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13.décembre.201613.12.2016 // Les Crises

Le Qatar et l’Arabie saoudite ont allumé une bombe à retardement en finançant la diffusion de l’islam radical à travers le monde, par David Blair

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Source : The Telegraph, le 04/10/2014

Le général Jonathan Shaw, ancien chef adjoint britannique à l’État-major de la Défense déclare que le Qatar et l’Arabie saoudite sont responsables de la diffusion de l’islam radical

Par David Blair, le 4 octobre 2014

Le Qatar et l’Arabie saoudite ont allumé une bombe à retardement en finançant la diffusion de l’islam radical, selon un ancien commandant des forces britanniques en Irak.

Le Général Johathan Shaw, qui prit sa retraite en tant que chef adjoint à l’État-major de la Défense en 2012, déclare à The Telegraph que le Qatar et l’Arabie saoudite ont été les premiers responsables de la montée de l’islam extrémiste qui inspire les terroristes de l’EI.

Les deux États du golfe ont dépensé des millions de dollars pour promouvoir une interprétation militante et prosélyte de leur foi issue d’Abdul Wahhab, un clerc du XVIIIème siècle, et fondée sur le Salaf ou premiers adeptes du Prophète.

Mais les gouvernants des deux pays sont maintenant plus menacés par leurs créatures que le Royaume-Uni ou l’Amérique, déclare le général Shaw. L’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL) a juré de faire tomber les régimes du Qatar et d’Arabie saoudite, les considérant tous deux comme les avant-postes corrompus de la décadence et du péché.

Ainsi le Qatar et l’Arabie saoudite ont toutes les raisons de conduire une guerre idéologique contre l’EIIL, dit le générale Shaw. Pour sa part il ajoute que l’offensive militaire occidentale contre le mouvement terroriste était destinée à se montrer “futile”.

“C’est une bombe à retardement qui, sous prétexte d’éducation, laisse le salafisme wahhabite mettre le feu au monde. Et il est financé par l’argent saoudien et qatari, cela doit cesser,” dit le général Shaw. “Et la question suivante est : le bombardement des populations là-bas sert-il vraiment à contrer cette influence ? Je ne pense pas. Je préférerais de loin une prise en compte plus forte de la bataille idéologique plutôt que la bataille physique.”

Le général Shaw, âgé de 57 ans, a pris sa retraite de l’armée après 31 ans d’une carrière qui l’a conduit de la direction d’une section parachutiste lors de la bataille de Mount Longdon, l’affrontement le plus sanglant de la guerre des Malouines, à superviser le retrait britannique de Bassora dans le sud de l’Irak. En tant qu’adjoint au chef d’État-major de la Défense, il s’est spécialisé dans les politiques de contre-terrorisme et de sécurité.

Ce parcours l’a rendu extrêmement conscient des limites de ce que la force peut obtenir. Il pense que l’EIIL ne peut être vaincu que par des voies politiques et idéologiques. Les frappes occidentales en Irak et en Syrie ne conduiront à rien selon lui qu’à des succès tactiques temporaires.

Lorsqu’il s’agit de lutte idéologique, le Qatar et l’Arabie saoudite sont des acteurs centraux. “La racine du problème est que ces deux pays sont les deux seuls au monde où le salafisme wahhabite est la religion officielle, et EIIL est l’expression violente du salafisme wahhabite,” a déclaré le général Shaw.

“La menace principale de l’EIIL ne s’adresse pas à nous en Occident : elle vise l’Arabie saoudite et les autres États du Golfe.”

Le Qatar et l’Arabie saoudite jouent de petits rôles dans la campagne contre l’EIIL, contribuant pour chacun à hauteur de deux à quatre chasseurs à réaction. Mais le général Shaw déclare qu’ils “devraient être en première ligne” et, surtout, qu’ils devraient conduire une contre révolution idéologique contre l’EIIL.

Les campagnes aériennes britannique et américaine n’arrêteront pas “le soutien des populations du Qatar et d’Arabie saoudite pour ce genre d’activité,” ajoute le général Shaw. “Cela rate l’objectif. Cela pourrait en cas de succès résoudre des problèmes tactiques immédiats. Mais cela ne traite pas le problème fondamental du salafisme wahhabite comme culture et comme croyance qui se trouve être incontrôlable et représente toujours la base idéologique de l’EI – et qui continuera à exister même si nous arrêtons leur avance en Irak.”

Le général Shaw considère que l’approche gouvernementale vis à vis de l’EIIL est fondamentalement erronée. “On continue de traiter cette question en termes militaires, ce qui, à mon avis, est une incompréhension du problème.” “Mon inquiétude est que nous sommes en train de répéter les erreurs commises en Afghanistan et en Irak, qui consistent à mettre la question militaire au cœur de notre réponse à la menace, sans s’intéresser aux questions politiques ni aux causes. Le danger est une fois de plus que nous traitions le symptôme et pas la cause.”

Le général Shaw dit que l’objectif principal de l’EIIL était de renverser les régimes établis au Moyen-Orient, pas de frapper des objectifs occidentaux. Il se pose la question de savoir si l’assassinat de deux otages britanniques et américains était une justification suffisante pour lancer cette campagne.

“L’EIIL mena une grosse incursion en Irak en juin. L’Occident ne fit rien en dépit de milliers de tués dans la population,” déclare le général Shaw. “Qu’est-ce qui a changé au cours des derniers mois ? Les décapitations d’Occidentaux à la télévision. Et cela nous a conduits à changer soudain de politique et à lancer des attaques aériennes.”

Il pense que l’EIIL pourrait avoir exécuté les otages afin de provoquer une réponse militaire de l’Amérique et du Royaume-Uni qui pourrait être présentée comme un assaut des Chrétiens contre l’Islam. “Quel intérêt éventuel y a-t-il pour l’EIIL de nous entraîner dans cette campagne ?” demande le général Shaw. “Réponse : d’unifier le monde musulman contre le monde chrétien. Nous avons été manœuvrés. Nous avons fait ce qu’ils souhaitaient que nous fassions.”

Cependant l’analyse du général Shaw reste ouverte aux questions. Même s’ils en avaient la volonté, les dirigeants d’Arabie saoudite et du Qatar sont peut-être incapables de mener une lutte idéologique contre l’EIIL. Le roi Abdallah d’Arabie saoudite a 91 ans et n’est actif que sporadiquement. Son successeur désigné, le prince Salman, a 78 ans et est d’ores et déjà considéré comme presque sénile. La direction ossifiée du royaume est probablement destinée à rester paralysée dans un futur prévisible.

Pendant ce temps, au Qatar, le nouvel émir Tamin ben Hamad al Thani n’a que 34 ans dans une région où on respecte l’âge. Que ce dirigeant formé à Harrow et Sandhurst ait l’autorité personnelle pour conduire une contre-révolution idéologique au sein de l’islam est douteux.

Étant donné que l’Arabie saoudite et le Qatar ne peuvent presque certainement pas faire ce que le général Shaw considère comme nécessaire, l’Occident peut n’avoir pas d’autre choix que de mener des actions militaires contre l’EIIL en vue de réduire la menace terroriste, à défaut de l’éliminer.

“J’ai la fâcheuse impression que nous ne faisons qu’empirer la situation. Nous gérons la situation d’une manière que nous ne comprenons pas,” dit le général Shaw. “Je suis opposé au principe d’attaquer sans objectif politique clair.”

Source : The Telegraph, le 04/10/2014

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Commentaire recommandé

Hakim Mansouri // 13.12.2016 à 02h04

Rappelez-moi une petite chose, ce sont bien les anglais et les américains qui ont créés ces pays ? Lorsque que les hachémite sont expulsés de la Mecque au profit des Saouds, qui les assiste ?
Ce général ferait bien de désigner les véritables instigateurs qui n’ont eu de cesse de remodeler le Moyen-Orient depuis plusieurs siècle afin de l’empêcher de se développer et de se moderniser. Quand on favorise les fous, il ne faut pas s’étonner que cela ait des répercussions par la suite.

16 réactions et commentaires

  • Logic // 13.12.2016 à 01h40

    Bombes à retardement, bombes ayant déjà explosées et explosant en ce moment même.

    Ce qu’il faut c’est clairement enseigner la distinction entre Islam (fut-il radical) et Salafisme djihadisme qui est à proprement parler une hérésie. Ce qui présuppose de couper les ponts d’or avec l’Arabie saoudite et le Quatar qui finance cette mortelle épidémie dans le monde musulman mais aussi dans les banlieues des pays occidentaux.

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  • Rimbus // 13.12.2016 à 01h46

    Pierre Conesa dit la même chose, et Boris Johnson s’est bien fait recadré pour l’avoir dit lui aussi.
    Pourquoi ressortir ce vieil article ?
    https://www.youtube.com/watch?v=d22EkRIxowI

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  • Hakim Mansouri // 13.12.2016 à 02h04

    Rappelez-moi une petite chose, ce sont bien les anglais et les américains qui ont créés ces pays ? Lorsque que les hachémite sont expulsés de la Mecque au profit des Saouds, qui les assiste ?
    Ce général ferait bien de désigner les véritables instigateurs qui n’ont eu de cesse de remodeler le Moyen-Orient depuis plusieurs siècle afin de l’empêcher de se développer et de se moderniser. Quand on favorise les fous, il ne faut pas s’étonner que cela ait des répercussions par la suite.

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  • atanguy // 13.12.2016 à 06h47

    “l’EIIL ne peut être vaincu que par des voies politiques et idéologiques”
    Peeut-etre pourrait-il conseiller ses amis Russes et Americains.

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    • atanguy // 13.12.2016 à 22h05

      On voit le résultat en Syrie – Croyez-vous que l’EI est vraiment vaincu après la reprise d’Alep?

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  • Etiocle // 13.12.2016 à 07h02

    Je trouve la conclusion du journaliste bien spécieuse et l’argumentaire un peu court. C’est parce qu’un dirigeant est sénile et l’autre immature que l’Occident doit se substituer militairement à ces deux pays investisseurs, fournisseurs de pétrole, acheteurs d’armements et islamistes eux aussi. A moins qu’il ne s’agisse de défendre l’indéfendable.

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  • Geoffroy_BLK // 13.12.2016 à 07h55

    Après la DB, les qataris sauvent les banques italiennes… Donc pour condamner le financement des islamistes par ces mêmes qataris et saoudiens c est compliqué… http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/le-qatar-sauveteur-de-la-banque-italienne-monte-paschi-623947.html

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    • Homère d’Allore // 13.12.2016 à 10h01

      “De l’or ! De l’or jaune étincelant, précieux ! Non, dieux du ciel, je ne suis pas un soupirant frivole. Ce peu d’or suffirait à rendre blanc le noir, beau le laid, juste l’injuste, noble l’infâme, jeune le vieux, vaillant le lâche.
      Cet or écartera de vos autels vos prêtres et vos serviteurs, bénira les maudits, fera adorer la lèpre livide, donnera aux voleurs place, titre, hommage et louange sur le banc des sénateurs.
      C’est lui qui pousse à se remarier la veuve éplorée.
      Celle qui ferait lever la gorge à un hôpital de plaies immondes, l’or l’embaume, la parfume, en fait un nouveau jour d’avril.
      Allons, métal maudit, putain du genre humain, toi qui mets la discorde parmi la foule des nations…”

      Shakespeare
      Timon d’Athènes
      cité par Marx dans Le Capital.

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  • somebulle // 13.12.2016 à 10h04

    Une universitaire française peut permettre d y comprendre quelque chose , en resituant
    dans le temps long.
    Elle professe aussi au Collège de France.
    Scientifique
    https://youtu.be/MTd3SuDSetU

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  • Le modéré // 13.12.2016 à 12h16

    Il me semble que le Général Shaw n’a pas abordé le vrai fond du probléme en raison de son insistance sur le volet idéologique. Il n’avait pas dit que l’aide apportée à l’EI n’est possible qu’avec l’aval des pays occidentaux USA en téte. Il n’avait pas mis au jour les causes de la prospérité de l’Organisation et en tant qu’officier général, il aurait du expliquer l’echec des opérations menées par les puissantes armées du monde contre une poignée d’individus alors qu’une armée fortement constituée a été défaite en quelques semaines par la seule amérique en 2003?
    Va-t-il me répondre que les modes de combat sont différents, je soulignerai qu’il aurait suffi de couper les axes logistiques à l’EI . La tactique est simple: encerclement successif des zones en particulier les villes (mossoul cas actuel) par l’armée de terre et traitement des objectifs ravitailleurs par l’aviation.
    En revanche ce qu’on l’on est en train d’observer est le déplacement libre des centaines de combattants sur de trés larges supérficies (Irak, Syrie, Libye) sans qu’ils soient justciables des tirs de ceux qui prétendent lutter contre le terrorisme alors que les moyens de détection et de repérage sont tellement sophistiqués qu’ils peuvent lire les textes soumis aux yeux d’un écolier.

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    • Catalina // 13.12.2016 à 13h02

      sans parler du fait que jamais les usa n’ont fait quoi que ce soit pour ” geler” les avoir de daesh et ei, bizarre, non,? jamais rien n’a été tenté pour les empêcher de vendre le pétrole, coton et autre volés à la Syrie sur cette saleté de marché !

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  • Diablo // 13.12.2016 à 15h01

    Article ancien et intéressant qui ale mérite de mettre le doigt sur le noeud du problème: la propagation d’une vision d’un certain islam.
    J’ai malgré tout un goût de trop peu à sa lecture. Comment se fait-il que cet islam là rencontre un tel succès dans certaines régions du monde ? Quelles sont les causes qui le favorisent ? Comment contrer ce prosélytisme ?

    Ne pas prendre ces questions en considération c’est avoir l’assurance de tourner en rond.

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  • BOURDEAUX // 13.12.2016 à 15h16

    Je partage votre propos, J ; les religions sont toutes intrinsèquement radicales, et les désigner comme tel est donc inutile. Il n’y a que les hommes qui sont radicaux dans leur lecture du coran, ou pas. Tout comme les troupes de l’EI sont considérées par de nombreux musulmans, non pas comme des terroristes, mais comme des radicaux, notamment dans la défense de ce que doit être « dar el- islam »(le pays d’islam) qui contient ses villes saintes, dont Jérusalem, dont Damas. Il est donc bien gentil ce général, mais il ne semble pas comprendre, comme tous ses prédécesseurs depuis 1 siècle, que le clergé sunnite n’acceptera JAMAIS que le « pays d’Islam » ne soit pas libre de toute autorité étrangère à l’Islam sunnite.

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  • Frédéric // 13.12.2016 à 16h42

    “Quel intérêt éventuel y a-t-il pour l’EIIL de nous entraîner dans cette campagne ?” demande le général Shaw. “Réponse : d’unifier le monde musulman contre le monde chrétien. Nous avons été manœuvrés. Nous avons fait ce qu’ils souhaitaient que nous fassions.”

    Mais pourquoi les Occidentaux se sont-ils fait manoeuvrer si facilement? Il aurait été facile de ne pas le faire. Il aurait suffit seulement d’émettre des doutes quant à l’identité des assassins de journaliste et décourager tout occidental d’aller mettre son nez dans le nid de guêpes. Je rappelle que Hollande n’a pas hésité à déclarer que l’EIIL était l’ennemi de la France sans que la France soit menacée explicitement. Et on a gagné comme ça un terrorisme importé. Comme si on n’avait pas assez de problèmes déjà…

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    • David d. // 22.12.2016 à 14h33

      Ce n’est pas une grande réussite de la part de l’EI puisque de toute façon ils faisaient la guerre à l’autre moitié du monde musulman.
      Et l’unification du monde sunnite est discutable, puisque le monde sunnite semble plutôt préoccupé de faire la guerre aux enfants du Yemmen pour plaire à sa Majesté le prince des Saouds

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  • Lysbeth Levy // 13.12.2016 à 20h58

    Oui un peu facile a ce général a la retraite, devenu spécialiste de la cyberguerre de parler QUE des responsabilités saoudiennes et qataries dans les conflits actuels. Sans l’aval de l’Union Européenne, les ONG américano-anglaise aucun des conflits après le 11 septembre; ne serait possible. Et encore il a fait celle de l’ex-Yougoslavie, Serbie-Kosovo ou déjà les pétromonarchies finançaient Al Qaida et les madrasas, ré-islamisant la société bosniaque ou kosovarde. Un peu comme font les Usa quand ils sortent de “leur chapeau” les 28 pages pour accuser QUE l’Arabie Saoudite oubliant leurs propres liens avec la famille Ben Laden/Bush et le fond Carlyle. Je vois venir d’ici là un changement de régime dans les pétromonarchies à terme car dans le plan des forces armées Us elles ont leurs “places”.
    http://armedforcesjournal.com/peters-blood-borders-map/

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