Source : Dernière Nouvelles d’Alsace, Anne-Camille Beckelynck, 18/01/2017

Quatre tours, 12 heures de scrutin, des alliances en forme de retournement de veste, des rumeurs de marchandages plein les couloirs : l’élection du président du Parlement hier a été une farce qui n’honore ni l’institution ni le vainqueur final, l’Italien Antonio Tajani.

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Strasbourg.- Parlement européen

Comme le sourire du chat invisible d’« Alice au pays des merveilles », le fantôme assurément rigolard de Silvio Berlusconi flottait hier sur le Parlement européen. Le Cavaliere, seul point commun entre le président sortant, Martin Schulz, et son successeur Antonio Tajani. Schulz doit sa notoriété à une insulte proférée à son encontre par le Premier ministre italien : en 2003, reçu au Parlement européen, il lui avait dit qu’il le verrait bien dans un rôle de kapo de camp de concentration…

Hier, retournement de l’histoire au parfum de revanche berlusconienne : c’est un fidèle du Cavaliere qui est monté au perchoir. Antonio Tajani, qui a fondé avec lui le parti Forza Italia, a aussi été son porte-parole avant d’être nommé commissaire européen – toujours par le même Berlusconi.

C’est surtout pour ces anciennes fonctions bruxelloises que l’Italien, devenu eurodéputé en 2014, est contesté au Parlement européen. La gauche (les verts en premier) lui reproche en particulier son inaction sur le « Dieselgate », le dossier des moteurs truqués.

Malgré ces réticences notoires, son groupe politique l’a choisi comme son candidat en décembre, lors d’un scrutin interne auquel participaient trois autres candidats pourtant plus consensuels.

Cuisine politicienne

L’élection d’Antonio Tajani hier restera comme le souvenir d’une longue, très longue journée qui a vu se dérouler pas moins de quatre tours de scrutin. Les six candidats en lice se sont maintenus jusqu’au troisième. Un seul avait fait défection avant même l’ouverture des urnes : le libéral Guy Ver-hofstadt.

L’ancien Premier ministre belge qui, il y a 10 jours, appelait la gauche à s’unir derrière lui pour faire barrage à Tajani, a fini par conclure un accord avec lui. Et ce dernier, voyant cette alliance avec sa gauche insuffisante en nombre de voix pour l’emporter, a ensuite passé une partie de la journée à faire des appels du pied aux eurosceptiques du groupe ECR à sa droite.

Dans le même temps, les sociaux-démocrates appelaient au rassemblement de la gauche. Pour séduire des eurosceptiques décidément très courtisés, celle-ci promettait que si son candidat, Gianni Pittella, était élu, elle ferait en sorte que Guy Verhofstadt soit démis de son mandat de négociateur du Brexit. Vaine tentative : soutenu par ECR, Tajani l’a emporté au quatrième tour à la majorité simple, par 351 voix (il en avait 291 au 3e tour face à cinq candidats) contre 282 pour Pittella, avec seulement 633 votes exprimés sur 713 élus présents.

Un président mal élu et redevable des eurosceptiques ; une « grande coalition », seule capable jusqu’ici d’assurer la stabilité des majorités, détruite ; un chef de groupe libéral et négociateur du Brexit désormais privé de toute crédibilité : le Parlement européen sort de cette élection avec des perspectives plus que floues et une image ternie. Il ne devait pas être le seul à rire, hier, Silvio Berlusconi.

Source : Dernière Nouvelles d’Alsace, Anne-Camille Beckelynck, 18/01/2017

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11 réponses à Antonio Tajani, président mal élu

Commentaires recommandés

Alain Le 21 janvier 2017 à 06h34

Aucune implication, le parlement européen est un parlement croupion qui n’a même pas le pouvoir initiative législative; si la douma russe était calquée sur lui, que n’entendrait-on de reproche de dictature à Poutine!

De plus c’est un membre du PPE comme Junker et Tusk, pourquoi ferait-il différemment d’eux?

Les eurosceptique se sont fait rouler dans la farine, au moindre risque, la grande coalition se reformera pour assurer qu’aucun texte ne quitte la doxa néo-libérale de cette “UE”

  1. Diablo Le 21 janvier 2017 à 03h14
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    Et bien voilà une info qui a son importance et qui est passée tout à fait inaperçue. La presse mainstream a préféré focaliser ad nauseam sur ce qui était finalement une non-information: l’investiture de Donald Trump.

    Même si je suis soulagé que ce ne soit pas Verhofstadt j’aurais bien aimé en savoir plus. Quelles implications ?Qu’attendre ? Un changement de paradigme possible au sein de l’UE ? Quid de cette montée en grâce des eurosceptiques auxquels ont fait de discrets appels du pied ?


    • Alain Le 21 janvier 2017 à 06h34
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      Aucune implication, le parlement européen est un parlement croupion qui n’a même pas le pouvoir initiative législative; si la douma russe était calquée sur lui, que n’entendrait-on de reproche de dictature à Poutine!

      De plus c’est un membre du PPE comme Junker et Tusk, pourquoi ferait-il différemment d’eux?

      Les eurosceptique se sont fait rouler dans la farine, au moindre risque, la grande coalition se reformera pour assurer qu’aucun texte ne quitte la doxa néo-libérale de cette “UE”


  2. Charles-de Le 21 janvier 2017 à 05h50
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    Combien de tours ? Pour élire le président de la République française René Coty en 1953, il en avait fallu TREIZE, et encore, on a bâclé l’élection parce que Noël arrivait !


    • Louis de Constance Le 21 janvier 2017 à 10h17
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      Merci pour cette information qui m’à procuré mon 1er sourire matinal . La ” petite Histoire ” a souvent des parfums “exotiques” et nous rappelle que le ” Diable se cache dans les détails ” : on comprend donc pourquoi et comment la IV e République fut un fiasco.


      • condamy Le 21 janvier 2017 à 13h26
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        La quatrième République entre 1945 et 1958 a reconstruit en grande partie un pays totalement ravagé par la guerre perdue et 4 ans d’occupation : pas si mal pour un “fiasco ” ! N’ecoutez pas trop la ” doxa “.


  3. Pierre Le 21 janvier 2017 à 05h50
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    C’est un non-évènement.
    Quand on connait le pouvoir dont dispose le Parlement européen, il est peu impportant de s’arrêter sur qui a été choisi à sa tête…
    Ce qui compte, ce sont les traités qui sont les seuls règles de fonctionnement des Institutions et leur intangibilité, quels que soient les pionts en place.


  4. LBSSO Le 21 janvier 2017 à 06h43
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    Cher Louis Bouilhet ,vous écriviez il y a plus d’un siècle ces vers sur la belle Europe enlevée par un Zeus malicieusement déguisé en taureau:

    “Mais tu suis, à travers l’immensité sans bornes,
    Pâle, et les bras crispés à l’airain de ses cornes,
    Ce taureau mugissant qu’on nomme l’Avenir ! ”

    Pardonnez-moi cher poète de vous voler ce talent que je n’ai pas . De phénicienne Europe, en vieillissant ,est devenue bruxelloise.Aussi,vos vers me reviennent eux aussi méthamorphosés:

    “Mais tu suis, à travers la sottise sans bornes,
    Pâle, et les bras crispés à ce cou sans cornes,
    Ce taureau gémissant qu’on nomme l’Avenir ! “


  5. Gilles bernadou Le 21 janvier 2017 à 06h49
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    Je propose la dissolution du parlement européen, ça fera des économies; puisqu’il n’est que purement décoratif.
    A l’heure qu’il est on n’a plus les moyens de se payer des décorations aussi chères!
    Il faut absolument réduire les déficits.
    Ce sera une oeuvre de salut public.


    • Django Le 21 janvier 2017 à 11h32
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      Quand c’est bien énoncé comme ça, on se rends compte qu’ils ont vraiment fait le casse du siècle avec la création de ce quartier général supra-étatique qu’est l’UE, avec ses parlements et autre officines. De plus, leurs salaires (ou en partie) sont à vie; c’est absolument hallucinant. On voudrait inventer une dystopie pour expliquer et illustrer comment, à certaines époques, des classes sociales ont abusé de leur pouvoir sur les peuples et les spoliant et les entubant successivement sans arrêt, qu’il suffirait d’évoquer ce qu’il se passait en Europe durant le premier quart du 21ème siècle.


  6. Gier 13 Le 21 janvier 2017 à 07h10
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    Alors que l’Avalanche qui a détruit l’hôtel en Italie fait l’objet de nombreux et longs reportages, cette élection a été traité en quelques secondes par le JT du chien de garde Pujadas…. à France 2 on a le sens des priorités !

    À part ça, cette élection n’a pas de sens puisque ces parlementaires n’exercent aucun contre-pouvoir et semblent, soit n’avoir quasiment aucun poids face à la religion néolibérale de la commission, soit être d’accord avec elle, soit être acquis à la cause des lobbyiste qui hantent les couloirs de Bruxelles et de Strasbourg…. Démocratie, où te caches-tu ?


  7. duveau Le 21 janvier 2017 à 13h07
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    Marrant tous ces Italiens qui étaient candidats…

    Je me demande comment la presse italienne a relaté tout ça à son opinion publique. L’important en ce moment semble être de mettre des bouts de ficelles pour arrimer tant bien que mal l’Italie à l’UE et à la zone euro qu’elle brûle de quitter.

    D’autant que les Allemands ne seraient pas très chauds pour les retenir.

    https://www.upr.fr/actualite/2-janvier-2017-president-de-linstitut-economique-allemand-ifo-annonce-litalie-pourrait-quitter-zone-euro-bundestag-pourrait-refuser-plan-de-sauvetage


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