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17.septembre.202017.9.2020 // Les Crises

Bertrand Russell (1/2) : philosophe, mathématicien et éternel optimiste

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Source : The Guardian
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Bertrand Russel fut un géant intellectuel du XXᵉ siècle, témoin de la douloureuse transition de sa génération de l’optimisme victorien au traumatisme d’après-guerre. Il a toujours cru que les idées pouvaient changer le monde. Il fut étroitement impliqué dans nombre d’évènements qui remodelèrent la politique mondiale dans les deux premiers tiers du XXᵉ siècle. De façon controversée, il était opposé à la Première Guerre mondiale et fut un pacifiste de premier plan.

Dans les cercles académiques, il était le plus reconnu pour ses travaux pionniers en mathématique, en logique philosophique et en épistémologie. En plus d’avoir légué d’importantes idées et théories aux générations futures d’universitaires, Russel inaugura un style de pensée maintenant connu sous le nom de philosophie analytique, qui est toujours enseigné dans la plupart des départements de philosophie britanniques.

Plutôt que d’examiner les aspects les plus techniques de la philosophie de Russell, cette série mettra l’accent sur les questions au cœur du « comment croire » des lecteurs : la religion et l’éthique, la condition humaine et le monde moderne ; le but de la philosophie. Russell fut un écrivain doué, auteur de nombreux livres et brochures pour le grand public – son Histoire de la philosophie occidentale est un classique imparfait qui continue d’initier les néophytes à la philosophie.

Durant les prochaines semaines nous allons explorer les différents points de vue de Russell dans le détail. Mais ces points de vue doivent être compris dans le contexte de son caractère, sa vie et son temps – et Russell lui-même nous fournit des explications captivantes dans son autobiographie. La première page de celle-ci désigne quelques-unes des caractéristiques distinctives de sa longue vie : ses privilèges, son importance aux yeux du public, son expérimentation de la morale conventionnelle.

Nous sommes présentés à l’enfant de trois ans Bertrand dans le couloir des domestiques à Pembroke Lodge, Richmond Park – la maison donnée à ses grands-parents par la reine Victoria. Ses parents, récemment décédés, avaient été des libres-penseurs : son père avait écrit un long essai intitulé « Une analyse de la religion », et « tous les philosophes britanniques depuis [John Stuart, NdT] Mill » se retrouvaient dans le salon londonien de sa mère.

Ils avaient laissé Bertrand et son grand frère, Frank, aux soins de deux tuteurs athées (dont l’un avait eu une liaison avec la mère des enfants), mais la Chancery [littéralement la Chancellerie, tribunal britannique, NdT] accorda la garde des garçons à leurs grands-parents (qui étaient) moins radicaux.

Le jeune Bertrand montra un talent précoce pour la logique lorsqu’il soutint à sa grand-mère qu’« il n’était pas cohérent de vouloir que tout le monde ait un logement et en même temps que l’on ne veuille pas construire de nouveaux logements parce qu’ils gâcheraient le paysage ». Un ami d’enfance se souviendra de « Bertie » comme d’« un petit garçon sérieux dans un costume en velours bleu » et qui était « toujours gentil ».

Jeune homme, il était si sensible et réservé que la première fois qu’il est resté au Trinity College de Cambridge pour passer ses examens de bourse il était « trop timide pour demander où se trouvaient les toilettes et qu’en conséquence il allait à la gare chaque matin avant le début des examens ».

Russel affirma qu’il n’apprit que très peu de ses tuteurs universitaires : « Lorsque j’étais étudiant en licence, j’étais convaincu que les professeurs constituaient un pan complètement inutile de l’université. Je n’ai tiré aucun bénéfice des cours magistraux auxquels j’ai assisté et je me suis fait le serment que quand je serai professeur à mon tour, je considérerai qu’ils n’apportent rien du tout. J’ai respecté mon serment. » Cependant, il apprit de ses amis étudiants à être moins grave et acquit un sens de l’humour qui, à en juger par son autobiographie, ne l’a jamais quitté.

Russel adulte évoluait dans un monde différent de celui d’aujourd’hui. Par exemple, en 1910 sa candidature au Parlement sous la couleur du Liberal Party fut rejetée selon lui car il se présentait comme agnostique et refusait d’aller à l’église pour maintenir sa respectabilité. En revanche, il reçut en 1949 l’Ordre du mérite et en 1950 le prix Nobel de littérature – ce qui marqua, comme il le dit, « l’apogée de [sa] respectabilité » et le rendit « légèrement mal à l’aise ».

Après la Seconde Guerre mondiale, Russel fit campagne en faveur d’un « gouvernement mondial » pour empêcher un nouveau conflit international, et il devint de plus en plus inquiet de la menace d’une guerre nucléaire. En 1955 il écrivit un manifeste pacifiste avec le soutien de son ami Albert Einstein, qui fut signé par des scientifiques de premier plan des deux côtés du rideau de fer.

Ce document soulignait la nécessité d’une coopération entre les deux puissances capitaliste et communiste : cela déboucha sur une série de conférences à la fin des années 50, et finalement au Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires de1963, interdisant les essais nucléaires à la surface – que ce soit dans l’espace ou sous l’eau – en temps de paix, une « interdiction partielle » qui déçut Russel.

Ces développements politiques furent accompagnés par un passage sur la rive culturelle : la Campagne pour un désarmement nucléaire fut lancée en 1958 avec Russel comme président. En février 1961 le philosophe, alors âgé de 88 ans, se joignit à une foule de milliers de personnes dans une marche de protestation de Trafalgar Square jusqu’à Whitehall, et épingla une note à la porte du ministère de la défense. Plus tard, cette même année, Russel fut accusé d’inciter le public à la désobéissance civile et fut emprisonné à la prison de Brixton par un magistrat qui lui dit qu’« il était assez vieux pour savoir comment se comporter ».

À la fin de son autobiographie Russel remarque que depuis sa jeunesse sa vie « sérieuse » a eu deux aspects distincts : « d’un côté je voulais découvrir s’il était possible de tout savoir, et de l’autre je voulais faire tout ce qu’il m’était possible pour créer un monde plus joyeux ». Aux décennies les plus dures du XXᵉ siècle, son optimisme et son idéalisme ont certainement vacillé, mais n’ont pas été vaincus. Il conclut : « J’ai peut-être pensé que le chemin vers une humanité libre et heureuse serait plus court que ce que la réalité a bien voulu ne montrer, mais je n’avais pas tort de penser qu’un tel monde fût possible. »


Bertrand Russel sur le débat science contre religion

Source : The Guardian
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Bertrand Russell – deuxième partie : Les critiques ardentes du philosophe contre la religion ont un écho sur les athéismes modernes, mais il a aussi été profondément touché par une « grâce mystique »

Bertrand Russel ne se considérait pas lui-même comme un expert de l’éthique et de la religion, et il est vrai que ses écrits sur le sujet manquent de l’originalité et du degré de sophistication de ses travaux philosophiques sur les mathématiques. Ses critiques de la religion s’apparentent souvent – en substance si ce n’est dans le ton – aux opinions proférées par les athées contemporains : il soutenait que les croyances religieuses avaient causé guerres et persécutions, qu’elles étaient moralistes et oppressives et favorisaient la crainte.

Mais c’est précisément pour cette raison qu’il vaut encore la peine de se pencher sur son rejet du christianisme. Toute personne désirant défendre la religion contre ses détracteurs modernes typiques doit reconnaître Russel comme un digne adversaire, et ce parce que c’était un homme du monde intelligent, humain, possédant des principes et qui a sans nul doute eu une vie digne et riche.

La semaine prochaine nous regarderons de plus près les arguments de Russel contre le christianisme. Mais intéressons-nous d’abord à la manière dont son attitude générale et son approche de la religion ont modelé sa critique des croyances religieuses. On dit par exemple que Russel pensait que les questions religieuses ne relevaient pas vraiment de la discipline philosophique. Cette vision plutôt étroite de la philosophie le prédisposait au scepticisme quant aux sujets qui impliquaient l’ambiguïté, l’interprétation et peut-être l’expérience personnelle d’une sorte de vision ou grâce.

Bien sûr l’éthique constitue un tel sujet, et la religion encore plus. Comme d’autres penseurs rationalistes avant lui comme Descartes ou Spinoza, Russel avait un critère précis pour ce qui pouvait être qualifié de « connaissance », et il avançait que si la philosophie était la recherche de la vérité alors il devrait se préoccuper uniquement du genre de certitudes associé aux intuitions de mathématique de base telles que « 2+2 = 4».

Il est aussi intéressant de comparer l’attitude dédaigneuse de Russel envers la religion avec sa grande foi en la science. Quand Nietzsche écrivait sur la mort de Dieu, il suggérait que la croyance au progrès scientifique constituait le dernier article de foi restant. Nietzsche faisait remarquer que bien que la science énonce des propositions de connaissance, ces propositions sont aussi illusoires que celles des dogmatismes religieux.

Cette vision qu’il critiquait est trop grossière pour être attribuée à Russel, qui reconnaissait que ce que l’on appelle d’habitude « connaissance » recouvre un large spectre de degrés d’incertitude et que très peu – sinon rien – n’est absolument certain. Cependant, il est bon de garder à l’esprit les remarques de Nietzsche à propos de la « piété » sous-tendant la science moderne quand on songe à la vision presque utopique de Russel du progrès scientifique.

Le soutien de Russel à l’eugénisme dans son livre excentrique et provocateur Le Mariage et la Morale (1929) est l’un des exemples les plus controversés de sa vision selon laquelle les développements de la science pourraient, et devraient, contribuer à la réforme sociale. Mais ce point de vue lui-même est devenu un principe de l’orthodoxie séculaire. Il est présenté avec grande éloquence dans son essai Comment je suis arrivé à mon Credo, publié la même année que Le Mariage et la Morale.

Ici Russel célèbre notre croissante maîtrise de la nature et soutient que la science moderne à la fois dépasse la religion et la remplace en tant que méthode pour l’humanité pour s’améliorer : « Dans ce monde, nous pouvons à présent commencer à comprendre un peu les choses, et à les maîtriser un peu à l’aide de la science, qui s’est imposée peu à peu, en opposition à la religion chrétienne…

La science peut nous aider à surmonter cette crainte lâche dans laquelle l’humanité a vécu pendant des générations. La science peut nous enseigner, et je pense que nos propres cœurs peuvent nous enseigner, à ne plus rechercher des supports imaginaires, à ne plus s’inventer des alliés dans le ciel mais plutôt à se concentrer sur nos propres efforts pour faire de ce monde un meilleur endroit pour vivre au lieu de ce lieu qu’ont créé les églises tous siècles confondus. »

Ce passage est typique des écrits populaires de Russel sur la religion et il n’est pas surprenant de voir que les athées contemporains en ont fait leur champion. Mais parfois son autobiographie révèle une relation plus complexe et ambivalente avec la religion. En particulier, il relate un épisode de sa vie en 1901 où il fut témoin des intenses douleurs de la femme de son collègue de Cambridge, Alfred Whitehead, douleurs dues à des problèmes cardiaques, ce qui lui causa d’avoir ce qu’on peut décrire comme une soudaine vision spirituelle. « Le sol semblait s’ouvrir sous moi et je me retrouvais tout à coup dans un autre lieu, écrivit-il.

En l’espace de cinq minutes je suis arrivé à des réflexions comme : la solitude de l’âme humaine est intolérable, rien ne peut la pénétrer exceptée la plus grande intensité de ce genre d’amour que les enseignants religieux ont prêché, tout ce qui ne trouve pas sa source dans ce mobile est nuisible, il s’ensuit que toute guerre est mauvaise, qu’une instruction scolaire publique est abominable, que l’usage de la force doit être désapprouvé et que dans les relations humaines on doit pénétrer au cœur de la solitude de chacun et s’adresser à cela. »

Telle fut la puissance de cette expérience qui le transforma en « une personne complètement différente ». Même si sa « soudaine vision mystique » s’effaça plus tard devant une « habitude d’analyse » qui lui était antérieure, ses effets, écrivit-il, « restèrent toujours avec [lui], et furent à l’origine de [son] attitude durant la première guerre, [son] intérêt pour les enfants, [son] indifférence à l’égard des petites infortunes de la vie et un certain ton émotionnel dans toutes [ses] rapports humains. »

Quelle est la cause de cette disparité entre son point de vue « officiel » à l’égard de la religion et son expérience personnelle ? Pourquoi ne voulait-il pas que cette expérience vienne peser sur ses critiques de la religion ? La réponse semble se trouver dans son engagement méthodologique dans le rationalisme et l’empirisme scientifique : il tendait à traiter la « religion » soit comme un ensemble de doctrines susceptible d’être analysé intellectuellement soit comme un phénomène pouvant être observé objectivement de l’extérieur.

Dans le premier cas il trouvait des arguments fallacieux et dans le second des institutions défectueuses perpétrant violences et oppressions. Ses propres visions spirituelles appartenaient à un ordre différent – et bien qu’elles changèrent profondément sa vie, elles ne pouvaient changer sa position philosophique. Cela explique pourquoi, tandis que l’Histoire prouve que la religion et la science peuvent toutes deux être des forces pour faire le bien ou le mal, Russel fut amené à se concentrer sur les bienfaits de la science et le côté sombre de la religion.


La religion est-elle fondée sur la peur ?

Source : The Guardian
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Bertrand Russell – troisième partie : La pensée chrétienne est elle-même consciente des dangers de la peur – quelque chose que Bertrand Russell néglige dans sa critique de la religion

L’élément le plus fort de la critique de Bertrand Russell de la croyance religieuse est l’affirmation que la religion est fondée sur la peur, et que la peur engendre la cruauté. Ses arguments philosophiques contre l’existence de Dieu peuvent toucher certaines personnes mais son approche plus psychologique de la peur doit être prise plus au sérieux par nous tous.

Dans une conférence de 1927 « Pourquoi je ne suis pas chrétien » – prononcée à la branche sud de Londres de la Société laïque nationale – Russell exprime son point de vue avec une clarté caractéristique : « La religion est fondée avant tout et principalement sur la peur. C’est en partie la terreur de l’inconnu et en partie le désir de sentir que vous avez une sorte de grand frère qui sera là pour vous dans tous vos problèmes et différends.

La Peur est la racine de tout cela – peur du mystérieux, peur de la défaite, peur de la mort. La peur est parente de la cruauté, et par conséquent il n’est pas étonnant que la cruauté et la religion aillent de pair. C’est parce que la peur est le fondement de ces deux choses. » Aucun doute qu’il prêchait des convaincus ce jour-là.

En fait il y a ici deux éléments dans le diagnostic de Russell. Le premier est que la croyance religieuse est induite par la peur : conscients de nos vies précaires et vulnérables, nous cherchons la protection d’une déité puissante, nous confortant dans l’illusion de la sécurité. Le second est que la peur est induite par la croyance religieuse : en particulier, le dogme de la punition, dans cette vie et dans la vie « éternelle », amène les croyants ignorants à vivre inutilement dans la peur. Cette analyse a sans nul doute quelques vérités sur ces deux points ; peut-être explique-t-elle assez précisément les causes et les effets de la croyance religieuse dans un grand nombre de cas. Mais ces cas-là représentent-ils la religion elle-même ou sont-ils une déformation de celle-ci ?

On se concentrera ici sur le christianisme, puisque ce fut la tradition à laquelle Russell s’était le plus intéressé. Tandis que Russell affirme que son rejet de la croyance emplie de crainte et du dogme instillant la peur est issu de sa perspective athéiste, la tradition chrétienne porte elle-même une critique vigoureuse de la crainte.

Par exemple la première épître de saint Jean avance le principe de base suivant : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour », et suggère que la crainte et l’amour sont incompatibles : « Il n’y a point de crainte dans l’amour ; mais l’amour parfait bannit la crainte, car la crainte suppose un châtiment ; celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour. » En fait Russell exprime ce sentiment dans un essai de 1912 intitulé « L’Essence de la religion » où il écrit que « la crainte a tendance à être bannie par l’amour et elle est complètement absente dans les plus grandes adorations ». Mais il n’avait pas besoin de faire appel à un quelconque texte biblique dans son argumentaire selon lequel « la crainte est le parent de la cruauté », parce que le fait que l’amour soit inhibé et déformé par la crainte est un fait psychologique de base.

Au XVIIᵉ siècle, Spinoza – que Russell décrit comme « le plus noble et le plus sympathique de tous les grands philosophes » – invoquait la Première épître de saint Jean pour attaquer les persécutions des non-conformistes par l’Église réformée hollandaise. Le violent dogmatisme dont a été témoin Spinoza illustre parfaitement le genre de choses soulignées par les athéistes modernes qui affirment comme Russell que la religion est une force néfaste dans le monde.

Mais Spinoza s’attaquait aux formes « superstitieuses » de la croyance religieuse, qui sont caractérisées par la crainte, en tant que perversion dangereuse d’un enseignement chrétien originel que l’on trouve dans le Nouveau Testament. En préfaçant son Traité théologico-politique avec un verset issu de la Première épître de saint Jean, Spinoza insinuait que l’Église avait failli précisément à ces critères éthiques chrétiens qu’elle prétendait faire siens.

On peut trouver un autre exemple de la critique chrétienne de la crainte dans l’analyse de Kierkegaard du concept théologique de péché. Traditionnellement, l’orgueil est identifié comme un des péchés capitaux, mais Kierkegaard soutenait que la psychologie humaine est assombrie par une combinaison inséparable d’orgueil et de crainte qui tous deux se mettent en travers de l’amour.

Cela signifie que l’idéal chrétien requiert de notre part une lutte à la fois contre l’orgueil et contre la crainte, combinant humilité et courage. Selon la théologie kierkegaardienne, une religion emplie de crainte est une religion pécheresse.

Ces deux brefs exemples montrent que la tradition chrétienne possède les ressources pour non seulement reconnaître les conséquences dangereuses de la crainte, mais aussi pour les étudier de près et pour en donner une solution spirituelle. Toutefois, ce n’est pas là le type de perspectives auxquelles Russell était préparé à s’attaquer. Il n’était certainement pas disposé à invoquer la doctrine chrétienne du péché originel – sans doute parce qu’elle était étroitement associée à la morale victorienne qui, au grand dégoût de Russell, a persisté tout au long du XXᵉ siècle.

Mais ses disciples athéistes seraient surpris de découvrir que Russell trouva intérieurement un sens au concept de péché. Dans son autobiographie il décrit une visite qu’il fit en 1952 d’une petite église grecque où il prit conscience en lui-même d’un « sens du péché » qui, à son grand étonnement, l’a « grandement affecté » dans ses sentiments, mais pas dans ses croyances. Si Russell avait suivi Kierkegaard et tenu plus compte de tels « sentiments », il aurait pu être amené à comprendre que la crainte est un problème religieux et pas simplement un problème posé par la religion.


Bertrand Russel l’agnostique

Source : The Guardian
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Bertrand Russell – quatrième partie : La même intégrité intellectuelle qui poussa le philosophe à rejeter les croyances religieuses l’a aussi empêché d’embrasser l’athéisme

« D’un point de vue pratique, Bertrand Russell admet que l’agnosticisme ressemble beaucoup à l’athéisme. » Photographie : Michael Peto pour the Observer Michael Peto/Observer

Les contestations de Bertrand Russell à l’égard de ce qui était encore, en son temps, la croyance chrétienne conventionnelle peuvent s’expliquer en partie par son environnement et ses influences de jeunesse. Sa grand-mère l’a élevé comme unitarien, ce qui signifiait que « la punition éternelle et la vérité littérale de la Bible n’étaient pas inculquées », comme il le dit dans son autobiographie.

Comme ses parents libres-penseurs, Russell était impressionné par la philosophie utilitariste de John Stuart Mill, qu’il rencontra pour la première fois adolescent. Mais sa critique de la chrétienté était aussi due à son intégrité intellectuelle sans concession qu’il confrontait à tous les sujets qu’il trouvait dignes de réflexion. À l’âge de 14 ans Russell commença à questionner les principes de la foi chrétienne – dont le libre-arbitre, l’immortalité individuelle et l’existence de Dieu – et à l’âge de 18 ans il les rejeta tous.

Cependant, la même intégrité intellectuelle qui le poussa à rejeter les croyances religieuses l’a aussi empêché d’embrasser l’athéisme. À la manière du philosophe écossais du XVIIIᵉ siècle David Hume, Russell garda une attitude sceptique à l’égard des questions métaphysiques. Il explique sa position très clairement dans un essai de 1953 sur l’agnosticisme où il déclare qu’« il est impossible, ou tout du moins impossible aujourd’hui, de connaître la vérité sur les questions qui préoccupent le christianisme et les autres religions telles que l’existence de Dieu et la vie future [après la mort, NdT] ».

En théorie, l’agnosticisme est très différent de l’athéisme puisque les athéistes et les déistes partagent la conviction que l’on peut parvenir à la connaissance sur de tels sujets – et qu’en fait ils l’ont atteinte tandis que leurs opposants y ont échoué. Toutefois, d’un point de vue pratique, Russel admet que l’agnosticisme s’approche beaucoup de l’athéisme, puisque beaucoup d’agnostiques affirment que l’existence de Dieu est tellement improbable que la question ne mérite pas d’être étudiée sérieusement.

Dans sa conférence de 1927 « Pourquoi je ne suis pas chrétien« , Russell décrit l’existence de Dieu comme « une grande et sérieuse question » et rejette plusieurs arguments déistes classiques – l’argument de la cause première, l’argument du dessein divin et l’argument moral. Il ne traite pas de l’argument ontologique, mais dans son célèbre débat radiophonique de 1948 avec le philosophe jésuite Frederick Copleston, il soutient que le concept d’un être nécessairement existant, central dans l’argument ontologique, est absurde.

Dans la conférence il critique également le personnage de Jésus présenté dans les récits des évangiles. En particulier il rejette l’idée de l’enfer : « Il s’agit d’une doctrine qui introduisit la cruauté dans le monde et lui donna des générations de torture cruelle ; et le Christ des évangiles, si vous pouviez le prendre comme ses chroniqueurs le représentent, devrait certainement être considéré comme responsable en partie de cet état de fait. »

D’un autre côté, il admire certains principes issus des enseignements de Jésus tels que le refus de juger les autres et la générosité envers les nécessiteux, même s’il trouve « difficile de vivre en accord avec eux ». L’idée de l’enfer est certainement stimulante à la fois pour les croyants et les non-croyants mais il est difficile de suivre Russell dans sa critique quand lui-même ne prend pas en compte les siècles de réflexion théologique et de débat sur le sujet. Par exemple, il ne parle pas de l’enseignement catholique selon lequel l’enfer est une séparation de Dieu qui n’est pas infligée en tant que punition, mais qui est choisie librement par les êtres humains.

Bien que Russell semble souvent se tourner vers une position quasi-athéiste, son propre agnosticisme se trouve renforcé par sa reconnaissance du fait que le mot « religion » n’a pas de sens bien défini. « Si cela signifie un système de dogmes vu comme une vérité incontestable, cela est incompatible avec l’esprit scientifique qui refuse d’accepter des faits sans preuve et qui considère que la certitude complète ne peut jamais être atteinte. »

L’article sur l’agnosticisme fut publié à un moment où les critiques de la religion étaient souvent supposées le fait des communistes ; Russell contra cette suggestion en soulignant que le type de communisme appliqué par le gouvernement soviétique satisfaisait à la définition du dogmatisme religieux, et qu’en conséquence « tout véritable agnosique devrait y être opposé ». Il est clair qu’une aversion passionnée du dogmatisme se retrouve dans sa critique de l’oppression religieuse et du moralisme, ainsi que dans sa doctrine de l’agnosticisme philosophique. Russel semble parfois se diriger vers l’opinion selon laquelle comment l’on croit et pas seulement ce que l’on croit a une importance éthique – une conclusion à laquelle peut aboutir tout croyant.

L’agnosticisme même de Russell a une dimension spirituelle. Suspendre son jugement à propos des questions métaphysiques est une pratique d’intellectuel sceptique, mais on en trouve une version plus radicale dans ce que Russell appelle « adoration contemplative » dans son essai de 1912 « The Essence of Religion« . Il tente d’y dessiner les contours d’un genre de spiritualité fondé non pas sur l’existence de Dieu mais sur « une vision contemplative qui trouve mystère et joie dans tout ce qui existe et qui porte un amour envers tout ce qui vit. »

Russel dégage trois éléments dans le christianisme qu’il désire conserver : « l’adoration, le consentement et l’amour ». L’« impartiale » adoration qu’il envisage « a été pensée à tort comme nécessitant la croyance en Dieu, puisqu’elle a été pensée pour inclure le jugement selon lequel tout ce qui existe est bon. En fait, elle n’implique aucun jugement ; de ce fait elle ne peut pas être intellectuellement erronée et ne dépend en aucun cas d’un quelconque dogme. » En d’autres termes, une véritable contemplation n’est pas dogmatique par nature puisqu’elle prend sa source dans notre mode de pensée ordinaire. La contrepartie éthique de cette attitude contemplative est bien sûr le refus de juger les autres, ce que Russell admirait tant dans l’enseignement chrétien.

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

LibEgaFra // 17.09.2020 à 08h21

« En fait il y a ici deux éléments dans le diagnostic de Russell. Le premier est que la croyance religieuse est induite par la peur ».

Il n’y a pas que la religion qui instrumentalise la peur. Le pouvoir en place aussi: peur du virus, peur de la crise économique, peur de la Russie, peur de la Chine… Curieusement la peur d’une guerre nucléaire n’est pas autrement présente hormis dans certains cercles scientifiques.

A noter à propos du virus que certains gouvernements sont dans la gesticulations (les masques sont inutiles, vous attendez une semaine pour le résultat d’un test, etc.) et d’autres dans l’action avec les résultats que l’on connaît du contrôle de l’épidémie.

34 réactions et commentaires

  • LibEgaFra // 17.09.2020 à 08h21

    « En fait il y a ici deux éléments dans le diagnostic de Russell. Le premier est que la croyance religieuse est induite par la peur ».

    Il n’y a pas que la religion qui instrumentalise la peur. Le pouvoir en place aussi: peur du virus, peur de la crise économique, peur de la Russie, peur de la Chine… Curieusement la peur d’une guerre nucléaire n’est pas autrement présente hormis dans certains cercles scientifiques.

    A noter à propos du virus que certains gouvernements sont dans la gesticulations (les masques sont inutiles, vous attendez une semaine pour le résultat d’un test, etc.) et d’autres dans l’action avec les résultats que l’on connaît du contrôle de l’épidémie.

  • LibEgaFra // 17.09.2020 à 08h30

    « Selon la théologie kierkegaardienne, une religion emplie de crainte est une religion pécheresse. »

    J’ai connu des musulmans qui croyaient dur comme fer à l’enfer et qui en étaient terrorisés. Je suis également convaincu que les terroristes islamistes qui se font sauter sont persuadés d’avoir gagné le paradis aux 72 vierges.Mais pourquoi est-il donc si facile de manipuler certains esprits? A la base de tout: l’ignorance.

    • alan // 17.09.2020 à 09h29

      Non ! Pas l’ ignorance à la base de tout ! Mais la peur justement …
      L’ignorance n’est que le fruit de la peur.
      « Pour vivre heureux vivons ignorant…’

      • Grd-mère Michelle // 18.09.2020 à 12h10

        L’ignorance est le fruit de l’absence d’un enseignement correct, honnête, généralisé, au niveau des études « primaires »(qui offrirait à chaque enfant l’éventail des possibilités de formations/activités) et, aux niveaux « secondaires » et « supérieures », du « formatage » de leurs esprits et de leurs corps à de futures positions sociales trop tôt déterminées.

        Ceci dit, aucun savoir ne peut aider à vaincre la peur de l’inconnu, car il reste toujours limité aux faibles capacités humaines d’intelligence de l’infini mystère que représente l’univers visible et invisible.
        La peur irrationnelle ne peut se vaincre: elle nécessite, pour chacun-e, la reconnaissance et l’acceptation de ses limites(physiques et intellectuelles) afin de pouvoir « vivre avec » (toutes ses peurs) sans trop souffrir et faire souffrir.

        Les croyances en « l’au-delà » sont et ont toujours été(me semble-t-il) politiquement répandues et utilisées par des dynasties de « dominant-e-s » afin de maintenir leur position.
        (Voir la « conversion » de l’Empire romain au christianisme, et l’actuelle pression des « évangélistes », notamment dans les plus récents pays-membres de l’est de l’UE et en Afrique-pour ce que j’en sais).

      • Sic transit // 20.09.2020 à 09h13

        Il faudrait être plus précis et plus logique ! Et donc reformuler votre dicton : « Pour vivre peureux, vivons ignorants »

    • jp // 17.09.2020 à 11h06

      j’ai aussi discuté avec des musulmanes ayant peur de l’enfer, persuadées que j’irai en enfer car je suis athée depuis mon enfance et qui avaient pitié de moi du coup. C’étaient des femmes gentilles, serviables et charitables dans la vie, pour éviter l’enfer ?
      J’ai remarqué que les dévots sont et étaient souvent des dévotes, traditionnellemnt : les femmes à la messe les hommes au bistrot le dimanche matin.
      Les terroristes, pour moi, c’est à part, sont pas sains d’esprit dès le départ pour être si faciles à manipuler.

    • Urko // 17.09.2020 à 13h29

      Non, un immense savoir n’a jamais empêché d’avoir la foi ni la ferveur religieuse qui peut en dériver. Et des ignorants peuvent en revanche s’avérer athées. Ça n’a rien à voir, et ça ne prouve rien, ni dans un sens ni dans l’autre.

  • LibEgaFra // 17.09.2020 à 08h43

    L’une des plus grandes escroquerie des religions est de faire croire que le fait de croire ou de ne pas croire à des conséquences post mortem alors que les seules conséquences sont ante mortem. Exemples: Michel Servet et Giordano Bruno. Il sont très loin d’être les seuls comme un procès actuel nous le rappelle.

    • lois-economiques // 18.09.2020 à 16h26

      « L’une des plus grandes escroquerie des religions est de faire croire que le fait de croire ou de ne pas croire à des conséquences post mortem  »
      Complètement faux.
      Vous confondez la dé-voyance religieuse (réinterprétation dogmatique des textes) avec la mythologie qui jamais ne parlent de vie après la mort au sens littéral du terme, jamais.
      Les religions en tant que mythologie est trés certainement un des plus grands apports que l’humanité a construit pour guider les hommes dans les choix justes.
      La perte du sens des valeurs que défendent les mythologies est caractéristique de la décadence de notre époque.

  • LibEgaFra // 17.09.2020 à 09h02

    Il faut un peu d’orgueil pour comprendre que chaque individu est unique et beaucoup d’humilité pour comprendre que personne n’est supérieur à une autre personne et que les pires fléaux sont l’ignorance et le mensonge, ce dernier ayant pour conséquence le premier.

    • Tzevtkoff // 17.09.2020 à 21h36

      Les élites les vraies qui font la promotion de l’individu n’ont en fait aucun respect pour l’individu car ils sont des déterministes radicaux. Un Français un Roumain quelle différence vu que la bourgeoisie capitaliste rend les deux identiques ?

  • LibEgaFra // 17.09.2020 à 09h21

    « la certitude complète ne peut jamais être atteinte. »

    La « certitude complète » à propos de quoi? Il n’y a pas « la certitude complète »: ce n’est pas une option scientifique, mais des certitudes scientifiques sont là, même si parfois provisoires: la Terre tourne autour du soleil, la Terre n’est pas plate, fusion et fission nucléaires, etc. L’incertitude se limite à son principe, aux marges d’erreur des calculs et… à l’avenir. Surtout à l’avenir.

    Les instincts qui ont été forgés lorsque notre espèce vivait en petits groupes au sein d’une nature pas toujours accueillante ne sont plus du tout adaptés du fait de la pullulation humaine.

    • Fabrice // 17.09.2020 à 12h55

      N’oubliez pas que vous et moi faisons parti de la « pullulation » humaine qui est le fruit de la science 😉, mettez vous en danger et vous verrez que vos instincts prendre le dessus sur la civilisation, nous n’avons pas évolué en sagesse nous nous sommes juste doté d’outils et d’armes qui nous permettent de regarder nos ancêtres de haut mais au final nous réagissons peut-être pire face à la peur (voir les attentats et la crise sanitaire actuelle).

      • Fabrice // 17.09.2020 à 13h31

        J’illustre mes propos par un exemple l’azote qui sert à l’agriculture avant 1900 était menacé de pénurie et donc la question de famines repointaient le nez sans la découverte d’un procédé qui elimina le risque ( touché amusante ce scientifique qui est un bienfaiteur de l’humanité fut aussi un criminel de guerre en inventant les pires gaz de combat dont le gaz moutarde comme quoi tout est relatif https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Proc%C3%A9d%C3%A9_Haber)

  • J // 17.09.2020 à 10h46
  • Fabrice // 17.09.2020 à 12h44

    Personnellement je pense que la religion est un véhicule de recherche de sens à la vie qui a viré à la peur de l’au-delà pour satisfaire la recherche de puissance de ceux qui se sont attribués l’autorité spirituelle pour avoir l’autorité terrestre sur les autres directement ou indirectement. J’aime bien la phrase « la religion c’est suivre l’exemple d’un autre et la spiritualité c’est une recherche personnelle d’un sens à sa vie ».

    • raoul // 17.09.2020 à 13h52

      Pour ma part, la Religion, comme l’Armée, l’Argent, l’Information, etc… C’est un instrument de pouvoir de quelques hommes (et peut être femmes, maintenant) sur une multitudes de bipèdes. Reste l’Anarchisme (comme dans les années 30 à Barcelone, pas les ‘révolutionnaires’) à regarder de plus près.

  • AIMEDIEU // 17.09.2020 à 13h49

    Sans un millénaire de pouvoir totalitaire (au sens premier du terme) de la chrétienté, Russel n’aurait pas plus perdu de temps que moi-même depuis « l’âge de raison » à une hypothèse d’existence invérifiable et d’une entité parfaitement inutile à une espèce qui n’a jamais eu a l’attendre pour s’inventer tous les dieux dont elle a éprouvé le besoin ou eu la fantaisie.

    • Fabrice // 17.09.2020 à 14h24

      Je trouve que vous limitez le totalitarisme religieux, toutes les religions passées ou actuelles sont potentiellement source de totalitarisme, car elle veulent imposer leur prédominance, seule l’occasion à permis au catholicisme principalement (protestants ensuite, orthodoxe mais je connais moins son histoire) d’ainsi répandre sa main mise, mais il y eut la prédominance islamique dans toute l’Asie, une partie de l’Europe par ses conquêtes prouvant que c’est la religion en général dévoyé de leur source qui sert les « religieux » pour assurer leur pouvoir sur les croyants » et les pousser aux pire folies et exactions pour imposer leur domination.

      • Anfer // 17.09.2020 à 20h11

        Le mot « totalitarisme » est parfois employé à tort et à travers.

        Mais dans le cas de la religion, il est pertinent à mon avis, dans le sens où il ne s’agit pas uniquement de forcer physiquement les gens à obéir, mais à les obliger à penser comme on leur ordonne.

        Ce conditionnement est particulièrement efficace, car il se fait dès l’enfance.

        Or, on ne manque pas d’études, démontrant qu’un enfant qui n’a pas reçu d’endocrtinement religieux, ne développe aucune croyance religieuse.
        Le mode écrasant de transmission de la religion, ce sont les parents qui ne laissent aucun choix à leurs enfants.

        On peut espérer qu’un jour, l’humanité se débarrassera de ces balivernes, mais ce n’est hélas pas pour demain.

      • Blabla // 21.09.2020 à 16h59

        Je remarque que les commentaires fleurissent toujours sur le danger « des religions », mais toujours axé sur le Catholicisme, qui est la version locale et actuelle, ce qui est parfaitement compatible avec le déclin de celui-ci, largement compensé par la montée d’autres avatars (Islam, formes protestantes américaines), d’une part

        et d’autre part, par les dénonciations de comportements n’ayant été occasionnés qu’avec le Monothéisme : les Polythéistes n’ont jamais montré de contrôle de la pensée (à part dans les romans).

        Après cette démonstration de hauteur de vue, comment adhérer?

        D’autant que le « terrorisme islamiste » est largement motivé par la politique, mais comme l’écrit Quino dans Mafalda : « Les journaux inventent la moitié de ce qu’ils écrivent… et si on ajoute qu’ils ne racontent que la moitié de ce qui arrive, les journaux n’existent pas! »

  • Naviredalllia // 17.09.2020 à 16h06

    Merci pour cette initiative ! Je confirme, lire Russel est un vrai plaisir il est clair, drôle, subtil, intelligent, bien sûr. Je me perds régulièrement avec délices dans quelques passages de : « The Analysis of Mind ». Bonne journée !

  • calal // 17.09.2020 à 20h24

    La religion catholique et chretienne n’est pas fondee sur la peur,puisqu’elle professe que le sacrifice du christ nous a sauve.Apres c’est un peu comme dans le film « il faut sauver le soldat rian », le mec essaie de vivre une vie qui vaut le coup car il sait que 10 hommes bien se sont sacrifies pour le ramener sain et sauf a la maison.
    De meme,les chretiens essaient de suivre les commandement de l’evangile car ils sont reconnaissants du sacrifice de jesus,un type qui pretendait que s’il le voulait  » en un claquement de doigt,douze legions d’anges viendraient pour le defendre » et qui pourtant n’a pas abuse de ses pouvoirs.
    Que les institutions et les hommes qui font partie de l’eglise joue sur la culpabilisation et sur la peur pour controler leurs paroissiens est de leur responsabilite et de leur liberte pas celle du fondateur de la religion. « il y a beaucoup d’appeles (les croyants normaux) et peu d’Elus ( un pretre qui merite reellement son titre et son autorité) ».

    Beaucoup d’athees sont des « athees culturels »,simplement ignorants apres des decennies de dechristianisation.
    Le nouveau testament c’est 100 pages a tout casser si on prend un des 4 evangiles…Et les 3 autres c’est plus ou moins la meme chose,l’ancien testament est caduque pas la peine de le lire.

  • un citoyen // 18.09.2020 à 03h50

    « L’article sur l’agnosticisme fut publié à un moment où les critiques de la religion étaient souvent supposées le fait des communistes ; Russell contra cette suggestion en soulignant que le type de communisme appliqué par le gouvernement soviétique satisfaisait à la définition du dogmatisme religieux, et qu’en conséquence « tout véritable agnosique devrait y être opposé »

    Exactement ce que j’étais en train de penser juste avant la lecture de la dernière partie :
    – il y a des religions dogmatiques qui peuvent ne pas être nommés religions mais qui en fait en sont, ou du moins qui y ressemblent. Et pas que les certaines formes successives de communisme appliqué dans l’ex-URSS.
    – une différence est à faire entre le marxisme et le communisme appliqué (qui peut devenir une religion dogmatique découlant du contexte politique).

  • Emmanuel // 18.09.2020 à 05h59

    Cette hagiographie passe complètement sous silence le fait que ce grand « pacifiste » proposa en 1946 le bombardement nucléaire préventif de l’Union Soviétique. Dans cet article de 1946 paru dans le Bulletin of Atomic Scientists, il explique que c’est nécessaire pour imposer un gouvernement mondial, dont il est un partisan fanatique : « Lorsque je parle de gouvernement mondial, je parle d’un gouvernement qui gouverne réellement, pas une gentille façade comme la Ligue des Nations ou d’une fraude prétentieuse comme les Nations unies sous leur forme actuelle. Un gouvernement international (…) doit posséder les seules bombes atomiques, les seules usines pouvant les produire, la seule force aérienne, les seuls navires et, plus généralement, tout ce qui peut être nécessaire pour le rendre irréversible (…). Il devra être obligé, en vertu de sa constitution, d’intervenir par la force des armes contre toute nation qui refuserait de se soumettre à son arbitrage. »

    • Grd-mère Michelle // 18.09.2020 à 13h30

      Emmanuel, si je peux vous faire confiance à propos de votre source(article de 1946), ceci indiquerait que les auteurs (?) des articles ci-dessus ont volontairement biaisé la personnalité qu’ils décrivent en laissant leurs lecteurs/trices dans l’ignorance de ce passage…
      L’idée de gouverner la terre entière par la terreur ne peut conduire qu’à un totalitarisme épouvantable(c’est, hélas, le projet du « Grand Marché », en collusion avec des « Puissances » qui ne sont « grandes » que par leur pouvoir de destruction).

      À noter que l’ Organisation des Nations Unies n’a jamais eu, et n’a jusqu’à présent, aucune velléité de « gouverner », mais bien « d’observer », « d’analyser »(bases de toutes les sciences) pour ensuite « conseiller », et « recommander »… et, à l’occasion, de défendre des populations agressées.
      Ce qui explique que les pays qui y ont pourtant adhéré(et certains veulent à présent s’en désolidariser) n’ont aucun scrupule à ne pas suivre leurs sages recommandations
      (voir l’appel de A.Gutterez au cessez-le-feu généralisé pour cause de pandémie).
      Malheureusement, la corruption rampante qui y suit son chemin de malheur ne peut que la décrédibiliser.

      • un citoyen // 18.09.2020 à 21h50

        Pouvoir faire confiance ? Ne serait-il pas préférable d’avoir la source sous les yeux ?
        Dans ce qui est mis en ligne sur le web, je trouve ceci : http://druckversion.studien-von-zeitfragen.net/The%20Atomic%20Bomb%20and%20the%20Prevention%20of%20War.pdf

        Le passage relaté par Emmanuel y est décrit à la page 2 (§ THE PERMANENT PREVENTION OF WAR).
        Mais après traduction et lecture, je ne pense pas que ce soit un bombardement préventif de la Russie auquel il est question. C’est plus complexe que ça… (et difficile de tout expliquer comme ça dans un commentaire).
        Voilà par exemple un autre passage plus loin (§ PEACE THROUGH POWER ALLIANCES) :
        « Mais si, comme cela semble plus probable, il n’y a pas de guerre mondiale tant que la Russie ne dispose pas d’un stock suffisant de bombes atomiques, les plans pour la paix mondiale devront compter avec la Russie et l’Amérique comme puissances à peu près égales, et un gouvernement international, s’il doit être établi avant le déclenchement d’une guerre totalement désastreuse, devra être créé par accord plutôt que par la force. »

        Un document à lire dans tous les cas (et il y a aussi d’autres choses …), malgré la barrière de la langue, et dont je remercie Emmanuel de nous en avoir fait part.

        • Emmanuel // 18.09.2020 à 22h37

          Voici un extrait de la fiche Wikipedia de Russel, il ne mentionne pas le Bulletin of Atomic Scientists, mais dit en substance la même chose :

          Cependant, juste après l’ explosion des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki , Russell a écrit des lettres et publié des articles dans les journaux de 1945 à 1948, déclarant clairement qu’il était moralement justifié et préférable d’aller en guerre contre l’URSS en utilisant des bombes atomiques tandis que les États-Unis les possédait et avant l’URSS. En septembre 1949, une semaine après que l’URSS ait testé sa première bombe A, mais avant que cela ne devienne connu, Russell a écrit que l’URSS ne serait pas en mesure de développer des armes nucléaires, car à la suite des purges de Staline, seule la science basée sur les principes marxistes serait pratiquée en Union soviétique. . Après avoir appris que l’URSS avait effectué ses essais de bombes nucléaires , Russell a déclaré sa position en faveur de l’abolition totale des armes atomiques.

          • Grd-mère Michelle // 19.09.2020 à 14h23

            Merci, à un citoyen et a Emmanuel, d’avoir bien voulu apporter des réponses à mes questions, réponses que mes nombreuses et diverses activités/préoccupations me decouragent de chercher par moi-même.
            C’est un des aspects de « l’intelligence collective » que la technologie actuelle permet…

            J’y apprend, par ex, qu’à un moment donné, « Russell a déclaré sa position en faveur de l’abolition totale des armes atomiques ».
            Combien de temps faudra-t-il pour qu’un « grand esprit », autorisé à s’exprimer, considéré sérieusement, écouté et largement publié, déclare sa position en faveur de l’abolition totale des armes?

            Ce 21septembre, sera célébrée dans le monde entier la « journée de la Paix ».
            Tentons d’imaginer que tous les moyens, énergies, intelligences déployés pour la recherche dans les domaines de la conquête et des affrontements armés au cours de l’après-Hiroshima/Nagazaki jusqu’à aujourd’hui l’aient été dans ceux de la Paix et d’un bien-être équilibré sur terre…

            • un citoyen // 19.09.2020 à 18h25

              Personnellement, j’espère que l’humanité n’en arrivera jamais à l’extrémité de la guerre nucléaire.
              Pour essayer d’arriver au pacifisme sur la terre entière, B.Russel a du devenir plus réaliste après la seconde guerre mondiale. Voilà un autre passage du document de 1946 :
              « La politique la plus susceptible de mener à la paix n’est pas celle du pacifisme pur et simple. Un pacifiste complet pourrait dire : « La paix avec la Russie peut toujours être préservée en cédant à chaque demande russe ». C’est la politique d’apaisement, poursuivie, avec des résultats désastreux, par les gouvernements britannique et français dans les années précédant la guerre qui est maintenant terminée. J’ai moi-même soutenu cette politique pour des raisons pacifistes, mais je considère maintenant que je me suis trompé. Une telle politique encourage les puissances à exiger toujours plus d’apaisement, jusqu’à ce que l’on pose au moins une exigence qui est ressentie comme une apparence de lâcheté ou d’indignité, afin d’assurer la paix dans le monde. »

              J’ai relu sinon ce document en entier et je pense que B.Russel retenait plus l’idée du gouvernement mondiale par accords qu’un bombardement préventif hors de la partie occidentale avant que l’URSS développe l’arme atomique. Le passage dans wikipedia sur la thèse de cette solution extrême se réfère à un livre écrit par Ronald W. Clark : The life of Bertrand Russel (1975)
              Ce serait à vérifier (on a déjà vu dans wiki des positions qui ne correspondaient aux sources), mais je ne le peux pas.

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            • Grd-mère Michelle // 19.09.2020 à 20h47

              Heu… Si je ne me trompe, la « …politique d’apaisement poursuivie,…par les gouvernements britanniques et français dans les années précédant la guerre qui est maintenant terminée… » l’était vis-à-vis de la politique fasciste de l’Allemagne(qui avait aussi des partisans en France et en Angleterre, et en Belgique, pour parler de ce que je connais mieux), pas du tout comparable à ce que la Russie développait comme méthodes de tentatives de « conquête » des territoires physiques et mentaux de l’Europe de l’ouest dans l’après-guerre…
              Une politique d’apaisement entre des pays armés jusqu’aux dents(l’Allemagne ne l’était plus mais abrite, encore maintenant, les forces armées de ses « vainqueurs alliés ») n’a rien à voir avec « un pacifisme complet », mais peut se résumer à de l’intimidation pure et simple.
              Le vrai problème, c’est que les « dirigeants » (et leurs sbires) des « grandes puissances » ne tiennent aucun compte des réels besoins et aspirations de la masse des peuples et s’activent à attiser leurs instincts les plus ataviques(dont les principaux, la peur et l’envie) afin de les entraîner dans des affrontements qui assurent la suprématie de leur classe privilégiée.

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            • un citoyen // 20.09.2020 à 00h14

              (nazisme et non fascisme – ne pas confondre)
              Oui, ce devait être vis à vis de l’Allemagne nazie, et pour cette politique d’apaisement, on a vu le gouffre lorsque plusieurs nations comme la France et l’Angleterre ont probablement voulu apaiser les ardeurs de Hittler, et obtenir la paix, en lui cédant une partie (les Sudettes) de la Tchécoslovaquie, Chamberlain avait toujours en tête jusqu’au bout de pouvoir le raisonner… et on a vu la suite …
              Rares étaient ceux qui savaient garder la tête froide (à part I. Maïski et W. Churchill, qui d’autres ?).
              Pour la Russie, Staline avait annexé les territoires perdus peu après la 1ère guerre mondiale, soit pour gagner du temps soit en pensant qu’il aurait réellement la paix avec Hittler en se rapprochant fortement de l’Allemagne via les accords secrets du fameux pacte germano-soviétique. Et peut-être comme la Pologne qui avait gagné une partie de la Tchécoslovaquie.
              Bref, Russie ou non, tout le monde est humain, le pacifisme est sans arrêt confronté à la nature humaine puis on assiste à des situations que l’on aurait jamais imaginées. Sans doute fût-ce une dure leçon pour B. Russel.

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  • lois-economiques // 18.09.2020 à 16h19

    C’est surtout sur le travail que l’apport de B. Russel est magistral :
    https://www.youtube.com/watch?v=mQaUNWJOqos

  • RGT // 18.09.2020 à 22h57

    N’oublions surtout pas la théière de Russell..

    Une hypothétique théière en orbite autour du Soleil, entre la Terre et Mars.

    Prouver qu’elle n’existe pas est tout aussi difficile que de prouver que dieu (ou toute autre affirmation non vérifiable) n’existe pas.

    C’est même le principe de base des zététiciens : C’est bien à celui qui affirme quelque chose d’extraordinaire d’apporter la preuve irréfutable que son affirmation est juste.

    « Une affirmation extraordinaire nécessite des preuves extraordinaires »

    Allez demander à un théologien (même jésuite) de vous prouver que dieu existe…

    En dehors d’arguments auto-référencés basés sur des écrits traditionnels basés sur des récits totalement improuvables ou sur des « opinions » basées sur une « foi » totalement subjective vous n’obtiendrez jamais de réponse rationnelle à votre question.

    Sans parler de tous ceux qui vous imposent de croire « parce que dieu le veut »…
    Plus embrigadé (pour rester poli) tu meurs.

    Je reste toujours interpellé par l’étroitesse d’esprit des « fidèles » qui, s’ils acceptaient simplement de se poser les bonnes questions, cesseraient immédiatement de croire à l’instant même ou ils envisageraient cette possibilité.

    Le coquetier en or massif de la « foititude absolue » étant bien sur détenu par les témoins de Jéhovah, les évangélistes, les salafistes et autres illuminés.

    Cette opinion n’engage bien sûr que moi.

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