Source : Politico Magazine, Peter Duffy, 06-10-2014

L’étrange cas de Samuel Dickstein.

Par Peter Duffy, 6 octobre 2014

Samuel Dickstein était petit, et avait des cheveux gris, « un petit homme mince portant un costume gris », comme le décrivait un temps le New York Times. On disait qu’il ne quittait jamais sa maison de briques rouges dans le Lower East Side de Manhattan, sans sa canne Malacca, passant devant des immeubles fourmillants avec l’air de ce que ses origines de Juif immigré appellerait un grand « macher » (NdT : terme yiddish désignant une personne importante).

Mais Dickstein, un démocrate new-yorkais qui a œuvré à la Chambre des Représentants depuis le début des années 20 jusqu’au milieu des années 40, menait publiquement une vie qui n’avait rien de l’élégance raffinée que son aspect suggérait. Alors que Joseph McCarthy était encore un obscur avocat du Wisconsin, Dickstein inventa la pratique moderne de citer des noms – diffusant des identités de personnes suspectées de subversion sans le moindre souci de procédé légal. Si quelqu’un peut être crédité (ou accusé) de l’introduction de l’expression « activités anti-américaines » dans le lexique national, c’est bien lui. Étant un remarquable chasseur de publicité éhontée dans un corps législatif qui en est pourtant riche, Dickstein avait l’habitude d’inviter ses adversaires à sortir régler la question comme de vrais hommes, ayant une fois provoqué le Républicain Thomas L. Blanton , élu du Texas, dans un combat aux poings à l’intérieur même de la Chambre. (Il semble que Blanton ait décliné l’invitation).

Étant si excessif qu’il en était inefficace – il eut le mauvais goût de demander que Noel Coward soit banni du pays parce que l’homme d’esprit anglais avait fait un boutade sur la virilité des soldats de Brooklyn – Dickstein quitta le Congrès en 1946 et siégea comme juge à la Cour suprême de l’État jusqu’à sa mort en 1954. En 1963, une partie de la rue proche de l’endroit où il habitait sur East Broadway fut baptisée « Samuel Dickstein Plaza ». Aucune controverse n’eut lieu à cette occasion. Il s’adonna ensuite à la pratique vénérable de se faire oublier.

C’est-à dire, jusquen 1999 quand Allen Weinstein et Alexander Vassiliev ont publié The Haunted Wood : Soviet Espionage in America – the Stalin Era [Le bois hanté : espionnage soviétique en Amérique – l’ère stalinienne, NdT], qui, grâce à l’utilisation de dossiers du KGB jusqu’alors indisponibles, ont considérablement contribué à convaincre ceux qui pouvaient être convaincus, que Alger Hiss et Julius Rosenberg travaillaient en fait pour l’Union Soviétique. Les auteurs ont aussi révélé que Staline avait un espion au Congrès, un personnage exaspérant qui un fois « s’est énervé énormément, demandant que l’on lui donne de l’argent sinon il romprait avec nous », d’après son contact soviétique. A ce jour, Sam Dickstein est le seul élu américain à avoir servi d’agent secret pour une puissance étrangère. Son nom de code était Crook.

C’était une sacrée dégringolade posthume pour un homme qui se faisait passer pour un serviteur dévoué de ses partisans pauvres et un défenseur dévoué des idéaux américains. Pourtant, ce n’est qu’au cours des 18 derniers mois qu’un effort a commencé pour retirer le nom de Dickstein de la poignée de plaques de rues qui le portent – un processus bureaucratique laborieux mené par un organisme communautaire qui s’est engagé à « réparer un tort historique ».

***

Né à Vilnius, Lituanie, en 1885, Dickstein a immigré dans le Lower East Side avec ses parents juifs religieux quand il était un jeune enfant. Selon une biographie pirate écrite à son sujet en 1935, intitulée American Defender, sa mère Slata cherchait à l’isoler du gauchisme omniprésent qui avait permis à un socialiste, Meyer London, d’être élu député du quartier. Slata (connue sous le nom de Bessie) « a pris soin que Sam, même dans son jeune âge, échappe à l’influence maléfique qui se répandait comme un filet sur la communauté », écrit l’auteur. « Avant d’avoir complètement perdu son accent, Sam fut envoyé à l’école où Bessie savait qu’il allait apprendre les bases de l’américanisme. Son plus grand plaisir fut d’entendre son fils chanter, d’une voix terriblement fausse, “My Country” Tis of Thee. »

Après avoir fréquenté le City College et obtenu son diplôme de la New York Law School, Dickstein fut admis au barreau et entama une carrière privée spécialisée dans les litiges entre propriétaires et locataires. Il prétendait qu’au cours de sa carrière, il avait représenté gratuitement 30 000 habitants de taudis. En 1911, il commença son ascension dans l’organisation de Tammany Hall, d’abord comme procureur adjoint spécial, puis comme conseiller municipal et, pendant trois ans, comme député d’Albany. En 1922, il était la machine démocrate qui fit tomber le célèbre Meyer London, qui eut l’honneur d’être le seul député de la Chambre à voter contre le Wartime Sedition Act de 1918, qui réduisit le Premier Amendement criminalisant le fait de « prononcer, imprimer, écrire ou publier tout langage déloyal, blasphématoire, grossier ou injurieux » sur le gouvernement, la Constitution ou l’armée des États-Unis.

Dickstein n’atteignit pas un certain degré de proéminence au Congrès tant que les démocrates n’eurent pas pris le contrôle de la Chambre après les élections de 1930 et les chefs Tammany insistèrent pour qu’il soit nommé à la tête du Comité sur l’immigration et la naturalisation. De cette position, il commença sa carrière en tant que fléau des traîtres.

Bien qu’il eût pris l’habitude de critiquer les communistes (« des pourris et des truands »), Dickstein se montrait vraiment contre le fascisme. À la fin de 1933, moins d’un an après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler, Dickstein convoqua des audiences informelles et non financées sur les « Activités de propagande nazie des étrangers aux États-Unis », en réponse à une controverse publique à New York entourant un agitateur envoyé par le Reich qui cherchait à intimider les germano-américains pour qu’ils se joignent à un front nazi appelé les Amis de la Nouvelle Allemagne. Au cours de cinq séances, des témoins ont affirmé que les émissaires du Troisième Reich livraient des imprimés, des uniformes militaires, des films de propagande et des ordres d’espionnage aux agents pro-nazis du pays. Au cours d’une audience, Dickstein interrogea un homme publiquement identifié seulement en tant que M. X, qui déclara que le but ultime de l’Allemagne nazie était d’établir « une dictature absolue aux États-Unis ».

À la radio NBC, Dickstein déclara qu’il avait déterré « suffisamment de preuves pour définir le gouvernement nazi comme la plus dangereuse menace contre notre démocratie qui ait jamais existé ». En mars 1934, il convainquit la Chambre d’adopter sa résolution établissant ce qui fut officiellement appelé le « Comité spécial sur les activités non américaines autorisé à enquêter sur la propagande nazie et certaines autres activités de propagande ». Notons que le HUAC a commencé principalement comme une chasse aux espions nazis et non aux communistes. En refusant la présidence parce qu’en tant que Juif né à l’étranger, il serait l’objet de « critiques malveillantes de la part de certaines personnes ou organisations”, Dickstein, qui fut nommé vice-président, céda le maillet à John W. McCormack, le député catholique irlandais de Boston-Sud et futur président de la Chambre.

Le Comité McCormack-Dickstein, comme on l’appelait communément, ne manqua pas de faire les gros titres pendant sa brève vie durant l’été et l’automne 1934. Les auditions ont révélé que d’importantes sociétés de relations publiques acceptaient l’argent du ministre de la propagande Joseph Goebbels pour améliorer l’image du national-socialisme aux États-Unis. Les partisans germano-américains d’Hitler témoignèrent et parlèrent ouvertement de leur loyauté envers le credo nazi. Le Führer « représente les sentiments raciaux de chaque Allemand dans le monde, peu importe où il est né ou peu importe où il vit », déclara l’un d’entre eux. La révélation la plus spectaculaire n’avait pas de lien direct avec les nazis : Un major-général retraité du corps des Marines nommé Smedley Butler, affirma que de riches financiers anti-Roosevelt ayant des liens avec des groupes de vétérans lui avaient demandé de mener une marche semblable à celle des Mussoliniens sur la capitale dans le but de s’emparer du pouvoir.

Pourtant, Dickstein ne sortit pas de son rôle sur la scène nationale avec une réputation redorée. « Le public est écœuré et fatigué des manœuvres de diversion que le vice-président Dickstein a lancées (aux frais des contribuables) pour conserver son nom en première ligne », disait une lettre adressée au rédacteur en chef du Herald Tribune de New York. Ses collègues du Congrès n’appréciaient pas la façon dont « sa soif et son flair pour la publicité et les annonces » selon les mots du représentant Lindsay Warren de Californie du Nord, se montrait plutôt plus efficace que les leurs.Quand il fit la déclaration correcte que Adolf Hitler était « le fou allemand » durant l’été 1935, cette période où les États-Unis étaient très désireux de maintenir des relations amicales avec l’Allemagne Nazie, personne n’y accorda d’attention.

Au début de l’année 1937, Dickstein avait déjà passé deux ans à essayer d’activer le comité des activités anti-américaines pour une action plus étendue, quand il trouva une nouvelle tactique – il donna un chiffre précis sur l’étendue de l’infiltration nazie aux États-Unis : « Je nommerai 100 espions qui sont entrés dans ce pays venant de gouvernements amicaux, dans le but de faire progresser cette propagande », dit-il. Il affirmait qu’ils étaient dirigés par Fritz Kuhn,le fier hitlérien qui contrôlait les Amis de la Nouvelle Allemagne et qui l’avait renommé German American Bund sans l’avis de Berlin. Kuhn répliqua, « Dickstein, pas moi, est un des pire ennemis du pays, je pense qu’il est un espion de la Russie Soviétique ». Ce qu’il n’était pas. Du moins pas encore.

Après que son projet de loi pour un nouveau comité de répression des séditions fut classé dans la catégorie « beaucoup de bruit qui portera atteinte au prestige du Congrès » (Rép. Maury Maverick, du Texas), Dickstein marcha jusqu’à la Chambre et lut les noms de 46 « experts espions et agitateurs », dont la plupart avaient des opinions politiques répugnantes, mais n’avaient enfreint aucune loi. Il montra du doigt des personnages comme « Willie Bolle, propriétaire d’un magasin de meubles au 1495 Third Avenue, New York, et sympathisant nazi notoire ». Le Herald Tribune nota que la liste promise par Dickstein avait été réduite de 100 noms à seulement 46 « une perte de 54 pour cent. Avec un temps plus frais, elle peut rétrécir encore plus ».

À peu près à cette époque, au milieu de 1937, Dickstein eut son premier contact avec le NKVD, un organisme antérieur au KGB. Selon les dossiers découverts et analysés par Weinstein et Vassiliev pour The Haunted Wood, un Autrichien travaillant pour les Soviétiques l’avait approché et avait demandé de l’aide pour obtenir la citoyenneté américaine. Dickstein dit à l’homme que le quota d’immigrants autrichiens était rempli, mais que pour 3 000 dollars, il verrait ce qu’il pouvait faire. Dickstein déclara qu’il en avait « réglé des douzaines » de façon tout aussi illégale, selon le mémo du NKVD sur la réunion. Moscou conclut que Dickstein était « à la tête d’une bande criminelle qui était impliquée dans des affaires louches, la vente de passeports, la contrebande illégale de personnes,[et] l’obtention de la citoyenneté », une allégation choquante, même si elle ne fut déposée contre le président du Comité d’immigration et de naturalisation et représentant élu qui représentait un district où vivaient de nombreux résidents nés à l’étranger en attente d’un statut légal.

En décembre 1937, Dickstein approcha l’ambassadeur soviétique à Washington, parla de son « attitude amicale envers l’Union Soviétique », et offrit un renseignement sur un groupe de russes fascistes contre 5 000 ou 6 000 dollars. Les soviétiques acceptèrent de l’écouter, mais refusèrent de payer une telle somme pour un matériel « largement connu ». Quand Dickstein demanda un salaire mensuel de 2 500 dollars pour continuer à les renseigner, son contact soviétique, « Igor », ne voulut pas dépasser les 500 dollars. Une famille moyenne américaine avait environ 1 800 dollars de revenus annuels à cette époque.

La position de négociation de Dickstein s’améliora au printemps 1938, quand l’inquiétude publique sur l’annexion forcée d’Hitler de l’Autriche (ou Anschluss), réveilla l’intérêt d’une possibilité d’ouvrir un autre tribunal des affaires anti-américaines. En espérant être nommé à un poste clé du panel, Dickstein conclut un accord avec Igor, acceptant de livrer à l’Union soviétique des renseignements sur les fascistes découverts par le comité et d’écarter ses enquêteurs de leur intérêt pour les communistes. Son salaire passerait à 1 250 dollars par mois.

« Nous savons parfaitement à qui nous avons affaire », dit une note du NKVD. « ‘Crook’ est un nom de code complètement justifié. C’est un type sans scrupules, avide d’argent, qui a consenti à travailler pour de l’argent, un escroc très rusé… Il est donc difficile de garantir l’accomplissement du programme prévu même dans la partie qu’il nous a lui-même proposée. »

Apparemment, les Soviétiques ne crurent à la prétention de Dickstein selon laquelle l’argent était destiné uniquement à ses enquêteurs et « qu’il ne demandait rien pour lui-même » en raison de son affinité idéologique avec l’URSS.

La carrière d’infiltré de Dickstein subit un coup presque fatal lorsqu’on l’empêcha non seulement de présider le nouveau comité – cet honneur allait revenir au démocrate Martin Dies Jr, un ennuyeux crétin texan qui s’était opposé au New Deal – mais il ne fut même pas nommé en tant que membre, apparemment parce que sa réputation était devenue nauséabonde. En outre, la référence au nazisme fut supprimée de ce qui est maintenant appelé, plus généralement, le Comité spécial chargé d’enquêter sur les activités et la propagande antiaméricaines. Tandis qu’une poignée d’auditions du Comité Dies au cours des années suivantes se concentraient sur les nazis domestiques, la plupart étaient consacrées à prouver que l’administration Roosevelt agissait pour un programme communiste. Joe Starnes interrogea un témoin impliqué dans le projet de théâtre fédéral de la Works Progress Administration sur le dramaturge élisabéthain qu’elle avait cité dans ses écrits. « Vous citez ce Marlowe. Est-il communiste ? » Elle répondit : « Écrivez dans votre rapport qu’il était le plus grand dramaturge de la période précédant immédiatement Shakespeare ». L’HUAC était en bonne voie de devenir un organisme exclusivement consacré à dénoncer les communistes à et allait devenir un comité permanent après la Seconde Guerre mondiale et continuer sa carrière ignominieuse jusqu’en 1975.

Même sans siège, Dickstein cherchait à prouver sa valeur en tant qu’espion soviétique. Il continua à produire des documents sur les fascistes basés aux États-Unis et, dans au moins un cas, sur un transfuge soviétique que Moscou avait hâte de faire taire. (Walter Krivitsky a été retrouvé mort dans une chambre d’hôtel à la suite d’un suicide apparent, quoique douteux, à Washington.) Dickstein dénonça le Comité Dies à la demande du NKVD (« une expédition anti-rouge ») et prononça des discours au Congrès sur des thèmes dictées par Moscou. Il remit « des documents sur le budget de guerre pour 1940, les comptes rendus des conférences de la sous-commission du budget, les rapports du ministre de la guerre, le chef d’état-major et ainsi de suite », selon un rapport du NKVD.

Mais les querelles pécuniaires se poursuivirent. Dickstein avoua aux Soviétiques qu’il avait déjà travaillé pour les services secrets polonais et britanniques – une autre révélation étonnante – tous deux, dit-il, « le payaient sans poser la moindre question ». Finalement, en février 1940, le NKVD décida de le lâcher parce qu’il « ne peut pas être un organisateur utile qui pourrait réunir autour de lui un groupe de députés libéraux pour exercer notre influence et, seul, il ne représente aucun intérêt ». Selon Weinstein et Vassiliev, Dickstein a gagné un total de 12.000 dollars durant sa période sur la liste de paie soviétique, environ 200.000 dollars une fois ajusté en fonction de l’inflation.

Durant le reste de sa vie, pour autant qu’on le sache, Samuel Dickstein fut un Américain loyal et dévoué au service du gouvernement. En tant que juge de la Cour suprême de l’État de New York, il se prononça en faveur d’un propriétaire de salle de bal qui refusait de louer son local pour un concert donné par l’artiste de gauche Paul Robeson soulevant l’argument que « cette salle pourrait être utiisée pour faire avancer la propagande d’une nation activement hostile aux États-Unis ». Dans une autre affaire, Dickstein exigea que le consul général soviétique à New York comparaisse devant le tribunal avec une citoyenne russe que des fonctionnaires consulaires empêchaient de force de se réfugier aux États-Unis. Je vais l’obliger à obéir, dit Dickstein. « Je ne vais pas le laisser ignorer la loi ». La demande devint sans objet lorsque la femme russe sauta par la fenêtre du consulat pour retrouver sa liberté.

Dickstein n’a jamais été mentionné pendant les années de Peur Rouge du début des années 1950, lorsque Joe McCarthy a fait les gros titres avec sa fameuse déclaration qu’il possédait une liste de communistes travaillant au département d’État (« Je l’ai dans ma main ») qui incluait diversement 205, 57, 81 et 4 noms. Quand il mourut en 1954, Dickstein fut honoré de la même manière que n’importe quel autre pion de la machine démocratique. La nouvelle Samuel Dickstein Plaza était située près du parc Ahearn, du nom de John F. Ahearn, le mentor Tammany de Dickstein. Même la publication de The Haunted Wood en 1999 n’a pas semblé susciter beaucoup de préoccupations au niveau local.

L’an dernier, un article paru dans le New York Times du correspondant aux affaires urbaines Sam Roberts (A Soviet Spy in Congress Still has His Street) [Un espion soviétique au Congrès a toujours sa rue, NdT] a inspiré Susan LaRosa de l’Henry Street Settlement, un organisme de services sociaux, pour lancer une campagne à laquelle elle songeait déjà. Jusqu’ à présent, elle a recueilli de 300 à 400 signatures sur une pétition proposant de remplacer le nom de Samuel Dickstein par celui de Lillian Wald, l’infirmière humanitaire qui a fondé la commune en 1893 et dont le dévouement aux habitants du quartier n’a jamais été remis en question. Mais LaRosa a admis que la procédure pour un tel changement est fastidieuse et prend du temps. Elle a plaisanté en disant qu’il faudrait peut-être 10 ou 15 ans pour recueillir les signatures de 75 % des résidents des immeubles géants qui entourent la place, une exigence de la ville.

Aucune clameur ne se fait entendre dans la rue. « Jamais entendu parlé de lui », a dit un monsieur juif orthodoxe d’âge moyen, qui se tenait avec un ami près d’une plaque de rue « Dickstein Plaza Street », un de ces matins récents. « Et j’ai vécu ici toute ma vie ».

L’homme, qui donnera seulement son prénom, Joe, déclarait qu’il ne savait rien du tout de Dickstein ni de ses activités d’espionnage. Une fois qu’ on lui a raconté le contenu des dossiers du KGB, il a considéré la question un moment. « Cela ne va pas changer ma vie, mais si c’est prouvé que c’était un espion », dit-il, « j’aimerais voir la plaque enlevée ».

Peter Duffy est auteur et journaliste à New York

Source : Politico Magazine, Peter Duffy, 06-10-2014

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

5 réponses à Le député américain qui espionnait pour le compte de la Russie, par Peter Duffy

  1. Homère d'Allore Le 05 février 2018 à 06h49
    Afficher/Masquer

    Je suis sûr que Fabienne Colboc, députée EM d’Indre et Loire, n’est pas une espionne russe ou américaine.

    Pour le reste, chacun jugera…

    https://youtu.be/tYuloLLJBek


  2. LBSSO Le 05 février 2018 à 08h38
    Afficher/Masquer

    L’évocation de Samuel Dickstein est l’occasion de rappeler un épisode historique (rapidement évoqué dans le billet) peu connu en France.
    1934 : l’affaire du complot contre Roosevelt .
    Il s’agissait pour des groupes privés de déstabiliser voire de renverser le président américain artisan de la politique socialiste du « New Deal ».Leur plan s’appuyait sur « la réussite » de Mussolini et « le modèle » nazi naissant. G McGuire était un des hommes chargés de convaincre le Général Butler de participer à cette opération. Mais ce dernier choisit de rendre public cette affaire avec l’aide d’une partie de la presse. Les comploteurs, en réaction,ridiculisèrent les propos de Butler.
    S Dickstein déclara alors : ” Butler a bel et bien des preuves. Il n’est pas homme à faire de telles accusations sans avoir des faits pour les étayer “. Lui et McCormack, en charge de la commission d’enquête, avec l’appui de Roosevelt , calmèrent habilement le jeu tout en disant publiquement ce qu’ils savaient .Plus tard la commission conclut : ” Dans les quelques semaines d’existence de la Commission, elle a obtenu des preuves que certaines personnes ont tenté d’établir une organisation fasciste à la tête de ce pays. On ne peut nier que ces tentatives aient été discutées, planifiées et auraient pu être exécutées quand les soutiens financiers l’auraient éventuellement jugé bon. ”
    Cet épisode reste débattu.


  3. Chris Le 05 février 2018 à 14h53
    Afficher/Masquer

    Ce que je retiens de ce personnage ?
    Monsieur tout le monde, venu de l’immigration (un atout car plus opportuniste), cherchant à améliorer son niveau de vie et gravir l’échelle sociale par tous les moyens : la force marchande du rêve américain.
    Le même que nos FYL ont repris à leur compte…


  4. Krystyna Hawrot Le 05 février 2018 à 15h11
    Afficher/Masquer

    L’affaire illustre bien qu’il n’y a pas de bons et de méchants dans la vie, mais toutes les nuances de gris… finalement l’homme a satisfait tout le monde, y compris sa propre mère… Citoyen américain modèle, il a combattu le communisme à domicile… tout en contribuant à sauver l’Union Soviétique et les Juifs en combattant le nazisme… Il a réussi à empécher que les fascistes prennent le pouvoir dans sa patrie. Et il a encaissé de l’argent pour ses services, ce qui est encore une fois dans les valeurs étatsuniennes ou rien ne vaut quand même l’argent! La vie est pleine de surprises.


    • LBSSO Le 05 février 2018 à 18h43
      Afficher/Masquer

      Votre commentaire me fait penser à un détail
      Doit-on célébrer l’anti-nazi ou commémorer l’espion ? Toute ressemblance avec des débats récents etc. ,etc. .
      En effet,Samuel Dickenstein est né un 5 février, ceci explique cela.


Charte de modérations des commentaires