Source : Consortium News, Robert Parry, 02-09-2017

Le New York Times s’y remet encore, rapportant des allégations non prouvées en tant que faits avérés, alors que quiconque s’interroge sur le consensus à propos du Russie-gate, s’expose à de basses attaques, écrit Robert Parry

C’est une règle de base du Journalisme 101 que lorsqu’une allégation est extrêmement douteuse — ou n’a pas été établie comme fait réel — vous devez transmettre à vos lecteurs cette incertitude en utilisant les mots « allégué » ou « prétendu ». Mais le New York Times et pratiquement tous les médias américains ont laissé tomber ce principe dans leur chasse avide au Russie-gate.

L’immeuble du New York Times à New York

Quand le Russie-gate est le sujet d’un article, le Times rejette automatiquement toute incertitude sur la culpabilité de la Russie, un modèle que l’on a vu précédemment dans les rapports bâclés sur les autres pays « ennemis » comme l’Irak ou la Syrie, aussi bien que sur l’implication de la Russie dans la guerre civile ukrainienne. Encore et encore, le Times régurgite des affirmations hautement tendancieuses du gouvernement comme étant la vérité indéniable.

Ainsi, malgré le manque de preuves apportées publiquement sur le « piratage » russe des e-mails du parti démocrate et leur fuite à Wikileaks pour nuire à Hillary Clinton et favoriser Donald Trump, le Times continue de traiter ces allégations comme un fait.

Pendant quelque temps, le Times a aussi répété la fausse affirmation selon laquelle les « 17 services de renseignement » américains souscrivaient tous à la conclusion d’une Russie coupable, un mensonge utilisé pour intimider et faire taire les sceptiques qui doutaient des rapports peu sourcés des responsables des services de renseignement du Président Obama sur le Russie-gate.

Ce n’est qu’après que deux de ces responsables — James Clapper, le directeur national des renseignements et John Brennan, le directeur de la CIA — ont reconnu que le rapport clé du 6 janvier avait été rédigé par des analystes triés sur le volet et ne provenant que de trois services, que le Times se trouva forcé de publier une correction embarrassante afin de revenir sur le bobard des « 17 services de renseignement ».

Mais le Times a alors modifié sa formulation pour affirmer que la culpabilité de la Russie était généralement acceptée dans le milieu des services de renseignement américains, une formulation trompeuse qui suggère encore que les 17 agences étaient au courant sans pour autant l’avoir mentionné — une manière de duper d’autant mieux les lecteurs du Times.

Le Times semble avoir oublié ce que l’un de ses journalistes avait fait remarquer immédiatement après avoir lu le rapport du 6 janvier. Scott Shane avait écrit : « Il manque à ce rapport ce que de nombreux Américains attendaient avidement : des preuves solides pour soutenir les affirmations des services de renseignement accusant le gouvernement russe d’avoir conçu l’attaque des élections… Au lieu de cela, le message des renseignements se résume essentiellement à un ’’faites-nous confiance’’ ».

Cependant, si tel était le calcul des responsables du renseignement d’Obama — à savoir qu’ils n’auraient pas à fournir de preuve — ils ne se sont pas trompés, puisque, concernant le Russie-gate, le Times et pratiquement tous les autres grands organismes d’information ont choisi de faire confiance, pas de vérifier.

L’abandon de la mention des sources

Les articles se suivent et le Times ne se donne même plus la peine de mentionner la source des allégations de culpabilité des Russes. Une culpabilité présentée comme absolue malgré les protestations du gouvernement russe et le fait que Julian Assange a dit qu’il n’avait pas reçu d’e-mails de Russie ni d’aucun autre gouvernement.

Emblème de la CIA dans le hall du siège de l’agence (crédit photo : gouvernement des États-Unis)

Bien sûr, il est possible que le gouvernement russe mente et que les e-mails aient été maquillés afin de cacher à Julian Assange leur provenance. Mais il n’en reste pas moins que nous ne connaissons pas la vérité, le New York Times non plus — et probablement, le gouvernement américain non plus (même s’il parle avec assurance de sa « confiance profonde » dans les conclusions fondées sur les preuves imaginaires de ces analystes « triés sur le volet »).

Et le Times continue sur cette tendance qui consiste à affirmer comme certain ce qui est à la fois controversé et manque de preuves vérifiables. Samedi, dans un reportage en première page sur le Russie-gate, le Times traite encore une fois la culpabilité de la Russie comme un fait absolu. Dans la version en ligne de l’article, on pouvait lire le titre suivant : « Tentative russe de piratage des élections : plus importante qu’à l’origine, mais elle n’attire que peu d’attention. »

L’article commence par un paragraphe d’introduction alarmiste à propos d’électeurs de la ville Démocrate de Durham en Caroline du Nord qui rencontrent des difficultés avec les listes électorales informatisées.

« Susan Greenhalgh, conciliatrice dans une organisation non partisane de suivi des élections, savait que des pirates informatiques Russes avaient pénétré VR Systems, le fournisseur du logiciel de Durham quelques mois plus tôt. ’’Ça ressemblait à de la manipulation de données, ou une sorte de cyberattaque’’, avait-elle dit à propos des problèmes de votes à Durham. »

Le Times avait relaté que Greenhalgh était au courant de ce fait supposé parce qu’elle l’avait entendu dans « un bulletin d’actualités » sur CNN.

Une lecture approfondie de l’article nous apprend que « les autorités locales avaient mis en cause une erreur humaine et une défaillance du logiciel — et qu’aucune preuve claire de sabotage informatique n’avait émergé, encore moins une responsabilité russe ». Mais le Times manifestement ne croit pas à cette explication et ajoute :

« Selon les entretiens auprès de plus d’une vingtaine de personnes, fonctionnaires de la sécurité nationale et du gouvernement ainsi que spécialistes des systèmes de vote informatisés, après une campagne présidentielle profondément marquée par les manipulations russes, les services de renseignement locaux, gouvernementaux et fédéraux ont mené très peu d’enquêtes relevant de la criminalité numérique nécessaires pour évaluer l’impact, s’il est avéré, sur les vingt-et-un États dont les systèmes de vote informatisés ont été pris pour cible par les pirates informatiques russes. »

Mais la campagne présidentielle de 2016 a-t-elle vraiment été « profondément marquée par les manipulations russes » ? Par exemple, on a attribué l’hystérie autour des « fake news » de l’automne dernier à un groupe de jeunes entrepreneurs qui avaient tiré partie de la crédulité des supporters de Donald Trump pour augmenter leur nombre de « clics » envoyés sur les réseaux sociaux et ainsi accroître leurs revenus publicitaires.

« Saper » la démocratie américaine

Un appendice de 7 pages datant de 2012 qui accusait le réseau de télévision RT de chercher à miner la démocratie états-unienne, avait été jointe au rapport du 6 janvier des analystes « triés sur le volet » de la CIA, du FBI et de la NSA. Mais les plaintes étaient bizarres, ou pour le moins, risibles ; elles comprenaient une accusation selon laquelle RT avait couvert les manifestations de Occupy Wall Street, rendu compte des dangers de « la fracturation hydraulique » et permis à des candidats tiers à la présidentielle, exclus après la primaire du débat à deux entre le républicain Mick Romney et le démocrate Obama, d’exprimer leurs opinions.

La place Rouge de Moscou avec un festival d’hiver à gauche et le Kremlin à droite ( Photo de Robert Parry ).

Que de tels exemples ridicules de « sape » de la démocratie américaine aient même été cités dans le rapport du 6 janvier auraient dû alerter n’importe quel journaliste professionnel que le rapport était un cas classique d’analyse biaisée, sinon de propagande pure et simple. Mais le rapport a été publié dans la frénésie suscitée par la présidence Trump à venir, alors que les Démocrates — et une grande partie des médias grand public — entraient en résistance. Le rapport du 6 janvier a été considéré comme une arme cruciale pour éliminer Trump, ce qui a supprimé le scepticisme.

Pour cette raison, et comme Trump continue d’alerter de nombreux Américains avec son tempérament erratique et ses encouragements timides au nationalisme blanc, l’exemple fragile du « piratage » par les Russes s’est consolidé en une pensée de groupe qui ne doit pas être remise en question, comme le dit clairement l’article du Times de samedi :

« Les assauts contre le vaste appareil électoral [c’est-à-dire les machines à voter] ont reçu beaucoup moins d’attention que d’autres aspects de l’ingérence russe, comme le piratage de courriels démocrates et la diffusion d’informations fausses ou préjudiciables sur Mme Clinton. Pourtant, le piratage des systèmes électoraux a été plus important qu’on ne l’avait dit », a conclu le New York Times.

En d’autres termes, même s’il n’y a pas eu de preuves solides de cette « ingérence russe », que ce soit le « piratage de courriels démocrates » ou la « diffusion d’informations fausses ou préjudiciables sur Mme Clinton », le Times rapporte ces allégations comme un fait établi avant d’étendre les soupçons du prétendu « piratage de systèmes électoraux », malgré l’absence de preuves à l’appui et face aux contre-arguments des responsables locaux. En ce qui concerne le Times, le problème ne pouvait pas être qu’un travailleur bénévole du sondage ait bousillé le logiciel. Non, ce doit être le sale boulot de la Russie ! la Russie ! la Russie !

Le Times affirme que « les efforts de la Russie pour compromettre les systèmes électoraux américains […] comprennent l’exploration des bases de données électorales, la recherche de vulnérabilités ou la recherche d’altération des données, qui ont été identifiées dans plusieurs États ». Encore une fois, le Times n’applique pas des mots comme « allégué », c’est tout simplement un fait acquis.

Une incertitude reconnue

Pourtant, curieusement, la citation utilisée pour étayer cette accusation clé reconnaît à quel point on sait peu de choses. Le Times cite Michael Daniel, le coordinateur de la cybersécurité à la Maison-Blanche d’Obama, qui déclare :

Le directeur du renseignement national, James Clapper (à droite), s’entretient avec le président Barack Obama au Bureau ovale, en présence de John Brennan et d’autres agents de la sécurité nationale. (Crédit photo : Bureau du Directeur du renseignement national)

« Nous ne savons pas si l’un des problèmes [informatiques] était un accident, ou sil s’agissait de problèmes aléatoires que vous rencontrez avec les systèmes informatiques, ou si c’était un pirate informatique local, ou une véritable malversation par un État-nation souverain…. Si vous voulez vraiment savoir ce qui s’est passé, vous devrez faire beaucoup de recherches et d’enquêtes, et vous ne le découvrirez peut-être pas. »

Ce qui est exactement le cas : d’après ce que nous savons du dossier public, il n’ y a pas eu d’enquête judiciaire du gouvernement américain sur les allégations russes de « piratage », un point c’est tout. En ce qui concerne le « piratage » des courriels du Comité National Démocrate, le FBI n’ a pas sécurisé les ordinateurs pour examen, mais s’est au contraire appuyé sur la réputation vérifiée d’un groupe privé appelé Crowdstrike, qui a fondé une grande partie de sa conclusion sur le fait que des caractères russes et une référence à un célèbre espion russe ont été insérés dans les métadonnées. On n’ a jamais expliqué pourquoi le supposé piratage par des hackers du gouvernement russe aurait été si grossier. On ne peut non plus exclure que ces insertions aient été faites délibérément pour incriminer les Russes.

Sans aucun scepticisme, le Times admet qu’il existe des informations secrètes du gouvernement américain qui devraient renforcer la confiance du public à l’égard de la culpabilité russe, mais aucune de ces preuves n’est énoncée, si ce n’est ironiquement pour dire ce que les Russes ne l’ont pas fait.

Le Times citait la conclusion du rapport du 6 janvier, selon laquelle « les Russes ont hésité à prendre des mesures susceptibles de modifier le décompte des voix… une conclusion tirée de l’espionnage et de l’interception américains des communications des responsables russes et une analyse du Département de la sécurité intérieure, selon les responsables actuels et anciens du gouvernement. »

Mais cela semble être la seule conclusion du gouvernement américain dont le Times doute, c’est-à-dire une conclusion de l’innocence russe sur la question de la falsification du décompte des voix.

Encore une fois, acceptant comme un fait acquis toutes les autres revendications du gouvernement américain sur la Russie, le Times écrit : « Hormis la campagne d’influence russe visant à saper Mme Clinton et d’autres responsables Démocrates, nous n’avons pas vraiment évalué l’impact d’éventuelles actions de piratage plus discrètes de la Russie au niveau de l’État et du comté. »

Il y a, bien sûr, une autre règle de Journalism 101: lorsqu’il y a une accusation grave, on donne à l’accusé une chance réelle de la réfuter, mais l’article du Times ignore aussi ce principe. Le gouvernement russe et WikiLeaks n’ont aucune chance de faire tomber les diverses accusations et soupçons.

Un parti-pris bien ancré

La réalité est que le Times s’est engagé dans une longue série de préjugés anti-Russie depuis un certain nombre d’années, mais qu’il a connu une escalade dramatique depuis 2013, lorsque des néo-conservateurs de premier plan ont commencé à cibler la Russie comme un obstacle à leurs programmes de « changement de régime » en Syrie et de bombardement à tout va de l’Iran.

Symboles nazis sur les casques portés par les membres du bataillon Azov d’Ukraine. (filmés par une équipe de tournage norvégienne et diffusés à la télévision allemande)

En septembre 2013, les néoconservateurs visaient l’Ukraine, objectif que le président du National Endowment for Democracy Carl Gershman considérait comme le « plus grand trophée » et une étape importante vers un trophée encore plus grand, en neutralisant ou renversant le président russe Vladimir Poutine.

Lorsque des responsables américains néo-conservateurs, tels que la Secrétaire d’État adjointe Victoria Nuland et le sénateur John McCain, ont encouragé un coup d’État qui a renversé le président élu de l’Ukraine, Viktor Yanukovych, le Times a servi de meneur de revue pour les meneurs, alors que la violence était dirigée par des néonazis et des nationalistes ukrainiens extrémistes.

Lorsque les Russes de l’Est de l’Ukraine et de la Crimée ont résisté au coup d’État du 22 février 2014, le Times a collaboré avec le Département d’État pour présenter ce rejet d’un transfert anticonstitutionnel du pouvoir comme une « invasion russe ».

Par exemple, le 21 avril 2014, le Times a débuté ses éditions imprimées avec un rapport d’enquête utilisant des photos fournies par les putschistes et le Département d’État pour soit-disant montrer que des combattants en Ukraine avaient déjà été photographiés en Russie, sauf que les deux photographies clés avaient été prises en l’Ukraine, forçant le Times à se rétracter partiellement deux jours plus tard.

Photographie publiée par le New York Times soit-disant prise en Russie de soldats russes apparus plus tard dans l’est de l’Ukraine. Cependant, le photographe a depuis déclaré que la photo avait été prise en Ukraine, et le département d’État américain a reconnu l’erreur.

Voici la façon tordue dont le Times a traité cette lacune embarrassante dans ses normes journalistiques : « Un paquet de documents d’information américains […] affirme que la photographie a été prise en Russie. Les mêmes hommes sont également visibles sur les photos prises en Ukraine. Leur présence sur les deux photographies a été présentée comme une preuve de l’implication russe dans l’est de l’Ukraine. »

« Le paquet a ensuite été fourni par des responsables américains au New York Times, qui a inclus cette description de la photo de groupe dans un article et une légende publiés lundi. Le différend sur la photo de groupe a jeté un doute sur une preuve particulièrement frappante et très médiatisée. »

En d’autres termes, les responsables américains ont donné au Times ce « scoop » sur une « invasion » russe et le Times l’a avalé en entier. Mais le Times ne semble jamais tirer de leçons de son approche crédule à l’égard de ce que le gouvernement américain fournit. Vous auriez pu penser que la performance scandaleuse du Times dans la promotion de l’histoire de l’Irak et des ADM en 2002 aurait amené le journal à davantage de retenue, mais ses préjugés idéologiques semblent l’emporter à chaque fois.

Deux oiseaux, une seule pierre

Dans le cas des récits sur les piratages russes, le parti pris anti-Russie est aggravé par un parti pris anti-trump, un double parti pris qui a écrasé toutes les notions de principes journalistiques non seulement au Times, mais aussi dans d’autres organes d’information grand public et dans de nombreux médias libéraux ou progressistes, qui veulent désespérément voir Trump destitué, et considèrent le Russie-gate comme la voie menant à ce résultat.

Ainsi, bien que le rapport du 6 janvier n’ait suscité pratiquement aucun scepticisme de la part des analystes « triés sur le volet » — même s’il ne s’agit que d’une série de « nous estimons » ceci et « nous estimons » cela, c’est-à-dire leur opinion, et non des faits — il y a eu une campagne médiatique effrénée pour discréditer une note de service du 24 juillet du Veteran Intelligence Professionals for Sanity. (VIPS) [Anciens professionnels du renseignement pour la santé mentale, NdT]

William Binney, ancien fonctionnaire de la NSA, assis dans les bureaux de Democracy Now! à New York. (Crédit photo : Jacob Appelbaum)

La note, signée par 17 membres du groupe, dont l’ancien directeur technique de la NSA pour l’analyse géopolitique et militaire mondiale William Binney, a contesté la capacité technique des pirates informatiques russes d’extraire des données sur Internet à la vitesse indiquée dans l’un des documents postés.

Après que The Nation ait publié un article de Patrick Lawrence sur le mémo du VIPS (une histoire que nous avons republiée sur Consortiumnews.com), la rédactrice en chef Katrina vanden Heuvel a subi une pression intense au sein du magazine libéral pour répudier ses conclusions et restaurer la pensée de groupe sur le Russie-gate.

Des pressions extérieures ont également été exercées par un certain nombre de sources mainstream, y compris le blogueur du Washington Post Eric Wemple, qui a interviewé la chroniqueuse Katha Pollitt au sujet de la colère interne sur l’histoire de Lawrence et sa citation par les défenseurs de Trump, une situation qui a bouleversé Pollitt : « Ce sont nos amis maintenant ? Le Washington Times, Breitbart, les adeptes de Seth Rich et Donald Trump Jr. ? Laisse-moi tranquille. C’est vraiment pénible pour moi. C’est embarrassant. »

Cependant, dans le journalisme à l’ancienne, nos reportages avaient pour but d’informer le peuple américain et en fait le monde entier de la manière la plus complète et la plus équitable possible. Nous n’avions aucun contrôle sur la façon dont l’information serait diffusée dans le domaine public. Si notre information était divulguée par un groupe ou un autre, peu importait. C’était la véracité de l’information qui était importante, et non pas celui qui la citait.

Une attaque étrange

Mais à l’intérieur de The Nation, Pollitt et d’autres ont clairement été fâchés par le fait que le mémo VIPS ait mis à mal la pensée de groupe du Russie-gate. En réponse à cette pression, vanden Heuvel a donc sollicité une attaque contre le mémo VIPS par plusieurs membres dissidents du VIPS et elle a complété l’article de Lawrence par une longue note de la rédaction.

Curieusement, cette attaque demandée contre le mémo VIPS cite comme « premier » point que le rapport du renseignement du 6 janvier n’ a pas utilisé explicitement le mot « hack », mais plutôt « cyber opération », ajoutant : « ce qui pourrait signifier via le réseau, le nuage, les ordinateurs, le piratage à distance ou la suppression directe des données. »

Cette incertitude quant à la façon dont les courriels ont été extraits aurait sapé l’argument du VIPS selon lequel les vitesses de téléchargement interdisaient la possibilité d’un « hack », mais cette prétention selon laquelle l’expression « cyber-opération » ne se réfère pas à un « hack » équivaut à jouer sur les mots de manière malhonnête. Après tout, de hauts responsables du renseignement américain, y compris l’ancien directeur du FBI James Comey, ont déclaré sous serment et lors d’entrevues avec les principaux médias qu’ils faisaient allusion à un « hack ».

Ces fonctionnaires ont également cité l’analyse de Crowdstrike sur le « hack » du DNC comme support de leur analyse, et le président de la campagne de Clinton John Podesta a décrit comment il a été victime d’une arnaque « d’hameçonnage » qui a permis de pirater ses courriels.

Après tous ces mois d’articles sur le « hack » russe, il semble un peu tard pour prétendre soudainement que personne ne parlait d’un « hack », seulement après que des experts chevronnés aient conclu qu’un « hack » n’était pas possible. En dépit des dernières attaques, les auteurs du mémo du VIPS, y compris l’ancien responsable de la technologie de la NSA, Binney, maintiennent leurs conclusions.

L’universitaire Stephen Cohen, spécialiste de la Russie

Cependant, lorsque la cause est de diaboliser la Russie et/ou de déloger Trump, il semble que n’importe quel tour de passe-passe ou calomnie maccarthyste soit permis.

Dans l’article du blogueur du Post Wemple sur la décision de The Nation de remettre en cause le mémo VIPS, il inclut quelques vilains apartés contre le spécialiste russe Stephen Cohen, qui se trouve être le mari de Katrina vanden Heuvel.

Dans un ton sarcastique, M. Wemple décrit Cohen comme « celui qui ménage le président russe Vladimir Poutine », ce fait étant « la spécialité de Cohen. »

M. Wemple répète également le ragot « d’une conclusion unanime de la communauté américaine du renseignement », alors que nous savons depuis un certain temps déjà que le rapport du 6 janvier était l’œuvre d’analystes « triés sur le volet » de trois organismes, et non d’une estimation nationale du Renseignement qui refléterait le consensus des 17 organismes et inclurait les dissidents.

Ce qui se passe ici, à la fois au New York Times et dans le paysage médiatique américain, est une approche de type totalitaire contre toute contestation opposée à la pensée de groupe sur le Russie-gate.

Même si les chefs des services de renseignements de l’administration Obama n’ont présenté aucune preuve publique à l’appui de leurs « évaluations », quiconque remet en question leur certitude peut s’attendre à être sali et ridiculisé. Nous devons tous traiter les opinions non vérifiées comme des faits.

Le journaliste enquêteur Robert Parry a démoli de nombreuses affaires de l’Iran-contra pour Associated Press et Newsweek dans les années 1980.

Source : Consortium News, Robert Parry, 02-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

12 réponses à Le style totalitaire du Russia-gate, par Robert Parry

Commentaires recommandés

basile Le 08 octobre 2017 à 09h14

intéressant le passage sur « l’Invasion russe » en Ukraine en 2014.
Voici ce qu’en dit la bible de la bonne pensée, à propos de Jacques Sapir :

il relaie parfois de fausses informations, niant la présence de soldats russes en Ukraine en 2014, pourtant établie.

Établie par qui ? Mystère. Pas besoin de la préciser, vu qu’on est « la référence.»

  1. relc Le 08 octobre 2017 à 07h25
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    « appuyé sur la réputation vérifiée d’un groupe privé appelé Crowdstrike »

    La réputation n’est pas vérifiée du tout, elle est au contraire bien indécise : “the checkered reputation” dit le texte.

    checkered = en damier, au sens propre comme au figuré.

    C’est donc « la réputation en noir et blanc », « la réputation fluctuante », « la réputation qui a connu des hauts et des bas », etc…, au final une réputation douteuse.

    ========================

    « règle de Journalism 101 »

    Dans le système universitaire américain, “101” désigne les cours d’introduction pour les tout débutants.
    “Journalism 101” est donc le cours d’introduction au journalisme.


    • Prométhée Enchaîné Le 12 octobre 2017 à 10h16
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      Je ne sais pas comment fonctionne le FBI ou la CIA. Et on serait tenté de penser qu’ils devraient documenter de façon exhaustive et rigoureuse les dossiers qu’ils montent.

      Mais peut-être n’avait-il pas besoin de plus d’éléments que ce qu’ils avaient déjà et que le rapport de Crowdstrike n’a fait que confirmer toutes les données déjà récupérées, au point de ne pas douter le moins du monde de ce dernier.

      https://www.washingtonpost.com/graphics/2017/world/national-security/obama-putin-election-hacking/?utm_term=.07399e9f02bb

      “Inside was an intelligence bombshell, a report drawn from sourcing deep inside the Russian government that detailed Russian President Vladi­mir Putin’s direct involvement in a cyber campaign to disrupt and discredit the U.S. presidential race.”

      Ensuite, faut arrêter de faire comme si c’était la CIA et le FBI d’Obama contre Trump. Vous connaissez Pompeo ?

      https://www.youtube.com/watch?v=HDMGAj_Tkhc

      Oui certains vont faire remarquer que c’est son audition et qu’il a intérêt à faire profil bas. Problème, il l’a répété de nombreuses fois par la suite.


  2. DidierF Le 08 octobre 2017 à 08h22
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    Un phénomène de pensée de groupe qui va nous donner une guerre nucléaire. Cette pensée de groupe me fait penser à une assemblée religieuse en train de communier dans ce que ce groupe nomme “parole divine”.
    Allez écouter un télévangéliste pour voir ce que je veux dire !


  3. basile Le 08 octobre 2017 à 09h14
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    intéressant le passage sur « l’Invasion russe » en Ukraine en 2014.
    Voici ce qu’en dit la bible de la bonne pensée, à propos de Jacques Sapir :

    il relaie parfois de fausses informations, niant la présence de soldats russes en Ukraine en 2014, pourtant établie.

    Établie par qui ? Mystère. Pas besoin de la préciser, vu qu’on est « la référence.»


    • Fritz Le 08 octobre 2017 à 09h59
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      Établie par qui ? La même question ne sera pas posée, à propos du prétendu “Russia-gate” (vocable ridicule, en anglais et plus encore en français). C’est toute la merveille du “passif absolu”, une tournure verbale utilisant la voix passive sans préciser qui est l’acteur.

      En 2008, cela avait donné (à propos de l’attentat du Drakkar, et alors que Bachar al-Assad était invité par Nicolas Sarkozy) : “la Syrie est montrée du doigt” (France Inter, Europe 1, RTL, etc.). En 1898, cela aurait donné : “la culpabilité du capitaine Dreyfus est pourtant établie” (par les faux du commandant Henry).

      Devant une telle impudence, on aurait envie de leur montrer le doigt. Pas l’index.


  4. Duracuir Le 08 octobre 2017 à 09h22
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    Un outil de communication médiatique n’est puissant et efficace qu’à la condition(necessaire mais pas suffisante) que même ces ennemis, ces adversaires, ses détracteurs ne remettent pas en cause son professionnalisme.
    Si ce n’est pas le cas, s’il n’y a pas consensus sur le professionnalisme, alors le média passe au statut de simple outil de propagande. On peut trouver insupportable les éditos et point de vue d’un média et tout à fait respecter le professionnalisme de ce journal. Ce fut le cas du Monde à une époque.
    Mais des journaux comme l’Huma ou le Figaro se sont tués par des décennies de mensonges et de sornettes qui les qualifièrent comme de vulgaires outils de propagandes.
    Irak I, Kosovo, Irak II, Libye, Syrie, Ukraine, c’est l’intégralité, au moins en France, des médias qui s’est effondrée en terme de crédibilité.
    Que le NYT ou WaPo ou CNN s’enfoncent à ce point dans la plus abjecte prostitution en dit long sur la dégénérescence des acteurs de ce métier qui est devenu le plus méprisé et haï dans tous les pays occidentaux.


    • Jérôme Le 08 octobre 2017 à 16h17
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      @ Duracuir : les grands médias américains, dits MSM, ont depuis quasiment toujours été des officines de propagande.

      Creusez les à-côtés de l’affaire du Watergate et vous verrez que le WaPo était juste le porte-voix d’une partie du Deep State qui voulait se farcir Nixon.

      Les mêmes journaux étaient fort silencieux quand le père Joe Kennedy organisait des fraudes massives pour voler l’élection présidentielle de 1960 en faveur de son fils.

      Remontez à l’époque de William Randolph Hearst et de la campagne en faveur de la guerre contre l’Espagne.

      Et même en 1846 pour la guerre contre le Mexique.


  5. Louis Robert Le 08 octobre 2017 à 10h57
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    Je crois que la tromperie et le mensonge avérés ont depuis longtemps fini de discréditer tout ce beau monde — engeance considérable, tout de même. fait non-négligeable.

    Les seules questions qui ont encore un quelconque intérêt sont:

    1. QUI sont ceux qui, derrière, mènent ce bal endiablé (« Et Satan conduit le bal… » — Faust)?
    2. À quelles fins?
    3. POURQUOI n’y est-il pas mis un terme par une quelconque « autorité » légitime?

    La farce ayant duré si longtemps, le reste me semble désormais dépourvu de tout intérêt. Temps d’abandonner toute délectation morose et de passer à autre chose.


  6. atanguy Le 08 octobre 2017 à 21h52
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    “Bien sûr, il est possible que le gouvernement russe mente”
    Really? Mr. Parry…


  7. Eric Le 09 octobre 2017 à 18h22
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    Petite correction : “Kill two birds with one stone” ici traduit “Deux oiseaux, une seule pierre” signifie faire d’une pierre deux coups.


  8. Thierry Le 09 octobre 2017 à 23h29
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    Comme d’habitude, Parry ne dit pas un mot sur l’avancement de l’enquête par la justice américaine.

    On a pourtant chaque semaine de nouveaux éléments… derniers en date: https://www.theguardian.com/us-news/2017/oct/07/trump-russia-steele-dossier-moscow


  9. christian gedeon Le 10 octobre 2017 à 11h28
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    C’est du Parry quoi…jamais très intéressant,les portes ouvertes. Ce qui est intéressant par contre,c’est ce qui se passe en Syrie,et c’est en relation avec le Russiagate…les manœuvres diplomatiques ET militaires de Poutine sont sue le point d’aboutir au résultat quand même assez hilarant,que les turcs vont être obligés de nettoyer leur propre merde dans le secteur d’Idleb…ah,il est fort le Poutine,hein? Les Ricains ,un peu paniqués dans l’affaire(comme les français d’ailleurs,al nosra fait du bon boulot) ne savent plus à quel saint se vouer.Et en sont réduits à faire des erreurs de bombardements pour empêcher l’Armée Syrienne légale d’avancer trop vite…c’est “amusant”…en fait la différence entre un vieil état comme l’état russe et un état somme toute à peine adolescent comme “l’état “américain…encore plein de boutons d’acné juvénile.


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