Source : GEAB, du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique, Octobre 2016.

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Depuis que le GEAB existe, il a notamment pour vocation d’avertir les opinions publiques et décideurs européens que l’immense reconfiguration géopolitique globale impose de manière vitale à l’UE une mutation profonde. Au cœur de la crise systémique globale, la transformation du rôle et de la place des Etats-Unis dans le monde, associés structurels du projet communautaire depuis l’origine mais surtout depuis la chute du Mur de Berlin, accentue cet impératif d’adaptation non seulement des relations extérieures mais de la nature même de l’UE et de son administration la plus emblématique, la Commission européenne.

Dégradation visible de la relation transatlantique

Entre le refus franco-allemand de suivre les Etats-Unis dans leur guerre en Irak en 2003 et la « possibilité de Trump » à la présidence américaine en cette fin 2016, treize années se sont écoulées durant lesquelles les relations transatlantiques ont connu toutes sortes d’aléas : depuis de grands moments de symbiose apparente (élection de Sarkozy à la tête du plus anti-atlantiste de tous les pays l’UE en 2007, communion contre la Russie en 2014…) jusqu’aux plus profondes remises en question (crise des écoutes de la NSA, campagnes anti-TTIP…).

Mais notre équipe observe actuellement une intensification des indicateurs de rupture. Pour ne citer que les plus connus, remettant tous en question des points particulièrement fondamentaux de la relation transatlantique :

  • Mesures contre Barroso en réponse à son embauche par Goldman Sachs : le président de la Commission le plus emblématique d’un pro-atlantisme aveugle et inconditionnel embauché par l’institution financière américaine notoirement responsable de la mauvaise instruction du dossier sur l’état d’endettement de la Grèce dans le cadre de la décision d’intégrer ce pays dans la zone Euro… il y a quelques temps encore, ce genre de scandale aurait pu ne pas éclater ; cette fois, non seulement les médias s’emparent du sujet mais la Commission réagit en lui retirant ses droits d’entrée privilégiés liés à ses anciennes responsabilités ; un collectif de fonctionnaires signe une pétition « pas en notre nom »…
  • Application de mesures de réciprocité en matière de visas entre Amérique du Nord et UE : en application des principes de solidarité européenne, la Commission européenne a durci le ton vis-à-vis des Etats-Unis et du Canada qui appliquent toujours une politique de visas aux ressortissants de certains pays de l’UE ; elle menace de mettre en place une mesure de réciprocité en demandant des visas aux ressortissants américains et canadiens voyageant en Europe ; en juillet dernier, elle a finalement laissé un délai de 6 mois à ces deux pays pour supprimer les demandes de visas pour tous les pays de l’UE sinon la mesure de réciprocité sera appliquée. A suivre à la fin de l’année donc, mais on dirait tout de même vraiment que l’UE via la Commission européenne ait décidé de moins se faire marcher sur les pieds par ses grands alliés nord-américains…
  • Déclarations simultanées de Gabriel (DE) et de Hollande (FR) tentant d’enterrer le TTIP : cet été, le Ministre allemand de l’économie, Sigmar Gabriel, et le Président français, François Hollande, ont fait des déclarations convergentes sur le fait que le TTIP était mort-né et que les négociations devaient être arrêtées, donnant lieu à des échanges acerbes entre Hollande et Juncker.
  • Réactivation des projets d’une Europe de la Défense suite à la sortie de la Turquie de l’OTAN : notre équipe a anticipé en début d’année la fin de l’OTAN ; le fait est que l’Alliance est en piteux état désormais, notamment depuis que Erdogan a remis de l’ordre dans son armée – première armée de l’OTAN en effectifs après l’armée américaine, rétabli de bonnes relations avec la Russie et tourné le dos à l’UE. Suite et fin d’une longue page de l’histoire stratégique des relations transatlantiques … et l’UE peut lancer son projet d’Europe de la défense.
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Figure 1: Dépenses et effectifs des armées de différents pays. Source : WSJ

  • Remise en question de la quasi-défiscalisation des grandes multinationales américaines en Europe symbolisée par l’affaire Apple : les 13 milliards d’arriérés d’impôts demandés par la Commission européenne à Apple servent bien sûr une stratégie commune interne visant à redonner au continent une capacité de prélèvement fiscal ; il n’a néanmoins échappé à personne que les Etats-Unis étaient également visés à travers Apple, dans le cadre probablement d’une certaine réciprocité là encore aux amendes faramineuses imposées par le gouvernement américain aux banques européennes, mais plus largement sans doute dans le cadre d’une profonde remise en question des avantages tacitement acquis par les Etats-Unis grâce à l’ « inconditionnalité à sens unique » de la relation transatlantique.
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Figure 2: En haut : amende d’Apple comparée à ses profits (source : Dailymail). En bas : coût pour les banques des amendes et frais de justice (80 % du total venant des États-Unis), 2009-2014 (source : BCG).

Brexit et « possibilité de Trump / probabilité d’Hillary » à l’œuvre derrière cet affaiblissement

Deux facteurs convergent et contribuent à accélérer ce « largage » de l’Amérique par l’Europe :

  • Ce que notre équipe appelle « la possibilité de Trump » qui, au-delà de la réalité de l’élection effective de Trump à la tête des Etats-Unis en novembre prochain, impose à l’UE (et au reste du monde d’ailleurs) de voir que la première puissance mondiale est désormais capable d’élire ce genre de dirigeant. S’ajoute à cette « possibilité de Trump », l’inquiétude, celle-ci moins visible, que suscite la « probabilité d’Hillary » en Europe, dans le monde et même dans les opinons publiques américaines. Entre la « peste et le cholera », les perspectives sur la prochaine présidence des Etats-Unis provoquent la rupture des liens qui retenaient ensemble les deux rives de l’Atlantique.
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Figure 3: pourcentage d’opinions défavorables en mars-avril parmi les candidats républicains et démocrates, 1980-2016. Source : Roper center.

  • Le Brexit bien entendu, qui sort de l’UE le pays qui a servi la stratégie américaine en Europe depuis trente ans. Cela dit, notre équipe estime qu’en sortant de l’UE, le Royaume Uni se libère aussi du rôle, devenu structurel et remis en question par les nouvelles alliances de ce pays avec la Chine, qui lui avait été imparti par les Etats-Unis par rapport au continent. Ce n’est donc pas seulement l’UE qui se libère de la tutelle américaine en se débarrassant du RU, mais aussi d’une certaine manière le RU qui se libère de la tutelle américaine en se dégageant de l’UE…

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6 réponses à [GEAB] Quel avenir pour la Commission européenne dans la grande redéfinition de la relation transatlantique?

  1. Fabrice Le 13 octobre 2016 à 05h58
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    Enfin le truc c’est toujours pareil! Pas un pays en Europe n’a besoin d’un gros machin comme la commission européenne pour dire stop aux yankees et autres va t’en guerre! Il vont nous faire quoi sinon! Combien d’emplois perdu?! Combien de contrats?! Rien! Nada! Toutes les sociétés boursières continuerons à employer la matière grise et les bras là où ils se trouvent. (Ça a dire partout maintenant) et à s’évader fiscalement puisque c’est autorisé partout!
    Tout ça c’est du vent.


  2. Duracuir Le 13 octobre 2016 à 07h41
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    Une armée européenne? Avec les Baltes et les Polonais?
    De quel droit? Avec quel mandat?
    ça va pas la tête non? Vous ne voulez pas que mes enfants prennent des bombes atomiques pour complaire à l’hystérie russophobe et americanolâtre de ces pays.
    NIET!


  3. Toff de Aix Le 13 octobre 2016 à 07h46
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    Autant le GEAB avait une vraie pertinence avant la crise de 2008,et sur les 3/4 années suivantes, en ayant anticipé correctement les subprimes notamment, autant son européisme forcené l’aveugle depuis quelques années, lui ôtant une bonne partie de sa crédibilité selon moi.

    Affirmer que c’est un point positif qu’hollande “tente d’enterrer le TTIP” alors que tout le monde sait que c’est pour mieux le faire passer par la commission européenne, c’est tout simplement faire preuve d’une mauvaise foi qui confine au délire. Dans le même ordre d’idées, parler de la “réactivation d’une Europe de la défense” alors que celle-ci n’a jamais existé prouve un aveuglement plus qu’incomprehensible.

    Vraiment dommage.


    • kèsse Le 13 octobre 2016 à 08h54
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      Le positionnement du geab est tout politique … il a toujours été pro-européen, et ne tolère la critique de l’union européenne que lorsque celle-ci n’est pas menacée … sinon, ils servent la soupe ronflante d’une possible évolution des institutions …
      Position cohérente, s’il en est, faire vivre la critique en temps calme et scénariser les “progrès” en temps houleux, c’est à travers cette ligne de conduite qu’il faut les lire.


    • coyote Le 13 octobre 2016 à 10h35
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      Je pense que le décès en 2011 du coordinateur scientifique de leap, Frank Biancheri a été une grande perte pour la qualité de leurs publications
      https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Franck_Biancheri


  4. Le Wallon Le 13 octobre 2016 à 10h15
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    Le problème réside dans le fait que les peuples d’Europe (hormis les Baltes et les Polonais) sont massivement anti-américains pour de multiples raisons dont certaines remontent à la Seconde Guerre mondiale (une victoire usurpée par les Etats-Unis en niant le fait que c’est l’URSS qui paya le prix fort pour notre liberté, la volonté de mettre la France au pas, les viols commis en France et en Grande-Bretagne par les “gentils” soldats américains, …), mais que les partis de droite sont profondément marqués par l’empreinte d’Oncle Sam (il suffit de savoir que le fils de Nicolas Sarközy Nagy-Bosca est cadet à l’Académie Militaire américaine de Valley-Forge) ainsi que les institutions européennes (Barrosso chez Goldman-Sachs).

    La colère (pour ne pas dire la haine) contre l’Amérique grandit jour après jour chez-nous, cela peut se constater quotidiennement.
    Un jour celle-ci explosera.


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