Source : Mediapart, Pascal Boniface, 01-08-2016

J’interroge Mathieu Slama a propos de son livre”La Guerre des Mondes” Editions de Fallois

La guerre des mondes – 3 questions à Mathieu Slama

Mathieu Slama intervient de façon régulière dans les médias sur les questions de politique internationale. Il a publié plusieurs articles sur la stratégie de Poutine vis-à-vis de l’Europe et de l’Occident. Il répond à mes questions à l’occasion de son dernier ouvrage : « La guerre des mondes : réflexions sur la croisade idéologique de Poutine contre l’Occident », paru aux Éditions de Fallois. 

1.Vous évoquez une incompréhension entre l’Europe et la Russie sur le terrain des valeurs et de la religion qui expliquerait en partie nos différends géopolitiques. Pouvez-vous développer ? 

Mon intuition est la suivante : ce qui se joue entre la Russie de Poutine et les pays occidentaux est beaucoup plus fondamental qu’un simple conflit d’intérêts autour des questions syrienne et ukrainienne. Selon moi, il y a en arrière-plan de ce conflit une opposition entre deux grandes visions du monde concurrentes.

La vision occidentale, pour résumer, est libérale au sens où elle définit avant tout la communauté politique comme une organisation permettant de garantir les libertés individuelles. La patrie, la communauté, les traditions particulières sont dans cette vision des vestiges appartenant au passé. La vision de Poutine est traditionnaliste : la communauté politique est pour lui le produit d’une histoire et d’une culture particulières qui priment sur les libertés individuelles. Il y a là, donc, deux langages très différents qui se font face.  

La question religieuse, que vous évoquez, me semble assez bien illustrer cette opposition idéologique. Quand le groupe ultra-féministe Pussy Riots fait irruption dans la cathédrale de Moscou en proférant des injures, elles sont condamnées aussi bien du point de vue pénal que du point de vue de l’opinion publique. Pour expliquer cette condamnation, Hélène Carrère d’Encausse avait assez bien résumé les choses : pour les Russes et pour Poutine, il y a des choses qui ne se font pas, tout simplement. En France, l’action des Femen dans la cathédrale Notre-Dame n’avait guère choqué ni l’opinion publique ni les autorités. Nous avons perdu tout sens du sacré : au nom de la liberté, tout peut être profané, en particulier les symboles religieux (cf. les caricatures de Mahomet…). Evoquer nos racines chrétiennes ? vous n’y pensez pas ! De son côté, Poutine n’a de cesse d’exalter la tradition orthodoxe de son pays. Il s’est récemment rendu à une cérémonie célébrant le millième anniversaire de la présence russe au Mont Athos en Grèce, la « Sainte Montagne » orthodoxe où des moines vivent et prient depuis le Xème siècle. Le symbole est immense. 

Il me semble que Poutine a compris une chose essentielle (quoi qu’on pense de l’homme) : la politique, ce n’est pas seulement une affaire de règles de droits garantissant les libertés individuelles. La politique, c’est autre chose : l’habitation d’un espace particulier, l’héritage de mythes fondateurs, de traditions et de symboles qui inscrivent un pays dans une trajectoire historique qui lui est propre. Si tout n’est que droits, alors il n’y a plus de communautés particulières. Et donc plus de politique. La force de Poutine est de nous confronter à ce terrible renoncement. 

 

2.Poutine reproche-t-il aux Occidentaux de confondre « communauté occidentale » et « communauté internationale » ?

C’est la deuxième grande critique qu’adresse Poutine aux pays occidentaux, et qui me paraît essentielle : le monde occidental a cette fâcheuse tendance à vouloir construire un monde à son image. Il est devenu incapable de penser la différence culturelle, d’imaginer qu’il n’y a pas un monde mais des mondes, avec leurs traditions et leur histoire distinctes. Prenons un exemple d’actualité : l’Iran. On ne compte plus les unes et les reportages sur les évolutions de ce pays. Et que célèbre-t-on ? Son occidentalisation  Mais dès qu’il s’agit de ses composantes traditionnelles, on crie à l’obscurantisme, à la barbarie ! Il y a là un mélange d’incompréhension et de mépris, ainsi qu’un immense paradoxe : l’Occident libéral sacralise l’Autre, mais c’est en réalité pour lui nier son altérité fondamentale. Il faut relire Claude Lévi-Strauss à ce sujet, lui qui fut un des premiers à s’inquiéter de l’uniformisation du monde sous l’influence occidentale. 

Le cœur du problème est l’universalisme : cette idée qu’il existe un modèle libéral qui est le devenir inéluctable de l’humanité toute entière. Les néo-conservateurs américains, influencés par une mauvaise lecture de Leo Strauss et de sa réflexion sur le relativisme, ont fait de cet universalisme le centre de leur idéologie (mais au service, évidemment, des intérêts politiques et économiques de leurs pays). L’immense mérite de Poutine est de mettre à nu cet universalisme et ses dérives. Les conséquences sont très concrètes : nul besoin de s’épancher sur les situations catastrophiques de l’Afghanistan, de l’Irak ou encore de la Libye… A ce sujet, Poutine a posé cette question aux Occidentaux devant l’ONU l’année dernière : « Est-ce que vous comprenez ce que vous avez fait ? »

3. Vous écrivez que, pour le président russe, l’enjeu est de préserver la diversité du monde face aux velléités universalistes occidentales. Il est pourtant plutôt vu chez nous comme celui qui veut soumettre les autres à ses volontés…

Dans une tribune fameuse écrite en 2013 dans le New York Times en pleine crise syrienne, Poutine a mis en garde l’Amérique contre la tentation de se croire exceptionnelle, car cette tentation contredit l’égalité entre les nations et « la diversité du monde donnée par Dieu ». Et en effet, « diversité du monde » est un des termes les plus utilisés par Poutine dans ses discours. Ce n’est pas un hasard. Il se présente comme le champion du multilatéralisme et de la souveraineté nationale car il vise avant tout la prétention hégémonique américaine (et la soumission des Européens à cette hégémonie). Car ne soyons pas naïfs : Poutine est avant tout un dirigeant réaliste qui défend les intérêts de son pays et de son peuple. Son discours correspond à des intérêts très précis.

Là où on peut en effet voir des contradictions entre son discours et ses actes, c’est que sa décision vis-à-vis de la Crimée a pu faire penser à un retour d’une volonté impériale de sa part. Cette inquiétude était légitime mais il me semble qu’il montre aujourd’hui qu’il n’a pas l’intention, malgré les exhortations agressives d’intellectuels comme Alexandre Douguine, d’aller plus loin vis-à-vis de l’Ukraine. Le grand écrivain russe Alexandre Soljenitsyne, dont j’ai fait le fil rouge de mon ouvrage, avait cette réflexion très actuelle à propos de la Russie : « Il faut choisir clair et net : entre l’Empire, qui est avant tout notre propre perte, et le salut spirituel et corporel de notre peuple. Nous ne devons pas chercher à nous étendre large, mais à conserver clair notre esprit national dans le territoire qui nous restera ». Cet avertissement, me semble-t-il, vaut tout aussi bien pour Poutine que pour l’Occident. 

Source : Mediapart, Pascal Boniface, 01-08-2016

 

 

Mathieu Slama : «Il y a du Soljenitsyne dans le discours de Poutine»

Source : Le Figaro, Eléonore de Vulpillières, 24/05/2016

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FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans un premier essai passionnant, La guerre des mondes, Mathieu Slama analyse les ressorts de l’affrontement entre la Russie et l’Occident. Pour le jeune essayiste, ce sont avant tout deux visions du monde qui s’opposent.

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Né en 1986, Mathieu Slama intervient de façon régulière dans les médias, notamment dans le FigaroVox sur les questions de politique internationale. Un des premiers en France à avoir décrypté la propagande de l’Etat islamique, il a publié plusieurs articles sur la stratégie de Poutine vis-à-vis de l’Europe et de l’Occident. Son premier livre , La guerre des mondes, réflexion sur la croisade de Poutine contre l’Ocident vient de sortir aux éditions de Fallois.


LE FIGARO. – Pour quelle raison l’affrontement entre Vladimir Poutine et l’Occident est-il essentiellement idéologique?

Mathieu SLAMA. – Ma thèse est que dans le conflit politique qui oppose l’Europe et les Etats-Unis à la Russie de Poutine, il y a un arrière-plan idéologique fondamental qui met en jeu deux grammaires du monde qui s’opposent en tout point. A cet égard, ce qui se joue dans cet affrontement est bien plus décisif qu’un simple conflit d’intérêts.

Mais il suffit d’écouter Poutine pour comprendre qu’il se situe lui-même sur le terrain idéologique. Ce fut particulièrement frappant à partir de 2013, lorsque les crises ukrainiennes et syriennes ont réellement marqué une rupture entre les Russes et les Occidentaux.

Dans plusieurs discours, Poutine s’en est pris à la «destruction des valeurs traditionnelles» et à «l’effacement des traditions nationales et des frontières entre les différentes ethnies et cultures», visant implicitement les pays occidentaux. A plusieurs reprises il a exalté «les valeurs spirituelles de l’humanité et de la diversité du monde», «les valeurs de la famille traditionnelle, de la vie humaine authentique, y compris de la vie religieuse des individus», faisant appel au grand philosophe conservateur russe Nicolas Berdiaev. Il y a aussi, dans le discours de Poutine, des attaques directes adressées aux pays occidentaux et notamment aux pays européens. «Les pays euro-atlantiques rejettent leur racine», a-t-il expliqué dans un discours, «dont les valeurs chrétiennes qui constituent la base de la civilisation occidentale». Utilisant des termes très violents comme «primitivisme», s’en prenant ouvertement aux légalisations en faveur du mariage homosexuel, Poutine accuse aussi régulièrement les pays occidentaux de vouloir exporter leur modèle libéral au monde entier, au mépris des particularités nationales.

Poutine est donc porteur d’une vraie vision du monde. Il se fait le défenseur des particularités nationales et des valeurs traditionnelles face à un Occident libéral, amnésique de ses fondements spirituels. Et surtout, et c’est peut-être la plus grande force de son discours, il s’en prend à l’universalisme occidental, à cette prétention qu’a une partie du monde de modeler à son image l’autre partie de l’humanité. C’est une manière pour lui de s’en prendre aux ingérences occidentales, que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient.

Poutine dit ici quelque chose d’essentiel. L’Occident est persuadé que son modèle, la démocratie libérale, est le devenir inéluctable de l’humanité toute entière. Mais il y a dans le monde des nations qui tiennent à leur traditions culturelles et qui n’ont absolument pas envie de s’ «occidentaliser»! Il y a là un enjeu majeur, que l’un des plus grands penseurs du XXème siècle, Claude Lévi-Strauss, avait vu avant tout le monde: comment préserver les particularités culturelles dans un contexte de mondialisation politique, culturelle et economique croissante? «Les grandes déclarations des droits de l’homme», expliquait Lévi-Strauss, énoncent «un idéal trop souvent oublieux du fait que l’homme ne se réalise pas sa nature dans une humanité abstraite, mais dans des cultures traditionnelles». Les démocraties occidentales n’ont de cesse d’exalter «l’Autre», mais ce n’est en réalité que pour annihiler son altérité et l’envisager comme un parfait semblable, c’est-à-dire un individu émancipé de tous ses déterminismes. L’Occident libéral est devenu incapable de penser et comprendre la différence culturelle. On le voit au Moyen-Orient aujourd’hui: nous ne célébrons l’Iran que parce qu’il s’occidentalise ; tout ce qui relève du traditionnel est perçu comme une barbarie amenée à disparaître. Il y a dans cette approche un mélange d’incompréhension et de mépris.

Soljenitsyne est l’un des fil rouge de votre livre. En quoi est-il représentatif d’une partie de l’âme russe?

La figure d’Alexandre Soljenitsyne est intéressante à plusieurs égards. D’abord parce qu’il est étonnamment – et injustement – oublié aujourd’hui, alors qu’il est l’une des rares figures intellectuelles du XXème siècle à ne s’être jamais trompé dans ses combats politiques, ce qui est suffisamment rare pour le souligner.

Ensuite parce qu’il a fait, en effet, l’objet d’un grand malentendu en Occident. Ses œuvres «Une journée d’Ivan Denissovitch» (1962), «Le Premier cercle» (1968) et surtout «L’Archipel du Goulag» (1973), révélant au monde entier les atrocités commises par les soviétiques dans les camps, ont fait de lui la principale figure de l’opposition intellectuelle et politique au régime soviétique. Accusé de trahison dans son propre pays, il est parti en exil en Suisse puis aux Etats-Unis. Mais voilà, et c’est le cœur du malentendu dont je parle dans mon livre: Soljenitsyne ne s’opposait pas au régime soviétique au nom des droits de l’homme ou au nom du «monde libre». Il n’avait pas choisi le camp occidental contre le camp soviétique. Il s’opposait à l’URSS parce qu’il s’agissait pour lui d’un régime corrompu, matérialiste, violent, niant la dimension spirituelle propre à chaque homme. Il s’y opposait au nom de sa foi orthodoxe et au nom de la grande histoire nationale russe.

Et c’est justement ce même attachement aux racines et à la dimension spirituelle de l’existence qui l’amena à s’opposer violemment au modèle libéral occidental à plusieurs occasions, notamment dans un célèbre discours devant les étudiants de Harvard en 1978 où il dénonça la dérive matérialiste de l’Occident, les ravages de son modèle capitaliste et surtout son obsession pour les droits individuels au détriment des valeurs traditionnelles comme l’honneur, la noblesse ou encore le sens du sacrifice. Soljenitsyne croyait à la possibilité d’une troisième voie entre le libéralisme occidental et les totalitarismes soviétiques ou fascistes, une troisième voie fondée sur l’enracinement et l’auto-restriction des hommes comme des nations. Il me semble qu’aujourd’hui, peut-être plus que jamais, ce message mérite d’être entendu.

Je note dans mon livre la réaction de Jean Daniel qui voyait dans L’Archipel «un panslavisme illuminé, des idées étranges sur le Moyen-âge et sur la Sainte Russie» ou encore de Bernard-Henri Lévy qui accusa au début des années 90 Soljenitsyne de défendre des idées «obscurantistes», «populistes», de peindre «une Russie rustique et primitive». Ces réactions sont absolument passionnantes car elles révèlent selon moi une opposition fondamentale entre deux mondes qui sont aux antipodes l’un de l’autre. Les pays occidentaux n’ont pas compris Soljenitsyne tout simplement parce qu’ils ne parlent pas le même langage: les premiers tiennent le langage de la liberté individuelle, le second celui de la tradition et de la mystique communautaire. Il me semble que cet affrontement renaît aujourd’hui à la faveur des conflits qui opposent la Russie de Vladimir Poutine et les pays occidentaux. Et je trouve dans le discours de Poutine beaucoup de rémanences du discours de Soljenitsyne. C’est pourquoi j’ai voulu faire de ce dernier le fil rouge de mon livre.

La «révolution conservatrice» engagée par Poutine est-elle populaire en Russie? Et ailleurs?

S’agissant de la Russie, personne ne conteste aujourd’hui que Poutine est soutenu par une immense majorité de la population. Emmanuel Carrère avait émis l’hypothèse, dans un de ses romans, que le succès de Poutine était dû au sentiment des Russes d’avoir été humiliés à la chute du régime soviétique. Et qu’en somme, on avait pas le droit de leur dire que toutes ces décennies passées sous le joug communiste, «c’était de la merde». L’échec de l’expérience «libérale» avec Boris Elstine est aussi un atout pour Poutine. Mais c’est oublier un peu vite l’attachement encore prégnant des Russes pour les valeurs traditionnelles, pour l’âme de leur pays. Hélène Carrère d’Encausse expliquait que «l’idée que les choses puissent être relatives heurte profondément les Russes». Poutine est très certainement en adéquation avec l’état d’esprit d’une grande partie de l’opinion publique russe.

Mais ce qui m’intéressait surtout dans mon livre, c’était de montrer que Poutine est devenu en quelque sorte le porte-voix de la cause conservatrice dans le monde, et notamment en Europe. Sa popularité auprès de beaucoup de partis conservateurs européens est le signe que Poutine a compris ce qui se jouait en Europe. Son génie est d’avoir permis la rencontre, au bon moment, entre ses idées et celles d’une partie de l’opinion européenne, de plus en plus hostile à la mondialisation et au multiculturalisme, de plus en plus attachée à ses racines et aux «protections naturelles» que sont les frontières nationales. De Viktor Orban en Hongrie à Marine Le Pen en France, en passant par Nigel Farage en Grande-Bretagne, ils sont tous animés d’une sympathie naturelle envers Poutine. Clairement, le «poutinisme» correspond à un certain esprit du temps, à une résistance de plus en forte des peuples vis-à-vis de la mondialisation.

Vous écrivez que le sens du sacré est une clef de compréhension indispensable pour comprendre la Russie actuelle – qui avait bu le communisme comme le buvard absorbe l’encre, avait rappelé Philippe Séguin dans son discours du 5 mai 1992. Y a-t-il une opposition entre le «messianisme russe» et le «rationalisme libéral européen»?

J’essaie de comprendre la cassure idéologique fondamentale entre la Russie de Poutine et l’Occident, et il me semble que la question religieuse est un élément déterminant de cette incompréhension, du moins s’agissant de l’Europe. On le sait, Poutine dans ses discours lie très étroitement le destin de la nation russe avec celui de l’Eglise orthodoxe, et s’en prend à «l’approche vulgaire et primitive de la laïcité». C’est une des armes essentielles de son combat idéologique, sans compter que cela lui permet d’asseoir son autorité dans son propre pays, où l’Eglise est depuis longtemps le constituant de la morale collective, comme l’a rappelé Hélène Carrère d’Encausse.

Pour illustrer l’opposition entre la Russie et l’Europe sur ce terrain, j’évoque un exemple qui me semble particulièrement parlant, celui des Pussy Riot et des Femen. Quand en février 2012 les Pussy Riot, groupe de rock ultra-féministe russe, débarquent dans la cathédrale de Moscou en hurlant «Marie mère de Dieu, chasse Poutine!», elle font l’objet d’une réprobation quasi-unanime, et sont condamnées quelques mois plus tard à deux ans de détention, provoquant d’ailleurs des réactions indignées de la part des dirigeants européens. Un an après cet épisode, en France quand des membres du groupe féministe Femen s’introduisent à Notre-Dame et vandalisent une cloche, l’expression «pope no more» inscrite sur le torse, elles sont toutes relaxées.

En France, nous faisons du droit au blasphème un droit fondamental, un des piliers de la fameuse liberté d’expression, elle-même pilier des sacro-saintes libertés individuelles. On ne compte plus les défenseurs du blasphème sur le terrain médiatique. Il faut profaner, désacraliser absolument tout. Dieu est devenu une question dépassée, on le relègue à la sphère individuelle. On érige la profanation du sacré en droit fondamental sans même se poser la question de ce que peut bien nous apporter ce droit. En quoi moquer de manière vulgaire Jésus ou Mahomet est-il un progrès, une liberté nécessaire? A force de libéralisme et d’individualisme, nous autres européens perdons de vue la dimension spirituelle de la vie humaine pour n’en retenir que la dimension proprement matérielle. Le phénomène djihadiste est venu nous rappeler que la question religieuse est encore loin, très loin d’être une question résolue.

La souveraineté nationale est-elle davantage défendue par la Russie que par les Etats-Unis ou les pays européens?

La défense de la souveraineté nationale est en effet un aspect essentiel de la doctrine poutinienne. Voici ce qu’il disait en 2014: «La notion de souveraineté nationale est devenue une valeur relative pour la plupart des pays» ; «les soi-disant vainqueurs de la Guerre froide avaient décidé de remodeler le monde afin de satisfaire leurs propres besoins et intérêts». Et d’asséner cette attaque directe: «Si pour certains pays européens la fierté nationale est une notion oubliée et la souveraineté un luxe inabordable, pour la Russie la souveraineté nationale réelle est une condition sine qua non de son existence». En ligne de mire: l’alignement quasi-systématique de l’Union européenne sur les positions américaines, comme récemment sur le dossier ukrainien. Poutine s’en prend également aux ingérences américaines et européennes au Moyen-Orient, qui ont conduit pour Poutine à une aggravation des conflits et à la propagation du chaos.

Le discours américain est très différent. Barack Obama n’a de cesse de répéter que l’Amérique a un rôle à jouer dans la défense des libertés: «Nous soutiendrons la démocratie de l’Asie à l’Afrique, des Amériques au Moyen-Orient, parce que nos intérêts et notre conscience nous forcent à agir au nom de ceux qui aspirent à la liberté». Il s’agit ici d’une conception fondamentalement universaliste des relations internationales, semblable à celle que défendaient les néo-conservateurs sous George W. Bush. La question de la souveraineté n’est jamais abordée par Obama.

La Russie et les Etats-Unis défendent des conceptions géopolitiques qui servent leurs intérêts, écrivez-vous, souverainisme et multilatéralisme pour la première, universalisme pour les seconds. Quelle est la conception adoptée par les pays d’Europe?

Les pays européens sont dans l’alignement quasi-permanent avec les positions américaines. On l’a vu sur les dossiers syriens et ukrainiens. Cela pose quand même un problème car peut-on dire que les intérêts américains et européens sont parfaitement alignés? Je n’en suis pas certain. Est-ce dans l’intérêt de l’Europe de se brouiller avec son voisin russe ou avec l’Iran? N’y aurait-il pas un intérêt à jouer une carte intermédiaire, qui ne soit ni celle des Etats-Unis ni celle de la Russie? Je laisse le soin aux géopolitologues de répondre à cette question.

Comment la Russie de Poutine considère-t-elle l’exceptionnalisme américain? 

Une des thèses de mon livre est de dire que les modèles américains et russes sont moins éloignés qu’on veut bien le croire, au moins du point de vue idéologique et culturel. Les deux pays partagent un même sentiment national très affirmé, avec un rôle politique du religieux encore très fort. Des deux côtés, les communautés nationales s’appuient sur des mythes fondateurs très puissants. Et en effet, les deux pays se fondent sur une certaine idée de l’exceptionnalisme, c’est-à-dire qu’ils ont la conviction qu’ils jouent un rôle qui dépasse le cadre purement national.

Mais paradoxalement, Poutine a ouvertement attaqué l’exceptionnalisme américain, notamment dans une tribune publiée dans le New York Times en 2013. Voici en substance le propos de Poutine, qui réagissait à un discours d’Obama qui exaltait le rôle exceptionnel de l’Amérique dans le monde: il est très dangereux de se croire exceptionnel car cela va à l’encontre de la nécessaire diversité et égalité entre les nations. «Nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux» rappelait Poutine en conclusion, dans un pied-de-nez adressé à Obama qui lui aussi avait, dans son discours, fait référence à Dieu pour justifier la défense des libertés dans le monde. Pour Poutine, l’exceptionnalisme américain n’est que le prétexte d’une domination morale imposée au monde, là où lui défend, nous l’avons dit, les souverainetés et les particularités nationales.

On pourra évidemment, non sans raison, considérer qu’il y a une contradiction entre ce discours et l’attitude de la Russie en Crimée, peu respectueuse de la souveraineté ukrainienne (sans nier les liens historiques profonds qui unissent l’Ukraine, notamment sa partie est, avec la Russie)…

Pourquoi les partisans de Vladimir Poutine en France sont-ils régulièrement brocardés comme étant des «extrémistes»?

Vladimir Poutine reste, dans l’opinion publique française, un personnage autoritaire, brutal. Les morts suspectes d’opposants viennent aussi ternir considérablement son image.

Mais il ne faut pas oublier que Vladimir Poutine séduit bien au-delà du cercle des «radicaux». Il y a en effet des politiques peu subtils qui font l’erreur inverse des atlantistes, c’est-à-dire qui se rangent constamment derrière la Russie quel que soit le sujet. Il y a aussi le Front national, financé par des investisseurs privés russes, qui voit dans Poutine une sorte de fantasme de ce qu’ils souhaitent pour la France. Il y aussi des gens comme Jean-Luc Mélenchon, dont l’amitié pour Poutine tient plus de l’anti-américanisme qu’autre chose (car quoi de commun entre le conservateur Poutine et le progressiste Mélenchon?). Mais dans l’entre-deux, il y a des gens beaucoup plus raisonnables et de tous bords, comme Hubert Védrine, Dominique de Villepin, Henri Guaino ou François Fillon, qui défendent une relation plus apaisée avec la Russie et une plus grande indépendance de la France et de l’Europe vis-à-vis des puissances étrangères, notamment des Etats-Unis. Nul extrémisme dans ce positionnement-là.

Y a-t-il une différence de nature entre la stature de Vladimir Poutine et celle des dirigeants européens? La notion de «chef d’Etat» est-elle mieux incarnée par le premier que par les seconds?

«Il incarne!», se moquait Louis-Ferdinand Céline du maréchal Pétain dans D’un château l’autre…. Méfions-nous de ceux qui veulent «incarner», donc. Mais il est certain que le succès de Poutine doit beaucoup au fait qu’il représente une sorte d’animal politique disparu en Europe. Les démocraties libérales ont cette tendance naturelle, parce qu’elles se construisent – et c’est leur grande faiblesse – sur des fondements essentiellement juridiques, de faire émerger des dirigeants purement technocrates, très compétents mais incapables de prendre en compte la dimension symbolique, quasi-métaphysique, qu’impose l’exercice du pouvoir.

Un récent sondage montrait que 40% des Français étaient favorables à un gouvernement autoritaire. C’est une tendance de fond dans les sociétés démocratiques, où réside une sorte de nostalgie des grands hommes. Poutine représente aussi cette nostalgie-là. De Gaulle avait fondé une grande partie de sa légitimité sur le mythe qu’il s’était construit autour de sa personne: le grand stratège militaire, la résistance, la libération de Paris, le monarque républicain… Quels mythes fondent la légitimité de François Hollande, d’Angela Merkel, de Matteo Renzi? Aucun.

J’aimerais conclure sur un exemple récent qui me semble tout à fait caractéristique de ce dont nous parlons ici. Il y a quelques semaines, la Russie a organisé, au sein de l’amphithéâtre de la ville de Palmyre libérée de l’Etat islamique, un concert symphonique où furent joués Prokoviev et Bach (un compositeur russe et un compositeur européen, ce n’est pas anodin). Quelques semaines plus tard, la France décidait d’organiser, à l’occasion de la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun, un concert de rap, avant que la polémique n’oblige le maire de Verdun à annuler cette absurdité. D’un côté on a fait entendre ce que la civilisation a produit de plus noble et de plus élevé, de l’autre ce qu’elle produit de plus médiocre. La force de Poutine, c’est aussi cela: comprendre que la politique est aussi une affaire de symboles, de grandeur et d’élévation. Nous Européens avons oublié cela depuis longtemps. Céline, encore lui, avait prévenu: «Nous crevons d’être sans légende, sans mystère, sans grandeur».

Source : Le Figaro, Eléonore de Vulpillières, 24/05/2016

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128 réponses à Reflexions sur la croisade idéologique de Poutine, par Pascal Boniface

Commentaires recommandés

EchoGMT7 Le 20 août 2016 à 01h57

Les Russes ont la chance de pouvoir encore se sentir…russes et je les envie.
Poutine n’a nul besoin, ni volonté de mener une croisade contre l’Occident.

Je pense, en tant qu’occidental, que je fais partie de ces barbares contre lesquels la Russie ne fait qu’assurer sa protection. Je déplore la propagande anti-russe. Je n’ai jamais voté pour un politicien hostile à la Russie et je découvre qu’ils ont tous un réflexe anti-russe. Mais ce n’est qu’un “réflexe” dicté par un conditionnement otanesque fascisant.

Je ne comprend pas comment il est possible de mener une entrevue sur les rapports entre Occident et Russie sans aborder le problème fondamental de l’Otan.

  1. Spectre Le 20 août 2016 à 01h29
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    Derrière l’épouvantable arrogance et l’ethnocentrisme belliqueux du suprémacisme occidental, on perçoit surtout la grande trouille d’un ensemble qui a façonné et dirigé le monde pendant des décennies, et qui voit aujourd’hui cette domination s’effriter inéluctablement, année après année — et de par sa faute, à force d’intransigeance, d’aveuglement, et de prédation de la part des élites qui tiennent les manettes des vieilles nations impérialistes. Le déclin n’est jamais beau à voir, surtout lorsqu’il s’accompagne de la conscience dudit déclin (cf. chez nous le sentiment de pessimisme prononcé de la population vis-à-vis de l’avenir). On ne peut expliquer autrement l’hystérisation du débat public, et le passage à une rhétorique de la forteresse assiégée face au spectre de menaces diverses… dont la plupart ont d’ailleurs été générées et alimentées par les politiques criminelles de nos maîtres.


    • Gelli Sparks Le 21 août 2016 à 01h34
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      “L’ethnocentrisme belliqueux du suprémacisme occidental”. Je pense que tout ensemble qui atteint le stade de la domination régional / planétaire est forcément belliqueux, d’une part, et d’autre part, la plupart des groupes humains sont ethnocentrés. Parce que c’est quand même plus logique de s’intéresser d’abord à soi plutôt qu’aux autres (et je suis prêt à parier qu’il y a des origines évolutionnistes là-dedans).

      Maintenant, et c’est peut-être ce que je reproche aux personnes qui fréquentent ce site, c’est qu’il y a une diabolisation systématique de l’Occident. Je pense qu’il faut plutôt s’intéresser au schéma qu’il y a derrière. Je suis presque certains que toutes les sociétés dominatrices, l’empire romain, l’empire arabe, et j’en passe, ont connus les différentes phases que vit actuellement l’Occident – pas exactement de la même manière, le contexte géopolitique et la technologie jouent aussi -. Ce que je veux dire, c’est que l’histoire se répète. Donc plutôt que de dénoncer et de cracher sur l’Occident sans rien produire, il faudrait commencer par analyser les schémas qui sont derrières, et tenter de prévenir ce qui pourrait arriver, ou en tout cas en diminuer les maux. Mais déblatérer pour la 26e fois sur le fait que “ouin, nos maîtres font n’importe quoi et sont hystériques”, c’est inutile. Maintenant, pensons à la prochaine étape au lieu de juste observer.


      • Rouméas Le 23 août 2016 à 22h01
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        L’occident n’a pas besoin d’être diabolisé, il se diabolise! À mon avis “ceux de ce site” ne “diabolisent pas systématiquement” mais sont plutôt désespérés de voir que si peu sont conscients de la situation. 40% des français “sont favorables à un gouvernement autoritaire” ….!!!


  2. Ailleret Le 20 août 2016 à 01h51
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    Plutôt que de parler d’universalisme américain, il vaut mieux parler d’exceptionnalisme. La phrase de Poutine, « Nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux », reprend habilement contre cet exceptionnalisme l’affirmation de Lincoln : « a new nation, conceived in liberty, and dedicated to the proposition that all men are created equal » (discours de Gettysburg, 1863).

    L’exceptionnalisme américain, c’est considérer que les individus ne peuvent être égaux que s’ils se conforment au modèle américain. L’universalisme russe exprimé par Poutine, c’est affirmer que toutes les nations sont égales : c’est aussi le principe de l’ONU, « l’égalité souveraine des Etats »


    • Franscopus Le 20 août 2016 à 12h30
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      Ailleret,

      Je suis d’accord avec vous sur le fond de la remarque que vous faites, sur ce distinguo entre ces 2 visions du monde et des relations que cela implique.

      Sur la forme, par contre, je note que la citation de Poutine est traduite en français, alors que la citation de Lincoln ne l’est pas.
      Cette deuxième citation est ainsi restée en version originale, c’est à dire en anglo-états unien, comme si tout un chacun était capable de la comprendre. Cela laisse mesurer combien, pour de plus en plus de personnes, cette langue étrangère a pénétré le quotidien et les réflexes acquis.
      C’est en cela, aussi, que l’on voit ce que vous nommez “l’exceptionnalisme américain”…

      …dont je dirais même qu’il est “l’exceptionnalisme états-unien” (car l’Amérique, c’est en fait bien plus que les seuls Etats-Unis).


      • Ailleret Le 20 août 2016 à 14h21
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        Francospus,
        vous avez raison, entièrement. J’aurais dû traduire la phrase de Lincoln dans notre langue :

        « une nouvelle nation, conçue dans la liberté, et vouée à l’idée que tous les hommes sont créés égaux. »

        Dire que d’habitude, je résiste à l’invasion de l’anglais et du franglais…

        Dans son livre Après l’empire (Gallimard, 2002), Emmanuel Todd a livré des analyses intéressantes de ce qu’il appelle « l’universalisme russe » (sans oublier l’universalisme français), par opposition au « différentialisme » anglo-américain.


  3. EchoGMT7 Le 20 août 2016 à 01h57
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    Les Russes ont la chance de pouvoir encore se sentir…russes et je les envie.
    Poutine n’a nul besoin, ni volonté de mener une croisade contre l’Occident.

    Je pense, en tant qu’occidental, que je fais partie de ces barbares contre lesquels la Russie ne fait qu’assurer sa protection. Je déplore la propagande anti-russe. Je n’ai jamais voté pour un politicien hostile à la Russie et je découvre qu’ils ont tous un réflexe anti-russe. Mais ce n’est qu’un “réflexe” dicté par un conditionnement otanesque fascisant.

    Je ne comprend pas comment il est possible de mener une entrevue sur les rapports entre Occident et Russie sans aborder le problème fondamental de l’Otan.


  4. noDJ Le 20 août 2016 à 01h57
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    L’autorité de Poutine vient de là, l’homme est consistant. Alors qu’un Valls ou un Hollande fronçant les sourcils est juste ridicule.
    L’enracinement dans des valeurs authentiques, d’une spiritualité laique ou religieuse, permet de s’ouvrir à l’autre sans craindre de se perdre. Alors que de vouloir tendre à l’universel en étant hors sol est soit une fumisterie, cachant un exceptionalisme, soit une illusion.
    Un arbre doit avoir des racines pour monter vers le ciel.
    C’est pourquoi Poutine peut se permettre de défendre un monde multipolaire alors que l’occident actuel n’ose pas porter le regard plus loin que son nombril.


    • RGT Le 20 août 2016 à 08h56
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      Je vous approuve.

      De Gaulle avait fondé une grande partie de sa légitimité sur le mythe qu’il s’était construit autour de sa personne: le grand stratège militaire, la résistance, la libération de Paris, le monarque républicain…

      Quand on voit sur quoi se fondent la légitimité des dirigeants français actuels (et de ceux du “grand occident”, on a tout compris : Trahisons, promesses non tenues, couardise, chantage et discours angéliques.

      Ensuite on s’étonne que tout parte à veau l’eau.

      Je ne suis ni russe ni poutinien.

      Si cet homme convient à la population russe tant mieux, c’est leur choix et il faut le respecter.

      N’oublions pas qu’il a réussi à redresser ce pays suite à la “Grandeur des années Eltsine” si chère à nos oligarques.

      S’il n’avait pas été élu, la Russie serait désormais un territoire vide avec un PIB inférieur à celui du Burkina-Fasso (qui est le pays le plus pauvre au monde).

      Et nos “Grands Politiciens” qui font l’éloge de cet homme ne le font que pour des raisons opportunistes, juste pour se démarquer de leurs “concurrents” dans la grande course publicitaire à l’investiture suprême.


      • vincent Le 20 août 2016 à 14h26
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        A le Burkina Faso, qui avait aussi son petit Vlad avec Thomas Sankara. Un mec un peu autocrate mais sincèrement soucieux de l’avenir de son pays, trahit et mort trop tôt, il avait de bonnes idée.

        Vladimir a sauvé son pays d’années de désastre, et c’est pour cela qu’il reste apprécié, le monde d’aujourd’hui voit réapparaître les puissances de la pré colonisation, seulement cette fois ci l’europe n’a plus l’avantage technologique pour imposer sa loi, elle va potentiellement se faire dépasser, et plutôt que d’aboyer comme un chien enrager, alors que peu à peu tous le monde revient sur u pied d’égalité, elle ferait mieux de revoir sa position et d’apprendre l’humilité. Malheureusement pour l’homme l’apprentissage nécessite parfois des expériences terrible pour comprendre ses erreurs, espérons que nous n’ayons pas à en arriver là.


  5. Jusdorange Le 20 août 2016 à 03h46
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    Beaucoup de lecteurs du blog sont sans doute, comme moi, d’accord avec M. Slama.

    Faisons-nous l’avocat du diable, ne serait-ce que pour susciter une conversation, et également parce que je me trouve, en toute honnêteté, moi-même rempli de doutes.

    Tout État est le bras armé d’un système de valeurs. Le soutenir c’est soutenir ces valeurs.

    Des valeurs qui mettent en avant les libertés individuelles permettent l’émancipation de l’humain par rapport aux divers systèmes (juridiques ou culturels) qui tenteraient de le maintenir dans la conformité.

    Si on considère les E-U comme le bras armé des valeurs libérales (au sens classique du terme), alors toute personne soucieuse de l’émancipation de l’homme se doit de soutenir les E-U.

    Cet argumentaire a des faiblesses (les E-U soutiennent des régimes rétrogrades ; la souveraineté nationale est un principe de liberté). Mais j’aimerais tout de même voir les commentateurs du blog le réduire en miette.


    • Roman Garev Le 20 août 2016 à 08h29
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      “Tout État est le bras armé d’un système de valeurs”.

      C’est vrai. Mais dans quel but ce bras est armé, contre qui ou quoi ?
      Nous voyons le bras armé otanien qui frappe partout dans le monde tout ce qui ose présenter une moindre graine d’insoumission aux intérêts économiques de l’État américain. Et surtout ne remplacez ici les mots “intéréts économiques” par les mots “libertés individuelles”. Il suffit de regarder une Arabie Saoudite, monarchie absolue et cruelle, ou on Kossovo, marché noir d’organes humains, les deux (comme plusieurs régimes pareils) chéris par les ÉU. De quel “système de valeurs libérales” font-ils partie pour être protégé pas le “bras armé” otanien ?

      Quant au “bras armé” russe, il est destiné, tout au contraire, à se défendre et à défendre parfois des peuples alliés (comme la Syrie) étouffés par son homologue otanien. Même la soi-disant “annexion” de la Crimée n’était rien autre qu’un acte de légitime défense en sens double : 1) de la population criméenne pour la grande plupart russe contre l’extermination de la part des nazis galiciens qui venaient d’effectuer un coup d’État à Kiev et 2) de l’État russe tout entier qui était menacé dans le sens géostratégique par l’invasion imminente (dans le cas où la Crimée donc Sébastopol, ville-gloire de la nation russe, resterait sous le Kiev nazi) de l’OTAN sur la peninsule, menaçant tout le sud du pays et surout lui barrant l’accès aux mers chaudes.


      • Ailleret Le 20 août 2016 à 09h06
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        Pour aller dans le sens de votre dernière remarque : en mars 2014, Poutine n’avait pas le choix. L’OTAN à Sébastopol, c’est comme si le Pacte de Varsovie avait annexé le Mexique en 1962 (l’année de la crise de Cuba). Il n’y a aucune croisade là-dedans.

        Historiquement, les croisades sont occidentales (les Byzantins en savaient quelque chose).
        « Cette grande croisade sans croix », ainsi Dominique Jamet avait-il qualifié la guerre du Golfe, mais l’URSS de Gorbatchev, qui avait laissé faire, n’y avait pas participé. Quant aux Femen évoquées par M. Slama, elles qui incarnent si bien nos « valeurs », on pourrait risquer à leur propos la formule de « croisade contre la croix ».


      • Manant2 Le 20 août 2016 à 12h11
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        Quant au “bras armé” russe, il est destiné, tout au contraire, à se défendre et à défendre parfois des peuples alliés (comme la Syrie) étouffés par son homologue ).
        Vous ne croyez pas si bien dire!
        Pour compléter l’apport de M. Slama, il faudrait analyser cet aspect : le rôle de la Russie dans le soutien à la révolution kémaliste en Turquie (contre France-Angleterre); le rôle de l’URSS dans la décolonisation (armes en Egypte pour la résistance algérienne). On peut remonter loin : jusqu’à Pierre le Grand dont les réformes ont influencé les nationalistes turques (suscitant la création des Jeunes Turcs, mouvement réformiste qui fit tâche d’huile dans tout l’empire ottoman : Jeunes Egyptiens, Jeunes Tunisiens, etc). En somme, la Russie historique est viscéralement l’ennemie des intérêts coloniaux des dirigeants occidentaux.


      • Prométhée Enchaîné Le 20 août 2016 à 12h49
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        Et la Syrie est un pays “blanc”, alors que l’Arabie Saoudite est un pays “noir” ?
        La question se pose… Comment comparer deux pays aussi différents et pourtant aussi peu soucieux des droits “occidentaux” de l’Homme ?
        D’autre part, de tout ce que je lis, les relations d’Obama avec l’Arabie Saoudite sont désastreuses, mais ça, aucun des pourfendeurs de l’Amérique n’en parle. Personnellement, je ne sais pas ce qui fait que, CONCRETEMENT, l’Arabie Saoudite ait un statut aussi particulier (sachant que le pacte du Quincy est un mythe, cf. Henry Laurens). Mon hypothèse est que la stabilité de ce pays est indispensable à la sécurité de l’approvisionnement énergétique.

        Pour en revenir à la Russie et à sa position de défenseur des nations souveraines, la Tchétchénie de Kadyrov est-elle un gentil pays indépendant et souverain ?
        On peut également discuter de la souveraineté de la Géorgie…

        Je reconnais que ce sont des sujets complexes, et que les occidentaux devraient tenir compte des craintes Russes vis-à-vis de l’Otan, mais un pays qui y adhère est souverain. D’autre part, l’adhésion à l’Otan est pour ainsi dire une question directement liée à l’intégration de l’Union Européenne.


        • Roman Garev Le 20 août 2016 à 16h51
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          La Tchétchénie était et est une région de la Russie sans aucun indice d’une nation pouvant créer un État indépendant, de quelle souveraineté parlez-vous ? On peut trouver en Russie des dizaines de telles nations. Devraient-elles toutes devenir souveraines, pour la joie de l’Oncle Sam et de l’Albion ?
          Parlons alors d’une souveraineté de la Corse, voulez-vous ?
          D’ailleurs ces révoltes en Tchétchénie étaient organisées et fortement soutenues par les monarchies du Golfe, Al-Kaeda et même par plusieurs “volontaires” géorgiens et ukrainiens. C’était une révolte de terroristes islamistes de plus. Daesh lui a succédé.
          J’invite tous ceux qui plaignent jusqu’à présent le pauvre peuple tchétchène visiter une fois cette république. Mais non, des vieux slogans occidentaux suffisent à certains pour essayer de discuter…
          Quant à la Géorgie, quel discours sur sa souveraineté proposez-vous ? Après l’agression géorgienne contre l’Ossétie de Sud reconnue par l’ONU la Russie pouvait aisémemt entrer à Tbilissi. Mais elle ne l’a pas fait. Que voulez-vous encore côté souveraineté de la Géorgie ?
          On répète des clichés mille fois et depuis longtemps réfutés comme celui de la soi-disant utilisation de l’arme chimique par B. el-Assad.


          • Prométhée Enchaîné Le 20 août 2016 à 19h04
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            Ca se discute… La Tchétchénie a revendiqué son indépendance lors de la chute de l’URSS. La Russie n’y a jamais cédé, par des moyens au minimum discutables. La Corse c’est du pipi de chat à côté, et ça ne s’inscrit pas dans une dynamique historique comparable, qui est celle de l’éclatement de l’Union Soviétique.
            Mais comme je l’ai dit, je reconnais que le sujet est complexe.

            Pour la Géorgie, je ne sache pas que l’Onu ait reconnu l’indépendance de l’Ossétie du Sud, qui pour le coup est sans aucun doute instrumentalisée par la Russie, vis-à-vis de la Géorgie.

            Je suis juste inquiet de voir de plus en plus ce schéma de pensée qui consiste à dire que la Russie est un gentil pays bien sage agressé par les Américains et l’Otan, alors qu’elle emploie des moyens tout aussi discutables, plus encore dans certains cas. Je suis étonné que des gens qui vivent dans une démocratie plus évoluée ne se contentent pas de critiquer l’action de leur gouvernement, mais de se ranger du côté d’un gouvernement qui n’a rien de bien plus enviable au nôtre, au minimum.


            • Jusdorange Le 21 août 2016 à 07h39
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              À Prométhée,

              Je considère la souveraineté nationale, l’autre nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, comme un objectif politique essentiel.

              Quel État, en 2016, menace la souveraineté des nations ? Par ses interventions militaires régulières, l’espionnage sans frontière, l’extra-territorialité du droit, l’ingérence manifeste bien que subtil, ce sont les E-U qui tiennent ce rôle.

              Quand bien même d’autres États utiliseraient des moyens de même nature (et donc qui violent la souveraineté des nations), ils ne les utilisent pas avec le même degré pour la simple et bonne raison que ce sont les E-U qui détiennent l’hegemon.

              Ce faisant, la priorité stratégique est d’affaiblir l’influence US par le renforcement de ses rivaux.

              Si en 2030 ou 2040 l’hegemon change de main, nous changerons de stratégie.

              Voilà ce qui justifie, selon moi, un soutien à la Russie de Poutine.


            • Prométhée Enchaîné Le 21 août 2016 à 13h37
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              Jusdo’

              Plusieurs questions se posent…

              La souveraineté nationale est-elle l’objectif prioritaire pour assurer l’harmonie internationale ? Pouvait-on considérer la Syrie, la Lybie, l’Irak (trois pays menacés ou défaits par les occidentaux dont les EU) comme des pays souverains au sens où vous l’entendez ?

              Vous prenez pour argent comptant la thèse de l’extra-territorialité du droit. Sans la nier, il me faut bien plus qu’un article de quelques signes pour la considérer comme vraie. Par ailleurs, le commerce chinois anti-concurrentiel n’est-il pas comparable à une telle forme sournoise de domination ?

              Pensez-vous qu’affaiblir une entité ne se fait pas au bénéfice d’une autre concurrente ? J’ai lu ce commentaire à un article du Figaro avec lequel je suis plutôt d’accord : Quittes à se faire bouffer par un géant, je préfère que ce soit les EU que la Chine.
              Je suis comme vous, je reconnais des torts indéniables aux occidentaux, mais je crois que le luxe de l’impartialité n’est pas pour demain. Car il ne faut pas commettre l’erreur de croire que les camps d’en face se réclament du droit international et de la défense des individus opprimés. Je crains qu’il ne faille encore choisir son camps… pour moi c’est l’Europe… qui ne sont pas les EU.


            • Prométhée Enchaîné Le 21 août 2016 à 13h45
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              Pour le soutien à Poutine… il existe une autre ligne. Qui consiste à montrer qu’on n’accepte pas tout, mais à limiter les provocations diplomatiques, favoriser la coopération sur différents sujets, etc.
              Mais de la même façon, je crois qu’il ne faut pas se faire d’illusions, pour l’Europe c’est plié. Car l’Europe est solidaire de fait des pays baltes qui l’ont intégrée et qui ont intégré l’OTAN. Et pour Poutine, l’OTAN est un instrument de domination de la Russie, donc les pays Baltes sont des ennemis, donc l’Europe est son ennemie.
              Nous sommes pris dans ce sac de nœuds.


      • Jusdorange Le 21 août 2016 à 09h46
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        Réponse 1er pargrphe de Rmain,

        L’accusation d’hypocrisie et de recherche d’intérêts égoïstes n’invalide pas un soutien aux E-U.

        Mettons que vous êtes un Allemand protestant durant la guerre de Trente Ans (1618-1648) et que vous avez la réussite de la Réforme comme premier objectif. Vous soutenez la France alors en lutte contre la Maison d’Autriche, puissance catholique.

        Mais un ami à vous estime que la France n’est pas l’allié de la Réforme, preuve en est de la répression anti-protestante (Siège de la Rochelle 1628). Pour lui, ce pays cherche d’abord et avant tout la poursuite d’intérêts géopolitiques.

        Pourtant, les intérêts de puissance fr convergeaient avec ceux idéologiques de la Réforme. La politique française a favorisé l’instauration d’Etats protestants. Le soutien est justifié.

        Est-ce que les intérêts de puissance des E-U convergent avec vos objectifs ? Telle est la question qui justifie un soutien, et non le fait de savoir s’ils sont sincères ou désintéressés.


    • RGT Le 20 août 2016 à 09h12
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      Ça me fait beaucoup penser à ce que dit ma nièce, née de mère française et de père canadien en Californie et qui y a passé toute sa vie jusqu’en 2003…

      Elle est ensuite venue en France, puis est allée en Angleterre et ne veut surtout plus remettre les pieds dans ce pays qu’elle considère désormais comme la pire dictature au monde (patriot act et le reste).

      Son père s’est “exilé” au Canada et sa mère en France…
      On pourrait dire sarcastiquement que les rats quittent le navire, ce qui serait vraiment insultant.

      Ils se contentent seulement de fuir un régime qui semblait attractif à l’époque de la guerre froide. Mais ce n’était que de la publicité mensongère.


    • Catalina Le 20 août 2016 à 12h14
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      Jusdorange Le 20 août 2016 à 03h46

      “Des valeurs qui mettent en avant les libertés individuelles “, excusez moi mais c’est de la langue Orwellienne, il ne s’agit nullement de libertés individuelles mais d’avoir tous les droits, et c’est bien plus qu’à l’occasion que cela sert les multinationales, qui comme chacun le sait, en tant que personnes morales ont les m^mes droits qu’une personne mais par contre n’ont pas les obligations.

      Les valeurs individuelles us c’est comme leur démocratie exportée, (ils n’ont pas le m^me dictionnaire que nous.)
      🙂


      • Jusdorange Le 21 août 2016 à 07h47
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        À Catalina,

        Le terme orwellien fait référence à des phrase comme “guerre c’est la paix,” “la liberté c’est l’esclavage” etc… Ces phrases ont pour caractéristique d’associer des termes incompatibles, prenant racine dans le double langage et la double pensée.

        L’expression “guerre humanitaire” est analogue à ce type de phrase.

        La phrase “des valeurs qui mettent en avant les libertés individuelles” n’associe pas des termes contradictoires, et ne mérite donc pas, selon moi, d’être qualifié d’orwellienne.

        Je suis d’accord avec le reste de votre commentaire consistant à souligner l’hypocrisie entre les valeurs que les E-U disent défendre, et la réalité qui est toute autre.


        • Prométhée Enchaîné Le 21 août 2016 à 14h02
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          Je ne suis pas d’accord avec vous sur le caractère Orwellien de l’expression “guerre humanitaire”.
          Car intervenir contre un état qui pratique une répression ou des crimes contre l’Humanité comporte un caractère humanitaire dans le sens où cela vise à limiter les dégâts, à court et à long terme (car ceux qui voudraient agir de même sauraient qu’ils sont menacés). Ca c’est dans la théorie (dont je ne suis pas spécialiste). Par exemple, intervenir contre l’Allemagne nazie comporte un caractère humanitaire.

          Cette expression employée à postériori pour une guerre comme celle de Lybie dont on peut légitimement s’interroger sur les véritables bénéfices (ce qui ne veut pas dire que si cette guerre n’avait pas été menée, la situation serait stable et maîtrisée), ne pourrait même pas être caractérisée d’Orwellienne, puisque les conséquences anti-humanitaires n’étaient pas connues à priori.


          • RGT Le 22 août 2016 à 17h05
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            intervenir contre un état qui pratique une répression ou des crimes contre l’Humanité comporte un caractère humanitaire dans le sens où cela vise à limiter les dégâts, à court et à long terme

            Tous les états fortement centralisés pratiquent la répression et des crimes contre l’humanité !

            C’est une nécessité pour tous les états composés de populations différentes (même de peu, ex: la France) afin d’éviter un éclatement de régions.

            Quel est le point commun entre un marseillais et un breton ?
            En dehors de la langue et d’une certaine “culture” (enseignées au forceps) je n’en vois pas trop.

            Et les dirigeants, au nom du “Salut de la Nation” n’hésitent pas à commettre quelques “barbouseries” qui mériteraient une condamnation unanime devant un tribunal réellement indépendant chargé de punir tous les crimes d’état.

            Sans compter les états qui “s’amusent” à foutre le bordel chez leurs voisins pour en retirer un quelconque avantage.


            • RGT Le 22 août 2016 à 17h12
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              Les “États Voyous” sont toujours ceux qui ne vont pas dans l’intérêt de “nos oligarques à nous”.

              Le meilleur exemple est bien Saddam Hussein : Tant qu’il achetait de l’armement occidental et qu’il menait une guerre “utile” contre l’Iran il était encensé, et le jour où, pour d’autres raisons bien plus justifiées (recherchez pétrole, dette) il s’en est pris au Koweit (largement pire que l’Iran sur le plan “démocratique”) il est devenu un tyran sanguinaire qu’il fallait abattre.

              Quand une immense campagne de presse soutenue par de nombreuses ONG de ploutocrates notoires se met d’un seul coup à fustiger un ancien “Grand Ami” tout le monde retourne sa veste et se retrouve d’un coup avec une amnésie subite sur les éloges passées.

              Tous les hommes sont égaux, mais si on est noir et pauvre c’est mal barré… Surtout dans la plus exemplaire démocratie du monde.


        • Prométhée Enchaîné Le 21 août 2016 à 14h03
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          Tout cela est dit indépendamment de savoir si ce type de guerre est légitime.


    • Morane duranton Le 20 août 2016 à 12h25
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      Bel article de Margot Kidder, qui interpelle clairement sur les dérives de ce pays…et qui font froid dans le dos, même si nous sommes bien informés, cette piqure de rappel n’est pas faite pour nous rassurer…


    • Etiocle Le 20 août 2016 à 12h42
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      “Des valeurs qui mettent en avant les libertés individuelles” ne pourraient être que négatives sans définir les libertés individuelles. Autrement dit, un État, l’organisation formelle de la vie collective, ne peut préserver la liberté individuelle que par des normes négatives sans dire ce que doivent être les libertés individuelles à moins de vider la liberté individuelle de son sens.
      Du coup, on peut soupçonner les E.U. voire l’U.E. de définir la liberté individuelle (l’humanité) et de vouloir l’imposer au reste du monde.
      Autrement dit encore, la liberté ne se définit pas de l’extérieur. Elle est le fruit de la réflexion conduite par chacun. L’État ne peut qu’édicter des règles communes, qui permettent à la communauté de se maintenir et de fonctionner.A ce titre, il est normatif et, à ce titre également, il veille à l’indépendance de la communauté et préserve par conséquent la liberté des individus. Sauf si l’État est accaparé par des intérêts individuels.


      • Jusdorange Le 21 août 2016 à 08h29
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        Des normes négatives individualistes consisteraient à dire : au nom de l’individu, le collectif n’a pas (formulation négative) le droit de faire X ou Y, comme s’accaparer une propriété privée, ou interdire un discours.

        On peut aussi qualifier de négative les normes collectivistes : au nom du collectif, l’individu n’a pas le droit de faire X ou Y, comme avoir une propriété privée, ou tenir tel discours.

        En ce sens, les deux systèmes de valeurs peuvent soutenir une politique impériale.

        Selon moi, une norme fonctionne comme les barrières d’une autoroute : elles empêchent les dépassements (négatif) , en vue de fournir un chemin, en vue d’un objectif (positif).

        Une loi contre le blasphème empêche (négatif) , dans le but de voir la société se rapprocher d’un idéal divin (positif).

        Avec une norme individualiste, par exemple le droit à la liberté d’expression que le collectif ne peut pas limiter (négatif), l’objectif positif, le chemin que la norme trace, est la recherche de la vérité.


        • Etiocle Le 21 août 2016 à 09h55
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          Selon moi, il ne peut y avoir de “normes individualistes” mais individuelles, celles que chacun se donne (ce sont alors plutôt des “règles” de conduite). Et préciser qu’une norme est définie par une instance (un collectif), une autorité, qui prescrit un comportement normal, orthodoxe (“d’équerre” pour reprendre le sens étymologique de “norma”).
          Le collectif ne peut parler “au nom de l’individu” par définition, sauf à titre d’effet d’annonce ou de propagande pour se substituer précisément à l’individu et le déposséder de son individualité. Par contre, le collectif édicte les normes si les individus veulent rester dans le groupe, la collectivité, et entretenir le savoir vivre ensemble.
          En résumé : la norme définit négativement la liberté individuelle, elle ne dit pas ce qu’elle est doit être ; il revient à chacun de le dire.
          On peut aussi considérer que préserver la liberté d’expression n’est pas “individualiste” mais avantageux pour la collectivité en termes de dynamique, de créativité, de paix… profitable à et pour tous.


    • vincent Le 20 août 2016 à 21h06
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      C’est bien comme elle traduit toute ma pensée envers ce pays de dégénéré que sont les USA, quand je me suis intéressé à l’histoire des indiens, et quand je vois le désastre qu’ils commettent, on est en présence ici d’un enfant en bas âge qui se trouve être roi, et qui tout au long de son histoire a manqué d’avoir un adversaire plus fort que lui à vaincre, Des mexicains trop divisés pour tenir tête aux USA des Canadiens trop laissés faire de leur voisin, et des indiens qui n’avaient ni les armes ni la volonté de lutter contre les vagues d’immigré blanc qu’ils ont pourtant accueillie.

      Tous les autres pays du monde ont dût se mesurer à leurs voisins, accepter les défaites, les négociations, en un sens apprendre la prudence l’humilité, le bon sens.

      Mais pour un pays qui est née directement dans la liberté, sans l’avoir ni cultiver, ni même compris ce que liberté signifiait, on se retrouve avec une entité qui s’estime en droit de tout prendre et ne rien redevoir.

      Mais ce pays va s’autodétruire, dans une des revues de presse du Blog, un article faisait un état des lieux des USA, c’était un économiste américain l’auteur, et sa conclusion était que les USA ne disparaîtrons pas par une menace extérieur, mais ils se détruiront eux même. 30% d’obèse, une bonne partie de la population shooté aux médicament, des millions de pauvres.

      Aucune société ne dure ainsi.


  6. FracoisG Le 20 août 2016 à 04h26
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    “nous autres européens perdons de vue la dimension spirituelle de la vie humaine pour n’en retenir que la dimension proprement matérielle”

    Franchement, pourquoi vouloir imposer une dimension spirituelle à la vie à tout prix? Pourquoi imposer cette dimension spirituelle qui dans l’histoire à déjà fait tant de dégâts? N’est ce pas assez?

    «Nous crevons d’être sans légende, sans mystère, sans grandeur».

    “Nous”, en tant que entité, nation,système.
    Combien de vies sacrifiées, combien ont crevé pour la légende, le mystère, la grandeur, le spirituel, le système et le système qui veut s’imposer sur l’autre système ?
    Je ne veux pas crever pour la legende, je veux vivre. Et je vis très bien sans légende, sans spirituel et s’il le faut, sans grandeur.

    Entre la spiritualité de Poutine et la spiritualité US, aucune des deux. Non merci.

    Une vie sans spiritualité me convient.


    • EchoGMT7 Le 20 août 2016 à 06h50
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      Bonjour FracoisG,

      C’est vrai après tout : à quoi bon enterrer ou brûler nos morts?

      Jetons les aux ordures et basta!

      Faut-il vous rappeler que la spiritualité débute chez l’Homme (et la Femme) avec des “détails” aussi triviaux?


      • Sylvie Rabatel Le 20 août 2016 à 10h37
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        Non EchoGMT7, il ne faut pas confondre amour et respect avec spiritualité.
        Il faut pour cela définir le terme spiritualité : ce n’est qu’un autre terme pour croyances et religion….


        • Roman Garev Le 20 août 2016 à 10h46
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          Alors on a en tête des notions tout à fait différentes de la spiritualité, en Russie et en Occident.
          Le mot russe “духовность” n’est traduit en français par cette “spiritualité” que faute du terme approprié. En fait il désigne une notion de loin plus large et plus profonde que vous ne l’imaginez, faute d’exemples dans la société occidentale.


        • PierreH Le 20 août 2016 à 14h37
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          Il me semble que vous confondez vous aussi, sauf votre respect…
          La spiritualité n’est pas un synonyme de croyances et est liée à la religion telle que nous la concevons principalement chez nous où l’institution de l’église catholique s’est imposé très fort politiquement. Que celà vous plaise ou pas, un certain nombre de traditions spirituelles fixent des valeurs telle la compassion comme des objectifs centraux à atteindre. Vous n’avez pas à y adhérer pour faire de la compassion une valeur que vous souhaiter développer, mais réduire celà à une croyance mystique, c’est un peu fort de café…

          Je vous conseillerais donc, personnellement, à vous et FrancoisG, de ne pas confondre les traditions spirituelles originelles (souvent développées et pratiquées par des gens relativement démunis et assez peu “oppresseurs”) et l’utilisation qui en est faite par les insitutions qui s’en réclament (églises chrétiennes, immams, Mohammed dans sa période guerrière, la bureaucratie chinoise avec le confuciannisme, les exemples sont légions…).
          N’en déplaise à Poutine ou d’autres, la spiritualité ne s’est d’ailleurs jamais réduite à une vision commune du monde que le groupe vous force à adopter mais comporte toujours une part de chemin personnel pour lequel il faut etre capable de faire un travail sur soi-meme (en terme de lucidité, pour commencer).


          • Roman Garev Le 20 août 2016 à 17h38
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            Vous parlez de votre notion de spiritualité à vous, moi je parle de la “doukhovnost” russe. On ne se comprendra jamais, n’en déplaise à vous.


      • Robin Roland Le 20 août 2016 à 19h15
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        Je dois donc être une des seules personnes au monde qui se foute royalement de ce que va devenir son cadavre et espère que les autres pensent de même ?

        Quand j’évoque l’idée selon laquelle cette construction de matière et d’énergie qui est mon corps – et selon moi mon esprit -, sera finalement trop vieille et déstructurée (morte) pour fonctionner, et que je considère au final que si je ne suis plus conscient et que je ne le redeviendrais jamais, peu importe ce que devient ma dépouille ?

        Je pense sincèrement que le sacré et spirituel, au sens large des termes, sont des constructions psychologiques érigées par l’instinct. Les découvertes toujours plus nombreuses et journalières de la science, et les raisonnements philoso-scientifiques qui en découlent prouvent chaque jour que les notions arbitraires de sainteté, de propreté, que les phobies et le respect ne s’appliquent jamais selon ce que la logique dicterait. D’ailleurs, quelle logique dans la sainteté des religions du livre, qui tente de sacraliser ce qui peut être nuisible à la survie de notre espèce, et qui réduit notre corps à l’état d’un objet impur… ce corps fruit de tant d’années d’une évolution cosmique et terrestre qui pourtant le rend beau.

        Ces codes se dressent comparables à un héritage Darwinien, si ce n’est pas l’évolution elle-même qui les dicte. L’évolution selon moi, consistera à se débarrasser de ces bagages biologiques qu’elle a elle-même invoqué quoi qu’on en dise, pour autant que la survie de l’espèce et son bien-être soient perpétués.

        Ce qui me gêne dans l’idéologie néo-libérale, c’est qu’elle fait abstraction de notre survie, et n’attache de valeur qu’au bien-être, mais je m’accommode de son laxisme spirituel avec bonheur.


    • Derek Le 20 août 2016 à 07h12
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      100% d’accord avec vous.
      L’analyse de M.Slama semble juste: la Russie est sur un terrain idéologique et cherche à s’opposer à l’exceptionnalisme américain, sans nécessairement de visée expansionniste. Là où je coince franchement, c’est quand il soutient assez explicitement la thèse de Poutine comme quoi la tradition, la spiritualité et la communauté sont plus importantes que l’émancipation individuelle. Ce genre de vision liberticide ne peut pas constituer un progrès, on a déjà vu ce que ca donnait.
      En plus, c’est particulièrement inefficace du point de vue économique: favoriser l’initiative individuelle permettrait sans doute à la Russie d’évoluer vers autre chose qu’une économie reposant uniquement sur les matières premières. Je ne peux pas m’empêcher de penser que l’activisme de Poutine au plan international lui sert à occulter les immenses difficultés économiques que la baisse du prix du pétrole génère.


      • ARDUS Le 20 août 2016 à 11h59
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        Tradition, spiritualité et communauté peuvent constituer le cadre d’exercice des libertés individuelles, comme elles l’ont d’ailleur fait dans tout les pays occidentaux jusqu’à l’avènement du nouvel ordre mondial.


      • Prométhée Enchaîné Le 20 août 2016 à 13h10
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        C’est oublier bien vite les enjeux économiques et énergétiques… Les relations entre la Russie et les occidentaux ont été chaotiques. Dans un premier temps, Poutine s’est rapproché de ces derniers, qui ont aussi fermé les yeux sur certaines choses, je pense à la Tchétchénie notamment, mais pas que. Il semble que la première dégradation des relations surviennent à partir du cinquième élargissement de l’Union Européenne, suite à laquelle diverses pressions commerciales sont exercées vis-à-vis de certains de ces nouveaux adhérents.

        Pour faire vite, l’Union Européenne, jusqu’alors divisée dans ses rapports avec la Russie, a fini par faire front commun, notamment à cause des enjeux énergétiques et probablement aussi dans la nécessité de faire évoluer l’Union vers plus de solidarité.

        Pour Poutine, il semblerait qu’il était confronté à des difficultés économiques du fait du peu d’investissements internationaux dans son pays, et que cela ne serait pas étranger non plus à ses pressions commerciales et énergétiques. Et pour rappel, la Russie n’a intégré l’OMC qu’en 2012, et ne s’est pas plus conformée à ses règles par la suite.

        Voilà, ce sont des pistes diverses pour comprendre l’accumulation des tensions.

        Je mentionne une piste supplémentaire pour nuancer la progression du conflit : le “reset” diplomatique à l’initiative d’Hillary Clinton, en 2009.


        • Roman Garev Le 20 août 2016 à 17h00
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          Il est fort difficile de trouver dans ce commentaire le moindre rapport avec le sujet de l’article. Et cette Tchétchénie toujours qui semble devenir une obsession…


          • Prométhée Enchaîné Le 20 août 2016 à 19h10
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            Je vous aide : l’article aborde les relations Russie vs Occidentaux du seul point de vue de l’idéologie. “C’est oublier bien vite les enjeux économiques et énergétiques… Les relations entre la Russie et les occidentaux ont été” etc.

            Pour la Tchétchénie, j’évoque une fois de plus le fait que les occidentaux, bien qu’en désaccord avec les méthodes, ont fait profil bas.


    • FifiBrind_acier Le 20 août 2016 à 07h21
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      FracoisG
      Parce que derrière la spiritualité, il y les valeurs communes qui soudent un peuple, et que les peuples soudés, c’est pas bon du tout pour le business mondialisé….

      [modéré]


    • jp Le 20 août 2016 à 08h31
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      si on dénie ce que Soljenitsyne appelle “étincelle divine”, si on dénie ce que vous appelez spiritualité, on accepte facilement que des pauvres vendent leur reins, leur sang et que des pauvresses “louent” leur utérus, bref que les corps humains soient vendus en pièces détachées comme des marchandises.
      Je dis ça et je suis athée.


    • Téji Le 20 août 2016 à 08h36
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      FracoisG, vous dites :
      “Franchement, pourquoi vouloir imposer une dimension spirituelle à la vie à tout prix? Pourquoi imposer cette dimension spirituelle qui dans l’histoire à déjà fait tant de dégâts? N’est ce pas assez?”
      SI vous ôtez à l’homme sa dimension spirituelle, que reste-il ?
      Je crains que vous ne fassiez pas de différence entre spiritualité et religion, et c’est là une erreur où je vois la trace de notre histoire chrétienne. Voir la définition de spiritualité par Wikipedia (pas une référence absolue, certes !).
      Si l’on reprend celle que donne André Comte-Sponville dans son ‘esprit de l’athéisme’, la spiritualité est cette part de nous qui tend vers l’absolu et l’infini.
      On peut voir dans son absence, au premier chef, une marque de matérialisme que je pense, comme d’autres, issue du rejet du catholicisme, et comme avec le bébé et l’eau du bain, de la spiritualité. Reste un grand vide dans lequel en particulier nous, occidentaux, ne savons plus que faire…
      Une autre marque me semble être l’individualisme forcené de notre modèle basé sur la confrontation plutôt que l’entr’aide : d’où un manque quasi total d’humilité, qui nous incite à nous croire les meilleurs, les élus, et autres fadaises, non seulement vis à vis du voisin, mais aussi des autres peuples et nations, et de la nature entière…


      • ARDUS Le 20 août 2016 à 12h04
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        J’allais le dire, il y a bien sûr une spiritualité athée que Poutine ne néglige d’ailleurs pas non plus quand il exhalte le sentiment national russe en dehors de toute référence à la religion.


    • Vadim de Chevreuse Le 20 août 2016 à 10h14
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      Vous avez bien résumé la philosophie qui domine en Europe aujourd’hui. Vous assumez votre individualisme et revindiquez votre droit de vivre sans spiritualité. Ce principe est parfaitement défendable et compréhensible pour ce qui vous concerne personnellement, mais ne peut assurer l’avenir et le développement harmonieux, en générations, de la société humaine, d’un peuple, d’une société, d’un pays. Vous defendez votre droit individuel pour le foutisme décomplexé; Poutine songe à l’avenir et aux destins de son peuple.


    • TuYolPol Le 20 août 2016 à 12h18
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      Je ne suis pas sûr qu’un humain ait le choix : émotion, amour, nostalgie, sentiments, se nourrissent et nourrissent le sens du sacré. La source d’énergie à la fois la plus nécessaire et la plus ambivalente selon son élévation. La révolte contre la manipulation communautaire hostile, presque toujours une déviance découlant de conflits d’intérêts géopolitiques, ne conduit pas nécessairement au rejet exagéré (et peut-être même illusoire) de la spiritualité.
      L’émancipation est aussi une spiritualité choisie, qui fait la part de la pression sociale et de préférences profondes et éthiques.


    • Ratchdamri Le 20 août 2016 à 14h32
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      La dimension spirituelle ne s’impose pas de l’extérieur. On ne peut pas ordonner à quelqu’un d’être spirituel, ou plutôt d’avoir une vie spirituel. Pour certaines personnes c’est un besoin tout simplement. Il est beaucoup plus facile et agréable de vivre sans cette dimension, car elle est assez contraignante et exige de prendre de la distance avec sa nature égocentrique. L’histoire de l’Eglise orientale est assez différente de l’Eglise occidentale (catholique comme protestante). Les Églises Orthodoxes n’ont jamais organisé des croisades, ni de guerres de religion, ni de chasse aux sorcières.
      Peu de russes se poseront une question en termes de “dégâts” causés par la spiritualité, car même si on cherche bien, et ben dans l’histoire du monde Orthodoxe on n’en trouve pas.


  7. Pierre Bacara Le 20 août 2016 à 04h32
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    L’OCCIDENT, POUTINE ET… LA RUSSIE

    Je rentre d’un déplacement d’un mois en Russie avec des nuits de quatre heures sommeil. Tout ce que je puis dire à chaud en lisant ce billet, c’est que l’analyse de M. Slama correspond à la réalité ; ou tout au moins à une réalité ; car l’Occident considère un peut vite que la Russie, c’est Poutine. Or, en Russie, il y a cent cinquante millions d’habitants.

    Ce qui signifie concrètement : même si une écrasante majorité de Russes se reconnaissent en leur président au point de vue moral, il existe, à l’intérieur de ce pays, le plus vaste du monde, des gens qui ne l’aiment pas parce qu’il dérange leurs petites traditions de “business” occulte héritées des féodalités soviétiques. Et ça, pour Poutine, c’est un véritable boulet contrel lequel même le président russe n’est pas certain de gagner ; mais l’animal n’a pas dit son dernier mot.

    (Je ne mentionne évidemment pas la toussovka “libérale” moscovo-saint-pétersbourgeoise : ce n’est pas elle qui pose problème à Poutine, pour qui elle n’est qu’un cil occasionnellement coincé dans l’oeil).


    • Annouchka Le 20 août 2016 à 09h49
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      “L’analyse de Slama correspond à la réalité”
      A la réalité des discours de Poutine, certainement.
      A la réalité de la société russe, c’est moins sur. Je suis un peu dubitative concernant les passages sur la “spiritualité”. Il me semble que Poutine, comme beaucoup de dirigeants, instrumentalise la religion et la référence à une spiritualité traditionnelle. Ce faisant, il agite aux yeux des Russes le chiffon rouge de la décadence morale (incarnée en Russie de maniere traditionnelle par l’Occident, et ce, depuis l’epoque des Tsars).
      Je vis à Moscou depuis 5 ans et franchement je ne vois pas beaucoup plus de spiritualité qu’à Paris dans les centres commerciaux, les talk-show débiles à la télé ou la frénésie de loisirs et de consommation de la classe moyenne.
      Les églises paraissent un peu plus pleines qu’en France, mais les sondages parlent de 5% des orthodoxes russes réellement pratiquants (et beaucoup de russes sont soit d’une autre confession soit meme pas baptisés). C’est moins qu’en France il me semble.


      • Roman Garev Le 20 août 2016 à 10h26
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        Moscou et les moscovites actuels (attirés en foules par l’odeur du fric facile de toutes les contrées pour faire sa carrière coûte que coûte, en abandonnant dans l’oubli et dans la misère leurs parents dans quelque village ou bourg sibérien ou ukrainien) ne représentent en aucun cas la Russie.
        Je dirais même qu’ils seraient ses antipodes.
        Classe moyenne, vous dites ? Cette bande irrésponsable de managers dans les centaines de banques créées par des oligarques et des bandits (ce qui revient d’ailleurs au même) pour mener leurs opérations clandestines, de domesticité nombreuse de ces mêmes oligarques et bureaucrates (coiffeurs de chiens, services privés de sécurité et j’en passe), est-ce cela, la classe moyenne ? C’est plutot une classe parasitique qui s’en moque de spiritualité et ne jure que par le fric et la bagnole de luxe. Une écume méprisée de la société.


        • Annouchka Le 20 août 2016 à 11h00
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          Moscou, c’est quand même plus de 10 millions d’habitants. Tous, loin s’en faut ne ressemblent pas au portrait que vous en faites.
          Et puis, oui, il y a une classe moyenne en Russie – composés de salariés qui travaillent durement pour beaucoup et qui n’ont aucun liens avec les mafieux que vous décrivez.
          Certes, dès que l’on s’éloigne un peu des grands centres de Russie occidentale, ce qui saute au yeux c’est plutot la misère des infrastructures publiques (je suis allée récemment dans un hôpital en Altai pour faire soigner une blessure de mon fils, franchement, j’ai eu très tres peur) et on est souvent sidéré quand les gens vous avouent le montant dérisoire de leurs salaires.
          Mais là comme à comme à Moscou, c’est plus le désir de consommation que la soif de spiritualité qui règne.


          • Ratchdamri Le 20 août 2016 à 14h53
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            Comment est-il possible d’affirmer cela ? Avez-vous abordé ce sujet avec des différentes personnes ? Avec des prêtres Orthodoxes ? Avez-vous une idée comment se porte la spiritualité chez les jeunes, par exemple à l’université de Moscou? Mon constat diffère du votre. Il y a beaucoup de jeunes dans les églises, des familles avec des enfants, et c’est un phénomène récent. 70% de la population russe se déclare orthodoxe. Mais rentrer dans l’Eglise est un processus long et demande une réflexion et travail sur soi-même, les gens y viennent lentement . Donc l’écart entre 5 et 70% s’explique surtout par le fait que les gens manquent de connaissances sur le fonctionnement de l’Eglise, et non de spiritualité. La plupart des gens vous diront qu’ils portent “Dieux dans leur âme “, et qu’ils ne voient pas pourquoi venir à l’Eglise. Mais vous entendrez rarement un discours anti-religieux et anti-clerical comme en France. La dynamique en Russie va dans le sens inverse de celle de l’Occident.


            • Annouchka Le 20 août 2016 à 18h31
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              Les gens en Russie sont globalement moins anti-chretien qu’en Europe occidentale, c’est un fait.
              Mais etre anti-chretien ne veut pas dire automatiquement que l’on refuse toute spiritualité.
              Je suis d’accord avec vous : faible pratique religieuse ne veux pas dire faible désir de spiritualité. Cependant, il y a un gouffre entre croire en Dieu (“sentir Dieu dans son âme” comme vous dites) et mettre en cohérence son mode de vie avec ses croyances, ce qui pour moi est le véritable critère de la vie spirituelle.
              D’autre part, je trouve votre remarque concernant l’avis demandé ou non à un prêtre orthodoxe un peu déplacée. Les prêtres sont des hommes comme les autres, ils n’ont pas la science infuse, juste un peu plus d’experience et de connaissances en matière de religion.


          • Roman Garev Le 20 août 2016 à 17h31
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            On peut vivre toute sa vie à Moscou et n’y comprendre rien, sauf le cercle proche et infiniment étroit de ses connaissances. Qu’en savez-vous de :
            1) la multitude de fonctionnaires de tous les niveaux, du fédéral au municipal, des ministères ;
            2) des milliers et des milliers d’établissements privés au fonctionnement obscur tels que des banques, de compagnies de consulting, d’assurance ;
            3) l’océan de ceux qui travaillent dans le secteur de loisir pour des riches ;
            4) la forêt de services de sécurité privés…
            …et j’en passe. À y ajouter les membres de leurs familles (les femmes ne travaillent presque jamais).
            Toute cette camarille n’aspire qu’à garder l’ordre “libéral” des choses et consommer, consommer, consommer à l’infini. Ils ne s’apercevront même d’un Obama comme président au Kremlin.
            Les millions de ceux qui travaillent vraiment à Moscou (dans le bâtiment, dans la structure sophistiquée de la ville, dans le transport) sont à 95% des non-moscovites, des non-russes (des citoyens d’autres pays). Ils n’ont d’autre aspiration que gagner péniblement leur vie et celle de leurs familles restées loin de Moscou.
            On pourrait apprécier votre expérience si vous habitiez un village quelconque. Mais si vous habitez Moscou, tout dépend de ce que vous y faites là, dans quelle maison habitez-vous, que fait votre mari, etc. Dans tous les cas ce sera votre propre petite expérience qui ne signifie rien du tout.


            • Annouchka Le 20 août 2016 à 18h19
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              @ Roman Garev
              “”ma petite expérience qui ne signifie rien du tout”… Je pourrais vous retourner le compliment cher monsieur… Et vous qu’en savez vous? Vivez vous dans un ce ces villages perdus russes qui selon vous constituent la clé de vérité?
              Je voulais simplement souligner le fait que les gens que je rencontre à Moscou ne different pas beaucoup de ceux que l’on peut rencontrer à Paris sur la question de la spiritualité.
              D’autre part, je vous signale que le constat que vous faites au sujet des “larbins” des mafieux et autres fonctionnaires corrompus pourrait aussi décrire la situation en Europe ou la plupart des gens travaillent pour des entreprises multinationales corrompues, corruptrices et criminelles… Car ils n’ont pas le choix, il faut bien manger.


          • Pierre Bacara Le 20 août 2016 à 18h30
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            Classe moyenne russe

            oui, il y a une classe moyenne en Russie – composés de salariés qui travaillent durement pour beaucoup et qui n’ont aucun liens avec les mafieux que vous décrivez.

            Absolument. Personnellement, je l’ai vue progressivement apparaître, disons, vers le milieu de la décennie 2000, avec un creux provisoire mais très douloureux à la suite de l’éclatement, en 2008, de la crise actuelle. Au passage, cette période a correspondu à une chute de popularité de Poutine, à qui les Russes ont reproché à l’époque de ne pas avoir vu arriver le coup.

            Aujourd’hui, à Moscou, la classe moyenne est nombreuse, active et, comme vous le dites, “travaille durement“.


          • Pierre Bacara Le 20 août 2016 à 18h53
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            La santé en Russie

            (je suis allée récemment dans un hôpital en Altai pour faire soigner une blessure de mon fils, franchement, j’ai eu très tres peur)

            Le problème de la santé en Russie est réel (pas seulement en Russie, d’ailleurs, mais c’est une autre histoire). Il semble bien que la meilleure solution, pour le patient lambda, consiste à réaliser un mix public-privé. En Russie, le privé est très cher mais efficace ; le public est lourd mais bon marché. La solution : effectuer les examens de routine dans le public pour pas cher mais effectuer les opérations plus tordues dans le privé. Cela permet d’éviter les mauvaises surprises en faisant des économies. Hélas pour les plus pauvres, une telle combinaison reste inabordable. C’est un vrai problème.


          • Pierre Bacara Le 20 août 2016 à 19h05
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            La mafia

            […]les mafieux que vous décrivez […]

            Sous Ieltsine et au début des années 2000, la mafia était omniprésente. Les Mercedes blindées à vitres fumées roulaient à cent vingt à l’heure sans s’arrêter aux feux rouges. On croisait des limousines de dix mètres de long. La nuit, la mafia s’encanaillait dans des bars branchés où l’on pouvait même voir des lions vivants. Les petits “kiosk“, ces barraquements de style provisoire bâtis sur les trottoirs, et qui vendaient du savon, de l’eau, des biscuits, de la bière et des cigarettes, étaient rackettés et même terrorisés par la mafia tchétchène. Il était impossible de créer une entreprise sans avoir un “toit”, un protecteur mafieux.

            Les temps ont changé. Les limousines et les Mercedes blindées ont disparu pour laisser la place aux mêmes hordes de voitures coréennes ou françaises qu’à Paris. Poutine a “dégagé” les kiosques. Il en reste une poignée, survivants d’un temps révolu. Les caïds du passé, naguère redoutés, son aujourd’hui “has been“, et l’époque des “toits” est terminée.


          • Ratchadamri Le 20 août 2016 à 21h05
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            Si vos conclusions se basent uniquement sur l’observation des centres commerciaux et le visionnage des programmes télé laïques (car ils existent plusieurs chaines TV dédiées aux sujets spirituels) je crains que votre opinion ne soit un peu superficielle.
            Je voudrais donc apporter des chiffres issues d’une étude d’opinion réalisée par VCIOM http://www.wciom.com Si vous faites une recherche sur la version russe de leur site dans la base des données avec le mot clé « православие », vous trouverez les résultats des études 2001 et 2013 sur la répartition des confessions en Russie (selon la déclaration des personnes interrogées).
            Ainsi selon les chiffres de 2013 77% se sont déclarés chrétiens orthodoxes, 2% – catholiques ou protestants, 6% – musulmans, 5% – comme vous avez dit croyant (déiste) sans religion, 6% athées, et 4% sans réponse.
            En 2001 « seulement » 53% des personnes interrogées se sont défini en tant que chrétien orthodoxe, et 24% ont répondu de ne pas être croyants. Donc on peut constater qu’en 12 ans il y a eu une évolution.
            Vous pouvez trouver une infographie concernant l’opinion publique russe vis-à-vis de l’église orthodoxe sur cette page
            http://wciom.ru/index.php?id=236&uid=114598
            Maintenant, effectivement ce chiffre de 77% nécessite un décodage, car une grande majorité de ces personnes sont croyants mais ne connaissent pas suffisamment les canons de leur religion (héritage de la période communiste), d’où le nombre beaucoup plus faible des pratiquants effectifs.


          • Ratchadamri Le 20 août 2016 à 21h35
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            “Je voulais simplement souligner le fait que les gens que je rencontre à Moscou ne different pas beaucoup de ceux que l’on peut rencontrer à Paris sur la question de la spiritualité.”

            Avez-vous expressément abordé ce sujet avec les personnes que vous avez rencontré ? C’est un sujet intime, et peu de russes (sauf des athées) vous livreront leurs vision spirituelle du monde lors d’une conversation de convenance. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’imagine pas une française aborder ses connaissance russes avec une question : “vous en êtes ou avec votre vie spirituelle” ? Mais si vous connaissez vraiment une ou deux personnes vous pouvez leur demander : est-ce que cela t’es déjà arrivé de t’adresser au Dieux quand tu étais vraiment dans le pétrin, et regardez ce qu’elles vous répondent.


            • Annouchka Le 20 août 2016 à 23h50
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              Ratchadamri,
              Vous n’ignorez sans doute pas que pour les Russes, se déclarer orthodoxe a d’abord une signification communautaire. Un exemple : la pratique du carême. Quand les gens commandent le menu Carême dans les restaurants pendant la période du grand Carême(pratique très répandue, quasiment tous les restaurants proposant un menu Carême pendant la période du Carême ), vous ne pourrez pas nier que cela relève, pour beaucoup, d’une volonté de respecter une tradition culturelle et plus rarement d’une vraie démarche spirituelle. En outre, certains respectent les directives alimentaires du carême un peu par superstition, en pensant que la religion ca se résume à du “donnant-donnant” avec la divinité ( j’ai à bien suivi les règles alimentaire du Carême, donc ensuite, quand je serai “dans le pétrin” (comme vous dites) je vais pouvoir légitimement demander à Dieu de m’aider… ) Ces personnes sont à des années lumières de l’esprit du Carême (dont le fondement doit être la prière et le don de soi sans en attendre de récompense).
              Certains diront que la superstition, c’est le début de la spiritualité. Peut-être.
              Quoiqu’il en soit, personnellement, je n’aime pas beaucoup les discours sur la prétendue “âme russe” naturellement “spirituelle”. Ça sonne à mes oreilles trop “nationaliste tendance raciste”.


      • Ratchdamri Le 20 août 2016 à 15h23
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        J’ai vécu la chute dé l’URSS a l’âge adulte, j’ai donc les souvenirs des deux modes de fonctionnement. Juste un exemple: à la “glorieuse” époque de Eltsine un flot immonde de pornographie était arrivé, les petits magasines noseabonds se vendaient à côté des chewing-gums et les cigarettes dans tout les kiosques. Avant il y avait moins de gens qui fumait, surtout moins de femmes, et les gens pensaient plus dans les catégories “amour” et “famille”, la mode du “sex libre” est aussi venu à cette époque, et si ce n’est pas de l’Occident alors je ne voit pas d’où cette mode est arrivée.


      • Pierre Bacara Le 20 août 2016 à 18h06
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        J’observe que la réalité de la société russe semble susciter un débat animé.

        Poutine […] instrumentalise la religion et la référence à une spiritualité traditionnelle“.

        En Russie, tout le monde sait que Poutine est un un homme pieux mais, même en Russie, peu de gens savent à quel point. Poutine n’instrumentalise pas (tout au moins dans le domaine spécifique de la foi). Il y croit sincèrement, c’est aussi simple que cela. Je comprends bien qu’en France, cela soit difficile à croire. C’est une simple question de choc culturel.

        Je ne vois pas beaucoup plus de spiritualité qu’à Paris dans les centres commerciaux […]

        A Moscou comme à Athènes ou dans la Bible Belt aux Etats-Unis, les gens ne vont pas acheter de l’huile et du beurre en brandissant des croix. La spiritualité est un phénomène intérieur qui ne clignote pas.

        Les églises paraissent un peu plus pleines qu’en France“.

        Je dirais même “pas plus peines qu’en France”, effectivement ; ce qui nous ramène au paragraphe précédent. En revanche, je vous invite très fortement à aller faire un petit tour à Serguiev Possad ET à sa source sainte de saint Serge de Radonej, si possible en plein mois de décembre. C’est à cent kilomotres seulement de Moscou. Voyez avec vos propres yeux et jugez par vous-même.


        • Annouchka Le 21 août 2016 à 08h27
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          “Les gens ne vont pas acheter de l’huile et du beurre en brandissant des croix”.
          Brandire des croix, c’est plutot un acte de gens qui partent en croisade – un acte politique, donc, tres éloigné de la spiritualité.
          On n’est pas non plus obligé d’acheter l’huile et le beurre dans les centres commerciaux, qui d’ailleurs proposent aussi tout un tas d’autres choses beaucoup plus superflues que l’huile et le beurre.
          Concernant Sergei Possad. Je vous remercie, j’y vais au moins une fois par an.
          Mais vous savez, en France, on peut aussi aller à Lourdes ou à la Salette, ça fait beaucoup d’effet aussi.


      • Pierre Bacara Le 20 août 2016 à 18h09
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        […] les talk-show débiles à la télé […]

        Auxquels faites-vous référence exactement ? Je souhaiterais le savoir car il me semble qu’il s’agit là d’une question essentielle qui pourrait beaucoup intéresser les Français et qui, à elle seule, pourrait faire l’objet d’un sujet ici même, avec noms et citations à l’appui.


        • Annouchka Le 21 août 2016 à 08h15
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          Il y en a plusieurs, mais je pensais surtout à пусть говорят


      • Ratchadamri Le 21 août 2016 à 11h44
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        “Quoiqu’il en soit, personnellement, je n’aime pas beaucoup les discours sur la prétendue “âme russe” naturellement “spirituelle”. Ça sonne à mes oreilles trop “nationaliste tendance raciste”. – Annouchka, je n’ai jamais affirmé cela
        Je vous lis, et je me rend compte, que vous savez très bien de quoi on parle. Je suis d’accord avec vous sur presque tout, et l’église russe fait le même constat que vous, en mettant bien un accent dans les cours de catéchisme sur le fait que la religion chrétienne est apolitique, anti-communautaire et antinationaliste. Je ne suis juste pas d’accord sur votre conclusion. Vous mettez la barre très haute et vos critères sont bons dans l’absolu mais ne peuvent pas s’appliqués à tout et chacun. La foi c’est un chemin, et il n’est pas approprié de juger de la même manière quelqu’un qui est au début et quelqu’un qui est dans l’église depuis longtemps et ne progresse pas. Et comme vous n’êtes pas en contact avec le milieu orthodoxe, je pense qu’une partie de puzzle vous manque pour vraiment faire votre opinion. Mais comme à priori cela ne vous intéresse pas, je ne vois pas comment vous pouvez voir de vos propres yeux ce de quoi je parle.


        • An boucha Le 21 août 2016 à 12h26
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          Je ne comprends pas bien la fin de votre message. Notamment “comme vous n’êtes pas en contact avec le monde orthodoxe”. Qu’en savez-vous? Mon mari et mes enfants sont orthodoxes. Mais peu importe, la question n’est pas la.
          Ce qui vous déplaît, c’est que je remette en cause le caractère authentiquement spirituel chrétien dans l’engouement des russes actuellement pour la religion orthodoxe.
          Et je persiste : il s’agit à mon avis d’un réflexe identitaire (qui pourrait s’avérer dangereux s’il était manipulé par des extrémistes nationalistes) qui ne traduit pas une subite passion pour les questions spirituelle. Pour la famille de mari, par exemple, cela n’a pas beaucoup d’importance que je me convertisse à l’orthodoxie, puisque je ne suis pas russe. C’est très révélateur, je trouve.


          • Ratchadamri Le 21 août 2016 à 14h43
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            J’ai eu l’impression que vous avez mal pris ma question concernant une éventuelle discussion avec un prêtre orthodoxe. J’entendais par là – une discussion hors contexte religieux, ça aurait pu être une connaissance ou un membre de famille, que sais-je. En tout cas une source d’information intéressante. Rien ne me “déplaît” dans votre position, mais votre affirmation est trop catégorique et vos arguments sont un peu extrêmes. Par ailleurs, je n’ai pas nié que l’aspect identitaire rentre en ligne de compte, mais vous affirmez que c’est la seule bonne explication, et là je ne suis pas d’accord. Sans parler de “subite passion pour les questions spirituelles” (c’est caricaturale comme expression, vous êtes d’accord?) il s’agit d’une sensibilité accrue qui peut se mesurer en dehors des résultats de l’étude déjà citée par un nombre accru des jeunes familles avec enfants présents régulièrement à l’église, une plus grande mixité entre hommes et femmes, quand avant le publique habituel des messes c’était des mamies et des femmes un peu bizarres au delà de quarantaine. Ce qu’on peu constater maintenant c’est le changement qualitatif des paroissiens, et c’est un signe très positif.


          • Ratchadamri Le 21 août 2016 à 15h11
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            Comme vous me parlez de votre famille, je vous parlerai aussi de la mienne, et je pense que notre expérience est assez semblable à celle d’un grand nombre de familles russes. Mes grands parents sont croyants, mes parents et mes oncles également, tout le monde a été baptisé en cachette, mais ils vont rarement à l’église, ne se confessent pas, et ne communient pas. Pourquoi ? Parce que grâce aux décennies de répressions communistes ils n’ont pas l’habitude, et ne savent pas comment faire, ils ont peur d’être ridicules et de poser trop de questions car au fond jusqu’à la période assez récente il y avait très peu d’information sur l’église, son fonctionnement, le sens des choses, des rites, des gestes. Est-ce que leurs foi était semblable à la superstition au départ ? Sans aucun doute, mais ça a évolué. Et à l’âge adulte il est très difficile de changer ses habitudes, c’est pour cela que dans les premières églises chrétiennes les périodes de préparation pouvaient durer quelques années, et c’est pour cela que vos critères ne peuvent pas s’appliquer à tout le monde. Pour certaines personnes même un petit pas est une avancée énorme. C’est l’évolution et la direction de cette évolution qui compte vraiment. En revanche, nier la possibilité d’une telle évolution sous pretexte que là ici et maintenant on ne voient pas les Saint Séraphins et les Saints Jeans de Kronshtadt arpenter les rues de Moscou c’est beaucoup trop pessimiste.


          • Ratchadamri Le 21 août 2016 à 15h43
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            “Et je persiste : il s’agit à mon avis d’un réflexe identitaire (qui pourrait s’avérer dangereux s’il était manipulé par des extrémistes nationalistes)”

            S’il vous plaît, vous n’êtes pas sérieuse quand même ? extrémistes nationalistes qui manipulent le sentiment d’attachement des gens à l’église orthodoxe ? Ce n’est pas cohérent. Le sentiment nationaliste, oui pourquoi pas. Les gens peuvent être manipulés parce que déjà au départ ils partagent des idées nationalistes, mais je ne vois pas de lien ici avec la religion. D’autant plus, que l’église entretient des relations officielles avec les représentants des autres cultes et très consciente de la nécessité d’une cohabitation apaisée, car contrairement à la France, pour certaines parties géographiques de la Russie l’Islam est la religion historique.
            Ce qui pourrait éventuellement déranger c’est le socle éducatif idéologique que le gouvernement essaient d’introduire : patriotisme, morale, orthodoxie. Sur notre terrain historique et culturel c’est assez pertinent. Et là effectivement on peut parler d’une sorte d’instrumentalisation. En France c’est Liberté, Egalité, Fraternité (et laïcité) chaque état cherche à construire un modèle de vie collective et de formater la manière de penser de ses citoyens d’une certaine façon.


            • Annouchka Le 21 août 2016 à 17h00
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              Je suis d’accord que la valorisation de l’orthodoxie qui est faite actuellement par le pouvoir russe n’a rien de “très méchant”.
              Mais en même temps, c’est un “terreau” sur lequel pourraient fleurir des conceptions beaucoup plus radicales – Celles de gens comme Dougine par exemple.
              D’où ma volonté de rendre à César ce qui est à César et de bien différencier aspirations spirituelles (qui préoccupent les Russes certes, mais également les autres peuples) et politique proprement dite. Quand Poutine dit que l’occident oublie la part spirituelle de l’homme, est trop matérialiste, etc., je trouve qu’il se mêle de questions qui ne devraient pas le concerner. C’est en ce sens que je trouve qu’il manipule la conscience des gens (en tant que chef d’état il jouit d’une grande autorité, donc il va forcément influencer les conceptions spirituelles des gens)
              Mais c’est sans doute un point de vue français.


            • Ratchadamri Le 21 août 2016 à 18h39
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              Concernant les idées de Douguine, les représentants de l’église orthodoxe communiquent assez souvent pour expliquer au moins à ceux qui veuillent l’entendre qu’il ne faut pas nourrir ce genre de fantaisies, et que l’enseignement chrétien est ailleurs. Mais il y a des microcosmes locaux qui gravitent par exemple autour de Rostov sur le Don, ou les habitants s’identifient aux Cosaques avec leurs traditions guerrières, ce qui est un peu ridicule car les vrais cosaques ont été soit déportés avec leurs familles et pourris dans les camps, soit se sont exilés avec l’armée de baron Vranguel. Donc c’est juste de la parade, les jeux de rôles. Au niveau du gouvernement cela ne passera jamais justement à cause des particularités multi-ethniques et multiconfessionnelles de la Russie. C’est vitale de ménager tout le monde , car la moindre frustration nationaliste pourrait être exploitée pour essayer d’éclater la Russie.
              Concernant le discours de Poutine je comprends votre réaction, ça a l’air moralisateur et probablement c’est sensé de flatter le sentiment national pour que les gens râlent moins à cause des sanctions.


  8. Didier Le 20 août 2016 à 05h29
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    En quoi moquer de manière vulgaire Jésus ou Mahomet est-il un progrès, une liberté nécessaire?

    Parce qu’au nom de Jésus, ou de Mahomet, ou Autre, des cohortes de prêtres, de mollahs, de rabbins, de scheiks, d’évêques et autres abbés ont oppressé de manière abjecte nos pères, nos mères, nos frères et sœurs durant des siècles, se mêlant de ce qu’ils pouvaient dire, penser, manger, ou croire, de leur manière de baiser ou de s’amuser; parce que la liberté de se moquer est une liberté fondamentale, comprise partout, sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures; parce que, comme le chantait Ferré, “n’oubliez jamais que la morale, c’est d’abord la morale des autres”.

    Vous voulez de la spiritualité? Retournez au panthéisme, à l’animisme qui avait au moins le mérite de voir le sacré dans toute chose, fut-ce la plus humble!


    • Annouchka Le 20 août 2016 à 09h35
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      Le panthéisme est l’animisme ont aussi leurs failles… Himmler etait un animiste sincère, on a vu ce que ça a donné.
      L’animisme a eu par le passé pour corolaire les sacrifices humains et le cannibalisme… Vu sous cet angle, le sacrifice de la cène le dimanche à la messe est un progrès, non?


      • jp Le 20 août 2016 à 10h18
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        bof, le christianisme n’a pas empêché le cannibalisme, justifié par la famine. Ex : en 1098 à Maara (1ère croisade), aux USA, à Jamestown en 1609/1610 et lors de l’expédition Donner en 18461/847.


        • Annouchka Le 20 août 2016 à 10h43
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          Quel excellent sophiste vous faites.
          On ne peut pas confondre le cannibalisme nutritif (en cas de famine ou meme par habitude culinaire comme dans certaines contrées africaines ou en Chine jusqu’à la fin du XIXe) et le cannibalisme liés à des rituels religieux.
          A ma connaissance d’ailleurs, le christianisme est la religion qui a le plus mis d’interdit sur la pratique de l’anthropophagie (en Chine, par exemple, il existe une pratique culturelle du cannibalisme – qui a d’ailleurs pris des proportions apocalyptiques lors de la révolution culturelle)


    • Ratchdamri Le 20 août 2016 à 15h08
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      Justement, c’est drôle ce que vous dites, maintenant c’est la télé et les médias qui imposent la manière de penser, consommer, manger, dire et croire. Il y a toujours quelqu’un qui est prêt à penser à la place des autres.


  9. FifiBrind_acier Le 20 août 2016 à 07h28
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    Didier,
    Quoi que l’on pense des religions, la pensée unique occidentale ne correspond pas un monde multipolaire, il va falloir se faire une raison …

    Xavier Moreau dans un autre entretien explique comment la Russie, multiethnique et multiconfessionnelle peut devenir un modèle alternatif au modèle américain.
    https://www.youtube.com/watch?v=obXqrMj6Srs


  10. tocquelin Le 20 août 2016 à 08h06
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    il suffit de lire les discours de Poutine pour comprendre que l’homme est un géant intellectuellement à coté de nos nains occidentaux
    en attendant ça commence à chauffer un peu partout ,les perspectives américaines(avec l’élection
    avec l’élection d’une ou d’un président (e) psychopathe) étant foncièrement négatives L’élection de la Mégère nous rapprochera dangereusement de l’apocalypse nucléaire
    voir:les chroniques du grand jeu


  11. sergeat Le 20 août 2016 à 08h16
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    Tout simplement je préfère les grands espaces remplis de légendes naïves et les villes ou l’on met des fleurs devant les statues de Pouchkine au bouffeurs de macadam dont les villes ne sont que des supermarchés du superflu.
    L’exceptionnalisme américain n’est qu’un leure pour soumetre le monde.Le méssianisme russe est russe.


  12. kellnthi Le 20 août 2016 à 08h29
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    Article très intéressant mais détail agaçant concernant “l’amitié” de Melenchon pour Poutine. Je n’ai jamais lu dans le blog de jlm qu’ils étaient amis mais plutôt des réflexions sur l’apaisement des relations entre l’europe et la russie et l’arrêt du suivisme systématique des europeens sur les américains à ce sujet.
    Mais à la vue des noms Guaino et Fillon je comprends mieux…


    • Ari Le 20 août 2016 à 16h02
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      Tout à fait, et à la vue de ces même noms, on comprend mieux aussi la confusion entre la liberté individuelle et la liberté, pour quelques uns seulement, de piller tous les autres.
      La liberté individuelle pas pour tout le monde quoi !


  13. Etiocle Le 20 août 2016 à 08h42
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    Ou l’individu souverain ou une souveraineté construite avec les autres (présents ou passés, parfois contre les autres mais toujours grâce à eux finalement), ou le privé ou le public, ou la vie individuelle ou la vie de l’espèce, ou une pensée linéaire ou une pensée dialectique, ou une intelligence pour prendre ou une intelligence pour comprendre…. la liste est longue. Le choix est là.


  14. Nerouiev Le 20 août 2016 à 08h57
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    Un groupe folklorique du Sud Ouest “Nadau” qui vient de Noël en patois, est passé trois fois à l’Olympia avec un gigantesque succès dans une ambiance des plus chaudes et conviviale entre spectateurs. Pourquoi ?


  15. ARDUS Le 20 août 2016 à 08h57
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    Excellentissime réflexion de Pascal Boniface sur les fondements idéologiques de l’opposition Russie / Empire. Il n’est pas certain cependant que le vote Mélenchon procèderait d’un anti-américanisme primaire tandis que l’influence de Le Pen renverrait à une aspiration plus profonde du peuple à recouvrer sa souveraineté. Il y a dans l’électorat de Mélenchon un courant politique d’inspiration républicaine / nationale très loin d’être négligeable qui trouve ses origines dans la Grande Révolution (Valmy). Il est idéologiquement enseveli par l’expression des mondialistes de gauche mais n’en existe pas moins, au point d’être parvenu à instaurer un débat sur l’euro-béatitude. La position de Mélenchon sur l’action de Poutine en Syrie dans l’émission de Ruquier n’est pas faite que d’anti-américanisme.


    • Annouchka Le 20 août 2016 à 12h24
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      Sans compter que Poutine a un avis nuancé sur le communisme et l’URSS (qui correspond à la sensibilité de l’opinion en Russie) ce qui contribue certainement à ce que Mélanchon se sente en phase avec lui


      • Pierre Bacara Le 20 août 2016 à 18h14
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        […] Poutine a un avis nuancé sur le communisme et l’URSS […]

        C’est un euphémisme : “Celui qui ne regrette pas l’Union soviétique n’a pas de coeur, et celui qui la regrette n’a pas de cerveau“. (Poutine)


  16. pucciarelli Le 20 août 2016 à 09h03
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    Deux traditions, dont l’une avance masquée

    Ce papier souffre d’un point de vue “idéaliste” qui lui fait manquer l’essentiel, à savoir que l’universalisme occidental est le terme poli pour qualifier l’ambition dévorante des économies occidentales d’exploiter la terre entière au profit de leurs grands groupes. On doit rappeler à ce titre que l’individualisme dissout les solidarités du monde du travail, tout comme le règne sans partage de l’entertainment et d’autres joyeusetés inventées chez nos amis US. Que Poutine soit habité par une culture et une vision historique, soit, mais chez nous, sous les habits du “démocratisme” survit intact l’appétit impérialiste qui marque l’Occident depuis bien longtemps. Deux traditions donc, mais dont l’une se fait passer pour moderne quand l’autre se présente telle qu’en elle-même.


    • bluetonga Le 20 août 2016 à 13h42
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      Certes M. Slama évite de dénoncer le caractère profondément prédateur de l’idéologie “universaliste” occidentale, sans doute par souci stratégique et diplomatique, mais il n’en dénonce pas moins son arrogance et sa naïveté. Par ailleurs, c’est bien un suprémacisme moral des occidentaux qui excuse voire justifie leur interventionnisme touts azimuts (the right to protect cher aux bobos de toutes les nations). Rien de nouveau sous le soleil, c’est ainsi que se sont construits nos empires coloniaux : nous avons les moyens, nous avons le droit, nous avons le devoir. Et c’est précisément ce que perpétue la position néoconservatrice américaine.

      Par ailleurs, je pense qu’un point important négligé par l’auteur est que l’Europe ne sera jamais soluble dans l’américanisme : nous parlons des langues différentes, revendiquons des traditions et des coutumes propres. Nous sommes prêts à échanger, pas à nous assimiler mutuellement. Nous restons fondamentalement tribaux.


  17. calal Le 20 août 2016 à 09h16
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    l’occident actuel defenseur des valeurs individuelles?

    amha de moins en moins.Personnellement avec cette politique monetaire “historique” de taux zeros voir negatifs, je me sens menace dans mes droits de propriete.
    il semble que des banques allemandes commencent a prelever des taux negatifs sur les comptes courants.
    ou sera ma liberte quand toutes mes economies auront disparues? quelles sont marges de maneuvre de quelqu’un d’endette qui a moins de 400 dollars sur son compte en banque?

    je serai un animal qui ne possede que la force de travail de ses bras( ou de louer son uterus ou de vendre un de ses reins) sans l’espoir que la vie de mes enfants sera meilleure ( impossibilite d’epargner a cause taux negatifs inflation pour payer des etudes superieures de plus en plus cheres).

    bien sur je pourrai toujours emprunter pour avoir acces a du capital. a condition que le banquier le veuille bien… rappel marine a du aller emprunter chez les russes parce qu’aucune banque francaise ne voulait lui preter…


    • Prométhée Enchaîné Le 20 août 2016 à 13h35
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      La liberté absolue est une chimère.
      Le fait qu’un pays comme les Etats-Unis mène une telle politique monétaire contre ses propres valeurs, pourtant protégées jusqu’ici à un point que nous n’imaginons pas en Europe, où les Etats ont été historiquement plus interventionnistes dans l’économie, et plus redistributifs, devrait vous montrer à quel point la situation est critique.

      Pour le dire grossièrement, on ne va pas prioriser vos économies à la survie de l’humanité… Je n’irais pas jusqu’à dire que Yellen ou Draghi sont nos Saints protecteurs à tous, mais que leur mission est bien d’assurer que tout ça roule (dans les limites de leurs connaissances et leurs croyances, ainsi que leurs marges de manoeuvres). Vous ne pensez quand même pas qu’ils sont d’ignobles marxistes ? Parce que je doute que les marxistes soient de votre avis…


      • calal Le 20 août 2016 à 19h52
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        je croyais que la main invisible du marche etait la somme de tous les interets individuels?

        donc on peut sacrifier les economies d’ agents economiques qui se sont conduits de maniere economiquement justifie pour sauver des banques systemiques qui n’ont pas respecte les regles de gestion de leur profession ( genre critere de bale1,2,3 )?

        et je devrais accepter ca comme qqch de raisonnable? et je devrai dire merci? NON.


  18. RGT Le 20 août 2016 à 09h25
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    Les articles me laissent quand-même un petit arrière goût amer : La sensation que l’auteur laisse entendre que Poutine serait un descendant de Torquemada

    “Poutine c’est bien mais”… et hop! un petit coup de griffes pour rendre le personnage déplaisant sans en avoir l’air

    Autant Mediapart est objectif quand il s’agit de brasser la merde de la “droite” française, autant il est inconsistant quand il s’agit d’aller contre les intérêts de la “plus suprême démocratie du monde”.

    Du coup, l’article du Fig À Rot semble presque plus objectif…

    Dassault deviendrait-il un suppôt de Satan du bolchevisme et de l’intégrisme chrétien ?


    • bluetonga Le 20 août 2016 à 10h19
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      Il est vrai que M. Slama prend soin de ne pas endosser purement et simplement la vision de Poutine, et qu’il ne remet pas fondamentalement en cause la sincérité du “libéralisme” occidental. Mais ce ne sont sans doute là que les précautions oratoires habituelles pour échapper à l’anathème de poutinolâtre.


  19. some Le 20 août 2016 à 09h39
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    >> Il est devenu incapable de penser la différence culturelle …. l’Occident libéral sacralise l’Autre, mais c’est en réalité pour lui nier son altérité fondamentale … Le cœur du problème est l’universalisme

    C’est Mr Juvin dont on a parlé hier qui explicite cela plus clairement.
    Pour résumé en très gros, les américains voient tout le mode selon le prisme du bien ou du mal.
    S’imaginant eux même comme le saint graal du bien.
    Dans cette optique et par leur conformisme immodéré, tout non conformant (et les russes ne se conforment pas), ne peut que tomber dans la case du mal. Hors, et c’est là le drame, leur prisme ne leur permet aucune nuance de couleurs (les nazes..), dès lors il ne pourrait exister de désaccords, il ne peut y avoir que reniements et affrontements.

    Ou comment le totalitarisme se découvre évident dans l’une de ses créations de l’histoire occidentale soit disant “à la pointe de l’évolution”.

    Peut être que le prochain savoir que l’on doit apprendre à accepter c’est qu’il n’y a pas d’homme sans totalitaire, indépendamment des structures qui les contraignent.
    Qu’il faut donc apprendre à composer différemment la nature du problème et donc ces solutions.


  20. Nerouiev Le 20 août 2016 à 09h45
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    Combien vont devoir encore être sacrifiés, privés de toutes ressources, détruits à jamais au nom de la liberté individuelle ? et qui plus est, par pour tous.


  21. Jeanne L Le 20 août 2016 à 09h47
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    Ces deux articles sont très éclairants, mais je trouve dans ces deux analyses le même point aveugle: Elles n’envisagent en rien qu’il puisse rester quelque chose de la période soviétique comme socle derrière la Russie d’aujourd’hui.
    Toute trace en a-t-elle été liquidée? On ne peut y croire. Je m’interroge .
    Dans toutes les élections depuis 1991 le plus grand parti d’opposition est encore le KPRF n’est ce pas ? Pas les opposants “occidentalistes”.
    Il y a des revendications sociales dont ont peut voir des manifestations , des effets, la solidarité de ces forces avec Poutine a été acquise dans les événements de Crimée, Dombass etc…
    On n’en fait jamais état . Bref, cela m’interroge.
    D’autant que le livre de Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop (URSS, 20 après, éd. Delga) avait pourtant déblayé la possibilité de telles réflexions plus larges et à mon avis plus actuelles.


    • Roman Garev Le 20 août 2016 à 10h54
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      Il n’y a pas d'”opposants occidentalistes” en Russie tout simplement car la classe dirigeante (une symbiose d’oligarques et de bureaucrates), donc le gouvernement et son parti “du pouvoir” ER ne sont en fait rien d’autre qu’occidentalistes.


      • ARDUS Le 20 août 2016 à 11h39
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        Vous faites erreur, les étatistes anti-libéraux siègent à leurs côtés au sein du Gouvernement et les orientations occidentalistes prises la la banque centrale dans la gestion de la crise du rouble sont contestées de l’intérieur même du Gouvernement.


        • Roman Garev Le 23 août 2016 à 07h58
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          Ah bon ? Pouvez-vous en nommer un seul, ce prétendu “étatiste anti-liberal” siégeant aux côtés des libéraux ? Surtout celui qui ait une influence quelconque sur l’économie et les finances du pays ?
          Pourquoi les soi-disant experts sont toujours si modestes en noms, en faits ?


          • ARDUS Le 23 août 2016 à 09h54
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            Parmi les principaux : Sergueï Glaziev, Boris Titov, Andreï Klipach …


      • Pierre Bacara Le 20 août 2016 à 18h44
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        Occidentalisme et libéralisme

        la classe dirigeante (une symbiose d’oligarques et de bureaucrates), donc le gouvernement et son parti “du pouvoir” ER ne sont en fait rien d’autre qu’occidentalistes“.

        Ils ne sont pas “occidentalistes“, mais libéraux. La nuance est de taille. Tout en étant attachés à des valeurs spécifiquement russes, ils estiment que l’économie libérale est la plus efficace.

        Par certains côtés, la Russie est même plus libérale que l’Europe de l’Ouest. Le droit de grève n’y existe pas alors qu’il a été acquis en Europe de l’Ouest au XIXe siècle. Les publicités déguisées en panneaux indicateurs et juxtaposées à ces derniers sont autorisées en Russie – encore qu’elles soient tenues d’êtres peintes en jaune, mais interdites en France. A Moscou (pas dans les petites villes), les supermarchés sont ouverts 24/24-7/7, ce qui, en France, est interdit.

        Cela n’empêche pas un grand nombre de Russes de ne pas voir le monde avec les mêmes yeux qu’un certain nombre d’Occidentaux.


        • Annouchka Le 21 août 2016 à 08h32
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          C’est quoi pour vous la spécificité du regard russe?


  22. bluetonga Le 20 août 2016 à 10h25
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    J’ai personnellement trouvé ces analyses passionnantes, même si timorées par endroit.

    M. Slama remarque fort justement que la vision occidentale de la politique est plutôt centrifuge, elle tend à “libérer” les individus de l’emprise du groupe et à les disperser, tandis que la vision russe (et du reste du monde) est centripète et tend à les regrouper et à raffermir le tissus social, au travers de droits et devoirs communs.

    C’est une dimension essentielle du débat souvent négligée. Homo sapiens sapiens est d’abord et avant tout un animal social, sa réussite évolutive est tout entière contingente à cette réalité, et son bonheur individuel passe également par la notion de communauté.

    L’anthropologie, l’ethnologie, la biologie suffisent à expliquer l’impératif social chez l’être humain. La religion, les rites, les symboles, n’ont d’autres fonctions que de souder ces communautés (Durkheim). Voilà pourquoi le modèle individualiste- matérialiste est à mon sens condamné à échouer.


    • Prométhée Enchaîné Le 20 août 2016 à 13h47
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      C’est vrai, mais l’Europe a déjà connu la société religieuse et la société nationaliste, et leurs conséquences exclusives. Bon là, j’avoue qu’on nage en pleine abstraction… Mais poursuivons… imaginons même que l’Europe des peuples existe. Nous formerions une nouvelle nation avec les mêmes défauts que les anciennes : le nationalisme. Un jour ou l’autre, il faudra bien finir par intégrer les Russes, les Chinois, ou encore les Américains… De ce point de vue, le cheminement européen, fondé sur l’ouverture, pourrait garder celle-ci en mémoire : ça c’est pour le positif.

      Mais en vérité, la seule chose qui soit concrète dans la solidarité internationale, ce sont les échanges commerciaux et l’interdépendance de nos économies. C’est peut-être ce qui fait que les Etats-Unis y réfléchiront à deux fois avant de nuker la Russie ou la Chine. [Mode délire/Off]

      Cependant, je vois une vraie contradiction à ce que vous dites de la vision occidentale : le communautarisme au sein des sociétés anglo-saxonnes. Des panneaux en Chinois dans Chinatown ! Moi je trouve ça dingue, et j’avoue que je ne sais pas si je serais à l’aise avec cela en France… je suis peut-être xénophobe sans le savoir.


      • bluetonga Le 20 août 2016 à 14h35
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        Bonjour Prométhée. Le point que je veux souligner dans le texte de M. Slama est la divergence de philosophie politique entre les occidentaux et les autres nations du monde. D’un côté, les institutions sont censées garantir et augmenter les droits des individus, ailleurs elles se doivent de servir prioritairement la communauté, et au bout du compte la nation. Et de fait, ils s’agit de perspectives opposées.

        Il est à mon sens illusoire d’imaginer une humanité totalement mondialisée. L’être humain est un être essentiellement tribal, et il tend à reconstituer la “tribu” au sein de diverses communautés, concrètes, géographiques, professionnelles, familiales, ludiques, ou virtuelles sur internet (comme sur ce blog par exemple). La piste matérialiste et individualiste est antagoniste à l’épanouissement humain.

        L’exemple de China Town que vous donnez me semble clairement un exemple de mécanique centrifuge. Les Chinois font ce qu’ils veulent entre eux, tant qu’ils n’embêtent pas les autres.


  23. Czerny Le 20 août 2016 à 11h12
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    …..”En France, l’action des Femen dans la cathédrale Notre-Dame n’avait guère choqué ni l’opinion publique ni les autorités”….
    L’opinion publique n’étant pas relayée par ceux qui devraient le faire ,nous n’en savons donc rien. Quant aux autorités,pourquoi seraient -elles choqués par une action dont elles sont à l’origine ?


  24. georges glise Le 20 août 2016 à 11h15
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    j’ ai encore l’impression qu’on rejoue sade, avec les prospérités du vice étazuniennes) et les infortunes de la vertu russes. et si pour nous français, la vraie perspective se trouvait entre les deux, comme l’a bien incarnée de gaulle, respectant tous les peuples (discours de phnom-pen, reconnaissance de la chine populaire, refus d’intégrer l’armée française dans l’otan, visite officielle de khrouchtchev en france, décolonisation, tout en rejetant le modèle soviétique d’oppression des individus au nom de l’intérêt collectif. on me dira peut-être que je suis relativiste, mais je l’assume bien volontiers.comme sans doute jean-luc mélenchon, dont je suis un des followers.


    • La Pléîade Le 20 août 2016 à 11h38
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      Non , pas “un des followers” , mais plutôt : un des partisans , ou un des soutiens , ou un des militants , comme vous voudrez . En effet , la première forme de résistance à l’imperium étasunien est dans la défense et l’illustration de notre langue , donc dans le boycott systématique des termes et expressions anglo-saxonnes mises à la mode par les journaleux (encore eux !!) soir et matin …je gage qu’un militant national-républicain modèle merluche aura à cœur d’y veiller . Bon courage , camarade patriote !!


  25. nobody Le 20 août 2016 à 12h19
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    Les humains VEULENT croire à ceci ou VEULENT croire à cela : nous sommes donc des êtres de FOI. Une religion n’est rien d’autre qu’un SYSTÈME DE VALEURS qui produit invariablement des dogmes, des rites et des prêtres(les personnels chargés de dire la Vérité selon leur dogme). Par conséquent:
    Le système communiste était ULTRA religieux
    Le système libéral est ULTRA religieux

    Si l’on compare le système Néolibéral au commandements du Christ (Mt 22 :37 à 40):
    1. Aimer Dieu (considérer qu’il puisse y avoir une Vérité qui me soit extérieure).
    2. Aimer son prochain
    Version libérale :
    1. Il n’y a de Vérité qu’en Moi, la réalisation de mon Moi est le but de mon existence.
    2. L’Autre est un adversaire avec qui je suis en compétition pour les diplômes, les jobs, les conjoints.
    Les grands messes sportives (où nous célébrons la compétition et communions dans l’ivresse de la victoire) ont remplacé les messes traditionnelles pendant lesquelles nous procédions à notre examen de conscience.

    Il s’agit d’une situation délirante, où pour quelques dollars de plus, l’homme libéral a conduit en quelques années à : une apocalypse écologique + un transfert de sa technologie à la Chine (une folie) + une apocalypse financière + une islamisation du continent européen dans le courant de ce siècle. Conclusion : un comportement suicidaire!


  26. NeverMore Le 20 août 2016 à 12h55
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    Quelle opposition entre les grands principes défendus par Poutine, et les valeurs notamment “républicaines” défendues par notre démocratie faussaire, avec Valls, Hollande Taubira, Belkacem et tant d’autres.

    Si quelqu’un a la liste des “valeurs républicaines”, qu’il n’hésite pas à la mettre par écrit. Ensuite, je l’invite à se relire …


  27. Globule rouge Le 20 août 2016 à 13h11
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    “Son génie est d’avoir permis la rencontre, au bon moment, entre ses idées et celles d’une partie de l’opinion européenne, de plus en plus hostile à la mondialisation et au multiculturalisme, de plus en plus attachée à ses racines et aux «protections naturelles» que sont les frontières nationales.”

    Sur le multiculturalisme, il me semble que justement sur ce point, le discours de poutine ne rejoint pas vraiment les mouvements “conservateurs” d’europe. De plus la russie a une tradition multi-culturelle qui remonte a plusieurs siecles, contrairement aux USA son colonialisme n’a pas consisté a decimé quasi-entierement les populations non chretienne, et par exemple le contreversé egalitarisme sovietique existait alors qu’aux usa régnait la segregation raciale.


  28. jpcd Le 20 août 2016 à 13h33
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    Je crois qu’il faut admettre que Poutine et la Russie sont confrontés depuis 25 ans à une volonté US inébranlable (exceptionalisme et ressources naturelles à conquérir) de coloniser la Russie.

    Pour se défendre, Poutine ne choisit pas l’affrontement, contrairement à ce que la campagne russophobe tend à nous faire croire, mais la coalition des nations autour des principes du droit international. Je conseille à tous de (re)lire son discours à la Douma de mars 2014 où il expliquait de manière très convaincante, à mon sens, l’annexion de la Crimée (en anglais malheureusement) http://en.kremlin.ru/events/president/news/20603 et puis aussi son discours devant l’AG de l’ONU de septembre 2015, en français! : http://ambassade-de-russie.fr/index.php/fr/discours-interviews/769-discours-de-vladimir-poutine-lors-de-la-70e-session-de-l-assemblee-generale-de-l-onu-le-28-septembre-2015

    Tous les discours politiques s’efforcent de minorer les propres turpitudes de leurs auteurs (contingentes ou essentielles, là est la question) et ceux de Poutine n’y échappent pas. Il faut donc les confronter aux faits avérés. Pas d’angélisme, donc, mais difficile de ne pas voir dans ces textes une clarté et une cohérence qu’on trouve difficilement ailleurs.


    • Prométhée Enchaîné Le 20 août 2016 à 19h44
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      La thèse de la colonisation est absurde. Celle de la destruction de la sphère d’influence “soviétique” pour prévenir toute reconstitution d’une puissance Russe est plus probante.


  29. larousse Le 20 août 2016 à 13h43
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    Très bonne analyse, j’en tire cette hypothèse : à l’Occident, la conception libérale du développement du monde est le “métissage” vers une “vaste aire économico-culturelle au bénéfice de la prospérité de l’Homme “commun” (sous-entendu venant d’Afrique) avec des valeurs universelles, en Orient (européen et asiatique ?) le développement du monde est la diversité des peuples -le tronc commun remonte au “néolithique” pas la peine d’y revenir. Deux visions qui déclinent ensuite bien d’autres idées. Je vois aussi une contradiction chez quelques dirigeants occidentaux, le métissage et l’universalisme sont vite oubliés quand il s’agit des résultats par nation aux J. O… par exemple. Pourquoi le président Hollande s’accroche à ce genre de faits, alors que la France “métisse” universaliste a vocation à devenir seulement une “extension territoriale des Etats-Unis mondiaux” (mondialistes)?? Pour ma part, je choisis la “conception orientale” avec des nations responsables de leurs territoires (donc plus facile avec le développement durable)


  30. juliette des esprits Le 20 août 2016 à 18h32
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    Je recommande la lecture du livre Michel Eltchaninoff:”Dans la tête de VladimirPoutine”.il explique les différents plans de l idéologie poutinienne. Ce qui est très drôle avec ce livre est que, bien qu il soit à charge… Il échappe vite à son auteur … et on se prend à admirer cet homme ,(qui n’est sans doute pas un enfant de chœur !) car il veut redonner sa grandeur à la Russie après la “catastrophe” de l effondrement soudain de l URSS. Il a un vrai projet pour son pays et tente par une réflexion idéologique cohérente de lui donner les moyens de le réaliser. Il est assez intelligent pour construire une pensée adaptée à son peuple et nous ne sommes pas obligés d y adhérer .
    Si on compare au vide sidéral dans lequel nous plongent nos hommes politiques on voit que Poutine est un véritable homme d État. Salut l artiste!


    • Ratchadamri Le 20 août 2016 à 23h05
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      Les descendants de l’émigration russe du début de XX siècle sont en opposition avec le patriarcat de Moscou et avec Poutine, et la Russie d’aujourd’hui ne leur plait guerre. En plus on leur a pris la cathédrale orthodoxe de Nice (l’état russe a fait valoir ses droits), ce qui a créé une polémique très violente et pas du tout chrétienne. Cyrille Eltchaninoff a fondé une association ACER-Russie, dont l’objectif était de sauvegarder et faire vivre la tradition orthodoxe en France. On peut trouver sur leur forum des débats très enflammés sur le rapprochement possible (ou pas pour certains) avec la Russie. De toute évidence cette communauté est attachée à une certaine vision de la Russie qui n’existe que dans leur imaginaire collectif idéalisé, et ils ont du mal à se sentir concernés par les aspirations des russes d’aujourd’hui.


      • Mihailovitch t Le 24 août 2016 à 17h26
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        non je ne pense pas
        moi même descendant de russes blancs émigrés en France, suis très admiratif de la Russie et son Président.
        Itou pour la vision “idéalisée”: les réalités quotidiennes nous poussent au contraire à croire que la Russie répond de manière plus adéquate aux attentes du monde actuel. Et l’absence de courage comme la désertion politique de nos dirigeants nous confortent à offrir notre soutien.


  31. juliette des esprits Le 21 août 2016 à 14h43
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    Merci pour ces précisions , on comprend mieux l ambivalence du discours dans ce livre qui aboutit in fine à ce que l auteur ne maîtrise plus tres bien son personnage…


  32. Vu de Varsovie Le 21 août 2016 à 15h47
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    Bon, tout ceci n’empêche pas les Russes d’adopter les modes de vies occidentaux, pour les plus riches investir dans des demeures azuréennes ou londoniennes, se refaire une santé en Suisse, envoyer leurs enfants étudier en Europe ou aux US (la fille de S. Lavrov incluse), etc., etc. A nuancer donc.


  33. Chris Le 22 août 2016 à 15h58
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    “Si tout n’est que droits, alors il n’y a plus de communautés particulières. Et donc plus de politique”

    Une belle illustration du concept Union Européenne !!!


  34. reneegate Le 22 août 2016 à 21h21
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    C’est fou de voir un discours (Slama) à priori critique et qui ne fait que conforter par les mots falsifiés, les associations symboliques erronées (liberté individuelle et libéralisme,). Balzac décrit précisément ce procédé dans la comédie humaine. L’occident veut imposer des échanges commerciaux à sa mesure. Un drapeau palestinien dans des tribunes est sanctionné au pays de Galle. Des musulmanes sont stigmatisées lorsqu’elles portent un foulard. Affirmer ses différences et apprécier celles des autres voilà le programme libertaire à l’opposé du “libre échangisme” dont malheureusement Poutine ne se démarque pas assez.


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