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1.octobre.20261.10.2026 // Les Crises

Comment l’Iran a évité l’effondrement économique malgré la guerre israélo-américaine

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Le ministre des Finances, Scott Bessent, a promis d’exercer une pression « sans précédent » sur Téhéran. Pourquoi cela n’a-t-il pas encore porté ses fruits ?

Source : Responsible Statecraft, Djavad Salehi-Isfahani
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Près de six mois après le lancement par les États-Unis et Israël d’une opération visant à renverser le gouvernement iranien, on peut affirmer sans se tromper que leur offensive ne s’est pas tout à fait déroulée comme prévu. Pour autant, la guerre qui s’en est suivie a obéi à une logique claire et prévisible.

Après des décennies de sanctions qui n’ont pas réussi à convaincre les Iraniens de renverser le régime, Israël et les États-Unis ont recouru à la guerre ; lorsque cela a également échoué, ils se sont tournés vers un blocus naval. Chaque escalade a eu un impact, aggravant les conditions de vie déjà difficiles en Iran, mais jusqu’à présent, aucune n’a atteint son objectif ultime : forcer le régime à capituler.

L’impasse militaire a une nouvelle fois ramené l’attention sur l’économie et sur la question qui a toujours plané sur cette stratégie : jusqu’à quel point la société iranienne peut-elle supporter les répercussions économiques ?

Nous pouvons mettre en évidence à quel point le niveau de vie s’est dégradé. L’Iran produit une quantité considérable de données économiques et sociales et, malgré son isolement, des millions de personnes entrent et sortent du pays. Mais personne ne sait dans quelle mesure des sanctions supplémentaires permettraient d’aboutir au résultat politique escompté par cette stratégie.

Personne ne devrait douter que l’économie iranienne se trouve dans la pire situation qu’elle ait connue depuis des décennies. Des années de sanctions sévères ont réduit à néant deux décennies de croissance économique, et des mois de guerre ont causé des centaines de milliards de dollars de dégâts aux infrastructures et aux capacités de production, tout en faisant grimper le nombre de chômeurs de plusieurs millions.

Les États-Unis et Israël semblent avoir déclenché cette guerre en pensant que l’Iran était au bord de la ruine économique. Tout comme on avait maintes fois affirmé qu’une bombe nucléaire iranienne ne serait plus qu’une question de semaines ou de mois, on s’attendait à ce que l’effondrement économique survienne dès la prochaine vague de pressions.

Mais il apparaît désormais clairement que tant le tableau d’une extrême fragilité économique que les prévisions d’un changement de régime étaient largement exagérées.

L’économie iranienne affiche de mauvais résultats depuis que le président Donald Trump a lancé sa campagne de « pression maximale » en 2018, mais il serait plus juste de parler de croissance lente et de stagnation que d’effondrement. L’emploi s’est redressé après avoir subi un premier choc, passant d’environ 23 millions à 25 millions avant la guerre de juin. La croissance de l’emploi a en fait dépassé celle de la population en âge de travailler, qui a augmenté d’environ 1,7 million au cours de la même période.

La guerre a changé la donne. Le PIB et l’emploi ont tous deux chuté au printemps 2026. En juin, près d’un demi-million d’emplois avaient disparu, en grande partie à cause de la campagne de bombardements qui a débuté le 28 février. Le taux de chômage, qui était resté inférieur à 8 % au cours des deux années précédentes, a bondi à 9,1 % ce printemps et continue probablement de grimper à mesure que de plus en plus d’entreprises ferment leurs portes faute de matières premières importées.

Il est plus compliqué de déterminer l’évolution du PIB et en particulier du PIB par habitant, qui constitue un bon indicateur du niveau de vie moyen. On peut facilement commettre de graves erreurs lorsqu’on compare l’évolution du PIB iranien au fil du temps, notamment lorsqu’on convertit la production exprimée de rials en dollars. Selon le taux de change utilisé, les estimations obtenues peuvent varier considérablement.

Par exemple, évaluer la production iranienne au taux de change du marché libre, qui fluctue, donne une valeur en dollars bien plus faible et plus variable pour l’économie iranienne. Il ne faut pas confondre la dépréciation monétaire avec un effondrement équivalent du volume des biens et services que les Iraniens produisent et consomment réellement.

Pour comparer la production réelle au fil du temps, les mesures fondées sur la parité de pouvoir d’achat (PPA) constituent une référence plus pertinente. La conversion en PPA permet d’éviter les distorsions causées par les fluctuations du taux de change du marché et de comparer la production à prix constants. Selon la mesure de la PPA à prix constants de la Banque mondiale, le PIB par habitant, un indicateur couramment utilisé pour évaluer le niveau de vie, s’est redressé après l’imposition de sanctions plus sévères. En 2025, il était supérieur de 9,6 % à celui de 2018, année où Donald Trump a lancé sa campagne de « pression maximale », et de 5,5 % à celui de 2011, année où les sanctions ont été renforcées pour la première fois sous la présidence de Barack Obama et ont de plus en plus restreint le commerce international de l’Iran.

Ces taux de croissance sont loin d’être impressionnants. Si l’économie iranienne avait continué à croître de 5 % par an après 2011, son PIB par habitant aurait été plus de deux fois supérieur à ce qu’il était en 2011. Pour autant, ces chiffres ne décrivent pas une économie au bord de l’effondrement. Cette distinction est importante, car la stratégie politique de « pression maximale » repose en grande partie sur l’hypothèse qu’un nouveau resserrement de l’étau économique pourrait pousser une économie déjà épuisée (et donc le système politique) à basculer.

Dans quelle mesure la guerre a-t-elle aggravé ce tableau déjà sombre ? Les derniers chiffres du PIB couvrant la période de la guerre datent du printemps 2026. Ils révèlent une contraction étonnamment faible : la production n’était inférieure que de 0,21 % à son niveau du printemps de l’année précédente. Cette baisse limitée s’explique en partie par une croissance de 6,5 % dans le secteur des services publics, un secteur fortement subventionné et en grande partie géré par l’État. L’industrie manufacturière a progressé de 1,46 %, arrivant loin derrière.

Ces deux secteurs sont toutefois devenus de plus en plus vulnérables à mesure que la guerre se prolongeait. L’industrie manufacturière a souffert des perturbations dans l’approvisionnement dues aux bombardements massifs des installations sidérurgiques et pétrochimiques, tandis que les services publics eux-mêmes sont devenus la cible d’attaques américaines. Les chiffres du printemps nous renseignent donc davantage sur la résilience initiale de l’économie que sur la façon dont celle-ci résistera à une guerre et à un blocus prolongés.

Pour ce qui est d’une mesure plus directe du bien-être des ménages, l’enquête sur les revenus et les dépenses, réalisée chaque année, constitue un indicateur plus fiable. Malheureusement, les résultats de l’enquête sur les ménages portant sur la période de la guerre n’ont pas encore été publiés ; ils sont attendus le mois prochain.

Des enquêtes antérieures révèlent toutefois un élément important que le discours sur l’effondrement économique imminent passe sous silence. Au cours des trois années qui ont précédé la guerre de juin, de 2021/22 à 2024/25, les dépenses moyennes réelles par habitant ont augmenté et les taux de pauvreté ont baissé.

L’une des principales raisons de cette résilience économique réside dans la relance et l’extension des transferts monétaires sous les gouvernements Raisi et Pezeshkian, qui ont privilégié la redistribution des fonds en faveur des plus démunis plutôt que les politiques plus favorables au marché et aux entreprises menées par le président Hassan Rouhani. Ces transferts n’ont pas entièrement compensé les effets de plusieurs années d’inflation et de sanctions sur les ménages, mais ils ont contribué à en atténuer l’impact et à prévenir la famine parmi les plus démunis.

Les transferts d’argent ont leurs limites. Alors que les sanctions et le blocus réduisent à néant les recettes pétrolières et obligent le gouvernement à imprimer de la monnaie pour financer ces transferts, le coût de la guerre se fait de plus en plus sentir à travers la hausse des prix. Au printemps, alors que les bombes s’abattaient sur Téhéran et les grandes villes, les prix ont augmenté à des taux annuels à trois chiffres.

Une brève accalmie est survenue le 17 juin avec la signature du protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis, qui a entraîné une baisse de 15 % du dollar. Profitant de cette accalmie dans les combats pour me rendre à Téhéran, je suis passé devant de nombreuses boutiques haut de gamme du nord de la ville qui avaient (avec optimisme) mis leurs articles de luxe importés en soldes d’été. Ce bref répit a suffi pour ramener l’inflation globale du mois dernier à la moitié du taux annuel de 99 % atteint le mois précédent.

La politique du gouvernement consistant à laisser les prix (y compris le taux de change) augmenter, plutôt que de les fixer et de recourir au rationnement, a contribué à la résilience de l’économie et explique en partie pourquoi les prédictions répétées d’un effondrement économique imminent se sont révélées infondées. Il est difficile de prédire combien de temps le gouvernement Pezeshkian pourra maintenir ce cap et éviter le rationnement si des pénuries alimentaires et de carburant devaient survenir.

L’Iran a payé un prix énorme pour avoir résisté aux sanctions et à la guerre afin de préserver son indépendance. Les sanctions ont freiné la croissance, nui aux investissements et aggravé l’inflation, tandis que la guerre a détruit des actifs productifs et des emplois. Mais une économie peut afficher de mauvais résultats pendant très longtemps sans s’effondrer, en particulier lorsque l’État est capable de redistribuer les revenus au profit des plus démunis et lorsque la population accorde une grande importance à l’indépendance nationale.

*

Djavad Salehi-Isfahani mène des recherches sur l’économie du Moyen-Orient et est actuellement professeur d’économie à Virginia Tech. Il est chercheur associé au sein de la Middle East Initiative du Belfer Center for Science and International Affairs de la Harvard Kennedy School. Son ouvrage coécrit, intitulé *How Sanctions Work* (Comment fonctionnent les sanctions), paraîtra aux éditions Stanford University Press le 6 février.

Les opinions exprimées par les auteurs sur Responsible Statecraft ne reflètent pas nécessairement celles du Quincy Institute ou de ses collaborateurs.

Source : Responsible Statecraft, Djavad Salehi-Isfahani, 18-08-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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