Quand tu es progressiste, et que tu te fais quasiment traiter de “réactionnaire” par le chien de garde de l’Opinion…

Source : L’Opinion, Eric Le Boucher, 07/08/2016

« Désolant qu’un idéaliste de gauche comme le professeur Stiglitz en arrive [dans son dernier livre] à livrer des justifications inespérées pour des forces nationalistes les plus étroitement réactionnaires »

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Au centre de la cible populiste, il y a toujours l’Europe. L’Europe, c’est-à-dire l’idée que les peuples puissent s’entendre avec des peuples très différents, qu’ils puissent faire route ensemble malgré les guerres passées, les origines, les cultures et les religions dissemblables. L’Europe surpassement des nationalismes est la construction qu’il faut démolir. Si l’Europe marche, fini le populisme ! Si le populisme l’emporte, finie de l’Europe ! La bataille est une lutte à mort.

C’est dire combien il est désolant de voir les Américains attaquer l’Europe. Et en particulier de lire un Joseph Stiglitz faire de l’euro le responsable de tous nos malheurs (*). Le Prix Nobel d’économie est radical : l’euro qui devait rapprocher les Européens aboutit, après dix-sept ans d’existence, « à relancer les conflits, à nourrir de nouvelles crises, à provoquer des colères et des haines ».

Le neuf n’est pas dans l’argumentation déjà entendu mille fois. L’euro est une « tragique erreur » parce qu’on ne fait pas une monnaie commune sans union politique. Les Etats-Unis avaient servi de modèle : l’économie à grande échelle avec une monnaie unique, imitons-les, disaient les concepteurs européens. Mais ils n’ont pas mis en place les conditions politiques pour que l’euro marche. Et à cette construction bancale, s’est ajoutée une « fausse » politique économique, l’austérité, imposée par l’Allemagne. Du coup, l’euro qui devait, au départ, provoquer une convergence des pays membres, conduit à son contraire, la divergence, sur laquelle poussent les nouveaux reproches.

Pour Joseph Stiglitz, l’Europe n’est pas une belle idée d’entente mais une méchante colonisation du Sud par le Nord, des pays débiteurs par les pays créditeurs

Intérêts allemands. Ce qui est neuf chez Joseph Stiglitz en revanche, c’est de le voir rejoindre les thèses complotistes des populistes. Si l’Allemagne impose l’austérité, ce n’est pas par fausse conception intellectuelle, c’est par pur intérêt. Et de nous narrer l’exemple les normes sur le lait de brebis imposées par la Commission européenne aux éleveurs grecs, à savoir que le label « lait frais » devait ne pas dater de plus de quatre jours. Ces normes « étaient dictées par les producteurs laitiers allemands et danois » qui voulaient s’emparer du consommateur grec. La loi de Bruxelles n’a pour objet en vérité que d’ouvrir les marchés aux industriels nord-européens.

De même, le refinancement d’Athènes n’aurait pas été accordé pour que le pays puisse survivre et rester dans l’euro mais principalement pour éviter des pertes vertigineuses aux banques germaniques et françaises. Autrement dit, l’Europe n’est pas une belle idée d’entente mais une méchante colonisation du Sud par le Nord, des pays débiteurs par les pays créditeurs. L’Europe n’est pas un projet humaniste, c’est une nouvelle version de la politique de la canonnière.

Le désolant est de voir un économiste de gauche, très influent, rejoindre les populistes dans leur déni que les europhiles puissent agir par belle âme. La belle âme n’existe pas, l’humanisme n’est que le paravent d’intérêts très bas, affirment les populistes. La critique radicale de l’Europe ne doit plus se sentir retenue par une sorte de mauvaise conscience d’être « in-humaniste ». Non l’Europe n’est qu’une construction au service des gros industriels allemands. La descente en flamme est permise.

Désolant qu’un idéaliste de gauche comme le professeur Stiglitz en arrive à livrer des justifications inespérées pour les forces nationalistes les plus étroitement réactionnaires. Pourquoi cette accusation radicale de l’euro qui aboutit à un tel changement de rive ? Le livre de Stiglitz est révélateur de l’impasse intellectuelle de l’extrême gauche. Car le professeur ne pousse pas sa logique, il ne va pas jusqu’à l’abandon de l’euro. Il conserve l’euro et admet donc que, contrairement à ce qu’il laisse comprendre, la monnaie n’est pas la cause fondamentale de la faiblesse économique européenne. Joseph Stiglitz dit, comme les europhiles, que le coupable n’est pas l’euro mais son incomplétude.

Compromis politique. Et il les rejoint entièrement par la suite. Pour que l’euro marche, le professeur d’économie ne demande rien d’économiquement révolutionnaire : une union bancaire, une politique monétaire accommodante qui cesse de s’obnubiler de l’inflation, la fin de l’austérité et une politique fiscale de lutte contre les inégalités. Liste dont l’essentiel est déjà en cours et le reste, comme la fiscalité, relève plus de la situation américaine qu’européenne. Alors que manque-t-il ? Le compromis politique justement. L’idéalisme économiste a butté il y a dix-sept ans sur le manque politique, il y butte toujours. La cible de l’attaque stiglitzienne ne devrait pas être l’enfant euro mal engendré mais ses parents inconséquents.

Il revient au Prix Nobel de trouver le bon compromis ricardo-keynésien d’aujourd’hui, un entre-deux franco-allemand qui réunirait les deux pays et leur permette enfin d’avancer

Le professeur serait d’un bien plus grand secours pour l’Europe s’il portait là ses influentes flèches. Oui l’euro est menacé de démantèlement mais pas à cause de son objet, à cause des gouvernements incapables d’avancer vers ce qui est nécessaire et connu depuis le départ. Comme le dit Jean-Louis Bourlanges (l’Opinion du 29 décembre 2015), qui a été député européen pendant dix-huit ans, « ceux qui dirigent l’Union depuis 1995 sont des eurotièdes, aussi incapables de faire marche arrière que d’aller de l’avant, de dire oui que de dire non à la Turquie, de sortir de l’euro que de bâtir une politique économique commune, de donner les moyens nécessaires à l’Europe de Schengen que de rétablir les contrôles aux frontières nationales ».

Déclin européen. Joseph Stiglitz rend l’Allemagne responsable du déclin européen par égoïsme de ses seuls intérêts. On aurait préféré que le professeur réponde à la question posée par les Allemands : Comment se fait-il que la politique monétaire laxiste au niveau mondial et le maintien de déficits budgétaires considérables dans beaucoup de pays n’ont toujours pas permis une sortie de crise complète ? L’argent facile n’est-il pas devenu trop facile et pervers ? Il revient au Prix Nobel de trouver le bon compromis ricardo-keynésien d’aujourd’hui, un entre-deux franco-allemand qui réunirait les deux pays et leur permette enfin d’avancer. Hélas, comme poursuit Jean-Louis Bourlanges : « L’Allemagne s’enferme, sous la houlette de sa Cour constitutionnelle, dans un souverainisme tranquille qui la condamne au statu quo. Quant à la France, elle s’est disqualifiée en profondeur en refusant de faire de vraies réformes et en ne tenant aucun de ses engagements. »

Le bon livre sur l’euro serait celui qui donne le chemin de sortie économico-politique plutôt que de renforcer les critiques populistes.

OB : Comme a dit Todd : Vous avez soutenu l’euro comme de sagouins depuis 20 ans, maintenant ne nous demandez pas comment le faire marcher (c’est impossible…), démerdez-vous !

The euro : How a Common Currency Threatens the Future of Europe, par Joseph Stiglitz. Editions W.W.Norton &Cie

Source : L’Opinion, Eric Le Boucher, 07/08/2016

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38 réponses à Europe : quand Joseph Stiglitz sert les populistes, par Eric Le Boucher

Commentaires recommandés

Caliban Le 12 août 2016 à 02h09

Quand on en est à justifier l’UE par l’argument de la concorde entre les peuples et à qualifier les europhiles de “belles âmes” … c’est vraiment qu’on est à court d’idée pour masquer la vérité. Il nous donnerait presque envie de chialer.

Si on suit M. Le Boucher, le débat se situe entre les idéalistes dont il ferait partie et les complotistes, dont ferait partie M. Stiglitz.

J’aurais tendance à croire que M. l’éditocrate d’Europe1 est en pleine confusion mentale. Il confond idéaliste et idéologue, et une belle âme avec un employé de Goldman Sachs.

  1. natoistan Le 12 août 2016 à 01h49
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    L’Opinion combien de lecteurs?…il vaut mieux en rire


    • Olivier Berruyer Le 12 août 2016 à 10h42
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      Justes les élites influentes…


  2. Caliban Le 12 août 2016 à 02h09
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    Quand on en est à justifier l’UE par l’argument de la concorde entre les peuples et à qualifier les europhiles de “belles âmes” … c’est vraiment qu’on est à court d’idée pour masquer la vérité. Il nous donnerait presque envie de chialer.

    Si on suit M. Le Boucher, le débat se situe entre les idéalistes dont il ferait partie et les complotistes, dont ferait partie M. Stiglitz.

    J’aurais tendance à croire que M. l’éditocrate d’Europe1 est en pleine confusion mentale. Il confond idéaliste et idéologue, et une belle âme avec un employé de Goldman Sachs.


  3. Spectre Le 12 août 2016 à 02h11
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    Comme le dit Jean-Louis Bourlanges (…), « ceux qui dirigent l’Union depuis 1995 sont des eurotièdes

    !! Ben dites donc ! Si « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » c’est encore trop tiède pour vous, c’est quoi la prochaine étape ? Des camps pour « europhobes » ?

    Il revient au Prix Nobel de trouver le bon compromis ricardo-keynésien d’aujourd’hui, un entre-deux franco-allemand qui réunirait les deux pays et leur permette enfin d’avancer.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Quadrature_du_cercle

    Eric Le Boucher refuse de voir que le divin projet échoue précisément parce qu’il y a incompatibilité entre les modèles sociaux, la culture politique et les conceptions/stratégies économiques des différentes nations. Son incapacité à admettre et penser la conflictualité l’empêche de se reconnecter avec le réel, et le conduira logiquement à balayer d’un revers de main tout ce qui contredit le Dogme — entre autres, un petit caillou dans la chaussure nommé « peuple ».


    • Hod Le 12 août 2016 à 11h43
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      La quadrature du cercle est parfaitement possible. Seule la quadrature du cercle avec les outils classiques du geometres, la regle et le compas, est impossible.

      Votre erreur est interessante. Une Union netre France et Allemagne, cercle est carre, n’est pas possible avec les outils classiques, Euro et Liberalisme. Affranchissons-nous de ces outils. 🙂


  4. St3ph4n3 L. Le 12 août 2016 à 04h17
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    Si les europhiles sont de “belles âmes” (tiens… du vocabulaire religieux), alors le revers de cette médaille est que beaucoup semblent aussi et autant europhages, c’est-à-dire des “gros gloutons” d’€ (souvenons-nous du cas récent Barroso). D’un côté donc l’esprit et de l’autre le corps. L’UE n’est pas seulement une “religion féroce”, pour reprendre l’expression de P. Jorion, c’est aussi un cl€rgé vorac€. En bref, rien que de très et trop connu.


  5. bm607 Le 12 août 2016 à 05h41
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    “Désolant qu’un idéaliste de gauche comme le professeur Stiglitz en arrive à livrer des justifications inespérées pour les forces nationalistes les plus étroitement réactionnaires.”

    Comme d’habitude on trouve encore et encore cette manière de manipuler en fourrant dans un grand sac d’infamie ce qui ne suit pas la “bonne” ligne : “Force Nationalistes les plus étroitement réactionnaires”, on sent que c’est vilain, que c’est presque les initiales des 2 premiers mots quoi (ça sonne un peu pareil, hasard sans doute), c’est le camp du mal autrement dit (ce ne sont pas les termes “amour de son pays et des siens” qui ont été choisis). Et on s’en rapprocherait si on pensait comme J. Stiglitz.

    Un genre de point Godwin déguisé, subliminal.
    Mais qu’on place là innocemment, ça donnera toujours mauvaise conscience pendant les 2-3 secondes que dure la lecture de la phrase, et en accumulant des secondes de mauvaises conscience, on grave doucement les idées.

    La première partie de la phrase, c’est un classique aussi : Stiglitz est intelligent, il est de gauche, vous voyez je suis d’accord, baissez votre garde.
    MAIS…

    Le reste du texte est à l’avenant. Manipulateur, non pas à jeter mais à lire à 180° de ce qui est dit.
    Mais il est parfois intéressant de disséquer rapidement une simple phrase, révélatrice des techniques de manipulation de son auteur.


    • UltraLucide Le 12 août 2016 à 10h43
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      Toujours l’équation souverainistes = fascistes imposée par les fanatiques eurocrates depuis le Brexit. Pour eux, Stiglitz est un traître déviant qui devrait être rééduqué dans un camp.
      l’UE et Goldman Sachs commencent à trouver certains attraits à Pol-Pot et Staline…..Ils songeraient visiblement à créer un Homo Europeanicus nouveau et libéré de ses racines traditionnelles.


  6. DUGUESCLIN Le 12 août 2016 à 05h41
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    Comme d’habitude, toujours le même vocabulaire, la gauche, les réactionnaires et les populistes.
    Ces mots sont accusatoires. Ils sont utilisés pour cacher la réalité, pour déformer les pensées et opposer une “fin de non recevoir” au débat. Vous êtes catalogué et discrédité avant tout débat.
    Vous êtes de “gauche”, donc un homme bien, mais vous faites le jeu des populistes et des réactionnaires, donc un homme mauvais.
    Il y a des gens de gauche et de non-gauche qui réfléchissent et qui n’ont pas besoin d’être “catalogués” dans un faux camp.
    Comme d’habitude ce vocabulaire éculé sert à fermer le débat.


    • LecteurduMonde Le 12 août 2016 à 06h44
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      Mais vous n’y êtes pas du tout mon pauvre ami.

      Ce que Le Boucher explique ici c’est qu’une bonne entente entre les peuples c’est super. Or il existe d’autres gens qui n’aiment pas ça, c’est les réactionnaires populisto-complotistes qui détestent l’autre, ils ont la haine de l’autre.

      Pourquoi ? Je sais pas, c’est un peu des monstres en fait.

      Et comme l’Europe est une idée (n’écoutez pas ces géographes néo-populistes qui disent que c’est un continent) qui a pour mission sacrée de faire en sorte que les peuples européens vivent dans l’harmonie, la joie, la plénitude et la paix (oui LA PAIX vous dis-je) ; il est de notre devoir de soutenir l’Europe, louée soit son nom.

      Cela ne vaut-il pas les quelques menus sacrifices que constituent la désindustrialisation, le chômage de masse et le chaos social qui en est la conséquence ? Je crois que oui. Et si vous n’êtes pas d’accord c’est que vous êtes un néo-nationaliste à tendance rouge-brune.

      Vive l’Europe !


      • DUGUESCLIN Le 12 août 2016 à 09h16
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        Bien dit.
        En résumé les européistes sont les ennemis des européens. Ils n’aiment ni l’Europe
        (la vraie, celle des peuples) ni les européens qui en sont les peuples et la constituent.
        Mais le plus grave c’est quand les peuples d’Europe se reconnaissent entre eux et aspirent à l’amitié et la fraternité. Seule la paix européiste est acceptable, mais pas l’amitié et l’alliance des peuples dans le respect de chacun, sans la dictature de Bruxelles..


        • madake Le 12 août 2016 à 11h25
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          @Dugesclin

          En fait la pernicieuse subtilité de la chose, dans laquelle on veut nous faire tomber,

          c’est l’assimilation implicite, de l’idée généreuse d’amitié entre les peuples: l’Europe
          A
          l’Union €uropéenne, instrument technocratique du capitalisme libéral antidémocratique.

          Voilà le tour de passe-passe.

          Ainsi ficelé le paquet, dès que vous vous opposez à l’ineptie technocratique liberticide, on vous oppose l’amitié entre les peuples, et qu’il faut être un âne bâté, nationaliste, comme vous, pour ne pas comprendre que c’est pour la paix, et comment pouvez-vous vous êtes pour la guerre?

          Si vous êtes pour la paix, vous devez être pour l’Union €uropéenne, Oups! Pardon pour l’€urope!!

          Il faut guerroyer sans fin contre cette assimilation, et notez bien que que pour le faire, vous devez contre-argumenter qu’en éclaircissant cette confusion généralisée par tous les médias.
          Mais comment l’amitié entre les peuples peut-elle exister, dans l’asservissement économique, technocratique et financier?


          • Ailleret Le 12 août 2016 à 11h44
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            Pour contrer l’amalgame entre l’Europe et l’Union €uropéenne, on peut rappeler que l’Europe inclut la Russie…
            Quant à l’amitié entre les peuples, on peut rappeler comment l’U€ a réveillé la haine entre les Grecs et les Allemands.


          • madake Le 12 août 2016 à 11h59
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            Qui a dit que l’amitié entre les peuples impliquait l’asservissement économique, et la compétition salariale entre nations?
            Qui peut citer ce grand économiste démocrate?
            Personne?

            Et pourtant, c’est bien ainsi que nos politiques élus nous ont vendu l’idée:

            Amitié entre les peuples: Europe
            +
            Union Européenne: l’outil de domination technocratique
            +
            €uro: l’arme d’asservissement économique

            = €urope

            Notez bien le changement de majuscule.
            Voyez comme le tout dépasse de loin la somme des parties.
            Il faut traquer sans relâche cette imposture intellectuelle qui stérilise la réflexion et le débat.


  7. wuwei Le 12 août 2016 à 08h45
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    Le Boucher, tout à son européisme béat et son libéralisme mortifère, ne se rend même pas compte que ce sont ses propres divagations et les reniements des politicards qu’il défend qui ont saccagé ce qui aurait pu et du être une belle construction pour et part les peuples. Aussi, angoissé par l’inévitable destruction de son beau joujou, il n’a de cesse d’en reporter la responsabilité et son mépris, sur ce “populisme” honni par lui et ses pairs et qui n’est que le réceptacle de la colère des citoyens.


    • UltraLucide Le 13 août 2016 à 10h38
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      En effet, quand on voit le pédigrée de ce monsieur, ça laisse songeur pour le moins. Avec une armée de types comme ça dans les allées du pouvoir, on est plutôt mal barrés. On lui doit cependant une analyse pertinente de l’immobilisme économique français des années Chirac. Mais comme beaucoup de gens de sa génération, il est tombé dans les filets de la propagande europeo-mondialiste et en est devenu un fervent propagateur. Il a été membre de la “Commission Attali”
      “L’immigration sera la chance de nos économies”, “Les bienfaits de l’immigration”, tels sont les titres de certaines de ses productions….
      C’est étonnant, on ne voit sur son grand front d’intellectuel aucune trace ni cicatrice de sa lobotomie..
      Visiblement, ça l’embête profondément de commencer à se rendre compte que Stiglitz pourrait, en fin de compte, avoir tout simplement raison!
      Comme il a eu raison sur le FMI.


  8. Zatouna Le 12 août 2016 à 09h26
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    A l’inverse des commentaires précédents, je le trouve bon cet article !

    1. L’Opinion, à l’inverse de la presse dominante, dit toujours clairement d’où il parle, et est globalement cohérent avec sa ligne éditoriale libérale européiste assumée. Le lecteur peut alors interpréter le propos éditorial efficacement au lieu d’essayer de décripter à qui il a affaire.

    2. La thèse du livre de Stiglitz est parfaitement et honnêtement résumée : l’union monétaire sans union politique n’a aucune chance de fonctionner, notamment si les flux de transfert qui devraient compenser, voire inverser, la divergence des compétitivités nationales sont insuffisants. Rester dans la situation actuelle envoie dans le mur, il faut donc soit défaire l’euro, soit mettre en place les flux de transfert dont les Allemands ne veulent pas (au moins 10% de leur PIB, on peut comprendre).

    3. Le journaliste oppose à la rationalité de Stiglitz dont il ne déforme pas le propos, ses pauvres arguments moraux, exposant sans malice ses propres contradictions, et dévoilant la faiblesse de la posture libéralo-européiste.

    Le lecteur peut donc utiliser son esprit critique, entre raison et morale.


    • Kiwixar Le 12 août 2016 à 11h05
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      “Mais ils n’ont pas mis en place les conditions politiques pour que l’euro marche.”

      Essentiellement (comme vous le soulignez) la question des flux de transferts, qui sont aux US de 3.5% du PIB (il me semble, selon un commentaire sur ce blog) alors que pour l’UE ce sont des pouïèmes. Ca fait des décennies que l’Italie du Nord file du pognon à l’Italie du Sud, je n’ai pas l’impression que ça ait inversé quoique ce soit au niveau de la divergence des compétitivités entre le nord et le sud, ou que ça ait servi à quoique ce soit.

      Alors, aller expliquer aux Allemands (qui ont leurs propres problèmes de misère et de retraites à financer), qu’ils vont aller devoir se saigner (job à 0.5 EUR de l’heure, anyone?) pour des étrangers sud-européens…. ? Est-il légitime d’essayer d’imposer des “conditions politiques” si 90% de la population est farouchement contre? ou même 35%?


      • Wilmotte Karim Le 12 août 2016 à 11h41
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        Sauf que ces 10% de PIB, ils vont les perdre dans tout les cas.
        Si les autres sortent de l’UE et dévaluent, leur consommation va baisser.

        On peut envisager que l’Allemagne soit moins touchée que d’autres. Mais certainement pas qu’elle ne soit pas touchée par ce rééquilibrage.

        Et si ces rééquilibrages sont trop rapide, on risque une contraction massive des PIB sur la zone et des tempêtes puissantes causées par les dévaluations massives.

        Ce serait mieux (en ce compris pour les Allemands) qu’une solution tenant compte des intérêts populaires sur la zone soit prise. Mais de fait, le … populisme (?) allemand et des autres pays du “Nord” risque d’empêcher que cela se fasse.

        On va donc vers une crise (en plus du problèmes de baisse du taux de profit et de sur-accumulation mondial). Et il n’est pas absolument certain qu’elle ne débouche par sur une guerre. Par contre, ce sera peut-être la dernière guerre…


    • pipo Le 12 août 2016 à 11h09
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      “Le journaliste oppose à la rationalité, ses pauvres arguments moraux, exposant sans malice ses propres contradictions.”

      C’est ça,
      la rationalité de Stiglitz le met face à ses contradictions, face à la réalité. Dans l’impossibilité de reconnaitre ses contradiction, il accuse le system d’être pervers (argent facile et pervers).
      Le problème c’est donc les peuples (les populistes dans leur déni que les europhiles puissent agir par belle âme). Voila, les belles âmes, ce sont eux en vers et contre tous.
      Total inversion des rôles. C’est ça qu’on appelle une perversion.


    • dervan Le 12 août 2016 à 11h33
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      Bof car justement la seule fois où il oppose un semblant de raisonnement économique à Stiglitz, il parle ” de trouver un compromis ricardo -keynésien”, expliquez moi d’ abord honnêtement ce que celà signifie car l’ argument me paraît fumeux… quant à l’ axe franco – allemand, moteur de l’ Europe ,
      l’ Allemagne , moteur oui mais la France? roue du carrosse, non?


    • Jusdorange Le 13 août 2016 à 00h26
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      @ Zatouna

      Votre commentaire est bon. Vous formulez cependant des attentes que je considère trop basses envers les journalistes. Que ceux-ci disent clairement ce qu’ils pensent c’est le minimum. Que ceux-ci l’expriment sous forme de raisonnement et non sous forme de poncifs éculés jusqu’à la moelle, de prémisses non démontrées, de voiles pudiques jetés sur les questions essentielles, et d’appels à l’indignation, c’est également ce que l’on devrait lire dans un bon article.

      Or tel n’est pas le cas avec celui-ci, qui n’est de qualité que par comparaison avec les journaux grands publics.

      Il se peut toutefois que face à un article qui souffrirait des mêmes travers, mais avec qui je serais en accord sur les conclusions, je me sois rendu coupable d’une trop grande indulgence alors que l’on pourrait faire la même critique. Il n’empêche que dans tous les cas on est légitime d’attendre d’un article que celui-ci soit à la fois honnête et raisonnable, et pas seulement honnête.


  9. Grégory Le 12 août 2016 à 10h39
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    C’est rigolo, ce qui l’embête semble être que Stiglitz ne reconnaisse pas les bonnes intentions.


  10. simohand Le 12 août 2016 à 10h50
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    bref le professeur Stiglitz est ce que les “néo” cons dénoncent comme étant des rouges bruns, CAD tous les intellos de gauche dont les idées sont trahies par les socialos et récupérées par l’extréme droite populiste ainsi que leur éléctorat
    pourtant qui a voulu faire tomber l’euro ? et tous les neuneus des médias et méme Jacques Attali l’avaient cru et poussaient dans le méme sens
    (George Soros: il reste “3 mois pour sauver l’euro”)
    Le HuffPost/AFP
    Publication: 03/06/2012 18h23


  11. DUGUESCLIN Le 12 août 2016 à 12h17
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    Comment peut-on parler de l’union européiste de la paix, quand tous les médias nous invitent à détester le plus grand pays d’Europe, qui est la Fédération de Russie.
    Demain matin je pars pour Moscou, dans cette belle et grande capitale européenne, belle comme toutes les capitales européennes que j’aime.


    • Kiwixar Le 12 août 2016 à 22h16
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      Les merdias effectuent justement un glissement volontaire pour exclure la Russie de l’ “Europe”.
      “UE = l’Europe” (à toutes les sauces)…. “sortir de l’UE = sortir de l’Europe”…
      >> La Russie” = pas l’Europe ?

      Un peu le même glissement avec les USA = “l’Amérique”….


  12. georges glise Le 12 août 2016 à 12h47
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    monsieur le boucher (ou le bouché) est inintéressant, alors que stiglitz est passionnant, et d’une clairvoyance rare. dès que quelqu’un n’est pas d’accord avec la doxa ultralibérale, le boucher et consorts (qu’on les sorte!) sortent l’artillerie contre le populisme!


  13. Ari Le 12 août 2016 à 13h37
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    Je pensais qu’en novlangue populiste signifiait populaire, je m’aperçois en lisant l’article que populiste signifie en fait lucide.


  14. Grim Le 12 août 2016 à 14h45
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    “De même, le refinancement d’Athènes n’aurait pas été accordé pour que le pays puisse survivre et rester dans l’euro mais principalement pour éviter des pertes vertigineuses aux banques germaniques et françaises.” Même le FMI l’avoue ! Sur quelle planète vit-t-il ?! http://information.tv5monde.com/info/grece-le-rapport-tres-embarrassant-qui-met-en-cause-le-fmi?hash=e1031457-4823-4ea2-800d-0a041a045681&utm_medium=social&utm_source=facebook

    “Le livre de Stiglitz est révélateur de l’impasse intellectuelle de l’extrême gauche.” Ah parce qu’être Néo-keynésien c’est être d’extrême-gauche maintenant ? Bernanke, Krugman et cie sont des trotskistes ? Qu’est ce que doit être l’extrême-droite !

    Surtout qu’apparemment Stiglitz propose une “monnaie commune” à la place, il ne fait donc pas le jeu des “nationalistes repliés sur eux-mêmes pas beaux”


  15. Sam Vapa Le 12 août 2016 à 14h58
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    Forces Nationalistes étroitement réactionnaires: 4 mots négatifs, il fait fort Le Boucher !
    Nous pourrions lui rétorquer sur le même registre : Forces Européistes étroitement anti-démocratiques, et le débat serait clos!

    Et vas y que je te convoque tout le patos des Européistes: complotisme ! nationalisme ! réactionnaire ! ben voyons !
    Nos dirigeants seraient des européistes tièdes : destruction du code du travail ! casse des services publiques ! immigrationisme délirant ! Délocalisations généralisées ! directives (obligatoires) de la commission bruxelloise ! stigmatisation des opposants (complotistes, réactionnaires, populistes, nationalistes) ! , collusion avec les lobbys financiers (Barroso, Draghi) et industriels (Monsanto, Pioneer)!, austérité généralisée comme horizon !
    Effectivement c’est un peu tiède !!!

    Monsieur Le Boucher, votre UE sent le sapin !


  16. RGT Le 12 août 2016 à 17h39
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    Ne vous en faites pas, les “élites” sont eurolâtres depuis des siècles.

    Vous me répondrez que les guerres sont la meilleure preuve de la bêtise de mon affirmation.

    Ce à quoi je vous demanderai de réfléchir un peu…

    Qui s’est fait des c…. en or en fournissant du matériel militaire aux gouvernements (de manière équitable pour que le conflit dure le plus longtemps que possible) ?

    Et qui s’est fait “péter la gueule” pour défendre des concepts à la con inventés de toutes pièces pour permettre à ces “messieurs” d’engranger des profits ?

    Que certains membres influents de l’élite” traitent de nazis, de bolcheviks, de populistes ceux qui proposent une autre alternative n’a rien d’étonnant.

    Ils se contentent simplement de préserver leur source de revenus, au détriment des “sans dents”.

    Puisque c’est écrit dans la Pravda, c’est que c’est vrai !!!


  17. Caton l'Ancien Le 12 août 2016 à 19h21
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    “Le déni que les europhiles puissent agir par belle âme.”

    Argument qui signe l’incompétence et l’irresponsabilité :

    * Double irresponsabilité :
    – Quelle preuve a-t-on que ces gens agissent par belle âme ? Aucune, on est juste censé les croire sur parole. C’est très commode de pouvoir fuir ses responsabilités en déclarant “Je suis gentil et il faudrait être populiste pour prétendre que je suis méchant”.
    – Ca détourne du vrai débat qui est l’échec cuisant de nos élites. Selon le sens des priorités de M. Le Boucher, il est beaucoup plus urgent de débattre de la bonne foi de nos gouvernants que de leur échec.

    * Incompétence : je sais pas pour vous mais moi, dans mon travail, j’essaie de convaincre mes supérieurs et mes collègues que je fais bien mon travail, je n’essaie pas de les convaincre que mon âme est belle. La “gentillesse” est l’argument des incompétents. En science, on dit “La bonne foi n’est pas un argument”.


  18. ARDUS Le 13 août 2016 à 07h53
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    La relation que Le Boucher fait du livre de Stiglitz est honnête, il comprend manifestement ce qu’il lit, contrairement à Quatremer par exemple. Par la suite il s’évade dans des considérations de peu d’intérêt. Ce que je retiens de son article, c’est qu’il existe des chiens de garde capables de comprendre les thèses qu’ils récusent, c’est loin d’être la majorité d’entre eux. On a ici un chien de garde haut de gamme en fait.


  19. Larousse Le 13 août 2016 à 10h38
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    Oui rien de nouveau sous le Soleil chez les Européistes, et hier on avait un “must” sur Arte au “28 minutes” où certains avaient vraiment du mal à cacher leur haine ou tous leurs voeux de malheur au Royaume-Uni pour avoir voter le Brexit. Quand on voit çà,.. aussi lamentable… Que dire ? Souhaiter plein succès aux Britanniques…
    A ce que pense Le Boucher sur l’Allemagne, on se dit il est naïf ou quoi? C’est évident l’Allemagne sert d’abord ses intérêts et c’est normal, tout autre pays en ferait autant. Là aussi c’est affligeant …


  20. Jean-Paul B. Le 13 août 2016 à 14h34
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    Bonjour,
    il me paraît utile de rappeler à tous nos “journalistes” sentencieux (pléonasme?) que le “territoire” de l’Union Européenne ne représente pas la totalité de la zone géographique appelée “Europe” et qu’il est donc inexact et prétentieux de nommer “Europe” ce qui n’est que “Union Européenne”.
    C’est un peu la même erreur quand ils disent “L’Amérique” au lieu de “Etats Unis” et “américains” quand ils parlent de leurs citoyens.
    Quant à l’interprétation des thèses de Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’Economie,
    par M. Eric Le Boucher,éditorialiste à la petite semaine, me font maintenant douter de l’orthographe exacte de son patronyme: ne s’écrirait-il pas plutôt Le Bouché?


  21. Vassili Arkhipov Le 13 août 2016 à 16h50
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    comme d’habitude, aucune profondeur argumentaire. L’auteur présente avec un ton ironique les arguments de celui qu’il faut traîner dans la boue, sans proposer la moindre justification, l’ironie étant là pour discréditer à priori l’argumentaire adverse.

    “Si l’Allemagne impose l’austérité, ce n’est pas par fausse conception intellectuelle, c’est par pur intérêt”
    “Autrement dit, l’Europe n’est pas une belle idée d’entente mais une méchante colonisation du Sud par le Nord, des pays débiteurs par les pays créditeurs”

    Ces gens vivent dans un monde merveilleux je crois. L’intérêt est absent des calculs politiques, l’hypocrisie n’existe pas. Bientôt, l’Union Européenne protègera les pandas. c’est mignon les pandas.


  22. Sébastien Le 13 août 2016 à 22h46
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    L’Euro n’est pas la cause de nos problèmes, mais les gens qui sont derrière.
    Le réchauffement climatique n’est pas la cause de nos problèmes, mais les gens qui sont derrière.
    La guerre nucléaire n’est pas la cause de nos problèmes, mais les gens qui sont derrière.


  23. Jourdon Le 16 août 2016 à 13h09
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    Contrairement à ce que suggère Eric LE BOUCHER , je n’ai pas l’impression que les politiques orientées actuellement par l’Europe soient en train de nous sortir de l’austérité … Et je n’ai pas non plus l’impression qu’une politique fiscale fondée sur de multiples niches fiscales puisse prétendre lutter contre le développement des inégalités sur le long terme… La question fiscale ne regarderait donc pas la seule Amérique , mais me paraît être centrale pour la crédibilité de ce que l’on pourra proposer aux Européens: un compromis ricardo-keynésien, certes, mais aussi américano-européen et tenant compte des héritages du passé y compris le passé économique mondial, les assumant complètement pour les dépasser ensemble


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