Source : La Tribune, Romaric Godin, 11/10/2016

Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, ne fait aucun cadeau aux Grecs. (Crédits : © Eric Vidal / Reuters)

Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, ne fait aucun cadeau aux Grecs. (Crédits : © Eric Vidal / Reuters)

L’Eurogroupe n’a versé qu’une partie de la tranche prévue à la Grèce. Un nouveau geste de défiance envers le gouvernement grec.
L’Eurogroupe n’est pas tendre avec le gouvernement grec. La délégation hellénique se rendait pourtant à Bruxelles lundi 10 octobre avec l’espoir de voir se débloquer les 2,8 milliards d’euros de la tranche du programme prévue pour cet automne. Alexis Tsipras, le premier ministre grec, avait réussi, non sans peine, à faire accepter les 15 « mesures préliminaires » exigées par les créanciers. Du reste, les 18 autres ministres des Finances en ont convenu et ont applaudi. Mais ils n’ont libéré que 1,1 milliard d’euros sur les 2,8 milliards prévus.

Payer ses dettes avec de la dette

Pourquoi ? Les 1,1 milliard d’euros sont destinés au service de la dette, notamment les 450 millions d’euros que la Grèce doit rembourser d’ici à la fin de l’année au FMI. C’est le fonctionnement habituel de « l’aide » à la Grèce, nom donné à cette cavalerie financière qui consiste à rembourser la dette grecque par de la dette accordée à la Grèce. C’est aussi ce qui est nécessaire à empêcher tout défaut de la Grèce. Cette somme pouvait (et devait pour la tranquillité de l’Eurogroupe lui-même) être libérée immédiatement.

La question des arriérés

Ce n’est pas le cas des 1,7 milliards d’euros restant. Cette somme a une autre destination : elle doit venir payer les arriérés de l’Etat vis-à-vis de ses fournisseurs. C’est un élément important pour l’économie grecque, parce que ces impayés de l’Etat mettent souvent en difficulté les entreprises helléniques. Rappelons que, hors service de la dette, l’Etat grec a dégagé entre janvier et juin près de 3 milliards d’euros d’excédent « primaire », mais que cet argent ne peut être utilisé pour solder ces arriérés et doit être consacré entièrement au paiement de la dette. Dans la logique du « programme », ces arriérés sont donc payées par de la dette nouvelle afin que la dette ancienne puisse être remboursée. Il ne s’agit donc pas réellement d’un « cadeau » fait aux Grecs.

Chicane administrative

 

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22 réponses à Grèce : le monde sans pitié de l’Eurogroupe, par Romaric Godin

Commentaires recommandés

Didier Le 16 octobre 2016 à 06h43

Et comme par hasard, quand ils auront fait tomber ce gouvernement et qu’un gouvernement plus conforme à leurs attentes – droite, extrême-droite feront parfaitement l’affaire – lui aura succédé, on trouvera comme par miracle des solutions.

L’Europe est devenue une abjection.

  1. Caliban Le 16 octobre 2016 à 03h03
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    L’Euro-groupe agit un peu comme un tribunal d’arbitrage : ses propres règles et ses propres juges pour contraindre les peuples.

    On constate le “jusqu-au-boutisme” des créanciers qui scient lentement mais sûrement la branche sur laquelle ils sont assis. Leur “construction européenne” ne pourra se maintenir qu’avec toujours plus de coercition.

    Et donc finir dans violence. Je mets un billet sur les nordistes.


  2. Didier Le 16 octobre 2016 à 06h43
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    Et comme par hasard, quand ils auront fait tomber ce gouvernement et qu’un gouvernement plus conforme à leurs attentes – droite, extrême-droite feront parfaitement l’affaire – lui aura succédé, on trouvera comme par miracle des solutions.

    L’Europe est devenue une abjection.


  3. Fabrice Le 16 octobre 2016 à 07h16
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    L’Europe est seulement une des conséquences fachistes de plus de la politique monétaire mondialement acceptée, qui veux que l’on puisse acheter et vendre de l’argent et que plus riche soit plus légitime. La rente financière est une absurdité qui ne correspond à aucun phénomène naturel, et comme tous les vices et toutes les lâchetés se concentrent dans cette désincarnation du réel (ici bas le déficit et l’excédent restent toujours très parcimonieux) la correction risque bien d’être cataclysmique!


  4. RGT Le 16 octobre 2016 à 09h15
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    Tsipras a simplement, comme tout “bon” politicien qui se respecte, trahi le peuple qu’il est censé représenter.

    La situation de la Grèce est on ne peut plus intéressante pour les “pays du nord” car la “dette” a transformé ce pays en une nouvelle colonie dans laquelle on peut se servir à volonté, qui sert de réservoir de main d’œuvre vraiment pas chère et corvéable à merci, et qui de plus est une immense “terre d’accueil” (un immense camp à ciel ouvert) pour les immigrés des guerres Otanesques dans lequel les “pays du nord” viennent aussi faire leurs courses en laissant en Grèce tous ceux qui ne les intéressent pas.

    Un vrai dirigeant réellement soucieux de son peuple aurait depuis longtemps claqué la porte en faisant un défaut général sur la “dette” qui n’a servi qu’à sauver les banques occidentales qui ont joué avec le feu, puis en organisant un “couloir humanitaire”, terme très “à la mode” en ce moment, pour envoyer tous les réfugiés vers les “pays du nord” (Allemagne).

    VOTRE dette et VOS immigrés, c’est bien VOTRE problème.

    Et comme d’hab’, ce sont les contribuables de base des pays du nord qui se feront ratisser pour renflouer ce système pervers.


    • Homère d'Allore Le 16 octobre 2016 à 11h21
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      Ok. Tsipras s’est couché. Et malheur aux vaincus…

      Maintenant, il est sans doute plus facile de le qualifier de traître, de vendu, de salaud que de jauger objectivement des rapports de force dans le premier semestre 2015.

      Au moment où il a fait mine de se rapprocher de la Russie qui proposait son aide, on peut estimer que Nuland a dû mettre dans la balance des arguments imparables (coup d’Etat du Laos et de l’Armée ?).

      On saura sans doute dans un siècle les tenants et aboutissants de la capitulation de Syriza. L’Histoire jugera. Il est trop tôt pour se faire une idée circonstanciée.


      • Fritz Le 16 octobre 2016 à 13h14
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        Tsipras ne mérite que haine et mépris.

        Avant la victoire de Syriza aux législatives, il promettait aux Grecs de restaurer la souveraineté de leur pays. On connaît la suite.

        Deux sites avaient annoncé très tôt la capitulation de Tsipras : zerohedge.com, dès le mois de février 2015, et wsws.org (site trotskiste, mais des trotskistes sérieux, rien à voir avec les guignols du NPA : wsws.org a dénoncé d’emblée la guerre de l’OTAN contre la Libye).
        http://www.wsws.org/

        Maintenant, si Tsipras se décide à faire sécession par rapport à l’infâme UE, je serai le premier à réviser mon jugement et à l’applaudir.


      • lisandru Le 16 octobre 2016 à 13h29
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        un coup d’etat n’aurait jamais pu avoir lieu avec le referendum qu’il a remporté.
        a ce moment la il avait le legitimité requise pour dire a l’UE d’aller se faire voir.

        Il a eu peur, il s’est couché, trahissant son peuple.

        un coup d’etat style “revolution des oeillets?” certainement pas. Il a pensé, des le departs, que les rodomontades et le bluff suffiraient. Il n’a pas pris bruxelles au serieux. Il a mal jugé la volonté inflexible de ses ennemis. Il n’a pas compris que ce sont des integristes.

        Russie ou pas Russie, peu importe, c’aurait été evidemment plus facile avec un soutien etranger puissant, toutefois, meme unilateralement et sans aide exterieure, c’etait faisable.


        • red2 Le 17 octobre 2016 à 11h25
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          Souvenons nous du contexte de 2015 et du rapport de force : Merkel en Allemagne, Rajoy en Espagne, Hollande en France, Cavaco Silva au Portugal, Cameron, Renzi… Soit que la droite dure, ou des gouvernement sociaux libéraux de droite dure.

          De mon point de vu Tsipras à voulu jouer la montre pour attendre des élections dans les autres pays de l’UE qui lui ouvriraient une fenêtre plus favorable.

          En Espagne, Rajoy n’est plus au pouvoir et la situation est maintenant bloquée avec un Podemos à plus de 20% et des indignés aux mairies Madrid et Barcelone.

          En Italie ou la situation est toujours très instable, Renzi n’est plus du tout au faîte de sa puissance et la situation pourrait vite évoluer avec le 5 étoiles à la mairie de Rome et à 30 % dans les sondages. Par ailleurs on pourrait avoir de nouvelles élections après le referendum du 6 décembre.

          Au Portugal, la droite a perdu, les socialistes sont maintenant a la tête d’une coalition anti austérité avec une solide majorité de blocage pour les communistes et le podemos portugais.

          Au RU on a eu le Brexit et Cameron est parti et on a Jeremy Corbyn chez les travaillistes.

          Pour l’instant ça a pas mal bougé dans son sens, reste les élections en France en Allemagne et aux pays-bas en 2017 suite à quoi on pourra dire si oui ou non Tsipras a gagné son pari.


          • step Le 18 octobre 2016 à 14h21
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            Dans cette optique là, pourquoi faire des concessions ? Il suffirait de faire semblant d’avancer sur les “réformes exigées” (ah oui mais le parlement n’est pas d’accord, ha oui mais c’est compliqué à mettre en œuvre…) et compter sur le fait que l’eurogroupe doive se sauver lui-même (et donc faire rouler la dette grecque), en expliquant à sa population que la situation européenne est bloquée pour l’instant, mais que cela est en train de basculer. ça a l’avantage de jouer la montre sans frais, de dire des vérités à sa population (c’est pas négligeable pour la confiance de la population) et effectivement d’attendre le moment proprice. Non, là il a choisi la “collaboration”, et il finira comme tel.


      • Nic Enet Le 17 octobre 2016 à 22h03
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        Désolé Homère mais la trahison de Tsipras était annoncée, et par des textes dûment illustrés.


  5. Age du faire Le 16 octobre 2016 à 09h44
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    Quand on n’est JAMAIS écoutés, alors qu’on présente des solutions intelligentes et salutaires pour tous. ON PART!
    Car ces gens là ne changeront jamais , ils se croient toujours les plus forts!


  6. Jean-Paul B. Le 16 octobre 2016 à 13h38
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    Sachons tirer la leçon des malheurs de la Grèce:
    il faut se préparer à sortir de l’UE sans tarder, sinon quelque soit le choix des électeurs, c’est quand même la politique décidée par l’UE qui s’appliquera.
    Juncker l’a dit clairement lors de l’arrivée de Tsipras au pouvoir.
    Moralité: n’élisons plus ceux qui courbent l’échine devant les décisions de Bruxelles.


  7. labolisbiotifool Le 16 octobre 2016 à 15h07
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    Le blog d ‘ un Grec ( ex-Tsipras semble-t-il ) qui nous
    offre une fois la semaine un panorama de la vie la-bas .
    Il sait de quoi il parle , il est lucide , et plutôt pessimiste ,
    pour ne pas dire désespéré … Passionnant !

    http://www.greekcrisis.fr/

    Labolisbiotifool


    • step Le 18 octobre 2016 à 14h23
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      oulà non, il a toujours été au mieux dubitatif sur tsipras. Je suis sa fenêtre sur la Grèce depuis 3 ans déjà.


  8. RGT Le 16 octobre 2016 à 15h40
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    Bonjour Étienne.

    J’approuve totalement votre commentaire sur les ploutocrates qui manipulent les politiciens, mais nos voisins sont-ils prêts à se réveiller ?

    Personnellement, mon déclic personnel s’est fait en 1983.

    Et depuis j’attise la haine de mes congénères en leur apportant à chaque nouveau scandale de nouvelles preuves mais sans aucun effet si ce n’est la rancœur des “groupies” de l’inculpé…

    Comment voulez-vous “réveiller” des aveugles qui persistent à apporter leur soutien à des types qui ont été condamnés pour avoir braqué les comptes publics et continuent sans problèmes à exercer leur pouvoir de nuisance en toute légalité avec l’assentiment de leurs victimes.

    Je ne vois pas comment ils ne continueraient pas : Leur impunité les met à l’abri de toute sanction réelle et sérieuse et quand par hasard l’un d’entre eux est même “embastillé” pour des faits avérés il s’en sort avec les honneurs et devient “le meilleur d’entre tous”…

    Le monde politique est bel et bien la pire des mafias qui puisse infecter une nation.

    Le pire, c’est que les victimes en redemandent !!!


  9. Denis Monod-Broca Le 16 octobre 2016 à 17h36
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    Quand la réalité rejoint l’expérience

    Dans l’expérience de Milgram le “sujet”, obéissant à de strictes consignes, fait subir à son “élève”, pour chaque erreur qu’il commet, des décharges électriques de plus en plus fortes.
    La Grèce est dans la situation de l’élève, l’eurogrouoe est dans celle du sujet, sa croyance en l’euro lui tient lieu de consignes.
    Seule différence, mais de taille, ce n’est pas une expérience mais la réalité.
    L’élève, la Grèce, censée trouver des économies, faire rentrer les impôts, payer ses intérêts, etc… n’apprend ni assez bien ni assez vite… Alors à chacune de ses réunion l’eurogroupe lui envoie une nouvelle décharge. Nous savons qu’elle souffre, nous la voyons souffrir, mais l’obéissance est la plus forte, imperturbablement nous persévérons. Mais qu’elle apprenne bon sang !… et nous la laisserons tranquille. Mais pourquoi s’obstine-t-elle ainsi à ne pas apprendre ?! Mais pourquoi nous oblige-t-elle ainsi à la punir ?! Comme si ça nous faisait plaisir… Il ne tient qu’à elle, qu’elle prenne exemple sur l’Allemagne… c’est pourtant pas compliqué…
    Et à chaque fois la décharge est plus forte.


    • araok Le 17 octobre 2016 à 00h35
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      Dans l’expérience de Milgram les décharges électriques sont fictives et la douleur est simulée.
      Ce n’est pas vraiment le cas du peuple grec.


      • Denis Monod-Broca Le 17 octobre 2016 à 19h04
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        Je sais bien, et c’est ce que j’écris. Mais ceux qui envoient les décharges ne savent pas que celui qui les ressent mime la souffrance, qu’il fait semblant. L’expérience montre bien, justement, qu’il arrive que l’obéissance efface toute conscience morale, toute lucidité. Et c’est bien ce qui se passe : la Grèce souffre, nous le savons, mais la croyance en l’euro est la plus forte.


  10. Krystyna Hawrot Le 16 octobre 2016 à 18h39
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    C’est sur que les néolibéraux allemands et anglo saxons se font un plaisir de faire baisser la culotte à un chef de gouvernement issu d’un… parti communiste! Eh oui, on l’a oublié, les Synaspismos le parti de Tsipras, fut eurocommuniste, issu d’une scission du KKE. Irrésistible de faire payer 70 ans d’URSS et le relèvement de la Russie sous Poutine à un pauvre mec complètement lâche qu’est Tsipras. Et de montrer aux quidam européens qu’ils ne s’en sortiront JAMAIS avec la gauche. Les gens voient et regardent et votent donc extrême droite en se disant que là ils n’ont pas encore essayé…


  11. clauzip12 Le 17 octobre 2016 à 00h34
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    La situation de la France n’est pas très éloignée de la Grâce sur les fondamentaux:dette ,déficit budgetaire et de plus notre président respecte à la lettre(hormis le déficit budgétaire de 3,5(au lieu de 3%)Les recommandations de L’UE
    Les créancier font semble t il confiance en la France mais surtout,notre gouvernement a respecté les “recommandation” de l’UE autrement dit les ordres.
    Cela sous entend que le prochain gouvernement quel qu’il soit devra poursuivre et intensifier la politique actuelle.
    Les augures laissent penser à un président de droite.Son action ne pourra qu’accentuer la philosophie politique de l’actuel président.
    C’est tellement évident mais indicible que les prétendants ne parlent jamais de l’UE qui est la contraire majeure avec ses orientations néolibérales.
    Que restera t il d’une organisation institutionnelle à finalité sociale bien qu’en régression?
    Les fondamentaux de la République risques d’être réduits à un énoncé dans la constitution.
    Le conseil constitutionnel peut devenir l’ultime recours!…mais ne désespérons pas,les consciences s’éveillent lentement mais surement!


  12. step Le 18 octobre 2016 à 14h35
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    “Tsipras… n’a pas su créer un vrai climat de confiance avec des créanciers qui, eux, n’ont jamais vraiment oublié leurs objectifs politiques.” Tout est dit ! L’économie est la prolongation des rapports de forces sociaux par d’autres moyens.(ie formalisme scientifique qui est sensé “garantir” sa neutralité), mais la plupart des économistes font en réalité de la politique. Il existe plein de modèles économiques pour permettre plusieurs politiques.Il faut alors se poser la question des présupposés initiaux du modèle. Pas de frottement, liquidité totale, transparence totale… 1) c’est des foutaises 2) vous allez déguster en tant que “non-rentier”.


  13. Jean-Luc Le 19 octobre 2016 à 11h59
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    Une chose m’a surprise juste après le cinéma Tsipras&C°, dans une Grèce exangue,
    l’achat de plusieurs milliards en armement. Fantaisie ou obligation imposée par l’U.E., grande protectrice des investisseurs privés contre les peuples ?


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