Jean-Clément Jeanbart, né en 1943 (73 ans) à Alep (Syrie) est un prélat catholique syrien de l’Église grecque-catholique melkite. Il est archevêque de l’archéparchie d’Alep depuis 1995. Dès le début de la guerre civile syrienne en 2011, il est particulièrement actif dans la protection des fidèles, persécutés par les islamistes.

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Voici une compilation de sa vision (qui n’est bien entendu pas non plus forcément LA vérité, mais qui aide à mieux la cerner) depuis un an – à rebrousse-poil de celle de François Hollande et donc de nos médias…

14 octobre 2015

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« En Syrie, les chrétiens ne voient pas d’alternative à Bachar el-Assad »

L’archevêque grec-catholique d’Alep, Jean-Clément Jeanbart, décrit la situation dramatique des chrétiens en Syrie et estime que le régime de Damas est pour l’instant leur plus sûr bouclier

L’archevêque grec catholique Jean-Clément Jeanbart montre des photos d’Alep, la capitale économique de la Syrie coupée en deux depuis l’offensive des rebelles en 2012. Les tirs de mortiers répondent aux barils d’explosifs largués par l’armée syrienne sur les quartiers tenus par les rebelles, à moins que cela soit l’inverse. Plus personne dans cette ville martyrisée ne sait exactement. L’archevêché a été durement touché par les bombes. Jean-Clément Jeanbart a dû déménager dans un couvent plus loin de la ligne de front, réfugié dans sa propre ville, comme beaucoup d’autres chrétiens. L’archevêque était à Genève à l’invitation du cercle international de la Fondation pour Genève.

Le Temps: Combien de chrétiens restent-ils à Alep?

Jean-Clément Jeanbart: Je n’ai pas de chiffres précis mais il doit en rester un peu moins que 100 000, soit deux fois moins qu’avant la guerre. Tous les chrétiens résident dans la partie de la ville contrôlée par le gouvernement. Beaucoup se sont réfugiés dans d’autres parties de la Syrie ou dans les pays voisins, au Liban ou en Jordanie. Le problème, ce sont ceux qui ont émigré en Europe ou outre-Atlantique.

Pourquoi est-ce un plus grand problème?

Parce qu’ils ne reviendront probablement pas. L’émigration saigne les communautés chrétiennes de Syrie, une présence deux fois millénaire. Les premiers chrétiens à avoir été baptisés après les apôtres étaient syriens. Ils étaient venus à Jérusalem pour le pèlerinage de la Pentecôte juive. À l’époque, on ne baptisait que des juifs, le peuple de Dieu. Il était plus dangereux de se convertir pour les habitants de Jérusalem que pour les pèlerins. On estime que 3000 d’entre eux venus d’Alep, de Damas, d’Homs, de Sidon, de Tyr, au Liban, et d’autres villes du Proche-Orient ont été baptisés. Plus tard, Saint-Paul a été le premier à baptiser des non-juifs. Il a été lui-même converti, baptisé et ordonné prêtre par l’Église de Syrie.

Comment reprocher aux gens de vouloir quitter un pays en guerre?

C’est vrai: les chrétiens avaient perdu espoir. Nos jeunes partaient, parce qu’ils étaient préoccupés pour leur avenir et ne voulaient pas être enrôlés dans l’armée. Parfois, ce sont leurs parents qui les incitaient à fuir. Il y a déjà eu tellement de morts. Je reproche à certains pays de favoriser l’émigration massive des Syriens. Je ne crois pas à la possibilité de tels mouvements de population vers l’Europe sans complicité. […]

Qui aurait intérêt à encourager l’exode des Syriens?

Avec le nombre de réfugiés qui arrivent en Europe, il devient plus facile de justifier des solutions radicales. Certains se demandent quelle pourrait être la suite. Une nouvelle intervention militaire en Syrie ou une zone d’exclusion aérienne. Pour l’instant, les Occidentaux s’y sont refusés mais cela pourrait changer.

Vous semblez particulièrement remonté contre la Turquie?

Alep faisait autrefois partie de l’Empire ottoman et le sultan considérait que c’était son bien le plus précieux. Sans cette ville, la Syrie serait amputée de son poumon économique. Avant la guerre, il y avait plus de 1400 usines qui employaient plus d’un million d’ouvriers. Tout a été détruit par les groupes armés à la solde des pays étrangers. À Pâques, un quartier chrétien et arménien a été bombardé par les rebelles. Il y a eu une quarantaine de morts. Ce n’était pas un hasard: le pape venait de reconnaître le génocide des Arméniens par les Turcs. Beaucoup d’Arméniens ont fui Alep, car ils craignaient de connaître le même sort que leurs ancêtres.

Ce sont maintenant les Russes qui bombardent en Syrie.

Ces frappes ont redonné espoir aux chrétiens. Voilà la réalité. J’ai parlé avec de nombreux collègues mais aussi des laïques. Tous voyaient désormais une lueur d’espoir pour que chacun se mette enfin autour d’une table pour mettre un terme à cette guerre folle et inhumaine. Avant le conflit, nous avions commencé à construire quelque 70 appartements à Alep pour des jeunes familles chrétiennes. Le chantier a dû être interrompu à cause des combats et certaines familles ont tenu à récupérer leur argent, même si la livre syrienne s’est effondrée. Juste après le début des frappes russes, une famille nous a suppliés de la reprendre à nouveau dans le projet. Ils croyaient à nouveau à la possibilité d’une solution position.

Mais, depuis le début des bombardements russes, l’État islamique s’est rapproché d’Alep. Ne craignez-vous pas une prise de la ville?

Cela ne veut rien dire. Comme Raqqa, le fief de l’État islamique, est visé, il est logique que les djihadistes se soient repliés aux abords d’Alep, où ils ont toujours été présents. L’armée syrienne semble avoir renforcé ses positions dans la ville.

Sur le terrain, ce sont surtout les rebelles anti-Assad qui combattent l’État islamique.

Peut-être mais ils les avaient auparavant invités en Syrie. Quand il est apparu que l’État islamique voulait en réalité les dominer et créer son propre califat, ils se sont alors mis à le combattre.

N’y a-t-il pas de rebelles syriens qui trouvent grâce à vos yeux?

Les rebelles modérés existent encore mais ils sont trop peu nombreux. La plupart ont fui le pays ou se sont réconciliés avec d’autres factions. La majorité des musulmans syriens sont modérés. Mais leur voix est étouffée par les cris des plus aguerris et des plus fanatiques. C’est une autre forme de dictature.

L’avenir de la Syrie peut-elle passer par le maintien au pouvoir de Bachar el-Assad?

Pas nécessairement mais le problème est que 80% de ses opposants sont des fondamentalistes. Nous réclamons un régime démocratique, pluraliste et non-confessionnel, gardien de la liberté religieuse des nombreuses dénominations de Syrie. Si les djihadistes et les autres groupes étaient prêts à garantir que nos fidèles ne soient pas égorgés, exécutés ou obligés de renier leur foi pour trouver un emploi ou un logement, nous ne verrions pas d’inconvénient à ce qu’ils exercent le pouvoir. Mais ce n’est pas le cas. Nous ne voyons donc pour le moment pas d’alternative au régime de Bachar el-Assad.

Vous ne voyez vraiment personne à même de le remplacer, alors qu’il a tellement de sang sur les mains?

Vous savez, c’est un homme cultivé et ouvert. Il a d’ailleurs épousé une femme née et éduquée au Royaume-Uni. Cela montre une sympathie pour l’éducation à la démocratie et aux valeurs qu’elle a reçues. Ce n’est pas vraiment le profil d’un fanatique. Bachar el-Assad n’est pas aussi mauvais que vous le dites en Occident, où la vision de la situation est contaminée par l’argent versé par certains pays. Ils ont intérêt à affaiblir la Syrie mais, contre toute attente, elle résiste encore. Bachar el-Assad a-t-il plus de sang sur les mains que les autres? Franchement, je n’en sais rien. Au début du conflit, il a plutôt fait preuve de retenue. Ce n’est pas le pire président de la région et il est encore aimé en Syrie. Il ne demanderait sans doute pas mieux que de sortir de ce guêpier. Une fois la guerre terminée, je ne serais pas surpris qu’il ne se représente pas à de nouvelles élections. De toute façon, le camp loyaliste devra forcément être inclu dans le futur règlement de paix.

Rangez-vous tous les chrétiens dans le camp du président?

Non. Ils ne sont pas nécessairement tous loyalistes, mais ils trouvent que jusqu’à présent ils n’ont pas été maltraités par ce régime. Nous voulons surtout la fin de la guerre et son cortège d’atrocités et la réconciliation et la concorde entre tous les Syriens.

Source : Le Temps

28 janvier 2016

L’archevêque d’Alep en Syrie : l’incitation à l’immigration est “une déportation”

Publié le dans International

La 7ème Nuit des Témoins se tiendra ce vendredi soir à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Milices armées, Bachar Al-Assad, immigration : Mgr Jean-Clément Jeanbart, archevêque d’Alep en Syrie, racontera la situation dans son pays. Il était notre Grand Témoin.
Alep, Mgr Jean-Clément Jeanbart la connaît bien. Et pour cause : il y a vu le jour  en 1943 au sein d’une famille grecque-catholique melktite de douze enfants. ordonnée prêtre en 1968n cela fait maintenant plus de 20 ans qu’il est archevêque d’Alep. Une ville de Syrie qui, il y a deux ans encore, était inaccessible. « C’était très difficile de se déplacer et de maintenir des liens avec l’extérieur », raconte-t-il, « désormais, nous pouvons maintenant sortir, il y a une route latérale qui nous permet d’aller jusqu’au Liban pour prendre l’avion, les lignes téléphoniques fonctionnent de nouveau, l’internet reprend ». La vie quotidienne n’est pas pour autant meilleure : pas d’électricité, pas d’eau. « Notre eau vient de l’Euphrate, les canalisations ont été coupées par les rebelles », explique Mgr Jeanbart, « Alep est une ville de trois millions d’habitants, imaginez ce que c’est sans eau ! ». Autrefois, plus d’un million d’ouvriers travaillaient dans les usines, Alep étant la ville la plus industrialisée d’Orient. « Ces usines ont été rasées par les rebelles ».

« De très bonnes relations avec les musulmans »Umayyad Mosque in Aleppo

Pour autant, la moitié des chrétiens sont restés sur place. Du coup, explique l’archevêque d’Alep, « l’affluence est plus importante aux célébrations religieuses, les gens viennent plus qu’avant. Nous n’avons aucun problème à vivre notre vie religieuse là où il y a le gouvernement. Nous avons de très bonnes relations avec les musulmans. Ils représentent 80 % des habitants ». Mgr Jeanbart souligne également que les écoles sont toujours debout, accueillant à la fois des élèves chrétiens et des élèves musulmans.

L’immigration : une Syrie vidée de ses « forces vives »

Quelques chiffres qui en disent long : avant le début de la guerre, la Syrie comptait 22 millions d’habitants. Aujourd’hui, 12 millions de personnes ont perdu leur logement. 8 millions ont été déplacées à l’intérieur du pays et 4 millions sont parties à l’étranger. « Devant cette grande catastrophe qu’est l’exode des chrétiens, il ne faut pas baisser les bras, même si on se demande toujours si tout le monde ne va pas partir », lance Mgr Jeanbart qui n’hésite pas à parler de « déportation ». Et l’archevêque d’Alep d’expliquer :« Nous avons vu non seulement des gens partir, mais aussi des pays offrir le transport par avion gratuit, donner des visas à peine demandés… Tout à coup,  on les emmène, on prend les quelques forces humaines restantes… C’est comme si c’était une déportation ». Un mot fort, que reprend à son compte le directeur général de l’AED en France, Marc Fromager : « Derrière ce mot, il y a l’action voulue et organisée de prélever de la Syrie les forces vives, on peut parler de rapt« , ajoute-t-il, « La plupart des migrants arrivés cet été en Europe sont des hommes jeunes, qui pourraient reconstruire le Moyen-Orient, notamment la Syrie, lorsque la guerre sera terminée. Si tout le monde est parti, qui va reconstruire ce pays ? Le mot ‘déportation’ est fort mais correspond à la réalité ».

Un complot occidental ?

Mgr Jeanbart, lui, va plus loin et s’interroge : « C’est la première fois de l’histoire que des centaine de milliers de personnes se déplacent comme ça, sous les yeux de la Turquie qui avait les moyens de les empêcher de passer. Cela justifiait auprès de l’opinion publique un silence et un laissez-faire face à d’éventuelles frappes », souligne l’archevêque d’Alep, « je suis de plus en plus persuadé qu’il y avait un complot pour justifier une intervention militaire musclée en Syrie. Un complot des Etats-Unis, de l’Europe, de l’OTAN. Mais la donne a changé avec l’intervention soudaine russe, ils ont été pris de court ». Mgr Jeanbart le répète, il ne s’agit là pas d’une information mais d’une opinion personnelle. Il rappelle également que le pape François a, dès le début du conflit, été très positif envers la Syrie en demandant qu’il n’y ait pas de frappes. « Il a toujours poussé à une solution politique ». Revenant sur la situation des migrants, il rappelle les deux points de vue. Le point de vue occidental d’abord : « Si des réfugiés arrivent, il faut les accueillir, on ne peut pas les laisser dans leur souffrance et leur désarroi ». Le point de vue syrien, ensuite : « De notre côté, partir fait du tort au pays et aux immigrants eux-mêmes, car ils rêvent d’un monde meilleur. Ce monde meilleur, s’il y a des réformes dans le pays, ils l’auront sur place, peut-être mieux qu’en Europe ».

Pourparlers : « un signe d’espoir et de sérieux dans la recherche d’une solution politique »

Évoquant les discussions politiques : « Je trouve que la solution politique serait que tout le monde mette un peu d’eau dans son vin, on ne peut pas parler de vin avec nos frères musulmans qui ne boivent pas, c’est une expression », explique dans un sourire Mgr Jeanbart, « il faut que l’on trouve un dénominateur commun qui puisse mettre à l’aise tout le monde ». Il explique : « Le gouvernement syrien refuse absolument que le dénominateur commun soit religieux, confessionnel. Il tient à un pays laïc, non dans le sens opposé à l’islam ou au christianisme, mais laissant le domaine religieux dans le privé, séparé de la politique ». L’opposition rebelle n’est évidemment pas d’accord. Pour l’Archevêque, le Président Bachar Al-Assad n’est donc pas le problème. Opinion partagée par Marc Fromager : « C’est aux Syriens de décider », dit-il, « vu la dangerosité de l’Etat Islamique qui commence à se retourner contre ses parrains originaux –  locaux comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie ou occidentaux comme les Etats-Unis, la France et l’Allemagne – et avec l’intervention russe qui redistribue les cartes dans la région, on peut espérer qu’un jour tout le monde se mettra d’accord sur la nécessité de réduire sérieusement la capacité de nuisance des l’EI, mais pour le moment nous n’y sommes pas encore… Si l’on voulait vraiment mettre fin à cette guerre, la seule solution est pour le moment le scénario russe, défendre l’Etat syrien, d’attaquer l’ensemble des rebelles, y compris les pseudo-modérés qui n’existent pas« .

Pire sans Bachar Al-Assad ?

Mgr Jeanbart défend, lui aussi, le maintien de la structure politique actuelle : « En maintenant le gouvernement, l’armée, l’Etat, on sauvegarde le pays d’une guerre civile. Si le régime coulait, le Président s’en allait, ce serait une infinité de guerres locales partout. Les gens s’entre-tueraient. Ce serait terrible.Bachar Al-Assad n’est pas seulement une personne, un symbole, il a toute une population derrière lui… Il faut donner la possibilité à la Syrie de continuer à vivre. Si la Syrie n’est plus gouvernable, les pays limitrophes pourront prendre une partie du pays et faire ce qu’ils veulent. Il faut éviter le chaos. Sans ça, vous n’aurez plus de chrétiens, de minorités, il y aura des atrocités ».

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Source : Radio Notre Dame

29 janvier 2016

L’archevêque d’Alep appelle les Syriens à ne pas fuir le pays

L’archevêque d’Alep regrette que la Syrie “se vide”, alors que des millions de personnes ont déjà quitté le pays à cause de la guerre.

Source : BFM

30 janvier 2016

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Si Bachar Al-Assad quitte le pouvoir, ce sera la guerre civile

« Je suis inquiet parce que je vois nos fidèles partir. Avec l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés en Europe, j’ai peur de l’avenir. Je sens comme si une déportation de notre population était organisée, surtout de notre population productive, ceux qui pouvaient reconstruire le pays et l’Église. C’est la classe moyenne, la charnière et la colonne vertébrale de notre société, qui est en train d’être absorbée ».

L’archevêque d’Alep adresse ainsi un message aux chrétiens d’Occident. « Je voudrais que vous vous rappeliez que les premiers chrétiens sont les chrétiens de Syrie. L’Église a commencé chez nous. J’appelle les chrétiens d’Europe et du monde entier à ne pas oublier cette Église et à la préserver », lance-t-il.

Des pourparlers entre l’ONU et les représentants du régime de Damas ont débuté à Genève le vendredi 29 janvier. Y-a-t-il encore des raisons de croire à la paix en Syrie ? « Tout dialogue est positif. Toutes les fois que deux personnes de bonne volonté se rencontrent, elles trouvent toujours des lieux communs même si ça prend un peu de temps ».

Le président iranien Hassan Rohani, en visite à Paris il y a quelques jours, a expliqué qu’en l’état actuel des choses, il n’y a pas d’autres solutions que de maintenir Bachar Al-Assad au pouvoir. « Il a raison. Si, par malheur, le président part, ce sera la guerre civile. Ce sera tout le monde contre tout le monde et on s’entretuera. Maintenant, c’est le gouvernement, l’armée contre l’opposition et les rebelles. Sans le président, ce sera l’armée qui s’entretuera, les gens et les différentes communautés qui s’entretueront ».

9 février 2016

L’archevêque d’Alep estime que “la moitié des chrétiens ont quitté” la ville

L’archevêque d’Alep, Monseigneur Jean-Clément Jeanbart, redoute que les chrétiens d’Orient ne reviennent plus en Syrie. “Ce que nous voulons, c’est que les Syriens vivent de nouveau ensemble “, a-t-il répété, ce mardi sur RMC.

Source : RMC

28 avril 2016

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Le grand entretien. Mgr Jean-Clément Jeanbart : « La France n’aurait jamais dû soutenir la rébellion syrienne »

L’archevêque d’Alep était l’invité jeudi 21 avril de l’association SOS chrétiens d’Orient qui lui a remis un chèque de 150 000 euros destiné à la reconstruction de sa ville martyre.

Quelle est la situation à Alep ?
Mgr Jean-Clément Jeanbart : La trêve a été interrompue. De violents combats ont eu lieu autour de la ville qui vont causer de nouvelles violences et un nombre croissant de victimes. Certains États ne veulent pas la paix dans les circonstances actuelles et espèrent au contraire que la situation se renverse. Je pense à la Turquie en particulier mais aussi Israël et l’Arabie saoudite. Une solution diplomatique compromettrait leur objectif de voir la Syrie se désintégrer. Les djihadistes sont pris en étau tandis que l’armée est sur le point de les encercler. Les Alepins sentent qu’une grande offensive approche et sont profondément préoccupés. Approximativement un million de personnes sont encore dans la ville. Pour vous donner une idée, avant la guerre plus de trois millions d’habitants vivaient à Alep. Il est donc terrible de voir cette ville en pleine expansion ainsi démolie…

Malgré tout, peut-on croire en une issue prochaine du conflit ?
Je pense que oui dans le mesure où de nombreuses personnes de l’opposition ont réalisé qu’il était absurde de continuer de s’entretuer. D’un autre côté, l’opposition basée à Ryad (Arabie saoudite, ndlr), la plus réticente aux négociations, a finalement rejoint la table des négociations à Genève. Troisièmement, la conjoncture internationale a considérablement changé, autant pour l’Europe qui subit la menace du terrorisme que pour les États-Unis et la Russie qui s’accordent. On est arrivé à un point où exclure la Russie n’est plus possible, contrairement à ce qu’espérait au départ l’OTAN. Après son intervention et son succès.

Vladimir Poutine se place désormais en grand défenseur des chrétiens d’Orient, ressentez-vous les choses de la même manière ?
Il peut bien se présenter comme il veut ! Mais il faut reconnaître que nous avons été soulagés par l’intervention russe parce qu’elle a éloigné les terroristes les plus fondamentalistes, Daesh et al-Nosra qui sont ceux qui inquiètent le plus les chrétiens. Même les musulmans syriens ne sont pas épargnés par ces islamistes : la majorité des musulmans de Syrie sont modérés, considèrent que la religion est importante au même titre que leur citoyenneté. Dans ce pays, demander à quelqu’un sa religion est presque impoli. Ce qui compte c’est que l’on vive ensemble et que l’on partage une nationalité. Cela ne veut pas dire que la société était parfaite, il y avait beaucoup de réformes importantes, mais sur le plan de la laïcité du moins la situation convenait à tous.

Quelle est votre position vis-à-vis de Bachar el-Assad ?
Notre position est la suivante, vis-à-vis de qui que ce soit : notre avis sera positif dès l’instant où cette personne nous donnera le droit de vivre décemment dans notre pays. Celui qui vient et qui nous garantit ce droit et la liberté d’être nous-mêmes, d’avoir notre religion tout en étant un citoyen avec tous les droits et devoirs que cela comporte, celui-là est le bienvenu. Nous craignons que l’opposition ne soit pas capable de nous donner cet élément indispensable à notre vie dans ce pays qui est le nôtre finalement. Par la force des choses, nous refusons donc la rébellion telle qu’elle se présente. Nous ne refusons pas une opposition modérée, capable de vivre en harmonie avec toutes les différentes populations.

Vous refusez de personnaliser le conflit en quelque sorte ?
Oui car c’est en réalité un conflit entre différentes façons de concevoir la citoyenneté : une identité monolithique et confessionnaliste face à une identité laïque où le citoyen se sent fils de ce pays parce qu’il y est né, qu’il remplit son devoir pour celui-ci, qu’il le sert et veut le bâtir. En parallèle, qu’il soit musulman ou chrétien, l’important est qu’il soit libre. Nous sommes favorables à cette dernière conception des choses et soutiendrons la personne – ou le groupe ou gouvernement – qui nous donnera cela. […]

La politique de la France envers la Syrie vous a-t-elle déçu ces dernières années ?
Oui parce que nous aimons la France et que c’est un pays que nous considérions comme ami. Nous avons passé beaucoup d’années à étudier la langue, la culture, la littérature et l’Histoire de votre pays. Nous sommes d’une certaine manière des enfants de France. Vous comprenez alors que cela nous déconcerte de la voir nous délaisser comme cela parce que nous ne sommes pas assez riches à ses yeux, elle à qui nous avons donné notre cœur et pour laquelle nous avons tout tenté pour la faire aimer de nos concitoyens.

Qu’aurait dû faire le gouvernement français selon vous ?
Ne pas soutenir la rébellion armée. S’il n’y avait pas eu d’opposition armée, nous aurions fait partie de l’opposition ! Il fallait faire un effort pour améliorer ce qui existait et non pas soutenir ceux qui détruisent tout.

Les relations tendent à s’améliorer ?
Oui sans aucun doute, beaucoup de sénateurs, de députés ont visité dernièrement la Syrie et commencent maintenant à revenir sur leur position initiale. On sent qu’il y a davantage de discrétion dans les déclarations et moins d’agressivité.

Comment percevez-vous l’initiative du pape François de ramener des musulmans avec lui jusqu’au Vatican ?
C’est une très bonne chose ! C’est un signe envoyé aux musulmans que les chrétiens les aiment et c’est un fait, nous les aimons et ne leur voulons que du bien. Mais il faut qu’ils nous aiment aussi et qu’ils n’aient pas peur de nous. Il ne faut pas interpréter d’une mauvaise façon le geste du Pape et croire qu’il encourage les Syriens à quitter leur pays, je suis sûr que ce n’est pas ce qu’il souhaite. Cela me plaît que François sème un peu de doute sur son action, qu’il veuille n’être que Miséricorde et non pas un instrument politique. Tout comme lorsque le Saint-Père invite chaque paroisse à accueillir une famille. Il n’a pas dit que tous les Syriens devaient aller vivre en France mais seulement que ceux qui étaient déjà sur place, désemparés, puissent être accueillis. Il y a une grande différence entre « Accueillez-les tous » et « Soutenez une famille dans la détresse ». […]

Propos recueillis par Arthur Herlin

26 juillet 2016

Msg Jeanbart : « La Paix reviendra par la force des choses… »

Msg Jeanbart, archevêque d’Alep en Syrie, préside le Grand pardon. Dans un contexte international tendu, il vient en messager. Combatif défenseur de la Paix, il porte l’espoir des Chrétiens d’Orient persécutés.
Msg Jean-Clément Jeanbart, archevêque d’Alep en Syrie est l’invité du Grand pardon qu’il préside ce mardi aux côté de Msg Centène, évêque de Vannes. ” Sainte-Anne et moi, c’est une longue histoire, explique l’archevêque. Je prie Sainte-Anne depuis l’âge de 11 ans et je suis entré au grand séminaire de Sainte-Anne de Jérusalem avant d’être ordonné prêtre en 1968″.

Msg Jeanbart évoquera sans doute en jour de pardon, la situation des Chrétiens d’Orient. “Chaque jour, la ville compte de nouvelles victimes, c’est là le malheur. La partie administrative d’Alep est protégée des incursions jihadistes. Mais notre archevêché, situé entre la vieille ville, investie par les rebelles et la nouvelle ville, a déjà été visé six fois. Il règne une grande confusion dans l’opposition au régime de Bachar El Hassad”.

Source : Ouest France

4 août 2016

« Si vous nous voulez du bien, aidez-nous à rester chez nous »

Au-delà de la destruction du patrimoine religieux, des morts et de la faim, le «grand problème» des chrétiens de Syrie est «l’exode», un exode que le Canada a encouragé, déplore l’archevêque d’Alep, Jean-Clément Jeanbart. De passage au Canada à l’occasion du Congrès suprême des Chevaliers de Colomb, qui se termine aujourd’hui à Toronto, Monseigneur Jeanbart s’est entretenu avec La Presse au sujet de la guerre qui déchire la Syrie depuis plus de cinq ans et dont la fin approche, croit-il.

Plus de cinq ans après le début de la guerre civile, croyez-vous que l’issue est proche ?

Si vous m’aviez posé cette question il y a six mois, j’aurais hésité à vous répondre. Maintenant, je pense que les choses s’annoncent bien et qu’on a des raisons de croire que cette guerre-là sera terminée très bientôt. Peut-être même avant la fin de l’année. Je ne dis pas que la guerre cessera entièrement, mais au moins [ce niveau de] violence. Le siège d’Alep qui dure depuis cinq ans sera défait assez prochainement et, petit à petit, la solution va arriver.

Vous parlez du siège d’Alep. Comment les chrétiens d’Alep vivent-ils la guerre ?

Ils la vivent difficilement parce qu’ils ont peur, ils sont terrorisés, il y a des bombardements des quartiers, des mortiers qui tombent sur leurs maisons et sur eux. Il y avait aussi dans le temps, maintenant un peu moins, le risque d’incursion des terroristes dans la ville. Ils manquent de beaucoup [de choses], ils vivent modestement, pauvrement, mais ils continuent à vivre. Notre grand problème actuellement est l’émigration, l’exode, qui est encouragé par certains pays, mais qui peut nous rendre vraiment un très mauvais service et condamner cette Église deux fois millénaire, l’Église des premiers chrétiens, à la disparition, ce qui serait un grand drame.

Justement, dans quel état se trouve l’Église syrienne, aujourd’hui ?

Il y a eu beaucoup d’églises détruites, mais il y en a aussi beaucoup qui restent. Pour ce qui est du patrimoine ancien, archéologique, il n’y a pas énormément de destruction, à ce que je sache, mais nous avons perdu plus de 100 églises [actives]. Ce sont des églises récentes qui ont été atteintes. […] Grâce à Dieu, nous sommes encore au-delà de la moitié [de la communauté], mais nous espérons que la paix arrive et se fasse pour que ceux qui sont là restent. Après la guerre, il y aura beaucoup de travail, la vie sera différente, la liberté plus grande, nous aurons un nouveau pays où nous aurons la possibilité de vivre ensemble, respectueusement, les uns avec les autres. […] Vous savez, jusqu’à maintenant, nous vivons avec nos frères musulmans dans les villes. Le problème, ce sont les musulmans qui viennent de l’étranger et qui n’ont rien à voir avec nous. Les musulmans syriens sont habitués à vivre avec les chrétiens. Nous vivons très bien avec eux.

Vous déplorez l’exode des chrétiens et les pays qui l’encouragent, c’est clairement un reproche au Canada ?

J’aime le Canada, je trouve que c’est un acte de charité, mais je pense que vous auriez pu nous aider en faisant arrêter ces violences, en poussant les nations à ne pas financer les terroristes et à ne pas envoyer des armes et des mercenaires. Mais prendre nos fidèles chez vous… Vous avez un beau pays, très agréable, vous êtes gentils et accueillants, je n’ai pas à [vous] critiquer, mais vous êtes un peu trop gentils actuellement. […] Ce n’est pas ce qui peut nous aider. Si vous nous voulez du bien, aidez-nous à rester chez nous.

Mais il y a des gens qui meurent en Syrie, faut-il les inciter à rester chez eux ?

Non ! Ceux qui meurent, c’est autre chose. Mais les statistiques montrent qu’il y a très peu de morts parmi les chrétiens. Moi, j’ai fait une étude, il y en a, mais proportionnellement, ça ne représente pas ce que certains prétendent. Bien sûr, quand il y a danger de mort, je suis tout à fait d’accord, je serais le premier à leur dire de s’en aller. […] Il y a des cas malheureux, oui, mais ce n’est pas aussi important que ce qu’on pense.

En 2012, un an après le début de la guerre, vous avez dit faire confiance au président Bachar al-Assad… Est-ce toujours le cas ?

Jusqu’à maintenant, pour éviter une désintégration, une guerre civile, le président Assad peut être une solution provisoire. Il sera là jusqu’à établir un gouvernement qui puisse gérer le pays et il s’en ira de lui-même. Je pense qu’il ne tient pas à ce poste qui est vraiment très difficile et qui demande beaucoup de sacrifices.

Vous pensez qu’il ne s’accrochera pas au pouvoir ?

Non, non, non. Certainement pas. Il a tout ce qu’il faut pour être heureux ailleurs. […] À moins que le peuple le pousse malgré lui, mais je pense qu’il résistera.

Source : La Presse.ca

1er septembre 2016

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Le credo anti-islamiste de l’archevêque d’Alep

Pour Jean-Clément Jeanbart, la descente aux enfers de la Syrie correspond aux objectifs de l’Arabie saoudite et de la CIA américaine. Le meilleur allié des chrétiens? La Russie

Jean-Clément Jeanbart, l’archevêque d’Alep, a des raisons de s’alarmer. A Genève, où il est passé cette semaine après avoir été reçu au Vatican par le pape François, il a eu l’occasion de décrire une nouvelle fois la tragique situation que vivent aujourd’hui les chrétiens de Syrie. Mais le prélat apportait aussi une bonne nouvelle: ses mises en garde, qu’il répète inlassablement depuis le début de la guerre en Syrie, ont fait leur effet. «Notre vision des faits progresse. Les gens comprennent mieux ce qui est réellement en train de se passer», souligne-t-il.

Cette vision «chrétienne» du conflit, au demeurant, n’est pas très éloignée de celle que professent à satiété, par exemple, les médias de propagande russes lorsqu’ils évoquent la situation en Syrie.

OB : ce qui est drôle là-dedans, c’est à quel point pour un “journaliste” le fait que, sur ce point, l’hypothèse que le gouvernement russe puisse avoir bien plus raison que le gouvernement français est une abomination, un délire absolu… Puisque sur 100 % de sujets, la Russie a donc tort.

La guerre actuelle? Elle oppose désormais, grosso modo, les djihadistes à un pouvoir syrien qui, certes, a ses défauts mais qui reste le rempart essentiel face aux islamistes fanatiques. L’opposition modérée? «Elle avait du bon à l’origine, mais elle est sortie du jeu de la guerre. Aujourd’hui, elle n’existe pratiquement plus.»

Cette radicalisation de la guerre a un coupable principal, aux yeux du prélat : c’est l’Arabie saoudite, qui alimente désormais tous les opposants, regroupés dans la bouche de l’archevêque sous la même appellation de Daech (l’acronyme en arabe de l’organisation de l’État islamique). Mais cette descente aux enfers a aussi ses complices. Le sauve-qui-peut de millions de réfugiés syriens, par exemple, qui risquent leur vie pour fuir les combats et les barils d’explosifs largués par les hélicoptères du régime? «C’est un scénario monté par la CIA américaine afin de terroriser l’opinion publique internationale et de préparer une intervention contre Bachar el-Assad», assure Mgr Jeanbart.

De fait, une mise en scène similaire avait déjà été utilisée à l’heure de faire croire à l’utilisation d’armes chimiques à la Ghouta, près de Damas, qui a fait des centaines de morts en 2013 selon des enquêtes indépendantes. «C’était, là aussi, un prétexte des Américains pour bombarder Damas. Seule l’intervention du pape François a permis d’éviter ce qui se préparait», croit savoir l’archevêque.

Jean-Clément Jeanbart en convient: c’est désormais sur la Russie – quelles que soient ses raisons politiques inavouées – que reposent les espoirs des chrétiens d’Orient. Moscou a «bousculé» le projet fou qui consistait à tenter de «désintégrer la Syrie». […]

Mais l’archevêque le reconnaît également: il prêche surtout pour ses fidèles, dont il a à coeur de garantir la survie. Ainsi, pas un mot pour évoquer les quelque 200 000 personnes assiégées dans les quartiers de l’Est d’Alep qui subissent quotidiennement les bombardements des armées russe et syrienne et qui sont menacés de famine. C’est une zone contrôlée par «Daech». Et les chrétiens, là-bas, «se comptent sur les doigts d’une main».

Source : Le Temps ou

27 septembre 2016

le-point

L’archevêque d’Alep : “Si crimes de guerre il y a, ils sont perpétrés des deux côtés”

Mgr Jean-Clément Jeanbart, joint par téléphone dans la partie de la ville syrienne aux mains du régime de Bachar el-Assad, confie sa colère et son désarroi.

Le Point.fr : Comment vivez-vous actuellement à Alep ?

Jean-Clément Jeanbart : Nous arrivons à nous ravitailler, grâce aux organisations humanitaires, par exemple l’Unicef. Mais nous n’avons pas d’électricité, l’eau est souvent coupée, le travail devient impossible. Il n’y a plus d’emplois. Nous sommes terrorisés par ce qui se passe. La situation n’a jamais été aussi préoccupante. Ce que nous espérions avec la dernière trêve malheureusement n’a pas eu lieu. Qu’allons-nous devenir ? Depuis cinq ans nous vivons sous les bombes. Notre ville, naguère, était prospère, hyperactive, cosmopolite ; tout le monde pouvait y vivre ensemble, main dans la main. Et maintenant ?  Tout cela est réduit à néant. On dirait qu’Alep subit le même sort qu’Hiroshima ou Nagasaki. Allons-nous pouvoir un jour reconstruire tout cela ? Nous sommes terrassés, mais nous gardons espoir.

OHHHH le méchant provocateur, parler d’Hiroshima – dont les responsables n’ont jamais été poursuivis…

Partagez-vous les condamnations devant l’ONU des représentants français, américains et anglais dénonçant les bombardements russes et syriens comme « crimes de guerre » ?

Avant d’incriminer, il faut vérifier. Beaucoup d’informations arrivent de façon faussée. Je vois toutes ces violences, toutes ces batailles, mais je ne sais pas quelle conclusion en tirer… Si crimes de guerre il y a, ils sont perpétrés des deux côtés. Toute guerre est un crime. Je condamne la guerre d’où qu’elle vienne. Je vous dis cela en toute bonne foi. Je ne me couvre pas les yeux, je n’ai pas peur que l’on m’arrête. Je demande qu’une seule chose : que toutes les parties s’assoient autour d’une table, et on trouvera une solution. Mais si certains refusent le dialogue, qu’ils sortent ! Pour vivre ensemble, il faut d’abord respecter l’autre. Ce pays appartient à tous les Syriens. Personne ne peut prétendre à un droit exclusif sur cette terre. Arrêtons cette folie ! Que cherchez-vous ? Vous voulez détruire ce pays et vous le partager comme des loups ? C’est une guerre pleine de sang, d’argent, de corruption, de mensonges. Arrêtez de jouer en dessous de la table ! Laissez-nous tranquilles ! Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Je parle en homme d’Église, avec sa conscience et son cœur. Chaque jour qui passe, je souffre comme si je perdais un frère ou une sœur.

Quand nous nous étions vus à Paris il y a quelques mois vous imploriez les chrétiens de ne pas fuir Alep. Est-ce toujours votre état d’esprit ?

Oui, et plus que jamais, car, sans prétention, je pense que notre société a besoin des chrétiens parce qu’ils œuvrent pour la convivialité, l’acceptation de l’autre, la gratuité. Ici, les chrétiens ont souvent été à l’avant-garde, en médecine, en sciences et en urbanisme, notamment. La Syrie, qui a vu naître le christianisme et des centaines de millions de chrétiens qui ont contribué à son édification, est ma terre autant que celle des autres. Nous devons rester ici parce que nous y sommes enracinés, autant religieusement que socialement. En moins de deux ans, nous avons restauré 250 maisons pour que leurs habitants restent, nous avons fourni des prêts gratuits à 70 jeunes, nous avons proposé des bourses d’études pour 1 200 élèves, nous avons créé un centre de formation aux métiers du bâtiment, un centre de promotion pour les femmes, une coopérative alimentaire… Nous avons lancé un mouvement qui s’appelle Bâtir pour rester. Nous attendons avec impatience la paix, qui sera le salut de tout le monde. Le 6 octobre, nous rassemblerons plus de mille enfants chrétiens et musulmans de sept à douze ans pour prier ensemble pour la réconciliation et la paix.

Source : Le Point

28 septembre 2016

Voici une lettre de Mgr Jean-Clément Jeanbart, archevêque melkite d’Alep, datée du 28 septembre dernier :

Le monde entier est terrorisé à la vue de l’image d’Alep que lui ont servi les médias de masse ces derniers jours. Un grand nombre de nos amis de l’étranger se préoccupent pour nous et veulent avoir de nos nouvelles. Il est évident que nous vivons des moments tragiques de notre Histoire et ce qui arrive continue à faire souffrir Alep et les Alépins qui depuis cinq ans n’ont pu avoir aucun répit, tellement ils ont été harcelés et malmenés par les groupes armés venus, de toute part dans le monde, pour mener une soi-disant guerre sainte, dans un pays gouverné par des impies et des infidèles ! Depuis cinq ans maintenant ces terroristes font la loi, là où les autorités civiles du pays n’arrivent pas à être présentes. Ils ont semé la terreur partout, tué des dizaines de milliers d’innocents, détruits par milliers les usines, les commerces et les institutions de services publiques, saccagé les habitations et volé sans souci aucun, les biens du pays et des citoyens. Ils ont fait beaucoup de victimes innocentes, enlevé et sauvagement assassiné d’innombrables personnes pacifiques, y compris des religieuses, des prêtres et même des évêques.

Cela continue aujourd’hui, ce matin une dizaine d’obus sont tombés sur deux de nos quartiers résidentiels provoquant de nouvelles destructions et faisant, encore une fois, de nombreuses victimes entre morts et blessés. Des batailles font rage dans les banlieues de la ville, les rebelles du Front Al-Nosra essaient de reprendre position dans des zones considérées comme stratégiques, quasi totalement dépeuplées et presque entièrement détruites, qu’ils occupaient jusqu’en juin dernier dans la périphérie de la ville. Des vues de ces lieux de désolation totale sont largement diffusées par les chaînes de télévision : c’est là que les grandes batailles en cours ont lieu actuellement.

Nous avons mis de grands espoirs sur le cessez-le-feu décidé il y a trois semaines, nous souhaitons qu’il puisse permettre une pacification, suivie d’une réconciliation nationale et d’une reprise de la vie normale dans le pays ! Malheureusement cette trêve, fragilisée par les infractions continuelles des opposants radicaux, a été officiellement rompue il y a quelques jours, suite aux frappes inattendues de la Coalition, alliée des rebelles, sur Deir-El-Zor. Ces frappes ont atteint une base militaire de l’Armée syrienne et causé la mort de plus de 90 soldats présents dans leurs casernes, sans compter le nombre non déclaré de blessés. Est-ce que cette reprise des combats peut s’arrêter ? Nous le souhaitons et comptons pour cela sur la grâce de Dieu, seule capable d’éveiller la conscience des grands décideurs. Le spectacle horrifiant de ce qui se passe a de quoi secouer tout homme qui respecte la sacralité de la vie humaine. Si M. Staffan de Mistura [envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie] réussit à relancer le processus de paix déjà entamé, nous pouvons espérer une éclaircie et peut-être même des résultats concrets de pacification, préalable indispensable aux assises du dialogue tant souhaité.

Le plus dur pour les chrétiens présents actuellement à Alep serait de devoir vivre, matin et soir, dans l’anxiété d’une situation d’insécurité déstabilisante et d’incertitude troublante. Ils ont peur du lendemain, l’avenir de leurs enfants les préoccupe énormément. Imaginer qu’un jour un État d’obédience musulmane fondamentaliste leur serait imposé est pour eux un cauchemar insupportable. C’est la raison pour laquelle nous nous tournons vers nos frères en France et partout en Occident et nous les supplions de nous aider en faisant en sorte que cela n’advienne point. Nous ne leur demandons pas de faire la guerre pour nous, mais tout simplement de mettre un terme aux prétentions injustes de leurs alliés qui veulent nous imposer des lois vétustes, insupportables pour un homme du XXIe siècle qui veut être libre de choisir sa culture, son mode de vie et sa foi.

Nous faisons appel à nos frères en France pour prier pour nous et que toutes les femmes et tous les hommes Français soucieux de la dignité de l’être humain et épris de liberté, viennent à notre secours pour sortir notre pays chéri du gouffre du régime fondamentaliste dans lequel on cherche à nous plonger. De grâce, aidez-nous à continuer à vivre dignement sur cette terre bénie qui nous a vu naître et grandir !

23 octobre 2016

À Alep en Syrie, les tirs continuent de pleuvoir sur les quartiers Est et Ouest de la ville. Dans un communiqué, Mgr Jean-Clément Jeanbart archevêque grec melkite d’Alep confie sa tristesse et son inquiétude pour les populations civiles. Il appelle aussi à la solidarité entre chacun.

NOS DEUX PRINTEMPS
Nous nous étions imaginés au début de l’an 2011, que le mouvement populaire, que nous avions vu sur les places publiques de notre ville, allait nous conduire vers l’éclosion d’une ère nouvelle dans le pays, couronnée par un printemps de liberté, marqué par le bourgeonnement de pousses de liberté, de démocratie, de pluralisme, et par l’éclosion d’un esprit d’amitié allant en grandissant dans le cœur des citoyens.

Nous nous sommes attendus au meilleur à la vue de ce qui s’était passé les premiers mois du soulèvement mais l’image n’a pas tardé à se clarifier, et très vite, il nous est apparu, qu’en réalité, nous étions en proie à un mouvement biaisé et un prétendu ‘’ printemps arabe’’ qui n’avait point de roses pour décorer notre quotidien, ni de fleurs pour embellir nos sentiers. Tout ce que ce printemps de malheur nous a apporté, c’est la douleur, la misère et la destruction. Destruction qui a démoli nos maisons, nos institutions, et nos sources de revenu. Il a privé notre peuple de ses moyens et de son gagne-pain. Il a endeuillé et fait saigner de tristesse et de douleur le cœur d’un nombre considérable de mamans, de veuves et d’orphelins. Douleur, que chacun d’entre nous a ressenti à la vue des événements effroyables qui nous entourent et qui ont poussé au déplacement et à l’émigration un grand nombre des nôtres en recherche d’un peu de sécurité et de tranquillité.

Malheureusement, jour après jour, nous avons constaté que c’était bel et bien une conspiration vile et méprisable, une guerre contre notre pays pour le détruire, et tous les moyens étaient bons pour le faire saigner et le priver de ses ressources humaines et matérielles pour l’appauvrir en lui enlevant tous les éléments indispensables à une vie digne et respectable, et finir par l’aliéner sans espoir de retour.
Ce qui s’est passé nous a terrorisés et nous a conduits au bord du gouffre, ce qui a poussé beaucoup d’entre nous au désespoir et les a incités à s’en aller malgré eux, la mort dans l’âme, avec comme seul bagage le regret et la tristesse d’être loin de leur chère patrie, terre de leurs aïeux, et lieu de naissance de leurs enfants. Ceci est une perte considérable pour eux et pour tous les citoyens de cette terre si bonne, perte indicible pour la nation qui les a vus grandir et qui a grand besoin d’eux pour se relever et rebâtir avec eux, de nouveau, ce pays, et lui rendre son lustre et toute sa splendeur.

S’il est vrai que le ressources matérielles de la patrie peuvent être reconstituées, il faut admettre qu’il est aussi vrai de dire que les ressources humaines perdues sont d’une valeur inestimable et bien difficiles à remplacer.

Il est vrai que l’armée avance sensiblement sur tous les fronts, et que le terrorisme est en train d’être repoussé, il est de même vrai que le danger d’un effondrement de la nation, Dieu merci, n’existe plus, et que nous entrevoyons actuellement les indices d’une paix prochaine et percevons ses premiers signes pointer à l’horizon. Nous entendons parler ces derniers temps de grands projets de construction et d’investissements considérables, qui peut-être, nous donnent des raisons de croire à une reconstruction possible dans de brefs délais. Mais ce qui nous inquiète, et nous préoccupe, c’est de voir les ennemis de notre pays manigancer pour lui enlever ses ressources humaines qui risquent d’être irrécupérables.

La pression continuelle sur les habitants d’Alep, et la terreur qu’on leur fait subir sans arrêt, accompagnées en même temps des facilités qu’on leur offre pour trouver une accommodation confortable dans certains des pays occidentaux, semblent être un plan bien monté ayant pour but de vider la Syrie de ce qu’elle a de plus précieux, i.e. ses braves citoyens, dont l’habilité artisanale et professionnelle bien connue, reste indispensable à leur pays éprouvé qui a grand besoin de leur apport pour se refaire. Leurs valeurs humaines, leur savoir-faire, leur application au travail et leur persévérance peuvent faire une grande différence dans la reconstruction d’une communauté nationale, saine et prospère, à laquelle nous aspirons tous avec anxiété.

La guerre que nous livrent nos ennemis est inouïe, elle semble avoir pour but la destruction de la pierre et l’annihilation de l’élément humain ; notre bataille fait face actuellement à l’oppresseur sur deux fronts : le premier a lieu sur le champ de bataille pour arrêter sa violente agression contre les citoyens innocents et leurs biens ainsi que sur les institutions. Le second, se situe en plein milieu de la population. Ce dernier a pour but de résister aux campagnes qui tendent à pousser notre jeunesse à s’éloigner du pays pour le priver de ses forces vives et de ses ressources humaines actives. Nous avons besoin de combattants pour lutter sur deux fronts : des soldats sur les champs de bataille, et nous autres pasteurs avec tous les citoyens de bonne volonté qui aiment leur pays, sur le front de l’action sociale et humanitaire

Le front social sur lequel nous sommes appelés à agir est vaste et semé d’embûches, il a besoin dans ses batailles de notre participation à tous: individus et institutions, il exige de chacun d’entre nous : foi, détermination et engagement. Notre ennemi serait chaque individu qui agit pour prolonger la durée de la guerre avec ses conséquences tragiques, matériellement et humainement, notre ennemi serait aussi bien celui qui fait la promotion programmée des projets douteux, établis à différentes enseignes humanitaires et soi-disant caritatives, visant en fin de compte à déstabiliser notre société et à la vider de ses forces vives. Dans cette campagne, nous devons compter sur :

  1. L’aide du Seigneur et son pouvoir illimité.
  2. La vigilance de nos jeunes et leur compréhension de ce qui se trame autour d’eux, leur sentiment d’appartenance à cette terre et leur amour de la patrie.
  3. La disposition des autorités civiles à faire des efforts pour redonner une vie normale à la ville d’Alep, et leur détermination à faciliter les entreprises et les besognes des citoyens et à soutenir leur résistance en les encourageant par tous les moyens possibles.
  4. La solidarité et l’entre-aide entre tous ceux qui croient en la nécessité de rester dans ce pays si cher, et à l’importance d’y persévérer, et ils sont, Dieu soit loué, assez nombreux.
  5. Un travail collectif de groupe pour propager une pensée positive dans les esprits et chercher à déceler les signes prometteurs d’un avenir meilleur, encourageant, pour aller de l’avant dans le travail et la construction.
  6. L’engagement de l’Eglise et de ses institutions chargées de travailler avec ceux qui ont choisi de rester dans ce cher pays, concrétisé par une disponibilité assidue, à s’élancer avec eux, main dans la main, dans des projets d’habitat et de développement qui puissent leur offrir les conditions nécessaires pour pouvoir vivre dignement dans leur pays.

Enfin, nous voulons dire à nos fidèles et à tous les amis qui veulent nous entendre que nous nous sommes décidés fermement à nous engager et à participer à cette campagne décisive, nous dédiant sans réserve et mettant en œuvre toutes nos capacités pour soutenir nos jeunes dans leur marche et leurs efforts en vue de s’enraciner toujours davantage dans notre terre bien-aimée. Ensemble, nous voulons bâtir notre avenir, ensemble, nous voulons continuer à vivre d’une façon digne et honorable tant que le Seigneur le voudra, dans notre ville chérie, Alep.

Alep, le 23.10.2016

Métropolite J.C. JEANBART

31 octobre 2016

Interview en anglais dont ceci :

Les organisations internationales (ONU, UE) jouent-elles un rôle positif dans la résolution du conflit ? De votre point de vue, une meilleure compréhension entre les nations puissantes ou une action internationale plus efficace est-elle nécessaire?

L’ONU, L’UE semblent jouer un rôle neutre et parfois négatif ; ils semblent le faire très souvent et nous ne comprenons pas pourquoi leur position ne prend jamais en compte les rapports et opinions de notre gouvernement. Je crains qu’ils aient eu à l’esprit, et ce depuis 2011, la position de l’OTAN et des pays du Golfe comme une priorité. Ils devraient se libérer, rechercher l’équité et essayer d’être justes dans leurs déclarations.

En novembre 2016, il indique :  « Les médias européens n’ont cessé d’étouffer le quotidien de ceux qui souffrent en Syrie. Ils se sont même permis de fournir des justifications à ce qui arrive dans notre pays, en reprenant des informations qu’ils n’ont jamais pris la peine de vérifier ».

À suivre..

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PRÉCISION : Rappelons que le but de ce site est de publier des analyses et des articles d’horizons variés afin d’élargir le champ d’information et de réflexion de ses lecteurs, dans le but de les aider à se faire eux-mêmes leur propre opinion. Les publier ne signifie nullement qu’ils reflètent systématiquement notre pensée, mais simplement que les arguments avancés sont suffisamment sérieux pour être entendus ou bien qu’ils permettent de savoir ce qui se diffuse sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas parce que les grands médias prennent parti que nous devons en faire autant, bien au contraire. Nous ne « soutenons » donc en rien le gouvernement syrien mais cherchons à comprendre et à réfléchir à la meilleure défense de nos intérêts. Nous demandons que tous les crimes survenus en Syrie soient punis, en condamnant les auteurs mais aussi tous ceux qui les ont soutenus directement ou indirectement depuis l’étranger. Enfin, nous vous recommandons de vous informer avec esprit critique auprès de multiples sources.

13 réponses à La France n’aurait jamais dû soutenir la rébellion syrienne, par l’archevêque d’Alep

  1. Perekop Le 14 décembre 2016 à 01h37
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    Hé oui, c’est parfaitement clair. Malheureusement inaudible et scandaleux pour nos médias et nos ridicules politiciens aveugles ou corrompus. Alep est libérée, bien des gens dansent de joie dans les rues, mais les Français continuent d’être abreuvés de mensonges délirants. Exactement comme pour les habitants de Crimée votant avec des larmes de joie leur rattachement à la mère Russie tandis que l’inénarrable Fabius osait affirmer qu’ils le faisaient sous la menace des balles…
    Bon sang, quand est-ce que la France va retrouver son (autrefois) célèbre bon sens et un brin d’honneur ?


    • Yoann Le 15 décembre 2016 à 11h22
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      Le problème de la Crimée ce n’est pas son appartenance éthnique, c’est qu’elle a rejoins l’Ukraine en échange de l’arme atomique.

      La Crimée devenu Russe, j’estime personnellement que le contrat n’est pas respecté et que l’Ukraine devrait obtenir l’arme nucléaire si c’est le souhait du gouvernement.


  2. BEOTIEN Le 14 décembre 2016 à 03h37
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    C’est peut dire que je ne porte pas les autocrates dans mon coeur.

    Mais force est de constater que comme en Irak, en Lybie, Syrie… partout où nous nous sommes permis, au nom de l’offrande de la démocratie (quand ce n’était pas la lutte contre le terrorisme, les “armes de destruction massives”… et autres fadaises pour ne pas dire “pétrole”*) de renverser un tyran en se foutant de savoir s’il était possible de le remplacer par une meilleure solution, on provoque des désastres.

    Ce qui m’est le plus incompréhensible, c’est la posture de la France. Est-ce qu’il y avait là des enjeux géostratégiques qui m’échappent ? Sommes nous, ou nos dirigeants, totalement à la botte des Américains (comme peut le faire craindre notre absence de réaction aux révélations d’espionnage, et pire, notre refus d’accueillir Assange et Snowden, d’avoir enfrein le droit international pour tenter de livrer ce dernier aux US) ?

    Je ne sais mais je ne retenant pas l’hypothèse de l’ignorance ou l’imbécilité de “l’inénarrable Fabius”… suis preneur de qui aurait des lumières (et pas une théorie diabolicomspiratruc… MERCI).

    * qu’il s’agisse de se l’accaparer (en Irak) ou d’en contrôler la circulation (en Syrie)


    • rouille Le 14 décembre 2016 à 08h53
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      Vous visionnez le Général Wesley Clark racontant ses divers dialogues au Pentagone et vous comprendrez tout. C’est un remodelage complet à l’échelle de la planète, de ses sources d’énergies, de ses centres de décision, de ses frontières, de ses moeurs et de ses habitants. Il n’y a rien de “diabolicomspiratruc…” là dedans.

      La guerre des classes contre l’oligarchie qu’on avait réussi à juguler un tant soit peu en France à force de luttes sociales, nous est revenue comme un boomerang en pleine face depuis le 11/09. La délocalisation du travail en Chine ne rapporte plus autant et c’est donc les travailleurs à bas coût qu’on délocalise chez nous. Il n’y a rien de “diabolicomspiratruc…” là dedans.

      La France et sa petite indépendance diplomatique a été laminée depuis que Sarkozy l’a fait réintégrer l’OTAN. La France est devenue le “boute-en-train” des US. Et donc on obtempère! On attaque les pays désignés sur ordre de Washington. Il n’y a rien de “diabolicomspiratruc…” là dedans.


    • Lysbeth Levy Le 14 décembre 2016 à 13h16
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      Ils ont diabolisé Pierre Le Corf surtout la pseudo-journaleuse Camille De Rouvray qui tente de vendre son “livre témoignage” (pro-otan) et ils sont capables de dire que ce témoin syrien religieux comme Mère Marie Agnès est un soutiens d’Assad le dictateur ! C’est une chance que ces religieux soient là pour ré-informer vraiment sur ce qui se passe, car la propagande de guerre est devenue un vraie industrie depuis celle de l’ex-Yougoslavie Serbie et Kosovo ! Le pire c’est la nouvelle loi américaine pour contrer la propagande (sic !) qui serait autre que la leur :https://en.m.wikipedia.org/wiki/Countering_Foreign_Propaganda_and_Disinformation_Act
      Dieu merci des témoins comme ce prêtre sont là …Joke : https://francais.rt.com/france/30604-bourdin-demande-internautes-si-medias-mentent


    • Dominique Le 14 décembre 2016 à 22h20
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      « Ce qui m’est le plus incompréhensible, c’est la posture de la France. Est-ce qu’il y avait là des enjeux géostratégiques qui m’échappent ? »

      Qu’il y a-t-il que ne soit pas incompréhensible de la part de F. Hollande ? Mais dans ce cas, il y a un début d’explication : il a suivi la formation Young Leader de la French American Foundation, comme beaucoup de ses ministres. On sait pour qui il roule. Reste la question des enjeux géostratégiques des dirigeants de cette nation.


  3. Pic et Puce Le 14 décembre 2016 à 03h48
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    Ce n’est pas la ” France ” qui soutient les islamistes mais la mafia politique qui tient la France … ça n’est pas la même chose …


  4. Joanna Le 14 décembre 2016 à 04h14
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    Un Pape normalement constitué devrait logiquement soutenir et protéger tous les Chrétiens, qu’ils soient catholiques ou non. Hélas on sait bien que les Chrétiens d’Orient n’ont rien à attendre de bon de ce « François » mis en place par l’oligarchie mondiale [modéré]


  5. Theoltd Le 14 décembre 2016 à 08h37
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    Ce temoignage d’un archeveque vivant réellement a Alep vaut mille fois plus que 100 tonnes de nos papiers ouatés habituels. Le fait que “des pays ont offert des visas et incité les forces vives a partir” n’est qu’une confirmation e ce que je pense. On a littéralement arraché tous les hommes valides de ce pays, pour d’une part, ôter des soldats potentiels de l’armée syrienne, et pour d’autre part, empecher ou ralentir la reconstruction du pays. La stratégie du Chaos dans toute son horreur et sa perversité. AH! ce qu’il est difficile d’être un Occidental juste et eclairé aujourd’hui !


  6. christian gedeon Le 14 décembre 2016 à 11h14
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    Mgr Jeanbart est un très grand bonhomme…mais depuis Chirac(un peu),puis Sarkozy(plus) et surtout Hollande(beaucoup beaucoup plus),la politique moyen orientale de la France a complètement dérapé…Hubert Védrine le dit sans ambages,tout comme Roland Dumas…on a tout misé sur le mauvais cheval,en Tunisie,en Egypte,en Lybie,et surtout en Syrie…en dépit des avertissements répétés du corps diplomatique de carrière français.Cela rend d’autant plus insupportable l’incroyable contradiction de l’engagement de nos militaires au Sahel,notamment.Puisqu’ils ont censés se battre contre les gens que “la France” soutient par ailleurs!(en fait juste pour l’uranium et autres matières premières). Ce qui est malheureux,c’est qu’actuellement la France n’est plus audible au MO,plus du tout.Alors que ses diplomates de carrière,chevronnés et fins connaisseurs du MO,la plaçaient en pole position pour trouver des solutions. Nous sommes devenus partie au conflit,bien avant les russes. Et nous allons,hélas,en payer le prix,en dépit des gesticulations de dernière heure sur la Syrie ou les Palestiniens…on aurait au moins pu s’épargner cette mascarade!


  7. blue rider Le 14 décembre 2016 à 19h47
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    Nos dirigeants ne prient pas Allah, mais savent compter. Si vous pouvez trouver une raison qui rapporte plus d’argent que les accords latents entre le Qatar et la France pour forcer le passage du gazoduc qatari par la Syrie à la place du gazoduc iranien (islamic pîpeline), et pour forcer la mise en oeuvre de l’exploitation de gisements nouveaux découverts dans la région de Qara, dont Exxon et Total sont désormais propriétaires… faites signe à Olivier Berruyer. Ce sera un excellent sco
    op pour le blog “Les Crises”. RAPPEL : 1/ la négociation du prix de vente 2/ la construction des infrastructures 3/ l’optimisation des circuits financiers 4/ les choix fiduciaires et monétaires pour sécuriser les transferts de fonds et 5/ le retour sur investissement incomparable entre Qatar impliqué en France (son tas de sable est saturé) et Iran (pays qui investira chez lui)… il n’y a pas photo entre les 2 deals ! Que TOTAL dans le même temps signe pour 8 md de contrats avec l’Iran et que le Qatar se rapproche de la Russie montrent que c’est le coeur de cette guerre.


    • christian gedeon Le 15 décembre 2016 à 11h17
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      En partie uniquement….une boîte de pandore terrible a été ouverte.Celle des affrontements sectaires sans pitié,et gaz ou pas gaz,pétrole ou pas pétrole,elle sera très difficile à refermer. dans cette guerre sans pitié,le seul facteur économique,même s’il existe,n’explique pas tout,loin s’en faut. Ce sont des haines séculaires,cuites et recuites,qui ont refait surface.Les promoteurs de cette remontée pensaient comme toujours,pouvoir la contrôler(comme si la leçon d’Afghanistan n’avait pas suffi!)…mais elle a totalement échappé à à leur contrôle,et mène une vie autonome.Quand donc les “analystes ” occidentaux comprendront ils que leurs références n’ont pas forcément cours ailleurs! Que des gens peuvent encore penser comme au 7ième siècle! Autruches!


  8. Julie Le 15 décembre 2016 à 12h44
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    “Mourir pour le Qatar”
    … l’économie de l’EU est-elle en si mauvaise passe?
    http://angryarab.blogspot.fr/2016/12/from-comfort-of-his-palace-qatari.html
    Le Qatar a appelé à la poursuite de la guerre. Ce qui pour ses alliés à Idlib et ailleurs signifie, on continue à vous payer.


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