Une intéressante analyse de Christian Chavagneux…

Source : Alter-eco plus, Christian Chavagneux, 09/11/2016

Donald Trump sera le 45e Président des Etats-Unis. Il faut donc aller regarder de près ce qu’il a annoncé en matière économique lors de sa campagne. Son programme peut être résumé en quelques grandes mesures phares censées définir le futur de l’Amérique.

1/ Moins d’impôts

La fiscalité a été l’un des thèmes phares de la campagne. Sur ce point, Trump vise une réduction d’impôts de 4 400 milliards de dollars sur dix ans, soit l’équivalent chaque année de 6 % du total des recettes fiscales. Tous les Américains bénéficieront d’une baisse d’impôts avec le nombre de tranches d’imposition ramené de sept à trois (12-25-33 %). De plus, des réductions d’impôts seront offertes pour aider à l’éducation des enfants. Les plus fortunés sont privilégiés avec une diminution du taux d’imposition marginal pour la tanche la plus haute (de 39,6 % à 33 %) ainsi que par la suppression de l’impôt sur les successions qui ne touche aujourd’hui que celles supérieures à cinq millions de dollars. L’Amérique de Trump a des chances de devenir encore plus inégalitaire.

L’Amérique de Trump a des chances de devenir encore plus inégalitaire

Coté entreprises, le nouveau Président veut ramener le taux d’imposition sur les bénéfices de 35 % à 15 % pour toutes les sociétés. Il a également promis de proposer aux entreprises qui conservent une partie de leurs bénéfices à l’étranger, notamment dans les paradis fiscaux, de les rapatrier au taux d’imposition réduit de 10 %. Le coût fiscal d’une telle baisse d’impôt serait de l’ordre de 1 500 milliards de dollars.

2/ Plus de dépenses d’infrastructures

Donald Trump a annoncé un plan de développement des infrastructures de 1 000 milliards sur dix ans. Un crédit d’impôt sera offert aux entreprises privées qui lanceront des projets. Ceux-ci seraient financés avec du capital privé, à 85 % par de la dette. Il est certain que les Etats-Unis ont aujourd’hui besoin d’un effort en la matière qui pourrait démarrer dès 2017 et apportera un soutien à la croissance.

Le candidat a promis que sa politique budgétaire sera, au final, neutre grâce à 1 800 milliards de recettes supplémentaires issues du surcroît de croissance entraîné par les baisses d’impôts, 1 800 milliards de plus grâce aux autres mesures de relance de l’économie. Le tout est accompagné d’une baisse de 800 milliards des dépenses publiques, notamment par une diminution du nombre de fonctionnaires (mais incluant une hausse des dépenses militaires qui passeraient de 3 % du PIB à 6,5 %).

Un plan de relance à 1 000 milliards

Si on retombe bien sur les 4 400 milliards de baisse d’impôts promise pour les ménages, le coût de la diminution de l’impôt sur les sociétés n’est pas pris en compte. De plus, selon les calculs de Florence Pisany, spécialiste de l’économie américaine à Candriam, il faudrait que l’économie américaine connaisse une croissance moyenne de 3,5 % au cours des 10 prochaines années pour obtenir ce résultat, ce qui paraît pour le moins incertain. Les plans budgétaires de Trump conduisent plutôt au final à un accroissement du déficit budgétaire et de la dette des Etats-Unis. Une situation supportable si la croissance est au rendez-vous, qui prend le risque d’un dérapage de la dette sinon.

3/ Arrêt de la lutte contre le changement climatique

Donald Trump a promis d’arrêter le plan climat de son prédécesseur qui visait en particulier à réduire l’activité énergétique liée au charbon (une mesure bloquée par la Cour suprême) pour engager à l’inverse une relance de l’investissement dans l’extraction de charbon, ainsi que du pétrole et du gaz offshore.

Les régulations environnementales seront remises en cause

Les régulations environnementales seront remises en cause. Donald Trump veut retirer la participation des Etats-Unis à l’accord de Paris issu de la COP 21. Il a également suggéré durant sa campagne de relancer le projet d’oléoduc Keystone XL entre le Canada et les Etats-Unis.

4/ Moins de commerce international

Un autre grand thème de la campagne a porté sur le commerce international. Pour Trump, c’est l’une des causes des problèmes d’emplois aux Etats-Unis. Le candidat a annoncé vouloir condamner la Chine pour manipulation de son taux de change et vol de propriété intellectuelle, imposer des droits de douanes sur les produits chinois (jusqu’à 45 %) et mexicains (jusqu’à 35 %) afin de favoriser l’achat de produits locaux.

Il a également annoncé la fin des grands accords commerciaux : il veut renégocier l’Alena avec le Canada et le Mexique, sortir du Partenariat transpacifique avec les pays d’Asie. Nul doute que le TAFTA est également mort dans ce contexte.

Les Etats-Unis pourraient ainsi contribuer aux forces actuelles allant dans le sens d’une démondialisation. Mais les multinationales américaines devraient faire entendre leur voix.

5/ Moins d’immigrés

[…]
Suite à lire sur Alter-eco plus, Christian Chavagneux, 09/11/2016

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

8 réponses à Le programme économique de Donald Trump en sept thèmes clés, par Christian Chavagneux

  1. Garibaldi2 Le 10 novembre 2016 à 02h54
    Afficher/Masquer

    Les besoins en renouvellement des infrastructures US sont gigantesque et connu depuis longtemps. Trump fera comme les copains : il financera les dépenses en rehaussant le plafond de la dette. Problème : s’il n’achète plus aux Chinois, vont-ils continuer à financer les US ?!


    • Joe Bserve Le 10 novembre 2016 à 05h10
      Afficher/Masquer

      Le financement de la dette des US par les chinois se transforme en légende, comme beaucoup d autre pays les chinois ont cessé depuis un moment d’accumuler la dette américaine pour se contenter d’en rouler une partie (ils se délestent petit à petit), la planche à billet de la fed a pris le relais.

      Les chinois, les japonais etc. font d’ailleurs la même chose avec leur propre dette mais pas nous puisque nous nous le sommes interdit.


    • pyrrhogaster Le 12 novembre 2016 à 18h55
      Afficher/Masquer

      “les soviétiques (…) pouvaient se targuer d’un taux de croissance de 15% jusqu’en 80.”

      D’où vient cette information qui me parait erronnée ? même les statistiques soviétiques, gonflées, ne disaient pas cela!


  2. Emmanuel Le 10 novembre 2016 à 03h45
    Afficher/Masquer

    Espérer 3,5 % de croissance du PIB pendant 10 ans devrait conduire à consulter sans trop tarder, quant à vouloir libérer entièrement la finance, là c’est l’hospitalisation sous contrainte.


    • julien Le 10 novembre 2016 à 11h34
      Afficher/Masquer

      Au contraire Trump sera le canalyseur de l’effondrement de l’empire américain. Il va remplir son role à merveille je n’en doute pas une seconde et nous éviterons avec de la chance une guerre mondiale 😀


  3. LS Le 10 novembre 2016 à 11h57
    Afficher/Masquer

    Oui, Donald Trump est dans le droit fil des conservateurs, c’est pas un scoop. Sa politique économique s’en ressent.

    L’article se limite aux aspects économiques de son programme et passe donc sous silence d’autres aspects (institutionnels, sociaux, politiques étrangères…), y compris sur les 7 thèmes abordés.
    Or, DT est, en partie et idéologiquement orienté, novateur et anti-système sur ces autres aspects.

    Le point de vue d’altereco+ n’est donc pas partial et est intéressant, à mon avis, mais il est très partiel.


  4. Mr K. Le 10 novembre 2016 à 22h36
    Afficher/Masquer

    Le parti démocrate américain sous la présidence de Bill Clinton a trahi sa base électorale et même plus largement le peuple américain.

    Tout en tenant un discours progressif Bill Clinton a fait passer les principales “réformes” ayant amené à la situation catastrophique américaine actuelle :

    – le NAFTA, dont Trump a parlé, participant à la désindustrialisation du pays et la création du chômage

    – Déréglementation par la FCC qui supervise les médias radio et télévision aux États-Unis, amenant à une concentration massive des médias dont 90% est contrôlé par 6 entreprises

    – adoption de l’Omnibus crime bill (1994) menant à l’incarcération de masse et le développement massif de l’industrie pénitentiaire

    – Abrogation du Glass-Steagall act de 1933 mis en place pour empêcher les crises financières, menant à la crise extrêmement destructrice de 2008.

    C’est cette compromission totale des démocrates vendus à l’oligarchie qui a volé en éclat avec la chute d’Hillary Clinton.

    Il n’empêche que le programme de Trump ne va sûrement amener rien de bon pour l’américain moyen. Au moins le Système est fortement ébranlé, l’effondrement américain va peut-être se poursuivre avec moins de violences dans le monde et des évolutions politiques majeures.


  5. marek Le 11 novembre 2016 à 22h33
    Afficher/Masquer

    Je pense que l ‘annulation des droits de successions ne vise pas que les riches.En effet dans de nombreux speeches tenus au cours des rallies tenus dans sa campagne électorale, Trump a parlé des producteurs agricoles qui devaient à la fois s’endetter pour observer les nombreuses régulations qui pèsent sur les producteurs et les droits de succession sur les fermes en cas de décès de l’exploitant. Comme on l’a assez dit, les campagnes ont pesé sur le vote, et cette décision pragmatique satisfait toutes les classes populaires. On aimerait que ce genre de mesure soit prise dans notre pauvre continent européen !


Charte de modérations des commentaires