Une vraie honte nationale que ces actes antisémites, contre lesquels il faut lutter sans merci – en particulier en développant l’idée de fraternité, et en dénonçant toutes les idées en “xxx-phobie”…

Actes antisémites en France : des hausses souvent liées à l’actualité

Source : Le Figaro, Blandine Le Cain, 14/01/2016

INFOGRAPHIES – Malgré les bilans annuels, il est difficile d’avoir une vue d’ensemble des actes antisémites en France. Après la nouvelle agression survenue à Marseille, le point sur les chiffres connus, leur évolution et leurs limites.

L’agression d’un enseignant juif par un adolescent se revendiquant de Daech, lundi, a une nouvelle fois ramené la lumière sur les actes antisémites commis en France. Marseille, qui abrite la deuxième communauté juive la plus importante de France, a connu plusieurs autres attaques de ce type ces derniers mois. L’occasion de faire le point, alors qu’un nouveau bilan annuel sera présenté à la fin du mois de janvier, sur les chiffres de l’antisémitisme en France et dans la Cité phocéenne.

Les chiffres habituellement considérés sont ceux récoltés par le ministère de l’Intérieur et du Service de protection de la communauté juive (SPCJ), qui publie un rapport annuel et confronte ses propres données avec celles du ministère. Ces statistiques correspondent aux actes antisémites ayant donné lieu à une procédure judiciaire après un dépôt de plainte. Ils permettent d’appréhender certains aspects de l’antisémitisme mais n’en constituent pas une évaluation exhaustive (voir encadré en bas de l’article).

• Un fort impact de l’actualité

Le nombre d’actes recensés par le SPCJ et le ministère de l’Intérieur n’affiche pas une évolution uniforme. Il connaît des pics réguliers, dont l’année 2014 est un exemple particulièrement marquant, avec 851 actes recensés. En septembre 2014, le ministre de l’intérieur s’inquiétait ainsi de cette tendance et du fait que «les niveaux déjà atteints en 2002, 2004 ou 2009» pourraient être atteints. Ces trois années ont en effet été marquées par des hausses importantes d’actes antisémites. À chaque fois, un lien avec des éléments d’actualité, bien souvent au Proche-Orient, a été observé. «Si l’actualité ne saurait constituer le seul facteur explicatif, celle-ci peut constituer un agent amplificateur sur des phénomènes structurels», relevait récemment la commission.

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Le début des années 2000 (avec la seconde intifada) a marqué un revirement dans les actes antisémites, qui diminuaient jusqu’alors régulièrement. «À l’exception d’une agression et de deux dégradations imputables à l’extrême droite, les diverses exactions constatées impliquent très fréquemment des acteurs originaires des quartiers dits “sensibles”, souvent délinquants de droit commun par ailleurs, qui essaient d’exploiter le conflit du Proche-Orient», écrivait la CNDH dans son rapport de 2002.

De même, en 2004, la CNDH rappelait que, «comme constaté après les attentats islamistes de 1995 mais surtout avec la flambée de l’année 2000, les auteurs connus des actes visant la communauté juive n’appartiennent plus» à des groupes assimilés à l’extrême-droite, «mais aux milieux d’origine arabo-musulmane». L’année 2004 reste à l’heure actuelle la plus marquée par les actes antisémites, avec 970 actes recensés (contre 601 l’année précédente).

En 2009, «la tendance vers une recrudescence de la violence à caractère antisémite» s’explique également, en partie, par l’offensive de l’armée israélienne (l’opération «Plomb durci») sur Gaza, bien que «ces événements ne devraient pas pour autant suffire à expliquer, à eux seuls, la recrudescence de phénomènes violents», soulignait la CNDH.

• Derrière l’évolution globale, des actes de gravité différente

Au-delà de la tendance à la hausse, l’analyse du détail des actes antisémites donne un éclairage supplémentaire. En 2014, les actions – un acte ayant donné lieu à une violence concrète, tels que des incendies, des violences ou du vandalisme – ont ainsi augmenté de 130%, là où les menaces – propos, geste menaçant, tract… -, croissent d’environ 90%. L’augmentation se traduit donc également par un violence accrue.

Depuis 2008 toutefois [le détail des actes des années précédentes tel qu’inscrit dans les rapports du SPCJ affiche des variations et n’a pas été retenu], les variations du nombres d’actions antisémites était jusqu’alors relativement stable.

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• Une part importante des actes à caractère raciste

Le SPCJ le souligne: en 2014, un acte à caractère raciste recensé sur deux est classé comme antisémite. Cette proportion, importante, a augmenté sur les trois dernières années, passant d’un tiers à la moitié, pour une population juive d’environ 500.000 personnes en France.

Toutefois, ces comparaisons doivent, là encore, être menées avec prudence. Le SPCJ effectue ce travail de relevé, qu’il confronte désormais avec les chiffres du ministère de l’Intérieur, depuis 1980 et l’attentat de la rue Copernic. La comptabilisation des actes spécifiquement antimusulmans n’existe, quant à elle, que depuis 2011. Ce recensement récent et les moyens encore modestes de sa mise en œuvre ont un impact sur les chiffres collectés, souligne la CNDH, qui insiste sur la nécessité de prendre en compte les autres études qualitatives, au même titre que pour les actes antisémites.

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• Des régions spécifiquement touchées

L’agression survenue à Marseille a particulièrement choqué, en partie car elle s’est produite dans la ville abritant la deuxième communauté la plus importante en nombre et dans un quartier très fréquenté par cette communauté. Cette ville, comme la plupart de celles accueillant une importante communauté juive, connaît malheureusement chaque année des actes antisémites.

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Au-delà des chiffres, une chose semble certaine: le sentiment d’insécurité augmente chez une partie des juifs de France qui, depuis 2013, sont de plus en plus nombreux à choisir de quitter l’Hexagone pour partir vers Israël.


Des chiffres imparfaits à lire avec précaution

Les chiffres du SPCJ et du ministère de l’Intérieur ne montrent pas une réalité absolue de l’antisémitisme. Comme le rappellent les organismes chargés de les collecter et de les analyser, dont la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), le recensement de ces actes se fait sur la base d’un dépôt de plainte et donc de l’existence de suites judiciaires, ce qui induit plusieurs biais. Les enquêtes montrent que «le nombre de dépôt de plaintes est largement en deçà du nombre de faits effectivement commis», rappelle la commission, ce qui induit une sous-évaluation des actes à caractère raciste.

À l’inverse, la tendance à la hausse peut être en partie exagérée car «la définition légale des infractions s’est considérablement élargie ces dernières années: certains comportements auparavant tolérés sont aujourd’hui pénalisés» et le mobile raciste est davantage pris en compte. L’allongement des durées de procédure peut également avoir un effet semblable.

Ces actes excluent enfin les faits de discrimination, traités à part, et qui relèvent pourtant de la délinquance à caractère raciste. Sur recommandation de la CNDH, ils devraient être inclus dans le prochain bilan de 2015.

Source : Le Figaro, Blandine Le Cain, 14/01/2016

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Quel tristesse d’en arriver à de tels climats de haine dans notre population, qui ont de telles conséquences…

Antisémitisme : “Un tiers des juifs veulent quitter la France”, par Nathalie Bensahel

Source : Le Nouvel Obs, Nathalie Bensahel, 25-01-2016

Un enseignant portant la kippa a été agressé le 11 janvier à Marseille. Les journalistes Victor et Salomon Malka étaient allés, après les attentats de janvier 2015, à la rencontre de la communauté juive. Interview.

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