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9.décembre.20179.12.2017 // Les Crises

Syrie-Genève : retour à la case départ, par Richard Labévière

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Source : espritsurcouf.fr, Richard Labévière, 04-12-2017

Pause jusqu’à mardi dans la Cité de Calvin pour la suite des négociations entre l’opposition et le gouvernement syriens. Mais la délégation officielle laisse planer le doute sur son retour à Genève après des déclarations « provocatrices » à l’encontre de Bachar al-Assad. « Nous repartons demain (…) et c’est à Damas de décider » si la délégation doit revenir mardi comme l’a proposé le médiateur de l’ONU Staffan de Mistura, a déclaré ce vendredi aux journalistes Bachar Al-Jaafari, ambassadeur de Syrie aux Nations unies à New York et négociateur en chef du gouvernement syrien.

Staffan de Mistura a annoncé que cette huitième session de pourparlers, qui a débuté mardi dernier, allait faire une pause de trois jours et que les discussions reprendraient mardi prochain pour durer jusqu’à la mi-décembre. Parlant aux journalistes à l’issue d’un entretien avec le médiateur de l’ONU, M. Jaafari a critiqué l’opposition pour son « langage provocateur, irresponsable » au sujet du sort du président Al-Assad. L’opposition a de nouveau réclamé, publiquement le départ du chef de l’Etat syrien avant tout règlement politique du conflit. « Ceux qui veulent imposer des conditions préalables ne sont pas réalistes. Il y a une réalité politique sur le terrain, nous sommes le camp fort et notre armée gagne face aux terroristes », a ajouté Bachar al-Jaafari.

Au cours d’une conférence de presse jeudi soir, Staffan de Mistura a affirmé que la question du sort du président Assad ne faisait pas partie des sujets discutés. « Ce sera aux Syriens de décider dans les élections supervisées par l’ONU », a-t-il précisé. Depuis 2016, ce n’est pas moins de sept cycles de pourparlers qui ont été organisés par Staffan de Mistura. Désormais, il cherche à centrer les discussions de Genève sur la rédaction d’une nouvelle constitution et l’organisation d’élection législatives sous supervision internationale.

 

DOUZE POINTS CENTRAUX

Vendredi soir, Staffan de Mistura a rendu public une nouvelle version d’un document en « douze points centraux ». « Ils sont essentiels parce qu’ils renvoient à ce que pourrait être une vision partagée du genre de Syrie où les Syriens voudraient vivre », a expliqué le représentant de l’ONU qui a soigneusement évité d’entrer dans les détails. En fait, il s’agit de notions très générales et génériques – intégrité nationale, souveraineté, égalité hommes-femmes, respect de toutes les religions, multiethnicité, etc. – qui ne peuvent être refusées ni par l’opposition ni par le régime, d’autant que rien de précis n’est évoqué pour leur mise en œuvre.

« Depuis les toutes premières discussions, il y a cinq ans, ces points ont fait consensus, et il n’y a rien de bien nouveau », regrette un diplomate européen. Les discussions des quinze prochains jours devraient porter sur l’application de la résolution 2254 du Conseil de sécurité de décembre 2015. Elle prévoit notamment une transition, sans que le départ de Bachar Al-Assad soit un préalable, l’élaboration d’une nouvelle constitution, puis la tenue d’élections sous le contrôle des Nations unies.

Entre opposition et gouvernement syrien, les positions restent pourtant diamétralement opposées sur ces différents points. En position de force sur le plan militaire, le gouvernement n’acceptera que quelques ajustements de façade. La problématique des élections, et surtout la question des participants, est tout aussi cruciale alors qu’il y a sept millions de Syriens réfugiés à l’étranger et autant de déplacés à l’intérieur du pays. Dans tous les cas de figures, « c’est un retour à la case départ, comme s’il n’y avait jamais eu aucun progrès sur rien », commente un ambassadeur européen en poste à Genève. La faute à qui ?

 

L’ARABIE SAOUDITE SERRE LES BOULONS !

Cruelle évidence pour les poètes disparus des « révolutions arabes », Bachar al-Assad a gagné la guerre ! Et sur le terrain, les services spéciaux syriens ont redoublé d’activité pour débaucher nombre de groupes armés, proposant des libérations de prisonniers, voire des amnisties plus ou moins avantageuses. Cette série de défections a, aussi affecté les différentes structures de l’opposition politique. Dernièrement, la jonction opérée par l’armée gouvernementale syrienne et les forces spéciales irakiennes sur la frontière syro-irakienne à l’est du pays (une bande de 650 kilomètres entre la Jordanie et la Turquie) a, brusquement concrétisé la hantise des pays sunnites de la région : l’établissement du « couloir chi’ite » tant redoutée par le petit roi Abdallah de Jordanie : une continuité territoriale entre l’Irak, la Syrie et l’Iran avec une transversale libanaise…

Par conséquent, le jeune prince-héritier saoudien Mohamad Ben Salman (MBS) – déjà engagé dans son coup d’Etat intérieur pour concentrer la totalité du pouvoir de la monarchie wahhabite entre ses seules mains – a sonné le rappel des groupes de l’opposition syrienne à Riyad pour serrer les rangs. Et, effectivement, l’opération « serrage de boulons », comme on l’appelle à Genève a, relativement bien fonctionné. Cent cinquante dissidents, représentant différentes sensibilités de la nébuleuse anti-Assad, des plus intransigeants aux plus conciliants, ont été contraints par les Saoudiens, de former une délégation unie de trente-six membres. Les plates-formes du Caire et de Moscou, deux formations très critiques de l’insurrection, qui faisaient jusque-là bande à part, ont été intégrées au nouvel organe, baptisé « Comité des négociations », qui remplace le Haut comité des négociations, établi en décembre 2015.

Ainsi, on a vu réapparaître Madame Basma Kodmani, comme porte-parole de cette nouvelle structure, alors qu’elle avait démissionné du Conseil national syrien (CNS) le 28 août 2012, déplorant notamment que « le CNS ne travaille pas bien avec les autres groupes d’opposition ». Proche du Qatar et des Frères musulmans, cette ancienne collaboratrice de la Fondation Fordau Caire, a été, des années durant, la « secrétaire » de Patrick Seal, officiellement journaliste et résident parisien des services britanniques du MI-6. En 2008 et 2012, elle participe aux réunions du Groupe Bilderberg en compagnie de Bernard et Christine Kouchner, ainsi que de plusieurs ministres du cabinet israélien de Benjamin Netanyahou.

Sa sœur, Hala Kodmani reprend aussi du service. Egalement membre à part entière du CNS, elle répond, depuis plusieurs années, au qualificatif de « grand reporter » et « envoyé spécial » en Syrie pour le quotidien Libération. Elle a publié plusieurs fascicules au éditions Acte Sud, dans la collection de Farouk Mardam-Bey, financée par quelques généreux donateurs du Qatar… Cette « journaliste » très particulière s’est aussi spécialisée dans la recherche et la délation de ses confrères qui ne partagent pas sa lecture dualiste d’une guerre civile qui opposerait de gentils révolutionnaires au sanglant dictateur. Cette approche simpliste plait beaucoup à la rédaction en chef de Libération qui se plait à présenter sa « journaliste-activiste » comme une grande experte de la région.

Aux ordres de Riyad, tous ces braves gens partagent toujours la même condition initiale à l’avancée des négociations : le départ de Bachar al-Assad, préambule pourtant abandonné par les chancelleries occidentales. Appelant ces opposants à « un peu plus de réalisme », Staffan de Mistura vient de leur rappeler qu’ils « n’avaient pas gagné la guerre… » Derrière une unité de façade, les trente-six membres du Comité des négociations n’en continuent pas moins à se distribuer les portefeuilles ministériels d’un improbable futur gouvernement de transition.

 

L’OPPOSITION RESTE DIVISÉE

Derrière cette agitation, les clivages demeurent entre différentes factions qu’on peut regrouper en cinq composantes :

1) La Coalition nationale syrienne (CNS) : Cette organisation, basée à Istanbul et dont les cadres vivent tous à l’étranger, dispose de huit sièges au sein du Comité des négociations. Formée fin 2012 au Qatar, elle amalgame des « libéraux », comme Riyad Seif, son président actuel, et des islamistes, proches des Frères musulmans, comme Ahmed Ramadan. Longtemps parrains de la CNS, dont ils ont encouragé le jusqu’au-boutisme, les grands pays occidentaux et leur alliés arabes ont peu à peu pris leurs distances vis-à-vis d’elle, du fait de la résilience inattendue du régime syrien et de la montée en puissance des forces jihadistes au sein de la rébellion. Aujourd’hui la Coalition est la formation de l’opposition qui oppose la plus grande résistance aux pressions ouvertes ou implicites de la communauté internationale en faveur d’un maintien au pouvoir de Bachar Al-Assad durant la phase de transition. A peine arrivé à Genève, le chef du Comité des négociations, Nasser Al-Hariri, qui est membre de la CNS, a ainsi réaffirmé que le président syrien devrait quitter le pouvoir en prélude à tout règlement du conflit.

2) Le Comité de coordination nationale pour le changement démocratique (CCNCD). Cette organisation, basée à Damas, et dont les dirigeants vivent en Syrie ou bien à l’étranger, dispose de cinq sièges au sein du Comité des négociations. Fondée en 2011, dirigée par l’avocat damascène Hassan Abdel Azim, elle est composée d’une dizaine de petits partis, pour la plupart de gauche, souvent imprégnés d’idéologie nationaliste arabe.

3) La plate-forme de Moscou. Ce groupe formé en 2015, sous la tutelle du Kremlin, dispose de quatre sièges au sein du Comité des négociations. Il est composé de figures proches du régime Assad, comme son chef, Qadri Jamil, un ancien vice-premier ministre, limogé en 2013, qui à l’époque où il était au pouvoir considérait les révolutionnaires comme des « agents de l’étranger ». Les autres composantes du Comité des négociations.

4) Les inclassables. le Comité des négociations comprend des représentants de deux autres groupes : les brigades armées, qui disposent de sept sièges, et les indépendants, qui en ont obtenu huit. Les premiers sont proches des positions de la Coalition nationale syrienne. On trouve dans leurs rangs Mohamed Allouch, ex-chef de la délégation de l’opposition lors des négociations tenues en février-mars, qui est le conseiller politique de Jaysh Al-Islam, une formation armée salafiste, implantée dans la banlieue de Damas. Parmi les Indépendants, on trouve des opposants de diverses obédiences. L’un d’eux, Khaled Al-Mahamid, un homme d’affaires impliqué dans la négociations de cessez-le-feu locaux, a fait scandale au mois d’août, en déclarant que le régime avait gagné la guerre et qu’il était temps pour l’opposition de changer d’approche.

En attendant la reprise des pourparlers de Genève, Moscou pousse aussi à la recherche d’un règlement politique. La Russie entretient deux processus parallèles : celui d’Astana (Kazakhstan), lancé lors de la libération d’Alep en décembre 2016, afin d’avancer sur les questions militaires – consolidation des cessez-le-feu et élargissement des zones de désescalade, échanges de prisonniers et reddition de factions armées ; celui de Sotchi (sud-ouest de la Russie) pour préparer un « Congrès du dialogue national », avec l’ensemble des acteurs liés au conflit, davantage centré sur les questions de reconstruction politique et économique.

 

DES CHINOIS EN MÉDITERRANÉE

Poussant ces différentes initiatives, Moscou s’empresse conjointement de rassurer la « communauté internationale » en soulignant que les efforts engagés, tant à Astana qu’à Sotchi, « doivent servir la médiation principale des Nations unies et le travail exemplaire de Staffan de Mistura ». En effet, aux différents niveaux de cette négociation complexe, Moscou parle de plus en plus de la « reconstruction », d’ores et déjà en cours !

D’après l’ONU, il faudra au moins 250 milliards de dollars pour reconstruire la Syrie. L’envoyé spécial de la Chine pour le conflit syrien a annoncé vendredi à Genève que son pays était « prêt » à participer à la reconstruction, « sans condition préalable », lorsque la sécurité sera garantie. « La Chine se tiendra prête à participer à la phase de reconstruction lorsqu’elle commencera et le gouvernement chinois va encourager les entreprises chinoises à entreprendre des projets sur place «, a déclaré Xie Xiaoyan.

Ces derniers jours, les observateurs militaires ont remarqué l’arrivée de plusieurs centaines de soldats chinois dans le port syro-russe de Tartous en Méditerranée orientale. Ce port militaire abrite, désormais une base chinoise à partir de laquelle, frégates, bâtiments de projection amphibie et ravitailleurs chinois croisent en Méditerranée pour passer le détroit de Gibraltar, afin de rejoindre l’Atlantique nord, le Grand nord Arctique, la mer de Béring et… la mer de Chine méridionale.

En effet, l’une des conséquences stratégiques majeures de la guerre civilo-globale de Syrie et des difficultés, sinon des fautes des diplomaties occidentales dans ce conflit, est le retour opérationnel de la Russie et l’apparition de la Chine en Méditerranée…

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Source : espritsurcouf.fr, Richard Labévière, 04-12-2017

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Commentaire recommandé

basile // 09.12.2017 à 06h30

Et pendant ce temps, le grand public français reçoit sa dose de propagande même dans ce qui pourrait être le plus apolitique des média, le programme télé.

Je cite Télé Poche du 7 décembre :

Bachar El Assad, le pouvoir ou la mort.

« Présenté aujourd’hui comme un dictateur sanguinaire et sans scrupule …. Il s’avère que le docteur Bachar a vite fait place à mister El Assad, un homme à la double personnalité qui pour maintenir son clan (sic) n’a pas hésité à faire feu sur son propre peuple (sic) »

Rien, comme pour Maidan, sur l’implication de nos bons amis

20 réactions et commentaires

  • basile // 09.12.2017 à 06h30

    Et pendant ce temps, le grand public français reçoit sa dose de propagande même dans ce qui pourrait être le plus apolitique des média, le programme télé.

    Je cite Télé Poche du 7 décembre :

    Bachar El Assad, le pouvoir ou la mort.

    « Présenté aujourd’hui comme un dictateur sanguinaire et sans scrupule …. Il s’avère que le docteur Bachar a vite fait place à mister El Assad, un homme à la double personnalité qui pour maintenir son clan (sic) n’a pas hésité à faire feu sur son propre peuple (sic) »

    Rien, comme pour Maidan, sur l’implication de nos bons amis

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  • daniel // 09.12.2017 à 07h07

    Les Kurdes ? N’ ont pas droit aux négociations ? Pas de paix pour eux ? étant entendu que le terme Kurdes comprend d’autres composantes, dont chrétiennes.

    Les Turcs: que font-ils en Syrie ? En quoi l’occupation de 2 zones de Syrie par les Turcs est-il un gage de paix ?

    2 séries de questions mineures sans doute…

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  • Fritz // 09.12.2017 à 08h14

    Eh oui, la roue a tourné… Qui oserait parler maintenant du Printemps arabe ? C’est l’hiver pour BHL, celui qui déclarait “Bachar est le prochain sur la liste” alors que le cadavre de Kadhafi palpitait encore ; l’hiver pour Fabius, qui avait annoncé “des défections spectaculaires à la tête du régime” en août 2012 ; l’hiver pour les journaleux, qui ont rivalisé dans l’intox.

    Quant au “grand public français”, @basile, il n’a que ce qu’il mérite. Au lieu de rouspéter, il ferait mieux de contester vraiment le système qui détruit son pays. Au lieu de s’abrutir de futilité, il ferait mieux de s’informer. Mais on ne fait pas boire à un âne qui n’a pas soif.

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    • basile // 09.12.2017 à 15h25

      Fritz : le grand public a un métier, souvent pointu, souvent harassant. Et quand il rentre à la maison, on ne va pas lui demander en plus de sa journée de travail, d’avoir les compétences des journalistes pour faire le travail qu’ils ne font pas.

      est-ce qu’on demande aux journalistes, après leur journée de « travail », d’avoir les compétences du peuple, de réparer leur télé, leur voiture, faire leurs peintures, leur plomberie ?

      la bataille n’est pas équitable

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      • Fritz // 09.12.2017 à 16h40

        Oui, vous avez raison. Le grand public moins coupable de sa désinformation que les journaleux qui lui bourrent le crâne, ceux de Télé Poche y compris. Sans oublier la vie absurde et abrutissante qu’on nous impose.

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      • David D // 09.12.2017 à 19h36

        Le grand public pousse des cris d’orfraie quand on veut l’informer. Il veut rester assis sur ses convictions. Moi, ça ne marche pas trop l’argument du “je suis fatigué, je rentre du boulot, donc je néglige mes gosses, je néglige la politique.”

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        • bluerider // 10.12.2017 à 04h09

          J’ai, parmi mes ami(e?)s, une femme professeur(e?) de français, angliciste, conseillère municipale, militante PS, qui vit dans une gentilhommière restaurée avec un goût aussi exquis que les noix de son jardin, à qui j’ai entrepris, sans doute maladroitement, de faire comprendre que la réalité du terrain est plus complexe que ce que veulent bien nous raconter nos journaux… elle s’est désabonnée de ma page FB, et m’a lancé un jour (sic) “Mais je sais tout cela… mais je ne veux pas le savoir”… Aller repêcher Assad à ses yeux équivaut à nier l’existence des chambres à gaz, ou un truc du genre… Une autre de mes amiE?s, universitairE? thésarde angliciste, militante ATAC et pro-palestinienne engagée, s’ingénie avec un art consommé, à contourner les problèmes que je soulève lorsque nous discutons, et à replacer toujours la discussion, sur un terrain connu, le plus souvent des luttes sociales le tout sans doute par politesse ou par patience…

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  • Alfred // 09.12.2017 à 08h20

    – les kurdes et leurs alliés arabes: un certain nombre de milices arabes locales alliées des kurdes ont déjà fait défection pour rejoindre l’armée syrienne (dont une pas plus tard qu’hier). Les kurdes syriens vont rejoindre à terme l’état syrien et leurs unités former des unités de l’armée syrienne. La question quand dépend surtout du comment et du degré de fédéralisme accordé (mais l’état syrien restera formellement uni). Les cartes des kurdes sont notamment leurs (relative) force militaire, leur occupation des zones les plus riches en hydrocarbures, et l’appui (retors mais “fiablement” prêt à peser sur l’Iran et la Turquie) des americains.
    – les Turcs: ont accepté devant les russes et les iraniens l’idée d’une Syrie unie. Après avoir soutenu à bout de bras les islamistes de tous poils ils permettent le recyclage de certains d’entre eux mais surtout leur présence en Syrie vise à affaiblir les kurdes et à s’assurer que les kurdes soient le plus faibles possibles dans la future fédération (pas comme en irak). Car contrairement à l’Irak ils n’ont pas d’alliés mais des ennemis chez les kurdes de Syrie (cadres du pkk et réfugiés ping pong). (Bien que l’ancien porte parole des kurdes ait fait défection chez … les Turcs).

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    • Alfred // 09.12.2017 à 08h20

      Bref on va vraiment vers une solution négociée maintenant que tout le monde à (presque) fini de prendre (ou perdre) ses atouts. C’est une négociation multilatérale ou A cède à B pour obtenir de C (et ainsi de suite). Une négociation à quatre (acteurs etatiques locaux majeurs) plus des acteurs secondaires (acteurs locaux non étatiques ou états parrains).

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      • daniel // 09.12.2017 à 10h12

        Merci pour vos infos.

        Les Russes font amis-amis avec les kurdes et proposent aux Irakiens leur aide ( aérienne, je suppose) par l’intermédiaire de la Coalition (98% US). Le monde à l’envers, si on oublie que les USA n’ont pas d’allié dans la région ( Nord Syrie et frontière nord Irak-Syrie). Les Kurdes n’en sont pas. Il est beaucoup plus simple de considérer que les forces Kurdes ont utilisé les USA. Ils ont d’ailleurs peu en commun, sauf extirper Daesh. N’ont plus qu’à partir…

        L’affaire Talal Silo est troublante. Les YPG lui ont rendu hommage pour ses bons et loyaux services et le disent victime d’un chantage turc.

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        • Chris // 09.12.2017 à 12h02

          La récente reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël ravive le nationalisme arabe et ressert les rangs : un événement propice à l’intégrité du Syrak.
          Les Américains ne comprennent décidément pas grand chose au Moyen-Orient, bien que chaperonnés par les Britanniques… ou bien le Moyen-Orient martyrisé est-il en train de prendre conscience de sa mise à mort, affaibli par sa diversité ?
          A remarquer aussi les réactions agitées des Talibans afghans laissant présager que les US vont aussi connaître les délices des Soviétiques.
          Une chose est sûre : si Al Assad survit aux négociations, les apatrides syriens gobergés par les Occidentaux n’ont aucune chance aux élections nationales, voire régionales. Et ils le savent, d’où leur insistance, financée par le Calife saoudien MbS.

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        • Chris // 09.12.2017 à 12h33

          Talal Silo relate à l’AA les dessous de la relation entre Washington et le PYD/PKK
          http://aa.com.tr/fr/monde/talal-silo-relate-%C3%A0-laa-les-dessous-de-la-relation-entre-washington-et-le-pyd-pkk/988066
          “La vraie raison de la création du FDS, c’est les Etats-Unis.
          Cette entité a été lancée aux yeux du monde, comme une force libératrice et un rempart contre le terrorisme, mais nous avons constaté qu’il n’en était rien. Un accord entre les Etats-Unis et Cilo a facilité l’évacuation des membres de l’organisation terroriste de Daesh. Les populations de la région sont soumises à de fortes pressions, des maisons sont détruites. Le peuple est en panique, même ceux dans les camps ne sont pas épargnés”.

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          • daniel // 09.12.2017 à 14h49

            ‘La vraie raison de la création du FDS, c’est les Etats-Unis.’ : l’idée est américaine, plus précisément du commandement des forces spéciales US. Permet de mettre en retrait les Kurdes avec un gros tapage sur la composante arabe. Permet aussi de ‘tromper’ le satrape d’Ankara : “Nous n’armons pas les Kurdes mais les FDS” .

            Mais le reste de vos infos -ce que j’en ai compris- relève de la guerre informative, telle celle de la BBC: contrairement à ce qu’elle raconte, les kurdes n’ont pas permis à des daéshiens de fuir Raqqa en masse. 270 locaux se sont rendus, dont des blessés, filtrés et pris en charge par les chefs de tribus locales.

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  • gracques // 09.12.2017 à 08h25

    Vu de l’hexagone……

    Disparition de notre diplomatie au ‘levant’ Libano syrien
    Apparition de MILITAIRES chinois dans ce même levant.

    Gestion absolument ‘geniale’ de nos dirigeants de cette crise…..

    Notre avenir au XXI siecle , De ‘finlandais’ du XXEME siècle pour les USA nous allons passer au statut de ‘Polonais’ du XIX pour les futurs grands en pire !

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    • Louis Robert // 09.12.2017 à 15h56

      Ultimement, surtout dans notre monde post-moderne, la loi du rendement négatif s’impose impitoyablement, assignant sa limite incontournable, insurmontable, à notre rapacité. Même l’Empire über alles n’y échappe pas. Nos BHL, visionnaires, ne peuvent que s’en réjouir.

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  • francois Marquet // 09.12.2017 à 08h50

    Non seulement les chinois avancent leurs pions, ce qui est normal, mais ils ils ne font que revenir: n’oublions pas qu’ils ont dû en 2011 évacuer 35 000 de leurs citoyens de Libye en urgence
    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/03/05/97001-20110305FILWWW00355-les-chinois-ont-ete-evacues-de-libye.php avant l’attaque illégale de la coalition USA/France/GB
    http://www.afrique-asie.fr/938-2/

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  • francois Marquet // 09.12.2017 à 08h59

    Et quand les occidentaux auront compris que chaque fois qu’ils bombardent, il payent la démolition de ce qui sera reconstruit par des Chinois…on aura progressé vers la paix!

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    • Chris // 09.12.2017 à 12h22

      Mais, ils ont parfaitement compris. C’est bien pourquoi ils bombardent et avancent les pions de l’opposition, leur représentants de commerce !
      La guerre est le commerce le plus juteux qui existe. Vous vendez deux fois : pour détruire puis pour reconstruire.
      Bayer-Monsanto a réuni sous un même toit ce grand principe : vente de molécules homicidaires, et les pseudo contrepoisons pour atténuer (voire faire durer) les maladies déclenchées.
      C’est ça notre post-modernité ! Les multinationales sont des conjurations d’escrocs et maitre-chanteurs.

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  • max // 09.12.2017 à 10h56

    La construction d’une base navale chinoise, en plus de la présence militaire russe et de l’armée iranienne, est un coup de maitre de la part des autorités de Damas, surtout si comme c’est probable cette base abritera des sous-marins et ses accessoires.
    Ce n’est donc pas un retour à la case départ mais une nouvelle donne.

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  • Louis Robert // 09.12.2017 à 12h07

    Quatre points:

    1. Tout d’abord, les perdants doivent maintenant accepter la défaite, y mettre donc le temps… et la manière.

    2. De son côté, l’Empire aura intérêt à évaluer le prix géopolitique de cette cuisante défaite, après des années de guerre consacrées à la subversion de la démocratie syrienne, à la destruction de la Syrie et au renversement de son gouvernement légitime par terroristes aux ordres interposés. Une profonde réflexion sur les bienfaits de la diplomatie peut s’avérer précieuse en de telles circonstances et alors que l’Empire régresse, menaçant de s’effondrer.

    3. La venue de la Chine civile et militaire en Méditerranée, en mission de reconstruction en toute sécurité, mérite que l’on s’en réjouisse. Face à l’expansion menaçante de l’OTAN et du spectaculaire « pivot » militaire de l’Empire vers l’Est, le chantier prométhéen des routes de la soie se met en place et progresse allègrement.

    4. Un réajustement de nos relations avec la Russie s’impose.

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