Le général Desportes est un des très grands stratèges militaires français. Attaché militaire près de l’ambassade de France aux États-Unis d’Amérique, puis conseiller défense du Secrétaire général de la défense nationale (SGDN), il fut ensuite directeur du Centre de doctrine et d’emploi des forces (CDEF) jusqu’en juillet 2008. Le général Vincent Desportes prend la tête du Collège interarmées de défense (CID), de 2008 jusqu’à l’été 2010.

Sanctionné en 2010 pour son franc-parler, il quitte l’armée. Il est aujourd’hui professeur associé à Sciences Po et enseigne la stratégie à HEC. Vincent Desportes est aussi codirecteur avec Jean-Francois Phelizon de la collection « Stratégies & doctrines » aux éditions Economica.

Introduction par Hubert Védrine.

Source : senat.fr, 17/12/2014

COMPTES RENDUS DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ETRANGERES, DE LA DEFENSE ET DES FORCES ARMEES

Débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak – Audition de M. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères

La commission auditionne M. Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères, en vue du débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak, en application de la l’article 35 de la Constitution.

M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Je souhaite à présent en notre nom à tous la bienvenue à M. Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères. Monsieur le ministre, nous préparons la décision que nous prendrons le 13 janvier prochain sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak. Votre expérience et votre analyse peuvent éclairer notre choix. Vous avez récemment déclaré que les pays occidentaux étaient incapables de changer le cours des choses, qu’ils n’avaient plus « les moyens de leurs émotions ». Nous menons en effet des opérations lourdes et complexes, qui ont de forts impacts sur la société et la mondialisation. Quel est votre sentiment sur ces questions ?

M. Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères. – Je vous remercie de m’avoir invité. Je suis en ce moment dépourvu de toute responsabilité politique ; j’essaie de raisonner dans la durée, pour comprendre le décalage entre les politiques étrangères menées et les réactions des opinions publiques, surtout dans les pays qui estiment avoir un rôle spécial à jouer – les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne – et qui réagissent souvent à chaud ; sans doute seraient-elles favorables, après le carnage au Pakistan, à une intervention destinée à écraser les talibans…. Mais raisonnons depuis la chute de l’Union soviétique – et non depuis la chute du mur de Berlin – : depuis la fin 1991, l’Occident est intervenu plusieurs fois. Les résultats de ces opérations sont mitigés, parfois contre-productifs, comme en Irak en 2003 ou dans le cas libyen, où l’intervention, faite pourtant à la demande du secrétaire général de la Ligue arabe, a abouti au chaos actuel. Cela étant, nous ne nous serions jamais pardonné d’avoir laissé commettre le massacre annoncé de Benghazi…

Récemment la France a eu raison d’accepter d’intervenir en Afrique. Elle a gardé une capacité militaire remarquable, et dispose d’un système décisionnel efficace ; peu de pays sont dans ce cas. Beaucoup d’Etats se désengagent progressivement, comme le Royaume-Uni, même si le vote négatif de la Chambre des communes sur la Syrie était d’abord un moyen de faire payer les mensonges de Tony Blair sur l’Irak. L’idée selon laquelle l’Occident a une responsabilité spéciale dans le monde demeure mais s’effrite. C’est une très longue tradition d’ingérence et d’intervention que l’on peut faire remonter jusqu’à Jules Ferry et qui est en train de l’affaiblir. Elle est fortement présente aux Etats-Unis, chez les liberal hawks démocrates comme chez les néoconservateurs. Mais les opinions publiques se demandent de plus en plus souvent « et après ? » ou « en avons-nous les moyens ? » D’où ma déclaration, que vous avez citée.

Je n’en tire cependant pas la conclusion que nous ne pouvons rien faire. Déjà il existe une ingérence légale, un emploi légitime de la force, prévu à l’article VII de la charte des Nations unies si tous les membres permanents du Conseil de sécurité en sont d’accord, qui a servi pour justifier la libération du Koweït de l’invasion irakienne – intervention réussie et très peu contestée. Pour stopper le conflit au Kosovo, après dix-huit mois de négociations infructueuses, la tentative de Rambouillet, deux textes du Conseil de sécurité condamnant Milosevic, au titre du chapitre VII (mais qui ne comprenaient pas la formule : « emploi de tous les moyens »), il a bien fallu se résoudre à recourir à la force. J’y étais défavorable en premier lieu ; j’ai dû m’y résigner. Tous les pays voisins étaient d’accord, et les dirigeants serbes eux-mêmes se désolaient de l’obstination de Milosevic. L’OTAN en tant que telle n’a rien décidé : elle n’a fait que fournir les prestations militaires. Les Russes, trop faibles, ne pouvaient rien empêcher, mais ont pris ultérieurement cet épisode pour une marque de mépris. Nous avons finalement trouvé une cote mal taillée : s’abstenir de détruire les ponts – à la demande en particulier du président Chirac -, et soutenir une « autonomie substantielle » du Kosovo plutôt que l’accession à l’indépendance, qui n’a été acceptée qu’après, vers 2008. Bref, on a pu agir selon le cas avec ou sans le Conseil de sécurité des Nations unies.

En l’absence d’accord au Conseil de sécurité, intervenir est politiquement plus périlleux. En Syrie par exemple, l’intervention aurait été unilatérale. Aurait-on été capables ensuite d’affaiblir l’armée d’Assad pour obliger celui-ci à négocier, ou aurait-on été pris, au-delà, dans l’engrenage de l’engagement ? En Libye, l’idéal aurait été d’empêcher le massacre de Benghazi et d’obliger ensuite les parties à négocier, mais on ne peut pas refaire l’histoire.

Je suis plus réservé à propos de notre engagement en Irak. L’intervention américaine de 2003 était une erreur, d’autant plus que les arguments utilisés pour la justifier étaient mensongers. Mais, surtout, la politique qui a été mise en place après le renversement du régime a été une erreur plus grande encore. Elle a consisté à appliquer les mêmes méthodes qu’en Allemagne ou au Japon en 1945, en partant du principe qu’une fois la dictature renversée, on retrouvait la démocratie de façon automatique ! Or il faut du temps pour construire la démocratie. Si les États-Unis avaient été capables d’élaborer un plan constructif, évitant de renvoyer les membres du Baas dans l’extrémisme, nous aurions été obligés de reconnaître après coup le bien-fondé de leur intervention. Une troisième erreur a été commise, quand les troupes américaines sont parties. Certes, le président Obama avait été élu avec pour mission de désengager les forces américaines. Néanmoins, abandonner le gouvernement de l’Irak aux mains de M. Maliki, partisan d’une politique chiite sectaire, était une faute. Cet enchaînement de mauvaises décisions a conduit à la dégénérescence actuelle. Quel enseignement en tirer, sinon que toute intervention nécessite qu’on réfléchisse soigneusement à ses objectifs, aux conditions dans lesquelles elle se fera, sans parler des moyens ?

Quant à Daech, il était compréhensible que le président Obama décide d’intervenir après les décapitations spectaculaires et de mettre sur pied une coalition. Grâce aux drones, aux forces spéciales et au renforcement des troupes kurdes, le mouvement a pu être à peu près endigué. Il n’y a pas eu de bataille de Bagdad. Il était rationnel que nous apportions notre aide, en engageant des moyens. Cependant, pour éradiquer le mouvement, il faudrait une action militaire au sol et une solution politique en Irak et en Syrie. Or aucun pays occidental ne souhaite envoyer des troupes au sol : le Congrès américain voterait contre, la Grande-Bretagne s’y refuse, tout comme la France. Créer une force à partir des contingents irakiens chiites, kurdes et saoudiens reste difficile. Quant aux solutions politiques, elles supposent la création d’un Irak fort où le gouvernement chiite respecterait les sunnites – or rien de tel ne se fera sans l’Iran – mais également en Syrie. La tête du système Daech est en Syrie. Mais si on casse Daech en Syrie, on consolide de facto le régime Assad, car il n’y a pas de force démocratique assez forte sur le terrain syrien. Nous sommes placés dans une contradiction insurmontable. Sur le plan réaliste, il faudrait pouvoir accepter de coopérer davantage avec l’Iran et nous résigner à ce que Bachar el-Assad ne tombe pas. Bien sûr, des alliances difficiles se sont nouées pendant la Seconde guerre mondiale : face à Hitler les Etats-Unis se sont alliés à Staline. Mais certains choix dramatiques sont difficiles à assumer par les diplomaties d’opinion. L’affaire syrienne nous place devant une contradiction que nous ne savons pas gérer. Comme s’en inquiétait déjà Tocqueville, dans les démocraties, « les politiques étrangères sont souvent menées à partir de la politique intérieure ».

La Russie pourrait retrouver un rôle utile à jouer en Syrie, si elle dissociait ses intérêts de ceux du clan Assad. Encore faudrait-il avoir trouvé auparavant un compromis sur l’Ukraine, et avoir repensé les relations Russie/OTAN, UE, etc. Pour l’instant, aucun dirigeant occidental ne souhaite s’engager dans cette voie, sauf peut-être François Hollande.

M. Gaëtan Gorce. – Les démocraties occidentales sont confrontées à un certain nombre de contradictions. La France a-t-elle intérêt à poursuivre son intervention en Irak ? Certes, nous avons commencé, mais faut-il aller au-delà ? Les militaires avancent également l’argument d’un devoir de réciprocité vis-à-vis des États-Unis qui nous ont soutenus en Afrique. Enfin, nous participerions à la lutte contre le terrorisme. Ce dernier argument reste contestable car, par manque de définition politique, la lutte contre le terrorisme nous entraînerait dans une intervention dont nous ne pouvons pas mesurer les conséquences. La priorité est sans doute de réfléchir avec un temps d’avance. En maintenant nos forces en Irak, nous contribuons à renforcer le pouvoir de l’Iran dans la région, ce qui aura des conséquences, notamment, sur la question du nucléaire. Il faut également prévoir un affaiblissement de la Turquie et l’émergence d’une puissance kurde. Quant à la France, elle se retrouverait en position subalterne par rapport aux États-Unis, tant sur le plan militaire que diplomatique. Sommes-nous prêts à cela ?

Mme Hélène Conway-Mouret– Une zone d’ombre entoure l’engagement des 170 sociétés de sécurité américaines, qui ont presque toutes disparu, au moment où le gouvernement irakien s’est constitué. Quelle est votre opinion sur la face cachée de l’intervention américaine en Irak ?

L’opinion publique est volatile. Comment expliquez-vous que les dirigeants lui accordent autant d’attention, alors qu’il n’y a eu aucun mouvement de foule comparable aux manifestations contre la guerre du Viêtnam, par exemple ?

M. Aymeri de Montesquiou. – Monsieur le ministre, vous cultivez le paradoxe : vous nous dites que nous avons besoin de l’Iran et qu’Assad vaut mieux que Daech, mais qu’il est préférable de ne pas choisir… Je partage un certain nombre de vos interrogations. Néanmoins, ne vaudrait-il pas mieux défendre devant l’opinion publique l’idée qu’un non-choix serait la pire des solutions ? L’Iran, ce n’est pas l’idéal, Assad non plus, mais l’ennemi principal, c’est Daech. Et la toile de fond, n’est-ce pas le conflit entre Téhéran et Ryad ?

M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Vous proposez de faire d’Assad un objectif de conclusion et pas de départ, suivant là la ligne du maréchal Sissi.

M. Hubert Védrine. – Le système militaire américain, qui dispose pourtant d’un budget considérable, trouve parfois moins coûteux et moins contraignant de faire appel à des sociétés privées de sécurité. Cela les regarde.

Sur le poids de l’opinion publique, j’ai cité Tocqueville. La question demanderait plus de temps. À l’heure de la démocratie instantanée, de l’internet et des blogs, les pouvoirs publics sont menacés de perdre leur capacité d’action dans la durée, ce qui est pourtant stratégique. Ce processus pernicieux et handicapant touche maintenant aussi la politique étrangère en Occident. Pour l’opinion, le scénario à long terme ne compte pas ; elle réagit sur le moment. Donc la France ne devrait rester engagée en Irak que dans le cadre d’un projet politique clair et constructif.

Je trouve un peu dangereux l’argument de la réciprocité Etats-Unis/France, Mali/Irak ; nous ne sommes pas intervenus en Afrique pour défendre nos intérêts, mais pour lutter contre la menace pour tous que représentait une base arrière terroriste. La lutte contre le terrorisme n’est pas non plus un argument suffisant. Pour l’emporter, il faudrait qu’au sein de l’Islam les modernistes s’imposent face aux extrémistes. Cela arrivera, un jour, mais quand ? Il faudrait aussi régler le problème israélo-palestinien. En revanche, le maintien de notre engagement se justifie dans la perspective d’une pacification générale à long terme du Moyen-Orient et en tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies.

Notre marge de manoeuvre devrait nous permettre de rester engagés tout en précisant notre vision sur l’avenir de l’Irak, incluant un scénario où l’Iran serait réintégré dans le jeu international, un pays dont le potentiel est immense. Mais nous devrons être vigilants pour obtenir un bon accord sur le nucléaire. La Turquie devra conserver un rôle. Quant aux Kurdes d’Irak, avec qui nous entretenons de bonnes relations, nous devrions les encourager à ne pas se montrer trop provocants ou impatients dans leurs exigences, pour ne pas provoquer la reconstitution d’une coalition des voisins contre un État kurde. L’existence du Kurdistan irakien autonome est déjà une belle victoire ! En Syrie, l’élimination complète de Daech est une priorité qui devrait passer avant une éventuelle élimination du régime.

Sur toutes ces questions, je plaide pour une approche plus réaliste.

M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Vous plaidez en somme pour la mise en place d’une politique étrangère ! C’est un jugement sévère. Une mission d’information sur l’Iran doit bientôt commencer ses travaux au sein de notre commission. Nous vous recevions pour parler de notre politique de défense ; vous nous avez répondu en parlant de politique étrangère. Merci, en tout cas, pour vos analyses !

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Débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak – Audition du Général de division (r) Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris

La commission auditionne le général de division (r) Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris, en vue du débat en séance publique sur la prolongation de l’opération Chammal en Irak, en application de l’article 35 de la Constitution.

M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Nous poursuivons nos travaux relatifs au débat, qui se tiendra en séance publique le 13 janvier prochain, sur la prolongation de l’opération Chammal.

Mon général, je suis très heureux de vous accueillir. Vous êtes à la fois général et professeur, votre parole nous intéresse donc particulièrement. Nous sommes préoccupés par la situation. Nous aurions du mal à refuser d’autoriser la poursuite de l’intervention, néanmoins la simple continuité nous pose problème, notamment au regard des critères énoncés par le Livre blanc de 2008. Nous voudrions avoir votre point de vue, juste avant d’entendre le ministre de la défense.

Général Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris. – Avant de revenir vers les critères d’évaluation des opérations extérieures, je crois qu’il faut dire, affirmer et répéter sans faiblesse : « Daech delenda est ». Ayons la force de Caton l’Ancien.

Daech est aujourd’hui le danger majeur. Nous n’avons certes pas les moyens de tout, en même temps. Les menaces doivent être priorisées, quitte à consentir quelques compromis avec les moins brûlantes : dans le monde réel, dans un contexte de ressources et de moyens limités, notre politique ne peut être que réaliste.

« Daech delenda est » … mais nous ne pourrons répandre le sel sur le sol de l’Irak et de la Syrie. Il faudra au contraire le rendre fertile pour de nouvelles semences.

« Daech delenda est » … et pourtant votre interrogation demeure fondamentale : personne ne doute ici qu’il faille détruire Daech, mais devons-nous participer nous-mêmes à cette destruction ?

Un mot sur Daech, d’abord.

Ne doutons pas de la réalité de la menace directe pour nos intérêts vitaux, dont notre territoire et notre population. Daech est le premier mouvement terroriste à contrôler un aussi vaste territoire (35% du territoire irakien, 20% du territoire syrien). Ce qui représente 200 000 km² (soit l’équivalent de l’Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, PACA et Rhône-Alpes réunis) et une population de l’ordre de 10 millions de personnes. Ce territoire est imparfaitement mais réellement « administré » par un « ordre islamique », fait de barbarie et de rackets. Daech dispose d’un véritable « trésor de guerre » (2 milliards de dollars selon la CIA), de revenus massifs et autonomes, sans comparaison avec ceux dont disposait Al-Qaïda. Daech dispose d’équipements militaires nombreux, rustiques mais aussi lourds et sophistiqués. Plus que d’une mouvance terroriste, nous sommes confrontés à une véritable armée encadrée par des militaires professionnels.

Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre ? Affirmons-le clairement, parce que cela a des conséquences : ce sont les États-Unis. Par intérêt politique à court terme, d’autres acteurs – dont certains s’affichent en amis de l’Occident – d’autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les Etats-Unis. Ce mouvement, à la très forte capacité d’attraction et de diffusion de violence, est en expansion. Il est puissant, même s’il est marqué de profondes vulnérabilités. Il est puissant mais il sera détruit. C’est sûr. Il n’a pas d’autre vocation que de disparaître.

Le point est de le faire disparaître avant que le mal soit irréversible, avant que ses braises dispersées n’aient fait de ce départ de feu un incendie universel. Il faut agir, de manière puissante et déterminée, avec tous les pays de la région.

Il faut agir, mais qui doit agir ?

Avant d’aller plus loin dans mon raisonnement, je voudrais, comme vous l’avez souhaité, étudier quelques-uns des critères retenus comme fil guide de ces auditions. J’aborderai d’abord celui de la capacité « d’analyse exacte du contour spatio-temporel et financier d’un engagement ». Ce critère est en opposition profonde avec la nature même de la guerre.

Car, depuis que le monde est monde, personne n’a jamais pu « commander » à la guerre. Le rêve du politique, c’est l’intervention puissante, rapide, ponctuelle, qui sidère. C’est le mythe cent fois invalidé du « hit and transfer », du choc militaire qui conduirait directement au résultat stratégique et, dans un monde parfait, au passage de relais à quelques armées vassales immédiatement aptes et désireuses d’assumer elles-mêmes les responsabilités. Las ! Les calendriers idéaux (du genre « Cette opération va durer six mois ») sont toujours infirmés par ce que Clausewitz appelle la « vie propre » de la guerre. La guerre appartient à l’ordre du vivant, elle n’est pas un objet, elle est un sujet. Dès lors, n’espérons jamais « commander à la guerre » : c’est elle qui imposera son calendrier et ses évolutions. Cela a toujours été vrai : je relie mon propos à trois stratégistes qui inscrivent dans le temps éternel cette caractéristique incontournable de la guerre. 400 av. JC, évoquant la guerre du Péloponnèse, Thucydite indique que « La guerre ne se développe jamais selon un plan arrêté ». Au XVe siècle, Machiavel considère pour sa part que, si « on rentre dans la guerre quand on veut, on en sort quand on peut ». Il y a quelques années, un officier de cavalerie qui connaît la guerre mieux que personne pour en avoir souffert dans sa chair et l’avoir pratiquée à tous les niveaux, je veux parler de Winston Churchill, affirme dans ses mémoires, « Ne pensez jamais, jamais, jamais qu’une guerre peut être facile et sans surprise ; (…) l’homme d’Etat qui cède au démon de la guerre doit savoir que, dès que le signal est donné, il n’est plus le maître de la politique mais l’esclave d’événements imprévisibles et incontrôlables ».

Il a tellement raison ! Prenons deux exemples récents. Quand les Etats-Unis se lancent dans la deuxième guerre du Golfe en 2003, ils ne savent pas qu’elle va les entraîner, 11 ans plus tard, dans une troisième guerre du Golfe. Quand la France décide de stopper les chars libyens devant Benghazi en 2011, elle ne sait pas que cela va l’entraîner en 2013 au Mali et pour de très longues années dans la bande sahélo-saharienne.

De la première bataille à « la paix meilleure » qu’elle vise, il y a toujours un long chemin chaotique qui ne produit le succès que dans la durée, l’effort et la persévérance. Donc, quand on rentre dans une guerre, il faut avoir de la ressource, ce que j’appelle de la « profondeur stratégique » – notion fondamentale – pour pouvoir « suivre » (dans le sens du jeu de poker) et pouvoir s’adapter… ce que nous avons été tout à fait incapables de faire en Centrafrique par exemple.

Je veux insister encore un peu sur ce problème du nombre, car il est crucial. Il est directement lié au concept de résilience. Résilience dans chaque crise et résilience globale. Aucune de nos interventions ne peut produire ses effets dans le temps court, mais notre capacité de « résilience ponctuelle » est très faible : à peine arrivés, il faut partir. C’est pire dans le temps long, et pourtant il faut bien intervenir face aux menaces extérieures.

Au bilan, quelle que soit l’armée considérée, nous sommes engagés au-dessus des situations opérationnelles de référence, c’est-à-dire que chaque armée est en train d’user son capital sans avoir le temps de le régénérer. Nous avons des forces insuffisantes en volume. Pour compenser, tant au niveau tactique qu’au niveau stratégique, nous les faisons tourner sur un tempo très élevé qui les use. C’est-à-dire que si ce suremploi continue, l’armée française sera dans la situation de l’armée britannique sur-employée en Irak et en Afghanistan et obligée pendant quelques années d’arrêter les interventions et de régénérer son capital « at home ». L’effort considérable produit aujourd’hui au profit des interventions a des répercussions fortes et mesurables sur les forces en métropole, en termes de préparation opérationnelle en particulier.

Le sens des responsabilités exige de tordre définitivement le cou au mythe de la guerre courte. Ecartons définitivement les faux rêves toujours invalidés du « first in, first out » et du « hit and transfert ». Cela n’a marché ni pour les Américains en Irak, ni pour nous au Mali. D’ailleurs le « hit and run » n’est pas un facteur de stabilité : nous en sommes à la cinquième opération « coup de poing » en Centrafrique, 34 ans après la première, Barracuda en 1979. Une opération qui dure n’est pas forcément une opération qui s’enlise !

D’ailleurs le Livre blanc de 2008 a, au moins de manière théorique, bien pris en compte cette nécessité. Il postule que : « les phases de stabilisation peuvent s’étendre sur des années » ou que « ces opérations s’inscrivent dans le temps long » et avance que « l’aptitude à durer » est un facteur fondamental de l’efficacité des armées.

Dans ces conditions, il est bien évident que la délimitation de l’espace et du temps, l’évaluation et la maîtrise des coûts relèvent de la gageure. Ce rêve peut être utile en termes de communication politique, mais son propre discours ne doit pas leurrer le politique.

Comment compléter utilement la grille d’évaluation 2008 ?

Je voudrais d’abord prendre un instant pour rappeler ce qu’il est convenu d’appeler la doctrine Powell, admirée en son temps puis oubliée avec ce dernier après son mensonge public, à la face du monde, le 5 février 2003.

Cette « doctrine » a été définie à l’aube de la guerre du Golfe en 1990. Elle se résume à une série de questions :

– Des intérêts vitaux sont-ils en jeu ?

– Des objectifs atteignables ont-ils été définis ?

– Les risques et coûts ont-ils été objectivement analysés ?

– Toutes les autres options non-violentes ont-elles été épuisées ?

– Existe-t-il une stratégie de sortie permettant d’éviter un embourbement ?

– Les conséquences de l’intervention ont-elles été évaluées ?

– Le peuple américain soutient-il cette action ?

– Avons-nous un réel soutien de la communauté internationale ?

Cette grille est bien imparfaite, mais elle est claire et pourrait encore utilement servir d’exemple à nos responsables exécutifs.

Pour ma part, je dirais que toute intervention doit respecter les grands principes stratégiques. J’en citerai cinq :

Premier principe : il ne faut s’engager que si l’on peut influencer au niveau stratégique. Sinon, on use ses forces sans capacité d’influence, on est plutôt discrédité et on ne gagne rien en image. C’est le cas de la Grande Bretagne en Irak et en Afghanistan ; elle a fini par y être relevée sans gloire après y avoir littéralement usé ses armées jusqu’à la corde. C’est le cas de la France en Afghanistan : elle y a conduit une « guerre américaine » sans influence stratégique globale, sans influence sur le cours des opérations, sans influence sur la direction de la coalition. A contrario, la Libye et le Mali – et l’opération Barkhane désormais – ont eu un effet profond sur la perception de la France dans le monde et par ses partenaires.

Deuxième principe : il ne faut intervenir que là où cela a du « sens stratégique ». C’est-à-dire quand notre action vise à préserver nos intérêts, à être à la hauteur de nos responsabilités… et c’est aussi notre intérêt car la France est grande dans le monde, en particulier par sa place au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais cette place lui est contestée tous les jours, et il faut qu’elle la défende, qu’elle la légitime tous les jours. Et elle ne peut le faire que par sa capacité de gestion utile des troubles du monde. Ce qui, au passage, impose absolument la nécessité de conforter notre capacité à agir comme « nation-cadre » et à « entrer en premier ». N’en doutons pas : notre place parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et notre influence dans les affaires du monde sont d’abord fondées sur notre capacité à agir de manière concrète dans les crises (capacité et crédibilité).

Troisième principe : il faut définir des objectifs atteignables. Serval, au Mali, est un cas d’école : les objectifs fixés par le Président de la République, dont l’état final recherché, ont été clairs et, au moins initialement, compatibles avec les moyens disponibles. En Afghanistan, les objectifs ont très vite dérivé et dépassé les moyens dont la coalition disposait (en termes de temps et de capacité de contrôle de l’espace terrestre en particulier).

Quatrième principe : il ne faut intervenir que quand l’action envisagée est compatible avec les moyens disponibles, immédiatement et à terme. Ici le contraste entre le Mali et l’Afghanistan, mais aussi entre le Mali et la RCA, est frappant. Pourtant le Livre blanc de 2008 était clair sur ce point. Il rappelait que « le critère du nombre – effectifs et équipements – demeure pertinent et ne peut entièrement être compensé par la qualité (…) il reste un facteur déterminant » quel que soit le milieu. Le Livre blanc 2013 parle de « volume de forces suffisants ». Dans les faits, l’opération Serval était un pari extrêmement risqué, chacun le sait, en raison du très faible volume de forces déployées, conjugué à la grande vétusté de la majorité des équipements utilisés. L’opération Sangaris est un pari qui a échoué : le pari fait de la « sidération initiale » a échoué. Ensuite, le déni de réalité conjugué à notre manque de moyens a empêché l’adaptation de la force à la réalité du terrain et au déploiement immédiat des 5 000 hommes qui étaient indispensables.

Cinquième principe : il ne faut « pas faire le premier pas sans envisager le dernier ». La formule est de Clausewitz : deux siècles plus tard, elle est toujours d’actualité. Cela veut dire, avoir une stratégie de sortie : et on opposera facilement ici encore le Mali et RCA. Cela veut dire qu’il faut évaluer sans idéologie, sans aveuglement, les conséquences d’une intervention, surtout si l’on n’a pas l’intention d’aller jusqu’au bout.

Il est bon ici de se rappeler ce que le Ministre Powell nommait le syndrome de « Pottery Barn », grande chaîne de magasins de vaisselle aux Etats-Unis. Nous étions en 2002, et Colin Powell voulait dissuader George W. Bush de lancer son agression de l’Irak. Il disait ainsi : « Quand vous entrez chez “Pottery Barn”, ce que vous cassez vous appartient ». Il avait raison. L’Irak et le Moyen-Orient « appartiennent » aux Etats-Unis, comme les conflits régionaux, en cascade, que cette agression a engendrés, tout comme l’Etat Islamique, « appartiennent » aux Etats-Unis. De la même manière, la Libye appartient à la France, tout comme le chaos régional que nous avons provoqué sur toute la bande Sahélo-saharienne. Du moins si l’on considère qu’il y a un lien entre le sens de la civilisation et le sens de la responsabilité …

Je tiens à évoquer votre quatrième point, celui du poids budgétaire des OPEX. Il ne s’agit pas « d’avoir les moyens de ses émotions ». Il s’agit de « consentir les investissements nécessaires à la sécurité des Français », selon le mot du ministre Le Drian. Cela n’a rien à voir !

Il est d’abord bien évident que s’offrir une Porsche et être ensuite incapable de payer le carburant pour la faire rouler relève du non-sens. Madeleine Albright avait bien raison quand elle posait la question : « A quoi servent nos belles forces armées si nous ne pouvons nous en servir ».

Le sous-dimensionnement patent du budget OPEX a des effets pervers considérables dont doivent être conscients ceux qui en décident. D’abord, laisser dire par les media, sans démenti formel, que les armées dépensent indûment le maigre budget français relève de la faute morale, au moment où nos soldats se battent sur tous les fronts, pour la France et à ses ordres, avec des ressources beaucoup trop comptées. Ensuite, parce que nous sommes toujours en dessous de la « taille critique », ce sous-dimensionnement du budget a des conséquences directes tant sur le succès des opérations que sur la sécurité de nos soldats : ils s’en retrouvent mis en danger.

Aujourd’hui dès qu’une opération est décidée, les planificateurs ont pour ordre strict de limiter au maximum les moyens, non en fonction des exigences opérationnelles mais selon une stricte logique budgétaire. Puis, dès que l’opération est lancée, la seule préoccupation des planificateurs est de rapatrier au plus tôt le maximum des moyens déployés. Avec trois conséquences funestes :

Premièrement, nos soldats se retrouvent toujours en sur-danger par rapport à une opération planifiée normalement, c’est-à-dire en fonction de sa finalité et des exigences opérationnelles. Les options tactiques sont rarement des options « opérationnelles » : ce sont des choix tactiques par défaut, sous forte contrainte. L’opération Sangaris est un exemple dramatique de cette dérive : moyens très insuffisants dès le départ et aucune adaptation des volumes, même lorsque le besoin est criant ;

Deuxièmement, nos forces ont le plus grand mal à remplir leurs missions et agissent en opposition flagrante avec un principe premier de la guerre, le principe de masse et de submersion. L’action, exécutée à moyens comptés, tarde à produire ses effets et coûte finalement beaucoup plus cher. Ainsi, nos forces sont conduites à mener des opérations séquentielles et non parallèles. C’est l’exemple type de Sangaris : d’abord la Séléka, puis les anti-Balaka : la force française y perd son efficacité et son caractère d’impartialité ;

Troisièmement, nos armées ont été déjà transformées en « kit expéditionnaire », donc capables de gagner des batailles mais pas de gagner les guerres – c’est-à-dire produire un « état de paix meilleur que le précédent » selon le mot de Liddell Hart. Aujourd’hui, on accélère leur retrait, gâchant leurs succès initiaux qu’elles ne peuvent plus transformer en succès stratégique et politique. Après avoir repoussé, détruit ou conquis, nous n’avons jamais assez de forces pour « mailler » et « tenir ».

Ainsi, de l’Afghanistan à la RCA en passant par le Mali, le problème majeur est celui de la « permanence » et le syndrome qui lui correspond, celui de « Sisyphe guerrier », reconquérant tous les matins ce qu’il a dû abandonner la nuit.

J’en arrive à Chammal. Après quelques détours, j’en conviens, mais l’on ne perd jamais son temps à prendre un temps de recul stratégique, à une époque où, justement, la tendance est de raisonner dans le temps court, en termes de dépenses de comptoir, des problèmes qui relèvent du temps long et d’investissements lourds.

Je ne m’attarde pas sur l’ahurissante contradiction actuelle entre, d’une part, l’embrasement du monde à nos portes, à notre est, à notre sud-est, à notre sud, la multiplication de nos interventions et, d’autre part, la détérioration profonde et rapide de nos capacités budgétaires avec, en aval, celle de nos capacités militaires. Tout le monde le sait, à droite et à gauche. Certains, trop peu nombreux, le disent.

Il y a toujours plus d’opérations et toujours moins de moyens. Et nous courons sans espoir derrière au moins un succès concret. Nous déshabillons Pierre pour habiller Paul, puis Paul pour rhabiller Pierre et habiller Jacques.

Trop tôt, nous réduisons nos forces au Mali parce qu’il faut aller en RCA ; là, notre faible contingent produit des résultats bien imparfaits mais déjà nous le déshabillons parce qu’il faut bien faire Barkhane … mais qu’il faut aussi aller reconquérir au Mali l’ Adrar des Ifoghasque nous avons lâché trop vite. L’adjudant Thomas Dupuy y trouvera la mort …

Alors ? Tenons-nous au principe bien connu de la guerre : le principe de concentration … ou à sa version populaire : « qui trop embrasse mal étreint ». Arrêtons de nous éparpiller ! Regardons les choses en face.

Etat islamique. « Daech delenda est » : certes ! Nous sommes profondément solidaires, mais nous ne sommes aucunement responsables. Nos intérêts existent, mais ils sont indirects. Nos capacités sont limitées et dérisoires, là-bas, par rapport à celles des Etats-Unis et notre influence stratégique est extrêmement limitée. Bien que nous soyons le 3e en termes de participation aérienne, nous sommes considérés par les Américains comme le 9e contributeur, derrière l’Arabie Saoudite. Au sein de l’état-major interalliés et interarmées opératif au Koweït, notre poids et notre accès est très limité, avec seulement une cinquantaine de postes non ABCA sur un millier. Le problème est d’une très grande complexité et ne sera réglé que dans le temps très long, en exigeant toujours plus de moyens.

Barkhane. Nous sommes profondément responsables. A la fois du chaos que nous avons créé et, qu’on le veuille ou non, de la stabilité de la bande sahélo-saharienne et de la frange nord-ouest de l’Afrique noire. De plus, nous y avons des intérêts directs de toute nature. Le problème est militairement beaucoup plus simple, avec des solutions politiques plus claires. La sortie sera plus aisée. Personne ou presque ne viendra nous aider, parce que la solidarité internationale, parce que la solidarité européenne n’existent pas. A défaut d’aide internationale, nous disposons d’une grande autonomie stratégique. Nous, nous y sommes pour longtemps et il faudra bien aller, un jour, en outre, s’occuper du chaos libyen et de la menace Boko Haram qui va continuer à se poser de manière croissante. Nous n’aurons pas le choix.

Alors ? Alors, de grâce, concentrons-nous. Laissons quelques officiers planifier dans les centres d’opérations ; laissons nos trois couleurs flotter sur l’état-major de la coalition anti-Daech. Il faut continuer à payer le prix minimal pour le ticket d’accès à l’information, mais il fait veiller au contrôle de son inflation, déjà en oeuvre. Mais concentrons tous nos efforts et nos maigres moyens sur cette opération Barkhane, gigantesque défi stratégique et logistique, conduit aujourd’hui avec un effectif dérisoire pour une mission de sécurité ultra-complexe couvrant une zone immense de cinq pays aux frontières poreuses, avec un dispositif français déjà au bout de ses capacités.

Et nous n’avons pas le choix : nous devons y vaincre, forcément sur le temps long. Pour le monde. Mais surtout pour la France et la sécurité de nos concitoyens.

M. Jacques Gautier. – Concernant le sous-dimensionnement du budget des OPEX, je me satisfais de la formule actuelle, consistant à inscrire une dotation déterminée dans le budget du ministère de la défense et à prévoir un financement interministériel du dépassement, dans la mesure où l’engagement des OPEX est une décision d’ordre politique. Compte tenu de la contrainte de réduction des coûts, je m’interroge, par ailleurs, sur ce que peut apporter la participation du porte-avions Charles de Gaulle à l’opération Chammal, dès lors que la France dispose déjà de Mirage en Jordanie et de Rafale aux Emirats Arabes Unis.

M. Joël Guerriau. – J’ai apprécié votre remarquable exposé et retenu les cinq principes que vous avez cités. Vous avez dit que la France avait eu raison d’intervenir au Mali et en Libye tout en précisant, ce qui m’a rassuré, qu’il convenait d’aller jusqu’au bout et d’y restaurer une paix durable. Je retiens de votre propos la règle d’or suivante : il ne faut s’engager dans une guerre que si on a la capacité à durer.

M. Jean-Marie Bockel. – J’apprécie l’originalité et la finesse de vos analyses depuis que je vous connais. Mais je note qu’au sein de l’institution militaire, vos prises de positions font débat.

M. Aymeri de Montesquiou. – Vous avez remisé aux oubliettes la doctrine Guderian de la guerre éclair (Blitzkrieg). Vous avez souligné l’importance du territoire de Daech (200 000 km) au regard des effectifs limités dont il dispose (30 000 hommes). Il s’agit là d’un point faible pour Daech, d’autant qu’il n’a pas d’aviation. En outre, je me demande comment il est possible d’influencer une coalition : soit on la dirige, soit on est dirigé. Et quand on est dirigé, défend-on vraiment ses intérêts ?

M. Daniel Reiner. – Aurait-il été imaginable que la France ne fasse pas l’opération Chammal ?

M. Gilbert Roger. – Dans votre propos, vous n’avez pas évoqué l’Europe. J’ai le sentiment que la France est bien seule, politiquement et militairement. D’un point de vue stratégique, Daech dispose d’immenses ressources, notamment grâce à un trafic de pétrole à ciel ouvert. N’est-on pas en mesure de détruire cette source d’enrichissement ? Pourquoi ne le fait-on pas ?

M. Robert del Picchia. – Vous défendez l’idée que pour intervenir, il faut d’abord tout prévoir. Quid de l’urgence ? Quand il y a urgence, il n’y a donc pas d’intervention possible ?

Général Vincent Desportes. – Je répondrai de façon synthétique à l’ensemble de ces questions.

D’abord, je comprends le raisonnement de M. Gautier. La logique poursuivie par le Gouvernement est compréhensible. Cependant, elle se traduit par de nombreux effets pervers. Les options tactiques sont prises par défaut, sous fortes contraintes budgétaires. Mesurées dès le départ au plus juste, les forces sont redimensionnées au plus tôt, ce qui affecte tant la sécurité de nos soldats que l’efficacité de la mission.

S’agissant de l’emploi du porte-avions en OPEX, avant qu’il ne rentre en indisponibilité technique, si ce renfort paraît utile, je n’y vois pas d’objection, pour autant que cela ne coûte pas trop cher et n’impacte pas les autres budgets ; je ne suis pas un spécialiste de cette question. Mais la priorité, à mes yeux, est de renforcer les moyens alloués à l’opération Barkhane.

Pour revenir sur la nécessité de ne s’engager que lorsqu’on dispose de la capacité de le faire dans la durée, je précise que l’opération libyenne, au moment de son lancement, était selon moi raisonnable – arrêter les chars à Benghazi, c’était une décision légitime et morale. La dérive est venue ensuite : nous n’avons ni pu, ni su gérer « l’après » de notre intervention.

M. Daniel Reiner. – On ne sait pas le faire !

Général Vincent Desportes. – Dans ce cas, arrêtons-nous ! Nos armées, aujourd’hui, sont des sortes de « kits » expéditionnaires, sans profondeur stratégique ; on n’a pratiquement jamais les moyens de « durer » dans les opérations. Or il n’y a jamais de succès stratégique dans le temps court ! Ce que la France a fait au Mali a d’abord été très bien fait, mais nous avons réduit beaucoup trop vite nos effectifs. Dans un contexte de moyens contraints, il importe de concentrer nos interventions, et d’inscrire celles-ci dans le temps long. Les opérations « aller et retour » permettent d’atteindre des résultats d’ordre technique, mais pas d’aboutir aux solutions politiques nécessaires. C’est l’histoire du monde !

A l’attention de M. Bockel : je crois qu’au sein des armées où j’ai de nombreux contacts, la majorité approuve mes propos. J’ajoute qu’un problème fondamental des militaires réside dans le fait de ne pas pouvoir s’exprimer lorsqu’ils portent l’uniforme, parce qu’ils le portent, puis de ne plus pouvoir parler lorsqu’ils l’ont quitté, car ils sont alors censés ne plus connaître les sujets sur lesquels ils auraient pu s’exprimer ! Les armées constituent aujourd’hui le seul corps social de la Nation à ne pas disposer de système d’auto-défense, d’une forme d’ordre professionnel. Ainsi, pour des raisons ancrées dans l’histoire, le corps des officiers, à mon sens, ne remplit plus aujourd’hui le rôle qui est le sien dans la Nation, souvent par excès de déférence, me semble-t-il. C’est un sujet dont il faudrait débattre.

M. Jean-Marie Bockel. – Très bien !

Général Vincent Desportes. – Sur Daech, je suis d’accord avec M. de Montesquiou : plus cette organisation terroriste cherchera à étendre son emprise territoriale, plus elle se fragilisera et sera susceptible de subir nos frappes. Ce choix de la territorialisation signe la mort programmée de Daech – Napoléon fut défait devant Moscou ! Et c’est ainsi que Daech mourra avant Al-Qaïda. Quant à la question de rompre les flux qui en assurent le soutien, je pense, sans connaître le détail opérationnel en cause, qu’une part de la difficulté tient au fait que l’on frapperait là en territoire ami.

En Afghanistan, nous avons servi à peu de chose. A l’inverse, l’opération Barkhane est utile et bien menée, nous y disposons d’une capacité de direction et d’influence ; ce n’est pas le cas dans l’opération Chammal.

Enfin, pour revenir sur la question de l’urgence, je crois que l’on est tout à fait capable d’agir et de se projeter en urgence quand cela est nécessaire – on a su le faire au Mali ; mais que l’urgence n’empêche pas la réflexion stratégique.

M. Jean-Pierre Raffarin, président. – Merci, mon général, pour l’ensemble de ces éléments, et pour votre liberté de parole et votre ouverture au débat, ainsi que la clarté avec laquelle vous exposez vos convictions.

 

 Source : senat.fr, 17/12/2014

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34 réponses à Le Général Desportes au Sénat : “Daech a été créé par les États-Unis” [2014]

Commentaires recommandés

Manu Le 01 décembre 2015 à 12h44

“Si un régime autoritaire c’est mis en place dans telle ou telle partie du monde n’est-ce pas parce qu’un autre régime n’a pas su s’imposer ?”

Ça, c’est un (le notre) problème majeur: le fait de vouloir à tout prix “favoriser” l’émergence de la démocratie (notre vision de la démocratie), des droits de l’homme et autres concepts occidentaux.

Certains pays, avec des ethnies historiquement hostiles, culturellement divergentes, ne tiennent qu’avec des régimes durs, qu’ils soient républicains ou despotiques ne change rien.
Tout les pays tribaux ont besoin de régimes forts, limite autoritaires, sinon ils se désintègrent.

L’exemple le plus parlant est la Yougoslavie : Avec Tito, pas de contestation, tout le monde au pas, mais au final, tout le monde vit dans un pays en paix, relativement prospère et sûr. (j’ai l’image de christ, jésus christ, et son légendaire “vous allez vous aimer les uns les autres bordel de merde).

Tito disparait, et c’est l’épuration ethnique, les plus nombreux massacres les autres. Du jour au lendemain, on s’égorge entre voisins, en famille même, sous des prétextes de pureté de sang, de religion etc.

Tout ça, on l’a oublié chez nous, alors qu’on faisait pareil, c’est d’ailleurs pour ça qu’on a notre régime actuel: parce qu’on y est passé aussi, à la barbarie, l’arbitraire ethnique et culturel, de la tribu à l’occupation impériale > royauté > empire > république. On a fait ça sur des centaines d’années de dictatures avant d’arriver à un semblant de république représentative (qui n’est pas une démocratie).

Et on se permet, nous, avec nos millénaires de guerres fratricides, racistes et impériales, de se placer en exemples et d’imposer notre régime à des pays stables, mais qui ne sont “pas vraiment démocratiques”.

  1. Subotai Le 01 décembre 2015 à 05h19
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    Il se trompe (c’est plutôt du vœu pieux) quand il compare la campagne de Russie napoléonienne – recherche classique de la bataille décisive contre un ennemi identifié sur un territoire hostile – avec la rébellion islamique DAESH, dans laquelle se sont les populations des territoires qui adhèrent à la rébellion de gré ou de force (la force des choses et/ou la voie de l’évidence), les définitivement hostiles étant chassés ou éliminés.

    L’État Islamique est sur son territoire – Tout comme les bonnes vieilles guérillas “communistes” du siècle dernier, les territoires Cartels de la drogue aux Amériques ou en Asie. Pour les déloger: bonjour !


    • francois19 Le 01 décembre 2015 à 07h36
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      Il ne le fait pas dans ce sens: il essaie simplement d’expliquer que quand on a des velléités expansionnistes, il faut ensuite être capable de tenir les positions conquises… Et que ça complique fortement la donne…


  2. Patrick Luder Le 01 décembre 2015 à 08h36
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    L’ingérence de tiers étrangers dans les affaires intérieures conduit à des déséquilibres irréparables … dès lors ne vaudrait-il pas mieux simplement prendre acte des problèmes et surtout encourager les parties divergentes à mieux communiquer entre-elles ?

    Le meilleur allié de l’humanité est le temps. Un système équilibré est durable alors qu’un système déséquilibré tend à basculer d’un côté ou de l’autre. Si un régime autoritaire c’est mis en place dans telle ou telle partie du monde n’est-ce pas parce qu’un autre régime n’a pas su s’imposer ?

    Nos guerres actuelles déshumanisées faites de destructions de civilisations par des bombardements aériens sans intervention sur le terrain, génèrent des monstres déshumanisés. La seule opération militaire justifiable serait une présence forte sur le terrain, mettant en place un couvre-feu global le temps qu’il faut pour laisser inventer et mettre en place, par la population locale, un système politique général capable de répondre à la recherche de l’équilibre de la région en peine.


    • Manu Le 01 décembre 2015 à 12h44
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      “Si un régime autoritaire c’est mis en place dans telle ou telle partie du monde n’est-ce pas parce qu’un autre régime n’a pas su s’imposer ?”

      Ça, c’est un (le notre) problème majeur: le fait de vouloir à tout prix “favoriser” l’émergence de la démocratie (notre vision de la démocratie), des droits de l’homme et autres concepts occidentaux.

      Certains pays, avec des ethnies historiquement hostiles, culturellement divergentes, ne tiennent qu’avec des régimes durs, qu’ils soient républicains ou despotiques ne change rien.
      Tout les pays tribaux ont besoin de régimes forts, limite autoritaires, sinon ils se désintègrent.

      L’exemple le plus parlant est la Yougoslavie : Avec Tito, pas de contestation, tout le monde au pas, mais au final, tout le monde vit dans un pays en paix, relativement prospère et sûr. (j’ai l’image de christ, jésus christ, et son légendaire “vous allez vous aimer les uns les autres bordel de merde).

      Tito disparait, et c’est l’épuration ethnique, les plus nombreux massacres les autres. Du jour au lendemain, on s’égorge entre voisins, en famille même, sous des prétextes de pureté de sang, de religion etc.

      Tout ça, on l’a oublié chez nous, alors qu’on faisait pareil, c’est d’ailleurs pour ça qu’on a notre régime actuel: parce qu’on y est passé aussi, à la barbarie, l’arbitraire ethnique et culturel, de la tribu à l’occupation impériale > royauté > empire > république. On a fait ça sur des centaines d’années de dictatures avant d’arriver à un semblant de république représentative (qui n’est pas une démocratie).

      Et on se permet, nous, avec nos millénaires de guerres fratricides, racistes et impériales, de se placer en exemples et d’imposer notre régime à des pays stables, mais qui ne sont “pas vraiment démocratiques”.


  3. François Lacoste Le 01 décembre 2015 à 08h39
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    Cet article n’est certainement pas parole d’évangile, néanmoins il se trouve sur Wikipédia qui un organe de savoir incontestablement sous contrôle, c’est en cela qu’il est intéressant.
    Il confirme dans une certaine mesure que ces faits sont partout admis et dans une certaine mesure historicisés. https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Moyen-Orient

    Avec prudence, on peut aussi lire cet autre article qui aborde le sujet de l’idéologie néoconservatrice (ou tout simplement conservatrice) qui sous-tend la politique US au moyen orient depuis le années 80.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9o-conservatisme


  4. francois marquet Le 01 décembre 2015 à 09h15
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    “rompre les flux qui en assurent le soutien (De Daesh), je pense, sans connaître le détail opérationnel en cause, qu’une part de la difficulté tient au fait que l’on frapperait là en territoire ami.
    Des détails mon général! Arabie Saoudite? Quatar? Turquie? Israel? Jordanie?
    Quelles pressions politiques et/ou militaires peut on exercer sur ces pays qui alimentent Daesh, ou par ou passent les exportations de Daesh? Il me semble que l’approche Russe est claire (engager politiquement tous les acteurs, frapper fort là ou c’est internationalement légal(pas moral mais légal),
    et que l’on pourrait s’y rallier. On pourra se brouiller avec certains (comme la Russie se brouille avec la Turquie) mais au moins il y aura de la lisibilité.Et puis sur le long terme, ne vaut-il mieux pas la Russie et l’Iran que le Quatar et l’Arabie Saoudite?


    • Nicolas Anton Le 01 décembre 2015 à 11h09
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      Depuis le début nos gouvernants connaissent clairement la réalité des forces en jeu et de leurs soutiens. Il apparait de plus en plus clairement à l’opinion publique que Hollande, informé avec précision de la situation, a fait de la France l’allié de pays qui soutiennent DAECH. Je suis étonné qu’il n’y est pas eu encore d’actions juridiques de la part des parents des victimes des attentats. Ce gouvernement a des comptes à rendre.


  5. Eric83 Le 01 décembre 2015 à 09h58
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    “…la Libye appartient à la France, tout comme le chaos régional que nous avons provoqué sur toute la bande Sahélo-saharienne. Du moins si l’on considère qu’il y a un lien entre le sens de la civilisation et le sens de la responsabilité …”

    Mon interprétation est plutôt “le chaos libyen appartient à la France” tout comme… La France a semé le chaos et des civils ont payé et paient de leur vie l’inconséquence et l’irresponsabilité de l’intervention française en Libye.
    D’après des informations récentes, Syrte en Libye deviendrait le ou un centre essentiel de commandement de Daech.

    “Etat islamique. « Daech delenda est » : certes ! Nous sommes profondément solidaires, mais nous ne sommes aucunement responsables”. ????

    Comment le Gal peut-il oser dire cela après avoir reconnu que la France est responsable du chaos Libyen ? De nombreux billets sur le blog d’OB démontre que ce sont les chaos en Irak et en Libye qui sont à l’origine de la création et de l’expansion de Daech !

    Il faut se rendre à l’évidence, l’influence militaire de la France est négligeable. Que nos gouvernants cessent d’aller guerroyer à l’extérieur pour semer le chaos et le ressentiment et se concentrent sur la protection du peuple français.


    • Dominique Le 03 décembre 2015 à 14h33
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      « …la Libye appartient à la France[…] Mon interprétation est plutôt “le chaos libyen appartient à la France” »

      Ben oui, c’est tout à fait ce qu’il dit. Cela s’inscrit dans le syndrome de « Pottery Barn », élément de la doctrine de Powel :

      « Quand vous entrez chez “Pottery Barn”, ce que vous cassez vous appartient »

      Ce qui est cassé, c’est équivalent au chaos, non ?


  6. RMM Le 01 décembre 2015 à 11h38
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    Cette tres intéressante intervention du général Desportes jette une lumière crue sur les bizarreries de la politique francaise actuelle au Moyen Orient. (Mais lire aussi la suite, meme page web, les auditions de Bentégeat et de Le Drian.)
    Soutenir l’état syrien dans sa lutte contre le terrorisme servirait mieux les intérêts de la France que de collaborer avec les pétromonarchies – sous les orders USA qui ne lui reservent que la function de boute-en-train, selon le mot de Roland Dumas… Coopérer avec la Russie est le meilleur moyen de maximiser l’emploi de moyens limités, vu que la Russie est prete deja à traiter la France en partenaire – en non en soubrette. S’entêter à agir sous les ordres des USA après toutes les humiliations subies de leur part est incompréhensible: suivre les USA en Afghanistant “pour des raisons de pièces détachées,” après le discours de M. de Villepin au Conseil de Sécurité. (Meme si par la suite Chirac s’est laissé malmener sur CNN par ce vampire en jupons d’Amanpour – https://www.youtube.com/watch?v=61x0kOW5gow) – à l’inverse de Poutine qui domine un Charlie Rose plus que teigneux – https://www.youtube.com/watch?v=jESupEEUcZ0
    Ne rien trouver à redire à un allignement UE qui va directement à l’encontre des intérêts de la France (“Je n’ai pas de contact avec mon homologue russe depuis la crise ukrainienne, à l’instar de l’ensemble des ministres de la défense des pays de l’Union européenne”) – et au final, manger son chapeau une seconde fois, forcé par des attentats, de renouer un contact qui n’avait pas lieu d’etre interrompu…
    Cette soumission craintive aux dictats US est-elle réellement nécessaire?


    • belamicci Le 01 décembre 2015 à 20h21
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      entièrement d’accord avec votre opinion justifiée.La France a fait l’erreur de réintégrer l’OTAN qui n’est qu’un outil entre les seules mains des USA pour garder sur l’Europe une mainmise permanente.Les Américains n’ont toujours cherché que leurs intérêts propres et pour ce faire,ils sont prêts à s’allier avec le diable .Enfin ils sont les premiers fauteurs de troubles de la planète .Qui peut prétendre le contraire ?


  7. Thierry Saladin Le 01 décembre 2015 à 13h03
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    Bonjour à tous,
    Pour ceux qui, ignares comme moi, n’ont fait que bac plus dix et qui n’auraient pas été latinistes, je me permets de donner une signification à l’expression latine « Daech delenda est ».
    Ne comprenant pas cette formulation latine répétée plusieurs fois (mais au fait, serais-je le seul?) j’ai donc demandé au logiciel de traduction de Google — ce n’est qu’une machine — et j’ai eu cette réponse:
    « Daech détruit ».
    En espéranto, autre langue que je maîtrise comme ma langue natale, le français, Google donne comme traduction: « Daech forigita », ce qui veut dire en gros la même chose.
    J’en déduis donc qu’il s’agit ici d’un participe futur et que la traduction française serait: « Daech doit être détruit, ou sera à détruire ».
    Tant que j’y suis sur cette question de traduction, ce général, dont je n’ai aucune raison de douter de la pertinence des propos ni de la finesse d’analyse, abuse (= euphémisme) des locutions anglaises. Comme s’il n’était pas (plus?) capable de faire un exposé entièrement en français, sa langue natale. Il n’est hélas pas le seul.
    Cette dérive actuelle, pour ne pas dire ce snobisme, consistant à saupoudrer (polluer?) son discours de mots et phrases anglo-américains est regrettable. Mais il semble que cela ne gêne plus beaucoup de Français, hélas.

    Optimiste incorrigible, j’émets cependant ici un souhait, c’est que le rapporteur du script, ou d’un discours, ou bien un traducteur de l’équipe de Diacrisis, veuille bien prendre l’habitude d’ajouter entre crochets la traduction en français. Et cela à chaque fois.
    Par exemple, [ndt: traduction française]. Ainsi pour l’ensemble des lecteurs, la lecture serait facilitée.
    Pour ce qui concerne cette intervention, il y a donc:
    « hit and transfer », « at home », « hit and run », « first in», « first out ».

    C’est vraiment pas terrible, tout ça, mon général!

    Quelqu’un viendra-t-il à ma rescousse?
    Et pour finir, bravo à la personne qui a utilisé dans le texte les guillemets français: les chevrons « et ».
    Comme quoi, tout n’est pas perdu.

    Cordialement.

    Thierry Saladin


    • francois19 Le 01 décembre 2015 à 14h02
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      Bonjour Thierry,
      Traduction, hors contexte… A nuancer peut-être en fonction des phrases.
      “hit and transfer” = frapper et transférer
      “at home” = à domicile
      “hit and run” = frapper et courir
      “first in” = premier entré
      “first out” = premier sorti


    • grub Le 01 décembre 2015 à 16h41
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      Je serais d’accord avec vos propos s’il s’agissait de quelqu’un qui utilise des expressions anglaises parce que soit disant il n’y aurait pas d’équivalent en français du genre best-of alors que nous possédons un très joli florilège. 🙂
      Mais là ce n’est pas le cas, ce sont des mots techniques, comme il y en a plein en informatique ou dans les jeux. Par exemple le “hit and run” est un mot très courant dans certains jeux vidéos. De fait, en utilisant ces mots, on les intègre à la langue française, les dénaturant le plus souvent avec notre accent. Prenez le mot “mail” qui signifie courrier, le français a acquis un nouveau mot plus précis, puisque nous l’utilisons pour qualifier les courriers électroniques, la langue anglaise restant avec un mot plus généraliste.
      Comme la langue française il fut un temps, la langue anglaise se fait piller ses mots et expressions.
      Pour terminer, si vous regardez des films anglo-saxons en vo, vous vous apercevrez qu’ils utilisent parfois des expressions ou des mots français.


      • Torsade de Pointes Le 01 décembre 2015 à 19h40
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        Je ne vois pas pourquoi des mots ne pourraient pas être en français dès le moment qu’ils sont ‘techniques’. La technique doit pouvoir s’exprimer dans toutes les langues, et non rester réservée à la seule langue anglaise. Sommes-nous conscients de l’enjeu ? Il est par ailleurs assez éberluant de voir postulé que la langue de la stratégie devrait désormais se nourrir des tics langagiers des jeux vidéo ; à ce compte-là, évidemment, tout sera en anglais.

        L’intervenant précédent semble considérer qu’un mot anglais est « assimilé » dès lors qu’il est simplement mal prononcé, sans autre condition, même si l’expression est reprise telle quelle. À mon sens, pour parler d’« assimilation », il en faut vraiment un peu plus que cela ; ‘breekmes’ se transmutant en ‘braquemart’, ‘Schnapphahn’ en ‘chenapan’, ou ‘bancarotta’ en ‘banqueroute’, voilà des cas de véritable assimilation. Quant à l’affreux ‘mail’, il introduit une incohérence de plus dans notre orthographe (qui pourtant en est déjà très bien pourvue), puisque jamais la combinaison ‘–ail’ en position terminale ne se prononce ainsi en français. Les anglophones ont ‘e-mail’ pour faire le distinguo entre courrier électronique et courrier postal ; ce n’est donc pas eux qui « restent avec mail », mais nous qui restons avec un corps étranger inassimilable. De plus, je croyais qu’un équivalent français de ‘e-mail’ existait depuis longtemps.

        L’affirmation que les Anglo-Saxons usent et abusent de mots français est une couillonnade totalement éculée. Si on employait en français autant de mots anglais que les Anglo-Saxons emploient de mots français dans leur langue, il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter, et je ne serais pas ici à faire le schroumpf grognon.


        • grub Le 01 décembre 2015 à 20h47
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          @Torsade

          Je n’ai jamais dis qu’ils abusaient mais qu’ils utilisaient merci de ne pas interpréter mes propos. En l’occurrence j’ai vu hier, par exemple, un film sud africain et l’un des protagonistes utilisaient plusieurs fois des mots français avec un accent qui se voulait français.

          Ensuite pour l’assimilation des mots, c’est un problème de temporalité, nous y sommes en plein et il faut laisser le temps faire son oeuvre. Et là aussi, vous interprétez mes propos, on est ici dans le commentaire de blog et non pas dans l’analyse fine qui prendrait des dizaines de pages à minima. L’idée est donc de glisser quelques pistes et pour faire bonne mesure, j’alourdis mes propos par des “le plus souvent” mais à priori ça ne suffit pas.

          Je suis un gamer, et désolé de vous le dire quand on a une culture du jeu, on a compris que je jouais aux jeux vidéos, ce qui n’aurait pas été le cas si j’avais dis je suis un joueur. Je trouve hallucinant que des gars qui ne connaissent rien à un domaine viennent nous dire comment fonctionner.
          Des tics langagier ? Ce sont des mots techniques comme il en existe plein en informatique autre milieu que je connais.
          Pour ce qui est de la stratégie, un des intervenants parle de guerre éclair mais précise Blitzkrieg tout simplement parce que ce mot a sa vie propre.

          Mail ? Pull-over ?

          Si la langue française est en danger ça n’est certainement pas du fait de l’anglais mais bien de la médiocrité de notre système scolaire.


      • Denis Griesmar Le 03 décembre 2015 à 13h08
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        Mais cela justifierait n’importe quel emprunt inutile et destructeur, car cherchant à remplacer un mot français qui fonctionne très bien. A propos, “e-mail” se traduit par “courriel”.
        Pour les mots nouveaux, il existe des Commissions ministérielles de terminologie, dont j’ai fait partie.


    • lim75 Le 01 décembre 2015 à 16h46
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      C’est une allusion à la citation latine “Carthago delenda est” .. “Il faut détruire Carthage”, avec lequel Caton l’Ancien terminait paraît-il tous ses discoours (voir cependant la discussion sur Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Delenda_Carthago) .. Cette citation a eu une certaine fortune. Par exemple, pendant l’occupation, Doriot (je crois) disait “Et l’Angleterre, comme Carthage doit être détruite”.


    • Crapaud Rouge Le 01 décembre 2015 à 16h56
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      abuse (= euphémisme) des locutions anglaises” : eh non, pas du tout, car ces locutions anglaises, (que je déteste tout comme vous), disent sans fard d’où viennent les concepts, et ce n’est pas négligeable de le savoir.


    • Imagine Le 01 décembre 2015 à 17h01
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      Allusion à cartago delenda est, prononcé au sénat romain, Carthage doit être detruite


      • Thierry Saladin Le 01 décembre 2015 à 19h00
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        Bonsoir,

        Ce message s’adresse à quatre personnes : Grub, lim 75, Crapaud Rouge et Imagine.

        Je les remercie des précisions qu’elles ont apportées à la suite de mon message de ce matin, notamment sur la citation latine de Caton l’Ancien à propos de Carthage.

        Je reviens sur le fait que même si des locutions anglaises « disent sans fard d’où viennent les concepts », cela n’empêche nullement tout francophone conscient de la valeur de sa langue maternelle de faire un peu attention à elle, en exprimant lesdits concepts grâce à elle — ce qui j’en conviens peut demander un petit effort — et ce afin de la protéger et aussi de contribuer à l’enrichir, notamment par l’usage.
        La question, c’est que très souvent, on préfère la facilité et répéter la formule anglaise d’un bloc. Sans prendre la peine de la traduire.

        Dans ce registre, on entend aussi parfois que telle ou telle expression serait intraduisible en français. C’est totalement faux.
        Traduire, ce n’est certainement pas traduire les mots, mais l’idée, le sentiment que ceux-ci expriment. Ce qui n’est pas la même chose.
        On peut donc tout dire en français, absolument tout, et dans n’importe quelle langue, l’espéranto y compris. Encore faut-il le vouloir — et préciser si cela paraît souhaitable que ce concept serait étatsunien, anglais ou autre. L’un n’empêchant pas l’autre.
        La seule limite, c’est qu’effectivement une expression comportant un nombre N de mots (N étant petit) pourrait ne pas se traduire dans une autre langue autrement que par toute une phrase. Sans parler des locutions idiomatiques.

        Cordialement.

        Thierry Saladin


    • Alfred Le 01 décembre 2015 à 19h12
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      Franchement m. Saladin vous abusez. Autant je comprend votre combat contre l’anglais autant votre absolutisme en la matière dessert votre propos. Ici cela en deviendrait ridicule. Daesh delenda est cela fait référence à de la culture générale française (même pour qui n’a pas fait de latin mais juste un peu d’histoire quand celle-ci était correctement enseignée). A moins que vous ne vous sentiez envahi à rebours et à contretemps par les latins.
      Si ce n’est pas une référence grand public de nos jours son usage n’était pas du tout déplacée dans le contexte puisque c’était une façon (cette boursouflée) de mettre en valeur la ténacité nécessaire à la destruction d’un ennemi mortel. Peu de mots pour dire fortement beaucoup de choses.
      Comme vous je déteste l’invasion de doublons anglais quand existe le mot français ou l’utilisation de tournures anglaises.
      Par contre la maîtrise du globish n’est pas un renoncement culturel mais le plus sur moyen de connaître son ennemi. Et la conservation de mots en anglais permet de tracer l’origine de certains concepts ce qui est particulièrement intéressant quand ils sont néfastes. Dès que j’entend parler de management je me casse (encore plus vite que quand j’entend “RH”). Gestion me fait moins d’effet pavlovien.


      • Thierry Saladin Le 02 décembre 2015 à 13h52
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        Bonjour Alfred,

        Pardonnez-moi, mais j’ai beau relire mon commentaire (1er décembre à 13H03) je ne vois pas en quoi j’abuse.
        Je reconnais que je ne connaissais pas cette citation latine. Mea culpa: si vous voulez.

        Où avez-vous vu que je critiquais son emploi dans l’intervention du général Desportes?
        Comme le dit ici François 19 (le 1er décembre à 20H41), « on a tous le droit de ne pas savoir ». Et c’est heureux.
        En revanche, j’ai émis un avis, le mien, sur l’emploi toujours plus grand de mots anglais (je ne parlais pas des mots latins) quand l’équivalent existe en français.
        J’ai même parlé de pollution de la langue.
        Visiblement, je ne suis pas le seul sur ce blogue à penser ainsi. Et c’est heureux, car c’est bon de ne pas se sentir seul.

        Cordialement.

        Thierry Saladin


    • Pierre Magne Le 01 décembre 2015 à 21h45
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      “Daech doit être détruit !”

      Mes souvenir de latin sont très ancien!
      Caton l’ancien commençait toujours ses discours au Sénat de Rome, quelqu’en soit le sujet, vers 150 av. J.-C., par cette apostrophe “Carthago delenda est” (Cartage doit être détruite !). Et lors de la troisième guerre punique, elle fut détruite à jamais.


  8. Charles Le 01 décembre 2015 à 13h40
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    D’où vient Daech est la question clé. Elle permet de comprendre la politique des Etats-Unis et comment il serait possible de combattre Daech, au lieu d’en faire un joujou de politique intérieure, comme en France, avec les beaux résultats en centaines de mort innocentes.
    Les Etats-Unis se défendent j’imagine en disant “C’est fini d’armer les fanatiques religieux, on a compris”. Ai écrit j’imagine, car je n’ai pas trouvé encore les déclarations officielles argumentant cette défense Ils l’avaient déjà fait à propos de Ben Laden et ses troupes. Cela a donné pire: Daech.
    Maintenant, concernant le fuel de Daech, puisque le bolide est lancé, même si les Etats-Unis ou leurs alliés ne poussent plus, ou discrètement, il y a aussi sans doute la finance, prête, comme à toutes les époques, à faire du beurre avec le diable, comme elle l’a fait avec Hitler.
    A ce propos j’ai trouvé des infos et des pistes dans une analyse de Liliane Held-Khawam;

    Daech, partenaire financier de la haute finance internationale?
    http://wp.me/p5oNrG-gAW


  9. Thierry Saladin Le 01 décembre 2015 à 14h24
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    Bonjour François,

    Merci pour tout.

    Cordialement.

    Thierry Saladin


    • francois19 Le 01 décembre 2015 à 20h41
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      Thierry, je vous en prie…

      A tous les ardents défenseurs de la langue anglaise et de la culture latine: vains débats. On a tous le droit de ne pas savoir, et peu de gens apprécieraient qu’on truffe nos commentaires de termes japonais, allemands et espagnols, parce que certains concepts sont tellement plus facilement exprimés dans d’autres langues. Mail se dit courriel en français, et la langue française est assez riche et subtile pour se passer de l’anglais…

      Now if you are that fond of english, it is of no issue (at least to me), and we can switch anytime. I am sure the debates will be most animated, and I seriously doubt the contents of this blog will be much enriched by the systematic use of a language most french people do not master properly anyway.


  10. theuric Le 01 décembre 2015 à 14h45
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    Qui se souvient que dans les années 90 nombre d’intervenants s’épanchaient sur le fait que, l’U.R.S.S. ayant disparu, les U.S.A. ne pouvaient pas faire autrement que de se trouver un nouvel ennemi et voyaient en l’Islam Sunnite un remplaçant acceptable, bien que de plus faible amplitude, à son meilleurs ennemi passé.
    Ceci pour de nécessaires stabilités politique internes.
    Je suis sûr que de petits curieux en en ayant les possibilités pourraient trouver, dans le matériel de l’I.N.R.A., quelques interventions de cette sorte.
    Tout ceci expliquant bien des cela…


  11. grub Le 01 décembre 2015 à 17h14
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    Pour répondre à Mr de Montesquiou, le “Blitzkrieg” c’est de l’ordre du tactique voire plutôt de la doctrine. Vous gagnez la guerre mais votre tactique ne vous est d’aucun secours pour gérer un pays conquis.
    Ensuite, la guerre éclair c’est un pari militaire qui joue sur la surprise tactique. Elle a d’énormes défauts qui peuvent être habilement exploités par un ennemi qui a pu l’étudier.
    Pour ce qui est d’occuper un pays comme la France après l’armistice, pays déjà fortement policé et administré et bien les allemands ont dû utiliser entre 40 000 et 400 000 hommes.
    Et oui, je suis sidéré de voir qu’encore à notre époque, on n’arrive pas à avoir le chiffre exact, tellement cette période de l’histoire est politisé. Bon courage à celui qui voudrait savoir, j’ai abandonné au bout d’une heure.


  12. belamicci Le 01 décembre 2015 à 18h44
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    Les arguments de M vedrine ancien ministre des affaires étrangères ne sont pas convaincants et cela dure depuis le bombardement de Baghdad décidé unilatéralement par Clinton en plein scandale de l’affaire Monika Lewinsky.Bombardement décidé sans l’aval du Conseil de sécurité qui attendait pour prendre des sanctions,les résultats de l’ex patron de l’AIEA le sieur Buttler en inspection en Irak .Deux jours avant ce bombardement unilatéral le rapport Buttler se trouvait chez M Clinton au lieu de sa remise au Conseil de sécurité .
    Aucun des membres permanents n’avait été avisé exception faite de la Grande Bretagne alliée éternelle des USA.
    Cette intervention de M Clinton avait créé un tollé général de protestation de par le monde notamment en Italie où l’ancien premier ministre M Daléma avait dénoncé devant le Sénat une opération illégitime , arbitraire et inadmissible au regard du droit International.

    Au lendemain de cet acte barbare et gravissime ,invité à s’expliquer devant la chaîne ex antenne2,l’ancien ministre franàais des affaires étrangères s’est montré incapable de dénoncer les dérives des Etats-Unis alors que la France, son pays membre permanent du conseil de sécurité,ignorée,venait de subir le plus humiliant des camouflets !

    M Védrine ne peut prétendre que l’Irak était informé comme il l’avait dit si maladroitement à la chaîne .Pour preuve,M Kofi Anane en homme courageux et responsable ancien Secrétaire Général de l’ONU avait bien dit cette phrase devenue célèbre-c’est un jour triste ,pour moi,pour l’ONU et pour le monde !-

    M l’ancien ministre des affaires étrangères lui n’a pas dit mot ni donné le moindre argument pour expliquer l’illégitimité de cette opération ,la France n’ayant même pas été consultée ni su défendre le Droit international.

    Voilà pourquoi les USA quand on les laisse faire ce qu’ils veulent se croient tout permis .La Boétie avait bien dit dans son Discours sur la servitude à propos des dictateurs “arrêtez de les servir et ils ‘écrouleront tous seuls”

    Le Général Desportes apporte des éléments qui tranchent avec ce que je viens de rapporter plus haut .Il est connu pour son franc parler .Il appelle un chat un chat et c’est ce qui fait les grands hommes .Oui DAECH est la marque de fabrique des USA ou CIA ,un Etat dans l’Etat qui avec le Congrès us finance largement et forme sur le terrain les djihadistes qui vont demain décapiter des ôtages occidentaux ou revendiquer des attentats en Europe .C’est à l’image de ben Laden ancien agent de la CIA ce qui n’es un secret pour personne .

    Le concept de génération spontanée ayant été abandonné par la majorité des scientifiques ,Daech ne peut en faire partie .cet “Etat” ne doit ses succès qu’à la convergence des intérêts américains avec les siens dans cette région du monde à l’équilibre tellement précaire.Peut-on concevoir une coaltion de 60 pays en un an et demi être incapable de venir à bout de ce monstre ?Il y a une volonté évidente de passivité tant qu’il sera utile au suzerain us .

    Les autres,tous les autres, Pays du Golfe ,Turquie,Union européenne n’étant que des vassaux exécutant les sales besognes du maître .
    L’erreur de la France a été la réintégration de l’OTAN sous Sarkozy .Cette fausse alliance dite de défense commune l’a-t-elle protégée contre les derniers attentats du 13.11alors que les Américains disposent de tous les renseignements?


  13. Torsade de Pointes Le 01 décembre 2015 à 20h28
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    Ce qui me frappe dans l’exposé de ce militaire, c’est l’absence de toute considération morale. Dans la liste des critères relevés par cet homme et permettant selon lui de déterminer si une guerre est bonne à mener ou non (a-t-on le matériel nécessaire, des effectifs suffisants etc.), je remarque que ne figure pas la question de la légitimité de la guerre qu’on envisage de déclencher. La première question que moi je me poserais est : cette guerre est-elle éthiquement défendable, s’agit-il réellement de légitime défense ? et je verrais bien le critère de moralité en haut de la susdésignée liste. Jamais notre homme ne s’interroge sur les motivations réelles des guerres ; en particulier, à propos de la Libye, les intérêts sordides de l’oligarchie au pouvoir n’ont pour semble-t-il lui aucune espèce de pertinence — mieux, il se rengorge que la France ait pu dans cette affaire, contrairement à son engagement en Afghanistan, prendre l’initiative et avoir « une influence sur le cours des opérations, sur la direction de la coalition », ce qui est du reste une affirmation fort douteuse. Un bon motif pour faire la guerre serait selon lui de « protéger nos intérêts vitaux » (mais intérêts de qui exactement ?), critère qu’il mitige cependant un peu plus loin dans son exposé, pour ne plus évoquer que « la préservation de nos intérêts ». Bref, tout cela est très limité intellectuellement, moralement et politiquement. Mais il est vrai que la morale n’est pas son métier et que la perspicacité politique n’entre pas dans ses attributions. Que disait déjà Clemenceau, sur la guerre et les militaires ?


  14. Pierre Le 01 décembre 2015 à 22h28
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    Le mélange des genres n’est ni dans ma culture personnelle ni souhaitable à mes yeux : mettre une parole de Caton l’ancien “Carthage doit être détruite ! ” n’est pas à mon goût du tout. Surtout lorsqu’on connaît la brillante culture de l’Empire romain, ses travers, ses succès et ses échecs. Et sans oublier non plus que Carthage était aussi une Cité brillante dont la culture pouvait être aussi bien respectée. Et Igil n’est rien de tout cela, loin de là.
    Votre général français soulève de bonnes questions, il n’ose “franchir le Rubicon”, si vous aimez les références aux “lettres latines” mais ses questions sont orientées dans le bon sens : à savoir la pleine responsabilité des Etats-Unis. Maintenant, francophone, je m’interroge sur ce fait : comment après ce que vous avez subi d’affreux et d’inacceptable, comment vous, Français, qui prétendaient faire souvent “appel à la Raison” – je pense à celle de Descartes, comment donc vous Français pouvaient avoir répondu à des sondages permettant de voir la “côte de confiance” de votre “Président” grimper de 20 points ou 20%, si j’ai bien compris via la RTL radio web. Cela me rend étourdi; persuadé (à tort ou à raison que plus tard on trouvera nombre de failles et d’erreurs de décision de l’équipe de votre Président actuel qui, même si on ne peut jamais tout prévoir, n’ont absolument pas conduit de limiter des situations dangereuses et dramatiques). Et là, je me dis oui cet officier se pose de bonnes questions. Mais est-ce que les Français se posent de bonnes questions dans leur majorité ou sont-ils victimes de manipulations de sondages ?
    Quant à moi, je me dis et espère que nos officiers tchéco-slovaques (dont ceux du renseignement et de la sécurité) ont tout intérêt à laisser de côté tous les a priori, à ouvrir en grand leurs yeux et leurs oreilles, à se méfier des “sirènes de Bruxelles et de l’OTAN”, à renouer de sérieuses relations de travail avec de “vieux amis comme la Russie et d’autres tiers” pour la sécurité de nos pays et sans hésitation à remettre en cause ou à sortir tout simplement de l’ “Espace Schengen”, véritable traquenard et instrument de pressions et chantage éventuels. BON COURAGE A VOUS AUSSI


    • belamicci Le 01 décembre 2015 à 23h01
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      j’ai toujours pensé comme vous et combien De Gaulle déjà avait toutes les raisons de se méfier ce cette alliance atlantique sous -entendue contre reste du monde,un joli péjugé au départ en considérant tous les autres pays comme ennemis sinon hostiles envers nous Occidentaux.
      Oui c’est vrai que l’OTAN sous la seule casquette des Américains est aussi un piège tendu aux Européens qui se sont mis dans la tête qu’ils ne seront jamais assez mûrs pour décider de leur devenir ,se défendre seuls avoir une politique extérieure commune basée sur l’amitié et le rapprochement des peuples ,une Europe faite pour favoriser le dialogue si nécessaire jamais pour envahir ,détruire des Etats ou réduire à néant des civilisations.A titre d’exemple comme vous le rappelez si bien que de temps perdu avec l’Iran présenté sous un visage monstrueux que d’aucuns ont façonné pour attiser la peur tout en restant dans le giron des Etats-Unis.Quelle perte pour la France d’avoir refusé de livrer les Mistral commandés par la Russie ,pas seulement en matière d’économie mais aussi en crédibilité ayant perdu toute souveraineté pour faire plaisir aux Etats-Unis .Ces derniers ne sont pas faits pour s’entendre avec l’UE pour la seule raison qu’elle dérange leur intérêts à tout point de vue politique,économique,géostratégique.Si l’UE avait suivie sa voie en toute indépendance nous n’en serions pas encore à cette bipolarisation Est-Ouest.De plus elle pèserait de tout son poids dans le concert des nations afin de faire respecter d’abord la charte des Nations Unies et ses principes fondamentaux ,d’agir en faveur de l’équité ,de la solidarité ,de la paix et non des folies guerrières .


  15. Pampita Le 01 décembre 2015 à 23h16
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    Rompre les flux de Daech, c’est peut-être pour bientôt avec le nouveau coup de maître de Poutine : http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/12/le-grand-coup-de-poutine.html

    Quel diable de stratège…


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