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20.octobre.201220.10.2012 // Les Crises

[Article exclusif] Barack Obama, Seigneur des drones

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Je vous propose aujourd’hui cet édifiant article du New York Times, de Jo becker et Scott Shane, qui a défrayé la chronique fin juin. Il a été traduit pour le blog www.les-crises.fr par Victor.

Au vu de sa longueur, je vous le propose aussi en pdf, plus simple pour imprimer, en cliquant ici.

Le président Obama dans le Bureau ovale avec Thomas E. Donilon, à gauche, son conseiller à la sécurité nationale, et John O. Brennan, son principal conseiller en matière d’anti-terrorisme.

 

La liste noire secrète met à l’épreuve les principes et la volonté d’Obama

WASHINGTON — C’étaient les ennemis, figurant dans le tout dernier hit-parade des agences du renseignement: 15 membres présumés d’Al Qaeda au Yémen avec des liens en Occident. Les photos d’identité judiciaires et les courtes biographies faisaient penser à un almanach de fin d’année scolaire. Plusieurs d’entre eux étaient des Américains. Deux étaient des adolescents, dont une fille qui ne faisait même pas ses 17 ans.

Le Président Obama, qui supervisait la réunion régulière consacrée à la lutte anti-terroriste qui a lieu tous les mardis en présence d’une bonne vingtaine de responsables de la sécurité dans la «situation room», une salle ultra-sécurisée de la Maison Blanche, a pris un moment pour étudier les visages. C’était le 9 janvier 2010, au terme d’une première année de mandat ponctuée de projets d’attaques terroristes, notamment l’attentat manqué contre un avion de ligne américain à destination de Détroit le jour de Noël 2009. Une piqûre de rappel pour le président Obama, conscient du fait qu’un attentat réussi pourrait miner sa présidence. Pourtant, il avait sous les yeux des adversaires sans uniformes, souvent impossibles à distinguer des civils qui les entourent.

«Quel âge ont ces personnes?» a-t-il demandé, selon deux responsables présents. «Si (Al-Qaïda) commence à utiliser des enfants, nous entrons dans toute une phase totalement différente», a-t-il ajouté.

Ce n’était pas une question théorique: le président Obama s’est chargé personnellement d’un processus top secret de «désignations» consistant à dresser une liste de terroristes à éliminer ou à capturer, même si cette dernière option s’inscrit largement en pointillés. Il s’était juré de combattre Al-Qaïda avec les valeurs de l’Amérique. Le hit-parade, qui dressait les portraits des individus dont il pourrait bientôt être amené à signer l’arrêt de mort, soulignait juste à quel point cela pouvait relever d’une énigme morale et juridique.

Barack Obama est un libéral, professeur de droit, qui a fait campagne contre la guerre et la torture en Irak. Par la suite, il a tenu à donner son aval à chaque nouveau nom couché sur la liste des individus à abattre qui n’a cessé de s’allonger, non sans avoir étudié de près les biographies des terroristes présumés sur ce qu’un responsable appelle «l’album Panini®» macabre d’une guerre non conventionnelle. Lorsqu’une occasion se présente d’atteindre une cible terroriste à l’aide d’un drone — mais que sa famille est avec lui —, le président se réserve le droit de peser le pour et le contre sur le plan moral.

«Il est déterminé à décider de l’ampleur que prendront ces opérations et jusqu’où elles iront», indique Thomas E. Donilon, son conseiller en matière de sécurité nationale. Et d’ajouter: «Il considère qu’il est le garant de la position des Etats-Unis dans le monde (…) Il n’a pas l’intention de relâcher la bride.»

La fermeté affichée par le président Obama en matière de lutte anti-terroriste a déçu la frange libérale de ses partisans et déconcerté ses opposants conservateurs. Ses actions sont souvent restées énigmatiques, brouillées par les règles de confidentialité, les clivages qui ressortent du débat politique et la réserve affichée par le président lui-même.

Dans les entretiens accordés au New York Times, une bonne trentaine des conseillers, actuels ou anciens, du président Obama ont décrit son évolution depuis qu’il a assumé la responsabilité, inédite dans l’histoire présidentielle, de superviser personnellement la guerre de l’ombre contre l’Al-Qaïda.

Ils décrivent un dirigeant paradoxal, qui s’est soustrait aux tractations législatives nécessaires à la fermeture de la prison de Guantanamo à Cuba mais approuve les assassinats sans état d’âme. Fermement décidé à restreindre le périmètre des hostilités et à améliorer les relations avec le monde musulman, il a toutefois traqué les métastases ennemies jusque dans des territoires inconnus et dangereux. Lorsqu’il applique sa connaissance du droit à la lutte anti-terroriste, c’est en général pour permettre et non pour restreindre, son combat féroce contre Al-Qaïda. Y compris lorsqu’il s’agit d’éliminer un imam de nationalité américaine au Yémen, «une décision facile» selon les dires du président Obama rapportés par des collaborateurs de son entourage.

Son premier mandat a été marqué par les objections de certains responsables haut-placés face à une approche de la lutte anti-terroriste inspirée du jeu du tape-taupe, l’invention d’une nouvelle catégorie de frappes aériennes après le tollé suscité par des frappes irréfléchies et le consentement du président au décompte du nombre de civils tués qui, d’après certains responsables, serait faussé pour aboutir à des chiffres faibles.

L’échec de l’administration à formuler une politique claire de détention a donné le sentiment à certains membres du Congrès que tout était fait pour ne pas s’encombrer de prisonniers. Par ailleurs, l’ambassadeur des Etats-Unis au Pakistan Cameron P. Munter s’est plaint à ses collègues que les frappes de la CIA influencent la politique américaine dans ce pays. Il aurait ainsi confié à un collègue qu’il «n’avait pas réalisé que (sa) principale mission était de tuer des gens».

Aux côtés du président, son conseiller en matière de lutte anti-terroriste John O. Brennan est omniprésent. Ses collègues le comparent tantôt à un inspecteur tenace, qui suit les terroristes à la trace depuis son bunker situé dans un sous-sol de la Maison Blanche, tantôt à un prêtre dont la bénédiction est devenue indispensable à Barack Obama et qui prêche la bonne parole du président quand ce dernier s’efforce d’appliquer à un conflit moderne sanglant les théories de la «guerre juste» chères aux philosophes chrétiens.

Mais les frappes qui ont fait des dégâts dans les rangs d’Al-Qaïda — 14 décès au Yémen et 6 au Pakistan rien que depuis le mois d’avril — ont également mis à l’épreuve l’attachement du président et de son conseiller aux principes qu’ils ont présenté à plusieurs reprises comme une nécessité pour vaincre l’ennemi à long terme. Les drones ont remplacé Guantanamo comme outil de recrutement de choix pour les militants islamistes. Ainsi, lorsqu’il a plaidé coupable lors de son procès en 2010, Faisal Shahzad, qui comparaissait pour une tentative d’attentat à la voiture piégée à Times Square, a justifié les attaques dirigées contre des civils en s’adressant au juge en ces termes: «Quand les drones frappent, ils ne voient pas les enfants.»

Dennis C. Blair, directeur du renseignement national jusqu’à son renvoi en mai 2010 a affirmé que les discussions au sein de la Maison Blanche sur la stratégie à long terme de lutte contre Al-Qaïda ont été reléguées au second plan par la priorité absolue accordée aux frappes. « Le son de cloche invariable à la Maison Blanche était: “Il n’y a pas d’autres loisirs ici.” Cela me rappelait le décompte des cadavres au Vietnam », se souvient M. Blair, un amiral à la retraite qui a débuté son service dans la marine pendant cette guerre.

Les critiques de M. Blair, écarté par des responsables de la Maison Blanche pour des griefs personnels, ont néanmoins trouvé un écho à l’intérieur de l’administration.

William M. Daley, directeur de cabinet du président Obama en 2011, a confié que le président et ses conseillers ont compris qu’ils ne pourraient pas continuer à ajouter sans cesse de nouveaux noms à la liste des individus à abattre, d’autant qu’il s’agissait de plus en plus de seconds couteaux dans la hiérarchie d’Al-Qaïda. Reste à savoir combien de morts il faudra pour que l’administration soit satisfaite.

«Si un type est descendu, qu’advient-il de son chauffeur qui est le numéro 21 sur la liste: il devient le numéro 20? » raille M. Daley, pour décrire les débats en interne. «À quel moment est-ce qu’on se retrouve juste à faire du chiffre?»

«Maintenir mes options»

Une brochette de généraux et d’amiraux à la retraite s’est affichée derrière Barack Obama lors du deuxième jour de son mandat, offrant une caution martiale au moment où il signait plusieurs décrets présidentiels pour tenir ses promesses de campagne. Les techniques d’interrogatoire brutales ont été interdites, a-t-il déclaré. Et la prison de la baie de Guantanamo serait fermée.

Ce que le nouveau président n’a pas précisé, c’est que les décrets contenaient quelques failles subtiles. Ils reflétaient un Barack Obama encore méconnu: un réaliste qui, à la différence de certains de ses fervents partisans, ne s’est jamais laissé emporter par sa propre rhétorique. Au lieu de cela, son cerveau d’avocat était déjà en action pour maximiser la marge de manœuvre dont il disposait pour combattre le terrorisme de la manière qu’il jugeait appropriée.

C’est un schéma qui se vérifiera à plusieurs reprises, de sa réponse aux récriminations des républicains qui l’accusaient de vouloir lire leurs droits aux terroristes, à son acceptation de la méthode retenue par la CIA pour le décompte des décès de civils causés par des frappes de drones.

La veille du jour où les décrets présidentiels ont été pris, le juriste en chef de la CIA John A. Rizzo a contacté la Maison Blanche affolé. Le décret interdisait à l’agence de gérer des centres de détention, ce qui entraînerait une bonne fois pour toute la fermeture de toutes les prisons clandestines à l’étranger où se déroulaient les interrogatoires musclés des terroristes présumés.

«Avec cette formulation, vous allez nous priver de la possibilité de recourir aux transferts de prisonniers», a lancé M. Gregory à Rizzo B. Craig, conseiller de Barack Obama à la Maison Blanche, se référant à la pratique controversée consistant à interpeller un terroriste présumé à l’étranger et à le conduire dans un autre pays où il sera interrogé ou jugé. Le problème, a expliqué M. Rizzo, c’est que la CIA retenait parfois ces suspects pendant un jour ou deux dans l’attente d’un transfert par avion. Le décret semblait rendre cette pratique illégale.

M. Craig lui a assuré que le nouveau président n’avait aucune intention de mettre fin au transfert de suspects, mais seulement au recours abusif à cette pratique, qui pouvait rendre des citoyens américains complices de torture à l’étranger. La définition de «centre de détention» a ainsi été reformulée pour exclure les lieux voués à détenir des individus «à court terme et de manière transitoire». Problème résolu et aucune explication publique embarrassante à donner à un moment où Barack Obama s’était attiré un concert de louanges.

«Le pragmatisme plutôt que l’idéologie»: tel était le leitmotiv affiché par son équipe de campagne sur le thème de la sécurité nationale dans une note rédigée en mars 2008. Ce conseil n’a fait que conforter le président dans ses instincts.

Avant même que Barack Obama eût prêté serment, ses conseillers l’avaient dissuadé de prendre une position catégorique sur le sort des prisonniers de Guantanamo. L’insertion habile de quelques mots ambigus dans le décret présidentiel montre que ce conseil a été suivi.

Le décret prévoyait que certains détenus seraient transférés vers des prisons dans d’autres pays, ou libérés. Certains feraient l’objet de poursuites – si «possible» – par des tribunaux pénaux. Les commissions militaires, que Barack Obama avait critiqué, n’ont pas été mentionnées — elles n’ont donc pas été exclues.

Quid de ceux qui ne pouvaient pas être transférés ou jugés mais qui étaient réputés trop dangereux pour être libérés? Leur «cas» serait géré par «des moyens légaux, conformes aux intérêts de la sécurité nationale et de la politique étrangère des Etats-Unis et aux intérêts de la Justice.»

Quelques observateurs à l’œil aiguisé au sein et en dehors du gouvernement ont compris ce qui a échappé à l’opinion publique. L’air de rien, Barack Obama a préservé trois politiques majeures — le transfert de prisonniers les commissions militaires et la détention à durée indéterminée — dénoncées par les associations militant pour les droits de l’homme depuis les attentats de 2001.

Mais un an plus tard, alors que le Congrès essayait de le forcer à juger tous les terroristes présumés à l’aide de commissions militaires bricolées, il a déployé son expertise du droit d’une manière différente (pour préserver les procès devant les tribunaux civils).

C’était peu de temps après le 25 décembre 2009, après un attentat déjoué de justesse à bord d’un vol à destination de Détroit. Une recrue d’Al-Qaïda nommée Umar Farouk Abdulmutallab avait introduit à l’intérieur de l’appareil une bombe cousue à ses sous-vêtements.

Le président Obama était la cible de vives critiques de la part des républicains après la décision de son administration de lire ses droits au suspect, un pré-requis pour engager des poursuites pénales à son encontre devant un tribunal civil.

Le président «semble croire que s’il donne aux terroristes les mêmes droits qu’aux Américains, s’il leur permet d’être assistés par un avocat et qu’on leur lise leurs «droits Miranda» [NDT: «Vous avez le droit de garder le silence (…) d’être représenté par un avocat], on ne sera pas en guerre», raillait ainsi l’ancien vice-président Dick Cheney.

Pressentant un danger sur le plan pratique comme sur le plan politique, le président a convoqué l’Attorney General, Eric H. Holder Jr. à la Maison Blanche.

Les agents du F.B.I. avaient interrogé Abdulmutallab pendant 50 minutes et obtenu de précieux renseignements avant de lui lire ses droits. Ils s’étaient appuyés sur une affaire datant de 1984, New York v. Quarles, dans laquelle la Cour suprême a considéré que les déclarations réalisées par un suspect en réponse à des questions urgentes relevant de la sécurité publique — l’affaire portait sur la localisation d’une arme à feu — pouvaient être acceptées comme preuve même si le suspect n’avait pas été informé de son droit à garder le silence.

Le président Obama — un nostalgique de la profession d’avocat selon M. Holder — s’est entretenu avec l’attorney general. Il lui demanda jusqu’à quel point la jurisprudence Quarles pouvait être invoquée? Eric H. Holder a estimé que dans les affaires de terrorisme, la cour autoriserait l’interrogatoire pendant une durée indéterminée sur un éventail assez large de sujets.

Satisfait de cette nouvelle interprétation osée, Barack Obama a donné sa bénédiction, se souvient l’attorney general.

«Barack Obama croit aux options: “garder (ses) options”, est une expression qu’il utilise souvent», observe Jeh C. Johnson, qui fut son conseiller de campagne et officie désormais en tant qu’avocat-conseil du département de la Défense.

«Ils doivent tout être des militants»

C’est cette façon de voir les choses qui a prévalu lorsque le président a intensifié ce qui deviendrait une campagne implacable en faveur de l’utilisation de drones pour tuer des terroristes d’Al-Qaida.

Quelques jours à peine après sa prise de fonctions, le président a été informé que la première frappe réalisée sous son mandat avait tué un certain nombre de Pakistanais innocents. «Le président a été très clair sur le sujet. Il a dit: “Je veux savoir comment cela s’est produit”», se souvient un conseiller de haut rang à la Maison Blanche.

Face à son inquiétude, la CIA a opté pour des missiles moins dévastateurs pour des frappes plus précises. En outre, le président a durci les conditions préalables aux frappes, selon des assistants: si l’agence n’avait pas la «quasi-certitude» qu’une frappe épargnerait des civils, le président voulait décider personnellement de la suite à donner.

La directive du président a renforcé le besoin de prendre des précautions, d’après des responsables de la lutte anti-terroriste mais elle n’a pas changé le programme de manière significative. En partie, c’est parce que «la protection des vies innocentes a toujours été une préoccupation essentielle», affirme Michael V. Hayden, le dernier directeur de la CIA sous l’ère George W. Bush.

C’est aussi parce que Barack Obama a approuvé une méthode controversée de décompte des victimes civiles qui n’était pas vraiment contraignante pour l’agence. Selon plusieurs fonctionnaires de l’administration Obama, cette méthode nie le statut de civil à tous les hommes en âge de combattre présents dans une zone visée par les frappes, à moins que des renseignements explicites ne prouvent leur innocence à titre posthume.

Des responsables de la lutte anti-terroriste soulignent le caractère simpliste de cette approche: les individus dans un secteur connu pour être le théâtre d’activités terroristes ou trouvés en compagnie d’un combattant d’Al-Qaida de premier rang sont probablement en train de préparer un mauvais coup. «Al-Qaida est une organisation renfermée et paranoïaque: les gens innocents ne prennent pas des gens en auto-stop à l’arrière de leur camionnette en direction de la frontière avec des armes et des explosifs», souligne un fonctionnaire sous couvert d’anonymat pour évoquer ce qui est encore un programme classifié.

Cette méthode de décompte pourrait expliquer en partie le nombre de victimes collatérales extraordinairement faible revendiqué officiellement. Dans un discours prononcé l’an dernier, M. Brennan, un conseiller proche d’Obama, a affirmé qu’aucun civil n’avait été tué au terme d’une année de frappes. Et dans un récent entretien, un responsable de premier rang de l’administration Obama a affirmé que le nombre de civils tués à l’occasion de frappes de drones au Pakistan depuis le début du mandat du président Obama était inférieur à dix. D’après lui, les décomptes indépendants qui font état de centaines de civils tués accidentellement relèvent d’une propagande mensongère véhiculée par des militants.

Mais dans des entretiens, trois anciens officiers du renseignement haut placés ont exprimé leur incrédulité face à un si faible nombre de victimes. La comptabilité tenue par la CIA a tellement gêné certains responsables de l’administration Obama en dehors de l’agence qu’ils s’en sont émus auprès de la Maison Blanche. L’un d’entre a critiqué la notion de «culpabilité par association», qui a conduit à des estimations «trompeuses» de victimes civiles.

«Cela me gêne quand ils disent: “il y avait sept individus, donc ils doivent tous être des militants”», regrette-t-il. Et d’ajouter: «Ils comptent les cadavres mais ils ne savent pas vraiment de qui il s’agit.»

Une évidence

Environ quatre mois après sa prise de fonctions, alors que les républicains l’accusaient de naïveté imprudente en matière de terrorisme, Barack Obama a vite réagi avec un discours dans lequel il a défendu sa politique. Lors de ce discours, prononcé dans le hall de l’immeuble des archives nationales à Washington avec la Constitution américaine en arrière plan, il a mentionné Guantanamo à 28 reprises, renouvelant sa promesse de campagne de fermer la prison.

Mais c’était trop tard et la tonalité défensive de ce discours suggérait que le président Obama en avait conscience. Même si le président George W. Bush et le sénateur John McCain, le candidat républicain en 2008, avaient pris position en faveur d’une fermeture de la prison de Guantanamo, les républicains au Congrès avaient changé leur fusil d’épaule et découvert qu’ils pourraient profiter de cette question pour taxer le président Obama de laxisme face aux terroristes.

En sortant de l’immeuble des archives nationales, le président s’est tourné vers son conseiller à la sécurité nationale de l’époque, le général James L. Jones, et a admis qu’il n’avait jamais élaboré de plan pour persuader le Congrès de fermer la prison.

«Nous ne referons plus jamais cette erreur», a indiqué le président Obama au général des Marines à la retraite.

Le général Jones a affirmé que la fermeture de la prison était «une évidence» pour le président et ses collaborateurs dans la mesure où cette décision des Etats-Unis serait «saluée dans le monde entier». «Le seul problème, a-t-il ajouté, c’est que personne n’a demandé comment on allait s’y prendre, à supposer que ce soit une bonne idée. »

Ce n’était pas seulement le peu d’intérêt du président Obama pour les numéros de charme et d’intimidation à l’égard des élus du Congrès, confie un responsable de l’administration qui l’a observé attentivement: le président semblait avoir «le sentiment que s’il esquisse une vision, elle se réalisera — même s’il n’a pas une idée précise du mécanisme qui permettra sa réalisation».

En fait, la secrétaire d’Etat Hillary Rodham Clinton et l’attorney general Eric H. Holder avaient prévenu que le plan de fermeture de la prison de Guantanamo était en danger et ils se sont portés volontaires pour battre le rappel des troupes sur la colline du Capitole, selon des hauts fonctionnaires. Mais avec l’assentiment du président Obama, son directeur de cabinet Rahm Emanuel les en a dissuadés, soulignant que la priorité devait être données à la réforme du système de santé.

Lorsque l’administration a proposé de transférer de Guantanamo en Virginie du Nord deux individus ouïghours (une minorité ethnique chinoise majoritairement musulmane) ne représentant pas a priori de menace pour les Etats-Unis, les républicains de Virginie, avec à leur tête Frank R. Wolf, ont crié au scandale. L’administration a reculé.

Ce signe de faiblesse a anéanti le projet de fermeture de Guantanamo, estime le même responsable de l’administration. Et d’ajouter: «Lyndon Johnson aurait cylindré ce type. Ce n’est pas ce qui s’est produit. C’est comme un match de boxe interrompu par une arcade sourcilière en sang. »

Le recours à la force

C’est le plus étrange des rituels bureaucratiques: chaque semaine ou presque, plus de 100 membres du dispositif de sécurité nationale du gouvernement se réunissent par le biais d’une vidéoconférence sécurisée pour étudier de près les biographies de terroristes présumés et suggérer au président la prochaine cible à abattre.

Ce processus secret de désignations est une invention de l’administration Obama, une société lugubre dont les membres débattent et passent au crible les diapositives Powerpoint comportant les noms, les pseudonymes et la biographie des membres présumés de la branche yéménite d’Al-Qaida ou de ses alliés de la milice al-Shabab en Somalie.

Les vidéoconférences sont organisées par le Pentagone, qui supervise les frappes dans ces pays et leurs participants n’hésitent pas à se mettre au défi, exigeant des preuves susceptibles d’étayer les soupçons de liens avec Al-Qaida.

«Qu’est-ce qu’un assistant d’Al-Qaïda ?» a demandé un participant, illustrant l’esprit dans lequel les échanges se déroulaient. «Si j’ouvre une porte et que vous en franchissez le seuil, est-ce que cela fait de moi un assistant?» Etant donné les discussions animées, il faut parfois cinq ou six réunions pour qu’un nom soit approuvé et des noms sont retirés de la liste s’il apparaît qu’un suspect ne constitue plus une menace imminente», explique un responsable. Un processus de sélection parallèle, plus confidentiel, au sein de la CIA s’intéresse surtout au Pakistan, où l’agence mène des frappes.

Les noms des cibles à abattre parviennent à la Maison Blanche où, conformément à son souhait, le président Obama — assisté par M. Brennan — doit les approuver un par un. Il donne son feu vert à chaque frappe au Yémen et en Somalie, ainsi qu’aux frappes plus complexes et plus risquées au Pakistan — soit environ un tiers du total.

Certains collaborateurs du président évoquent plusieurs raisons à son implication totale dans les opérations d’élimination des terroristes. Pendant ses études de droit, Barack Obama a étudié les essais de Saint Augustin et Thomas d’Aquin. Il considère qu’il doit assumer la responsabilité morale de telles actions. Et il sait que des frappes ratées peuvent ternir l’image des Etats-Unis et envenimer les relations diplomatiques.

«Il a conscience que ce n’est pas une science. Il s’agit de jugements fondés, la plupart du temps, sur l’intelligence humaine», souligne M. Daley, ancien directeur de cabinet à la Maison Blanche. «Le président juge s’est fait à l’idée qu’un certain nombre de bourdes seront commises et, à ses yeux, cela exige un processus plus judicieux.»

Mais le contrôle qu’il exerce reflète également la confiance en soi saisissante du président Obama: selon plusieurs de ses proches collaborateurs, il est convaincu que son propre jugement exercera une influence sur les frappes.

Interrogé sur ce qui l’a le plus étonné chez le président Obama, M. Donilon, le conseiller à la sécurité nationale, a répondu immédiatement: «C’est un président qui est tout à fait à l’aise avec l’idée de recourir à la force au nom des Etats-Unis.»

En fait, dans un discours de campagne en 2007 dans lequel il a promis un retrait de l’armée américaine d’Irak au profit d’un recentrage sur la lutte contre Al-Qaida, Le président Obama avait clairement annoncé son intention de traquer les terroristes au Pakistan, même sans le consentement des dirigeants pakistanais. Ses rivaux d’alors, dont Mitt Romney, Joseph R. Biden Jr. et Hillary Clinton, avaient tous dénoncé «une fanfaronnade» à visée électorale. (Mitt Romney a ainsi estimé que Barack Obama avait endossé les habits du «Docteur Folamour.»)

Une fois élu, Barack Obama a néanmoins fait exactement ce qu’il avait promis, se fiant rapidement au jugement de M. Brennan.

Fils d’immigrés irlandais, M. Brennan est un vétéran de la CIA (25 ans de maison) à la chevelure poivre et sel, dont le rôle de haut responsable de l’agence pendant les interrogatoires musclés réalisés sous l’administration Bush lui a valu des critiques féroces de la gauche. Sous le feu des critiques, il avait dû renoncer à présenter sa candidature au poste de directeur de la CIA sous la présidence de Barack Obama, se contentant à la place du poste de responsable de l’anti-terrorisme.

Certains détracteurs de la stratégie des drones calomnient encore M. Brennan, suggérant qu’il est l’agent de la CIA au sein de la Maison Blanche, poussant le président Obama à choisir une stratégie d’assassinats ciblés. Mais dans le cadre de ses fonctions, Brennan a surpris de nombreux anciens détracteurs en prenant clairement position en faveur d’une fermeture de Guantanamo et du respect des libertés civiles.

Harold H. Koh, par exemple, en tant que doyen de la faculté de droit de Yale et de sensibilité libérale, était un détracteur de premier plan des politiques antiterroristes de l’administration Bush. Mais depuis qu’il est devenu le juriste en chef du Département d’Etat, M. Koh a trouvé en M. Brennan un allié et un homme de principes.

«Si John Brennan est le dernier à quitter la salle où se trouve le président, je ne me fais aucun souci car Brennan est une personne qui a une véritable rectitude morale, souligne M. Koh. Il me fait penser à un prêtre avec des valeurs morales extrêmement fortes que l’on aurait soudainement chargé de mener une guerre.»

Selon d’autres collaborateurs du président, ce dernier apprécie l’expérience de Brennan dans l’évaluation des renseignements émanant de sa propre agence et d’autres agences, ainsi que la sobriété avec laquelle il aborde les opérations létales.

«Ces actions visent à atténuer les menaces à l’encontre de citoyens américains, a souligné M. Brennan dans un entretien. C’est l’option de dernier recours. Le président — pas plus que les gens de l’antiterrorisme — ne se réjouit pas du fait que certaines personnes seront amenées à mourir. C’est pourquoi il veut s’assurer que nous effectuons toutes les vérifications nécessaires: impossibilité à capturer le(s) suspect(s), fiabilité du renseignement, imminence de la menace… Bref, toutes ces choses. »

Pourtant, la réussite de l’administration dans son entreprise visant à éliminer les terroristes présumés a été entachée par une suspicion: est-il possible que le président Obama ait éludé les complications de la détention en décidant, dans la pratique, de ne prendre aucun prisonnier vivant? Tandis qu’une multitude de suspects ont été éliminés pendant le mandat de Barack Obama, un seul individu a été remis aux autorités américaines et le président refusait d’envoyer de nouveaux prisonniers à Guantanamo.

«Leur politique consiste à liquider des cibles de grande valeur au lieu de les capturer», considère le sénateur de Géorgie Saxby Chambliss, le chef de file républicain au sein du comité du renseignement. «Ils ne vont pas le crier sur les toits mais c’est ce qu’ils font», ajoute-t-il.

Les collaborateurs du président nient l’existence d’une telle politique, soulignant que la capture de ces individus est souvent impossible dans les zones tribales au relief accidenté du Pakistan et du Yémen et que de nombreux terroristes présumés sont incarcérés à l’étranger sur la foi d’informations transmises par les Etats-Unis. Toutefois, des responsables haut placés du département à la Justice et du Pentagone reconnaissent leur inquiétude face à ce que pourrait en penser l’opinion publique.

«Nous devons être vigilants pour éviter de tomber dans une politique sans merci où il n’y aurait pas de place pour les prisonniers», prévient M. Johnson, le juriste en chef du Pentagone.

Compromis

Les précautions que le président Obama et son responsable de la lutte antiterroriste prennent dans le choix des cibles à abattre et leur recours à une arme de précision, le drone, reflètent l’engagement qu’il avait pris au début de son mandat de rejeter ce qu’il dénonçait comme «le faux choix (de l’administration Bush) entre notre sécurité et nos idéaux».

Mais il a constaté que la guerre était une affaire délicate et ses actions montrent que la poursuite d’un ennemi qui s’affranchit des règles a exigé des compromis moraux, légaux et pratiques que ses discours ne laissaient pas entrevoir.

Le premier essai visait Baitullah Mehsud, le chef des talibans pakistanais. Le cas était problématique pour deux raisons, selon des échos recueillis auprès de l’administration Obama et de sources pakistanaises.

La CIA craignait que Baitullah Mehsud, dont le groupe visait alors principalement le gouvernement du Pakistan, ne réponde pas aux critères définis par l’administration Obama en matière d’assassinats ciblés: il ne constituait pas une menace imminente pour les Etats-Unis. Mais les responsables pakistanais voulaient sa peau et le programme américain de frappes de drones a reçu leur accord tacite. La question a été tranchée après que le président et ses conseillers ont constaté qu’il représentait une menace, non pas pour la patrie, mais pour le personnel américain détaché au Pakistan.

Puis en août 2009, le directeur de la CIA, Leon E. Panetta, a informé M. Brennan que l’agence avait localisé Baitullah Mehsud. Il a néanmoins prévenu que l’élimination du chef des talibans pakistanais ne répondait pas à l’une des conditions posées par le président Obama, à savoir une «quasi-certitude» qu’aucun innocent ne serait tué. En fait, une frappe ferait certainement des victimes collatérales: il était avec sa femme chez ses beaux-parents.

Selon le général Jones, dans des circonstances similaires, «il est arrivé à plusieurs reprises que des missions soient retardées à la dernière minute car la cible étant entourée de personnes et que nous étions capables de maintenir le drone en attente jusqu’à ce que ce ne soit plus le cas».

Mais pas cette fois-ci. «Le président Obama, par l’intermédiaire de M. Brennan, a ordonné à la CIA de lancer l’attaque et Baitullah Mehsud et son épouse ont été tués, ainsi que d’autres membres de leur famille d’après certains rapports», confie un officier du renseignement haut placé.

La tentative d’attentat contre un avion de ligne quelques mois plus tard, le 25 décembre, a renforcé la détermination du président selon certains de ses collaborateurs. C’était le point culminant d’une série de complots, dont l’assassinat de 13 personnes à Fort Hood au Texas par un psychiatre de l’armée qui s’était converti à l’Islam radical.

Barack Obama est un bon joueur de poker mais certains détails trahissent chez lui de la colère. Ses questions s’enchaînent à toute allure, d’après son attorney general, Eric J. Holder: «Il commence ses phrases par “Je veux juste m’assurer que vous comprenez (…)” Et chacun de nous comprenait clairement qu’il enrageait de voir qu’un terroriste âgé de 23 ans avait réussi à déjouer des mesures de sécurité qui coûtaient des milliards de dollars au contribuable américain.»

Lorsque certains responsables ont timidement évoqué des circonstances atténuantes, en faisant remarquer que l’attentat avait échoué car les terroristes avaient été contraints d’utiliser une de leurs jeunes recrues et une formule d’explosifs non testée en raison du durcissement des mesures de sûreté dans les aéroports, le président Obama a coupé court à leur explication:

«Eh bien, il aurait pu réussir son coup et on se serait tous retrouvés ici avec un avion pulvérisé et plus d’une centaine de morts!» Tels sont les propos du président rapportés par un participant à cette réunion. Il leur a demandé de se servir de ce drame évité de justesse pour imaginer en détail les conséquences si la bombe avait explosé. Comme à son habitude, il a fait le tour de la salle en demandant à chaque responsable d’expliquer ce qui avait cloché et ce qu’il convenait de faire pour y remédier.

«Par la suite, en tant que président, on aurait dit qu’il ressentait dans ses tripes la menace qui pesait sur les Etats-Unis, se souvient Michael E. Leiter, qui dirigeait à l’époque le centre national d’anti-terrorisme. «Même John Brennan, quelqu’un qui était déjà un vétéran rodé à la lutte anti-terroriste, est devenu encore plus méticuleux par la suite.»

David Axelrod, le plus proche conseiller politique du président, a commencé à assister aux réunions du «Terror Tuesday». Sa présence silencieuse était un rappel évident de ce que chacun avait compris: un attentat réussi anéantirait les autres aspirations et réalisations du président.

De la manière la plus spectaculaire qui soit, la tuerie de Fort Hood en novembre et l’attentat à la bombe manqué le jour de Noël ont mis en exergue la nouvelle menace en provenance du Yémen. Le président Obama, qui avait rejeté le concept de guerre mondiale contre le terrorisme inventé sous l’ère Bush et avait promis de recentrer les opérations militaires sur le cœur d’Al-Qaida, s’est soudainement retrouvé à diriger des frappes dans un autre pays musulman compliqué.

La toute première frappe réalisée au Yémen sous son autorité est intervenue le 17 décembre 2009. Elle a livré un bon exemple des difficultés à opérer dans ce que le général Jones qualifiait de «théâtre embryonnaire avec lequel nous n’étions pas vraiment familiarisés».

Cette frappe a non seulement atteint la cible prévue, mais tué aussi deux familles dans le voisinage, laissant derrière elle une traînée de bombes à fragmentation, qui ont tué davantage d’innocents par la suite. Ce n’est pas vraiment le genre de frappes chirurgicales préconisé par le président Obama. Les vidéos des cadavres d’enfants et de Yéménites en colère brandissant des carcasses de missiles américains ont inondé You Tube, alimentant une réaction féroce qui, selon des responsables yéménites, a créé un élan de solidarité envers Al-Qaida.

D’après certains responsables, la bavure a ébranlé le président Obama et M. Brennan, qui ont une nouvelle fois tenté d’imposer une certaine discipline.

Au Pakistan, Barack Obama avait approuvé non seulement des frappes visant des personnalités de haut rang parmi les terroristes («personality strikes») mais aussi des frappes dirigées contre des individus ou des groupes présentant des caractéristiques suspectes («signature strikes»), des camps d’entraînement et des installations suspectes situées dans les secteurs aux mains des djihadistes.

Mais certains responsables du département d’Etat se sont émus auprès de la Maison Blanche des critères trop vagues retenus par la CIA pour identifier des «caractéristiques» terroristes. D’après un responsable haut placé, la CIA faisait l’objet de railleries à ce propos, certains affirmant que si l’agence voyait trois individus faire de l’exercice, elle en déduisait qu’il s’agissait d’un camp d’entraînement au djihad. Des hommes chargeant un camion avec de l’engrais pouvaient être des fabricants d’explosifs… ou alors de simples agriculteurs, soulignaient les sceptiques.

Cette fois, dans le sillage de la première bavure au Yémen, Barack Obama a opposé une fin de non-recevoir aux responsables militaires et du renseignement, qui préconisaient d’étendre au Yémen les frappes de drones contre des cibles présentant des caractéristiques suspectes.

«Nous n’allons pas faire la guerre au Yémen», a-t-il prévenu lors d’une réunion, selon des participants.

Ses instructions ont été formalisées dans une note du général Jones visant à rappeler que «personne ne doit partir du principe qu’on a le droit de faire ces choses sous prétexte qu’on a repéré un sale type quelque part dans le monde».

Le président Obama avait dicté une ligne de conduite. Mais elle n’a pas tenu deux ans. Les frappes contre des cibles suspectes au Pakistan tuaient un grand nombre de terroristes présumés, y compris lorsque les analystes de la CIA n’étaient pas certains au préalable de leur présence. Et dans un Yémen déstabilisé par le Printemps arabe, les affidés à Al-Qaida gagnaient du terrain.

Aujourd’hui, le Département à la Défense peut viser au Yémen des suspects dont il ignore le nom. Selon des responsables, les critères sont plus rigoureux que pour les frappes contre des cibles suspectes dans la mesure où la preuve d’une menace contre les Etats-Unis doit être établie. Ces frappes ont même reçu une appellation spécifique: Terrorist Attack Disruption Strikes (TADS), soit des frappes destinées à déjouer les attentats. Mais les détails sont un secret jalousement gardé — un choix récurrent pour un président qui a promis la transparence lors de son arrivée au pouvoir.

Le test ultime

Sur ce front, le cas Anwar al-Awlaki est celui qui a le plus nettement mis à l’épreuve les principes du président Obama. Cet imam né aux Etats-Unis, connu pour ses prêches en faveur d’Al-Qaida et vivant dans la clandestinité au Yémen, avait récemment vu croître sa notoriété et n’hésitait pas à s’en prendre nommément au président américain dans ses écrits publiés sur Internet.

Le président «était très intrigué par la façon dont un individu comme Awlaki s’est construit», d’après le général Jones. Les prêches virulents de l’imam avaient contribué à inspirer une douzaine de complots, y compris la tuerie de Fort Hood. Il avait joué un rôle actif en complotant avec Umar Farouk Abdulmutallab et en l’entraînant à mettre le feu à ses explosifs uniquement lorsque l’avion de ligne serait entré dans l’espace aérien des Etats-Unis.

Cet enregistrement et les appels d’Awlaki en faveur de nouveaux attentats ont placé le président Obama face à une question pressante: pouvait-il ordonner l’élimination d’un citoyen américain dans un pays avec lequel les Etats-Unis n’étaient pas en conflit, en secret et sans le traduire devant un tribunal?

Le Bureau de conseil juridique (Office of Legal Counsel, OLC) du Département américain à la Justice a rédigé un long rapport justifiant cette mesure extraordinaire, affirmant que la garantie de sécurité juridique donnée par le Cinquième amendement pouvait être respectée par des délibérations au sein du pouvoir exécutif.

Le président Obama a donné son accord et l’imam Anwar Al-Awlaki a été éliminé en septembre 2011, ainsi que son comparse de propagande Samir Khan, un citoyen américain qui ne figurait pas sur la liste mais voyageait avec lui.

Le président a-t-il eu des scrupules au sujet de cette mesure capitale? En tout cas, ses collaborateurs affirment qu’il n’en a rien laissé transparaître. Au lieu de cela, Barack Obama s’est focalisé sur les multiples éléments probants montrant que l’imam avait rejoint les rangs de l’ennemi et préparait de nouveaux attentats.

William M. Daley se souvient avoir entendu Barack Obama évoquer «une décision facile», même si le président a averti que dans les cas à venir, les éléments à charge pourraient bien ne pas être aussi probants.

Suite au décès d’Awlaki, certains responsables de l’administration, dont l’attorney general, ont estimé qu’il fallait publier la note juridique du Département de la Justice. Après tout, en 2009, le président Obama avait publié les avis juridiques de l’administration Bush sur les interrogatoires malgré les protestations véhémentes de six anciens directeurs de la CIA.

Cette fois, méditant sur ses propres secrets, il a décidé que l’avis sur le cas Awlaki resterait frappé du sceau de la confidentialité.

«Quand c’est votre image qui est en jeu, vous regardez les choses un peu différemment», analyse John A. Rizzo, l’ancien juriste en chef de la CIA.

Michael V. Hayden, l’ancien directeur de la CIA, qui conseille désormais le challenger de Barack Obama Mitt Romney, a fait l’éloge de la fermeté affichée par le président dans la lutte anti-terroriste, qui n’était pas sans rappeler la visite de Nixon en Chine à ses yeux. Mais, affirme-t-il, «le secret a un coût» et le président Obama devrait soumettre la stratégie des frappes à un contrôle public.

«Ce programme repose sur la légitimité personnelle du président et ce n’est pas tenable», estime M. Hayden. «J’ai moi-même été amené à agir quotidiennement sur la base de notes secrètes de l’OLC et ce n’est pas une vie agréable. Les démocraties ne font pas la guerre sur la base des notes juridiques fermées à clef dans un coffre du Département à la Justice.»

La tactique et la stratégie

Dans son discours de juin 2009 au Caire, destiné à resserrer les liens avec le monde musulman, Barack Obama a parlé avec éloquence de son enfance en Indonésie, évoquant ses souvenirs de l’appel à la prière «à l’aube et au crépuscule».

«Les Etats-Unis ne sont pas — et ne seront jamais — en guerre avec l’Islam», a-t-il déclaré.

Mais dans les mois qui suivirent, certains responsables ont senti que l’urgence des frappes anti-terroristes laissait peu de place à la réflexion sur une stratégie plus large contre la radicalisation. Malgré son soutien résolu aux frappes, Hillary Clinton s’est plainte auprès de ses collègues de l’approche exclusivement centrée sur les drones lors des réunions à la Maison Blanche, dont les débats ne portaient que sur les avantages, les inconvénients et le timing de telle ou telle frappe.

Lors de leur déjeuner hebdomadaire, Hillary Clinton a sensibilisé le président à la nécessite de prêter davantage attention aux causes profondes de la radicalisation et Barack Obama était d’accord avec elle. Mais c’était en septembre 2011, avant qu’il ne prenne un décret présidentiel instituant une salle des opérations inter-agences sophistiquée au sein du Département d’Etat pour contrer la propagande djihadiste heure par heure, en envoyant des messages et des vidéos en ligne et en fournissant des éléments de langage aux ambassades.

Le président Obama a été encouragé, selon ses collaborateurs, par une lettre découverte lors de l’assaut contre la demeure où se cachait Oussama Ben Laden au Pakistan. Ce dernier se plaignait que le président américain avait amoindri les soutiens à Al-Qaida en déclarant à plusieurs reprises que les Etats-Unis étaient en guerre contre le réseau terroriste mais contre l’Islam. «Cela veut dire qu’on fait du bon travail», s’est réjouit le président Obama auprès de sa secrétaire d’Etat.

En outre, la politique du président Obama n’a pas suscité de réprobation générale des pays alliés des Etats-Unis comme ce fut le cas de son prédécesseur. John B. Bellinger III, un juriste de premier plan spécialiste de la sécurité nationale sous l’administration Bush, estime que la réputation de libéral qui colle au président et «l’emballage plus présentable» de sa politique l’ont protégé. «Après le scandale mondial autour de Guantanamo, le reste du monde a singulièrement fermé les yeux sur les centaines de frappes de drones réalisées par l’administration Obama dans plusieurs pays différents, dont certaines ont provoqué la mort de civils», souligne M. Bellinger, un partisan des frappes.

En se retirant d’Irak et en préparant le retrait d’Afghanistan, Barack Obama a recentré le combat contre Al-Qaida et a considérablement réduit le nombre de victimes dans les rangs de l’armée américaine mais aussi parmi les civils musulmans. Mais dans ses moments de réflexion, le président américain a peut-être de bonnes raisons de s’interroger sur le travail qui reste à accomplir et ses conséquences fortuites.

La priorité donnée aux frappes l’empêche, pour l’instant, de construire la nouvelle relation qu’il ambitionnait avec le monde musulman. On peut dire que le Pakistan et le Yémen sont moins stables et plus hostiles aux Etats-Unis qu’ils ne l’étaient au début du mandat de Barack Obama.

A juste titre ou non, les drones sont devenus un symbole provocateur de la puissance américaine, qui fait peu de cas de la souveraineté des autres pays et tue des innocents. Sous le regard attentif de la Chine et de la Russie, les Etats-Unis ont créé un précédent international en violant des frontières pour tuer des ennemis à l’aide de drones.

Dennis C. Blair, l’ancien directeur du renseignement national, a estimé que la campagne de frappes était dangereusement séduisante. «C’est une approche avantageuse sur le plan politique: le coût est faible, il n’y a pas de victimes américaines et cela donne une image de fermeté, juge-t-il. Cela passe bien auprès de l’opinion publique américaine et les critiques proviennent uniquement de l’étranger. Enfin, les dégâts causés à l’intérêt national n’apparaissent qu’à long terme.»

Mais l’opinion divergente de M. Blair n’est partagée que par une poignée d’experts en matière de sécurité. La politique du président Obama a mis à mal l’idée reçue qui voulait que les démocrates soient laxistes en matière de sécurité nationale. Personne n’aurait imaginé il y a quatre ans que ces politiques anti-terroristes se retrouveraient sous le feu de critiques nettement plus vives de la part de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) que de la part de Mitt Romney.

Certains collaborateurs du président estiment que ses choix ne sont pas surprenants. D’après l’ancien directeur du centre national anti-terroriste Michael E. Leiter, la confiance du président dans les frappes «est tout sauf une fascination malsaine pour l’action secrète et les forces spéciales. C’est surtout une histoire de pragmatisme. Il est le président. Il se trouve dans une situation post-Abdulmutallab, où il apprend que des gens sont susceptibles d’attaquer demain les Etats-Unis.»

Et d’ajouter: «Vous pouvez faire voter une multitude de lois mais ces lois ne vous offriront pas la tête de Ben Laden sur un plateau.»

Source : The New York Times

21 réactions et commentaires

  • Patrick Luder // 13.10.2012 à 02h24

    Le droit de tuer, couplé à une surveillance totale des faits et gestes de tout le monde bbbrrrrr !!! C’est ça le p’tit susucre accordé à l’un des hommes les plus métiatisé de la planète ?
    Et en échange de quoi ???

    Regardez cette émission, il n’y a aucune limite technique /////// la seule limite actuellement est morale et éthique, quand elle existe => on peut activer à distance et sans que tu t’en rende compte, le micro de ton ordinateur ou de ton I-phone … voir http://www.rts.ch/info/monde/4343035-le-mouchard-de-la-police-allemande-plus-redoutable-qu-imagine.html

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  • Patrick Luder // 13.10.2012 à 02h46

    Et moi qui croyait comme un con,
    que les robots et autres drones
    ne pouvaient être affectés
    qu’à des missions de surveillance
    et jamais à des actes contre un humain.

    Et voilà qu’Olivier ajoute à ma tristesse, non seulement robots et autres drones tuent des êtres humains, mais ils le font couramment, et non seulement avec la bénédiction de chefs d’états, mais directement sous leur commandement.

    A votre avis, pourquoi existe t’il des terroristes ??? Juste pour leur propre plaisir ??? Juste pour des questions religieuses ??? NON, les terroristes sont des êtres humains, poussés à commettre de tels actes, parce que’ils trouvent que le monde n’est plus acceptable. Qui sont les fautifs ??? Les terrorismes eux-même ??? Ou les causes qui les poussent à bout ??? Et vous si vous arriviez à bout, seriez-vous plutôt un moine tibétain qui se détruit lui-même ou un terroriste qui essaie de détruire l’autre ???
    Moines et terroristes n’ont que le même but => attirer l’attention du monde !!!
    Mais le monde ne voit que l’acte,
    le monde est aveugle sur la cause de l’acte …

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    • celimen // 13.10.2012 à 07h28

      même si j’aurais préféré qu’ils soient capturés et jugés que tués, cela revient finalement à parler le même langage (euphémisé puisqu’ils ne sont pas innocents) d’ un ben laden ou un merah qui ont tué eux des véritables innocents.

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  • Vénus-Etoile du Berger // 13.10.2012 à 07h57

    Bonjour,

    Yémen, les yéménites.

    Je pourrai vous écrire un roman, toutefois je reste sage, silencieuse en faisant court.

    Je me décide à prendre ma plume et je vous écris deux phrases significatives et suffisantes.

    Les pays fournisseurs du Yémen(pas de bananes bien évidemment) sont les suivants : Allemagne, Bulgarie, États-Unis, France, Italie, République tchèque, Royaume-Uni, Russie, Turquie et Ukraine.

    L’immunité conduit à l’impunité, les droits de l’Homme sont ainsi bafoués.

    Cordialement.

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  • Fabrice // 20.10.2012 à 07h25

    Ce qui est inquiétant c’est que l’usage contre des civils pour assurer l’ordre, sur son propre territoire, peut rapidement arriver une fois que ce cap d’élimination a été franchi.

    Plus on franchi des limites plus elles sont repoussées on trouve toujours une raison “morale” pour allez plus loin rarement pour revenir en arrière.

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  • ab // 20.10.2012 à 09h09

    Bonjour,
    J’ai entendu (par mon entourage), qu’il y a (ou qu’il y a eu ?) une vague de suicides de pilotes de drone américain. C’est pas très médiatisé, je n’ai pas vraiment trouvé de sources la dessus donc c’est a prendre avec des pincettes… Apparemment, les pilotes de drone, voyant les personnes tuées a distance, souffriraient psychologiquement car il n’y a pas d’équilibre entre le risque qu’ils prennent, et celui des personnes visées.
    Bon week end

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  • François78 // 20.10.2012 à 10h05

    Oui, on avait lu cet article de Dedefensa, citant l’article de Glenn Greenwald du Guardian et les déclarations (le satisfecit) du général Michael Hayden, ancien chef de la CIA sous GW Bush.

    . BHO est meilleur que GW : lui BHO, il tue.

    http://www.dedefensa.org/article-bho_est_meilleur_que_gw_lui_bho_il_tue__12_09_2012.html

    Et il sera probablement réélu ; et puis il est démocrate, comme d’autres sont socialistes.

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  • Leveau // 20.10.2012 à 10h18

    Quand un homme passe au dessus du législatif, de l’exécutif et du judiciaire de son pays, qu’il est fait président afin de préserver l’intérêt de groupes économiques et/ou militaires puissant, qu’il s’affiche au yeux des gens comme le garant de la position de l’Etat dans le monde, garant de la morale… cet homme s’appel un monarch absolu, une espèce prédatrice de l’esprit de la démocratie.
    et certains remettent encore leur avenir aux mains de ces gens!!! Vous voulez la paix, vous aurez le chaos.
    seuls les peuples, entre eux, peuvent se comprendre, par le tourisme, l’entraide, les échanges culturels, techniques… persister à demander des barrières, des protections, des garanties comme le fait le dévot à son dieu est le meilleur moyen d’obtenir du terrorisme en bas de chez soi.

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  • Richard // 20.10.2012 à 10h23

    Exemple de storytelling édifiant, les objectifs étant multiples dont personnaliser/humaniser l’exécutif américain, le différencier d’ennemis anonymes type 1984, accréditer le mythe Al-Qaïda, etc…

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  • DAN // 20.10.2012 à 10h42

    L’histoire retiendra qu’Obama était une erreur dans l’histoire des USA , c’est une marionnette de Wall Sreet , qui a protégé et protège les gangsters mafieux de la finance américaine. De plus pour couronner le tout il a reçu le prix nobel de la paix alors qu’il continue à entretenir des guerres et de tuer des civils en employant de la technologie moderne. Et puis Al quaïda , ce sont bien les américains qui ont développé cette organisation dans la première guerre en Afganistan contre le bloc URSS , organisation qui s’est retournée contre eux, de ce fait le monde entier subit et souffre de ce bordel depuis trente ans.

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    • chris06 // 20.10.2012 à 11h11

      “Obama était une erreur dans l’histoire des USA , c’est une marionnette de Wall Sreet”

      quelle différence avec Bush fils, Clinton, Bush père, Reagan…? Et Mc Cain, lui, il n’aurait pas été une marionnette de Wall Street? Et Romney, si’l est élu, c’est sûr, il va s’opposer fermement à Wall Street???

      J’ai plutôt l’impression que ce que vous appelez “erreur dans l’histoire des USA”, c’est la norme, mais bon….

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  • Richard // 20.10.2012 à 11h03

    Obama n’est en rien une erreur dans l’histoire des USA, il est dans la parfaite lignée de ses prédécesseurs et a d’ailleurs repris une bonne partie de l’équipe de Bush à sa prise de fonction.

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  • Frédéric // 20.10.2012 à 11h51

    Dictionnaires

    terroriste : Personne qui utilise la terreur et la violence pour imposer ses idées politiques ou son autorité.

    Petit Robert : Emploi systématique de la violence pour atteindre un but politique (…) et spécialement ensemble des actes de violence, des attentats, des prises d’otage civils qu’une organisation politique commet pour impressionner un pays (le sien ou celui d’un autre)

    Encyclopédie Hachette : Le terrorisme désigne soit des actes violents – sabotages, attentats, assassinats, prises d’otages… – commis pour des motifs politiques par des individus isolés ou organisés, soit un régime de violence créé et utilisé par un gouvernement qui cherche à conserver le pouvoir face à des ennemis intérieurs ou extérieurs.

    Encyclopædia Universalis : La terreur est un état, une peur exacerbée, mais, depuis la Révolution française, c’est aussi un régime politique, voire un procédé de gouvernement, permettant au pouvoir en place de briser, à force de mesures extrêmes et d’effroi collectif, ceux qui lui résistent. Le terrorisme, quant à lui, s’il est d’abord action, n’en recouvre pas moins une notion voisine puisque, dépassant souvent le stade de l’initiative ponctuelle pour devenir une véritable stratégie, il postule l’emploi systématique de la violence, pour impressionner soit des individus afin d’en tirer profit, soit, plus généralement, des populations, soumises alors, dans un but politique, à un climat d’insécurité. Dans l’un et l’autre cas, il a pour caractéristique majeure de rechercher un impact psychologique, hors de proportion, comme le souligne Raymond Aron dans Paix et guerre entre les nations, avec les effets physiques produits et les moyens utilisés.

    L’American Heritage Dictionary définit le terrorisme comme “L’utilisation ou menace d’utilisation illégale de la force ou de la violence par une personne ou un groupe organisé contre des personnes ou des biens avec l’intention d’intimider ou de forcer des sociétés ou des gouvernements, souvent pour des raisons idéologiques ou politiques.”

    CPI : La Cour pénale internationale est une juridiction permanente chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité et de crime de guerre.
    Les États-Unis ont signé la Convention de Rome, mais ne l’ont pas ratifiée.
    les États-Unis établissent des accords bilatéraux avec les États signataires garantissant que les Américains qui seraient amenés à répondre de leurs actes devant la CPI soient rapatriés aux États-Unis.

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  • DAN // 20.10.2012 à 13h18

    Il faut se rappeler que lors de sa campagne électoral ,c’était le ” jes we can” , il avait donné l’espoir de changer les choses , la politique américaine , de changer les relations avec le reste du monde , en final son bilan est lamentable. Donc en conclusion il est plus mépris…. qu’un Bush dont les objectifs étaient clairs.

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  • Pole // 20.10.2012 à 14h20

    “I have a drone : Obama vs Romney”
    http://www.youtube.com/watch?v=WpMPu5p_QXU

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  • Georges_J // 20.10.2012 à 18h06

    Personnellement, je sais depuis 2000 – intimement – que les USA et le bloc anglo-saxon (cf. GB avec sa City plus grand casino et place de blanchiment mondial) représentent la plus grande menace actuelle pour l’humanité, loin devant les petits trublions habituels, massacreurs gagne-petits (Corée du Nord, Iran, Syrie, Israël…) :
    – depuis 2000 : farce grotesque de l’élection frauduleuse de Bush par – 500 000 voix (super la Constitution US !) et surtout par -4000 dans les comtés recomptés (résultats connus et publiés APRES 9/11).
    – plus grande menace actuelle sur tous les plans : écologique (plus gros réchauffeur historique, mode de vie insoutenable), économique et financier (lire ce blog), politico-militaire (guerres d’agression en Irak-AfPak = +1M morts !) et enfin, et ce n’est pas le moindre, culturel (globalisation, destruction des cultures, crétinisation consumériste mondialisée).

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    • Celimen // 22.10.2012 à 08h11

      Je veux bien que ce soit une agression americaine en irak, mais en afpak c est pas tout a fait le cas, faut pas deconner non plus…
      +1M ca parait enorme, vous comptez dans ces chiffres les effets de la guerre civile et l imputez directement aux us? C est une question (posee naivement)

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    • Georges_J // 22.10.2012 à 16h49

      …en AfPak, c’est une intervention à 80% US avec des “alliés” qui cherchent à se tirer par tous les moyens parce qu’on leur tire dessus par tous les moyens… le régime Karzaï est pourri jusqu’à l’os, ramassis de seigneurs de la guerre et de profiteurs bien présentables comme le “Président” lui-même. Malala Joya, vous connaissez : jeune députée (ex- …elle a été sortie et est menacée de mort partout) afghane, elle a dit son fait à tous ces malfrats qui sont pratiquement “aussi pires” que les Talibans et elle demande aux Occi dentaux de partir, eux qui enveniment tout ! Malala Joya a inspiré la jeune Malala, écolière pakistanaise quasiment assassinée l’autre jour…
      …1 MILLION DE MORTS, oui, c’est énorme et c’est occulté, c’est ignoble. Les deux études les plus sérieuses (= indépendantes) conduites à ce jour datent déjà de plusieurs années : 1) John Hopkins University (parue dans The Lancet) = 600 000 à 900 000 2) institut britannique ORB = 1 M morts…
      …1/3 directs, du fait des “défenseurs du monde libre” : Shock and Awe + “shoot’em all” après l’explosion d’un IED, en déplacement (troupes ou mercenaires comme ceux de Blackwater), en surveillance (cf. la scène vidéo rapportée par Wikileaks), dans l’attaque répétée et totale de nombreuses villes et quartiers comme Fallujah (plus de morts là que durant Shock and Awe), tortures et emprisonnements, etc.
      ,,,2/3 indirects : guerre civile, intervention d’Al Qaeda, morbidité fantastique due à l’effondrement du système médical et à la destruction des ressources (nourriture, eau, etc.), DU et métaux lourds dans les villes et les déserts d’Irak, etc.
      …cette mortalité “indirecte” est TOTALEMENT IMPUTABLE aux USA en tant que puissance attaquante et occupante, en tant que destructeur du système de protection sociale irakien et de l’équilibre délicat des minorités, etc. C’est le B A BA des règles de droit international… je vous souhaite une bonne soirée, quand même !

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      • celimen // 29.10.2012 à 10h40

        ok vous proposez quoi alors en afpak? que l’on abandonne les afghans aux terroristes venus de tout bord et que cela devienne un sanctuaire du terrorisme? Pour votre information on l’a déjà fait en 1992 avec l’arrivée des Talibans et 10ans après cela nous a pété à la gueule…

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  • Christophe Vieren // 20.10.2012 à 18h23

    Un président élu avec le soutien des banquiers peut-il s’opposer à Wall Street (entre autres soutiens économiques). Le jour ou 99% des étasuniens comprendront que l’on ne mord pas la main qui le nourrit, peut-être soutiendront-ils financièrement d’autres partis. Comme en France avec l’UMP-S !

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  • Frédéric // 28.10.2012 à 21h08

    Le dernier commentaire me fait rire jaune et en serait presque comique s’il ne portait pas sur un sujet si tragique. Ces chiffres annoncés ne sont tout simplement pas crédible et sont rejeté en bloc même par des ONG anti guerre et ont étaient sponsorisé par Soros à des fins politiques. Petite question, sans la chute du régime bassiste, les peuples arabes se seraient ils révoltés contre leurs tyrans ?

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