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5.avril.20215.4.2021 // Les Crises

Un maintien des troupes américaines en Afghanistan pourrait coûter 49 milliards de dollars

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Source : Responsible Statecraft, Jonathan Bydlak

Traduit par les lecteurs du site Les Crises

Les parachutistes de l’armée américaine affectés à la 173e Bataillon de soutien de la Brigade, 173e Brigade aéroportée en 2018 (U.S. Photo de l’armée par Davide Dalla Massara)

Un récent rapport de Vox suggère qu’un retrait complet des troupes d’Afghanistan d’ici le 1er mai pourrait être « hors de question. » Quelle honte.

Non seulement un changement de cap par rapport à son prédécesseur briserait l’une des promesses de campagne de Biden – son site Web appelle toujours à la fin des « guerres éternelles en Afghanistan et au Moyen-Orient » – mais c’est aussi une énorme occasion manquée.

Les pertes humaines et les vies perdues au cours des deux dernières décennies constituent sans aucun doute le plus grand préjudice résultant du fait que les États-Unis sont restés trop longtemps en Afghanistan. Mais il y a un autre coût qui est également très important – le coût financier.

Le projet de l’université Brown sur les coûts de la guerre a documenté dans les moindres détails les sommes dépensées par les États-Unis en Afghanistan, et ce n’est pas un joli tableau. Comme le résument les auteurs, « jusqu’à l’année fiscale 2020, le gouvernement fédéral des États-Unis a dépensé ou engagé 6 400 milliards de dollars pour les guerres en Afghanistan, au Pakistan et en Irak. » Environ la moitié de ce total peut être attribuée au seul Afghanistan.

Pourtant, ce qui est peut-être plus important que ce qui a déjà été dépensé, c’est le montant qui aurait pu être économisé. L’un des problèmes des dépenses de guerre est que les coûts ne s’arrêtent pas à la fin d’un conflit militaire. Les dépenses s’accumulent au fil du temps, oui, à cause des intérêts courus, mais aussi à cause des dépenses permanentes comme les soins de santé physique et mentale pour les anciens combattants blessés. C’est pourquoi il peut être difficile de déterminer les économies potentielles.

À la fin de 2019, l’administration Trump n’avait pas fait grand-chose – malgré la rhétorique – pour modifier la présence des troupes américaines en Afghanistan. Environ 14 000 soldats restaient sur le terrain, bien en dessous du pic de l’ère Obama, mais aussi nettement au-dessus des 8 700 qui restaient lorsque Trump est entré en fonction.

Un rapport dont je suis l’auteur, Repenser l’Afghanistan, estimait à l’époque qu’un retrait complet de 14 000 soldats à 0 troupe avait le potentiel d’économiser entre 210 et 386 milliards de dollars sur quatre ans. Ce montant ne comprenait pas seulement les coûts directs de la guerre, mais aussi les augmentations des budgets de base et de la sécurité intérieure, les obligations supplémentaires liées aux anciens combattants et aux invalides, ainsi que les intérêts sur tout ce qui précède. Avec plus de 80 % des troupes terrestres maintenant retirées par rapport à 2019, une grande partie de ces économies est en passe d’être réalisée.

Mais pas toutes. Cette estimation supposait également que le retrait se poursuivrait, ne laissant qu’une force résiduelle de 1 000 soldats – ou rien du tout. Tous les paris sont ouverts si Biden décide d’ignorer la date limite du 1er mai ou pire, de faire complètement machine arrière et d’augmenter les troupes au sol au nom de la sécurité du pays.

En reprenant les chiffres de cette analyse précédente, on peut se faire une idée de ce que ce changement de cap coûterait au cours des deux prochaines années. En supposant que l’administration Biden poursuive sur la voie actuelle et maintienne une présence de 2 500 soldats sur le terrain au cours des deux prochaines années, il en résulterait des coûts budgétaires supplémentaires compris entre 33 et 49 milliards de dollars, par rapport à un retrait total. Par rapport à une force résiduelle de 1 000 soldats, le maintien du statu quo coûterait encore 7 à 10 milliards de dollars supplémentaires pour les deux prochaines années.

Bien entendu, il n’est pas non plus garanti que Biden maintienne le même niveau de troupes. Pour un autre point de comparaison, il est intéressant d’examiner une estimation des coûts si l’administration Biden décide de doubler le nombre actuel de troupes à 5 000, en maintenant ce niveau jusqu’à l’exercice 2023. Dans ce scénario, nos actions pourraient coûter entre 66 et 98 milliards de dollars, par rapport à un retrait total, et entre 39 et 59 milliards de dollars par rapport à une présence plus minimale des troupes. Tous ces coûts comprennent les dépenses de guerre directes, les augmentations prévues du budget de base, l’augmentation des traitements d’invalidité et de santé mentale pour les anciens combattants et, bien sûr, les frais d’intérêt prévus pour les emprunts nécessaires à ces dépenses.

Il est facile d’oublier qu’une action aussi simple que le maintien des troupes sur le terrain peut avoir des conséquences dramatiques au niveau national. Outre l’augmentation du nombre de victimes parmi les Américains et les Afghans, le report des plans de départ du pays entraîne également un coût fiscal substantiel à un moment où le budget fédéral est déjà mis à rude épreuve par la réponse des États-Unis à la pandémie.

Lors de sa première conférence de presse publique la semaine dernière, le nouveau secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, a déclaré : « Nous sommes conscients des échéances imminentes, mais nous voulons procéder de manière méthodique et délibérée. » Bien vu, mais comme le chroniqueur du Washington Post David Ignatius l’a dit récemment, même si le coût du maintien d’une petite force « semble relativement faible… c’est Biden qui devra écrire une lettre de condoléances à la famille du premier Américain qui mourra sous sa présidence. »

Après 20 ans, le temps est venu depuis longtemps de sauver nos vies et notre argent, et de nous retirer d’Afghanistan une fois pour toutes.

Source : Responsible Statecraft, Jonathan Bydlak, 08-03-2021

Traduit par les lecteurs du site Les Crises

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calal // 05.04.2021 à 08h05

l’afghanistan est voisin d’un cote avec la chine et de l’autre cote avec l’iran. Des que les soldats us se barrent, un pipeline permettra aux iraniens de vendre leur petrole a la chine sans passer ni par le dollar ni par la mer ou les tankers iraniens peuvent se faire arraisonner par la marine us.

Les soldats us ne sont pas prets de partir…

16 réactions et commentaires

  • calal // 05.04.2021 à 08h05

    l’afghanistan est voisin d’un cote avec la chine et de l’autre cote avec l’iran. Des que les soldats us se barrent, un pipeline permettra aux iraniens de vendre leur petrole a la chine sans passer ni par le dollar ni par la mer ou les tankers iraniens peuvent se faire arraisonner par la marine us.

    Les soldats us ne sont pas prets de partir…

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    • Jean-Do // 05.04.2021 à 12h28

      D’accord avec l’idée mais même temps, les Talibans et les Iraniens ne sont vraiment du même côté de la barricade. Ou bien les gros sous vont-ils mettre tout le monde d’accord ?

        +2

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    • Philippe T. // 05.04.2021 à 13h18

      Bonjour,
      L’Afghanistan est frontalier avec l’Iran et surtout avec le Pakistan.
      La frontière avec la Chine par le col de Wakhjir tout au nord-est, doit faire – de mémoire- 30 ou 40 km de long à presque 5.000 m d’altitude. Un passage coincé entre Tadjikistan et Pakistan, fermé par la neige presque 6 mois par an.
      Et quasi-indéfendable contre d’éventuelles attaques terroristes suscitées (qui sait?) par une grande puissance du nouveau monde rivale de la Chine.
      Faire passer un pipeline par l’Afghanistan resterait à la fois une gageure et un risque insensé pour les chinois.
      D’autant plus que la Chine a bâtit un port au Baloutchistan pakistanais, à Gwadar, au débouché de la Karakorum Highway venant de Kashgar au Sinkiang. Port de commerce, pétrolier et base relais pour la marine chinoise, qui soit dit en passant viendrait (conditionnel) de dépasser la marine US en nombre de vaisseaux.

        +7

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      • Philippe T. // 05.04.2021 à 14h25

        Bonjour,
        Qui a dit que l’augmentation des capacités de la marine chinoise – quand même très spectaculaire car partie de presque rien, le nier est difficile – visait à une confrontation directe suicidaire avec les USA?
        L’idée est plutôt à la fois de montrer sa force en mer de Chine et de pouvoir sécuriser ses lignes d’approvisionnement dans la zone du Golfe et vers l’Afrique. Contre la piraterie, et peut-être aussi contre des opérations « terroristes » visant des cargaisons chinoises, opérations peut-être un peu téléguidées par un grande puissance rivale.
        D’ailleurs dans cet ordre de faits, on note une recrudescence des activités séparatistes au Baloutchistan pakistanais comme au Baloutchistan iranien depuis la construction du port de Gwadar largement utilisé par la Chine.
        Coïncidence sans doute. Tout comme ce soudain intérêt pour les ouïgours dont personne ou presque ne connaissait l’existence jusqu’à peu.
        A propos de peuples opprimés, que deviennent les tibétains? La cause ne fait plus la une des médias, je crois. Pourquoi donc? Plus d’intérêt géopolitique?

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  • Darras // 05.04.2021 à 09h11

    En partant d’Afga, les USA offriraient un succès stratégique majeur à ses adversaires déclarés.
    En 20 ans, patiemment, Russes et Chinois ont réussi à virer les USA de tous les « stans ». Un départ d’Afga libérerait quasiment toute l’Eurasie de présence américaine. Le Heartland serait bouclé.
    Cauchemar anglo-saxon depuis deux siècles.
    La force d’inertie d’un espace intégré de la Russie, Chine, « stans », Iran serait colossal.
    Est ce la raison pour laquelle ont nous prépare un coup d’éclat au Donbass? En prévision de cette intégration eurasienne et pour installer définitivement un rideau de fer pour empêcher à tout prix l’Europe de se rapprocher de cette nouvelle colossale force commerciale et stratégique?

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  • RGT // 05.04.2021 à 09h54

    suggère qu’un retrait complet des troupes d’Afghanistan d’ici le 1er mai pourrait être « hors de question. » …

    Il suffirait simplement qu’un attentat terroriste (pour lequel les services de sécurité fermeraient les yeux jusqu’à ce qu’il se produise) permette de « justifier » cette volte-face du gouvernement US.

    Quant au TAPI, qui est au centre de des négociations entre les USA et les talibans, il faudrait savoir s’il est plus important pour les lobbies que le fonds de commerce militaro-industriel.

    « les obligations supplémentaires liées aux anciens combattants et aux invalides »…
    Comme tout le monde le sait, les USA sont très impliqués dans le soutien aux anciens combattants et aux invalides…
    Regardez simplement le début du premier Rambo qui nous montrait de manière très critique la situation des anciens combattants du Vietnam.

    Tout le monde a fermé les yeux sur cette partie du film car elle était très « gênante » pour le « rêve américain » et tous les regards se sont focalisés sur la suite avec un combattant idéaliste qui souhaitait rétablir la « justice »…

    Les « élites » US se foutent des gueux qu’ils envoient au casse-pipes et si ensuite les « considérations humanitaires » concernant cette chair à canon deviennent trop coûteuses elles ne se gêneront pas pour couper les crédits en glissant l’affaire sous le tapis et en faisant passer ces « moins que rien » pour des criminels qui s’attaquent à la « plus belle nation du monde »…

    Le plus important, c’est le business, particulièrement celui de l’armement et de tous les parasites opportunistes qui gravitent autour des conflits.

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  • Avunimes // 05.04.2021 à 10h22

    Cet article est surtout intéressant par ce qu’il nous dit de cette guerre. Il n’est pas question de guerre d’ailleurs, ni de stratégie, ni de civilisation quelconque ou d’idéologie. La seule analyse se fonde sur un tableau Excel. Le coût salariale et du poste de travail pour l’entreprise. Faut-il licencier, ouvrir une boutique moins chère ailleurs ? Renforcer la force de vente ? Quelle RH va faire le travail ? Quel managment pour l’Afghanistan ?
    Nous sommes donc très loin des préoccupations du gouvernement américain et de sa maladie mentale d’Empire.

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  • Renard // 05.04.2021 à 11h05

    Recettes de l’Etat Fédéral Américain : 3.420 milliards de dollars.
    Dépenses : 6.500 milliards.
    Et on devrait se préoccuper de 49 misérables petits milliards de rien du tout !
    Depuis qu’il est virtuel, le dollar ne coûte même plus le papier sur lequel on l’imprimait.
    L’essentiel est d’en imposer l’usage par la force, sinon, plus personne n’en voudrait.

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    • Darras // 05.04.2021 à 12h49

      Sans compter que le PIB « impérial » est de 55mds$ et que la production industrielle de l’Empire est trois fois supérieure à celle de la Chine.
      Les USA restent une colossale force de frappe… mais avec des chevilles en argile: le dollar est certes haut, mais il n’en est pas moins de la monnaie de singe.
      A suivre

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  • ouvrierpcf // 05.04.2021 à 12h06

    en réponse à Calal population géographiquement concentrée
    Chine 1 milliard 430 /Inde 1 milliard 380/ Indonésie 273 millions / soit plus de 3 milliards
    USA 331 millions
    l’intérêt de 300millions vaut plus que que celui de 3 milliards ? cela ne va pas durer longtemps

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    • Darras // 05.04.2021 à 12h50

      L’Inde est entrain de passer du côté US…
      l’Indonésie y est déjà, tout comme les Philippines.

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  • Christian Gedeon // 05.04.2021 à 13h21

    J’ai bien rigolé en lisant cet article…c’est de l’argent circulant stupid! Il revient dans l’économie américaine d’une façon ou d’une autre. Ça c’est un point. Par ailleurs et pour les commentaires qui s’excitent sur la perte du heartland et stans, y voyant une défaite américaine et forcément une victoire chinoise ou russe, je me demande si ces lecteurs ont bien les yeux en face des trous. Ils ne voient pas que c’est le territoire russe qui se trouve ainsi assiégé ? Si les stans basculent petit à petit dans l’orbite islamiste turque, et ça en prend bien le chemin, et dans la sphère économique chinoise, il faut être aveugle pour ne pas comprendre que c’est la Russie qui va se retrouver encerclée ! Mais bon pour voir ça il faut lire les livres d’histoire.

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    • Darras // 05.04.2021 à 21h33

      C’est à peu près aussi pertinent que de dire que la France est encerclée par le Benelux, l’Allemagne, la Suisse l’Italie et l’Espagne.

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      • Christian Gedeon // 05.04.2021 à 22h17

        Mais c’est le cas! La France est le dernier état auquel il reste quelques attributs d’état-nation. Et il est tout à fait pertinent de dire qu’elle est encerclée par l’UE fédéraliste et anti souverainiste qui rêve de voir notre patrie devenir un élément politique fongible. Vous avez mal pris mon commentaire. Mais les vrais ennemis de la Russie sont toujours venus du sud et de l’est. D’où le rêve gaullien de l’Atlantique à l’Oural. De la constitution d’une union de nations libres et fortes dans la peninsule eurasienne. Vous avez souvent des points de vue intéressants. Mais là je crois que vous mettez à côté. Ne pas aimer les us ne doit fausser votre regard géopolitique global.

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  • petitjean // 05.04.2021 à 17h52

    Mais le coût n’a aucune importance
    Depuis plus d’un siècle les USA ont dépensé des milliers de milliards pour dominer le monde
    Peu importe les millions de pauvres, les abonnés aux food stamps !
    Les USA veulent un monde unipolaire à leurs bottes
    Hélas pour eux ce ne sera pas le cas , le monde sera multipolaire, mais avec une nation aussi belliciste, aussi hégémonique, on peut craindre le pire…

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  • mohamed amerkanti // 06.04.2021 à 21h54

    49 milliards, c’est l’équivalent de 1000€ pour chaque Afghans (enfants compris). Si les USA donne cette somme a tous les Afghans, il y aura la paix sans tirer une seule balle.

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