Source : Paul R. Pillar, Consortium News , 21-07-2017

En plus d’Israël et de l’Arabie saoudite, toujours assoiffés de guerre avec l’Iran, le Président Trump, avec son mépris pour la réalité au sujet de l’accord nucléaire iranien, est devenu lui-aussi un catalyseur-clé, comme l’explique l’ancien analyste de la CIA, Paul R. Pillar.

Le mépris de Donald Trump pour la vérité n’empêche pas la réalité de se heurter continuellement à sa politique, dont le thème le plus constant a été de tenter de détruire les réussites de son prédécesseur. Combien la réalité incommode Trump – et surtout, combien ses efforts pour mettre de côté la réalité nuisent aux intérêts des États-Unis – varie de question en question.

Le Président Donald Trump pose pour des photos avec des porteurs de sabre de cérémonie lors de son arrivée au Murabba Palace, en tant qu’invité du roi saoudien Salmane, le 20 mai 2017 à Riyad, Arabie saoudite. ( photo officielle de la Maison-Blanche par Shealah Craighead )

Ce qui a dominé récemment les gros titres, bien évidemment, c’est l’assurance-maladie , à propos de laquelle il nie deux vérités : les principes fondamentaux sur lesquels se fonde la mutualisation de l’assurance et le fait que l’Affordable Care Act (ACA, Loi des Soins Abordables) ait réussi à étendre la couverture de l”assurance-maladie à de nombreux Américains qui ne l’avaient pas auparavant. En matière de politique étrangère, l’une des négations les plus flagrantes de la vérité a trait au changement climatique et, en conséquence, au retrait de Trump de l’accord de Paris, ce qui revient à rejeter un consensus scientifique bien établi.

Trump semble peu se soucier des conséquences à brève échéance de l’isolement des États-Unis et de leur perte d’autorité. Mais les conséquences physiques et économiques les plus cataclysmiques sont celles à plus longue échéance qui arriveront pour la plupart une fois que Trump aura quitté son poste, et il n’y a aucune preuve qu’il s’en soucie le moins du monde.

Quant à ce qui fut probablement la réussite principale de Barack Obama en matière de politique étrangère – l’accord, connu comme le plan d’action globale conjoint (JCPOA), visant à restreindre le programme nucléaire de l’Iran – la vérité que Trump rejette est celle que l’accord fonctionne comme prévu pour empêcher une arme nucléaire iranienne et que l’Iran respecte ses obligations, comme l’ont vérifié des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Tous les trois mois, Trump fait face à l’obligation imposée au Président par le Congrès d’attester que l’Iran respecte l’accord. Cette attestation est supposée être un constat, pas l’expression d’une préférence. Pour un négateur de la vérité comme Trump, qui a dénoncé avec hargne l’accord, cette obligation pose un problème. Le compte-rendu dans le New York Times des discussions à la Maison-Blanche pour aboutir à l’attestation de conformité de l’Iran la plus récente (la seconde sous la présidence de Trump), indique que les conseillers de Trump ont dû le traîner à son corps défendant pour établir l’attestation.

Démolir Obama

Indépendamment, ou peut-être en raison, du succès du JCPOA, Trump est clairement toujours déterminé à essayer de détruire l’accord. Après son incapacité à défaire l’Obamacare côté intérieur, il est probablement plus que jamais déterminé à détruire cette réussite en matière de politique étrangère.

Le Président Barack Obama annonce à la Maison-Blanche un accord-cadre visant à restreindre le programme nucléaire d’Iran le 2 avril 2015. (Capture d’écran d’une vidéo de la Maison-Blanche.)

Le compte-rendu du Times laisse entendre qu’à l’échéance de la prochaine attestation, dans trois mois, il y a de fortes chances que Trump refuse d’accepter la vérité une troisième fois, peu importe la rigueur avec laquelle les Iraniens respectent l’accord. Un manquement à l’attestation ouvrirait la voie à de nouvelles sanctions qui représenteraient une violation en bloc du JCPOA par les États-Unis.

En attendant, la Maison-Blanche de Trump a déjà transgressé non seulement l’esprit mais la lettre du JCPOA, en décourageant ouvertement et de façon explicite les autres pays, comme elle l’a fait lors d’une réunion au sommet du G20, de poursuivre la marche normale des affaires avec l’Iran. Les Iraniens en réponse n’ont pas encore renoncé à l’accord, mais, comme l’a indiqué le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, la patience de l’Iran, comme la patience de n’importe qui, a des limites.

Pour Trump et d’autres qui veulent affronter et isoler l’Iran et qui, tout le long, se sont opposés au JCPOA ou à n’importe quoi de similaire, le scénario privilégié est que les Iraniens se sentent tellement irrités par le non-respect des États-Unis que Téhéran finisse par renoncer et déclare l’accord comme nul.

Si cette tactique échoue, ne soyons donc pas surpris si, en octobre, Trump refuse l’attestation. Cette décision s’accompagnerait d’accusations fabriquées d’infractions iraniennes. Quiconque prêt à examiner avec soin la question saurait qu’elles sont fabriquées car, grâce au régime de surveillance hautement intrusif établi par le JCPOA, les inspecteurs internationaux ont une connaissance très détaillée et rapide de tout ce qui se passe dans le programme nucléaire iranien.

Bien entendu, le fait que des éléments rectificatifs soient immédiatement disponibles n’a pas empêché Trump de mentir au sujet de beaucoup d’autres choses. Mais si l’actuelle attitude iranienne concernant le JCPOA se maintient durant les trois prochains mois, le monde devrait alors réaliser qu’une accusation trumpienne de non-conformité iranienne aurait autant de validité que les déclarations de Trump au sujet de la taille de la foule lors de son intronisation, ou des millions d’électeurs frauduleux qui ont prétendument voté pour Hillary Clinton.

Si Trump réfute la vérité au sujet de la conformité iranienne, l’issue la plus favorable possible serait que l’Iran ainsi que les cinq autres puissances non états-uniennes qui ont négocié le JCPOA tentent de maintenir l’accord malgré le non-respect américain. Même cette issue aurait des conséquences négatives pour les États-Unis : manque à gagner en Iran, occasions ratées de s’appuyer sur le JCPOA pour aborder les problèmes régionaux, isolement renforcé des État-Unis et éloignement par rapport à leurs alliés.

Autres issues moins favorables : la désintégration complète du JCPOA et l’accélération du programme nucléaire iranien, accompagnées de nouveaux soucis : raccourcissement du délai avant l’émergence d’une éventuelle arme nucléaire iranienne, incertitude accrue au sujet du programme iranien en l’absence des inspections internationales renforcées que le JCPOA avait mises en place, et risque aggravé de la participation des États-Unis à une nouvelle guerre moyen-orientale.

Les motivations de Trump

Jusqu’à quel point Donald Trump, quels que soient les facteurs psychologiques ou politiques qui le conduisent sur son chemin de destruction, se soucierait-il de telles conséquences ? L’expérience acquise avec l’assurance-maladie nous donne quelques indications. Afin de concrétiser son slogan de campagne d’abolir l’Obamacare, Trump est de toute évidence prêt à éliminer la couverture d’assurance-maladie de millions d’Américains, dont beaucoup ont voté pour lui.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’adressant à une session conjointe du Congrès des États-Unis le 3 mars 2015, en opposition à l’accord nucléaire avec l’Iran du Président Barack Obama. (Capture d’écran du réseau CNN.)

Sa façon de traiter une vérité qu’il nie est de tenter de créer une nouvelle réalité, en disant « laissons » [sic] l’ACA échouer, tout en s’employant activement à saboter le programme : par exemple en refusant de faire appliquer le mandat individuel [au titre duquel la loi oblige chaque citoyen à souscrire une assurance-maladie] et en semant autant d’incertitudes que possible pour décourager la participation des compagnies d’assurance.

Il est peu probable qu’un pareil homme se soucie de nuire à la cause de la non-prolifération nucléaire ou d’attiser les risques et tensions accrus au Moyen-Orient, du moment que cela peut augmenter son tableau de chasse de destructeur de réussites.

Paul R. Pillar, durant ses 28 ans à l’Agence centrale du renseignement, est devenu l’un des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Paul R. Pillar, Consortium News , 21-07-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

8 réponses à Le rêve de détruire l’accord nucléaire iranien, par Paul R. Pillar

  1. atanguy Le 01 septembre 2017 à 06h38
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    On lit ici comment est jugé ce clown irresponsable meme par un analyste de la CIA. Ce n’est pas seulement l’accord avec l’Iran mais aussi sa politique de destruction de l’avancé obtenue dans la protection de la santé pour les Américains les plus pauvres. Il faut y ajouter la sortie de l’accord sur le réchauffement climatique et maintenant sa politique raciste et xenophobe,sa collusion avec l’extreme droite. Notons qu’Emmanuel Macron n’a pas peur d’être a ses cotés dans les calomnies lancées contre le Venezuela. Tout deux d’ailleurs ont la meme politique de régression sociale pour leur peuple: Cadeaux aux plus riches avec l’argent des plus pauvres. RESISTANCE!


  2. Max Le 01 septembre 2017 à 08h07
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    Que ce soit avec Obama ou avec Trump, j’ai le sentiment que cet accord était mort-né.
    Obama voulant la répétition de ce qui avait été fait en Irak/Libye et était prêt a attendre que le démantèlement du programme iranien soit effectif, Trump n’ayant simplement pas cette patience.
    Les iraniens eux poursuivant leur programme de seuil nucléaire.
    C’est un simple constat, les USA et leurs sbires ne font plus peur tout au moins pas autant qu’avant.
    Les iraniens doivent suivre avec intérêt la situation en Corée et son dernier avatar.
    Un missile le 29aout (date de l’annexion par la force de la Corée par le Japon le 29 aout 1910) a été tiré en direction du japon, l’a survolé à plus de 500km d’altitude, et n’a donc pas violé l’espace aérien japonais, ainsi que la base militaire des USA d’Hokkaido sans réaction apparente des USA et du Japon.


    • Ovuef2r Le 01 septembre 2017 à 17h36
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      L’ironie des missiles coréens est qu’ils sont dus au savoir faire ukrainien qui, ayant perdu ses débouchés sur la Russie, doit bien trouver à se financer ailleurs… Un autre exemple des résultats d’une politique à courte vue..


      • Dominique Le 05 septembre 2017 à 17h02
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        « L’ironie des missiles coréens est qu’ils sont dus au savoir faire ukrainien »
        Intéressant, si c’est vrai ! J’aimerais bien connaître les sources qui te permettent cette affirmation. Note que je ne conteste pas, mais la propagande est tellement universelle…


  3. keg Le 01 septembre 2017 à 08h09
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    L’Histoire génère toujours ses Néron.

    Avant c’est Rome que l’on embrasait, aujourd’hui c’est le monde depuis Nagasaki, jusqu’à Téhéran…
    Qui sera le Lot de l’Histoire pétrifié par une vision invisible en toute impunité.

    C’est quoi ces pays quins’autorisent à avoir le feu nucélaire et l’interdissent à d’autres.
    Le moyen de régler le problème, c’est de réapprendre à se faire la guerre au lance pierre (et non flamme). Einstein, c’est pour bientôt!

    http://wp.me/p4Im0Q-25K


  4. LEVACHER Le 01 septembre 2017 à 15h21
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    Assez décevant cet article à charge très imprécis.
    Trump serait tout noir et aussi pendant que l’on y est membre du KKK. C’est un peu n’importe quoi, mais il y a assez à boire et à manger pour les démocrates du clan réellement bellisciste des Klinton et Podesta…


    • atanguy Le 02 septembre 2017 à 03h29
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      “Trump… membre du KKK”
      Pas prouvé, mais oui son père était un de leur supporter,,,


  5. Silk Le 02 septembre 2017 à 01h04
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    L’auteur n’est pas très clair sur les motivations de Trump : rapprochement avec Israël et l’Arabie saoudite pour mettre un axe “anti-chiite” en place ?
    Dommage que les raisons des décisions ne soient pas plus creusées.
    Par contre la partie sur l’assurance maladie est interessante car on ne sait pas trop ce qui se passe à ce sujet.


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