Source : Le Nouvel Obs, 15-01-1998/21-01-1998

Comment les Etats- Unis ont financé et armé les fous de Dieu d’Afghanistan dans le seul but d’infliger sa dernière défaite sanglante à l’Union soviétique… Et comment ils paient aujourd’hui leur «victoire »

Qu’il est grand, le djihad, qu’elle est belle, la guerre sainte musulmane, vue de la « route des Cinq Cols » ! Tout au long des années 80, des milliers d’islamistes venus du monde entier usent leurs rangers de militants sur ce chemin muletier suspendu entre Peshawar, la base arrière du Pakistan, et les vallées insurgées de l’Afghanistan. Ils volent au secours de leurs frères en religion envahis par les communistes impies. Treillis flambant neufs et sacs de couchage bleus, ils tirent par la bride des chevaux chargés de roquettes et de mitrailleuses, brûlant de devenir les héros de la cause islamique. Prêts à mourir pour la Oumma, cette mythique communauté de l’Islam dont l’unité sacrée s’est dégradée au fil de l’histoire en une multitude d’Etats indignes. Ici, plus d’Arabes, de Persans ni de Turcs : dans la lumière aveuglante de la guerre sainte, il n’y a que des musulmans.

Paradoxe : ces moudjahidine-de-tous-les-pays qui se ruent à l’assaut des Soviétiques n’avaient jusqu’alors pas grand-chose à reprocher aux rouges. Leur ennemi numéro un, c’était le Grand Satan américain conspué par Khomeini. Les combattants qui débarquent dans les camps afghans sont les lointains enfants de mouvements antioccidentaux nés de la révolte contre l’impérialisme britannique dans les années 20-30. Mouvance Frères musulmans en tête, ces groupes avaient viré dans les années 60-70 vers un antiaméricanisme viscéral. Exacerbée par le drame palestinien, l’exécration de l’Amérique avait culminé dans la révolution iranienne. L’ayatollah avait clairement choisi son camp : pas d’ennemis à gauche. L’URSS, baptisée Petit Satan, pouvait attendre. Sus au Grand : assassinat de Sadate en 1981, attentats terrifiants contre les marines américains et les paras français au Liban en 1983-84. Le radicalisme islamique explosait à la figure de l’Occident et de ses alliés.

Malgré leur gravité, ces attaques rageuses n’alarmaient pourtant pas outre mesure le Grand Satan. Son souci principal était ailleurs. Obsédée par l’URSS, l’Amérique surveillait d’un œil inquiet l’extension de l’ennemi de toujours. Envahi en 1979, l’Afghanistan devenait aux yeux de Reagan le dernier haut lieu de la lutte contre l’Empire du Mal. Quel brainstorming, quelle réunion de staff, quel cerveau fertile ont-ils alors accouché de la grande idée : retourner les moudjahidine contre la gangrène communiste ? Une idée de génie. Grâce à elle, l’Amérique déviait contre Moscou la virulence islamiste. Sans jamais engager un agent sur le terrain, sans risquer la vie d’un seul de ses boys, elle infligeait à travers les Afghans un sanglant Vietnam à l’URSS. Soudain, dans les années 80, les moudjahidin vont démoder le romantisme de gauche véhiculé par les fedayine palestiniens. La CIA vient de créer la mode moudjahidine — chapeau afghan Pt étole de laine —, dans l’espoir de faire pièce à l’indétrônable keffieh, symbole de l’antiaméricanisme. Sur le terrain pourtant la sauce prend moins bien. D’un côté, les volontaires musulmans ; de l’autre, les Occidentaux — humanitaires, journalistes ou diplomates —, et entre les deux un abîme de méfiance. Les premiers ne se font pas faute de lancer aux seconds : Quand on en aura fini avec les communistes, on s’occupera de vous autres! » L’Afghanistan, à l’époque, est un joint-venture à trois piliers : Etats-Unis, Arabie Saoudite et Pakistan. Les deux premiers financent, le second se charge de recruter des volontaires de par le monde, le dernier réceptionne et gère armes et combattants. Mais aucun des trois — occidental ou pas — ne se soucie du peuple afghan. Si l’obsession américaine est l’URSS, celle de l’Arabie Saoudite est… l’Iran. Il est vital pour la dynastie wahhabite de ne pas laisser aux ayatollahs le monopole de la cause islamique. Khomeini, se réclamant du Coran qui ne reconnaît aucune royauté, ne se fait pas faute de traiter le roi Fahd de « faux musulman »… Le seul recours de l’Arabie face à l’aura de l’Iran chiite, c’est d’encourager un fondamentalisme sunnite concurrent. Carnet de chèque ouvert, elle finance tout ce qui fleurit de radical sous le ciel sunnite. La geste afghane est sa plus belle réponse du berger à la bergère.

Le troisième associé, le Pakistan, n’est pas en reste d’arrière-pensées. Son obsession à lui, c’est l’Inde, dont il a fait sécession sur le seul motif religieux. Conscient de sa fragilité, de son identité exclusivement fondée sur l’islam, le Pakistan surveille jalousement son voisin afghan, soucieux d’éviter à tout prix l’avènement à Kaboul d’un gouvernement nationaliste laïque susceptible de s’allier avec Delhi. D’où un soutien sans faille aux plus islamistes des Afghans. D’où une implication massive aux côtés des moudjahidine hier, des talibans aujourd’hui.

Totalement inconscients de ces stratégies sacrilèges, les volontaires qui affluent de partout voient dans l’Afghanistan l’éclatant symbole de l’unité musulmane. Brigades internationales d’un genre nouveau, ces islamistes renouent avec le romantisme héroïque et fraternel qui caractérisait jadis la guerre d’Espagne. Le souffle ardent du djihad révolutionnaire transcende tous les clivages.

La vraie division est ailleurs : Hekmatyar est pachtoune, Massoud tadjik. En surface, la résistance contre l’ennemi commun occulté les rivalités séculaires héritées d’une longue histoire de zizanie ethnique. Entre les Tadjiks et les Pachtounes, le grand voisin pakistanais a toujours choisi les seconds. Pourquoi ? Parce que les Pachtounes d’Afghanistan ont des cousins au Pakistan où, bien que minoritaires, ils trustent l’élite, l’armée, les services publics et surtout les services secrets.

Les Soviétiques boutés dehors en 1989, la guéguerre interethnique se déchaîne en guerre civile. Dans Kaboul enfin reconquis, la guerre sainte montre son vrai visage, celui du leurre. Amère prise de conscience chez les volontaires déboussolés : il n’y a pas de sublime combat, pas de (, bons » musulmans à protéger contre des (, mauvais » musulmans. Le djihad sombre dans l’« afghanerie », degré zéro de la Oumma.

L’invasion du Koweït en 1991 brouille davantage encore les cartes. Hekmatyar, le candidat de l’ISI et de la CIA, se range pourtant aux côtés de l’Irak. Les Saoudiens lui coupent aussitôt les vivres. Soucieux avant tout de perpétuer un pouvoir pachtoune et islamique à Kaboul, les Pakistanais se rabattent sur quelques milliers d’élèves d’écoles coraniques dont ils fourbissent l’organisation militaro-politique : le phénomène taliban vient de naître. Soutenus par le tandem Pakistan-Etats-Unis, les séminaristes soumettent le pays à leur puritanisme délirant.

Illuminés de la charia, ils sont persuadés d’œuvrer au triomphe de l’islam. Or, là encore, sous la bannière verte du djihad, les moins religieuses des déterminations se cachent. Les fondamentalistes talibans sont fondamentalement pachtounes. Où l’on retrouve une constante historique : chaque fois que les Pachtounes se soulèvent, ils le font au nom de l’islam, le leur étant par définition plus pur que celui des autres. En fait de puritanisme religieux, les Pachtounes obéissent à un code de l’honneur archaïque et tribal or où l’obsession sexuelle se polarise sur les femmes. A cela l’armée des talibans ajoute une névrose supplémentaire : ces séminaristes, tout frais sortis des madrasas, sont puceaux.

Au fur et à mesure que l’Afghanistan sombre dans le micmac ethnique, les légions islamiques, frustrées de leur djihad, s’en retournent aux quatre points cardinaux. Dix ans plus tôt, la CIA avait armé contre l’URSS la bombe du fondamentalisme islamique ; elle n’en finit plus d’exploser sur la planète, malgré la chute du Mur et la fin de la guerre froide. Bosnie, Cachemire, Philippines…, les survivants de la geste afghane se font voyageurs de commerce d’une guerre sainte universelle pointée contre le Grand Satan et ses alliés. Retour à l’envoyeur.

Ceux qui rentrent au pays tentent de redonner une virginité à leur djihad galvaudé en le brandissant cette fois contre les pouvoirs musulmans compromis avec l’Occident. Ils peuplent l’aile radicale des partis islamistes. Politiquement immatures et militairement surentraînés, ils apportent dans leurs bagages la tenue moudjahidine, l’acrimonie du desperado et le mythe de la guérilla invincible. Ils imposent le seul langage qu’ils connaissent : celui de la violence apprise dans la poussière sanglante de l’Asie centrale.

Expulsés par tous les pays musulmans, un petit groupe d’ultras échoue en Amérique. L’Oncle Sam ne peut refuser de donner refuge aux précieux alliés qui lui ont livré la peau de l’URSS. Au New Jersey, ultime « banlieue de l’islam s, se désespèrent quelques moudjahidine paumés, chez qui la guerre du Golfe a ranimé la haine du Grand Satan. Que faire dans la Babylone qu’ils abominent et dont ils ne peuvent plus sortir ? Enfants monstrueux nés des amours morganatiques de l’Amérique et du djihad afghan, les misfits de l’islamisme s’offrent leur revanche. En 1993, ils dynamitent le symbole de la puissance américaine, un orgueilleux bâtiment érigé vers le ciel de Manhattan. Sur les ruines fumantes du World Trade Center, les moudjahidine continuent de faire vivre la belle histoire du djihad, que la CIA leur avait demandé de conter.

Propos recueillis par URSULA GAUTHIER

(*) Politologue, spécialiste de l’Afghanistan, où il a fait plusieurs séjours entre 1981 et 1988, auteur d’un ouvrage qui fait autorité, « l’Afghanistan : islam et modernité », Seuil, 1985.

LES RÉVÉLATIONS D’UN ANCIEN CONSEILLER DE CARTER

Zbigniew Brzezinski

« Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes… »

Le Nouvel Observateur. — L’ancien directeur de la CIA Robert Gates l’affirme dans ses Mémoires (1): les services secrets américains ont commencé à aider les moudjahidine afghans six mois avant l’intervention soviétique. A l’époque, vous étiez le conseiller du président Carter pour les affaires de sécurité ; vous avez donc joué un rôle clé dans cette affaire. Vous confirmez ?

Zbigniew Brzezinski (2). — Oui. Selon la version officielle de l’histoire, l’aide de la CIA aux moudjahidine a débuté courant 1980, c’est-à-dire après que l’armée soviétique eut envahi l’Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité, gardée secrète jusqu’à présent, est tout autre : c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Et ce jour-là, j’ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu’à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques.

N. O. — Malgré ce risque, vous étiez partisan de cette « covert action » [opération clandestine]. Mais peut-être même souhaitiez-vous cette entrée en guerre des Soviétiques et cherchiez-vous à la provoquer ?

Z. Brzezinski. — Ce n’est pas tout à fait cela. Nous n’avons pas poussé les Russes à intervenir, mais nous avons sciemment augmenté la probabilité qu’ils le fassent.

N. O. — Lorsque les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu’ils entendaient lutter contre une ingérence secrète des Etats-Unis en Afghanistan, personne ne les a crus. Pourtant, il y avait un fond de vérité… Vous ne regrettez rien aujourd’hui?

Z. Brzezinski. — Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au président Carter, en substance : < Nous avons maintenant l’occasion de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam. » De fait, Moscou a dû mener pendant presque insupportable pour le régime, un conflit qui a entraîné la démoralisation et finalement l’éclatement de l’empire soviétique.

N. O. — Vous ne regrettez pas non plus d’avoir favorisé l’intégrisme islamiste, d’avoir donné des armes, des conseils à de futurs terroristes ?

Z. Brzezinski. — Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ?

N. O. — « Quelques excités » ? Mais on le dit et on le répète : le fondamentalisme islamique représente aujourd’hui une menace mondiale…

Z. Brzezinski. — Sottises ! Il faudrait, dit-on, que l’Occident ait une politique globale à l’égard de l’islamisme. C’est stupide : il n’y a pas d’islamisme global. Regardons l’islam de manière rationnelle et non démagogique ou émotionnelle. C’est la première religion du monde avec 1,5 milliard de fidèles. Mais qu’y a-t-il de commun entre l’Arabie Saoudite fondamentaliste, le Maroc modéré, le Pakistan militariste, l’Egypte pro-occidentale ou l’Asie centrale sécularisée ? Rien de plus que ce qui unit les pays de la chrétienté…

Propos recueillis par VINCENTJAUVERT

(1) « From the Shadows », par Robert Gates, Simon and Schuster.

(2) Zbigniew Brzezinski vient de publier « le Grand Echiquier », Bayard Editions.

Source : Le Nouvel Obs, 15-01-1998/21-01-1998

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16 réponses à Les Moudjahidine de la CIA, par Olivier Roy

Commentaires recommandés

Viriato Le 08 décembre 2015 à 12h03

Méfions-nous de cette présentation des choses qui, sous une apparence critique, dédouane en réalité les US de toutes les manipulations de mouvements islamistes postérieures à l’affaire afghane.

La thèse avancée est celle-ci : certes les USA sont à l’origine de la mise sur pied du mouvement des moudjahidines mais le monstre qu’ils ont créé leur a ensuite échappé et s’est répandu sur toute la planète.

Il semble bien que rien ne soit plus faux. Il semble bien que le monstre soit toujours tenu en laisse et utilisé là où les intérêts US en ont besoin.

Pour s’en convaincre ou, au minimum, en avoir un éclairage non conventionnel, je conseille la lecture du livre de Jürgen Elsässer, préfacé par J.P. Chevènement, “Comment le Djihad est arrivé en Europe”. Ce livre, très documenté, met bien en lumière l’implication totale des USA derrière les mouvements djihadistes ainsi que les mécanismes qui ont abouti à la désintégration d’un Etat, la Yougoslavie.
On en sort avec un goût de cendre dans la bouche : tout cela paraît utilisable dans n’importe quel pays. Y compris le nôtre.
http://www.chevenement.fr/Preface-a-Comment-le-Djihad-est-arrive-en-Europe_a45.html

  1. Charles Michael Le 08 décembre 2015 à 07h13
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    Toujours très bien venu de raconter la génèse de ces mouvements de musulmans extrémistes et le terrorisme qui s’ensuivit.
    Bien sur on pourrait parler du développement et soutien US aux Frères Musulmans notament en Egypte contre Nasser et les mouvements progressistes laïques et anticoloniaux.

    La révolution iranienne signale bien le déplacement de la concurence entre l’Arabie Saoudite et l’ Iran, tous deux solidesment ancrés aux USA, vers une compétition idéologique du type “plus musulman que moi, y’a pas”.
    Ce lâchage Iranien du bloc BAO est clairement la raison profonde des guerres de choix Irak, Afghanistan,Somalie, Darfour, Lybie, Syrie, Yemen.
    Et les USA avec leurs vassaux européens, continuent leur sales manipulations, et tant pis pour les dégats collatéraux du type 13 Nov. à Paris, ou San Berdardino.

    quelques liens éclairants:

    http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/12/syrak-brule-t-il.html
    http://WWW.CHRONIQUESDUGRANDJEU.COM/

    France and Germany’s “Fight” Against the Islamic State
    Ulson Gunnar, a New York-based geopolitical analyst and writer especially for the online magazine “New Eastern Outlook”.
    http://landdestroyer.blogspot.fr/2015/12/france-and-germanys-fight-against.html

    America’s Creeping War in Syria
    TONY CARTALUCCI, BANGKOK-BASED GEOPOLITICAL RESEARCHER AND WRITER, ESPECIALLY FOR THE ONLINE MAGAZINE“NEW EASTERN OUTLOOK”.
    http://landdestroyer.blogspot.fr/2015/12/americas-creeping-war-in-syria.html


  2. arkantz Le 08 décembre 2015 à 08h25
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    Et la propagande s’appuyant sur une presse aux ordres et l’industrie hollywoodienne fera le reste. Loin des images d’Epinal et des cavaliers de Kessel, l’hydre terroriste a tissé sa toile. Le Golem se retourne contre son créateur tout en continuant à semer la mort sur son passage. Les obsessions sont destructrices, on ne peut que le déplorer hélas !


  3. TuYolPol Le 08 décembre 2015 à 08h30
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    Le combat des passions.
    La cupidité, grimée en Liberté, sème l’injustice et la mort et prépare la vengeance.
    La vengeance, déguisée en Dieu, répand la mort et prépare la servitude.
    La Liberté meurt de la cupidité, la vengeance remplace la Justice.


  4. Anouchka Le 08 décembre 2015 à 08h48
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    “Les Patchoumes obéissent a un code de l’honneur archaïque ou l’obsession sexuelle se polarise sur les femmes(…) les talibans rajoutent une névrose supplementaire, il sont tous puceaux(…)”

    Il est temps de relire Wilhelm Reich et son “psychologie de masse du fascisme” . Reich y explique que le pouvoir fasciste, continuateur du pouvoir capitaliste, mise sur le déplacement des énergies vitales -que l’on interdit de se dégager sous la forme d’une vie sexuelle naturelle – au profit d’un sentiment religieux substitutif pour canaliser la révolte d’origine socio-économique des foules (Le mysticisme peut être purement religieux ou bien sécularisé comme dans le cas du mysticisme de la nation, de la race, etc.)

    Intéressant que le capitalisme américain fasse confiance à la répression sexuelle sublimée dans le mysticisme pour lutter contre la révolution prolétarienne…


  5. Libraire Le 08 décembre 2015 à 09h29
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    Je me demande si il existe un pays libre au monde ou les USA ne cherchent pas à placer leurs intérêts via des pions placés dans les instances politiques médiatiques ou associatives de ces pays……..
    Voir les élections actuelles au Venezuela:

    http://www.michelcollon.info/Elections-au-Venezuela-l-heure-est.html?lang=fr

    Pour être protégé de leur infiltration faut-il se soumettre à une dictature telle que la Chine, l’Iran ou autres


  6. Krystyna Hawrot Le 08 décembre 2015 à 10h47
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    Je me rappelle d’une affiche de publicité qui m’avait particulièrement choquée en 1986. C’était à Cologne, en RFA, ville s’il en est éloignée de l’Afghanistan mais bien on est en Allemagne, le premier pays européen occupé par les USA…. L’affiche montrait un barbu pachtoune avec sa barbe et son chapeau et le slogan clamait “Donnez pour les freedom fighter”!

    On était loin de l’Afghanistan mais tout prêt de la construction du mythe… sauf que lorsque les talibans sont entrés à Kaboul en 1996 et on enfermé les femmes, les ont privés d’éducation, de soins (interdiction pour une femme d’être soignée par un homme et sans études pas de femmes médecins!), des milliers de femmes sont mortes… sans parler de celle éxécutées dans le fameux stade pour être sorties sans homme, pour burqa mal ajustée ou pour écouter de la musique..(les hommes aussi d'”ailleurs, on commence par les femmes et puis toute la société y passe…). Là on a moins chanté…

    Merci Brzezinski pour ta lumineuse idées! il faut dire qu’en “libérant l’Europe centrale” tu voulait installer la même théocratie en Pologne grâce à ton pote Jean Paul II qui a financé et soutenu les groupuscules du Zchn, les “nationaux catholiques”, qui une fois au gouvernement Olszewski se sont empressés d’abolir la séparation de l’Eglise et de l’Etat, réintroduire les prêtres à l”école publique aux frais du contribuable et surtout, surtout, par la pire loi scélérate en Europe, interdire l’avortement le 7 janvier 1993. Oui, depuis en Europe, en Pologne des milliers de femmes sont mortes d’avortement clandestins… on ne sait pas au juste combien. Orphelinats pleins, suicides, infanticides… Merci pour cette belle modernité!

    Quand à l’Eglise polonaise elle contrôle toutes les lois via la “Commission commune de l’Etat et de l’Episcopat” composée d”évêques et de fonctionnaires du ministère de l’intérieur et de ministres. Aucune loi touchant les femmes et les enfants ne passe sans que l’Eglise donne son accord. Pas étonnant qu’il n’y ait ni éducation sexuelle, ni prévention du Sida, ni allocations familiales en Pologne… comme nous disait un de nos bien aimés chefs de l’Eglise nationale: “il ne faut pas que les femmes s’habituent à vivre sans mari”… Si le droit au divorce est resté, c’est juste parce que les députés chrétiens voulaient eux même pouvoir se débarrasser de leurs épouses!
    https://france.attac.org/archives/spip.php?article6608


    • Jagajaga Le 08 décembre 2015 à 16h58
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      Pour l’anecdote, au milieu de ce florilège de lois dictées par l’église catholique, le parlement polonais s’illustra par son “courageux” refus d’interdire la pornographie malgré les demandes répétées de l’épiscopat, et ce au nom de la liberté d’expression.

      Le droit à la branlette, grand acquis du renversement de l’URSS…


  7. Viriato Le 08 décembre 2015 à 12h03
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    Méfions-nous de cette présentation des choses qui, sous une apparence critique, dédouane en réalité les US de toutes les manipulations de mouvements islamistes postérieures à l’affaire afghane.

    La thèse avancée est celle-ci : certes les USA sont à l’origine de la mise sur pied du mouvement des moudjahidines mais le monstre qu’ils ont créé leur a ensuite échappé et s’est répandu sur toute la planète.

    Il semble bien que rien ne soit plus faux. Il semble bien que le monstre soit toujours tenu en laisse et utilisé là où les intérêts US en ont besoin.

    Pour s’en convaincre ou, au minimum, en avoir un éclairage non conventionnel, je conseille la lecture du livre de Jürgen Elsässer, préfacé par J.P. Chevènement, “Comment le Djihad est arrivé en Europe”. Ce livre, très documenté, met bien en lumière l’implication totale des USA derrière les mouvements djihadistes ainsi que les mécanismes qui ont abouti à la désintégration d’un Etat, la Yougoslavie.
    On en sort avec un goût de cendre dans la bouche : tout cela paraît utilisable dans n’importe quel pays. Y compris le nôtre.
    http://www.chevenement.fr/Preface-a-Comment-le-Djihad-est-arrive-en-Europe_a45.html


    • Crapaud Rouge Le 08 décembre 2015 à 12h56
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      Le “monstre” a quand même une autonomie “opérationnelle” comme dirait dedefensa, c’est en ce sens qu’il “échappe” à ses créateurs/financiers. Dans quelles mesures ceux-ci sont-ils “libres” vis à vis de ces mouvements qui se recomposent au gré des évènements et de leurs leaders ? Appuyer sur le levier “religion” pour manipuler les gens est une arme à double tranchant, parce que les manipulés, étant sincères, entendent continuer leur lutte au nom de leur religion.


      • Viriato Le 08 décembre 2015 à 14h17
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        L’autonomie “opérationnelle” impose une autonomie logistique et, surtout, financière. La noria de C130 qui, selon Jürgen Elsässer, a amené des milliers de tonnes d’armes en Bosnie ou, plus récemment, les colonnes de centaines de camion-citernes qui exportent le pétrole de Daech vers la Turquie malgré la surveillance satellitaire US ou, encore, les 24 banques utilisées par cette dernière à travers le monde, ne militent pas, vous en conviendrez, pour une quelconque autonomie “opérationnelle”.
        Il ne suffit pas d’être sincère et de “vouloir” continuer le combat, il faut en avoir les moyens financiers et les relais politiques.


    • Alae Le 08 décembre 2015 à 15h12
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      “Il semble bien que rien ne soit plus faux. Il semble bien que le monstre soit toujours tenu en laisse et utilisé là où les intérêts US en ont besoin.”

      Absolument. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir de quelle façon les USA contestent, en ce moment même, les preuves formelles du trafic de niveau industriel de pétrole volé par Daesh à la Syrie. On a beau leur montrer des photos satellite et des vidéos de camions-citernes traversant la frontière entre la Syrie et la Turquie par colonnes entières, ils soutiennent qu’ils ne “voient rien de probant”.
      De plus, hier, ils ont bombardé une base militaire de l’armée syrienne.
      https://www.rt.com/news/324940-syrian-army-coalition-strike/
      Non seulement le monstre est tenu en laisse, mais il est de plus en plus ouvertement soutenu par les USA.


    • williamoff Le 09 décembre 2015 à 20h45
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      A ce propos, et pour abonder dans votre sens, il est tout de même étonnant ici de passer sous silence l’Algérie où fut recycler dès 1992 un très grand nombre d'”Afghans” tout autant que la même propagande inversant l’ordre du légitime et celui du criminel à la façon de BHL lorsqu’il s’interrogeait sur “qui tue qui ?”. Les lecteurs du Monde de l’époque doivent ce souvenir de cette désinformation massive, mise au service de qui et pourquoi faire ?


  8. Ced Le 08 décembre 2015 à 13h44
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    Bonjour

    “Khomeini, se réclamant du Coran qui ne reconnaît aucune royauté, ne se fait pas faute de traiter le roi Fahd de « faux musulman »… Le seul recours de l’Arabie face à l’aura de l’Iran chiite, c’est d’encourager un fondamentalisme sunnite concurrent. Carnet de chèque ouvert, elle finance tout ce qui fleurit de radical sous le ciel sunnite. La geste afghane est sa plus belle réponse du berger à la bergère.”
    Si effectivement le Coran dit ça, alors l’AS et consorts ne sont pas légitimes ? Nous aurions créé une espèce de distorsion religieuse en plein moyen orient ? Sachant que le chaos permet de truander et piller plus facilement les pays concernés, n’aurions nous pas façonné le MO dans cette optique ? Le ver dans le fruit pour récupérer le pommier ?

    En lisant cet article, j’ai l’impression que la religion n’est qu’un pretexte de domination finalement.
    Ce qui ne fait que corroborer ce que j’imagine d’elle, le tout premier parti politique de notre ère. Rien de tel pour contrôler les masses. Avant, c’était les dieux, même résultat.
    Dieux/Religion/parti, le prochain, les ET téléphone maison (cou tendu, sympa) ou Mars attack (excité, méchant) ?
    Cela ne remet pas en cause la théorie selon laquelle “quelque chose” pourrait être à l’origine de la création. Il y en a d’autres aussi. Pour tous les goûts…


  9. Michel Ickx Le 08 décembre 2015 à 19h17
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    Peut-être pas trop en relation directe avec cet article, mais note optimiste en ce qui concerne la prise de conscience en France de la duplicité de la politique USA, cette vidéo d’un débat promu par les « éconoclastes. »

    http://leseconoclastes.fr/2015/11/geopolitique-russie-terrorisme-finance/

    A noter les réactions de deux représentants du monde de la banque et de la finance dont le parcours professionnel ne peut être targué d’anti-américanisme primaire.

    Excellente participation de notre Olivier et remarquable prudence et mesure du numéro 2 de l’ambassade de la Fédération de Russie.


  10. Andrae Le 08 décembre 2015 à 20h42
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    En élargissant…::

    Les USA de tout temps (bon ils ne sont pas seuls aujourd’hui ils ont tellement de pouvoir et les petits moutons qui les suivent) ont toujours appuyé, financé, co-opté et controllé, comme ils le pouvaient,

    a) des forces de substitution qui font le sale boulot pour des clopinettes (ex. Daesh, al Quaida..)

    b) des despotes et régimes anti-démocratiques, car ils sont controllés dans un schéma type autoritaire et mafieux, deals, ex. en Arabie Saoudite, Qatar, Israel, Turquie, aujourd’hui Ukraine ..

    > Ceux qui vont dans la direction de l’oppression, le controle par des ‘chefs’, et allant même vers du génocide, utlisant, appuyant, des définitions ethniques / religieuses / culturelles. Sunnites vs. Chiites, pro-Russes contre nationalistes, etc.

    Cela permet de controller la population, et tuer plein de ‘mauvais’, p, ex. des Palestiniens, rebelles dans le Donbass, contestataires en Arabie Saoudite, etc.

    Les USA aiment particulièrement attaquer et détruire:

    a) tout Etat ou groupe qui pratique même vaguement un esprit ‘socaliste’ ou ex-communiste, *progressiste* comme disent les Anglos. Ou qui fait simplement l’effort de reduire la pauvreté, offrir une éducation, des prestations santé, par une re-distribution. (Cuba avant, Venezuela ..)

    b) tout Etat qui revendique une territorialité propre, un pouvoir décisionnaire de la Nation et qui resiste la ‘globalisation.’ (Sur bcp de plan différents, p. ex. énergie, finance. Voir Lybie, la Syrie aujourd’hui.)

    c) Tous les petits qui peuvent être envahis, ou controllés sans problème. (Guam..Puerto Rico…) ou facilement attaqués, décimés, sans pouvoir, pauvres (Haiti..)

    Le but n’est pas économique, colonialiste ancien style – qui nécessite des travaileurs opprimés, un controle quasi complet du territoire et des transports pour l’exportation – , ou même nouveau style (élite financière, etc.)

    Apart le complexe militaire-industriel (armes, vehicules, matériel, etc.) aux US, et tous le ‘contracteurs’ (info, surveillance, analyse, labos pour les armes biologiques, armes, sécurité, police, prisons, etc. etc.), QUI a profité des sanctions, l’invasion, puis, la destruction de l’Iraq, p. ex.?

    Pas Exxon Mobil, Chevron, General Motors, Bank of America, JP Morgan Chase, Apple, Google, Hollywood, MacDos, Wallmart etc. Ni le public US, qui n’a versé que des impots, du sang et des larmes pour les morts et estropiés, et le peuple est toujours à la recherche d’un emploi qui paye …ils ne peuvent même pas aller en Iraq pour gagner leur vie, comparez avec les Britanniques en Inde avant…

    voir dans ce sens, James Petras, 50 years of imperial wars. PDF.

    http://petras.lahaine.org/b2-img/petras_fifty_years_of_imperial_wars.pdf

    l’UE a anéanti la Grèce, et a joué les bons élèves, Irlande, Espagne, contre le mauvais du jour, a force de subventions, encouragements, prébendes, pour empecher la contestation. C’est une mimique ‘soft’ des agissements US.

    La France est aussi une cible potentielle, comment est-ce possible que ce n’est pas percu? Le couple Franco-Allemand est une facade factice.


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