Source : Le Soir, Jurek Kuczkiewicz , 11-12-2015

De nombreux pays militent pour un renforcement des pouvoirs de l’UE sur ses frontières extérieures.

Même s’il y est opposé, un Etat membre pourrait dans l’avenir se voir imposer l’intervention du futur corps européen de gardes-frontières. C’est l’élément le plus spectaculaire de la proposition que la Commission européenne va présenter la semaine prochaine. Le Soir a obtenu les grandes lignes de ce dispositif qui risque de susciter l’opposition de certains Etats de l’UE.

En fait : une refonte fondamentale. Et même un transfert de souveraineté de l’autorité ultime sur les frontières extérieures de l’UE. Ou plutôt de la zone Schengen. Aucun de ces documents n’a encore circulé, mais sur base d’informations obtenues auprès de plusieurs sources diplomatiques et européennes, Le Soir a pu dresser le schéma général du nouveau système – une révolution politique et opérationnelle – que va proposer la Commission Juncker.

Les limites du système

Le système actuel de gestion des frontières extérieures a montré ses limites. C’est l’avis de la Commission européenne, et de nombreux États, aujourd’hui particulièrement remontés contre la Grèce. Ce système est basé sur la souveraineté exclusive de chaque État membre sur ses frontières, le soutien volontaire des autres États membres en cas de besoin ou de problème, et est coordonné par une agence Frontex qui n’a aucun pouvoir opérationnel.

L’agence Frontex sera transformée en une véritable Agence européenne des frontières, dotée d’un pouvoir d’autorité publique. Un corps de réserve européen de 1000 à 2000 hommes sera constitué dans les différents Etats membres, et mobilisable en deux à trois jours. Et surtout : en cas de constat de déficiences graves à une frontière, l’UE pourra activer l’envoi d’une partie de ce corps, même si l’Etat membre « déficient » y est opposé. Il faudra une « majorité qualifiée inversée » au Conseil de l’UE (les gouvernements) pour bloquer cette intervention du corps européen sur le territoire de l’Etat concerné.

Un dispositif qui s’inspire de celui qui a été mis en place dans la nouvelle gouvernance économique et budgétaire de la zone euro. L’emprunt n’est pas fortuit. Dans l’esprit du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, les mêmes raisons qui après la crise de l’euro ont mené à soustraire la surveillance des grandes banques aux Etats, pour la confier à une institution de l’UE (la Banque centrale européenne), s’appliquent aujourd’hui : la crise migratoire et des réfugiés, devenue une crise de la zone Schengen, doit mener l’UE à reprendre, au moins partiellement, l’autorité finale sur ses frontières extérieures.

Source : Le Soir, Jurek Kuczkiewicz , 11-12-2015

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21 réponses à L’UE veut contrôler ses frontières, par Jurek Kuczkiewicz

Commentaires recommandés

Kiwixar Le 12 décembre 2015 à 06h26

Prochaines étapes :
– les forces de police et gendarmerie européennes, permettant d’intervenir dans tout pays ne respectant pas les traités européens (exemple : souhaitant quitter l’UERSS). Avec des chars, comme en Hongrie en 1956. Il faut obéir au Politburo
– un Mur pour séparer notre paradis Otanien de la Russie
– des médias qui mentent tout le temps (ah non déjà fait)
– le logement gratuit, l’éducation gratuite, l’emploi garanti (euh, bon, pas tout de suite, ça créé trop de CO2)

  1. Kiwixar Le 12 décembre 2015 à 06h26
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    Prochaines étapes :
    – les forces de police et gendarmerie européennes, permettant d’intervenir dans tout pays ne respectant pas les traités européens (exemple : souhaitant quitter l’UERSS). Avec des chars, comme en Hongrie en 1956. Il faut obéir au Politburo
    – un Mur pour séparer notre paradis Otanien de la Russie
    – des médias qui mentent tout le temps (ah non déjà fait)
    – le logement gratuit, l’éducation gratuite, l’emploi garanti (euh, bon, pas tout de suite, ça créé trop de CO2)


    • Alfred Le 13 décembre 2015 à 00h14
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      Oui la seule phrase intéressante de ce texte est la première. Elle dit tout du but réel et fait penser an cette célèbre phrase: “la fin ne justifie jamais les moyens mais les moyens dénoncent toujours la fin”.
      Déploiement contre la volonté d’un état membre…
      En vérité si un état membre est “défaillant” la solution européenne logique serait de le cordonner avec frontex et de le sortir de shengen, pas d’amener une force sur son territoire contre son gré! Qu’attendent t ils? La prochaine épreuve de force où une armée nationale baisserait les bras sous la pression des politiques face à une force extérieure? Bref la fin pour de vrai de la souveraineté. Cette mesure est le plus grand pas vers la guerre en Europe depuis que l’UE existe. L’Europe c’est la guerre.


  2. pucciarelli Le 12 décembre 2015 à 06h54
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    Détruire les frontières de l’UE en faisant semblant de les renforcer:
    L’autoritarisme et le déni de la démocratie sont devenus des caractéristiques majeures de l’UE. Symboliquement, ces technocrates sans talents sont de plus en plus assimilables à une oligarchie, une “noblesse”, hors sol, et la “construction européenne” à la construction d’un état à la mode monarchie française, friande des régions qu’elle a englobées au fil des siècles. Sauf qu’en la matière, il existe une différence de taille: les souverains français travaillaient pour leur propre compte. Les instances de l’UE pour un suzerain “lointain” et omniprésent, les Etats Unis. Cette marche forcée vers le fédéralisme s’apparente de plus en plus à une politique d'”occupation”, dont le but est d’arrimer les états vassalisés à un effort de guerre économique et de suprématie géostratégique initié par un état étranger. Gageons que le l’objectif de cette nouvelle stratégie suite à la faillite de Schengen est moins de protéger les frontières de l’UE que de “tenir” très concrètement les lisières du Grand marché, au moins pour interdire aux états concernés de faire frontière quand en haut lieu on désire agréer l’arrivée de centaines de milliers de migrants. A quand une force d’intervention pour museler militairement toute remise en cause de l’establishment?


  3. Le Yéti Le 12 décembre 2015 à 07h01
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    Mouais, Frontex (rien que ce nom, je vous jure !), c’est un peu la Rome décadente de Néron cherchant à retenir les barbares. (À la fin, c’est les “barbares” qui gagnent.)


    • TienTien Le 13 décembre 2015 à 13h50
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      Cher Yéti, quel plaisir de vous retrouver ici !

      Quelle époque exaltante nous vivons: assister en direct à l’écroulement bis de Rome c-à-d de ce cher Occident qui se proclame sans cesse et sans honte “la communauté internationale”.
      Les colonnes du temple vacillent dangereusement…


  4. Alain Le 12 décembre 2015 à 07h15
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    Pourquoi le contrôle par l’UE elle-même?

    – restreindre l’accès en refoulant immédiatement réfugiés et migrants, je n’y crois pas un instant avec le droit-de-l-homisme

    – obliger les pays déjà affaiblis de la périphérie s’en occupent pour préserver les pays riches du centre, c’est effectivement la stratégie de l’UE

    Elle est belle la solidarité !


    • V_Parlier Le 12 décembre 2015 à 21h10
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      Et qu’en je pense qu’ils ont tous hurlé après la Hongrie !
      Je crois rêver…


  5. jules Le 12 décembre 2015 à 08h11
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    « Un corps de réserve européen de 1000 à 2000 hommes sera constitué dans les différents États membres, et mobilisable en deux à trois jours. »

    Défense de se rouler par terre en se payant la rigolade du siècle…

    Treize mille kilomètres de frontières terrestres à surveiller : bien du plaisir !… À concurrence d’une paire de gardes-frontières tous les cent mètres répartis en trois équipes sur vingt-quatre heures, plus les réserves maladie, fonctions d’administration et interventions renforcées, cela donne au bas mot sept à neuf cent mille chômeurs à engager. Et je ne dis rien, ici, ni des effectifs ni des chasseurs F-35 Lightning à missiles catastrophes des légions FRONTEX… Les rotatives à papier chiottes de la BCE vont tourner plus vite que le V6 turbo de la F-1 Mercedes avec Hamilton dedans.

    Pour la Méditerranée, pas de problèmes. C’est une marmite et il suffira de la faire bouillir vingt-quatre heures sur vingt-quatre à cent trente degrés comme le jet de vapeur d’une lance Karcher. En plus gros, bien sûr.

    Reste quand même l’Atlantique à verrouiller depuis de détroit de Gibraltar jusqu’au très joli Svinesundbroen de Halden. Je n’ai pas calculé la longueur en tenant compte des diverses petites criques et autres enclaves qui en parsèment les côtes ; mais à vue de tarbouif, ça doit faire beaucoup. Ceci dit, l’UE pourra toujours exercer une traction sur ladite côte, la tendre comme un fil à plomb et envoyer dedans un courant électrique à très haute tension. Des volts en vrac comme des idées de génie qui sortent de la dive bouteille de Jean-Claude. On pourrait alors surnommer l’UE « la chaise électrique » et ce serait génial pour l’image de marque. Surtout en prévision du TAFTA, pendant la grande bamboche altermondialiste de Hallowenoël (du 31 octobre au 25 décembre).

    Par respect pour la démocratie, je conseillerai quand même la boîte à idées façon Claude Piéplu dans La Meilleure Façon de marcher. Avec un peu de chance, l’UE tombera sur une suggestion de concours de bites. Une aubaine pour Jean-Claude, Frans, Federica, Kristalina, Andrus et toute la fanfare oumpah pah du Berlaymont qui — ça n’engage que moi — donnent l’impression de se divertir déjà depuis des lustres avec nos coucougnettes .


    • JaySWD Le 12 décembre 2015 à 11h25
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      @Jules.
      Il y a du Audiard dans votre propos,quel talent! !


  6. Patrick Luder Le 12 décembre 2015 à 09h47
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    Si les frontières intérieures sont abolies, il est normal que la responsabilité des frontières extérieure devienne commune !


  7. cording Le 12 décembre 2015 à 10h35
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    Comme d’habitude ce sera trop peu et trop tard. Parce que la sécurité des frontières c’est de la dépense publique tellement mal vue par les dogmes des bureaucrates bêtes et stupides qui gouvernent cette désunion européenne.


  8. Wilmotte Karim Le 12 décembre 2015 à 11h11
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    Ou alors, nous assistons à la naissance d’une nation souveraine. L’UE.


    • cording Le 12 décembre 2015 à 12h44
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      Au pays des rêves, la vie est belle !


  9. Ananass Romanoff Le 12 décembre 2015 à 11h37
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    Oui, oui, toujours intéressants les propos de ce sombre et servile pseudo-journaliste euro-propagandiste qui avait notamment applaudi de sa plume enfumeuse dans le journal Le Soir (bien connu du bruxellois que je suis) le dénouement de la crise grecque l’été dernier.


  10. Louis Robert Le 12 décembre 2015 à 13h20
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    “La contrainte, c’est la coopération.”

    “L’invasion, c’est la libération.”

    “L’occupation, c’est la liberté.”

    “L’emmurement, c’est la fraternité.”

    “La guerre, c’est la paix.”

    “Le mensonge, c’est la vérité.”

    … et …

    “Je suis George Orwell.”


  11. Bruno Le 12 décembre 2015 à 14h08
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    Impressionnant cet article. Il trouve parfait que les Etats soient dépossédés de leur prérogatives. Pure propagande européiste. Je me réjouis de voir les policiers allemands aller garder les frontières grecques. Des questions: Comment vont-ils obliger les récalcitrants à faire respecter cet accord? Les Danois seront-ils concernés, eux qui viennent de refuser plus d’intégration européenne?
    https://beerblogsite.wordpress.com/


  12. Vinnie Reb Le 12 décembre 2015 à 14h27
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    Ce n’est pas très clair : c’est 1,000/2,000 hommes pour toute l’UE – ou bien 1,000/2,000 par Etat ? Dans le premier cas, c’est plutôt maigre, même si l’on cible un seul pays (au hasard… la Grèce ?). Dans le second cas, cela ferait une force entre 28,000 et 56,000 hommes, et là, c’est plus sérieux… et donc plus inquiétant.
    Ce serait bien d’éclaircir la chose. Histoire qu’on se prépare le jour où une telle armée retournera ses armes de l’extérieur vers l’intérieur, c’est-à-dire nous autres !
    Un abandon de souveraineté – un de plus – qui a lieu dans un silence assourdissant. Comme pour les autres abandons bien évidemment.


    • Louis Robert Le 12 décembre 2015 à 18h38
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      Maigre ou plus sérieux, c’est le précédent qui fait foi de tout!

      Ah! la force de ces petits pas que l’on n’entend même pas…


  13. Louis JULIA Le 12 décembre 2015 à 19h20
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    “aujourd’hui particulièrement remontés contre la Grèce.” Qui a totalement appauvri la Grèce? Et on voudrait maintenant qu’elle renforce ses effectifs policiers ou militaires pour contrôler les arrivées de migrants venant de Turquie?


  14. Krystyna Hawrot Le 12 décembre 2015 à 19h33
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    Prochaine étape: soldats allemands patrouillant à Athènes, à Paris et aux frontières de la Pologne. La Pax Germanica, on va adorer!
    Derrière les USA qui n’ont même pas besoin de se salir les mains leur valet se charge de tenir les esclaves tranquilles…
    Il faudra en arriver là je pense hélas pour que les peuples voient de visu ce que cela veut dire, l’UE…


  15. Andrae Le 12 décembre 2015 à 19h55
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    Sur la frontière Franco-Suisse, entre l’UE et le non-UE. Env. 300,000++ frontaliers (des personnes domiciliées en France, Allemagne, etc. qui viennent en CH tous les jours pour bosser), nombre est sous-estimé.

    Proche de *160 mille* viennent en Romandie francophone. Depuis la France. Tous les jours, aller-retour, en bagnole. Le traffic dans l’autre sens est inexistant. Il y a bien sur plusieurs points d’entrée mineurs, type une seule voie à partager dans un village, mais un seul (pour la Romandie au bout) point autoroutier, la douane de Bardonnex.

    un article sur cette douane:

    http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/L-Etat-va-desengorger-la-douane-de-Bardonnex/story/31740270

    Quatre jours après les attaques à Paris, ont été recu des ordres, non pas pour fermer la frontière, mais pour faire des contrôles. (Presse locale.)

    Controller qui, quoi, pourquoi? En temps normal, les contrôles sont moins de 1%, lire 1/1000, c’est l’espace Schengen, ouvert..

    Le but de la France – selon la presse locale – était d’augmenter les controles…à 2%!

    Résultat: un embouteillage hallucinant (car déjà le traffic qui passe est ‘trop’ pour les routes, passages, voies, etc.) qui a complètment paralysé tout, y compris l’autoroute.

    Des gens étaient coincés 2, 3 heures en voiture. Un chien a été tué, son proprio l’a laissé sortir, pour besoins, puis la file a avancé, 10 mètres dans un mouvement d’accordéon, et paf le chien s’est fait écrabouillé. Les médias ont adoré!

    Déjà depuis longtemps une partie de la bande d’urgence est ouverte aux voitures de particuliers, ceux qui s’évanouissent ne peuvent pas être secourus, sauf par…hélicoptère!

    Controller cette frontière, à seul 3% des passages, ce qui ne sert bien sur absolument à rien, implique sa femeture, la fluidité est compromise, une petite entrave provoque un effet de seuil et bloquage. Personne ne peut l’accepter. Car le circuit économique (déjà très difficile pour les travailleurs frontaliers) compte sur une arrivée à l’heure ou proche…

    lien stats officiels des la Conféderation CH sur les frontaliers:

    http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/03/02/blank/key/erwerbstaetige0/grenzgaenger.html

    Saudian Arabian Airlines vole de Riyad à Paris. Si chaque passager était controllé rigoureusement, et à quoi bon, selon quels critères, etc. cela provoquerai des imborglios insupportables, sans mentionner la fureur du pays ciblé.

    Bon FRONTEX n’agit pas dans ces cas là…juste contre des corps, considérés comme des détritus, des non-personnes, etc.


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