Un article de l’été dernier, mais qui est intéressant pour comprendre ce qu’il y a dans la tête de Yanis Varoufakis au niveau bancaire & monétaire – et ce n’est pas triste…

Source : Ballast, le 1er septembre 2015.

Entretien pour le site de Ballast
À la suite de la dramatique séquence politique qui s’est déroulée ces derniers mois en Grèce et qui a mené à la signature d’un nouveau mémorandum, le Premier ministre Alexis Tsipras a décidé, n’ayant pas respecté son mandat populaire, de présenter sa démission et de convoquer de nouvelles élections. L’aile gauche de Syriza s’est désolidarisée pour créer un nouveau parti, Unité Populaire, ouvertement positionné en faveur de la sortie de la zone euro. S’étant refusé à céder aux institutions européennes et à cautionner un assouplissement de la ligne grecque, Yanis Varoufakis avait, pour sa part, renoncé à ses fonctions de ministre des Finances le soir du référendum du 5 juillet. L’homme qui a vécu durant des mois de négociations acharnées la violence de l’eurogroupe et de la Troïka est alors progressivement devenu un symbole : celui du « non » face aux exigences des créanciers. Nous nous étions donnés rendez-vous lors de son récent séjour en France, au cours duquel, invité par Arnaud Montebourg, il participa à la Fête de la Rose de Frangy-en-Bresse. Un rapprochement étonnant, a-t-on parfois dit. Pas tant que cela, à écouter en détail la position de l’ex-ministre grec… Un entretien fleuve mené au coin du feu, par une journée de pluie battante : de ses stratégies avortées à son désormais fameux « plan B », en passant par son rapport oblique au marxisme et ses craintes comme ses espoirs pour l’Europe.


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L’amputation récente — et sérieuse — de la souveraineté de la Grèce nous a montré ce qu’il en était réellement de la démocratie dans l’Union européenne. La possible signature du TAFTA risque d’accélérer encore ce processus. Le gouvernement grec avait annoncé, il y a quelques mois, qu’il ne signerait pas ce traité. La convocation de nouvelles élections risque de changer la donne à ce propos. Qu’en sera-t-il si la gauche radicale arrive au pouvoir ?

Je trouve très difficile de croire qu’Unité populaire va parvenir au gouvernement. Restons plutôt réalistes. C’est une question très compliquée pour moi : si vous me l’aviez posée il y a un mois, j’aurais dit que jamais, en aucun cas, le gouvernement Syriza n’appuierait le TAFTA. Mais voilà, j’ai dit cela au sujet d’un bon nombre de lois et de textes que je n’aurais jamais imaginé voir portés par une majorité Syriza. Alors j’espère que le gouvernement grec rejettera le TAFTA. Mais je crains que si l’actuelle tendance aux volte-face persiste (sur le fondement du sempiternel « il n’y a pas d’alternative », cet abominable principe TINA — « There Is No Alternative »), nous puissions assister à un vote en faveur du TAFTA. En ce qui me concerne, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela n’arrive pas.

Vous avez participé à l’action de Wikileaks visant à faire fuiter le texte du TAFTA. N’est-il pas absurde qu’un ministre de l’Économie d’un pays de l’Union européenne, un député élu, et plus largement les citoyens européens eux-mêmes, n’aient pas accès à ce genre de document ?

Je ne pouvais même pas accéder aux documents au sein de mon propre ministère ! Nous avons atteint un stade, en Europe, où le processus de dépolitisation, entamé il y a quelque temps, en est arrivé au point où le pouvoir politique, incarné par des élus démocratiquement choisis, est complètement obsolète : il a été rendu muet, neutralisé ; nos vies sont maintenant dirigées par des technocrates sans visage, non élus, qui opèrent d’abord en fonction de leur propre intérêt — en visant le maintien de leur propre pouvoir —, puis de façon à renforcer les intérêts corporatistes des grandes entreprises, qui sont avides de voir cette dépolitisation progresser plus encore. Finalement, il n’y a rien d’étrange là-dedans. Tout ceci est cohérent.

Étant donné, d’une part, la nature économique et libérale des traités sur lesquels l’Union européenne s’est construite et, d’autre part, la nécessité d’obtenir l’accord unanime des États-membres pour pouvoir modifier un traité, et, enfin, l’état actuel des rapports de force, pensez-vous qu’une réforme profonde de l’Union soit possible, ou que la récupération de leur souveraineté par les peuples ne peut passer que par une sortie de celle-ci ?

Bonne question ! Je ne crois pas que la sortie représente une voie optimale pour les progressistes. La sortie pourrait être envisagée en tout dernier ressort. Mais si vous êtes poussé dans une impasse, comme nous l’avons été, quand on vous dit « La bourse ou la vie », « L’accord (non-viable) ou dehors », ma tentation serait de dire : « Je ne sors pas, poussez-moi dehors ! » Et alors, s’ils sont prêts à faire cela, sachant qu’il n’y a aucune base légale qui le prévoit, aucun cadre juridique pour pousser un État vers la sortie, on aura démontré que c’était une menace vide de sens. Mais dès lors que l’on commence à croire à la menace, elle n’est plus vide, elle est auto-réalisatrice. Décrire, comme vous l’avez fait, la manière dont fonctionne l’Union européenne, avec l’unanimité, etc., c’est décrire une organisation foncièrement conservatrice. En économie, pour ceux qui l’ont un peu pratiquée, c’est ce que l’on appellerait une sorte de principe de Pareto. Ce principe, ou optimum, dit que toute nouvelle mesure qui améliore la situation d’au moins un acteur, sans pour autant dégrader celle d’un autre, est bonne à prendre. Et ça paraît assez décent et logique, n’est-ce pas ? Si nous pouvons faire quelque chose et améliorer la vie des uns sans dégrader celle des autres, pourquoi ne pas le faire ? Pourtant, si vous n’agissez que selon ce principe de Pareto, vous découvrez qu’il est extrêmement conservateur, parce qu’il y a le revers de la médaille : si vous ne voulez rien faire qui dégrade la situation d’un seul acteur, alors en pratique vous ne faites… rien ! Parce qu’il y aura toujours quelqu’un qui sera dérangé, il y aura toujours des gens dont les intérêts seront remis en cause par les avancées progressistes. Alors oui, l’Europe a été construite volontairement sur la base d’un principe de Pareto conservateur, avec des décisions prises en réalité par un ou deux. Ce que ces gens décident est adopté, et quand nous voulons changer quelque chose pour le bénéfice d’une vaste majorité, on nous oppose ce principe de Pareto, et nous sommes ligotés. C’est pour cela qu’il est indispensable de pousser dans la direction d’une décentralisation qui doit aller de pair avec l’européanisation. Cela paraît un peu… complexe, mais j’aime les contradictions — car ce n’est qu’à travers elles qu’on peut avancer. Mais il faut qu’il s’agisse de contradictions rationnelles, progressistes.

Le problème, aujourd’hui, c’est que le Parlement grec, l’Assemblée nationale française, le Parlement néerlandais, etc., n’ont aucun pouvoir — zéro pouvoir ! —, ils n’ont plus qu’une portée cosmétique ! Et il n’existe aucun pouvoir fédéral qui pourrait prendre les rênes et représenter une souveraineté européenne. La crise est si profonde que l’on ne peut même plus imaginer un véritable parlement fédéral. Ce serait bien si on le pouvait, mais on ne le peut pas, parce que la crise a créé des forces centrifuges qui nous poussent dans des directions différentes. C’est pourquoi je crois à l’européanisation de certains domaines : de la dette, par exemple, via la création d’une juridiction européenne sur les banques — qui ne soit pas française, pas allemande : européenne. Et on ne pourra pas le faire d’un coup : c’est tout simplement impossible. Mais on peut dire : « Voilà une règle simple : chaque banque qui fait faillite passe sous juridiction européenne, sort du système grec, français ou espagnol, est contrôlée directement par l’Europe. » On irait doucement vers l’européanisation. En même temps, on aurait une européanisation des programmes de lutte contre la pauvreté, qui seraient financés par les surplus de la Banque centrale. Si on va dans cette direction, si on européanise aussi les investissements à travers la Banque européenne d’investissement (oublions un instant Bruxelles, Juncker, etc.), alors on se retrouve dans une situation où les sujets cruciaux (dettes, banques, investissements, pauvreté) sont traités au niveau de l’Europe, avec des parlements qui retrouvent là une part de souveraineté. Ceux-ci pourraient faire bien plus de choses. Il n’y aurait plus besoin de la Troïka. Pourquoi la Troïka, en Grèce, au Portugal ? À cause de la dette. Si celle-ci est au moins en partie européanisée, plus besoin de Troïka. C’est pour moi le chemin à suivre si l’on veut rétablir un agenda progressiste.

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Photo de Stéphane Burlot, pour Ballast.

Certains économistes français, dont Jacques Sapir et Frédéric Lordon, proposent de dissoudre l’Union, de mettre en place un protectionnisme économique éthique tout en développant les conventions internationales d’échange et de libre circulation des connaissances, de la culture, des étudiants, etc, plutôt que de se forcer à poursuivre sur une voie qui crée des tensions majeures entre les gouvernements, et généralise toutes les terribles conséquences économiques et sociales du capitalisme. Qu’en pensez-vous ?

Je n’y suis pas favorable. Je ne le suis pas parce que beaucoup des mots que vous avez prononcés sonnent bien, mais, en même temps, ils dissimulent un élément de nationalisme, un élément de fragmentation de l’Europe. Nous observons déjà cette fragmentation : voulons-nous son accélération ? Si l’on était en 1993 ou 98, je vous aurais dit : « Non, il ne faut pas accepter Maastricht, vous savez bien qu’il ne faut pas une eurozone, qu’il faut limiter la liberté de circulation du capital, qu’il faut négocier autre chose. » Mais une fois que vous avez créé une union monétaire, vous ne pouvez plus revenir en arrière en empruntant le même chemin à l’envers, car ce chemin n’existe plus, le chemin qui nous a menés là a disparu.

Vous notez le pur sophisme ? Et c’est intéressant : il ne fallait surtout pas le faire, mais bon, on va continuer pour des siècles et des siècles…

Retourner en arrière, c’est aller vers la dévaluation compétitive, risquer l’augmentation des tensions nationalistes, une fragmentation encore plus poussée de l’Europe.

Alors que là, on va vers plus d’amour tous les jours – vivement même qu’on cesse de faire des dettes et qu’on paye la solidarité “cash”, ça devrait encore améliorer l’amour.

Et, à la fin, compte tenu de l’état de l’économie mondialisée, tout cela va alimenter une crise globale qui va venir à son tour aggraver la crise européenne. Donc, non, je ne suis pas favorable à ces politiques : je crois que nous devons surtout réparer ce que nous avons.

Mais qu’est-ce que l’euro peut bien avoir encore à apporter à un pays comme la Grèce, qui a terriblement souffert des conditions qui accompagnent le fait de rester dans l’Union monétaire ?

D’abord, ne fétichisons pas la monnaie. Je ne vois pas l’euro comme un fétiche, pas plus que la drachme ou le franc… Ce sont des instruments. Le problème avec les néolibéraux, c’est que, contrairement aux anciens libéraux classiques, ils ont élevé les marchés au rang de Dieu, ils ont cessé de les voir comme des instruments et les regardent comme des objectifs en soi. Ne faisons pas la même chose avec les monnaies ! J’ai des amis et collègues de Syriza, maintenant membres d’Unité populaire, qui en parlent comme si le retour à la drachme était la solution, Dieu, le nouveau sauveur qui nous ramènerait en Terre promise ! Je leur ai dit : « Vous savez quoi, nous avions la drachme en 1999 et nous n’étions pas exactement socialistes pour autant… »

C’est tout à fait vrai. La différence c’est, qu’au moins en théorie, cela aurait été possible. Là c’est désormais interdit. RIP.

La question n’est pas de savoir si nous voulons l’euro, la drachme ou le franc. Encore une fois, ce ne sont que des instruments. La question est : que voulons-nous faire de l’Europe ? Et quel est l’instrument le mieux adapté pour cela ? J’aurais souhaité que nous n’ayons pas l’euro, mais nous l’avons maintenant. Alors, il faut nous demander : quelle est la prochaine étape pour améliorer la vie de ceux qui souffrent le plus ? C’est ça, la question. Et ce que j’ai déjà expliqué, l’européanisation de certains domaines de compétences comme les investissements, la lutte contre la pauvreté, etc., cela est infiniment mieux que n’importe quoi d’autre, y compris la sortie de l’Union. Maintenant, il nous faut combattre pour ces objectifs au sein de la zone euro. Et il nous faut dire à l’Eurogroupe : « Je ne signe pas cet accord, même si vous fermez mes banques. Et je suis prêt à créer un système alternatif de paiement… en euros ! Continuez comme cela et vous serez jugés par vos propres peuples. »

Rôôôôô, c’est sûr qu’ils vont tous avoir trèèès peur…

Si seulement on avait tenu ce discours après le référendum…

Rôôôô si seulement, oui… Et le fait que ça n’arrive jamais n’éveille rien en lui… ?

D’autant qu’il était clair, pour les Français, pour les Allemands, pour les Néerlandais, qu’il s’agissait d’une attitude de revanche pour discipliner la Grèce, qu’on nous forçait à garder les banques fermées simplement pour mettre en échec une population courageuse. Je crois que l’Europe aurait pu en être changée si nous avions résisté à ce moment-là. Que c’est la voie du combat à poursuivre. Quand on dit : « Je veux la drachme parce que le paradis nous attend là où elle est », je crois qu’on ne rend service ni à nous-mêmes, ni aux Français, ni aux Allemands, ni à personne. On ne devrait pas être effrayé de faire défaut… dans la zone euro. Le défaut est la seule arme des faibles !

Que pensez-vous de l’idée de mettre fin à la monnaie unique, de retourner aux monnaies nationales, mais d’instaurer une monnaie commune aux pays qui le souhaiteraient, afin à la fois d’assurer la souveraineté monétaire des peuples, mais aussi de limiter au maximum la spéculation sur les taux de change et de favoriser les échanges commerciaux ?

Si l’union monétaire fonctionnait, on n’aurait pas besoin d’autres devises. En Amérique, ils n’en ont pas besoin. Ils en ont eu pendant un moment, en Californie, mais cela n’a pas marché parce que la Californie était en faillite. Mais ils ont trouvé un moyen de remédier à ça, parce que les États-Unis constituent une vraie fédération.

1 seul peuple sans histoire, qui a dû passer par une guerre civile pour y arriver ; vraie fédération qui, en plus, amène tous les jours plus de paix sur la Terre hein…

Donc, si nous avions le moindre sens commun, si l’Europe n’était pas le stupide continent qu’elle joue à être, nous irions vers cela, vers une vraie fédération, parce que le monde entier a le regard tourné dans notre direction — les Chinois, les Indiens, les Américains…

Mais pourquoi ne citent-il jamais des exemples qui correspondent à notre réalité , Genre l’Empire Austro-Hongrois ou la Yougoslavie ?

Tous se disent : « Mais que fabriquent-ils ? Ils ont une Banque centrale qui imprime 1,4 milliards d’euros et qui demande en même temps à la petite Grèce d’emprunter aux citoyens européens pour lui donner de l’argent ?! » Qui irait imaginer une chose pareille ? Il y a dix ans, vingt ans, si on m’avait dit que cela arriverait en Europe, j’aurais éclaté de rire ; j’aurais dit « Jamais, ce n’est pas possible. » Nous sommes devenus ce stupide continent, et nous avons un euro très mal adapté à nos besoins. En attendant de le rendre viable, peut-être aurons-nous besoin de devises parallèles. Peut-être avons-nous besoin, d’ailleurs, non pas tant de devises que d’un système de paiement parallèle, d’une sorte de version locale de liquidité, libellée en euros. Je pense que nous en aurons besoin. Et j’ai publié récemment, dans le Financial Times, un article[1] dans lequel j’explique ce qui se passerait dans ce cas, ce qui se passerait en France. Rendre quelques degrés de liberté aux gouvernements nationaux sans sortir de l’euro ni même créer d’autres devises, créer plutôt un système parallèle de paiement utilisant l’euro comme unité de compte — c’est possible. Pour moi, c’est ce qu’il faut faire, dans le même temps que l’on essaie de créer une coalition européenne pour réparer les dégâts politiques et économiques, et notre monnaie elle-même.

Mais laissez-moi aussi faire un constat provocateur — je pense qu’il est vrai, et c’est pourquoi je le fais : je ne le fais pas dans le but de provoquer, mais il est provocateur, parce que les gens penseront qu’il l’est. La Grèce a déjà deux monnaies en une. Nous avons de fait deux devises. Un exemple : imaginez que vous êtes grec et que vous avez 400 000 euros à la banque, coincés là à cause du contrôle des capitaux ; vous ne pouvez sortir que 60 euros par jour du distributeur. Maintenant, imaginez que je suis votre voisin, et que j’aie aussi 400 000 euros — c’est une fiction, je ne les ai malheureusement pas (rires). Imaginez que je les ais, en papier-monnaie sous mon matelas. Ce ne sont plus les mêmes devises ! Votre argent est retenu en otage dans le système bancaire, alors que le mien est libre de circuler ! Disons que vous avez subitement un besoin désespéré de partir en Amérique avec 100 000 euros. Vous venez me voir et vous me dites : « Voisin, camarade, peux-tu me donner 100 000 euros ? Je te ferai un virement de 100 000 euros, donne-les moi en cash… » Si nous ne sommes pas amis, je répondrai : « Attends une minute, je ne peux pas ! Ils n’ont pas la même valeur ! » Et je vous demanderai 120 ou 220 000 euros, pour compenser le fait que votre argent n’est pas libre de circuler alors que le mien l’est. Donc il y a, en pratique, un taux de change. Nous avons la monnaie bancaire et la monnaie papier, deux devises qui n’ont déjà plus la même valeur ! Et c’est l’échec de l’union monétaire qui fait que nous avons déjà ces devises parallèles, toutes deux libellées en euros pourtant. Ceci est arrivé par accident, ce n’était pas prévu… Mais en réalité nous pourrions aussi créer volontairement notre propre système de paiement parallèle, c’est ce que j’ai expliqué au Financial Times.

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Photo de Stéphane Burlot, pour Ballast.

Techniquement, pourriez-vous résumer votre « Plan B » en quelques mots, pour le commun des mortels ? Est-il transposable à d’autres économies européennes ?

En réalité, il faut parler de « Plan X », parce que la Banque centrale européenne avait son propre plan, le « Plan Z », et nous avons appelé le nôtre « Plan X ». C’était un plan défensif, au cas où on essaierait de nous pousser en dehors de l’euro, comme de très nombreux officiels haut placés nous disaient que cela allait arriver. Ils pouvaient le faire. Comment réagir ? Nous l’avons développé comme un plan de riposte alternatif, comme le ferait un ministre de la Défense se préparant contre une invasion. Mais le « Plan X », en cas de sortie, était indépendant du système de paiement parallèle que je mentionnais auparavant : celui-ci est quelque chose que nous aurions dû mettre en place dans tous les cas — un système que même les Français devraient mettre en place. L’idée de ce système parallèle est très simple. Chacun dispose d’un numéro fiscal. Quand vous devez payer vos impôts, vous allez à la banque ou sur le site des Impôts et vous faites un transfert bancaire. Vous prenez l’argent de votre compte et l’utilisez pour payer votre impôt sur le revenu, la TVA, votre plaque d’immatriculation ou autre : tout ce que vous devez à l’État. Maintenant, imaginez que sur le site Internet des Impôts, vous disposiez d’un compte, une sorte de compte courant relié à votre numéro fiscal. En cas de problème de liquidité, l’État ne parvient plus à payer ses factures aux entreprises (les retours sur TVA, les marchés publics, ce qu’il doit à l’hôpital, etc.). En Grèce, les créanciers de l’État mettent du temps à recouvrer leur argent ! Mais imaginez que cela fonctionne autrement. Je suis un ministre, vous êtes une compagnie pharmaceutique et je vous dois 1 million d’euros. Si vous attendez de le recevoir en liquidité sur votre compte à bancaire, cela peut durer un moment, peut-être une année. Mais je pourrais aussi vous dire : « Écoutez, je vais verser 1 million sur votre compte fiscal, et je vais vous donner un code, qui vous permettra de transférer cet argent sur un autre compte fiscal — pas sur un compte bancaire. » Voici de l’argent qui ne rentrera pas dans le système bancaire, ce n’est pas la monnaie de la banque centrale, mais vous pouvez l’utiliser pour payer vos impôts ! Ou, si vous devez de l’argent à quelqu’un, à un salarié, à un fournisseur, vous pouvez le transférer sur son compte fiscal et il pourra l’utiliser à son tour pour payer ses impôts. Cela recrée de la liquidité. Vous pouvez même aller un peu plus loin. Vous pouvez développer des applications par smartphone. Vous pouvez alors vous rendre dans les commerces qui doivent eux-mêmes payer des impôts, et proposer de payer de cette manière ! Il y a déjà des magasins qui essaient de proposer ce type d’échange, en utilisant Apple Pay ou Google Wallet, et nous pourrions créer notre propre application gouvernementale et faire l’expérience ! Voilà un système de paiement parallèle, hors du système bancaire, qui recrée des degrés de liberté, des marges de manœuvre.

« Je crois à la technologie, je crois qu’elle peut transformer l’Europe en un meilleur espace — en renforçant la démocratie. »

C’est une façon d’externaliser la dette gouvernementale. Allons encore un peu plus loin : l’État ne vous doit rien, votre compte lié à votre numéro fiscal est un pur concept, mais vide de ressources. Et là, vous mettez de l’argent dessus… pour faire crédit à l’État ! Et pourquoi feriez-vous une chose pareille ? Parce que l’État vous fait une ristourne sur votre impôt. Par exemple, au lieu de mettre 1 000 euros à la banque, vous les placez sur votre compte fiscal, vous les avancez à l’État. Vous avez là de l’argent digital, déposé à une date donnée. Et nous passons un accord, selon lequel si vous utilisez cet argent pour payer vos impôts dans un an, l’État applique une décote de 10 % sur ces impôts ! Quelle banque serait capable de vous verser 10 % d’intérêts ? Aucune ! Si vous savez déjà que vous devrez payer 1 000 euros l’année suivante, vous avez intérêt à suivre ce système, et l’État développe une nouvelle capacité d’emprunt, en dehors des marchés, et finance ainsi une partie de sa dette ! Imaginez maintenant qu’on fasse cela à l’échelle de l’eurozone. Il y aurait non seulement la Banque centrale, les banques privées mais encore ce système de paiement parallèle, politiquement et démocratiquement contrôlé. Vous réintroduisez quelques degrés de liberté dans le système. Si nous avions eu cela au cours des derniers mois — et j’ai tenté de le créer —, nous aurions eu bien plus de marge de manœuvre. Encore plus loin. Si nous prenions exemple sur l’Estonie, nous nous débarrasserions quasiment de la monnaie-papier : tout le monde aurait recours à de la monnaie électronique. Et nous utiliserions soit le système parallèle, soit les cartes bancaires classiques, soit les applications électroniques : l’eurogroupe ne pourrait plus faire jouer son chantage parce qu’il ne pourrait plus fermer les banques ! Et même s’il le faisait, que se passerait-il ? Tout le monde continuerait à payer tout le monde, en utilisant de la monnaie électronique. La seule chose que nous ne pourrions pas faire, ce sont les échanges entre pays — je ne pourrais pas venir de Grèce en France et dépenser cet argent dans les magasins, parce que la Banque centrale ne le reconnaîtrait pas. Mais les pays survivraient sans cela, et le pouvoir de chantage des technocrates non élus serait significativement réduit. Je crois à la technologie, je crois qu’elle peut transformer l’Europe en un meilleur espace — en renforçant la démocratie.

Non, mais, il délire là..

La BCE lui pique ses banques, et lui il se dit “Trop simple, créons vite fait un espèce de système Paypal officiel pour le pays”.

Sérieusement ?

Alors que n’importe qui dirait “Ben, comme je suis le gouvernement, je vais récupérer mes banques, point final !”

Soumission librement consentie.

Suite à lire sur Ballast (1er septembre 2015).

 

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

25 réponses à Yanis Varoufakis : « Que voulons-nous faire de l’Europe ? »

Commentaires recommandés

Spectre Le 05 mars 2016 à 02h44

Y. Varoufakis est le symbole même du syndrome de Stockholm collectif qu’est la religion européiste. Il a pourtant vu de ses propres yeux son pays devenir une colonie administrée par une triade mafieuse, mais il ne démordra jamais du Dogme : souveraineté = nation(alisme) = guerre.

On note cependant un glissement significatif dans la défense de l’euro. Avant, ils disaient : “L’euro c’est la prospérité”. Maintenant c’est devenu : “On ne peut plus sortir”. Il y a donc reconnaissance implicite de l’échec. Mais, malins comme des singes, ils se raccrochent à la branche du premier deus ex machina venu : ô magie, l’Histoire est désormais décrétée irréversible. Bizarrement, ça ne marche pas pour l’État social et les droits des salariés, mais ça doit obéir à une autre Loi ! Les voies de l’européisme sont impénétrables.

Accessoirement, le peuple grec est en train de crever la gueule ouverte, et lui nous vend une Europe démocratique pour l’horizon… 2025. Croit-il sincèrement que les sans-dents ont le luxe d’attendre aussi longtemps ?

Heureusement, tout aura implosé bien avant…

  1. Charles Le 05 mars 2016 à 02h36
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    Pour comprendre l’impasse des réformistes de Syriza, Varoufakis, en tête, lire cette analyse lucide:
    http://wp.me/p5oNrG-f4x


  2. Spectre Le 05 mars 2016 à 02h44
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    Y. Varoufakis est le symbole même du syndrome de Stockholm collectif qu’est la religion européiste. Il a pourtant vu de ses propres yeux son pays devenir une colonie administrée par une triade mafieuse, mais il ne démordra jamais du Dogme : souveraineté = nation(alisme) = guerre.

    On note cependant un glissement significatif dans la défense de l’euro. Avant, ils disaient : “L’euro c’est la prospérité”. Maintenant c’est devenu : “On ne peut plus sortir”. Il y a donc reconnaissance implicite de l’échec. Mais, malins comme des singes, ils se raccrochent à la branche du premier deus ex machina venu : ô magie, l’Histoire est désormais décrétée irréversible. Bizarrement, ça ne marche pas pour l’État social et les droits des salariés, mais ça doit obéir à une autre Loi ! Les voies de l’européisme sont impénétrables.

    Accessoirement, le peuple grec est en train de crever la gueule ouverte, et lui nous vend une Europe démocratique pour l’horizon… 2025. Croit-il sincèrement que les sans-dents ont le luxe d’attendre aussi longtemps ?

    Heureusement, tout aura implosé bien avant…


  3. DUGUESCLIN Le 05 mars 2016 à 05h01
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    Qu’ y-a-t-il de conflictuel entre l’amour et le nationalisme?
    Ne serait-ce pas un axiome gratuit qui interdit toute forme de patriotisme?
    Quel est la limite entre nationalisme et patriotisme? Ne sont-ils pas volontairement confondus?
    Proposer plus d’Europe au nom de l’amour c’est assez fort. Plus d’uniformisation au nom de l’amour. Tous pareils, pas de patriotisme, pas de racine, pas d’histoire, pas d’identité et tout le monde s’aimera. A moins que cela ne créé l’effet inverse. Plus d’individualisme, plus de zombification, plus de soumission, plus d’esclavage.


    • Kiwixar Le 05 mars 2016 à 08h49
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      “Le patriotisme, c’est l’amour des siens. Le nationalisme, c’est la haine des autres”. (Romain Gary)


      • Ailleret Le 05 mars 2016 à 16h23
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        Joli distinguo, mais qui ne correspond pas à la distinction entre patrie et nation.
        La haine des autres s’appelle xénophobie, ou encore chauvinisme.
        Arrêtons de tordre le sens des mots.


  4. FifiBrind_acier Le 05 mars 2016 à 08h29
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    Je vais finir par croire que l’ Union européenne relève de la religion… Varoufakis n’est pas inculte, il est économiste, il ne voit pas que les économies européennes divergent au lieu de converger ?? Il ne sait pas lire les graphiques?

    Il ne voit pas qu’il y a 4 points d’écart entre le chômage dans la zone euro et les pays européens qui ne l’ont pas ?
    http://goofynomics.blogspot.fr/2013/12/leau-mouille-et-le-chomage-tue.html

    A sa décharge, je suppose qu’il ne s’est pas penché sur les origines de l’UE et de l’euro.
    S’il avait lu les explications de Robert Mundell, il aurait compris que l’ UE & l’euro ont été mis en place pour neutraliser, désarmer les pays européens, pour faire plus commodément “une révolution conservatrice à la Tchatcher”. Ou les lois Hartz, comme on voudra…

    C’est exactement ce qui est en train de se passer en France:
    “… empêcher les vilains petits élus d’utiliser les moyens monétaires et budgétaires keynésiens pour sortir leur pays de la récession. Ils seront obligés d’ envoyer les Etats providence aux égouts”.
    http://lalettrevolee.net/article-les-ravages-sociaux-de-l-euro-une-strategie-deliberee-
    109713727.html


    • 1Direct Le 05 mars 2016 à 14h21
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      Il a juste tourné sa veste !
      Question d’intérêt, au mieux de survie, pour lui aussi car il était quasiment boycotté partout.
      D’abord parce qu’il a été l’une des têtes pensantes d’un système de sortie de l’Euro mais aussi pour avoir divulgué la main mise de l’U.E. (au sens générique) sur l’informatique de tous les systèmes financiers.
      Pire, il a levé le voile (un coin du voile) sur les moyens possibles de lâcher l’Euro et passer à une autre monnaie.
      “Pire que pire” il a grandement participé à donner de l’espoir aux gens.
      Pour les oligarques et Cie, ça c’est impardonnable !!

      Donc il lui faut rentrer dans les rangs.
      Vu l’article, au diable les convictions. Si il en a eu un jour.
      Il n’a le choix qu’entre convictions et casse-croute. Cela parait évident le choix est fait.
      Ce n’est pas une excuse mais … c’est humain.


  5. Macarel Le 05 mars 2016 à 08h36
    Afficher/Masquer

    Espagne :

    Plus de deux mois après les élections, toujours pas de gouvernement.

    http://elpais.com/

    De nouvelles élections vont sans doute avoir lieu le 26 juin.

    Le PSOE Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, qui n’a plus de socialiste et d’ouvrier que le nom, n’arrive pas à obtenir le soutien de Podemos “Gauche radicale”. Par contre le PSOE a obtenu le soutien de Ciudadanos, un parti de centre droit.

    http://www.liberation.fr/planete/2016/02/16/espagne-le-pari-fou-de-podemos_1433755

    Là bas, comme ici, le socialisme a été vidé de son contenu par les traités d’une UE néo et ordo-libérale.

    Alors oui, se pose plus que jamais la question d’en finir avec cette Europe, avec cet euro. Une Europe qui montre avec la question des migrants, le peu de solidarité qui existe entre ses membres.

    “UE delenda est”, mais il sera impossible de refonder une autre forme de coopération en Europe plus respectueuse de la volonté des peuples, sans s’émanciper de la tutelle US, de tenir à distance le cheval de Troie anglais, et de faire revenir à résipiscence nos voisins d’outre-Rhin.

    Sacrés défis !


  6. Lea_ Le 05 mars 2016 à 09h43
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    Le pauvre peuple grec n’a vraiment pas de chance. Il a été lâchement trahi par Tsipras qui a épousé des oukases de Bruxelles: austérité pour (presque) tous, et là, en lisant certains propos de Varoufakis, j’ai l’impression de lire un troll de la Commission de Bruxelles, de la BCE et même de la GS&Co


    • P. Peterovich Le 05 mars 2016 à 18h28
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      Faut pas plaindre le peuple grec… La classe politique n’est jamais que le reflet de la société qui l’élit.

      Pour le reste, si les Grecs veulent l’euro, on va pas les en empêcher… mais l’euro a un prix : l’austérité. C’est pas logique, c’est stupide, mais c’est comme cela… La Grèce n’a pas de légitimité à prétendre changer les règles d’un mécanisme qui engage plusieurs pays et dont une majorité décide qu’il doit être géré d’une manière donnée.


      • Lea_ Le 05 mars 2016 à 19h47
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        Désolée, je ne suis pas d’accord avec vous. Le peuple grec a auparavant voté la gauche, la droite, la gauche, la droite… en croyant aux promesses faites par ces dirigeants: “prospérité pour tous” grâce à des reformes que ce peuple consentait à faire. Vu le tragique résultat de ces reformes (chômage galopant, pauvreté incroyable, nombre de suicides exponentiel, etc), le peuple grec s’est tourné vers Syriza espérant ne plus être trahi. Donc, quand les dirigeants mentent c’est la faute au peuple ?!
        Ces règles d’un mécanisme qui engage plusieurs pays – comme vous le dites – s’avère aussi être néfaste pour plusieurs pays du sud européen (Espagne, Portugal, Italie et même la France). Cette “majorité qui décide” me semble donc assez aveugle et sourde à la souffrance de tous ces peuples et ne supportant pas reconnaître ses erreurs. N’oubliez pas que “la majorité qui décide” peut se tromper, comme ce fut jadis le cas dans des pays communistes. Le système s’est heureusement écroulé, justement parce que les peuples de ces pays ont su se rebeller.


  7. Grim Le 05 mars 2016 à 12h01
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    Pour reprendre ce que disait Frédéric Lordon, il est assez atterrant de voir que la seule vision que la gauche a, aujourd’hui de l’internationalisme c’est la libre circulation des conteneurs, des capitaux et de la monnaie bancaire.

    Comme si quelques billets moches avec des ponts et des portes allaient empêcher le nationalisme, c’est le contraire qui se passe et Varoufakis devrait le savoir quand on voit Aube dorée dans son pays.

    Je m’étais dit qu’après ce qu’il s’est passé en Grèce ils auraient enfin compris mais non, la plupart ont un mal de chien, notamment en France à, ne serait-ce, qu’évoquer cette possibilité.

    Ils seront donc condamné à finir dans les poubelles de l’Histoire


  8. Alae Le 05 mars 2016 à 12h29
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    Olivier, merci pour ce déboulonnage. Encore trop de gens pensent que Tsipras = traître, Varoufakis = génie incompris, alors que tout le “génie” de ce dernier a consisté à savoir s’esquiver juste avant chaque décision de Syriza à risque pour son image et que pour le reste, dans ses réflexions comme dans ses actions, depuis le début, il est resté enfermé dans sa roue de hamster européiste.

    Posté hier sur son blog, “Le Brexit risque d’accélérer l’effondrement de l’UE et de plonger le continent dans le chaos des années 30“, a dit Yanis Varoufakis, l’ex-ministre des finances grec.”
    http://yanisvaroufakis.eu/

    Du Libé dans le texte… 🙂


  9. BA Le 05 mars 2016 à 13h34
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    Une réponse au bisounours européiste Yanis Varoufakis :

    « Triste tropisme »

    http://ruptures-presse.fr/varoufakis-reves-federalistes-gauche-radicale/


  10. 1Direct Le 05 mars 2016 à 14h07
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    Cette lecture m’a laissé … sur le cul !!!

    Des épisodes de la Grèce à un Brexit qui n’aura pas lieu en passant par Podemos (etc.) … même combat!

    Une sorte série classée horreur pour, à chaque épisode, faire peur aux peuples et aux quelques opposants qui auraient des velléités.
    Une série qui dure qui dure ne cessant de montrer des théâtreux singeant des réunions de la dernière chance à suspense même plus digne des séries Z.
    Et ce n’est pas prête de finir … puisque cela fonctionne sur les peuples!

    Tout est fait, même par des hommes porteur d’espoir comme Yanis Varoufakis qui incarnait à minima une “ouverture”, pour accentuer ce sentiment devenu postulat:
    Il n’y a plus rien de possible. Rien à faire.
    Surtout quand ne peut avoir d’autre chose qu’un sentiment de (haute) trahison à la lecture de ce texte

    En fait il ne vaut pas mieux qu’Aléxis Tsípras.

    Pitoyable, lamentable tromperie sur la marchandise.


  11. tchoo Le 05 mars 2016 à 14h25
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    Varoufakis est un personnage étrange, parce qu’il fait des constats profondément véridique sur la réalité de l’Europe et sur le rapport de force qui s’y joue, que d’autres on fait avant lui et qui se font fustiger pour cela.
    mais d’un autre coté, il ne va jamais jusqu’au bout des constats qu’il fait et tente par ses solutions de louvoyer pour rester dedans, tout en étant un peu en dehors mais en restant dedans.
    L’illustration même est en sa méthode de monnaie parallèle par les n° fiscaux, une manière de détourner le système tout en profitant de lui.
    Je ne trouve pas ce personnage fiable t me méfie de cette “perfidie”
    beau parleur, trop sans doute


  12. 1Direct Le 05 mars 2016 à 14h58
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    Non, mais, il délire là..
    La BCE lui pique ses banques, et lui il se dit “Trop simple, créons vite fait un espèce de système Paypal officiel pour le pays”.
    Sérieusement ?
    Alors que n’importe qui dirait “Ben, comme je suis le gouvernement, je vais récupérer mes banques, point final !” …/…

    Sur le principe oui.
    Mais vu le niveau “d’intrusion” pour ne pas dire maîtrise quasi totale des systèmes, le tout accompagné par la mise en place aux postes clefs des hommes au service (et payé par ?) de l’U.E. (au sens général), la solution de la réquisition devient une sacré affaire.

    Je vous retourne la question M. Berruyer comment faire, par exemple, pour reprendre les rênes d’une entreprise si le personnel est aux ordres d’un concurrent et que toute l’infrastructure (ici les systèmes informatiques centraux -et ses codes programmes-) sont détenus par lui et qu’en plus il fait détruire les dossiers ?

    Cela devient impossible sauf à repartir de zéro ou presque. En virant les hommes … y compris une partie des élus.

    Je ne délire pas !! Croyais moi nous en sommes quasiment là.
    Relisez les exemples d’inaccessibilité qu’il donne. Et ce n’est pas exhaustif ni spécifique à la Grèce !


    • P. Peterovich Le 05 mars 2016 à 18h35
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      Je ne préjuge pas de la réponse de M. Berruyer, mais à mon sens, la question dépend comme toujours de savoir qui contrôle l’armée et la police…


      • 1Direct Le 06 mars 2016 à 13h53
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        Ce n’est pas l’armée ou la police qui détiennent les postes et encore la compétence en matière économico-financière ou de la capacité à remplacer les personnes placées aux fonctions stratégiques (à la solde de l’U.E).
        Donc, sauf à avoir d’autres personnes de confiance et ayant les compétences nécessaires, ni l’armée ni la police ne peuvent quoi que ce soit dans ce domaine.
        Encore moins de changer ou “craquer” les systèmes informatiques nécessaires

        Sauf SOLUTION EXTRÊME … la “douceur” et le pouvoir de persuasion d’un “pistolet sur la tempe”. Au propre ou figuré.


        • P. Peterovich Le 07 mars 2016 à 13h28
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          Ce que vous qualifiez de solution extrême est ce que j’avais en tête et est ce qui définit toujours, au final, le rapport des forces en présence.

          Il n’est pas besoin d’aller jusqu’à sortir les armes; la simple criminalisation de certains comportements est déjà en soi suffisante.

          Et pour ceux qui pousseraient des cris d’orfraies, je rappelle que l’exercice de la contrainte physique n’est pas illégitime. Emprisonner les criminels est parfaitement légitime (pour autant qu’on les juge au préalable)…


    • Furax Le 06 mars 2016 à 08h42
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      Je partage beaucoup des analyses de Sapir, mais revenir au franc ne permettra jamais de réduire le chômage de 2/3.

      Une large part du chômage est technologique et structurelle (compétences inadaptées, personnes psychologiquement difficiles à employer).

      Le seul intérêt du retour à une monnaie nationale, c’est, outre le fair de retrouver l’outil de la politique monétaire nationale, de rétablir de l’équité dans la concurrence intra-européenne.et d’obliger les pays ultra-excédentaires à réévaluer leur propre monnaie.


      • 1Direct Le 06 mars 2016 à 15h01
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        ” …/… la sortie de l’euro était une condition nécessaire … mais nullement une condition suffisante. Ce point est important car, trop souvent, nombre des adversaires de l’euro présentent la sortie de la monnaie unique comme une panacée, ce qu’elle n’est pas …/… on arriverait en cinq ans à près de 3,5 millions de créations d’emplois …/…” Jaques Sapir

        Donc vous avez raison et tord à la fois.
        Vous avez raison car il serait délirant de penser qu’une telle réduction se fera du jour au lendemain.
        Vous avez raison dans le sens la réduction de 2/3 est à prendre comme un ordre de grandeur.
        Mais vous avez tord si on remet les choses dans le temps et même si on compense énormément un supposé “excès d’optimisme” (ou d’idéologie) en divisant par 3 ce taux et en multipliant par 2 le temps nécessaire on arrive à lus de 22% de réduction du chômage à l’horizon 10 ans.
        Soit, environ, version pessimiste, 2% de chômage en moins par an !!

        Un minimum de 2% en moins par an, vu les résultats des politiques depuis 20 ans moi …
        J’ACHÈTE !! ☺☺

        Pour rappel:
        Environ 450 000 chômeurs de plus en moins de deux ans !!
        En 2007:
        Environ 2 millions de chômeurs
        Aujourd’hui:
        Catégorie A en France métropolitaine uniquement: 3 552 600 chômeurs.
        Toutes catégories (A, B, C, D, E) : 6 155 200 chômeurs


      • FifiBrind_acier Le 06 mars 2016 à 19h21
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        Tous les détails du travail de Jacques Sapir ont été publiés:
        http://www.fondation-res-publica.org/etude-euro/#.Vtx1EdCjArl


  13. ELBAZ Le 07 mars 2016 à 14h49
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    Je me demande en quoi cet article vous parait délirant.
    Qu’est ce que le Bit Coin sinin une monnaie parallèlle non garantie en plus par les états ….
    Il existe des monnaies en Allemagne, dans certaines régions de France, …
    En quoi une monnaie nationale liée à l’état en plus de l’euro utilie pour le commerce international est une aberration ?
    C’est une façon de contourner Bruxelles et l’euro et de se débrouiller seul sans l’Europe, à condition bien sur de ne pas faire faillite donc de servir de ces liquidités pour faciliter le commerce et les échange nationaux. Il ne s’agit pas de faire des investissements ou de payer les fonctionnaires ou les retraites avec cet argent. Ce n’est pas ne “monnaie” au sens actuel du terme “échangeable” sur les places financières. Non c’est uniquement une façon informatisée de faire du troc.
    Je me demande ce que la Grèce attend pour le mettre en oeuvre. A condition d’en faire unisuement une monnaie d etroc où est le risque ?


  14. Jourdon Le 17 mars 2016 à 11h04
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    Est-ce que le “Plan X” du Professeur Yanis VAROUFAKIS va ” arriver à l’heure ” … ou est-ce que ce Cher Professeur va réussir à se montrer subtil jusqu’au bout? Pour ma part, je retiens l’idée… Oui un système de paiement ( avec des contreparties organisationnelles en direction la fonction facturation d’un côté , la trésorerie de l’autre côté ; bon lui c’est vrai insiste plus vers la dimension du consommateur si je comprends bien , davantage que du producteur … ] . En fait, c’est exactement ce que font déjà les FMN , et après tout plus on est à avoir de bonnes idées mieux c’est non?? Par rapport à ce qu’a fait Jean-Claude JUNCKER de renégocier Multinationale par Multinationale les architectures fiscales , là on aurait une autre tentative et cela inciterait à créer d’autres passerelles , utiles … Donc pour moi ce Plan X a un petit côté sympa … mais sous toutes réserves , car il y a quand-même la situation de la Grèce dans l’interface … pas simple !


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