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3.octobre.20183.10.2018 // Les Crises

Faire face aux conséquences de la politique étrangère d’Obama, par Mehdi Hasan

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Source : The Intercept, Deconstructed, 22-06-2018

Photo d’illustration : Soohee Cho/Getty Images

Barack Obama a été l’un des présidents les plus controversés de l’ère moderne. Pour la droite, c’était un dirigeant faible et incapable qui menait sa politique par derrière et faisait des tournées d’excuses tout en ne faisant rien contre le terrorisme islamique radical et les « immigrés illégaux ». Pour ses détracteurs de gauche, il était l’expulseur en chef, le président des drones, bombardant des villages pakistanais, assassinant des Américains sans procès au Yémen, armant des rebelles en Syrie, lançant une intervention militaire en Libye sans l’approbation du Congrès. Alors qu’Obama a effectivement adhéré à l’empire américain – tuant des civils et vendant des armes à des régimes odieux – il a également réalisé certaines des plus grandes percées diplomatiques de notre temps, négociant l’accord nucléaire iranien, incitant les États-Unis à signer l’accord de Paris sur le climat et à rouvrir les liens avec Cuba. Avec Trump maintenant au pouvoir, est-il temps de reconnaître qu’Obama n’était pas aussi mauvais que nous le pensions ; ou bien les excès d’Obama, que ce soit au Moyen-Orient ou à la frontière mexicaine, ont-ils ouvert la voie à Trump ? Ben Rhodes, qui était l’auteur des discours sur la politique étrangère d’Obama, et qui est ensuite devenu son conseiller adjoint pour la sécurité nationale, se joint à Mehdi Hasan pour discuter de l’héritage d’Obama et de la question de savoir si cet héritage s’est infiltré dans l’administration Trump.

Ben Rhodes : Vous savez, nous avons fait ce que nous pouvions pour interdire la torture, y compris en travaillant pour légiférer sur ce changement. Pour Barack Obama, à peine entré en fonction, entreprendre des poursuites judiciaires contre des responsables américains aurait causé un déstabilisation coûteuse pour lui.

[Intermède musical]

Mehdi Hasan : Bienvenue à Deconstructed. Je suis Mehdi Hasan.

Barack Obama était l’un des présidents les plus polarisants de l’ère moderne, et sa politique étrangère était particulièrement polarisante. Pour les libéraux du monde entier, il était comme Néo de Matrix, il était l’Élu ; le messie qui est venu réparer l’ordre mondial après le chaos et les crimes qui l’ont précédé, qui a arraché l’Amérique à la machine Bush. M. Obama a même remporté le prix Nobel de la paix la première année de son mandat, selon certains, simplement parce qu’il n’était pas George W. Bush.

Le président Barack Obama : En étant lucides, nous pouvons comprendre qu’il y aura des guerres et continuer à œuvrer pour la paix. Nous pouvons le faire, car c’est l’histoire du progrès humain.

MH : Pour ses détracteurs de droite, Obama a été un leader faible et incapable, qui a mené sa politique par derrière, et a fait des tournées d’excuses, tout en ne faisant rien contre le terrorisme islamique radical ou (entre guillemets) les immigrants illégaux.

Le président Donald J. Trump : Des milliers d’Américains seraient en vie aujourd’hui sans la politique d’ouverture des frontières d’Obama et de Clinton.

Sean Hannity : Eh bien, le pacificateur en chef, il a donné 150 milliards de dollars à l’Iran. Voilà Obama qui se soumet aux mollahs radicaux.

MH : Mais pour ses détracteurs de gauche, il était le président des drones, bombardant des villages au Pakistan, assassinant des Américains sans procès au Yémen, armant des rebelles en Syrie, lançant une intervention militaire en Libye sans l’approbation du Congrès. Il était aussi pour eux, bien sûr, l’expulseur en chef. Ses mesures de répression de l’immigration, à bien des égards, ont ouvert la porte au spectacle d’horreur d’aujourd’hui à la frontière sous la direction de Donald Trump.

Jorge Ramos : Le président Obama a expulsé 2,5 millions d’immigrants, il a détruit des milliers de familles. Aucun autre président n’a fait une telle chose.

MH : Maintenant, vous ne serez peut-être pas surpris d’entendre que je pense que la critique de droite de la politique étrangère d’Obama est beaucoup de c*******s, mais je pense aussi que la critique de gauche à son égard peut parfois être un peu simpliste. Parce qu’il y a le Obama qui, oui, a épousé l’Empire américain, tué beaucoup de civils et vendu des armes à des régimes odieux, comme tous les présidents américains. Mais il y a aussi l’Obama qui a réussi la plus grande percée diplomatique de notre temps, l’accord nucléaire iranien ; qui a réussi à convaincre les États-Unis de signer les Accords de Paris sur le climat ; qui a rouvert les liens avec Cuba – tout cela en dépit d’une opposition républicaine fanatique.

Ma question d’aujourd’hui est donc la suivante : Maintenant que Donald Trump est au pouvoir, est-il temps de reconnaître qu’Obama n’était peut-être pas aussi mauvais que nous le pensions tous – vous savez, tout est relatif dans la vie – ou bien est-il temps, en fait, pour les libéraux d’avoir une bonne appréciation de l’héritage de la politique étrangère d’Obama, de reconnaître que les excès d’Obama, que ce soit au Moyen-Orient ou à la frontière mexicaine, ont ouvert la voie à ceux de Trump ?

[Intermède musical]

MH : Mon invité d’aujourd’hui était aux côtés du président Obama à chaque étape de ses deux mandats. Ben Rhodes a rejoint la campagne électorale d’Obama en 2007 en tant que rédacteur de discours de politique étrangère, alors qu’il n’avait que 29 ans, et est devenu conseiller adjoint en matière de sécurité nationale à la Maison-Blanche. Il était si proche intellectuellement et idéologiquement de son patron qu’il était souvent décrit comme étant en fusion d’esprit avec Obama.

Ben, qui travaille actuellement à la Fondation Obama, a écrit un nouveau livre, « The World as It Is : A Memoir of the Obama White House ». Et plus tôt cette semaine, je l’ai interviewé au sujet du bilan plutôt controversé d’Obama en matière de politique étrangère. J’ai commencé par lui poser des questions sur l’accord nucléaire iranien qu’il a aidé à négocier et s’il était irrité de voir Donald Trump déchirer cet accord alors qu’il se rendait à Singapour pour embrasser Kim Jong Un sans obtenir rien de comparable à l’accord iranien en retour.

[Intermède musical]

Ben Rhodes : Eh bien, je dois dire que ça a de quoi rendre dingue quand on y pense. Je veux dire, comme je le détaille dans le livre, il a fallu en fait sept ans pour en arriver à l’accord avec l’Iran, parce qu’il a fallu des années de sanctions, suivies d’années de diplomatie laborieuse, suivies d’un effort herculéen pour s’assurer que le Congrès ne fasse pas sauter l’accord, pour mettre en place, comme vous l’avez dit, le régime d’inspections et de vérification le plus rigoureux qui ait jamais été négocié dans un accord comme celui-là.

Et puis, Trump, qui, à mon avis, ne pourrait même pas vous dire ce qu’il y avait dans l’accord avec l’Iran – il se contente de dire à quel point il était mauvais – va à Singapour, reçoit une déclaration de plusieurs centaines de mots qui ne fait que réaffirmer la même promesse de dénucléariser qu’ils ont rompu dans le passé : pas d’inspections, pas de vérification, pas de calendrier. Et il abandonne un tas de choses, y compris des exercices militaires avec la Corée du Sud, puis se déclare héros et se décerne le prix Nobel. On dirait donc qu’il n’y a aucune limite à son hypocrisie en plus de son imprudence.

MH : Croyez-vous maintenant, compte tenu de ce que Trump a fait avec l’accord nucléaire, compte tenu du fait que John Bolton travaille tout près de lui, que nous sommes maintenant sur la voie de la guerre avec l’Iran ?

BR : Eh bien, je pense certainement que c’est beaucoup plus probable. Vous savez, ils sont un peu comme le chien qui rattrape la voiture, en ce sens qu’ils s’opposent à l’accord avec l’Iran depuis des années, mais il ne me semble pas clair qu’ils savent quoi faire maintenant que Trump l’a mis au rebut.

Ce que je crains, Mehdi, c’est que l’accord va s’effilocher. Les Iraniens, comme ils ne reçoivent pas les avantages qu’ils pensaient tirer de l’accord, parce que les États-Unis n’y participent pas, commencent à tester les limites et peut-être à redémarrer des éléments du programme nucléaire. Il y a toutes sortes de points chauds dans cette région où nous pourrions nous retrouver rapidement sur la voie du conflit.

MH : Je me souviens, Ben, la dernière fois que je vous ai interviewé pour mon émission de télévision « Up Front » d’Al Jazeera à l’automne 2015, de retour à la Maison Blanche, je vous ai cuisiné très fort –

BR : Oui !

MH : – sur la politique syrienne, sur les frappes de drones et diverses autres questions de politique étrangère sur lesquelles j’espère que nous aurons le temps de revenir aujourd’hui, plus tard dans la journée, avec le bénéfice du recul.

Mais juste une seule chose qui m’a marqué, ce n’est pas quelque chose que vous avez dit à l’antenne, mais après l’entrevue, nous discutions, et je ne sais pas si vous vous en souvenez, et vous m’avez dit, et je cite : « Nous vous manquerons quand nous serons partis ».

BR : Ouais !

MH : Et vous faisiez référence, à l’époque, à la perspective d’une Hillary Clinton va-t-en guerre succédant à Barack Obama – c’était bien sûr l’hypothèse que nous faisions tous. Bien sûr, il s’est avéré être encore plus va-t-en guerre, plus belligérant – Donald Trump, un homme qui ne devrait pas avoir le droit de s’approcher d’un fusil à air comprimé, et encore moins d’une arme nucléaire.

BR : Oui

MH : Alors, écoutez, je vais être honnête. Laissez-moi mettre cartes table. J’ai été très critique à l’égard de Barack Obama pendant une grande partie de sa présidence, en matière de politique étrangère.

BR : Oui, c’est vrai. Ouais.

MH : Mais maintenant, en 2018, un an et demi après l’élection de Trump, Obama me manque. Vous aviez raison ! Il me manque vraiment. Ou au moins, laissez-moi nuancer –

BR : J’aimerais que ce ne soit pas le cas, Mehdi. Pour le bien de tous, j’aimerais –

MH : J’aimerais que ce ne soit pas le cas non plus. Mais laissez-moi me nuancer : Je regrette l’Obama de l’accord avec l’Iran, je regrette l’Obama de la réouverture de Cuba, je regrette l’Obama de l’accord de Paris sur les changements climatiques, cet Obama.

BR : Oui

MH : Passons aux choses qui ne me manquent pas à propos d’Obama, si ça ne vous dérange pas. Gina Haspel a récemment été confirmée, de manière très controversée, en tant que directrice de la CIA de Trump, alors qu’elle a été responsable d’un site noir de la CIA [les « sites noirs » désignent des prisons clandestines contrôlées par la CIA dans différents pays, NdT] où la torture aurait été pratiquée, et malgré qu’elle ait fait détruire des preuves enregistrées de cette torture. La grande majorité des sénateurs démocrates ont voté contre ici ; vous avez dit sur Twitter que sa nomination s’est transformée en référendum sur un chapitre sombre de notre histoire qui devrait être terminé. Mais ce n’est pas fini, Ben, parce que votre administration, votre président, Barack Obama, a refusé de poursuivre les tortionnaires de la CIA, a décidé de ne pas regarder en arrière lorsque vous êtes arrivé au pouvoir en 2009.

Étant donné que Gina Haspel est directrice de la CIA aujourd’hui, directement après cette décision de votre administration, avez-vous des regrets sur la façon dont vous avez géré cette situation et la façon dont vous avez traité les tortionnaires ?

BR : J’ai quelques regrets, que j’aborderai dans une minute. J’espère que le livre montre un peu la complexité de la présidence. Vous savez, il est assis là, il regarde l’abîme de la Grande Dépression et les perturbations causées par les poursuites judiciaires contre des fonctionnaires américains, le fait de savoir qui est à mettre dans ce sac et qui ne l’est pas, aurait été une chose de pénible pour lui, et quelque chose qui aurait pu briser substantiellement, vous savez, les liens du président avec ses propres agences.

Vous savez, nous avons fait ce que nous pouvions pour interdire la torture, y compris en travaillant pour légiférer sur ce changement. Et, vous savez, vous avez en Donald Trump, un président qui a une position très différente; pour moi, cela montre que les élections ont des conséquences.

MH : Mais s’il peut adopter cette position, Ben, c’est parce que vous n’avez pas poursuivi les coupables. Ou juste les virer tous –

BR : Je ne pense pas, Mehdi –

MH : – Gina Haspel est restée à la CIA, sous votre responsabilité. Ce n’est pas comme si vous l’aviez virée.

BR : Le truc, Mehdi, c’est que, même si nous l’avions renvoyée et poursuivie, Donald Trump aurait quand même été élu président et pourrait encore prendre de telles positions, n’est-ce pas ? Donc, dans les démocraties –

MH : Peut-être qu’il serait plus réticent si ces gens étaient derrière les barreaux.

BR : Eh, je ne pense pas.

MH : Laissez-moi vous dire ceci. OK, laisse-moi te dire ça, Ben. Vous n’avez pas poursuivi les tortionnaires, vous n’avez pas poursuivi les banquiers, vous n’avez pas réussi à empêcher Israël de construire des colonies illégales et vous avez engagé un groupe de personnes qui ont soutenu la guerre en Irak pour diriger votre politique étrangère. Même si vous n’êtes pas d’accord avec eux, comprenez-vous au moins – comprenez-vous au moins – pourquoi tant de gens à gauche pensent que vous étiez si peu enthousiastes ? Vous avez manqué tant d’occasions de rompre avec le passé en 2009 et 2010 et au-delà.

BR : Je comprends ça. Je pense qu’au cours de ces premières années, nous avons adopté une approche plus prudente et conventionnelle en matière de politique étrangère. Encore une fois, je pense que cela a été guidé en partie par le fait que la situation économique que nous avons trouvée était si accablante que le président Obama avait l’impression qu’il devait commencer par là, et qu’il allait être difficile pour lui au cours de cette première année de consacrer le type d’attention à certaines de ces questions de politique étrangère qu’il a eu plus tard dans son administration, car il essaye avant tout d’empêcher l’effondrement de l’économie mondiale.

MH : Voilà ce que je ne comprends pas, Ben. Barack Obama n’était manifestement pas un fan, personnellement, de Benjamin Netanyahou ou de la famille royale saoudienne et vous avez été très critique à l’égard d’Israël et de l’Arabie saoudite depuis votre départ, et même un peu quand vous étiez en fonction.

BR : Oui

MH : Et pourtant, quand vous regardez objectivement le bilan de votre administration, vous avez été grotesquement pro-israéliens et pro-saoudiens, quand la situation s’est détériorée : quand Netanyahou a bombardé Gaza, vous les avez ravitaillés en munitions au beau milieu de la campagne de bombardement.Quand les Saoudiens ont commencé à bombarder le Yémen en 2015, vous les avez aidés à le faire avec du carburant, des armes, des renseignements, une protection diplomatique à l’ONU ; aujourd’hui, le Yémen est la pire crise humanitaire du monde – qui a commencé sous votre administration, pas celle de Donald Trump.

BR : Eh bien, prenons ces deux là.

Pour ce qui est d’Israël, je veux dire qu’il y a un niveau fondamental de soutien que les États-Unis vont toujours accorder à Israël. Et sur l’Iran, je dirais Mehdi, nous portons les cicatrices – et j’ai personnellement les cicatrices – prouvant que nous n’avions pas peur de prendre une position contraire au Premier ministre Netanyahou concernant l’Iran.

MH : Incontestablement sur l’Iran, vous vous êtes opposé aux Israéliens. Mais Gaza ? Quand 500 enfants ont été tués à l’été 2014 ? Je ne me souviens pas que vous avez eu des cicatrices sur le dos à l’époque.

BR : Eh bien, là où j’ai l’impression d’avoir été pris entre deux feus, et je raconte cette histoire, plusieurs exemples, dans mon livre, c’est sur le processus de paix avec les Palestiniens où j’avais l’impression que nous étions tombés dans un piège à plusieurs reprises où nous en faisions juste assez pour causer une rupture avec le Premier ministre Netanyahou, mais pas assez pour faire avancer les choses. Et, vous savez, nous n’avons pas présenté de plan de paix au début de l’administration ; je pense que, rétrospectivement, cela aurait été une bonne chose à faire. De 2011 à 2013, nous avons passé beaucoup de temps dans un processus de paix qui n’allait clairement nulle part, en partie parce qu’il n’y avait aucune volonté politique de la part du gouvernement israélien.

Cela dit, je ne sais pas s’il y avait un levier que nous aurions pu actionner pour imposer la paix. En fin de compte –

MH : Mais vous auriez pu les arrêter à l’été de – finalement vous les avez arrêtés à l’été 2014. Vous auriez pu le faire plus tôt, et vous n’aviez pas à leur donner des munitions au beau milieu de cette guerre, car ils bombardaient les hôpitaux, les écoles et les ambulances palestiniennes.

BR : Eh bien, nous avons passé beaucoup de temps à essayer d’obtenir un cessez-le-feu et de mettre fin à ces hostilités. Je pense que c’est un problème, Mehdi, quand j’y repense, où vous savez que nous avons tenté une certaine approche qui consistait à tenter de les retenir, mais en essayant de travailler avec eux, en pensant que travailler avec eux pourrait nous permettre de mieux orienter ce qu’ils faisaient au Yémen et d’intégrer cela dans un processus politique. Et c’est le genre de chose qui, vous savez, si nous avions su que Donald Trump allait être président et qu’il n’y aurait pas de continuité dans cette approche qui, vous savez, je pense que, rétrospectivement, nous aurions dû être plus contraignants dans notre soutien à ce qu’ils faisaient au Yémen. C’est donc un exemple d’un cas où le changement dramatique dans l’orientation de l’administration Trump me fait regarder différemment en arrière.

Vous savez, s’il y avait eu une certaine continuité avec l’administration Clinton, je pense que vous auriez vu des efforts continus pour promouvoir une résolution politique et peut-être pour freiner les initiatives saoudiennes.

MH : Regrettez-vous le fait qu’Obama ait offert à l’Arabie saoudite, selon une étude, plus de 115 milliards de dollars en armes et en formation militaire, plus que toute autre administration américaine de l’histoire ? Vous regrettez ça ?

BR : Vous savez, je pense que notre approche, vous savez, qui était très visible pour tout le monde, surtout au cours des deux ou trois dernières années, était d’aller voir les Saoudiens et les autres pays du Conseil de coopération du Golfe [CCG] et d’essayer de les amener à réorienter une partie de leur approche en matière de défense en les détournant même des gros armements coûteux qu’ils aiment acheter, les détournant du type de campagne aérienne que vous avez vu au Yémen, et leur dire : « Regardez, si vous avez des préoccupations au sujet de certaines menaces de l’Iran et de l’EI qui sont asymétriques », bien, comme interdire les expéditions d’armes, comme la cybersécurité, comme la défense antimissile, « vous devriez concentrer vos achats de défense sur ces moyens ».

Alors, écoutez, ce sont des partenaires des États-Unis. Nous avons partagé des menaces avec des groupes terroristes et, dans certains cas, des actions iraniennes dans la région. Je ne regrette donc pas que, vous savez, nous essayions de les amener à adopter une approche différente de celle que nous observons au Yémen en matière de sécurité. Ce que je peux vous dire aussi, Mehdi, c’est que comme toutes les choses que nous avons vu se produire, l’escalade de la guerre au Yémen, le blocus du Qatar, l’étrange épisode avec le premier ministre libanais, vous savez que nous avons fait beaucoup d’efforts pour essayer de contenir ces types d’actions – vous savez, l’origine de ces actions que nous avons pu voir dans notre administration, et nous avons travaillé dur diplomatiquement pour empêcher que cela ne se produise.

Je pense que nous voyons sous Trump ce qui se passe quand, à la base, il n’y a aucune sorte de limitations.

MH : Il est bien connu qu’Hillary Clinton vous a critiqués, vous et votre patron, pour avoir manqué de grand principes directeur en matière politique étrangère. Elle a dit : « “Ne fais pas de conneries” n’est pas un principe directeur ».

Maintenant, personnellement, il se trouve que je suis d’accord avec vous et votre patron. Je pense que « ne pas faire de conneries » est une bonne règle empirique pour la politique étrangère des États-Unis. Donc, compte tenu de cela, parlons de ce que vous pensez être la connerie la plus stupide que l’administration dont vous faisiez partie a faite. Est-ce que c’était la Libye, que Obama a publiquement appelé sa pire erreur et qu’il a appelé en privé un foutoir ? Ou était-ce la Syrie, comme vous semblez le suggérer dans votre livre, dans un extrait de votre livre qui a attiré beaucoup d’attention dans l’Atlantic Magazine récemment ?

BR : [Soupirs.] En fait, vous savez, tout d’abord, je pense que c’est une bonne règle empirique. Mais ça ne règle pas tout ; c’est la base, n’est-ce pas, à partir de laquelle vous commencez ? Et puis vous essayez, et en plus de ça il y a l’Iran, Cuba, Paris où nous agissons de façon positive.

C’est intéressant, Mehdi, quand je regarde en arrière – c’est quelque chose dont nous parlions tous les deux : J’aurais aimé que nous en fassions plus pour mettre fin à la guerre en Afghanistan et, évidemment, concernant certains des efforts de lutte contre le terrorisme qui y sont associés.

MH : C’est une très bonne remarque.

BR : Disons les choses comme ça : L’orientation générale des États-Unis étant une sorte d’état de guerre permanent et illimité, j’aurais aimé que nous en fassions plus pour changer cela.

Maintenant, évidemment, en Irak et en Syrie, vous savez, l’EI a nécessité une action militaire. Mais en Afghanistan, vous savez, nous y sommes depuis 15 ans, je ne pense pas que quiconque puisse expliquer pourquoi nous sommes toujours là. On peut mettre en garde contre toutes sortes de scénarios si nous partons, mais tous ces scénarios se dérouleront si nous y restons. Et je pense que cela soulève la question de savoir si l’Amérique s’engage ou non dans des guerres sans avoir une idée claire de ce que nous essayons d’accomplir ou de la façon dont elles finiront.

MH : Mais Ben, cela n’aurait-il pas aidé – les gens parlent de votre fusion mentale avec Obama, et quand vous parlez, vous reflétez souvent certains des points de vue d’Obama, et j’encourage les gens à lire le livre s’ils veulent entrer dans l’esprit d’Obama, et pas seulement vos points de vue, avant que les propres mémoires d’Obama ne sortent. Mais ce que je ne comprends pas – je vous entends le dire et je hoche la tête d’un air d’approbation, et je faisais de même quand je voyais être vos interviews à la Maison-Blanche – est-ce que cela n’aurait pas aidé à mettre fin à cette posture militaire ouverte des États-Unis si Obama n’avait pas rempli son administration de faucons déclarés dès le début ? Hillary Clinton, Rahm Emanuel, Leon Panetta, Susan Rice, la liste continue – tous des gens très brillants, mais tous des gens qui aiment bien l’idée que l’Amérique s’implique dans de nombreux conflits.

BR : Eh bien, vous savez, je décris dans le livre l’examen de la politique en Afghanistan de 2009, je pense qu’il s’agissait d’un événement plus important que l’on ne le pense sans doute, parce que que cela a été un processus assez extraordinaire, dans lequel on lui a essentiellement proposé une option, soit d’envoyer 40 000 soldats américains en Afghanistan sans échéancier pour les faire tomber. Et malgré des mois de réunions, vous savez, je détaille tout ce qu’Obama a fait pour essayer d’affiner les objectifs, la recommandation était la même. Et ce qu’il a fini par faire, c’est d’imposer un calendrier au déferlement [des troupes, NdT]. Mais, en fait, vous savez, le simple fait ce déferlement lui-même nous rendrait très difficile, à la fin de l’administration, de nous sortir complètement de l’Afghanistan.

Et je suis persuadé que c’est un état d’esprit qui a conduit à un processus qui n’était pas en phase avec ce que le président Obama recherchait. Et ce qui est intéressant, c’est que par la suite, il a été beaucoup plus vigilant pour tenter de limiter ce type d’escalade ouverte et les options qui s’offraient à lui, et, bien sûr, il a été accusé de s’ingérer sans cesse dans la gestion des militaires.

MH : Mais Ben, voilà ce que je ne comprends pas, si vous dites cela au sujet de l’Afghanistan et des conflits prolongés, et je ne suis pas en désaccord avec ce que vous dites. Comment expliquez-vous la Syrie ? Parce qu’on vous a beaucoup critiqué. J’ai écouté vos interviews lors de la tournée du livre ; vous parlez dans le livre de la façon dont on vous a critiqué pour ne pas en avoir fait assez sur la Syrie. Je me souviens d’une manifestation qui s’est déroulée à Washington il y a quelques années, où des membres de l’opposition syrienne vous reprochaient de ne pas en faire assez lors d’un événement, et vous étiez souvent le personnage public qui venait défendre Obama. Je veux aller dans l’autre sens et dire : Êtes-vous trop intervenu en Syrie ? Parce que la CIA a dépensé des centaines de millions de dollars pour financer et armer les rebelles anti-Assad, beaucoup de ces armes, comme vous le savez, se sont retrouvées entre les mains de groupes djihadistes, certaines même entre les mains de l’EI. Vos critiques diraient que vous avez exacerbé cette guerre par procuration en Syrie ; vous avez prolongé le conflit en Syrie ; vous avez fini par renforcer les djihadistes.

BR : Eh bien, ce que j’essaie de faire dans mon livre est, vous savez, principalement de soulever – toutes les spéculations sur la Syrie ne se conforment pas vraiment avec ce que vous avez avancé, Mehdi, mais avec l’idée que nous aurions dû prendre des mesures militaires.

MH : Oui

BR : Ce que je fais dans mon livre, c’est d’essayer de regarder de qui s’est passé en 2011 et 2012. Y a-t-il eu une fenêtre diplomatique que nous avons ratée ou dont nous avons, d’une certaine façon, accéléré la fermeture en nous orientant vers l’appel au départ d’Assad – ce qui selon moi, bien sûr, devrait arriver, je crois qu’Assad a été un dirigeant épouvantable pour la Syrie et a brutalisé son peuple – mais, vous savez, y avait-il une initiative diplomatique qui aurait pu être prise pour essayer d’éviter ou au moins minimiser l’étendue de la guerre civile ? Parce que, vous savez, ce qui a fini par se produire au fond, c’est que nous étions probablement trop optimistes, vous savez, après Moubarak et Ben Ali et enfin Saleh et Kadhafi, et que nous pensions arriver à une situation où Assad partirait. Et, vous savez, ne tenant pas suffisamment compte de l’aide qu’il allait recevoir de la Russie et de l’Iran, combinée à son propre nihilisme, et comment cela pourrait lui permettre de survivre. Donc je me penche sur cette occasion diplomatique potentiellement manquée.

Pour ce qui est de l’appui de l’opposition, vous savez, je ne sais pas si je nous accorderais autant d’influence. Il y a beaucoup de gens qui introduisent des armes en Syrie, qui financent toutes sortes de –

MH : Oh, allez, mais vous coordonniez une grande partie de leurs armes. Vous savez, les États-Unis ont été fortement impliqués dans cette guerre avec les Saoudiens, les Qataris et les Turcs.

BR : Eh bien, j’allais dire : la Turquie, le Qatar, l’Arabie saoudite.

MH : Vous y étiez aussi

BR : Oui, mais le problème est qu’une fois que cela avait évolué en une sorte de guerre civile confessionnelle avec différentes parties se battant pour ce qu’elles pensaient être leur survie, je pense que pour nous, la capacité de mettre un terme à la situation, et ca fait partie de ce avec quoi je me débats dans le livre, est la limite de notre capacité de trouver un levier pour faire cesser un tel massacre une fois qu’il a commencé.

C’est pourquoi je garde toujours espoir dans cette fenêtre d’ouverture initiale. J’explique aussi qu’il y avait une légère absurdité dans le fait que nous débattions des options pour fournir un soutien militaire à l’opposition au moment même où nous décidions de désigner al-Nosra, une grande partie de cette opposition, comme une organisation terroriste. Il y a donc eu une sorte de schizophrénie inhérente à la politique étrangère des États-Unis qui a atteint un point culminant en Syrie.

MH : Le terme est très bien choisi, surtout pour décrire notre politique syrienne… Nous n’avons presque plus de temps. Je veux juste vous demander ça : Vous avez mentionné plus tôt que si nous avions su que Trump viendrait ensuite, nous aurions peut-être modifié notre politique sur l’Arabie saoudite ou sur le Yémen, ou autre chose encore. Et je pense que cela s’appliquerait à beaucoup de domaines, si vous aviez su que Trump arriverait ensuite.

Que répondez-vous à ceux de vos critiques qui disent que vous avez laissé derrière vous ce pouvoir exécutif étendu, secret et non contrôlable, toute une architecture de surveillance de la NSA, des programmes d’assassinats, des programmes de drones, sans parler du précédent de guerres lancées sans l’approbation du Congrès, comme la Libye ? Vous avez laissé cela à Donald Trump pour qu’il en hérite, qu’il l’utilise, qu’il en abuse ; en gros, vous avez laissé derrière vous un fusil chargé pour que Donald Trump se mette à tirer.

BR : Oui, mais le problème avec ça, Mehdi, c’est que le Congrès n’allait jamais, jamais, prendre ses responsabilités dans ce domaine. Nous avons essayé désespérément d’obtenir une AUMF une autorisation d’utiliser la force militaire sur l’EI. Si nous avions eu un Congrès avec lequel nous aurions pu travailler, nous aurions certainement, comme vous le savez, tenté de modifier l’AUMF existante, qui remonte à l’après 11 septembre.

MH : Je ne défends pas le Congrès, mais, vous savez, le Congrès ne vous a pas forcé à apporter de nouvelles innovations comme l’exécution d’un citoyen américain par une frappe de drone, ce qu’aucun président précédent n’avait fait, ce que Donald Trump a maintenant le pouvoir de faire.

BR : Oui, mais je pense que les gens devraient comprendre que le Congrès fournit l’architecture de tous ces pouvoirs. Vous savez, ils datent de l’après 11 septembre, elles remontent à l’administration Bush : le Patriot Act, l’autorisation d’utiliser la force militaire. Donc essentiellement, même si nous avions, vous savez, mis fin à beaucoup de ces choses.

MH : Mais ils se sont développés sous votre supervision, Ben. Il ne s’agit pas de terminer, pas de terminer. Obama les a développés. Je comprends pourquoi, je comprends le raisonnement, nous n’avons pas le temps d’en parler, vous savez. Vous ne vouliez pas envahir et occuper des pays, c’était un démarche militaire plus légère, je comprends tout cela. Mais le fait est qu’il a été élargi sous sa direction, et maintenant vous avez Donald Trump avec tous ces pouvoirs. Ça doit sûrement vous effrayer.

BR : Bien sûr, Donald Trump avec n’importe quel genre de pouvoir me fait peur. Mais ils ont été élargis et réduits. Je veux dire, nous l’avions réduits à la fin.

Mais je pense, vous savez, les défis de notre politique étrangère, encore une fois, certaines des choses qui vous mettent mal à l’aise ainsi que certains de vos auditeurs, j’en suis sûr, vous savez qu’une seule personne, même le président des États-Unis ne peut pas changer cette orientation. Encore une fois, comme, vous savez, les incitations du Congrès – nous n’avons pas pu fermer le Gitmo [base et camp de Guantánamo, NdT], je veux dire, malgré nos efforts. Il n’y a littéralement rien que nous puissions faire parce que le Congrès ne nous a pas laissé faire. Donc, certaines de ces choses – les pouvoirs conférés à un président, la guerre, l’utilisation de moyens comme les drones, la surveillance – ces pouvoirs, nous en sommes là, peu importe ce que Barack Obama a fait parce que c’est l’orientation du Congrès. Et, en fin de compte, vous savez, concernant le changement d’orientation de la politique étrangère américaine, même si vous pensez que nous aurions pu en faire plus, pour vraiment aborder certaines de ces questions, vous savez, il va falloir changer la façon dont le Congrès les aborde.

MH : Ben Rhodes, merci d’avoir pris le temps de venir à l’émission pour parler du bilan d’Obama. Je vous remercie d’être venu répondre à certaines de ces questions plus critiques. Bonne chance pour la tournée du livre.

BR : Merci Mehdi.

[Intermède musical]

MH : C’était Ben Rhodes, ancien conseiller d’Obama et auteur du nouveau livre The World as It Is : A Memoir of the Obama White House.

Et c’est notre émission ! Deconstructed sera de retour la semaine prochaine pour la dernière émission de la saison avant nos vacances d’été – bien gagnées – et nous nous intéresserons de près à la Cour suprême des États-Unis, qui devrait rendre sa décision d’un jour à l’autre sur le Muslim Ban [décret interdisant l’entrée dans le territoire des États-Unis aux ressortissants de certains pays à majorité musulmane, NdT] de Donald Trump .

Deconstructed est une production de First Look Media et The Intercept, et est distribué par Panoply.

Notre producteur est Zach Young. Dina Sayedahmed est notre assistante de production. Leital Molad est notre producteur exécutif. Notre thème musical a été composé par Bart Warshaw. Betsy Reed est la rédactrice en chef de The Intercept.

Je suis Mehdi Hasan. Vous pouvez me suivre sur Twitter @mehdirhasan. Si ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous à l’émission afin de pouvoir l’écouter chaque semaine. Allez sur theintercept.com/deconstructed pour vous abonner à partir de la plateforme de podcast de votre choix – et si vous êtes un utilisateur d’Android, Google vient de publier une nouvelle application de podcast. Vous pouvez aussi y entendre Deconstructed.

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Merci beaucoup ! À la semaine prochaine.

Source : The Intercept, Deconstructed, 22-06-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.


Source : ZeroHedge, Tyler Durden, 24-06-2018

 

Quelqu’un a enfin demandé à un représentant de l’administration Obama d’avouer sa responsabilité dans la montée de l’EI et d’avoir armé les djihadistes en Syrie

Dans une interview sur une large variété de sujets, intitulée « Affronter les conséquences de la politique étrangère d’Obama », Mehdi Asan de The Intercept a posé la question à Ben Rhodes, qui a servi longtemps de conseiller adjoint à la sécurité nationale à la Maison Blanche sous Obama et fait maintenant la promotion de son nouveau livre, The world As it Is : Inside Obama White House.

Ben Rhodes, conseiller adjoint à la sécurité nationale, et le président Obama. Source de l’image : AP via le magazine Commentary

Rhodes a été décrit comme bénéficiant de la confiance d’Obama et si proche de lui qu’il était sur place pour presque chaque décision en politique étrangère d’importance qu’Obama a prise durant ses 8 ans en fonction. Bien que l’interview d’Intercept mérite d’être écoutée en entier, c’est le partie sur la Syrie qui a retenu notre attention.

Bien que Rhodes ait tenté de noyer le poisson, il a répondu avec embarras par l’affirmative lorsque Mehdi Hasan a posé la question suivante sur le soutien aux djihadistes en Syrie :

Êtes vous trop intervenu en Syrie ? Parce que la CIA a dépensé des centaines de millions de dollards pour financer et armer les rebelles anti-Assad, beaucoup de ces armes, comme vous le savez, sont dans les mains de groupes djihadistes, certaines mêmes aux mains de l’Etat Islamique.

Vos critiques diraient que vous avez exacerbé cette guerre par procuration en Syrie, vous avez prolongé le conflit en Syrie, vous avez fini par renforcer les djihadistes.

Au départ Rhodes a digressé sur son livre et a « hésité » sur la politique Syrienne en évitant la question. Mais Hassan l’a rattrapé avec ce qui suit « Oh, allons, mais vous coordonniez une grande partie de leurs armes ».

Les deux croisent le fer sur l’accusation d’Hassan « d’avoir renforcé des jihadistes » dans la section clé suivante de l’interview à la fin de laquelle Rhodes répond à contrecœur « ouais… » – mais tout en tentant de faire porter la responsabilité ultime sur des alliés des États-Unis, la Turquie, le Qatar, et l’Arabie Saoudite (le vice Président Biden a fait de même dans un discours de 2014)

MH : Oh, allons donc, mais vous coordonniez une grande partie de leurs armes. Vous savez, les États-Unis étaient considérablement impliqués dans cette guerre avec les Saoudiens et les Qataris et les turcs.

BR : Eh bien, j’allais dire : la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite.

MH : vous en étiez aussi.

BR : oui, mais le problème est qu’une fois que cela avait évolué en une sorte de guerre civile confessionnelle avec différentes parties se battant pour ce qu’elles pensaient être leur survie, je pense que pour nous, la capacité de mettre un terme à la situation, et ca fait partie de ce avec quoi je me débats dans le livre, est la limite de notre capacité de trouver un levier pour faire cesser un tel massacre une fois qu’il a commencé.

A notre connaissance c’est la première fois qu’un média d’information important a directement demandé à un conseiller en politique étrangère de haut de rang de l’administration Obama de reconnaître les années de soutien de la Maison-Blanche aux djihadistes en Syrie.

Bien que l’entretien ait été publié un vendredi, son importance est passée inaperçue ou n’a pas été commentée dans les principaux médias tout au long du week-end (comme on pouvait peut être s’y attendre). A la place, ce qui a circulé est un article de Newsweek ridiculisant les « théories du complot » entourant la rapide montée de l’État islamique, y compris ce qui suit :

Le président Donald Trump a peu fait pour pour dissiper le mythe d’un soutien américain direct à l’État islamique depuis qu’il est entré en fonction. Durant la campagne électorale de 2016, Trump affirmait – sans fournir aucune preuve – que le président Obama et sa secrétaire d’État d’alors Hillary Clinton ont cofondé le groupe et que l’État islamique « honore » l’ancien président.

Bien entendu, la vérité est un peu plus nuancée que ça, comme Trump lui même a semblé le reconnaître ailleurs, ce qui en définitive aurait conduit le président à fermer le programme secret de la CIA de changement de régime en Syrie à l’été 2017, tout en se plaignant auprès de ses assistants de la brutalité choquante des « rebelles » formés par la CIA.

Entre-temps, les médias dominants se sont contentés de brandir le mensonge suivant lequel le président Obama est « resté en dehors » de la Syrie, et qu’au lieu de cela il a simplement approuvé un niveau d’aide négligeable aux soi-disant rebelles modérés qui combattaient Assad et (soi-disant) l’État islamique. Rhodes a tenté dans des interviews précédentes de dépeindre Obama comme restant sagement « sur la touche » en Syrie.

Mais comme nous l’avons souligné plusieurs fois au cours des années, ce récit ignore et cherche à absoudre ce qui fut peut être le plus grand programme secret de la CIA, initié par Obama, qui a armé et financé une rébellion islamique déterminée à renverser Assad pour la coquette somme de 1 milliard de dollars par an (un quinzième du budget connu de la CIA selon les documents fuités par Edward Snowden et révélés par le Washington Post)

Il ignore également le fait bien établi à la fois par des rapports du renseignement et des enregistrements visuels pris sur le champ de bataille authentifiés, que l’État islamique et l’armée libre syrienne (FSA) combattaient ensemble sous une même structure soutenue par les États-Unis durant les premières années de la guerre en Syrie, aussi tard que durant toute l’année 2013 – fait confirmé par le professeur à l’université d’Oklahoma Joshua Landis, largement considéré comme le principal expert au monde sur la Syrie.

Important “Islamic State Leader Omar al-Shishani Fought Under U.S. Umbrella as Late as 2013” by @BradRHoff https://t.co/JQg5TwcLDp

— Joshua Landis (@joshua_landis) March 10, 2016

[L’important chef de l’État islamique Omar Al-Shishani a combattu sous couverture américaine jusqu’à la fin de 2013.]

Les experts sur la Syrie aussi bien qu’un article du New York Times qui est passé en grande partie inaperçu, ont vérifié le film ci-dessous de 2013 montrant l’ambassadeur US d’alors en Syrie Robert Ford travaillant étroitement avec un dirigeant « rebelle » qui a exercé un commandement opérationnel sur des terroristes connus de l’État islamique (l’ambassadeur Ford a depuis reconnu la relation à McClatchy News)

Cette dernière affirmation de Ben Rhodes, reconnaissant avec embarras que la Maison-Blanche d’Obama a armé les djihadistes en Syrie, fait suite aux précédents reportages explosifs de Mehdi Hasan à partir de 2015.

En tant qu’invité de Head to Head sur Al Jazeera, Hasan a demandé à l’ancien chef du renseignement du Pentagone sous Obama, le général Michael Flynn, qui est responsable de la montée de l’état islamique ? (l’interview d’août 2015 était bien antérieure à l’arrivée de Flynn dans la campagne de Trump)

Hasan a montré à Flynn le mémo déclassifié de la DIA [Agence de renseignement de la Défense, NdT] de 2012 révélant que le soutien de Washington aux terroristes de Al-Qaïda et de l’État islamique en Syrie dans le but de contrer à la fois Assad et l’Iran. Flynn a confirmé l’accusation d’Hassan que c’était « une décision délibérée de soutenir une insurrection qui comprenait des salafistes, Al-Qaïda et les frères musulmans… »

Les-crises : nous vous renvoyons vers cet article, où nous avons traduit le passage important

Peu après, Glenn Greenwald de l’Intercept a fait une apparition dans Democracy Now pour débattre du contenu choquant de l’interview de Flynn

Il sera intéressant de voir dans des années sur quel « récit » concernant le legs d’Obama dans le conflit Syrien les historiens de demain mettront l’accent

… Obama le président qui « est resté à l’écart » ou « sur la touche » en Syrie ? …ou Obama le président dont les décisions ont alimenté la montée de l’organisation terroriste la plus brutale que le monde ait jamais vu ?

Source : ZeroHedge, Tyler Durden, 24-06-2018

 

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

Catherine // 03.10.2018 à 09h09

Alors que la majorité de la population française en est restée à la fable que en Syrie les occidentaux sont du côté d’une opposition “démocratique” contre un dictateur, il serait bon qu’elle révise une fois pour toute sa vision des évènements, opinion opiniâtrement façonnée par des fausses nouvelles à longueur de journée depuis des années.
Ben Rhodes, qui est bien placé pour en parler, confirme que les USA, avec ses partenaires locaux, ont fomenté, alimenté en arme, payé leurs mercenaires djihadistes et coupeurs de tête, voire anthropophages, avec comme résultat, un magnifique pays ravagé, des dizaines de milliers d’estropiés, de veuves, d’orphelins, de traumatisés à vie.
Ces gens là n’apprennent rien, ne regrettent rien, se vautrent dans les mêmes crimes et sont toujours prêts à recommencer.
Des malades.

12 réactions et commentaires

  • Catherine // 03.10.2018 à 09h09

    Alors que la majorité de la population française en est restée à la fable que en Syrie les occidentaux sont du côté d’une opposition “démocratique” contre un dictateur, il serait bon qu’elle révise une fois pour toute sa vision des évènements, opinion opiniâtrement façonnée par des fausses nouvelles à longueur de journée depuis des années.
    Ben Rhodes, qui est bien placé pour en parler, confirme que les USA, avec ses partenaires locaux, ont fomenté, alimenté en arme, payé leurs mercenaires djihadistes et coupeurs de tête, voire anthropophages, avec comme résultat, un magnifique pays ravagé, des dizaines de milliers d’estropiés, de veuves, d’orphelins, de traumatisés à vie.
    Ces gens là n’apprennent rien, ne regrettent rien, se vautrent dans les mêmes crimes et sont toujours prêts à recommencer.
    Des malades.

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    • DocteurGrosdois // 03.10.2018 à 11h17

      Personnellement j’aimerais qu’on révèle enfin le véritable degré d’implication de la France dans le conflit Syrien.

      En gros, dans les media étrangers on apprend que nos forces spéciales travaillent avec les milices Kurdes YPG/SDF, “débriefent” les militants d’ISIS français capturés et en élimine d’autres, ce qui ne m’empêche pas de dormir.

      Mais de temps en temps on apprend aussi que du matériel Français (missiles Milan, radios cryptées Thalès…) a été saisi par l’armée syrienne dans des zones tenues par Al Qaeda…

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      • faxmax // 03.10.2018 à 20h15

        Sans oublier l’épisode Lafarge… Bon, navré de vous décevoir mais j’imagine que le niveau d’implication est “très secret défense” et donc qu’il ne faut pas compter avoir beaucoup de certitude avant des lustres. Quoi qu’il en soit je pense que l’idée c’est juste de garder un pied dans la place et de conserver le maximum d’influence possible a moindre prix pour l'”après” quel qu’il soit. Bref, on place des billes un peu partout, on fait du renseignement et on attend. Pas les moyens de faire beaucoup plus (hors coup de pub).

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  • Daniel // 03.10.2018 à 09h44

    Ce qui est intéressant, c’est que durant le temps où il était au pouvoir, Obama n’a jamais (sinon rarement) été attaqué sur sa politique étrangère : reconduite des migrants mexicains, guerre contre la Libye et la Syrie sans mandat du parlement ni de l’ONU d’ailleurs, bombardements de civils etc…
    Pour Trump, c’est le contraire, il s’est fait attaquer sur les migrants mexicains, sur le fait qu’il n’allait pas faire la guerre à la Syrie (il a fallu que l’Angleterre suivi de la France “l’invite” à bombarder pour que les médias se taisent), sur la paix en Corée du Nord et ses (relatives) bonnes relations avec Poutine et Xi-Jinping.
    En regardant cela, j’arrive à la conclusion que la faction de la Guerre aux USA (et GB) est vraiment très efficace au niveau de la communication pour lutter contre ceux qui ne pensent ni n’agissent pas sur la ligne du “toujours plus de guerre”.
    Imaginons un peu le président Trump renforcé aux élections de Mid Term (il a un sacré soutien populaire basé sur ses choix économiques), ira-t-il dans le sens d’une réforme des institutions du monde et en premier lieu du système financier qui aujourd’hui impose cette direction de la guerre au détriment du co-développement ?
    cf http://www.institutschiller.org/L-Institut-Schiller-interpelle-l-ONU.html

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    • Julie // 03.10.2018 à 15h52

      Merci Daniel,
      Je suis également tombée sur l’appel de l’Institut Schiller qui appelle les représentants de la Chine, de l’Inde, de la Russie et des Etats-Unis à mettre en place un Nouveau Bretton Woods.
      Je l’ai signé
      http://www.institutschiller.org/Appel-a-MM-Trump-Poutine-Xi-Jinping-et-Modi-pour-un-Nouveau-Bretton-Woods.html

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    • John V. Doe // 04.10.2018 à 17h24

      Pour les non-initiés, derrière l’Institut Schiller, il y Lyndon LaRouche qui est un personnage assez problématique, en tout cas aux opinions assez tranchées. Son obsession contre les services secrets britanniques qui sont à l’origine de tout le mal du monde (y compris Obama) et quelques autres chevaux de bataille où le pire côtoie le meilleur font que j’hésiterais à signer leurs pétitions. Maintenant à chacun de faire son opinion mais en sachant qui est derrière quoi.

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  • Kokoba // 03.10.2018 à 10h08

    Un article trés intéressant. Il y a plusieurs commentaires à faire.

    D’abord, on peut noter qu’il existe encore aux USA des médias et des journalistes qui font correctement leur boulot et savent réaliser une interview avec de vrais questions (et obtenir de vrais réponses). En France, il est difficile d’imaginer çà. Même s’il est ajouté que les médias dominants ont ignorés l’interview.

    On peut noter aussi que le pouvoir aux US n’est pas d’une seule pièce. Si d’un coté, on a les neocons et leur désir de regime change qu’on connait bien maintenant, on a ici la vision de la partie démocrate.
    Bien sur, le type plaide pour sa paroisse mais on peut rappeler la difficulté qu’à eu Obama face à un congrés controlé par les Républicains qui avaient décidé de n’approuver aucun choix d’Obama simplement parce qu’ils n’acceptaient pas son élection.

    On note aussi que même si le type ne se considère pas comme un faucon, il admet benoitement qu’ils voulaient le départ de Bachar et qu’ils ont travaillé dans ce sens. Il ne lui vient pas à l’idée que ce genre de chose s’appelle de l’ingérence. De quel droit les USA décident qui peut être à la tête de la Syrie ?

    En tout cas, on a un point de vu intéressant sur le marigot Washingtonnien.

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  • François Marquet // 03.10.2018 à 10h20

    L’Europe et les Anglo-Saxons, avec aux seconds rôles la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël qui jouaient leur propre partition, ont joué le Quatar contre l’Iran dans la géopolitique du gaz, sacrifiant la Syrie au passage, créant une armée de mercenaires jihadistes et des foules de migrants. La défaite est complète: militaire, géostratégique, morale. Pas gêné, le camp du bien va recycler les irréducibles d’Idlib vers l’Afghanistan, espérant ainsi ralentir l’avancée des routes de la soie chinoises. Une autre défaite en perspective, et un rapprochement russo-chinois plus rapide à venir. Le soleil se lève à l’est, il serait temps de faire avec…

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  • christian gedeon // 03.10.2018 à 11h05

    Bah…je suis assez content de cet interview. Souvent inutilement partiale toutefois. Au début du premier mandat du “bel ” Obama,si bon danseur,j’ai écrit à maintes reprises qu’il fallait se méfier de cet homme et de son entourage. la suite m’ adonné raison. Il a été un extraordinaire boutefeux d’un bout de la planète à l’autre. Des confins chinois,avec les Ouîgours,à l’Afrique subsaharienne et intérieure.Une ceinture de guerre et de feu est née sous son mandat,avec la terrible Clinton, que l’histoire jugera comme une criminelle de guerre.

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  • Chris // 03.10.2018 à 11h39

    Quel gâchis, quelle cacophonie et ça continue.
    Ces gens (Dems/Reps) sont tellement convaincus de leur exceptionnalisme et suprémacisme, qu’ils ne réalisent même plus qu’ils sont entrés en phase terminale de démence !
    Nous avons les mêmes clones dans nos officines gouvernementales : un syndrome post-colonial qui s’apparente à une cure de désintoxication aux incessants épisodes ratés : faudrait décrocher (nous dit ou fait dire l’intellect), mais on n’y arrive pas…
    La “colonisation” offrant tellement d’avantages économiques, de profits financiers comme carriéristes.
    Je me demande à quel point nos concitoyens se rendent compte que nos démocraties sont un leurre. Dire qu’il va falloir voter l’an prochain pour les européennes, alors que c’est un parfait simulacre !
    Fatiguée !
    “L’administration Obama a laissé derrière elle un pouvoir exécutif étendu, secret et non contrôlable, toute une architecture de surveillance de la NSA, des programmes d’assassinats, des programmes de drones, sans parler du précédent de guerres lancées sans l’approbation du Congrès, comme la Libye ?
    Vous avez laissé cela à Donald Trump pour qu’il en hérite, qu’il l’utilise, qu’il en abuse ; en gros, vous avez laissé derrière vous un fusil chargé pour que Donald Trump se mette à tirer”.
    Mais pour l’instant, ne l’a pas utilisé…
    On sait que la poursuite de certaines opérations ont été le fait du Pentagone & associés.

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  • Sam // 03.10.2018 à 12h24

    Quand on repense au 11 septembre, “vous êtes avec nous ou contre nous”, mais “nous” sommes avec “al Qaeda” et les saoudiens. Ces gens sont fous et dangereux.

    Sur la forme, l’article intéressant est celui de Tyler Durden, et il devrait figurer au dessus.
    D’autant que rien dans le titre n’indique sa présence.
    L’entretient est long et fastidieux à lire, rempli d’éléments de langage “j’aurais aimé que nous en fassions plus”, “nous étions trop optimistes”, …, et dont les seuls passages réellement intéressants sont ceux que vous avez surlignés. Il devrait donc figurer en dessous.
    Il montre toutefois bien “la schizophrénie inhérente à la politique étrangère des Etats Unis”.

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  • Olivier MONTULET // 03.10.2018 à 16h28

    Un conseiller d’Obama incapable d’autocritique et en bon “démocrate US” il rejette tout sur “l’infâme” Trump. Minable

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