaginait que la route terrestre passerait ensuite en Syrie par le «Rojava», c’est-à-dire le Kurdistan syrien, influencé par le PKK turc, qui traverse le pays d’Est en Ouest, pour rejoindre enfin la région alaouite de Lattaquié, fief du clan Assad, où le port de Tartous fait le bonheur de Moscou. Ce trajet était logique au regard de l’influence croissante de Téhéran auprès du PKK.

La réaction des Etats-Unis en Syrie fait changer Téhéran d’orientation

Mais depuis, les Américains se sont encore davantage rapprochés des Kurdes syriens du PYD dans la mesure où leurs bras armés, les YPG, dominent très largement les Forces démocratiques syriennes (FDS), utilisées par Washington pour vaincre Daech dans l’Est syrien et reprendre sa capitale régionale, Raqqa. Comme le Kurdistan irakien en son temps, le Kurdistan syrien pourrait bien être vassalisé par les Etats-Unis, s’attirant les foudres de tous ses voisins régionaux, à commencer par la Turquie, mais aussi l’Iran, le régime syrien et, pour d’autres raisons, les fondamentalistes islamistes. Le «corridor» iranien passant par le Rojava a donc du plomb dans l’aile.

En rouge, l’armée syrienne et les milices chiites ; en vert, les rebelles ; en gris foncé, Daech. Crédits Photo : Syria War Map

Ce contexte permet aussi de comprendre l’engagement massif de Téhéran et de ses milices chiites dans le Sud et l’Est de la Syrie (en direction de Deir Ezzor) pour pousser l’Armée syrienne de Damas à court-circuiter les FDS venant du Nord et les rebelles islamistes soutenus par les Etats-Unis et la Jordanie venus du Sud, de sorte à s’emparer en premier de la frontière irakienne. La Syrie que l’on appelait jusqu’ici «inutile» en opposition à la Syrie côtière et peuplée dite «utile» depuis le début du conflit, devient soudainement stratégique. Nous avons déjà consacré un dossier de fond à cette question. La problématique reste la même et l’intérêt de la région du Sinjar tout aussi permanent. Car pour rejoindre Deir Ezzor, les Iraniens peuvent certes passer par le Sud de la Syrie, où l’Armée de Bachar al-Assad a déjà rejoint l’Armée irakienne, encerclant la base américaine d’Al-Tanef, mais la situation demeure critique, d’autant plus que le proto-Etat Daech, certes territorialement en déliquescence, détient toujours un corridor le long de l’Euphrate. Pour Téhéran, le meilleur chemin ne passerait donc pas par le Sud de la Syrie, mais par l’Est, via la ville syrienne de Deir Ezzor, dont la partie ouest, toujours sous contrôle du régime, est encerclée depuis 2012 par l’Etat islamique. L’Armée syrienne ne cesse cependant de s’en rapprocher à la fois depuis Palmyre où elle est aux portes d’As-Sukhnah, et depuis le Nord via la route d’Alep, en contournant Tabqa, ville du barrage al-Assad, reprise par les FDS.

L’Armée syrienne arrivera très probablement à Deir Ezzor avant les Kurdes. Au grand dam de Washington, car le régime de Bachar al-Assad, répondant aux intérêts iraniens, réussira à rétablir dans son pays un corridor chiite d’Ouest en Est. Les Iraniens pourront donc passer de la région irakienne de Sinjar à celle syrienne de Deir Ezzor avant de rejoindre la côte méditerranéenne.

Cette route passant par la Syrie du régime de Damas et non par le Rojava kurde est certainement une meilleure solution pour Téhéran qui n’a jamais cherché – depuis des siècles d’ailleurs – à aller trop en avant sur les marches de son rival turc. Vis-à-vis d’Ankara, Téhéran fait preuve d’une certaine rivalité, certes, mais d’abord de beaucoup de prudence, et Ankara lui rend bien cette cette circonspection.

Mais le succès de cette manoeuvre iranienne et cet équilibre prudent recherché par Ankara et Téhéran mettent à mal les calculs des stratèges washingtoniens….

Washington dispose d’une marge de manoeuvre étroite

Ce tableau régional ne serait pas complet sans le rôle des Etats-Unis et de la Russie. Sur ce point, Washington a très clairement utilisé l’atout kurde pour venir à ses fins en Irak et en Syrie. Sur le plan militaire, le soutien militaire américain tant aux YPG qu’aux Peshmergas est sans appel. Ils en ont profité, en Syrie, pour ériger des bases militaires (récemment au Nord de Raqqa) qui pourraient demeurer encore longtemps. Ils y auraient déployé, comme à Al-Tanef, à la frontière jordanienne, des lance-roquettes multiples High Mobility Artillery Rocket System (HIMARS) dont la portée – 300 km – pourrait être une menace sérieuse pour le régime syrien, si la présence militaire russe n’était pas proportionnée pour créer un équilibre régional.

Au Kurdistan irakien, la présence militaire américaine est quant à elle installée dans le temps long depuis 2005, plus encore depuis les préparatifs de la bataille de Mossoul. Mais ce soutien aux Peshmergas motivé par la lutte contre Daech et l’endiguement de l’Iran pourrait indisposer certaines puissances régionales comme la Turquie et les Etats concernés, à Bagdad et à Damas. De manière générale, la marge de manœuvre des Etats-Unis – dont les positions au Moyen-Orient sont très tranchées, surtout depuis l’élection de Donald Trump, avec un axe net Washington-Riyad-Tel-Aviv – pourraient être de facto assez limitée.

Rosneft au Kurdistan, l’atout énergétique de Moscou

A l’inverse, l’intervention russe en Syrie, directe mais prudente, n’a pas entraîné Moscou dans un scénario afghan d’enlisement que beaucoup espéraient. Au contraire, le Kremlin pratique le réalisme pragmatique intégral, qui s’appuie sur une certaine fermeté, mais également sur une grande plasticité, ce qui lui permet de continuer à discuter avec les pays arabes du Golfe, Israël ou la Turquie tout en défendant mordicus l’Iran et le régime syrien. De même, Moscou soutient le régime central de Bagdad, mais sait également s’associer aux Kurdes irakiens du clan Barzani. Il faut rappeler sur ce point que les Russes ont très souvent utilisé la carte kurde dans leur histoire, pour endiguer l’Empire ottoman par exemple, ou pour gêner, pendant la Guerre froide, l’Iran pro-américain du Shah. Depuis la chute de l’URSS, la proximité russe était surtout grande avec le PKK turc pour dissuader la Turquie d’aider les rebelles islamistes en Tchétchénie. Le soutien russe au PYD pendant la crise russo-turque de 2015 en témoignait encore récemment.

Récemment, sur ce point, il faut citer un signal faible passé largement inaperçu,la signature par Rosneft d’un accord pétrolier au Kurdistan irakien. Du 1er au 3 juin, le KRG était représenté au Forum économique de Saint-Pétersbourg (le Davos russe). Le 2, le Premier ministre kurde a signé un accord avec Rosneft pour 20 ans. Selon ses termes, la Russie devrait acheter du pétrole kurde – 1 million de barils par jour – et le raffiner en Allemagne. Elle devrait à cet effet investir 3 milliards de dollars dans le territoire du KRG.

Selon Jabbar Kadir, ancien conseiller du premier ministre kurde Barham Salih, « les Russes voient les Kurdes comme des acteurs-clés dans la future région » car « la Russie croit que l’Irak sera divisée, sinon en trois Etats, du moins en trois régions fédérales ». « C’est pourquoi la Russie a ralenti ses travaux avec le gouvernement central. Si Bagdad s’oppose à l’accord, le KRG et les Russes leur diront : ‘Vous passez des accords avec les Américains. Ils font des explorations pétrolières dans la région kurde, nous faisons la même chose », ajoute-t-il avant de préciser : « On ne peut pas ignorer les ramifications politiques de tout ceci. Jusqu’à maintenant, la Turquie parvenaient à diriger les affaires pétrolières du Kurdistan et à imposer ses propres conditions. Ce ne pourra plus être le cas avec Rosneft. C’est pourquoi c’est un point de repère de l’accord pour le futur du Kurdistan ».

 

On voit apparaître la stratégie de Moscou. Alors que les Etats-Unis seront isolés en Syrie avec leur futur Kurdistan syrien sur les bras, rejeté par tous les acteurs régionaux, tandis que la Turquie, l’Iran et la Russie trouveront un terrain d’entente plus ou moins franc en Irak, la Russie fait son grand retour pour peser face à Washington, profitant de sa relation particulière avec la Turquie et l’Iran. Car, là est peut-être le nœud de l’histoire, à la fois stratégique et énergétique, que nous évoquions dans notre dossier de fond sur le Qatar : Washington est en train de perdre la bataille des hydrocarbures au Moyen-Orient face à un étonnant quatuor Turco-Irano-Qataro-russe piloté à Moscou. La coopération irano-qatarie pour le gisement gazier de South Pars tout comme le pipeline russo-turc Turkish Stream en sont les deux marques principales. L’accord entre le KRG et Rosneft doit se comprendre dans le sillage de ce réalignement énergétique au Levant.

Tout ceci, Massoud Barzani ne le sait que trop bien. Néanmoins, ce jeu de billard à plusieurs bandes est une poudrière tant l’équilibre des intérêts est complexe et donc fragile. Le moindre incident peut déclencher les hostilités et déstabiliser les alliances de circonstance. Un point ne saurait être mésestimé : Daech est certes repoussé dans le désert, mais pour le déloger de ses places fortes, les dégâts occasionnés ont été considérables sur les terres sunnites d’Irak. A l’image de Mossoul, ce ne sont plus que ruines et insondable détresse humaine. La rivalité entre Chiites et Kurdes pourrait détourner les grands acteurs de l’objectif ultime souhaitable que le Maréchal Lyautey avait pointé en son temps. Qu’en sera-t-il du développement de la troisième partie d’Irak, sunnite, celle dont Mossoul pourrait justement être la capitale, celle dont a émergé Daech ? Car si un équilibre des rapports de force régionaux n’est pas (re)constitué en Irak, la guerre civile sera inéluctable. Errare humanum est, sed perseverare diabolicum.

23 réponses à Les Kurdes sortent le grand jeu en Irak… à leurs risques et périls, par C. Galactéros

Commentaires recommandés

Ariane Grazioli Le 23 juillet 2017 à 08h47

Pourquoi toujours qualifier le gouvernement de Damas de “Régime” ? Ce gouvernement a été choisi par le peuple syrien ce qui lui donne toute sa légitimité. Puisque les Occidentaux appellent “régime” tous les gouvernements qui ne leur plaisent pas, j’appellerai le gouvernent français REGIME puisque sa légitimité est douteuse au vu des abstentions et vu la glissade de la France vers une république “bananière”.

  1. Alberto Le 23 juillet 2017 à 07h03
    Afficher/Masquer

    Passionnante analyse. On comprend enfin quelque chose à ce conflit. Cela dit il faut s’accrocher ! Cela me fait penser à ce sketch des Inconnus :
    https://www.youtube.com/watch?v=13rlhl_5_60


    • Dingologue Le 23 juillet 2017 à 14h51
      Afficher/Masquer

      Archi d’accord, j’ai déjà passé pas mal de temps à chercher et repérer sur des cartes où se situaient les différents kurdes. Et bien que je suive ce conflit de près depuis 2015 j’avais toujours le sentiment de ne pas parvenir à me faire une vision d’ensemble. D’autant plus que tous les partis pris géostratégiques des militaires que je suivais sur Twitter ne m’allaient pas complètement, mais néophyte je réservai mon jugement jusqu’à comprendre véritablement lesdits partis pris en question.Je pense que que je vais reprendre ce billet un certain nombre de fois sur les passages où je flotte encore.Le travail de Caroline Galacteros est toujours hyper rigoureux. Et en général ce qu’elle énonce dans l’anticipation se vérifie ensuite.


    • PierreH Le 27 juillet 2017 à 10h55
      Afficher/Masquer

      C’est exactement à ça que j’ai pensé en plein de milieu du premier paragraphe de la partie “Le drôle de jeu kurde des Iraniens”… C’est un sac de noeud bien velu. Déjà qu’en diplomatie/stratégie, quand on est un peu arrogant comme les dirigeants français on peut facilement se planter, mais alors là un pire qu’un champ de mines…


  2. Caliban Le 23 juillet 2017 à 08h25
    Afficher/Masquer

    On ne mettra jamais assez l’accent sur la responsabilité du gouvernement Yankee dans cet atroce chaos humain, la remise en cause de frontières solides, l’effondrement du pouvoir laïc en Irak et la promotion du terrorisme wahhabite.

    Officiellement c’est parti de deux tours effondrées et d’une pipette secouée à l’ONU. Mais on voit bien dans cet article extrêmement bien écrit, que le business est le carburant.

    La fameuse formule de Paul Valéry semble d’une pertinence particulière dans cette guerre de 25 ans : “La guerre, c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas.”


    • Paul Le 23 juillet 2017 à 08h36
      Afficher/Masquer

      “Mais on voit bien dans cet article extrêmement bien écrit, que le business est le carburant.”

      Pardon mais il faut être Gilbert Montagné pour croire que toutes ces guerres et déstabilisations dans des pays aux ressources énergétiques très importantes sont le résultat pour apporter un peu de démocratie de liberté de droits de l’Homme et je ne sais quel autre prétexte.


    • Caliban Le 23 juillet 2017 à 09h54
      Afficher/Masquer

      @Paul

      Tout comme il faudrait être bien manichéen pour croire que la compétition pour l’appropriation pour le pétrole explique tout.

      Si des populations sont capables de s’entretuer, ce n’est pas pour remplir leur réservoir. C’est qu’il existe des fractures très profondes qu’ont ré-ouvertes les guerres des Bush, qui elles non plus n’avaient pas comme unique motif le pétrole.

      La lutte pour l’appropriation des ressources hydrocarbures explique le déclenchement au Koweït puis la durée du conflit mais pas la tournure en guerre civile qu’il a pu prendre.


      • Chris Le 23 juillet 2017 à 13h58
        Afficher/Masquer

        C’est extrêmement facile de monter des populations les unes contre les autres : une tactique que se pratique depuis la nuit des temps, peu importe le ou les prétextes choisis. Ouvrir la boite de Pandore comporte bien des risques.
        Regardez ce qui se passe au Vénézuéla, en Ukraine, dans de nombreux pays d’Afrique et même dans notre bonne vieille Europe, la Pologne, Macédoine, etc…
        Dans les pays au développement économique plus avancé et interconnecté, dont la casse serait préjudiciable aux intérêts des instigateurs qui en profiteront, cela s’appelle “révolution de couleur”…


      • Caliban Le 23 juillet 2017 à 22h07
        Afficher/Masquer

        “C’est extrêmement facile de monter des populations les unes contre les autres”

        La difficulté n’est pas si maigre que vous semblez l’indiquer. Si on prend l’exemple des Kurdes, on aurait pu penser que le sentiment nationaliste, tenace depuis des décennies malgré les persécutions de toutes parts (Saddam Hussein, Erdogan, …) était le plus fort.

        Or il semble, à la lecture de cette article, que l’argent du pétrole ait pris le dessus. Au moins pour ce qui concerne les dirigeants et les groupes armés ainsi financés. Mais qu’en est-il de la population civile kurde, qu’elle soit d’Irak, de Syrie ou de Turquie. Est-elle prête à s’entretuer ?


  3. Paul Le 23 juillet 2017 à 08h29
    Afficher/Masquer

    Au sujet du mythe Kurde dont parle C Galactéros, le site https://sarahabed.com/ a publié des analyses plutôt intéressantes sur ceux que beaucoup imaginent comme nécessaires pour stabiliser la région Irak/Syrie.


  4. Ariane Grazioli Le 23 juillet 2017 à 08h47
    Afficher/Masquer

    Pourquoi toujours qualifier le gouvernement de Damas de “Régime” ? Ce gouvernement a été choisi par le peuple syrien ce qui lui donne toute sa légitimité. Puisque les Occidentaux appellent “régime” tous les gouvernements qui ne leur plaisent pas, j’appellerai le gouvernent français REGIME puisque sa légitimité est douteuse au vu des abstentions et vu la glissade de la France vers une république “bananière”.


    • occitan Le 23 juillet 2017 à 11h22
      Afficher/Masquer

      la glissade est achevée : nous sommes une république bananière !!!


    • Manant2 Le 23 juillet 2017 à 17h48
      Afficher/Masquer

      Vous avez raison. Le point faible de cette analyse réside dans sa grille de lecture : “régime”, “Kurdes ceux-ci, Kurdes ceux-là”, “croissant chiîte”, etc. L’auteur ne s’arrête jamais sur les intérêts nationaux et ne fait aucune référence aux lois internationales et à la Charte de l’ONU. Il appartient à une école coloniale (celle du Maréchal Lyautey) qui ne prend pas au sérieux l’existences de nations arabes et ne voit que clivages tribaux, ethniques, religieux, etc.


      • Julie Le 24 juillet 2017 à 17h33
        Afficher/Masquer

        Comme pour sa défense de De Villiers
        Tellement bon qu on est en Syrie, en Libye dans deux des trois camps, en Irak, au Mali avec le succes qu on sait, en Centrafrique…


      • PierreH Le 27 juillet 2017 à 11h07
        Afficher/Masquer

        Je ne suis pas un spécialiste de ces questions, je réponds donc de façon naïve. Au vu de l’animosité qu’on peut percevoir entre chiites et sunnites au moyen-orient, il ne me semble pas du tout ridicule d’inclure cet aspect dans l’analyse géopolitique de la région. Les nations, pour se former, s’appuient en général sur certains des critères que vous citez. A la suite de quoi elle commencent peu à peu à prendre une sorte d’autonomie conceptuelle.
        Plutôt que d’accuser l’auteure de parti pris idéologique (en gros de procès d’intention) et bien que ce soit peut-être justifié, ce serait sans doute plus utile pour nous que vous preniez des exemples concrets de l’article qui omettent des éléments “nationaux” non ethniques et non religieux pertinents. Certes ça prend plus de temps et je ne veux pas vous commander mais si vous vous y atteliez je suis sûr que beaucoup apprécieraient.


    • PierreH Le 27 juillet 2017 à 11h16
      Afficher/Masquer

      Que vous appeliez le gouvernement français “régime”, après tout pourquoi pas, ça ne me dérange pas… Par contre cette obsession à vouloir considérer des dirigeants dictatoriaux comme des paragons de démocratie juste parce qu’ils sont attaqués par des gouvernements européens ou nord-américains, ça me laissera toujours perplexe. En Syrie on se passe le pouvoir de père en fils. Et vous avez plein de républiques non-démocratiques, avec des élections qui ne servent à rien puisque le pouvoir est tenu d’une main de fer. Et oui, dans certains de ces pays les dirigeants ont une côte de popularité supérieure à celle de nos présidents, ça n’est pas incompatible. Ca ne veut pas dire que le gouvernement “a été choisi par le peuple”. Au mieux il est soutenu, pour le moment, par une majorité du peuple pour une raison ou une autre.


  5. Chris Le 23 juillet 2017 à 14h14
    Afficher/Masquer

    Dans l’article du 3 juillet de Labévière publié par les Crises, on pouvait lire :

    Dans un entretien qu’il vient d’accorder au quotidien saoudien Ash-Shark al-Awsat, le dernier ambassadeur américain à Damas Robert Ford annonce une « défaite américaine », rien de moins ! Il affirme, par ailleurs que « la partie est finie, que les Etats-Unis seront obligés, une fois Dae’ch écrasé, de déguerpir. Comme cela s’est passé au Liban en 1983 et en Irak en 2011 »

    La capacité de nuisance des Etats-Unis est énorme, donc pas mal de désordres peuvent encore survenir, surtout avec l’aiguillion de la mouche du coche israélienne en mal de territoires supplémentaires à voler.

    Par contre, dès l’annonce du statut indépendant des Kurdes irakiens proclamés en 2004 par les Américains victorieux, j’ai pensé que les Kurdes seraient les cocus de ce jeu à plusieurs bandes… comme ils le furent déjà plusieurs fois au siècle passé.

    Un feuilleton va encore nous occuper pas mal d’années, je le crains pour les autochtones.


    • Subotai Le 23 juillet 2017 à 18h22
      Afficher/Masquer

      Et vous savez pourquoi?
      Parce qu’on leur prête des aspirations politiques qui ne sont pas les leurs. Et ce n’est pas parce que quelques Chefs cèdent à la mode d’une vision politique de type occidental qu’il faut croire qu’ils aspirent à le devenir.
      Plus simplement, laissez les vivre dans leurs montagnes comme ils veulent avec les moyens de le faire et vous verrez qu’ils n’emmerderont personne.
      Mais voilà, dans leurs montagnes, ils ont des trucs que beaucoup veulent…


  6. Christian Gedeon Le 23 juillet 2017 à 20h15
    Afficher/Masquer

    Formidable Mme Galacteros. Loin de tout dogmatisme,précise,réaliste. A lire et relire pour tous ceux
    Qui veulent essayer de comprendre loi des lunes ” romantiques ” et tout près du terrain.


  7. Ribouldingue Le 24 juillet 2017 à 01h43
    Afficher/Masquer

    Heureusement qu’on trouve encore dans la démocratie française de quoi s’informer correctement malgré la captation de la plupart des médias par des petits intérêts particulier qui n’ont eux rien de démocratique.
    Merci.


  8. Geof' Le 24 juillet 2017 à 09h39
    Afficher/Masquer

    et oui, heureusement qu’on a encore de bon(ne)s analystes, qui essayent de se rapprocher de la vérité géo-politique, et de nous la communiquer…

    où on y apprend que les rapports de force, le contrôle des matières premières, la puissance militaire font l’Histoire des nations/peuples/religions…

    où l’éthique y est tjrs violée, le machiavélisme régnant partout…

    Geof’, neo-communiste wallon


  9. aleksandar Le 24 juillet 2017 à 13h14
    Afficher/Masquer

    Le problème n’est pas de savoir si il y aura une guerre mais quand. Jamais l’état irakien ne laissera les villes de Mossoul et Kirkouk aux Kurdes, ce n’est pas qu’une question de pétrole mais aussi une question de fierté nationale. Les Kurdes sont très fort dans leurs montagne, le terrain tactique est a eux, en rase campagne il se feront étriller.
    En Irak, comme en Syrie, les Kurdes seront les dindons de la farce, enfin, moins en Syrie ou l’idée d’indépendance chez les Kurdes n’est pas majoritaire. Mais on peut compter sur les américains, une fois de plus pour souffler sur les cendres du brasier.


    • christian gedeon Le 26 juillet 2017 à 12h03
      Afficher/Masquer

      L’état irakien? Vous parlez de quoi ? Quel état irakien? vous le voyez où l’état irakien? Ceci étant dit,sur le conclusion de l’affaire,je ne suis pas loin d’être d’accord avec vous. Les kurdes vont payer leurs errements passés…en Orient,tout prend du temps…et le temps n’ a pas la même valeur qu’en Occident…nous n’avons rien oublié du XIX iéme siècle,ni du début du XXième. Rien,absolument rien…tous le crimes se payent un jour.


  10. Giacomo Le 25 juillet 2017 à 12h01
    Afficher/Masquer

    Le Kurdistan est l’allié objectif des americains depuis qu’ils ont lâché politiquement et militairement Saddam après que Rumsfeld lui ait rendu visite à Badgad (Bush père). Ce revirement de situation tient au pétrole qui suinte du Kurdistan partout.

    Pour l’avoir vécu de l’interieur et de très près …
    – les USA ont destabilise l’Irak de Saddam grace aux Kurdes (et pas seulement avec des missiles de croisière) aprüs avoir soudoye les generaux kurdes proches de Saddam et les familles influents Kurdes d’Erbil
    – le proche de Sddam du conseil militaire baathiste qui le trahira est un general kurde exfiltré avec toutes sa famille etendue vers l’Egypte par les militaire semericains a la veille du conflit de2003.
    – il sont ensuite confié le Kurdistan a la Caste Barzhani (presnete depuis 1974) et construit la constitution Irakienne pour servir au mieux les interets (economiques) de cette caste quoi que la constitution de 1974 l’avait deja fait.
    – l’idée aussi était de creer une nation kurde qui serait le contrepoids de l’Iran) et reconfigurer de la zone contre la Syrie et en opposition pprobable a la Turquie avec un Kurdistan Nation (territoires turcs, syriens et Iraniens compris) et non plus un Kurdistan comme simple région autonome d’Irak.
    – enfin le Kurdistan est sur la route du gaz et du petrole entre la mer caspienne (voir carte ci dessous) et la mediterrannee donc un debouché pour l’Azerbaidjan, autre état or noir inféodé à Washington et son allié anglais .http://www.globalrights.info/wp-content/uploads/Kurdistan-1.jpeg


Charte de modérations des commentaires