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17.janvier.201817.1.2018 // Les Crises

La dérive illégale de la mission syrienne de Trump, par Paul R. Pillar

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Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 13-12-2017

Alors même que le « califat » de l’État islamique en Syrie s’effondre, le gouvernement des États-Unis maintient environ 2 000 soldats dans le pays malgré l’absence de toute légitimité, comme l’explique l’ex-analyste de la CIA Paul R. Pillar.

L’autre jour, nous avons appris qu’il y a quatre fois plus de soldats américains en Syrie que ce que n’importe quel autre chiffre officiel ne l’avait admis. L’écart n’a pas beaucoup retenu l’attention du public, peut-être parce que les effectifs sont faibles par rapport à d’autres déploiements militaires américains : environ 2 000 soldats en Syrie, le chiffre officiel antérieur étant de 500.

Le secrétaire à la Défense Jim Mattis rencontre les troupes stationnées à la base aérienne d’Al Oudid, Qatar, le 21 avril 2017. (Photo du sergent Brigitte N. Brantley, technicienne de la Force aérienne)

De toute évidence, le décompte incomplet n’avait pas tenu compte du personnel affecté à des affectations de courte durée et de certaines autres missions délicates. Un porte-parole du Pentagone a déclaré que la publication de la nouvelle configuration plus complète fait partie d’un effort du secrétaire à la Défense James Mattis pour être plus transparent.

Moins transparente que les nouvelles données sur le nombre de soldats américains, est la raison pour laquelle ces troupes restent en Syrie. La seule raison incontestable du déploiement en Syrie a été de combattre ce qu’on appelle l’État islamique, qui est un acteur non étatique non conventionnel, mais qui a défini des cibles militaires conventionnelles lorsqu’il a créé une entité de type étatique occupant un territoire important en Syrie et en Irak.

Le mini-état islamique est maintenant pratiquement éliminé. Néanmoins, la présence militaire américaine en Syrie, bien qu’en baisse par rapport à son point culminant, ne semble pas vouloir prendre fin. Mattis a dit que les États-Unis « ne vont pas simplement abandonner » leurs efforts en Syrie.

Des signes d’une dérive de la mission

Les États-Unis montrent un détournement de la mission en Syrie, avec des nouvelles raisons invoquées pour remplacer la mission de combat armé contre le califat de l’EI. Il y a des modèles familiers sous cette perversion de la mission, qui se sont déjà trouvés derrière d’autres expéditions militaires. Donald Trump n’est pas à l’origine de ces conceptions, mais son administration les a adoptées.

Le commentaire de Mattis sur le fait de ne pas abandonner un terrain où les États-unis se sont déjà impliqués, démontre une de ces habitudes de pensée des Américains, qui est de croire que les États-Unis sont mieux équipés, et doivent être plus responsables, pour ramener le droit dans n’importe quel pays dans la tourmente, et dans lesquels les États-Unis ont bien plus qu’un intérêt passager. Pour y croire au sujet de la Syrie, il faut aller plus loin que la mission contre l’EI et de la pacification et même de quelques éléments de reconstruction du pays.

D’autres modèles de conception sur le cas Syrien comporte l’amnésie des expériences récentes appropriées et des leçons qui auraient dû en être tirées, mais bien sûr cela n’a pas été le cas. Les attitudes des américains envers l’EI, le régime syrien et les alliés russes et iraniens, y sont impliquées.

La perspective américaine dominante envers le contre-terrorisme, et aussi envers l’EI, a été lourdement militarisée, inhérente à la notion de « guerre contre la terreur ». L’usage de l’instrument militaire a été appropriée dans la mesure ou l’EI, en tant que mini-état, présentait des cibles militaires. Mais l’EI qui existe plus sur un mouvement idéologique et clandestin, ne présente plus à présent ces cibles militaires. Les instruments de contre-terrorisme non militaires sont à présent relativement plus importants.

Trop souvent oublié, c’est à quel point la guerre en soi, et spécialement l’épisode de la guerre civile en Syrie, fut une aubaine pour l’EI. Aussi trop souvent sont oubliés à quel point les victimes humaines collatérales, et les destructions qui sont presque inévitables sont des sous-produits de l’action militaire américaine dans des conflits compliqués qui tendent à aggraver, plutôt qu’à réduire l’extrémisme anti-US, y compris l’extrémisme qui prend la forme de terrorisme international.

Rêves de « changements de régime »

Une conception habituelle sur l’EI fut que Assad devait être renversé si il n’y avait aucun espoir de détruire l’EI. Max Abrahms et John Glaser cataloguent les nombreuses répétitions, proclamées sur les deux dernières années sur le thème que la victoire sur l’EI passerait par la défaite d’Assad. La situation actuelle avec le califat de l’EI qui disparaît alors que Assad reste installé à Damas, démontre à quel point cet argument était faux.

Le président syrien Bachar al-Assad devant une photo de son père, Hafez al-Assad.

Beaucoup de ceux qui proposent cet argument sont parmi ceux qui encouragent à présent le continuation et l’expansion de l’expédition militaire américaine en Syrie sans reconnaître à quel point leurs déclarations précédentes étaient erronées. Cela démontre à nouveau le peu de responsabilité sur des analyses politiques défaillantes parmi la classe des décideurs à Washington.

Le rêve de la chute d’Assad ne s’éteint pas, même si, avec le soutien de ses amis, il ne semble pas qu’il s’en aille dans un futur proche. La persistance de ce rêve implique plus d’amnésie, sur au moins deux aspects. L’un est l’oubli des conséquences des précédentes tentatives des États-Unis, ou soutenues par les États-Unis, pour un changement de régime dans la région. Cela comporte l’invasion de l’Irak en 2003, qui a donné naissance à un groupe que l’on a connu plus tard sous le nom de EI, et le chaos provoqué par le renversement de Kadhafi en Libye.

Il y a aussi semble-t-il un oubli sur la longue durée au pouvoir des Assad – comprenant le père Hafez, qui détruisait l’opposition interne aussi brutalement que son fils Bachar, 47 ans au pouvoir, pour être exact. Quiconque discute cette continuité au pouvoir de Bachar al-Assad comme intolérable, doit répondre à cette question « pourquoi maintenant ? » et expliquer comment le monde et les intérêts américains ont réussis à survivre aux Assad presque 50 ans.

Quant aux amis russes et iraniens de Bachar al-Assad, la perspective américaine dominante est l’hypothèse à somme nulle selon laquelle toute présence ou influence de l’Iran ou de la Russie est ipso facto mauvaise et contraire aux intérêts américains. Cette perspective ne fait aucun effort pour régler les aspects des actions russes ou iraniennes entrant en conflit avec les intérêts américains, les intérêts américains parallèles, ou sont sans rapport avec ces intérêts.

Cette absence de volonté persiste malgré l’exemple flagrant (pas seulement en Syrie, mais aussi en Irak et au-delà), de la lutte contre l’EI en tant qu’intérêt parallèle. S’ajoute à cette vision commune l’usage habituel de la métaphore trompeuse du vide, selon laquelle non seulement l’implication américaine, mais aussi l’implication physique et de préférence militaire pour remplir un espace est nécessaire pour contrer l’influence iranienne ou russe mal définie dans ce même espace.

Ces habitudes de penser, prises ensemble, ferment une voie de sortie de Syrie. Ils n’impliquent pas la fin de l’expédition militaire américaine. Ils empêchent de déclarer la victoire (c’est-à-dire une victoire militaire contre l’EI) et de rentrer chez soi. Vladimir Poutine, plus conscient que la plupart des experts américains du danger de rester indéfiniment coincé en Syrie, le fait maintenant.

Ainsi, la Syrie devient un endroit de plus, comme l’Afghanistan, où les États-Unis font la guerre à l’infini. Pendant ce temps, les Russes rappelleront à tout le monde qu’ils étaient là à l’invitation du gouvernement en place, ce qui n’est pas le cas des États-Unis. Les Turcs continueront de se fâcher contre la coopération tactique des États-Unis avec les Kurdes. Les extrémistes sunnites continueront d’exploiter à des fins de propagande et de recrutement tout dommage causé par les États-Unis ou leurs partenaires locaux. Et le Pentagone pourrait ou non nous dire combien de soldats américains sont là-bas.

Paul R. Pillar, au cours de ses 28 années à la Central Intelligence Agency, est devenu l’un des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 13-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Commentaire recommandé

Malbrough // 17.01.2018 à 08h14

Comme toutes les interventions au MO ,depuis les années 80 , producteur de pétrole , de gaz et accumulant les pétrodollards , l’ intérêt géostratégique y est évident , aux yeux de l’impérialisme et du voisinage frontalier…
Ce qui s’est passé en Syrie est une horreur et sent mauvais .
Il ne fait aucun doute dans mon esprit que ce qui s’y est joué visait à déstabiliser le régime , la région y introduire le chaos , comme pour l’Irak qui possédait une armée très solide pour la région , comme pour la Syrie , comme pour le Liban , pour reprendre en mains le contrôle .
Le traitement médiatique MST a été , est sordide .
De fait il s’agit de dégager tous les dirigeants qui sont à la tête d’états nations .
Il s’agit aussi de détruire des villes , des régions entières , de mettre en difficulté les armées nationales en favorisant des pseudo opposants au nom des “droits de l’homme ”
Je crains que malgré les ruines , les choses ne s’arrêtent pas là .
Il s’agit d’introduire dans cette région un chaos sans fin, de ruiner et de mettre en place des régimes soumis aux intérêts impérialistes et coloniaux.
Et aussi de fragiliser les Russes .

30 réactions et commentaires

  • Fabrice // 17.01.2018 à 06h32

    Le risque c’est combien de temps leur présence va entrer en conflit avec le régime qui devait faire avec et surtout par rebond avec les alliés russes du gouvernement Syrien ?

    Le combat contre l’Ei ne pouvant plus servir de justificatif et en dehors de tout mandat international à mon avis le problème syrien n’a pas fini d’occuper l’actualité internationale et laisse toutes ses chance à la loi de Murphy.

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  • Kiwixar // 17.01.2018 à 07h49

    « Et le Pentagone pourrait ou non nous dire combien de soldats américains sont là-bas. »

    Il est très possible qu’ils n’en sachent rien. Ils ne savent pas compter. Ils ont perdu la trace de milliers de milliards de $, voire dizaines de milliers de milliards (l’equivalent de la dette fédérale zunienne), sans compter les m3 de palettes de billets de 100$ pour la reconstruction de l’Irak et de l’Afghanistan…

    Déjà que la Nasa (la Nasa!) écrase une sonde sur Mars après s’être emmêlé les pinceaux entre système métrique et impérial, alors l’armée US… C’est Idiocracy Today.

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    • Bordron Georges // 17.01.2018 à 10h15

      Rien n’est plus redoutable pour l’avenir de quiconque que mépriser ou de sous-estimer son concurrent, son adversaire ou son ennemi!

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  • Malbrough // 17.01.2018 à 08h14

    Comme toutes les interventions au MO ,depuis les années 80 , producteur de pétrole , de gaz et accumulant les pétrodollards , l’ intérêt géostratégique y est évident , aux yeux de l’impérialisme et du voisinage frontalier…
    Ce qui s’est passé en Syrie est une horreur et sent mauvais .
    Il ne fait aucun doute dans mon esprit que ce qui s’y est joué visait à déstabiliser le régime , la région y introduire le chaos , comme pour l’Irak qui possédait une armée très solide pour la région , comme pour la Syrie , comme pour le Liban , pour reprendre en mains le contrôle .
    Le traitement médiatique MST a été , est sordide .
    De fait il s’agit de dégager tous les dirigeants qui sont à la tête d’états nations .
    Il s’agit aussi de détruire des villes , des régions entières , de mettre en difficulté les armées nationales en favorisant des pseudo opposants au nom des “droits de l’homme ”
    Je crains que malgré les ruines , les choses ne s’arrêtent pas là .
    Il s’agit d’introduire dans cette région un chaos sans fin, de ruiner et de mettre en place des régimes soumis aux intérêts impérialistes et coloniaux.
    Et aussi de fragiliser les Russes .

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    • UnJournaliste // 17.01.2018 à 08h38

      C’était exactement la stratégie en Afghanistan mais le “mettre en place des régimes soumis aux intérêts impérialistes et coloniaux” s’avère être in fine un fiasco total.

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      • Haricophile // 17.01.2018 à 10h18

        Fiasco total… sauf pour quelques psychopathes illuminés dans le backend du gouvernement US, et surtout une victoire sans fin pour les marchands de mort et de “sécurité”.

        Les marchands de mort et de sécurité, ce sont les mêmes, mais je distingue
        – d’un côté le “hardware” d’un côté, avec la violence directe, la destructions de masse, le génocide et assassinat,
        – de l’autre côté le “software” d’espionnage généralisé, financement et armement simultané du terrorisme et du contre-terrorisme, destruction des gouvernements légitimes, contrôle des populations, chasse aux migrants avec par exemple des “murs” à 1M€ le Km, alimentation de la parano sécuritaire jusque dans le domicile en y introduisant des chevaux de Troie télécommandés rebaptisés “système de protection” parfois financé par les assureurs dont on ne connaît pas tout de leurs intentions réelles…

        Pour les prédateurs fous les plus dangereux de la planète, nous vivons une époque formidable.

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        • TuYolPol // 18.01.2018 à 20h10

          Ne vous arrêtez pas si vite ! Sauf pour les marchands de mort et de peur, vous l’avez dit. Et pour les couvertures médiatiques : ils vendent. Et pour les couvertures politiques : ils sont élus. Et pour les couvertures financières : ils amassent. Tout le monde il est content là-haut !
          Ceux qui écrivent “fiasco” se trompent ou cherchent à tromper. C’est effectivement une réussite, y’a pas de raison qu’on arrête.

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    • Chris // 17.01.2018 à 13h46

      Une théorie veut que les Occidentaux pour garder la main, balkanisent l’Afrique et une bonne partie de l’Asie pour en faire des no man’s land dont ils tireraient les ressources indispensables au maintien de leur niveau de vie.
      Je ne retrouve plus les articles qui en parle, mais la cartographie était éloquente.

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      • Kiwixar // 17.01.2018 à 19h10

        « dont ils tireraient les ressources indispensables au maintien de leur niveau de vie. »

        Si on veut les ressources en les payant, il vaut mieux avoir à faire à des pays stables. Si on veut les ressources sans payer (vol), il vaut mieux le chaos et la balkanisation.

        Au-delà des ressources elles-mêmes, contenir le développement économique des pays producteurs (Venezuela, Mexique, Iran, Russie etc) en les corrompant, les sanctionnant ou les utilisant pour la drogue, permet d’éviter que les locaux utilisent les ressources en interne, donc assure qu’ils exporteront bien vers l’Otanie à bas prix.

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  • Bordron Georges // 17.01.2018 à 08h43

    Paul R Pillar fait là une analyse bizarre, vaguement critique de la position US en Syrie. Est-ce dû au mode de raisonnement retord pratiqué à la CIA et à la réponse qu’il y rapporte? Il écrit:
    «ne pas abandonner un terrain où les États-Unis se sont déjà impliqués»
    «États-Unis sont mieux équipés, et doivent être plus responsables, pour ramener le droit dans n’importe quel pays»
    «métaphore trompeuse du vide, selon laquelle non seulement l’implication américaine, mais aussi l’implication physique et de préférence militaire pour remplir un espace est nécessaire»
    Nous avons tous compris aujourd’hui, que les positions des USA sont systématiquement mensongères et qu’elles peuvent changer en fonction des situations et de leurs intérêts, même si cela contredit les positions précédentes. R.P. Pillar prend la précaution de ne citer que l’EI avec le mot terroristes, alors que les USA sont complices depuis des années de terroristes coupeurs de tête qu’ils appellent «modérés».
    Tout ce qui reste de ces explications ce sont les évidences d’un système de colonisation qui fait que les US ne quittent jamais un terrain où ils se sont installés que ce soit avec leur armée ou avec leur entrepreneurs et leurs financiers.

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  • Brigitte // 17.01.2018 à 09h02

    Les russes ont contribué efficacement à chasser les rebelles islamistes (EI) en Syrie et sont repartis.
    Les américains ont contribué efficacement à maintenir le chaos en Syrie et sont restés. Logique non?
    Ils n’ont pas réussi à déloger Bachar.
    Sur l’échiquier du MO, ils avancent leurs pions et détruisent les pays qui menacent leurs intérêts et ceux de leurs alliés, Arabie Saoudite et Israël.
    La Syrie et l’Irak séparent les deux puissances rivales, Arabie saoudite et Iran. Contrôler ces pays permet de faire pencher la balance géo-stratégique vers les alliés.
    D’autant que la Turquie n’est pas neutre non plus dans la balance, avec sa diplomatie “deux poids deux mesures” plutôt pro-Russe et pro-Syrie en ce moment.

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  • Philippe // 17.01.2018 à 10h15

    Votre article, comme tant d’autres, date cruellement; cruellement car depuis “si longtemps” (13 décembre…), la situation a dramatiquement évolué.

    Voyez plutôt : https://www.dropbox.com/s/r1yfqn2jnasaf2e/Probable%20grand%20chambardement%20en%20cours%2C%2017-01-2017.docm?dl=0

    Le lien est valide 30 jours.

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  • Christian Gedeon // 17.01.2018 à 10h18

    Je lis souvent qu’in fine,c’est un fiasco ou un échec pour le complexe militarisme industriel financier néocon qui n’est pas que usien.c’est à mon sens une erreur d’analyse fondamentale. le but est les chaos divers et variés. C’est d’abord ce but qui prime pour des raisons évidentes. Ça fait tourner la machine a pognon à pleins tubes, ça permet d’éviter la naissance ou le maintien d’états structures,fussent ils absolutistes,bref c’est la porte ouverte au stress permanent des peuples et donc à la facilitation de la domination ultraliberale. La vraie victoire est la,pour les néoconservateurs. Et à long terme,ont ils tort,de leur point de vue?La Chine est devenue capitaliste,oh combien…et que dire du Viêt Nam grand ami des Us aujourd’hui? Cette malfaisance est bien plus maligne qu’il n’y paraît au premier abord.

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  • Sam // 17.01.2018 à 10h27

    Cet entêtement US en Syrie est déjà en train de rapprocher la Turquie de l’Iran, de resserrer les rangs de l’Irak, l’Iran et de la Syrie, ainsi que de projeter dans le monde l’image de leurs objectifs morbides, de leur incompétence et de leur corruption. Et leur aveuglement.

    Les kurdes seraient bien avisés de prendre une distance prudente avec les US, s’ils ne veulent pas finir comme tous les autres supplétifs de circonstance.

    Les US pourraient faire éclater l’OTAN plus vite que prévu s’ils persistent dans cette voie : la Turquie n’acceptera jamais un Etat Kurde à sa frontière.

    “Plus ca rate, plus on a de chances que ca marche” (Shadocks).

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    • christian gedeon // 17.01.2018 à 11h23

      Alala…analyse wishfull thinking par excellence. On voudrait bien que ce soit comme çà,et donc on pense que c’est comme çà. Non la Turquie et l’Iran ne se “rapprochent pas”…et même pas du tout. leur seul intêret commun est “le problème kurde”. Et rien d’autre. Et il n’y aura pas “d’état kurde” où que ce soit…au mieux des provinces plus ou moins autonomes. Et la Turquie,sunnite,ne conclura rien avec l’Iran ,chiite,elle qui maintient une pression permanente sur sa communauté halévie,crypto chiite. Moi je veux bien qu’on imagine les US en pleine débandade au MO,mais ce n’est pas le cas. Et la vraie discussion aura lieu avec Poutine,et personne d’autre. les seconds couteaux suivront.

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      • Sam // 17.01.2018 à 19h01

        Les US n’ont ils pas toujours été en pleine débandade au Moyen Orient ?

        En tout cas depuis 2001 ils ont dévasté une bonne partie de la région pour une influence toujours plus réduite. Les seuls à tirer réellement profit de cette situation sont probablement les marchands de canons et autres charognards.

        La Turquie est de plus en plus en confrontation avec l’OTAN. Certes, Erdogan nous a habitué à des retournements de vestes spectaculaires, néanmoins le torchon brûle entre les alliés, toujours aux dépends de l’influence US dans la région.

        Les kurdes seront sacrifiés comme une vulgaire milice islamiste contre un peu de désordre supplémentaire, mais là encore au détriment de l’influence US.

        Pour moi ils ont encore une énorme capacité de nuisance, mais pour les questions importantes de la région, non seulement ils sont déjà hors jeu, mais en plus chacun s’en méfie comme de la peste, bien conscient de leurs incessantes et épuisantes manigances.

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  • Louis Robert // 17.01.2018 à 11h11

    L’Empire a subi en Syrie l’une des plus humiliantes défaites de son histoire, à maints égards pire encore que celle au Vietnam où, à tout le moins, l’Empire savait encore combattre et mourir. Or ayant livré bataille surtout par « contractors » (Irak) et Nazis (Ukraine) interposés — nouveaux désastres —, en Syrie l’Empire s’est révélé réduit à devoir faire la guerre par terroristes jihadistes interposés (!)… On mesure l’ampleur de cette déperdition humiliante des forces impériales depuis son retrait panique du Vietnam…

    Cela se comprend, l’Empire refuse de reconnaître la dernière débâcle qui atteste bien trop éloquemment de son déclin constant et accéléré. Se traînant maintenant les pieds en Syrie, le voilà à la recherche d’une nouvelle « mission » qui « justifierait » à ses yeux sa présence illégale dans le paysage syrien. Or sa défaite a une portée géopolitique irréversible dans cette région du monde. Demain ne sera plus jamais comme hier. L’Empire a perdu et devra s’y faire, qui est nu.

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    • christian gedeon // 17.01.2018 à 14h10

      Croyez vous? l’Empire a donc subi la plus humiliante etc…?Ah bon? Ce sont les villes de l’Empire qui sont par terre? Et le quart de sa population déplacée? je dois être ballot,je ne l’avais pas remarqué.Avec qui Poutine va-t-il parler,in fine,comme on dit? Avec les seconds couteaux ou avec ce fameux empire? Depuis la première guerre contre l’Irak et même depuis la guerre Iran Irak,l’Empire,mais que lui n’est ce pas,a mis un tel bordel qu’il va falloir des dizaines d’années avant que ne se reconstruisent des états de plein exercice. Et çà,c’est le vrai but de l’Empire. Et de point de vue,on peut dire qu’il a largement atteint son objectif,cher ami.

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      • Sam // 17.01.2018 à 19h20

        Le chaos qu’ils ont laissé n’est pas un objectif, l’idée fort peu démocratique semble plutôt avoir été : on rase tout et on met des guignols à nous à la place. Finalement, le chaos leur sert quand même, ca évite que la Russie ne festoie trop vite sur ce qu’ils ont laissé. Mais on est loin d’avoir accompli l’objectif.

        Poutine parlera avec les acteurs régionaux principaux, tentant de démêler l’écheveau des relations entre l’Iran, la Turquie, Israël, l’Arabie Saoudite, …

        En attendant, la Russie et la Chine tenteront d’accompagner la chute des US le plus calmement possible, pour éviter un désastre supplémentaire.

        Ca c’est mon coté optimiste (whishfull thinking). L’autre option serait que les US tentent le coup de force contre l’Iran, et avec le matos qu’ils ont, ca risque d’envoyer. Mais je doute que ca se termine à leur avantage, s’il reste des survivants…

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        • TuYolPol // 18.01.2018 à 20h27

          Je me demande s’ils feraient avaler l’Iran à l’opinion européenne. J’ai l’impression que ça serait vite recraché, mais sait-on jamais.

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        • Sam // 19.01.2018 à 11h10

          D’ailleurs, on voit un peu la même chose à propos de la Corée du Nord. Les acteurs régionaux tentent de s’arranger sans les US, et c’est même assez réussi : rencontre des deux Corées, délégation commune aux JO, …

          Réponse de Trump : “Avec la Corée du Nord, il est très possible qu’il ne reste plus aucune option autre que militaire.”
          (Quand ce n’est pas Tillerson qui se félicite que meurent des Nord Coréens : “ca prouve que nos sanctions marchent, que ca fait mal, …”)

          Résultat : on a tous bien compris qu’ils sont fous, qu’ils ne se rendent absolument pas compte de la réalité, voire qu’ils s’en moquent. Avec un sentiment de peur confuse : faudrait pas qu’ils s’emballent et fassent tout péter sur un coup de tête).

          Leur influence sur place est en train de disparaitre, les alliés coréens et japonais prenant là aussi une distance prudente avec les déclarations complétement dingues des dirigeants US, en essayant de régler ca sans eux.

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  • caliban // 17.01.2018 à 12h02

    Il y a peut-être également la volonté de prendre le Droit international pour un paillasson, de le réaffirmer une fois de plus : c’est la loi du plus fort (= du mieux armé) qui selon les Yankee doit dominer les relations internationales.

    Un processus de guerre permanent, sur le mode de leur partenaire israélien.

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    • Christian Gedeon // 18.01.2018 à 11h10

      Le droit quoi? Une envie irrépressible de rire me prend…sérieusement,vous pensez que ce machin existe? Quel droit international? De quoi parlez vous?

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  • Christian Gedeon // 17.01.2018 à 17h57

    De cette discussion je tire la conclusion que la plus grande victoire de “l’empire” est de faire prendre aux gens des vessies pour des lanternes en ce qui concerne les buts qu’il vise…il ne recherche ni la “victoire” ni l’occupation du terrain. J’ai déjà cité le Viêt Nam comme exemple frappant…la vraie victoire de l’empire ( je trouve cette expression ridicule,tres star wars ) c’est que son mode de fonctionnement s’est imposé partout dans le monde qu’on l’admette ou le déplore. Les guerres de l’empire ont pour cible les cerveaux et les structures sociales. Et quand on voit à quel point la soumission volontaire à toutes les nouvelles technologies de l’information et de la consommation sont devenues prégnantes sa victoire ne fait,pour le moment,aucun doute…

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    • Sam // 17.01.2018 à 21h12

      C’est justement sur le front culturel que les US sont le plus en débandade. Trump dénonce les fake médias, qui dénoncent à leur tour les fake news, dans un environnement toujours plus faussaire.

      D’ailleurs, l’american dream était un fake. Trump qui en est l’expression la plus aboutie n’a convaincu personne. Cette parodie a pu fonctionner parce qu’ils en avaient les moyens grâce à la guerre. Aujourd’hui, et presque partout sur terre, les gens se réveillent doucement dans un environnement culturel dévasté au fur et à mesure que les lumières de la fête s’éteignent faute de moyens.

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      • Kiwixar // 17.01.2018 à 22h35

        De nombreux articles de médias alternatifs parlent d’ « économie potemkine » pour parler de l’économie US. Derrière les belles devantures (les fleurons à la pointe de la tech, le mythe de la démocratie, les 10 porte-avions), une société en train de s’effondrer (misère, disparition de la classe moyenne, opioïdes).

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        • Subotai // 19.01.2018 à 07h47

          Ça fait belle lurette que c’est un évidence pour qui sait regarder.
          Il n’y a qu’à regarder les film US racontant une histoire contemporaine se déroulant au USA, que ce soit de la comédie, du drame, du suspense ou de l’action.
          Regardez l’arrière plan social, technique, technologique, je ne parle pas de ce qui meuble l’action, mais du cadre.
          Faites la comparaison avec des films européens, anglais, nordique, germanique français…
          Ce qui est caractéristique, c’est la différence de modernité des cadres de vie (au sens large) des gens “normaux”. La gueule du frigo, de la télé, des équipements familiaux divers, électriques ou pas. La seule chose qui montre souvent un équipement supérieur est la … tadam! …voiture.

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      • TuYolPol // 18.01.2018 à 20h37

        Je crois aussi qu’une domination ne peut durablement s’établir sans soft power. Or la soft-power US est devenue plus fake que jamais. Les États-Unis sont devenus haut-la-main le pays le plus détesté au monde. Adieu donc l’autorité morale qui est très importante à l’intérieur comme à l’extérieur. Le dollar : il est en sursis. Le sursis peut durer longtemps, mais pas assez pour redresser leur politique et leur image. Le canon : c’est les rois du canon, tant que le dollar le leur permet. Mais il n’y en a plus pour longtemps, alors ils sont pressés de sen servir, ce qui accélère leur dégringolade morale. C’est pourquoi ils deviennent fous.

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        • Subotai // 19.01.2018 à 08h08

          Le “soft power” n’existe pas.
          L’usage de la puissance ne peut pas être doux.
          Quand on est en situation hégémonique, l’usage de la puissance est inutile. Celle ci s’imposant naturellement. C’est le rayonnement culturel; qui entraine naturellement une influence politique.
          Quand cette hégémonie commence à disparaitre, les manifestations de la puissance sont mise en œuvre pour compenser la perte d’influence. Dans un premier temps un démonstration de muscle et/ou une menace suffit. Par la suite une action réelle est inévitable. Ce qui ne fait qu’accélérer la dégradation de la situation hégémonique.
          Quand l’attrition rend difficile, trop couteuse ou carrément impossible l’action de force réelle, on passe à ce qui est appelé maintenant “soft power”, c’est à dire la propagande, l’intox et la désinformation; bref le mensonge.
          Là on est mal, parce que le mensonge et la mauvaise foi sont des choses universellement méprisées. Ce qui fait qu’au final ça n’apparait tout simplement que comme un signe sûr d’impuissance.
          Pourquoi?
          Parce que la réponse en face n’est que de dire les faits. Et que c’est imparable.

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