Dans la série “Mon nombril”, je vous signale ma première interview dans un quotidien national, parue ce jour dans le supplément économie du Parisien (1 million de lecteurs….), qui sort un dossier sur les rémunérations des dirigeants :

Olivier Berruyer, membre de l’Institut des Actuaires*¤ et auteur du blog www.les-crises.fr

« Les Pdg sont incités à prendre des risques à court terme »

Comment s’explique la hausse continue des rémunérations des patrons des grandes entreprises françaises ?

Aujourd’hui, la loi contraint les sociétés cotées à publier les salaires de leurs dirigeants. Il en résulte un alignement vers le haut car aucun patron ne veut gagner moins que son concurrent. On peut aussi évoquer la composition des comités de rémunération qui, au sein des entreprises, fixent les émoluments des dirigeants. Parmi leurs membres, figurent des Pdg d’autres sociétés. Les Pdg déterminent donc les salaires des Pdg ! Mais pour moi le fond du problème reste la structure même du système de rémunération.

C’est-à-dire ?

Si en France le salaire fixe des dirigeants est proche de sa moyenne historique, la part variable de la cinquantaine des plus grands dirigeants français peut atteindre des sommets choquants. On pourrait déjà discuter de la raison d’être d’une part variable. Mais quoi qu’il en soit, elle se compose essentiellement de stock-options, dont la valeur dépend du prix de l’action de l’entreprise. Il en résulte que le système actuel de rémunération des dirigeants est un simple pari sur les cours de la Bourse cinq ans plus tard.

Avec quelles conséquences sur l’économie et l’emploi ?

Cela incite certains patrons à prendre toujours plus de risques pour augmenter la valeur immédiate de leurs entreprises. Donc à adopter une vision à court terme plutôt que d’investir sur la pérennité des structures à long terme. Outre un risque clairement établi de faillites, c’est tout le système économique qui est mis sous tension. Par exemple, il y a une tentation permanente de délocaliser pour produire moins cher tout de suite. Ou d’exercer de fortes pressions sur les sous-traitants pour qu’ils baissent leurs prix avec des risques de faillite en cascade. L’absence de sanctions financières ou pénales des patrons ayant conduit leur entreprise à la banqueroute fait également partie du problème. Ce n’est pas normal qu’aux Etats-Unis les administrateurs de l’assureur AIG soient en liberté alors que l’Etat y a injecté 85 milliards de dollars (60 milliards d’euros) en 2008 pour éviter que sa chute n’entraîne la faillite du système financier mondial.

Propos recueillis par C. G.

* Spécialisés dans les statistiques et les mathématiques, les actuaires modélisent les risques pour les entreprises.

 

8 réponses à Interview : « Les Pdg sont incités à prendre des risques à court terme »

  1. hema Le 23 mai 2011 à 20h00
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    la célébrite vous guette , soyez prudent.
    Sinon, j’aimerai bien que vos analyses, et d’autres ,passent un peu mieux dans les médias dominant.
    Cordialement


  2. TLG Le 23 mai 2011 à 20h49
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    Dans l’article du Parisien : “85 milliards de dollars (60 millions d’euros) en 2008”. Soit personne ne connait la parité euro-dollars au Parisien, ou alors personne n’effectue de relecture avant la publication des articles…Pas très sérieux. Heureusement que l’auteur du site web est plus rigoureux.


  3. J3M Le 24 mai 2011 à 05h02
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    Pourquoi ne pas avoir parlé des comptes truqués, style Vivendi J2M ?, et il y en a bien d’autres, et c’était en plein dans le sujet.
    Les banques américaines qui déplacent les actifs toxiques avant plublications des résultats etc. etc.
    Comptes truqués = spoliation des actionnaires, + gros revenus des dirigeants, gros risques sur l’entreprise, et ce ne sont pas les seuls inconvénients.


  4. Alex Le 24 mai 2011 à 07h46
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    J’ai l’impression qu’on tend de plus en plus le micro à des gens qu’on aurait considéré avant 2008 comme des doux rêveurs ou des cocos rétrogrades.

    Politiquement, on a du mal à abandonner les dogmes, mais sous la surface, les choses bougent.

    Ou je me trompe ?


  5. Olivier Berruyer Le 24 mai 2011 à 14h28
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    C’est moi le doux rêveur ?? 🙂

    Bah disons que l’échec patant (et la suite est encore à venir) de la pensée néo-conservatrice ouvre un champ à de nouvelles analyses non dogmatiques…


  6. Amsterdamois Le 28 juin 2011 à 03h48
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    Félicitation pour votre nombril, c’est mérité.
    Et vous avez une tête de doux rêveur, en effet : comme les éléphants, ça trompe énormément, vu vos graphiques meurtriers 😀

    Mais histoire de rappeler que la roche Tarpéienne n’est pas loin du Capitole :
    “l’échec pâtant de la pensée néo-conservatrice”?
    des pâtes, des pâtes, oui mais des Panzani!
    C’est é-patent, leur fiasco 😀


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