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13.janvier.202213.1.2022 // Les Crises

Israël tente de pousser à la guerre avec l’Iran – et cela n’inquiète pas vraiment la presse américaine

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De hauts responsables israéliens, actuellement en visite officielle à Washington, font pression pour une action militaire américaine contre l’Iran. Il s’agit d’une provocation dangereuse qui devrait faire l’objet d’une information générale.

Source : Jacobin Mag, Branko Marcetic
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin (à droite), accueille le ministre israélien de la Défense, Benjamin Benny Gantz (à gauche), au Pentagone, jeudi. (Yasin Ozturk / Anadolu Agency via Getty Images)

Si vous cherchez, vous ne trouverez pratiquement aucun article dans les médias américains sur les hauts responsables israéliens qui se sont rendus à Washington cette semaine pour demander des frappes militaires contre l’Iran, augmentant ainsi le risque de déclencher une guerre. Pourtant, c’est exactement ce qui s’est passé.

La presse israélienne a largement rapporté cette semaine que le ministre de la Défense, Benny Gantz, et le chef des services d’espionnage, David Barnea, avaient rencontré jeudi des responsables de l’administration Biden afin de faire pression en faveur d’une politique américaine plus agressive à l’égard de l’Iran, alors que des négociations difficiles ont repris cette semaine sur le rétablissement du Plan d’action global conjoint (JCPOA), ou accord sur le nucléaire iranien, signé en 2015. Selon les rapports, Gantz et Barnea ont insisté auprès des responsables américains pour qu’ils soutiennent les efforts visant à rétablir l’accord par une démonstration de force sous la forme de sanctions plus sévères, voire de frappes sur des cibles iraniennes.

Cette pression est une réponse aux demandes plus agressives du nouveau gouvernement conservateur iranien dans les négociations de la semaine dernière, exigeant d’abord que tout ce qui a été couvert dans les négociations passées soit sur la table pour une renégociation, avant de revenir quelque peu sur cette position dimanche. Mais elle s’inscrit également dans un schéma d’agression israélien, les responsables ayant menacé à plusieurs reprises et parfois mené à bien des attaques contre des cibles iraniennes au cours des négociations bloquées cette année, la plus récente ayant touché mardi une cargaison d’armes iraniennes en Syrie.

Il est peu probable qu’Israël tienne bon seul dans un conflit militaire avec l’Iran – en fait, même l’armée américaine aurait du mal – ou qu’il mène une attaque à l’intérieur des frontières iraniennes sans le feu vert des États-Unis. D’où la nécessité de convaincre les responsables de Biden de cette idée. Mais les attaques d’Israël à l’extérieur des frontières de l’Iran ont à elles seules le potentiel d’enflammer un conflit plus grave, comme lorsqu’une frappe d’octobre sur les forces soutenues par l’Iran en Syrie a conduit, pour la première fois, à une attaque contre une base américaine dans ce pays en proie au conflit, aux mains de complices iraniens présumés.

La politique iranienne a été l’un des points centraux des interventions israéliennes dans la politique américaine – ou ce que l’on appelle, dans d’autres contextes, « cibler notre démocratie ». Si certaines de ces interventions ont été infructueuses, comme lorsque l’ancien Premier ministre de droite dure Benjamin Netanyahou a publié un discours sans précédent au Congrès pour plaider contre l’accord sur l’Iran avant qu’il ne soit approuvé, d’autres ont fonctionné, comme lorsque le lobbying israélien a persuadé Donald Trump de se retirer de l’accord en 2018, ce que les responsables israéliens regrettent aujourd’hui ouvertement.

Joe Biden et Israël sont maintenant dans un dilemme qu’ils ont largement créé. Les faucons israéliens étaient farouchement opposés à l’accord depuis des années, et leur pression réussie pour que Trump viole d’abord l’accord, puis s’en retire entièrement alors que l’Iran était conforme, a déchiré toute confiance construite entre les deux nations tout en jetant un doute sur la fiabilité de Washington en tant que partenaire diplomatique. Elle a également sapé le précédent gouvernement réformateur d’Hassan Rouhani, portant au pouvoir, lors des élections de juin, les partisans actuels de la ligne dure, qui étaient ouvertement sceptiques à l’égard de l’accord.

En outre, bien qu’elle se soit engagée à annuler le retrait de Trump et à rétablir l’une des réalisations phares de l’ancien président Barack Obama en matière de politique étrangère, l’administration Biden, peut-être avec un œil sur la politique intérieure, a maintenu une position intransigeante. Biden a insisté sur le maintien des sanctions américaines, pivot de l’accord pour l’Iran, qui paralysent son économie depuis des années et exacerbent ses souffrances face à la pandémie.

Bien que l’imposition de sanctions par Trump en 2017 a d’abord violé l’accord, conduisant l’Iran à intensifier son enrichissement d’uranium en représailles depuis lors – et malgré le fait que Washington et Israël ont procédé à deux assassinats majeurs distincts de responsables iraniens – l’administration a insisté pour que l’Iran fasse les premières concessions. Puis, juste avant les élections iraniennes, elle aurait refusé de s’engager pour le reste du mandat de Biden à ne pas revenir sur l’accord, à la manière de Trump, si l’accord est rétabli et que l’Iran reste conforme.

Pour sa part, l’Iran continue d’insister sur le fait que l’enrichissement de l’uranium se fait à des fins entièrement pacifiques, qu’il ne cherche pas à se doter d’une arme nucléaire et qu’il est toujours membre du traité de non-prolifération nucléaire. Israël, dont on sait qu’il possède au moins des dizaines d’armes nucléaires et qui rejette depuis longtemps tout accord antinucléaire régional, ne l’est pas. Il convient également de noter qu’il y a quelques mois à peine, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie ont conclu un accord qui place des sous-marins à propulsion nucléaire dans le Pacifique Sud, suscitant l’inquiétude quant à sa violation du précédent en matière de non-prolifération et exploitant potentiellement une faille qui permet aux matières fissiles utilisées dans les réacteurs navals d’échapper aux inspections.

Quoi qu’il en soit, le silence relatif des médias américains sur la nouvelle selon laquelle les responsables israéliens tentent de faire pression sur Washington pour qu’elle adopte une attitude agressive envers l’Iran, qui pourrait dégénérer en guerre, contraste fortement avec l’obsession permanente de la presse pour les tentatives d’intervention du Kremlin dans la politique américaine. Cet effort particulier n’a donné lieu à aucune concession politique à la Russie pendant les quatre années où Trump a été président, contrairement à l’ingérence politique d’Israël aux États-Unis, qui continue d’être plus répandue, normalisée et réussie que celle de n’importe quel autre gouvernement étranger. Pourtant, cela n’est pas considéré comme scandaleux par la presse de l’establishment, même si cela pourrait nous conduire à la guerre.

A propos de l’auteur

Branko Marcetic est un des rédacteurs de Jacobin, il est aussi l’auteur de Yesterday’s Man : The Case Against Joe Biden (L’homme d’hier, le dossier contre Joe Biden, NdT). Il vit à Chicago, dans l’Illinois.

Source : Jacobin Mag, Branko Marcetic, 11-12-2021
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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martin // 13.01.2022 à 21h42

Le temps de la menace militaire israélienne à l’égard de l’Iran est bientôt révolu. Déjà, l’Iran a d’excellents moyens d’attaque et de défense, en particulier une excellente missilerie. Cependant, son point faible demeure l’aviation. Face aux israéliens, quelques escadrilles de F.14 ne peuvent pas grand chose. Si l’Iran veut supprimer cette faiblesse, il lui faut disposer d’une force de supériorité aérienne. Tout indique que ce sera bientôt le cas: les iraniens devraient recevoir une trentaine de Sukhoi 35 (!) courant Janvier. La fleur des pilotes iraniens sont entraînés depuis des mois à leur maniement, et j’imagine sans peine qu’ils doivent piaffer d’impatience.

6 réactions et commentaires

  • christian gedeon // 13.01.2022 à 13h51

    je ne comprends pas le sens de cet article. Rien de nouveau sous le soleil…à part que depuis le temps qu’on en partle, cette guerre n’ a toujours pas lieu. Du moins pas en grand. Des affrontements protéiformes de « basse « intensité ont lieu tous les jours. Nous connaissons ceux qu’on ne peut pas cacher. mais combien restent dissimulés. La part la plus importante probablement.

  • martin // 13.01.2022 à 21h42

    Le temps de la menace militaire israélienne à l’égard de l’Iran est bientôt révolu. Déjà, l’Iran a d’excellents moyens d’attaque et de défense, en particulier une excellente missilerie. Cependant, son point faible demeure l’aviation. Face aux israéliens, quelques escadrilles de F.14 ne peuvent pas grand chose. Si l’Iran veut supprimer cette faiblesse, il lui faut disposer d’une force de supériorité aérienne. Tout indique que ce sera bientôt le cas: les iraniens devraient recevoir une trentaine de Sukhoi 35 (!) courant Janvier. La fleur des pilotes iraniens sont entraînés depuis des mois à leur maniement, et j’imagine sans peine qu’ils doivent piaffer d’impatience.

    • Christian Gedeon // 17.01.2022 à 13h33

      Ah le rêve [modéré]…une guerre Iran Israël. Qu’ils vivront en vibrant devant leur écran. Ok je suis à la limite des 70 ans. Je suis donc par postulat un vieux con. Mais j’ai aussi vécu la guerre trois ans durant. Et quellles que soient les âneries que vous débitez je vous souhaite ne jamais la connaître. Mais apparemment pour vous les futurs morts iraniens ou israéliens se relèveront après la guerre. Un conseil arrêtez les jeux vidéo.

  • Savonarole // 14.01.2022 à 15h54

    J’ai du mal à comprendre cette politique US vis à vis d’un micro-état hors de son près-carré. C’est quoi l’intérêt pour l’agriculteur du Kansas qu’un bout du machrek soit dirigé par une minorité locale plutôt qu’une autre ? Pour Panama je peux comprendre mais là ?
    Nan sérieux, à part des conneries de magicien barbu qui vit au ciel, y a rien pour expliquer un tel soutient. Un jours, un noble anglais a promis le bout de terre d’un autre à un juif allemand et depuis le proche orient est en feu, ça fait déjà un peu blague belge comme ça, mais là, un Évangéliste Américain, un Mollah Iranien et un Militaire Égyptien rentrent dans la pièce … et la blague devient plus drôle du tout.

  • Grd-mère Michelle // 14.01.2022 à 17h26

    Apparemment, cela n’inquiète pas non plus les lecteurs/trices de ce site, pas plus que la prolifération nucléaire généralisée (militaire et civile) qui met en danger le futur de tout le vivant sur terre, dans les mers et les airs, tout en maintenant en esclavage et en rendant malades, dès à présent, ceux et celles qui participent à l’extraction des matériaux nécessaires, ainsi qu’à leur transformation en « produits » (vendus bien cher) sensés « améliorer notre quotidien ».
    L’interdiction des armes nucléaires est déjà déclarée, depuis presqu’un an, dans un traité TIAN ratifié par une majorité des Nations Unies.
    NUCLÉAIRE, NON MERCI!

    • RGT // 14.01.2022 à 18h00

      Nucléaire non merci ?

      Encore faudrait-il que le SEUL pays au monde qui se soit « amusé » à utiliser ce type d’armement contre des civils (juste pour voir ce que ça faisait, le Japon était déjà à terre, particulièrement suite à l’activation du rouleau compresseur de l’URSS qui contrairement aux USA n’hésitait pas à envoyer des troupes au sol) accepte de se débarrasser de son arsenal délirant.

      J’ai la certitude que si c’était le cas les russes et l’ensemble des autres pays qui détiennent ces armements (surtout pour se préserver des « avances » US) mettraient elles aussi au rebut l’ensemble de ces armements.

      Tant que les USA resteront cramponnés comme un morpion à « son » pubis à leur armement défensif OFFENSIF il est totalement illusoire de rêver à une dénucléarisation.

      Si par malheur les pays qui détiennent des armes nucléaires (et qui ont SURTOUT les moyens d’en faire profiter les USA) décidaient unilatéralement de se désarmer (se mettre à poil en fait) ils se feraient immédiatement « amérindianniser » et leurs populations finiraient par crever dans des « réserves » (ou pas, une réserve ça coûte cher alors qu’un »bon » génocide ça rapporte à l’industrie de l’armement)…

      N’oublions JAMAIS que les USA est bel et bien le seul pays qui est passé de la barbarie à la décadence SANS passer par la civilisation.
      La SEULE chose que comprennent ses dirigeants, c’est la force, et le seul moyen qu’ils nous foutent la paix c’est d’avoir les « muscles » pour leur mettre une baffe « de cow-boy » qui les étendrait raides morts.

      Quand aux dirigeants israéliens, je ne préfère me taire. La seule chose que je puisse dire sans être inondé de propos « fleuris », c’est qu’ils sont encore pires (si si, ça existe) que les dirigeants US.

      Les nord-coréens sont des enfants de cœurs comparés à ces dirigeants « bienfaisants ».

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