Source : Le Temps, Luis Lema, 03-12-2015

Pour le professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, la France a fait preuve d’aveuglement en concluant des accords de défense avec les pays du Golfe

Les attentats de Paris ont braqué les projecteurs sur les liens qu’entretient la diplomatie française avec l’Arabie saoudite, épicentre de l’idéologie salafiste. Professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève (IHEID), Jean-François Bayart s’est notamment intéressé aux conditions qui ont amené la France à se rapprocher des monarchies pétrolières du Golfe et, au-delà, des régimes arabes sunnites.

Le Temps: L’Arabie saoudite, le meilleur ennemi de la France?

Jean-François Bayart: C’est en tout cas le résultat d’une alliance avec les pétromonarchies dont nous recevons aujourd’hui l’effet de boomerang. A partir des années 1970 ont été signés toute une série d’accords de défense entre la France et les Emirats arabes unis, puis le Qatar et dans une moindre mesure le Koweït, auxquels s’ajoute en outre un partenariat très développé avec l’Arabie saoudite de même qu’avec le Pakistan. Le propos des Français était avant tout commercial. Nous sommes alors dans le contexte des chocs pétroliers et d’un grave déficit de la balance commerciale de la France. Le premier objectif concernait ce que l’on appelle «les grands marchés», dont l’exportation française est très tributaire, à l’inverse par exemple de l’Allemagne dont les exportations reposent davantage sur un tissu de petites et moyennes entreprises beaucoup plus dense et performant.

Dans ces accords de défense, certaines clauses secrètes et différées dans le temps. Ces clauses étaient «très engageantes» comme on dit dans le vocabulaire militaire français, c’est-à-dire qu’elles impliquent l’automaticité. Très concrètement, si demain il y a un conflit entre l’Iran et le Qatar, ces accords de défense stipulent l’intervention militaire automatique de la France.

Les Français en sont-ils conscients?

Ces accords, signés par le gouvernement, ont reçu une approbation parlementaire, mais en l’absence de tout débat public. La France à cette époque s’est un peu droguée aux «grands marchés». Mais c’était une drogue douce, progressive, qui n’a déployé ses effets dramatiques que vingt ou trente ans plus tard. Ce sont par exemple ces installations militaires, que Nicolas Sarkozy inaugure en grande pompe aux Emirats arabes unis ou au Qatar, mais en se gardant bien de faire référence à la chronologie. Or il s’agit bien du résultat d’une politique bipartisane qui s’est nouée dans les années 1970. Par la suite, Sarkozy a joué la surenchère, en faisant du Qatar notre principal partenaire dans le Golfe, avec de toute évidence l’existence de contreparties, sur lesquelles nous n’avons pas d’information.

Le vrai problème c’est que la France a progressivement confondu ses intérêts avec ceux des pays du Golfe, Irak compris. En 1979, lorsque arrive la révolution iranienne, la France voit la région à travers les yeux du camp sunnite. Et lorsque l’Irak de Saddam Hussein, derrière lequel sont alignées les pétromonarchies, lancera une guerre d’agression contre l’Iran, Paris le soutiendra ainsi très activement. Aujourd’hui encore, nous payons le prix de cette aliénation de l’Iran.

E t l’expansion de l’idéologie salafiste?

Idéologiquement et politiquement, nous n’avons pas vu que nos alliés du Golfe, et le Pakistan, contribuaient à diffuser, à l’échelle régionale, voire mondiale, une forme d’islam qui était loin d’être sympathique pour nos intérêts. Cet effet a été particulièrement désastreux en Afrique de l’Ouest parce que les années 1980 et 1990 sont des années d’ajustement structurel où nous-mêmes, comme bailleurs de fonds, nous détruisons systématiquement les capacités de l’Etat séculariste hérité de l’indépendance. Nous détruisons l’hôpital public, l’éducation publique, et nous affaiblissons les capacités administratives de ces Etats. Or, la nature ayant horreur du vide, le manque a été comblé par les organisations islamiques financées par l’Arabie saoudite et les pétromonarchies. On a parlé à tort d’une «réislamisation» de ces sociétés. En vérité, ces sociétés n’ont jamais cessé d’être musulmanes. Mais dans un contexte de paupérisation qu’accéléraient les programmes d’ajustement structurel ces sociétés ont cessé d’être séculières, avec la destruction de l’Etat sécularisé. La propagation d’un islam salafiste, qui n’est pas forcément djihadiste, c’est le fruit direct de notre politique.

Et aujourd’hui?

Nous continuons d’être drogués, nous ne sommes pas du tout sur la voie du sevrage. La seule inflexion de François Hollande, c’est qu’il a pris ses distances vis-à-vis du Qatar pour se jeter dans les bras de l’Arabie saoudite. Mais, concrètement, le président socialiste réitère cette politique pour les mêmes raisons mercantiles que dans les années 1970. C’est ainsi qu’il demande à l’Arabie saoudite de financer le réarmement de l’armée libanaise, si possible avec des armes françaises, ou que, par Egypte interposée, cette même Arabie saoudite nous signe un chèque pour les frégates Mistral en nous sortant ainsi du mauvais pas où nous avait mis Sarkozy avec la Russie.

Or ces régimes sur lesquels compte la France sont complètement opaques, et ils ne se contrôlent pas eux-mêmes. L’Etat saoudien lui-même, où ce qui en tient lieu, est incapable de vérifier ce que font les princes saoudiens en matière de financement, par exemple. Dans la région, ce n’est pas le seul Etat qui laisse une grande place à la famille, à être lignager. Mais ici, ce serait plutôt une famille sans Etat. En Arabie saoudite, il n’y a que le lignage et les mercenaires.

Source : Le Temps, Luis Lema, 03-12-2015


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38 réponses à Jean-François Bayart : «La France est droguée à l’argent des pétromonarchies»

Commentaires recommandés

Linder Le 09 décembre 2015 à 04h36

Luis Lema écrit dans cet article “cette même Arabie saoudite nous signe un chèque pour les frégates Mistral en nous sortant ainsi du mauvais pas où nous avait mis Sarkozy avec la Russie.” Pardon, c’est Hollande qui s’est mis dans un mauvais pas en obéissant à ses maîtres américains et en décidant de ne pas honorer un contrat, sans aucune base juridique pour annuler ce contrat…

  1. Linder Le 09 décembre 2015 à 04h36
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    Luis Lema écrit dans cet article “cette même Arabie saoudite nous signe un chèque pour les frégates Mistral en nous sortant ainsi du mauvais pas où nous avait mis Sarkozy avec la Russie.” Pardon, c’est Hollande qui s’est mis dans un mauvais pas en obéissant à ses maîtres américains et en décidant de ne pas honorer un contrat, sans aucune base juridique pour annuler ce contrat…


  2. Fiet84 Le 09 décembre 2015 à 08h13
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    bonjour Linder,
    C’est le Président Chirac qui a permis en 1995 à la France, de rejoindre le conseil des ministres et le comité militaire de l’OTAN ; et c’est le président Sarkozy qui a ordonné en 2009 la réintégration du commandement militaire intégré de l’OTAN, et la vente des BPC MISTRAL à la Russie en 2011. Quel grand écart au passage…
    Alors vassalisé aux Américains oui, mais la faute à qui ?……


    • Prométhée Enchaîné Le 09 décembre 2015 à 11h47
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      Vous avez raison, c’est Chirac qui est à l’origine de l’initiative. Encore faut-il comprendre pourquoi.
      https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2009-4-page-861.htm

      L’adhésion à l’OTAN est à mes yeux une perte de souveraineté, pour la France mais aussi pour l’Europe. Mais visiblement, et c’est ma conviction profonde, la France n’a pas les moyens de son indépendance. C’était le constat de Mitterand déjà, d’après un témoignage de Danielle Mitterand que j’ai déjà évoqué ici.
      Ma thèse est que pour lui, la construction européenne sous l’égide de la France était la seule initiative pour regagner cette influence et cette indépendance à l’égard des Etats-Unis dont il estimait qu’il menaient une guerre sans morts apparemment pour un pouvoir sans partage (tout le monde connaît cette phrase maintenant non ?). Sans morts c’est aujourd’hui très discutable bien sûr.
      Bref, il aurait préféré une défense européenne plutôt qu’une adhésion à l’OTAN. Chirac, face à ses collaborateurs européens de mauvaise volonté, aurait vu sur le moment l’adhésion à l’OTAN comme la seule possibilité de défense européenne transitoire. Cela n’est qu’une théorie bien modeste évidemment.

      Mais je ne crois qu’il est trop facile aujourd’hui de toujours s’en référer à De Gaulle (qui du reste a fini par être désavoué) ou encore à Poutine, dont les situations respectives ne sont pas celles de la France des années 70 à aujourd’hui.


      • alfred Le 09 décembre 2015 à 12h03
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        Avec la ZEE qu’a la France et la bombinette atomique, l’indépendance est tout à fait possible. Le seul prix à payer est une baisse relative du niveau de vie au moins au début (si ce n’est définitive), mais cela c’est ce qui pend au nez à tout le monde… Alors? Pourquoi s’en passer. Du point de vue industriel regardez l’évolution de la corée du sud en 50 ans: ce pays de 49 millions d’habitants n’a pas eu besoin de se marier avec le Japon Taiwan et la Malaisie pour fourguer la moitié des smartphones qui sont dans nos poches et raffler nos derniers chantiers navals, le tout avec pas plus de ressources que nous. Aussi peu de pétrole mais plus d’idées visiblement… Les sud coréens sont sous parapluie américain comme nous. C’est notre seul point commun.
        La France n’a pas besoin d’influence mondiale (qu’elle garderait de toutes façon d’autant mieux qu’elle serait indépendante). Elle a besoin de croire en elle même et de mettre un peu d’intelligence à gérer l’effondrement des US et de l’UE.


        • Prométhée Enchaîné Le 09 décembre 2015 à 12h17
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          Je suis glouton d’informations prouvant que l’indépendance d’un petit pays est possible. Donc si vous avez je suis preneur.

          Vous dites vous-même que la Corée du Sud est sous le parapluie américain. Ca ne remet donc pas en cause ma thèse je crois.

          L’idée principale est tout de même d’être indépendant ET avec un modèle de société qui nous est propre. Dans le cas de Mitterand, je pense que le revirement de 83 montre simplement que sa politique socialiste ne pouvait pas être mise en oeuvre dans le contexte de la mondialisation. Sans parler de cette histoire de guerre des monnaies que je comprends très mal, mais qui semble justifier la volonté de fonder une monnaie unique plus solide. C’est aussi de cela que je veux parler quand je dis que nous n’aurions pas les moyens de notre indépendance.

          Mais bien évidemment, je prends volontiers tout ce qui viendra enrichir votre idée.
          Je connais déjà un peu l’argumentaire de Lordon qui explique que les plus grands projets européens n’ont pas attendu l’Europe et sont des projets d’initiatives “locales” comme par exemple tous les projets scientifiques.
          Mais ça ne remet pas en cause l’argument monétaire, sans oublier celui du contrôle de l’Allemagne renaissante, que De Gaulle aurait écrasé par la guerre, et que Mitterrand a choisi de dominer (raté) par la construction européenne, Allemagne tout de même sous tutorat américain alors si je ne dis pas n’importe quoi…


          • reneegate Le 09 décembre 2015 à 14h30
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            Cuba isolé par les occidentaux mais indépendant. Pas de dettes et investissements dans l’éducation, la santé, …..
            http://www.legrandsoir.info/cuba-inattendue-new-left-review.html
            Après faut choisir, se soigner correctement d’un cancer ou changer de voiture tous les 2 ans. Les cubains vivent vieux sans voiture.


            • Prométhée Enchaîné Le 09 décembre 2015 à 16h36
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              Cuba est un exemple à double tranchant. Beau succès de résistance pendant 50 ans et vecteur d’espoir, avec ses alliés sud-américains.

              Mais non seulement notre situation est différente, comme je le rappelais avec le problème de l’Allemagne réunifiée, mais en plus le combat est loin d’être terminé. Fidel Castro a reconnu lui-même que le modèle cubain ne marchait pas. Et ses performances sont relatives… la pauvreté y a augmenté par exemple. L’économie de marché s’apprête à “envahir” l’île. Qui dit tout cela ? Le Monde Diplomatique…
              http://www.monde-diplomatique.fr/2015/05/HABEL/52914

              Cela dit, je ne remets certainement pas en question certains hauts faits de ce modèle durant ces cinquante ans, dont la lutte contre la mortalité infantile et l’augmentation de l’espérance de vie, etc.
              Et je ne dis pas non plus que l’indépendance de la France est impossible. Je dis que j’ai de sérieux doutes sur cette possibilité, encore plus au moment où Mitterrand a tenté sa chance avec l’Europe.


          • openmind Le 09 décembre 2015 à 22h43
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            Pour la monnaie: “la guerre des monnaies” de Hongbing Song à lire absolument.

            Ensuite, peu importe notre monnaie, si nous n’avons pas un minimum de souveraineté et ce n’est pas qu’un mot à prononcer, on n’arrivera à rien.

            Bref il a fallu 8 ans à Poutine pour regonfler la Russie ( claque dans sa gueule à Saakachvili), combien de temps nous faudra-t-il pour faire de même en supposant qu’on ait une personne de la trempe de Poutine à notre tête?

            Faites de beaux rêves (au fond de la piscine avec votre pull Marine…)

            En supposant donc que MLP soit au pouvoir, on va nous infliger autre chose que les FEMEN en déstabilisation mes chéris, va falloir serrer les fesses, ils sont déjà là nos débiteurs et soit disant créanciers de tout poil pour nous faire la misère…on comprend bien pourquoi Poutine a interdit les ONG….

            Mais notre indépendance sera à ce prix avec une reconstruction de notre tissu industriel bien mal en point …allons enfants de la Patriiiiiiieuh, le jour de gloire va arriver mais y a du boulot.


            • Alfred Le 10 décembre 2015 à 21h14
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              Exact.
              Je ne crois pas du tout en la Le Pen comme poutine français (faudrait déjà arriver à clarifier une position entre l’électorat de Nice et celui d’Henin Beaumont, et on ne parle pas encore de la réalité de la sortie de l’Oan et de l’Euro).
              Ceci dit si un jour un De Gaule même au petit pied arrive au pouvoir avec des ambitions d’émmancipation, effectivement il faut pas se faire d’illusions sur ce qu’on va se prendre dans les dents. Rétorsion et déstabilisation tous les niveaux.
              Un des trucs évident vu la sociologie de la France est l’instrumentalisation du confllit isrelo-palestinien et l’activation de tous les idiots utilles pro et anti jusqu’à la violence. Etc


        • Prométhée Enchaîné Le 09 décembre 2015 à 12h28
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          D’ailleurs, pour renforcer ce que je dis, regardez les difficultés qu’éprouvent les gouvernements d’Amérique du Sud qui tentent d’obtenir leur indépendance… L’Equateur étant, pour quelle raison et pour combien de temps, le seul qui ait vraiment réussi à tirer son épingle du jeu.
          Même le Venezuela qui disposent de grandes ressources pétrolières patauge. Alors bien sûr il y a la proximité géographique et l’infiltration de la société par des éléments corrupteurs. Mais nous avons en France nos propres réfractaires aux politiques sociales et nos propres “anarchistes libertaires surpuissants”.


          • Krystyna Hawrot Le 10 décembre 2015 à 00h09
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            Il faut relire les documents sur les entretiens de Gaulle -Adenauer. De Gaulle voyait la dépendance de l’Allemagne aux USA comme transitoire, comme le prix que la RFA paye pour le nazisme et la guerre (d”ailleurs si vous vous souvenez bien, tous les Européens estimaient, de 1945 à 1989 que la division de l’Allemagne était le prix qu’elle payait pour la guerre et les crimes de masse…).

            Donc de Gaulle estimait qu’avec le temps l’Allemagne aurait moins besoin des USA et pouvait être arrimée à la France dans un “couple” beaucoup plus égalitaire qu’il ne l’est aujourd’hui… Il n’y a qu’à voir l’accord de 1963 qui est emblématique de cette coopération et de cette Europe des peuples et des Etats de de Gaulle; En échange bien sur, l’Allemagne devait abandonner son “drang nach osten” séculaire – c’est pour cela que de Gaulle a fermement poussé Adenauer à reconnaitre la frontière Oder Neisse, la Pologne dans ses frontières et se préparer à se réconcilier avec la Russie-URSS. Il faut relire les protocoles des entretiens de 1958-59 ou Adenauer rechigne a accepter une Pologne indépendante et parle “d’administration européenne sur territoire que la Pologne devra rendre”…

            Donc de Gaulle croyait très fermement que cette indépendance à l’égard des Américains est possible, à condition que les pays européens unissent leur force dans des accords entre EGAUX – et la Russie était inclue dans le modèle à l’avenir. Il ne s’agissait pas de construire un machin supranational, mais de coopérer entre égaux. Pourquoi ce qui est si simple parait si compliqué? Parce que la bourgeoisie et partant de là la classe politique française a plus d’intérêt économiques dans les liens avec les USA et avec l’Allemagne qu’avec le reste des pays européens. Et donc idéologiquement la vision de de Gaulle était condamnée à être oublié une fois le Général parti… Et surtout il n’y a plus rien qui retient l’Allemagne dans sa domination, le modèle n’est donc pas d’Etats égaux en Europe, mais d’Etats faibles sous la domination d’Etats forts, eux mêmes sous la domination d’Etats encore plus forts, dans une cascade de domination. Seule la Russie ne joue pas ce jeu… et c’est peut etre cela notre chance, à condition que le peuple se mèle un peu de politique étrangère..


    • Linder Le 09 décembre 2015 à 16h25
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      Cher Fiet84, vous avez tout à fait raison mais dans mon commentaire, je me plaçais dans une perspective nettement moins large que la votre. Je ne regardais pas au-delà de la stricte question des navires mistral.

      Il y a 2000 ans j’aurais dis “Romani ite domum”, aujourd’hui je dis “US, go home !” Je pense que la France doit quitter l’OTAN et sa façade politique qu’est l’union européenne puisque l’article 42 du TUE (traité de l’union européenne) prévoit la soumission des politiques européennes aux engagements pris dans le cadre de l’otan (ils emploient le mot compatible plutôt que soumis, mais c’est cela que cela signifie), voir en dessous le lien ver l’article.
      https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_sur_l%E2%80%99Union_europ%C3%A9enne#Article_42


  3. Philippe30 Le 09 décembre 2015 à 08h43
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    Et c’est cette clique qu’il faudrait confirmer politiquement ?
    Non décidément depuis des décennies ils n’ont œuvré que pour leurs intérêts personnels.

    La campagne de dénigrement contre le FN est basée sur l’inquiétude de perdre des places grassement payés.
    Le programme du FN des présidentielles de 2012 prône des solutions concernant la dette , au niveau financier avec la séparation banques de dépôts et au niveau international avec un rapprochement de la Russie , la sortie de l’Otan.

    Ces éléments vont dans le bon sens pour leur donner une possibilité de gouverner au niveau régional et national.

    Philippe


    • Furax Le 09 décembre 2015 à 18h14
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      Et depuis quand la séparation des banques de dépot et des banques d’investissement règle-t-elle le problème du déséquilibre du budget, du niveau excessif de l’endettement, et du fait que notre offre de produits et services correspond hélas assez mal aux besoins de l’économie mondiale (on est très souvent trop cher pour notre positionnement milieu de gamme) ?

      C’est assez terrible de voir des politiques répéter des mantras de ce genre.

      Même chose pour la loi de 1973 dont l’abolition ne règlera aucun de ces problèmes et qui n’est en réalité absolument pas responsable de la montagne de dettes accumulée.

      Eh oui, quand on réemprunte en permanence, il est logique de payer des intérêts en permanence. Un emprunt sans intérêt, cela s’appelle un impôt. Et que ce soit un impôt ou un intérêt, d’une manière ou d’une autre c’est bien le contribuable qui paie.

      Et le stock de dette ainsi que sa charge montent quand on accumule des déficits plus élevés que la croissance nominale ou que les taux d’intérêts réels deviennent plus élevés que la croissance.

      La dette publique française ne s’est pas envolée à cause de la loi de 1973. La preuve a contrario c’est que la Banque d’Angleterre n’est pas indépendante.

      La dette publique française s’est envolée d’abord à cause des politiques de désinflation compétitive des années 1980, puis de la récession de 1992-93, puis de la crise de 2008 à nos jours et du fait que la concurrence plus intense découlant de la mondialisation exerce une pression à la baisse sur nos prix, nos salaires, notre production c’est-à-dire sur notre croissance économique.


      • Frédérique Le 09 décembre 2015 à 20h51
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        @Furax
        “la concurrence plus intense découlant de la mondialisation”,
        c’est bien là que le bât blesse.

        Pourquoi l’U.E s’est jetée tête baissée dans la mondialisation, au lieu de faire profiter de ses richesses et de son savoir-faire aux peuples européens en adoptant, en premier lieu, un protectionnisme européen?
        Avait on besoin d’acheter chinois ou indiens pour avoir des produits manufacturés rentables, dès lors que l’U.E comptait déjà à ces débuts des pays où les salaires étaient bas, comme l’Espagne, la Grèce, le Portugal et maintenant la Bulgarie, la Pologne, la Hongrie…?
        L’U.E accuse un déficit de balance commerciale d’environ 150 milliards €/an avec la Chine, nos emplois sont en Chine et le chômage ne cesse d’augmenter chez nous obligeant faute de cotisations qui rentrent les Etats à emprunter pour palier à ce manque et ce n’est là qu’un exemple de la nocivité de la mondialisation pour nous.

        L’U.E avait elle besoin de l’OTAN et des guerres où elle nous entraine, alors qu’elle possède 28 armées à sa disposition dont 2 puissances nucléaires?

        Tout a été fait pour affaiblir les pays européens (la loi de 1973 en France compris) et les mettre à la merci de l’oligarchie financière alors qu’à part des ressources pétrolières, nous avions tout pour réussir.

        Alors les crises, elles ont bon dos, parlons plutôt de la corruption des politiciens de tous bords qui oeuvrent depuis des décennies contre leurs propres populations et pour le compte des gros actionnaires.

        Tous les ans, la fortune des 1% les plus riches augmente un peu plus,
        tous les ans l’extrême pauvreté et la faim diminuent dans le monde,
        tous les ans les dettes des pays occidentaux grimpent en flèche.
        Question: De quelle poche sort l’argent qui rentrent chez les deux premiers?


        • Furax Le 10 décembre 2015 à 00h09
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          Je ne m’étends pas sur la concurrence asymétrique de la mondialisation puisque nous sommes d’accord sur ce point. Je suis partisan des préconisations de feu Maurice Allais, notre seul vrai prix Nobel d’économie.

          Un complément : la balance des transactions courantes de l’UE est très excédentaire grâce aux échanges de services. Grâce aussi à l’?atonie de la croissance dans l’UE.

          2 bémols toutefois. Les autres pays européens n’avaient pas vocation à rester des pays à bas salaires. Et soyons lucides toutefois. Libre-échangisme ou pas, de toute façon il y a une pression croissante de la concurrence du fait de la diffusion des technologies et des compétences. Les pays émergents imposent des clauses de production locale aux entreprises occidentales. Donc de toute façon, il y a une pression à l’harmonisation des conditions de rémunération. Et en plus, la poursuite des gains de productivité et la dès intermédiation réduit les marges et le besoin de travail salarié.

          L’OTAN aurait dû être dissoute lors de la chute de l’URSS mais la plupart des pays européens ne le voulaient pas parce qu’ils aiment la tutelle américaine, le fait de ne pas à avoir payer autant que nécessaire pour leur défense.

          Savez-vous pourquoi la fortune des plus riches et leurs revenus augmentent beaucoup plus vite que celle des autres ? Notamment à cause de la politique de taux zéro qui avantagent les détenteurs de capitaux et leur permet d’inflater la valeur des actifs détenus par les riches.


          • Frédérique Le 10 décembre 2015 à 00h30
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            Pouvez vous expliquer succinctement comment la politique de taux zéro peut avantager les détenteurs de capitaux et par quel procédé elle augmente la valeurs des actifs?
            Ca m’intéresse bigrement!


          • anonyme Le 10 décembre 2015 à 19h57
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            “Donc de toute façon, il y a une pression à l’harmonisation des conditions de rémunération.”

            NON ! C’est l’exigence des propriétaires des transnationales pour réduire les droits de douane qui impose cette harmonisation. RIEN n’empêchait de postuler que les droits de douanes s’élèvent au différentiel des cotisations sociales et par là réduisent l’endettement et établissent une concurrence “honnête”.

            La totale liberté des capitaux de l’UE impose une concurrence déloyale entre les salariés. Elle ne profite qu’aux détenteurs des capitaux.

            l’UE est bien une machine de guerre pour les 0,001% les plus riches qui esclavagisent le reste du monde (et dévastent la planète).


            • Furax Le 10 décembre 2015 à 23h44
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              Si, cela revient au même car c’est transitif.

              Maintenir des droits de douane élevés, c’est interdire le carry-trade. Dit autrement, c’est réduire le pouvoir d’achat du consommateur individuel en l’obligeant à réduire son pouvoir d’achat individuel en l’obligeant à acheter plus cher un bien ou service produit dans son pays plutôt que de l’acheter à l’étranger.

              Nominalement, la richesse est plus forte. En réalité, l’écart de richesse est bien moindre. C’est ce que retrace la notion de richesse à parité de pouvoir d’achat dont l’utilisation s’est beaucoup répandue.

              Jouer sur les droits de douane ou sur le taux de change, cela produit le même effet.


  4. gracques Le 09 décembre 2015 à 09h19
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    Le programme du FN dit tout et n’importe quoi et quand il s’agira de l’appliquer ne restera que la matraque contre les syndicalistes “gauchistes” et les “non intégrés” repeints en boucs émissaires.
    Rien de commun entre une marine Lepen dans le nord(ouvriériste) et sa nièce au sud (traditionaliste , héritière de daudet et mauras)….. le FN est un parti de lignage tout comme l’Arabie saoudite , avec les mêmes défauts .


    • Sébastien Le 10 décembre 2015 à 17h17
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      Excusez-moi, vous parlez bien des syndicats qui ne représentent personne, qui trahissent leurs militants et qui dinent et magouillent avec ceux qui détiennent le pouvoir en place depuis plus de quarante ans?


  5. Gibbs Le 09 décembre 2015 à 10h06
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    Les EU aussi peuvent être considérer comme ennemis dans ce cas, car ils nous entraînent dans des guerres perdus d avance et crée de l’instabilités chez nous qui mènent aux événements tragiques que nous avons connu. Que dire des israeliens, des dictatures africaines, … c’ est ce que l’on appel la diplomatie : qui normalement doit être de veiller au intérêt de la France mais aussi garantir sa sécurité. Le fait est qu aujourd’hui elle est au mains d’incapables aux ordre des EU.
    Dans le fouillis au MO, les pétromonarchies y sont pour quelque chose (ils y voient certainement leurs intérêts), mais la raison principale du chaos de la région sont les guerres ou croisades occidentales avec en tête les EU. Putin et la Russie ont décider de veiller a leurs intérêt hors de leurs frontière comme le font les US (et au passage faire une démonstration de leur capacité millitaire). Sans oublier la puissance régional qu est israel qui sort “gagnante” pour le moment par l anéantissement ou l affaiblissement de ses concurrents régionaux (Irak, Syrie, iran…) .

    Pour finir, tout le monde fait de la vrai diplomatie sauf les européens et donc la France (car les autres pays y compris les anglais sont en retrait aujourdhui)


  6. DVA Le 09 décembre 2015 à 11h10
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    http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_les-ventes-d-armes-wallonnes-a-l-arabie-saoudite-explosent?id=9159539
    http://www.rtl.be/info/belgique/economie/euromilliards-les-ventes-d-armes-wallonnes-a-l-arabie-saoudite-explosent-777592.aspx
    http://www.rtl.be/info/belgique/politique/reynders-la-flandre-la-wallonie-et-bruxelles-sont-toutes-concernees-par-l-arabie-saoudite-777355.aspx

    Pas qu’en France, en Wallonnie aussi …pas moins de 3 milliards pour ma région…
    Maintenant avec un taux de chômage élevé…les choix de recyclages de ce genre d’entreprises sont délicats…
    Mais ‘ recevoir ‘ sur la tête un jour les bombes que nous avons fabriqué …est un autre choix …


  7. Jagajaga Le 09 décembre 2015 à 12h02
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    “L’Etat saoudien lui-même, où ce qui en tient lieu, est incapable de vérifier ce que font les princes saoudiens en matière de financement, par exemple.”

    A force de lectures, j’ai l’impression que l’affirmation “l’Arabie Saoudite finance le jihadisme”, bien que vraie, appelle pas mal de nuances.
    O.B., si vous me lisez, je trouve que ça serait intéressant de consacrer quelques posts à des articles de fond sur la formation de l’Arabie Saoudite, sa sociologie, le jeu politique intérieur et son articulation avec la politique étrangère du pays, etc.


    • Prométhée Enchaîné Le 09 décembre 2015 à 13h33
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      J’ai eu les mêmes lectures que vous alors. J’ai même douté de ce que disait également Trévidic, à savoir que le problème était lié au salafisme et aux monarchies du Golfe, car une professionnelle travaillant à “déradicaliser” disait que les principaux cas n’avaient aucun intérêt pour la religion au départ, mais avec la délinquance, le banditisme, et des problèmes familiaux majeurs (Kouachi, Merah, mais pas toujours).
      Pourtant ce ne sont pas les seuls aspects du problème. Selon Pierre Conesa, c’est la diffusion de l’idéologie wahhabite qui est le fil conducteur de ce terrorisme là. Il remonte déjà à l’Afghanistan où la majeure partie des combattants venait d’Arabie Saoudite, et où, avec le soutien de la CIA, la politique de radicalisation a été mise en oeuvre, aboutissant au régime des talibans. C’est cette idéologie radicale qui forment la continuité entre les moudjahidin, Al Qaida et l’EI. Et l’EI ne compte pas que sur la religion pour convertir.

      Le terrorisme a bel et bien existé en dehors de cette idéologie bien sûr, mais par exemple, pour l’Algérie, il a cessé aussitôt que l’indépendance a été accordée, pour l’Iran c’est plus ou moins la même chose. La différence ici c’est que l’idéologie semble globalisée, ne cesse de prendre de l’ampleur et dans un combat permanent.

      C’est pour cela que je crois, contrairement à Pierre Conesa, que nous ne sommes pas uniquement dans une guerre de religion sunnites vs chiites, mais bien dans une guerre qui implique tous ceux qui sont visés directement et indirectement (par les déplacements de population par exemple) par l’EI, et que nous sommes obligés d’y prendre notre part. Et donc dans ce cadre, il paraît urgent de faire entendre aux Pays du Golfe notre opposition, car là se situe notre principale contradiction.


      • SEBLEB Le 10 décembre 2015 à 09h24
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        J’ai eu récemment via Facebook une discussion intéressante avec un arabe … Suisse. Nous parlions du wahhabisme, salafisme etc.

        Selon lui, notamment en Egypte, les salafistes sont plutôt a voir comme les Amish américains : très traditionalistes, décalés voire anachroniques, mais pas violents.
        Notamment il affirme qu’ils furent de tout temps opposés aux frères musulmans, a l’exception d’une courte collaboration lors du printemps Égyptien.

        Je n’ai pas creusé la question plus avant mais ça m’a interpellé.


        • Prométhée Enchaîné Le 10 décembre 2015 à 11h18
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          Je crois que c’est ce qui se dit généralement, que les salafistes sont opposés à la guerre et à tout un tas d’autres choses.

          Sauf qu’il existe un beau contre-exemple à l’idée que le salafisme n’aurait donc rien de dangereux : Fabien Clain et toute sa clique formait un groupe salafiste, vivant justement en amish… On connaît la suite.

          Je crois que c’est Conesa, encore lui, qui relève que le salafisme est anti-républicain dans le sens où même si son projet était de vivre à l’écart pacifiquement, la loi qu’il respecte se veut au-dessus de toute autre loi. Je n’apporterai pas de conclusion à cela car je n’en ai pas, mais je crois que ces deux éléments suffisent à mettre en cause le salafisme, sans compter que la diffusion de l’idéologie Saoudienne constitue le fil conducteur du djihad islamique (la guerre littérale, pas l’autre) : Talibans, Al Qaïda et EI.


  8. Koui Le 09 décembre 2015 à 12h17
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    Je crois que le financement du PS est assuré pour quelques années.
    Après viendra le procès, mais c’est encore loin.


  9. Le Wallon Le 09 décembre 2015 à 14h47
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    Concernant l’OTAN (dont, personnellement je n’approuve pas la présence dans mon pays) il faut savoir que ce sont les “élites” de la IVe République qui demandèrent sa création aux Américains (lesquels ne demandaient peut-être pas tant).


  10. Bertrand I. Le 09 décembre 2015 à 21h48
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    Merci pour l’itw! Voici également un autre entretien de Jean-François Bayart, publié semble-t-il dimanche passé, dans lequel il expose en détail ses réflexions et sa démarche suite aux attentats de Paris: http://www.jetdencre.ch/lentretien-jet-dencre-no-3-avec-jean-francois-bayart-9598.


  11. Inox Le 09 décembre 2015 à 23h55
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    Je crois qu’on peut même dire que l’ensemble des pays “développés” se comporte comme des junkies face aux pétrodollars et aux business en général. Une dose à n’importe quel prix, il n’y a plus d’éthique à ce niveau.


  12. Ber Le 10 décembre 2015 à 03h54
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    A côté de Sarkozy et hollande, toujours le roi d arabie saoudite pour représenter cette entente avec le diable. Mais il faudrait à côté mettre également Obama, il n’y a pas pire état terroriste, il n’y a pas pire entente.


  13. anonyme Le 10 décembre 2015 à 10h16
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    Par la suite, Sarkozy a joué la surenchère, en faisant du Qatar notre principal partenaire dans le Golfe, avec de toute évidence l’existence de contreparties, sur lesquelles nous n’avons pas d’information.

    Si on sait que le Qatar a des privilèges sur ses impôts en France qui sont ridicules ou nuls.


  14. Sébastien Le 10 décembre 2015 à 17h21
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    Je me suis arrêté au titre (avant de lire le reste): l’argent. De quel argent on parle?
    Je n’ai pas lu une seule fois le mot “Dollar”. Encore un article qui se sert de l’Arabie Saoudite comme cache-sexe de Wall Street.
    Il est vrai qu’il est moins risqué de s’en prendre à une dynastie de gardiens de chèvres promus Rois du pétrole.
    Edit: promus par qui?….


  15. Fiet84 Le 11 décembre 2015 à 08h26
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    pour rebondir sur le thème du Qatar, en consultant l’indice de perception de la corruption des pays ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_perception_de_la_corruption#Classement ), on peut constater que la France est classée 26ème ex-æquo avec………………..le Qatar!!!
    ça s’invente pas…!


  16. olivier M Le 11 décembre 2015 à 23h07
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    Traduction: les francais sont drogues au petrole qui fournit de l’argent aux pétromonarchies.

    Le maitre s’etonne que des esclaves tuent ses enfants.
    Le riche s’etonne que le smicard ne puisse pas se nourrir de langoustes chaque dimanche.

    La guillotine, c’est un mythe, tout comme la brioche.


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