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22.juin.201922.6.2019 // Les Crises

Les Conservateurs américains cherchent une « option St Benoît » aux ramifications mondiales. Par Alastair Crooke

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Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 04-03-2019

Alastair Crooke / 04.03.2019

Sommes-nous « Rome » ? La question a pesé lourdement sur l’esprit des conservateurs, des libertaires et des catholiques américains lors de leurs diverses conférences. L’Amérique suit-elle la voie de l’empire romain ? La décadence bureaucratique, la dette publique massive, une armée surexploitée, un système politique apparemment incapable de répondre aux défis – « le défunt empire romain a souffert de ces maladies, et l’Amérique contemporaine aussi », d’après The American Conservative, une revue qui poursuit cette « ligne » avec diligence, et dans une circonscription en croissance depuis plusieurs années. (Notez que ce n’est pas la circonscription du vice-président Pence qui représente une insistance évangélique, fondamentaliste et littérale sur la rédemption imminente, avec sa politique d’« Enlèvement de l’Église » [référence à l’eschatologie biblique et à l’enlèvement des croyants durant les temps de la fin, NdT]).

The American Conservative met plutôt en garde :

« Si les libertaires de droite s’inquiètent de l’effondrement structurel, les conservateurs culturels et religieux ajoutent une dimension morale et spirituelle au débat. La montée de l’hédonisme, la diminution de l’observance religieuse, l’éclatement continu de la famille et une perte générale de cohérence culturelle – pour les traditionalistes, ce sont les signes d’un possible moyen-âge à venir. »

Et c’est leur récit en réponse à ces craintes : Vers l’an 500 (de notre ère), une génération après que les Francs eurent déposé le dernier empereur romain, un jeune Ombrien (originaire d’une province rurale d’Italie) fut envoyé à Rome par ses riches parents pour compléter son éducation. Cependant, dégoûté par la décadence de Rome, il s’enfuit dans la forêt, pour prier en ermite.

Il s’appelait Benoît. Il fonda ensuite une douzaine de communautés monastiques et écrivit ses célèbres « règles » qui sont créditées d’avoir contribué à la survie d’une civilisation antérieure et de ses valeurs dans des temps difficiles. Le professeur Russell Hittinger a résumé ainsi la leçon de Benoît au moyen-âge : « Comment vivre la vie dans son ensemble. Ce n’est pas une vie de succès mondain, c’est plutôt une vie de succès humain. »

Et comment un moine médiéval pourrait-il être en quelque manière pertinent pour notre époque séculaire? Parce que, dit le philosophe moral Alasdair MacIntyre, ils montrent qu’il est possible de construire « de nouvelles formes de communauté dans lesquelles la vie morale pourrait être conservée » pendant un âge sombre [en anglais moyen-âge se dit Dark Age, NdT] – et peut-être aussi une époque comme la nôtre.

MacIntyre fait la « suggestion inquiétante » que la teneur du débat moral d’aujourd’hui (sa stridence et son intemporalité) est le résultat direct d’une catastrophe dans notre passé: une catastrophe si grande que la recherche morale a presque disparu de notre culture et son vocabulaire exorcisé de notre langage. Il se réfère au « siècle des Lumières » européen. Ce que nous possédons aujourd’hui, affirme-t-il, ne sont rien de plus que des fragments d’une tradition plus ancienne. Par conséquent, notre discours moral, qui utilise des termes comme le bien, la justice et le devoir, a été dépouillé du contexte qui le rend intelligible.

« Pour MacIntyre », Rod Dreher, l’auteur de The Benedict Option [option St Benoît NdT] écrit : « nous aussi, nous vivons une catastrophe semblable à la chute de Rome, cachée par notre liberté et notre prospérité ». Dreher poursuit : « Dans son fameux livre After Virtue [Après la vertu, NdT], publié en 1981, MacIntyre soutient que le projet des Lumières a coupé l’homme occidental de ses racines traditionnelles, mais n’a pas réussi à produire une morale convaincante fondée uniquement sur la Raison. De plus, le Siècle des Lumières exaltait l’individu autonome. Par conséquent, nous vivons dans une culture de chaos moral et de fragmentation dans laquelle de nombreuses questions sont tout simplement impossibles à régler. MacIntyre dit que notre monde contemporain est un bois obscur, et que pour retrouver le droit chemin, il faudra établir de nouvelles formes de communauté. »

« L'”option bénédictine” fait donc référence à [ceux] dans l’Amérique contemporaine qui cessent d’identifier la pérennité du civisme et de la communauté morale au maintien de l’Empire américain, et qui sont donc désireux de construire des formes locales de communauté comme lieux de la résistance chrétienne contre ce que représente l’Empire. En d’autres termes, l’option St Benoît – ou “Ben Op” – est un terme générique pour les chrétiens [et les conservateurs américains], qui acceptent la critique de la modernité de MacIntyre. »

La Ben Op n’est pas un appel au monachisme. Il est envisagé, pour ainsi dire, comme un moyen plus pratique pour cet électorat américain de gérer le fait d’être « dans » la modernité d’aujourd’hui, mais non « de celle-ci ». Et…. où avons-nous déjà entendu quelque chose comme ça avant ? Eh bien – dans les réflexions d’après-guerre d’un traditionaliste radical, le philosophe politique italien Julius Evola – Men Among the Ruins [Les hommes au milieu des ruines NdT] – dans lequel il plaide pour une défense et une résistance contre le désordre de notre époque. Ce sont les écrits d’Evola et d’autres de même genre qui ont soutenu les intellectuels russes tout au long de leur « âge sombre » de la fin du communisme, puis du néolibéralisme à grande échelle. Des impulsions similaires ont contribué à faire avancer le concept d’eurasianisme (bien que ses racines remontent aux années 1920 en Russie).

Ce dernier reflète la tendance contemporaine, manifestée plus particulièrement par la Russie, mais qui va bien au-delà de la Russie, vers l’adhésion au pluralisme (le principal élément du « populisme » contemporain) ; en d’autres termes, la « diversité » qui privilégie précisément sa culture, ses récits, sa religiosité, ses liens de sang, de terre et de langue. Cette notion correspond exactement à l’argument de MacIntyre selon lequel c’est la seule tradition culturelle qui donne un sens à des termes tels que bon, justice et telos. [Telos (Τέλος) est le nom grec donné par Aristote à la cause finale – NdT]. « En l’absence de traditions, le débat moral est hors du champ commun et devient un théâtre d’illusions où la simple indignation et la simple protestation occupent le devant de la scène. »

Il s’agit plutôt ici d’un regroupement de « nations » et de « communautés », chacune renouant avec ses cultures et identités primordiales – c’est-à-dire une Amérique « américaine » dans sa propre « culture américaine (ou russe, à sa manière) » – sans se laisser contraindre à céder à la dictature d’un empire cosmopolite, dépouillé de sa diversité.

De toute évidence, cela ne s’intègre pas vraiment à l’idée américaine dominante d’un « ordre » mondialiste, conforme et fondé sur des règles. C’est aussi un rejet clair de l’idée que le cosmopolitisme « melting pot » peut engendrer n’importe quelle identité véritable ou fondement moral. Car, « sans la notion de telos (direction et finalité de la vie humaine) servant de moyen de triangulation morale, les jugements de valeur morale ont perdu leur caractère factuel. Et, bien sûr, si les valeurs deviennent “sans fondement”, alors aucun appel aux faits ne pourra jamais régler les désaccords à leur propos. »

Dreher est explicite sur cette opposition radicale. Il dit de la Ben Op [option St Benoît NdT], « on pourrait même dire que c’est une histoire sur les possibilités d’évolution de la tradition, et d’un retour aux sources – comme résistance à un âge sans racines. »

Et pour être clair, les conservateurs américains qui pensent avoir trouvé en MacIntyre un allié « facile », « ne s’occupent pas de comprendre quel genre de politique est nécessaire pour nourrir les vertus (n’importe quelle qualité nécessaire pour accomplir son chemin dans la vie).

MacIntyre indique clairement que son problème avec la plupart des formes de conservatisme contemporain est que les conservateurs incarnent les caractéristiques fondamentales du libéralisme. L’engagement conservateur en faveur d’un mode de vie structuré par un marché libre aboutit à un individualisme, et en particulier à une psychologie morale [En bref : la psychologie morale s’intéresse à savoir comment les individus se représentent le bien et le mal NdT], qui est aussi contraire à la tradition des vertus que le libéralisme. Les conservateurs et les libéraux, en outre, tentent tous deux d’utiliser le pouvoir de l’État moderne pour soutenir leurs positions d’une manière étrangère à la compréhension qu’a MacIntyre des pratiques sociales nécessaires au bien commun. »

Ce qui est si intéressant pour un tiers, c’est comment l’auteur de la Ben Op, Dreher, la situe dans le contexte politique américain :

« Beaucoup d’entre nous, à droite, consternés par l’arriivée de Trump et durement touchés par la débâcle de Kavanaugh [référence à la nomination de Brett Kavanaugh à la cour suprême, NdT], ont conclu que [néanmoins] nous n’avons d’autre choix que de voter républicain en novembre – ne serait-ce que par auto-défense. (Il se réfère à novembre 2018)

« Mais permettez-moi de citer deux passages de The Benedict Option :

« La gauche culturelle, c’est-à-dire le courant dominant américain, n’a pas l’intention de vivre dans la paix après la guerre. Elle pousse en avant une occupation dure et implacable, aidée par l’ignorance des chrétiens [c’est-à-dire ceux qui reflètent le libéralisme], qui ne comprennent pas ce qui se passe. Ne vous y trompez pas : la victoire présidentielle déconcertante de Donald Trump nous a au mieux donné un peu plus de temps pour nous préparer à l’inévitable.

(Ceux) qui croient que la politique seule suffira – ne seront pas préparés à ce qui arrivera lorsque les républicains perdront la Maison Blanche et/ou le Congrès, ce qui est inévitable. Nos politiques sont devenues tellement sulfureuses qu’il y aura une réaction brutale et que cette réaction sera principalement dirigée contre les conservateurs sociaux et religieux. Quand les démocrates reprendront le pouvoir, les chrétiens conservateurs seront en très mauvaise posture. »

En d’autres termes, la Ben Op est une autre fenêtre importante sur ce que le professeur Mike Vlahos a décrit comme le rassemblement, prochain chapitre de la « guerre civile » américaine non résolue : « L’Amérique d’aujourd’hui se divise en deux visions du futur mode de vie de la nation : la vertu “rouge” [les républicains, NdT] imagine une continuité de la famille et de la communauté dans une communauté nationale publiquement affirmée. La vertu “bleue” [les démocrates, NdT] imagine des communautés choisies personnellement et médiatisées par la relation de l’individu avec l’État. Ainsi, même si ces deux visions divisées de l’Amérique s’opposent depuis des décennies et ont jusqu’à présent jugulé le besoin de violence, il y a dans leur âpre compétition (d’aujourd’hui) un esprit de convergence vers une issue finale. »

« Aujourd’hui, deux voies justes sont paralysées dans leur opposition… Le rouge et le bleu représentent déjà un schisme religieux irréparable, plus profond en termes doctrinaux même que le schisme catholique-protestant du XVIe siècle. La guerre ici, consiste à déterminer quelle faction parvient à conquérir le drapeau (des médias sociaux), la désignant ainsi comme véritable héritière de la vertu américaine. Tous deux se perçoivent comme des champions du renouveau national, de la purification des idéaux corrompus et de l’accomplissement de la promesse de l’Amérique. Les deux croient avec ferveur qu’ils sont les seuls à posséder la vertu. »

Nous pourrions conclure que cette option Saint Benoît n’est qu’une manifestation uniquement américaine, de peu d’importance pour le monde en général. Mais si nous le faisions, nous aurions tort. Premièrement, Macintyre retrace la tradition morale depuis son origine dans la littérature traditionaliste homérique (c’est-à-dire jusqu’à ses racines pré-socratiques) et depuis que cette « société héroïque » est devenue le dépositaire des histoires morales sur les valeurs éternelles : Des récits qui ont la capacité particulière de s’incarner dans la vie de la communauté qui les affectionne. Et imaginant la communauté en soi comme une sorte de « personnage », dans un récit moral historiquement élargi.

En d’autres termes, l’option Saint Benoît n’est pas fondée exclusivement sur le christianisme. MacIntyre suggère plutôt que le récit fournit une meilleure explication de l’unité d’une vie humaine particulière. Le moi a une continuité parce qu’il a joué le personnage unique et central d’une histoire particulière : le récit de la vie d’une personne. Il l’exprime ainsi : « En jouant ces rôles, nous faisons partie des histoires de la vie des autres, tout comme ils sont devenus des parties de la nôtre. De cette façon, les histoires de vie des membres d’une communauté sont enchevêtrées et entrelacées. Cet enchevêtrement de nos histoires est le tissu de la vie communautaire… Car l’histoire de ma vie est toujours ancrée dans l’histoire des communautés dont je tire mon identité ». Ici, nous sommes renvoyés directement à Homère.

Mais deuxièmement, il nous manquerait quelque chose d’essentiel qui relie l’impulsion de l’option Saint Benoît à une contre-attaque plus large contre les mondialistes millénaristes d’aujourd’hui qui enracinent leur « rédemption » dans un processus téléologique de « fusion » de l’identité culturelle, qui fait, des questions ethniques et sexuelles, des choix personnels (et donc jamais définitifs). [Téléologie : Doctrine philosophique qui repose sur l’idée de finalité NdT]

Cette critique, émanant d’un important électorat conservateur américain qui vote Trump tout en étant conscient de ses inconvénients, pourrait trouver un écho plus large dans d’autres électorats non américains. Mais comme le note Rod Dreher, qui a lancé cette campagne dès 2006, ses membres comprennent d’ores et déjà sa portée plus large. Dreher déclare :

« Hé, je ne suis pas catholique non plus. Et alors ? Nous, orthodoxes, nous revendiquons [Saint Benoît] comme l’un des nôtres, comme le sont tous les saints antérieurs au schisme [entre les Églises de Rome et Constantinople en 1054, NdT]. Mais ça ne fait rien. [Les chrétiens] ont besoin d’examiner en profondeur l’histoire de l’Église pour trouver les ressources qui leur permettront de résister aux pressions de la modernité. Saint Benoît est l’un d’entre eux. En raison de nos différentes ecclésiologies [Ecclésiologie : Doctrine théologique sur l’Église ; partie de la théologie qui traite de la vie de l’Église NdT], une option Saint Benoît catholique aura une apparence différente d’une protestante, et une orthodoxe aura aussi une apparence différente. Ce n’est pas grave. Selon les telos de l’institution Saint Benoît, nous devrions pouvoir travailler ensemble de façon œcuménique. »

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 04-03-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

RGT // 22.06.2019 à 09h30

Il est une chose qui m’exaspère profondément : La critique permanente du moyen-âge.

Cette critique a été instaurée par les monarques de la “renaissance” pour justifier leur pouvoir autocratique en prétendant qu’ils “ramenaient” la “civilisation” des temps anciens.

En fait, contrairement à tout ce qui a été dit, le moyen-âge a été une période très riche, démocratique (les habitants décidaient localement de leur mode de vie et les seigneurs étaient des militaires chargés de protéger la population), les femmes avaient des droits très étendus et bénéficiaient d’un statut équitable…
Sans compter que de très grandes avancées scientifiques et techniques ont été faites pendant ces “âges sombres”, avancées dont nous bénéficions toujours aujourd’hui (imprimerie par exemple, mais pas que).

L’organisation sociale du moyen-âge a surtout été faite en opposition à l’ancienne dictature romaine dont le pouvoir centralisé étouffait la plèbe au profit des seuls patriciens.

Le niveau religieux était aussi “délocalisé” et le pouvoir de Rome peu intrusif.

Quant à la “chasse aux sorcières”, ce phénomène était réellement marginal, et n’a commencé qu’à la toute fin du moyen-âge.
En fait, l’explosion de la chasse aux “satanistes” a commencée au début de la centralisation des états et son apogée a bien eu lieu à la renaissance sous des régimes centralisés déjà très autoritaires.
Les dernières exécutions pour sorcellerie en Europe ont été faites au début du XIXè siècle, ne l’oublions pas.

Rien de nouveau, on crache sur ce qui a précédé pour justifier une intervention “bienfaisante”.

59 réactions et commentaires

  • Fritz // 22.06.2019 à 07h34

    « une génération après que les Francs eurent déposé le dernier empereur romain » : Odoacre, le général qui a déposé le jeune Romulus Augustulus en 476, n’était pas un Franc, mais sans doute un Skire, selon Lucien Musset (Les invasions : les vagues germaniques, PUF, Nouvelle Clio, 1965, p. 71).

    J’ajoute que le César qui appuie bruyamment sur la gâchette avant de se dégonfler au dernier moment (face aux Perses) doit être considéré comme un Olybrius.(empereur en 472). L’empire semble souffrant, ce qui doit réjouir tous les esprits libres : Imperium delendum est.

      +9

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    • Balthazar // 22.06.2019 à 10h01

      Pour la précision de l’empire romain, celui ci ne s’écroule pas au IV siècle (sous l’attaque des barbares, la sclérose de la société, sa taille gigantesque pour l’époque etc..) il se déplace à Constantinople (fondée par Constantin empereur romain) où il perdure encore un millénaire (c’est pas mal hein, cela mériterait d’être enseigné à l’école).
      On lui donne un autre nom : l’empire byzantin et voilà !
      Comme quoi, l’Histoire, on lui fait dire ce que l’on veut.

        +7

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      • Fritz // 22.06.2019 à 11h22

        Cette persistance millénaire que vous rappelez, je l’ai enseignée à mes élèves de Cinquième… Je leur ai même précisé qu’Odoacre avait renvoyé les insignes impériaux de Romulus Augustulus à son collègue de Constantinople. Et ils ont tous retenu la date de 1453. Pour simplifier, je leur ai dit : royaumes barbares et Moyen Age à l’ouest, empire byzantin et expansion slave à l’est.

          +8

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        • Albert-Nord // 22.06.2019 à 22h08

          Connaissez-vous cette hypothèse de Bruno Dumézil sur les dites invasions barbares?
          https://www.youtube.com/watch?v=blLjwpvfGOo

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          • Mr K. // 23.06.2019 à 08h45

            @Albert-Nord

            Merci pour le lien vers cette conférence de l’universitaire Bruno Dumézil, tout à fait passionnante et illustrée par de nombreuses diapos.

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            • Albert-Nord // 24.06.2019 à 16h14

              Les 19 et 20ème siècles ont pensé que l’histoire se faisait par rupture (à l’exemple de la révolution française ou russe), alors qu’elle n’est peut être qu’une lente transition vers le presque pareil !

              “Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change.”
              Giuseppe Tomasi di Lampedusa – Le Guépard

                +3

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      • Glbert Gracile // 24.06.2019 à 17h42

        il continue même dans le Saint-Empire-Romain-Germanique jusqu’au 19ème siècle… “Reich” qui aura plusieurs résurections de différentes factures

          +1

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  • Graindesel // 22.06.2019 à 08h11

    Philosophiquement il n’y a pas 36 options: soit l’homme respecte la nature et s’y adapte, soit il la soumet et la détruit. Les monothéismes sont directement à l’origine de la seconde option: croissez et multipliez, soumettez la Terre, l’homme étant la nouvelle idole et non plus la partie d’un tout.

    Et quand un pays d’ignorants se croit investi d’une mission divine, la catastrophe est assurée. Nous en sommes là.

      +30

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    • Sandrine // 22.06.2019 à 09h41

      Théologie écologiste, profondément réactionnaire qui recycle les poncifs déjà mobilisés en leur temps par les fascistes des années 30 : biologisme, anti-humanisme, matérialisme déguisé sous un spiritualisme ésotérique… que du bonheur.

        +11

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      • Fritz // 22.06.2019 à 09h46

        Un certain A. H. avait prophétisé en son temps la course dans l’espace d’une planète vide, débarrassée de l’humanité, ajoutant qu’on ne se moque pas impunément de la loi de la Nature (c’est dans son best-seller M. K.).

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        • Graindesel // 22.06.2019 à 12h56

          “(c’est dans son best-seller M. K.).”

          M. K. ????

          J’aurais pensé à “Ape and Essence” (“Temps futurs” en français) qui semble d’actualité…

            +2

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      • Graindesel // 22.06.2019 à 12h49

        Je trouve votre “commentaire* non seulement parfaitement déplacé (“qui veut noyer son chien…”), mais très déplaisant, voire insultant par la haine qu’il manifeste à l’égard d’une pensée non seulement humaniste, mais respectueuse de notre environnement. Pour les Kogis, tous les hommes sont frères. Pas possible de faire plus humaniste. Une civilisation de 4000 ans, plus durable que toutes les autres “civilisations” modernes. Le fascisme er l’hypocrisie, c’est se donner un sixième commandement et ne JAMAIS le respecter. Théologie, dites-vous, sauf qu’il n’y a aucun dieu, mais le respect de la Terre. Comme expliquer ici face à des bouchers:

        https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_du_Chef_Seattle_en_1854

        Si vous voyez de fascisme dans ce discours, je vous plains sincèrement.

        Note au modérateur: j’ai été souvent modéré sans explication. Veuillez considérer ce dernier commentaire comme un droit de réponse au commentaire de Sandrine. Je ne demande AUCUNE censure, bien au contraire. Merci.

          +7

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        • Sandrine // 22.06.2019 à 16h02

          Libre à vous d’ignorer de manière totalement hypocrite le commentaire de @Fritz et de vous barricader derrière le romantisme de la référence au vieux chef indien.
          Il est un fait que c’est sous le nazisme qu’on été faites les premières législation animalistes et que ce régime faisait grand cas de la préservation du biotope (et proposait d’ailleurs une réduction de la population soviétique à hauteur de 20 million de personnes pour assurer aux Allemands un espace vital suffisant à leur vie saine et frugale en autarcie- l’espace vital, c’est à dire le biotope, la notion en est directement tirée)

            +4

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  • RGT // 22.06.2019 à 09h30

    Il est une chose qui m’exaspère profondément : La critique permanente du moyen-âge.

    Cette critique a été instaurée par les monarques de la “renaissance” pour justifier leur pouvoir autocratique en prétendant qu’ils “ramenaient” la “civilisation” des temps anciens.

    En fait, contrairement à tout ce qui a été dit, le moyen-âge a été une période très riche, démocratique (les habitants décidaient localement de leur mode de vie et les seigneurs étaient des militaires chargés de protéger la population), les femmes avaient des droits très étendus et bénéficiaient d’un statut équitable…
    Sans compter que de très grandes avancées scientifiques et techniques ont été faites pendant ces “âges sombres”, avancées dont nous bénéficions toujours aujourd’hui (imprimerie par exemple, mais pas que).

    L’organisation sociale du moyen-âge a surtout été faite en opposition à l’ancienne dictature romaine dont le pouvoir centralisé étouffait la plèbe au profit des seuls patriciens.

    Le niveau religieux était aussi “délocalisé” et le pouvoir de Rome peu intrusif.

    Quant à la “chasse aux sorcières”, ce phénomène était réellement marginal, et n’a commencé qu’à la toute fin du moyen-âge.
    En fait, l’explosion de la chasse aux “satanistes” a commencée au début de la centralisation des états et son apogée a bien eu lieu à la renaissance sous des régimes centralisés déjà très autoritaires.
    Les dernières exécutions pour sorcellerie en Europe ont été faites au début du XIXè siècle, ne l’oublions pas.

    Rien de nouveau, on crache sur ce qui a précédé pour justifier une intervention “bienfaisante”.

      +33

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    • Sandrine // 22.06.2019 à 09h47

      RGT, je vous avais déjà répondu sur cette question à l’occasion d’un autre billet en vous demandant vos sources. Sauf erreur de ma part, vous n’aviez pas répondu. Aurais-je plus de chance cette fois-ci?

        +5

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      • Glbert Gracile // 24.06.2019 à 17h48

        il a raison… le Moyen-Age n’était “moyen” et “obscurantiste” que dans la bouche et sous la plume des nouveaux maitres du monde… c’est un fait. Un âge qui couvre la France d’églises Romanes et Gothiques, ne peut pas être un âge tout à fait obscurantiste… par contre, notre âge la couvre de supermarchés et de béton.

        Les individualistes esclavagistes comme Voltaire avaient besoin de discréditer l’Eglise, afin de pouvoir asseoir le pouvoir du Capital, la “liberté” individuelle, et le trafic de chair humaine.

          +4

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    • Mr K. // 22.06.2019 à 09h56

      Relation possible entre chasse aux sorcières et privatisation de terres auparavant communes (les communs) :

      L’historienne Silvia Federicci met en relation le mouvement des enclosures et la résistance des femmes à la suppression des communs, avec la chasse aux sorcières… .

      Le mouvement des enclosures fait référence aux changements qui, dès le XIIe siècle mais surtout à partir de la fin du XVIe siècle et au XVIIe siècle ont transformé, dans certaines régions de l’Angleterre, une agriculture traditionnelle dans le cadre d’un système de coopération et de communauté d’administration des terres… en système de propriété privée des terres… .

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_des_enclosures

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    • Jérôme // 22.06.2019 à 10h11

      Le Moyen-Age était oligarchique décentralisé et non pas démocratique !

      Seules les élites nobiliaires, marchandes, artisanales et religieuses décidaient.

        +6

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      • Glbert Gracile // 24.06.2019 à 17h55

        d’accord avec vous… le moyen-âge n’était pas démocratique… en revanche, le sytème économique était basé sur l’agriculture à mains d’hommes… dans ce contexte, les oligarques de l’époque avaient structurellement besoin de communautés paysanes stables et nombreuses… Alors, par un effet de conséquence, la vie de la masse de la population était encouragée dans une perpective de stabilité et de richesse spirituelle… C’était pas forcément fait exprès, mais ça allait bien de ce point de vue là pour les gens ordinaires.

        La “démocratie” est une invention des marchands et des industriels, afin de pouvoir s’affranchir de la morale en s’appuyant sur les messes électorales.

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    • florian lebaroudeur // 22.06.2019 à 10h26

      Le Moyen-Age n’était évidemment pas la période sombre que les “renaissants” sont sont empressés de dépeindre à leur convenance.
      Un peu comme l’histoire humaine d’avant 1945 que les “progressistes” s’empresse de dépeindre comme un temps de barbarie faite de guerres et d’épidémies sans évoquer les œuvres scientifiques, littéraires et culturelles qui y foisonner…

        +8

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      • manuel // 22.06.2019 à 10h53

        A peine 2 guerres mondiales, des millions de mort de la colonisation, sinon un age merveilleux.

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        • florian lebaroudeur // 22.06.2019 à 11h32

          Ce qui n’est jamais dit, c’est que la période 1815 – 1945 était beaucoup moins belliqueuse que les siècles précédents. Après la boucherie des guerres napoléoniennes, des progrès considérables avaient été réalisé dans la prévention des conflits et le recours à la diplomatie. Les 2 conflits mondiaux de la fin de cet période ont considérablement noircie un tableau qui ne l’était pas vraiment. Alors certes il y a eu beaucoup de morts lors des expéditions ou occupations coloniales et lors de la grande famine irlandaise mais il faut comparer avec les guerres aristocratiques et les pestes buboniques récurrentes de la période 1517 – 1815.

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          • manuel // 22.06.2019 à 13h59

            Et que faites vous d’une soi-disant révolution industrielle qui s’est traduite par la misère totale dans les grandes villes, voir Charles Dickens et Victor Hugo et la destruction totale des communautés rurales enclosures et autres impacts en Europe continentale. La vie paysanne n’était pas une partie de plaisir mais encore moins les taudis urbains. Du point de vue social le XIX laisse beaucoup à désirer. Et je le rappelle les rapines coloniales 1 mort au mètre pour le train au Congo, la destruction totale des indiens d’Amérique voir la longue marche du génocidaire Kit Carson, en sont des exemples. Non le XIX et début du XX ne sont pas des exemples, il est clair que le XXI ne commence pas non plu très bien.

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      • Nicole de Nicomaque // 26.06.2019 à 00h57

        Florian / – Vous insinuez que les dits ” progressistes ” ne feraient pas référence aux ” œuvres scientifiques, littéraires ou culturelles” de l’époque concernée ? Une bien étrange idée que celle là, venant de votre cru. Mais où êtes-vous allé cherché tout ça ?

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    • Chris // 22.06.2019 à 13h10

      Je suis heureuse que vous parliez positivement du Moyen-Age.
      En vacance en Yougoslavie en 1985, je suis tombée sur un bouquin en français dans la (riche) bibliothèque de Ljubljana équipée d’un vaste rayon en langue française (en souvenir de la libération de la Slovénie du joug austro-hongrois par Napoléon).
      Après l’effondrement de l’empire romain, les sociétés colonisées se réorganisaient.
      Le Moyen-âge, c’est l’instauration des Hospices (hôpitaux et hôtellerie), des universités, des Foires et échanges commerciaux, la lutte contre le brigandage, les mouvements monastiques voués aux soins du corps et de l’esprit, la construction des cathédrales et sa face sectaire : les croisades qui me font souvent penser aux sectes actuelles… Bref, une image fort éloignée de mes livres d’école.
      Oui, les Lumières ne sont que de vulgaires quinquets électriques !

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      • Sandrine // 22.06.2019 à 16h12

        Les croisades n’ont pas été organisées par des “sectes”, mais par l’elite de la société d’alors…

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        • Czerny // 22.06.2019 à 20h41

          Les Templiers,les Hospitaliers,L’ordre Teutonique ,etc…des sectes faisant parties de l’élite d’alors .

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        • septique // 22.06.2019 à 23h02

          Les croisades ont été organisé par la papauté qui concédait en même temps droits de commerce et de s’enrichir sur les territoires libérés…Une vieille histoire…

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          • Glbert Gracile // 24.06.2019 à 17h59

            oui… ça ça a toujours fonctionné comme ça… lancer une guerre, et payer les grands guerriers sur la dépouille des vaincus. Ca coûte rien (vu que c’est le vaincu qui paye), et ça rapporte un maximum. C’est même un des mécanismes essentiels de la guerre.

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    • septique // 22.06.2019 à 22h58

      En fait, contrairement à tout ce qui a été dit, le moyen-âge a été une période très riche, démocratique (les habitants décidaient localement de leur mode de vie et les seigneurs étaient des militaires chargés de protéger la population…

      Je vous ai déjà répondu qu’au Moyen-Age il n’y a pas d’armée organisée, l’ost royal est levé si nécessaire à la demande du roi. La majorité de la paysannerie étaient des serfs sans terre, des esclaves ni plus ni moins.

      Ce n’est pas la première fois que vous nous servez cette histoire. Il n’y a avait aucune démocratie au Moyen-Age, nada, nothing. Les femmes avaient des droits très étendus….comme ceci (la loi salique) pour refuser les trônes royaux aux femmes…impures une fois par mois, enceintes une fois par an…le pouvoir des nobles étaient sans partage de vassal à suzerain

      Le pouvoir de Rome était total et sans partage et ceci a continué jusqu’au début du 17 ième siècle, en fait c’est la Réforme et le protestantisme qui scelle la prohéminence de Rome.

      La renaissance n’est en rien pour les gouvernements une montée des régimes autocratiques, c’est avant tout une explosion du commerce, la mondialisation avant l’heure, la découverte du Nouveau Monde

      Devriez lire George Duby au moins avant d’aligner des perles de ce genre

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      • Sandrine // 23.06.2019 à 10h57

        C’est Duby je crois qui disait que le Moyen-age avait duré jusqu’en 1950 (en ce qui concerne la vie des campagnes)

        RGT exagére quand il parle de démocratie mais il est vrai par exemple que le moyen-age a inventé le principe des assemblées représentatives et délibératives que nous connaissons actuellement dans nos “démocraties” représentatives.
        La période moderne, si elle a permis l’emergence de l’idée de nation qui a joué un si grand rôle dans la reemergence du principe démocratique est cependant marqué par l’absolutisme royal.

        La question du statut des femmes est plus complexe. Le christianisme, paradoxalement, en dépit du fait qu’il soit issu du monde patriarcal méditerranéen, à offert aux femmes,au moyen-age, de nombreux moyens de s’émanciper de la tutelle des hommes.
        Les sociétés barbares du nord, quoique polygames et fondées sur le pouvoir militaire des hommes laissaient aussi traditionnellement aux femmes un rôle politique et économique important. Il est un fait que la redécouverte progressive du droit romain à partir de la deuxième partie du moyen-age fut très défavorable aux femmes et cette tendance s’accentua à l’époque moderne.

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    • Pierre Auréjac // 24.06.2019 à 21h55

      Accord avec vous en tous points, RGT. Merci et bravo.

      J’ajouterai une seule chose. L’événement qui a marqué la fin du moyen-âge comme période de grande civilisation fut vraisemblablement l’épidémie de peste noire qui, en un quinquennat (1347 à 1352) fit mourir en moyenne prés de 50% de la population européenne. Ce fut sans doute l’événement le plus violent de l’Histoire. On peut comprendre l’étendue du traumatisme qui s’en suivit, et il est étrange que si peu d’historiens s’y intéressent.
      A noter cependant ce que dit Jean Delumeau dans La Peur en Occident : il émet l’idée que c’est la Grande Peste qui instaura pour des siècles en Europe (et jusqu’à maintenant) ” la culture dirigeante de la peur “, C’est à dire l’usage cynique de la peur comme moyen de gouvernement.

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  • Patapon // 22.06.2019 à 10h09

    Les idées qui grougroutent là-dedans tournent tellement autour de la religion, traduisent la panique d’un monde tellement marqué par sa propre hubris, ses refoulements, son puritanisme et ses dénis. Ce messianisme indécrottable, immérité, voire malfaisant, sans cesse revendiqué. C’est grave, docteur.

    Évidemment qu’on finit farouchement contre le progressisme, quand on l’a soi-même entraîné dans l’abîme, contaminé par la maladie de l’or — in gold we trust — le fait de mettre Dieu sur ses billets de banque n’est certainement pas anodin. Au fait, trouvez-moi un seul autre pays qui l’ait osé ?

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    • Patapon // 22.06.2019 à 10h26

      Ce qui est terrible, avec ça — le Dieu-Or — c’est que ce quasi blasphème originel n’est jamais, jamais soulevé. C’est tellement refoulé que tous les autres recours sont utilisés. La mesure de la vertu par la richesse, ou a minima l’immunité légitime de la recherche effrénée de profit, sont un totem. Ce sont évidemment des intellectuels des classes aisées qui se cherchent une morale compatible, les dédouanant du désastre. Ah la Bonne Op !

      Ils feraient mieux de s’interroger sur l’addiction, dont leur modèle est la métaphore absolue.

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      • Sandrine // 22.06.2019 à 10h36

        Il faut sans doute, pour comprendre, faire un détour par Luther et la parabole des talents.
        Ne jetons pas trop vite la pierre aux Américains dont la culture est quand même assez proche de la nôtre et qui ont le mérite de se remettre en question.

        La capacité de se remettre en question est d’ailleurs spécifiquement occidentale, je ne vois pas les autres cultures (chinoises,
        musulmane, etc.) être à ce point manquées par le retour critique sur soi. À nous de faire en sorte que cette admirable caractéristique ne se transforme pas en pure auto-destruction nihiliste.

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        • Patapon // 22.06.2019 à 10h47

          Je ne suis pas capable de faire une réponse étoffée à ce que vous affirmez quant à cette caractéristique spécifiquement occidentale, mais je soupçonne que s’il est bien confortable de le croire, on court le risque d’en faire un mythe sur-mesure pour notre narcissisme, et bien fait pour n’écouter point les autres.

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        • Patapon // 22.06.2019 à 10h54

          Je suis également convaincu qu’il y a une clé dans cette légitimation Luthérienne, que là réside un marqueur très profond de préférence culturelle. C’est assez rigolo, d’ailleurs, de voir comment ce qui est affiché est souvent l’inverse de ce qui est pratiqué : sobriété affiché dans le culte qui glorifie la richesse, richesse affichée dans celui qui est suspicieux à son égard.

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          • Sandrine // 22.06.2019 à 11h06

            Il ne faut jamais oublier l’importance du phénomène de sécularisation.
            Les UsA sont le fruit d’une théologie sécularisée – donc matérialiste.
            Et comprendre aussi que la mentalité ascétique se loge bien souvent la où on l’attend le moins. L’hyperconsommation peut ainsi être un effet pervers de l’éthique ascétique (très éloignée par exemple de la frugalité épicurienne).https://www.franceculture.fr/emissions/les-racines-du-ciel/esprit-du-protestantisme-et-esprit-pop

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        • Philou // 23.06.2019 à 22h09

          Les Américains se remettent en question ? …mais où avez-vous ça ?!! …moi, je ne vois qu’hyper-consommation satisfaite, enfermement dans le tittytainment et les écrans, croyance viscérale d’être le sel de la terre, “the shining city upon a hill” animée par une “manifest destiny” (de régenter à coups de dollars et de guerres toute la planète et ses ressources), course à l’abîme du technologisme y compris pour contrer les effets dévastateurs du technologisme, incapacité totale à se remettre en cause dans ses croyances, son style de vie mortifère…
          La capacité de se remettre en question, spécifiquement occidentale ? …mais qui ou quoi vous autorise à cet ethnocentrisme simpliste ? …vous ne connaissez manifestement rien au taoïsme ou au bouddhisme (particulièrement le bouddhisme zen), au vedanta, etc.

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  • pipo // 22.06.2019 à 10h30

    “Tous deux se perçoivent comme des champions du renouveau national, de la purification des idéaux corrompus et de l’accomplissement de la promesse de l’Amérique. Les deux croient avec ferveur qu’ils sont les seuls à posséder la vertu. »

    Pour résumer, les républicains ont les sociopathes de droites et les démocrates, les sociopathes de gauche.

    Unissons-nous, et tous les sociopathes seront au pouvoir.

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    • FCAS // 22.06.2019 à 22h19

      C’est ce que les politiciens français ont fait avec LREM.
      Tous les pires des deux bords aux pouvoir.

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  • florian lebaroudeur // 22.06.2019 à 10h46

    Quand on médite ce qui est dit dans cet article, on peut se dire que les concepts humains de dépassement qu’ils soient religieux, idéologiques, scientifiques ou autres, sont finalement plus toxique que la condition de base à laquelle ils étaient censés y remédier.
    Se retirer en communautés pour dire “si on corrigé si” ou “si on fessait plutôt cela” pour quoi faire ? pour emprunter d’autres voies qui se révéleront être d’autres impasses au bout d’un labyrinthe obscur ?
    Je vais finir par être persuader que la condition de chasseurs cueilleurs et l’insouciance culturelle de nos premiers représentants était finalement “le moindre mal” à cet gabegie neuronale.

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  • Duracuir // 22.06.2019 à 11h14

    L’histoire des civilisations n’est ni un cycle ni une courbe, c’est une respiration, un jeu de marée. Chaque nouveau système essaie de corriger les incohérences du précédent qui s’est effondré sur ses propres lignes de faille: l’injustice et l’iniquité. On est au bout de l’ère des “philosophes” et de son aboutissement, le productivisme.
    Sincèrement, je pense que les idées de Lao Tseu et s s disciples sont pas mal. Ce que disait Jésus avant l’intervention du transfuge stalinien Paul était pas mal aussi. Tout comme Mani ou, plus près de nous Gandhi et son inlassable combat contre ” la perdition industrielle” et pour la promotion du rouet et de l’araire comme seul futur souhaitable pour l’humanité. Que ce sénateur lise Gandhi. Hahaha. Voilà un chameau US qui aura bien du mal à passer le shas de l’aiguille. 🙂

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    • Sandrine // 22.06.2019 à 13h21

      Que savez-vous de certain sur ce que disait Jesus “avant l’intervention du transfuge stalinien Paul”
      Cette manie contemporaine de prétendre aimer Jesus indépendamment de ce qu’en a dit l’église est de plus en plus répandue en France ; une contamination de l’esprit de ”réforme” des pays anglo-saxons et germaniques peut-être.
      Cette aversion pour Saint Paul rappelle en tout cas tristement les Deutsche Christen, eux aussi furieusement anti-Paul, même si aujourd’hui on se garde bien de laisser transparaître tout sentiment anti-semite et on justifie ça plutôt au nom de valeurs libertaires (alors que le christ des 4 evangiles est loin d’etre libertaire, mais bon, ça c’est un autre débat)

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      • Fritz // 22.06.2019 à 13h25

        Enfin, Sandrine, vous savez bien que la Réforme n’a rien contre Paul (Romains 1:17). Cela dit, Nietzsche et ses émules chrétiens-allemands se sont bien acharnés sur ce “stalinien” (?).

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        • Sandrine // 22.06.2019 à 16h21

          La Reforme non, mais les Deutsche Christen si…
          J’ai parlé “d’esprit de la Reforme” et non pas des réformateurs du XVIe siècle.
          Ceci étant, il faut rappeler que cet “esprit de réforme” est contenu dans le christianisme, qui est lui-meme en soi une réforme.

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      • Duracuir // 22.06.2019 à 16h19

        Ce qui est sûr ma pauvre…. vaste débat. A-t-il même existé? Quoiqu’il en soit je me rapporte aux propos de la “marque” Jésus, relatés dans l’Evangile de Matthieu, le plus factuel et le moins interprété des quatre.
        Je sais par contre que Paul a décrété qu’un peu de flotte sur la tête suffisait à se passer de l’alliance, ben oui, c’est vachement plus facile de recruter sans devoir se faire couper le prépuce adulte à une époque où l’anesthésie n’existe pas . Quant à l’Eglise, elle a décrétée 3 siècles après Jésus, sans aucun consensus interne, et sous l’égide d’un empereur romain païen, que Jesus et Dieu, c’est pareil, et même que Jésus est Dieu. Cette même Eglise a encouragé l’idôlatie, le simonisme, s’est décrétée très rapidement seule religion autorisée dans l’empire Romain, s’est alliée avec le pire des roitelets germanique pour contre-balancer l’arianisme Goth à coups de francisque et s’établir un territoire officiel. Puis elle s’est mise à considérablement apprécier l’aide du sabre pour répandre partout que Dieu est Amour. Un peu comme les occidentaux et leurs bombes humanitaires à géométrie variable.
        Mais je ne suis pas du tout anti-clérical et je reconnais même que pendant plus de mille ans, l’Eglise(les) fut le principal et SEUL vecteur de progrès humain. Par contre, j’ai un point de vue assez nietzschéen sur l’escroquerie réformée.
        Mais c’est comme tout, l’Eglise a depassé son seuil d’expansion et elle s’est effondrée doucement pendant 5 siècles. Elle ne peut plus répondre aux besoins universels.

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        • Sandrine // 22.06.2019 à 16h36

          Votre pauvre Sandrine a lu les Evangiles et il lui semble bien que le “Nul s’il ne naît de l’eau et de l’esprit ne peut entrer dans le royaume de Dieu” ne se trouve pas que chez Paul…
          L’evangile de Matthieu est le meilleur, bon, si vous le dites.
          Pour ma part, je préfère celui de Jean, qui a le mérite d’élèver un peu plus le débat:))

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          • Duracuir // 23.06.2019 à 11h51

            Raison pour laquelle Jésus a choisi un simple publicain, un sorte d’expert comptable agent du trésor pour le raconter. Un type sans imagination ni interprétation. Factuel. Luc et Marc, ça sent l’extrapolation et Jean, c’est carrément hollywoodien, on ne lui demande pas de savoir pourquoi le point est sur le i. D’ailleurs, sa délirante apocalypse a servi depuis 2000 ans à tous les gourus tarés et hystériques pour justifier leurs délires et “prédictions”. Non, le Matthieu me va bien. Lui seul. Comme Pasolini.

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            • Sandrine // 23.06.2019 à 12h45

              Le Jean auteur de l’apocalypse et le Jean sensé être l’auteur de l’evangile qui porte son nom ne sont pas les mêmes personnes… Il va falloir vous documenter un peu mieux, Duracuir…
              D’autre part, je ne comprends pas bien votre approche: un coup vous dites que le personnage de Jesus n’a probablement pas existé et que tout ce que nous en savons résulte d’une “OPA” de l’eglise sur l’empire romain et d’une vaste manipulation intellectuelle… et puis le coup d’apresdans vous présentez les relations entre Matthieu et Jesus comme si pour vous elles relevaient de faits historiques incontestables… Faudrait savoir.
              La tradition présente généralement que le Jean dont le quatrième evangile porte le nom comme “le disciple que Jesus aimait”; je ne vois pas ce qu’il y a d’hollywoodien à ça…

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            • Pierre Auréjac // 24.06.2019 à 22h14

              Je ne voudrais pas trop vous ennuyer, Duracuir, mais je confirme ce que dit Sandrine : les analyses de texte ( linguistique, sémantique, sémiotique, etc. ) montrent que l’Evangile de Jean et l’Apocalyse de Jean n’ont pas le même rédacteur (ou groupe de rédacteurs).

              Ceci dit, vous avez tout à fait raison de dire que l’Apocalypse, c’est 100% hollywoodien, dans le sens clinquant franchement mauvais à grand spectacle.
              Par contre, l’évangile de Jean est une merveille aussi bien pour les athées que pour les agnostiques ( dont je suis ) ou les croyants pas cons ( il y en a )

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  • Ôtaneries // 22.06.2019 à 17h34

    On aurait pu espérer voir citées les théories et les noms de Lasch (contemporain de MacIntyre, auteur de “La culture du narcissisme”), Nordau (“Dégénérescence”, qui décrit cela dès le XIXème siècle) et Marx (qui dénonce cela dans son manifeste même en 1848), qui critiquaient le procès libéral capitaliste comme locomotive de cet éclatement moral et social. Au XVIIIème siècle, Linguet avance la même critique. Clouscard dénonçait cela dès les années 1980 (“Critique du libéralisme libertaire”), liant le sociétal à l’économique, le second menant le premier et s’appuyant ensuite dessus. Michéa dresse le même constat (“L’empire du moindre mal”).
    Aussi n’a t’il pas fallu attendre Dreher pour faire ces constats et Crooke fait ironiquement ici montre d’un vice qui est dénoncé par MacIntyre, l’extrême actualisme de la modernité. L’article demeure intéressant, il y a néanmoins là plus qu’une ironie : cet extrême actualisme est idéologiquement chargé en faveur de l’interchangeable du procès critiqué, comme le dénonçaient Lefebvre et Barthes. Ainsi, MacIntyre et Saint-Benoît deviennent ils sous cette plume de simples “philosophes du passé” parmi tant d’autres sans signe distinctif sinon un apparent conservatisme (ne faisant pas honneur à la complexité des théories).
    Sinon, pour les anglophones, un débat entre Carlson Tucker et Ben Shapiro (deux conservateurs, sur youtube) a traité de ce problème, le premier reprenant cette critique et le second soutenant un libéralisme extrême aveugle à ce problème. C’est très à la mode dans le conservatisme outre atlantique, en ce moment.

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  • Marc Michel Bouchard // 24.06.2019 à 13h33

    Il n y a pas de culture ou de système social culturel idéal ou paradisiaque. La chrétienté porte dès le début de son histoire européenne les problèmes qui contribueront à son déclin à partir de la Renaissance et du schisme issu du protestantisme. L’humain est passé en Occident d’abord du monde des tribus ou petits clans comme chez les celtes anciens au développement fort de l’État comme Rome en a indiqué la direction impériale interne comme externe. Puis l’église après la Rome ancienne a repris en partie la structure de rayonnement central de Rome pour remplacer le pouvoir civil et spirituel en second par le seul pouvoir spirituel de ce que serait la Cité de Dieu appelée par Saint Augustin. L’église comme invention d’un clergé puissant et militant au fil des siècles a appuyé d’une façon les États devenus des royaumes en lutte contre d’autres féodalités, les communautés médiévales étaient redevables des seigneurs, du Roi et de l’église comme de nos jours les citoyens le sont d’entreprises qui leurs paient salaires ou de l’État comme fonctionnaires.

    L’être humain s’invente des destins de conceptions du monde en obéissant qui en fait sont le produit de minorités actives qui obligent à des aberrations comme le néolibéralisme actuel. Le collectif créé sa coercition: théocraties d’Orient ou comme le serait un régime écologique autoritaire ou autrement l’individualisme fait l’individu souvent dépourvu. L’humain est dans l’errance.
    Les idéologies de 2019 le prouvent.

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  • Marc Michel Bouchard // 24.06.2019 à 13h53

    Penser les cultures humaines comme un médecin d’autopsie trouve les causes de la mort dans les dépouilles mortelles. C’est une approche moderne sèche mais qui a l’utilité de démystifier les idéologies et en comprenant religions et sectes.

    C’est en pensant le rapport du type de sociétés avec la condition des individus, de personnes concrètes comme le fait le roman parmi les meilleurs ou le meilleur cinéma dramatique que l’on voit les réalités et qu’on se met à distance des millénarismes inquiétants qui comme la mondialisation utopique ne voit plus que des masses de populations manipulables à souhait faisant croire aux vertus idéologiques d’un individu d’autant mythique qu’il est mécanique et désincarné.

    L’option St Benoît est certes une option plus subtile que l’évangélisme du Sud des É.U, il reste que Shakespeare est plus lucide que la majorité des philosophes.

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  • Krystyna Hawrot // 24.06.2019 à 15h13

    En tout ca voilà un article utile qui amène de riches réflexions! Et pour une fois, aucune russophobie, mais au contraire une volonté de comprendre le “néoconservatisme” souverainiste russe, dans ce monde de folie. Un conservatisme qui a cela de particulier qu’il “conserve” les avancées les plus progressistes de l’URSS: la Russie n’a rien modifié du code la famille égalitaire soviétique, il n’y a aucune prohibition sexuelle, mais un encouragement constant à la responsabilité dans ce domaine. La contraception et l’avortement restent autorisés. Il y a un équilibre entre liberté individuelle et responsabilité sociale qui fait que les femmes ne sont pas les plus mal loties. Le nombre de femme russes occupant des postes à responsabilités dans l’Etat russe est visible.

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  • Glbert Gracile // 24.06.2019 à 18h05

    je pense effectivement que nous vivons une décadence similaire à l’Empire Romain… On ne peut pas sauver l’Empire… mais la disloquation des structures amène(ra) une nouvelle féodalité 2.0…. Par contre, contrairement aux communautés bobos actuelles, d’anarchistes et d’écolos, je pense que la vraie féodalité s’accompagnera d’un vrai renouveau spirituel… Cet article a l’avantage d’évoquer (très légèrement) cette dimension… En effet, Saint Benoit ne s’est pas “mis au vert” pour fumer des joints et planter des choux sur le Larzac… il s’agit d’un vrai renouveau spirituel… car les communautés d’aujourd’hui ne s’inscrivent pas réellement en dehors de l’ordre spirituel dominant, mais simplement en marge.

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  • Nicole de Nicomaque // 26.06.2019 à 00h21

    Quel étonnement de ne pas lire dans cet article que l’ésotériste italien Julius Evola était un fasciste italien notoire dont l’œuvre raciste inspira grandement le pouvoir Mussolinien, sans compter son influence non négligeable dans l’Allemagne Nazie. On lui doit notamment une édition italienne du torchon antisémite tsariste “les protocoles des sages de Sion “, de nombreux livres et de nombreuses conférences qui ont marqué les esprits exterministes de l’époque. Nous savions l’Empire US bien malade, mais si les “républicains” ne trouvent leur salut spirituel que chez cet ancien fasciste italien on se dit qu’ils sont encore plus malades que leur propre pays.

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  • Nicole de Nicomaque // 26.06.2019 à 00h22

    A vrai dire, cet article qui spécule sur une future guerre civile nord-américaine pour régler un vieux contentieux se perdant dans la nuit des temps fait froid dans le dos. L’auteur qui ne fait que rendre compte d’un débat intellectuel qui secoue les forces conservatrices du pays semble accréditer l’idée que bon nombre de ces fameux conservateurs sont complètement étranger à la tradition démocratique internationale et ne digèrent pas que cette idée essaime aux quatre vents. Sous couvert d’en appeler à ” Saint Benoit”, il semblerait plutôt que ceux-ci en appellent déjà fantasmatiquement à un sauveur suprême, un nouveau guide qui viendrait restaurer un ordre ancien , un ordre martial, immuablement hiérarchisé et ethno-centré. On se demande bien ce que cela peut encore vouloir dire dans un pays aussi créolisé que les Etats-unis d’Amérique ? Devons-nous comprendre que certains là-bas dans leurs délires névrotiques et leur paranoïa consommée nous concoctent déjà une ” solution finale ” d’un nouveau type ?

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  • Nicole de Nicomaque // 26.06.2019 à 00h27

    A l’heure où le Restaurateur & Président de la ” Maison Wasp ” joue dangereusement avec l’avenir de la planète, on se pince à la lecture de nature proprement ” extraterrestre ” de ce texte venu du lointain. Quid de la réalité politique présente et de la critique de la société militariste US qui s’amuse a mettre à feu et à sang la planète tous les trois ans ? Ce texte est finalement un tissu de délires ésotériques abscons et un déni en acte. Parler du sexe des anges est toujours bien plus facile que de se regarder en face. Le F.M.I et les marchés financiers peuvent continuer leurs grosses et petites affaires ; rien dans ce texte et ces débats loufoques pour la sauvegarde de la race pure US, ne viendra jamais les déranger. Bien au contraire.

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