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28.novembre.201528.11.2015 // Les Crises

Ce que veut vraiment l’Etat islamique, par Graeme Wood

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Un bel article de fond…

Source : courrierintarnational, 18-03-2015

Cette grande enquête publiée dans The Atlantic offre un éclairage sans précédent sur les objectifs et les fondements idéologiques de Daech. Soutenant la thèse selon laquelle l’organisation se définit essentiellement par sa lecture littérale du Coran, elle a suscité de nombreuses réactions. En voici, en exclusivité, l’essentiel.

Qu’est-ce que l’Etat islamique [EI, Daech en arabe] ? D’où vient cette organisation et quelles sont ses intentions ? La simplicité de ces questions peut être trompeuse, et rares sont les dirigeants occidentaux qui connaissent les réponses. En décembre 2014, The New York Times a publié des remarques confidentielles du général Michael K. Nagata, commandant des opérations spéciales pour les Etats-Unis au Moyen-Orient, qui admettait être encore très loin de comprendre l’attrait exercé par l’Etat islamique. “Nous ne comprenons pas cette idéologie.”

L’organisation s’est emparée de Mossoul, en Irak, en juin 2014 et règne déjà sur une zone plus vaste que le Royaume-Uni. A sa tête depuis mai 2010, Abou Bakr Al-Baghdadi est monté le 5 juillet 2014 à la chaire de la Grande Mosquée Al-Nour, à Mossoul, en se présentant comme le premier calife depuis des générations. Il s’en est suivi un afflux mondial de djihadistes, d’une rapidité et dans des proportions sans précédent.

Nos lacunes sur l’EI sont d’une certaine façon compréhensibles : l’organisation a fondé un royaume isolé et peu de gens en sont revenus. Abou Bakr Al-Baghdadi ne s’est exprimé qu’une seule fois devant une caméra. Mais son discours ainsi que d’innombrables vidéos et brochures de propagande de l’EI sont accessibles sur Internet et les sympathisants du califat se sont donné beaucoup de mal pour faire connaître leur projet.

Nous avons mal compris la nature de l’EI pour deux raisons. Tout d’abord, nous avons tendance à appliquer la logique d’Al-Qaida à une organisation qui l’a clairement éclipsé. Les sympathisants de l’EI avec qui j’ai discuté font toujours référence à Oussama Ben Laden sous le titre honorifique de “cheikh Oussama”, mais le djihadisme a évolué depuis l’âge d’or d’Al-Qaida (de 1998 à 2003) et nombreux sont les djihadistes qui méprisent les priorités et les dirigeants actuels de l’organisation.

Oussama Ben Laden considérait le terrorisme comme un prologue au califat, qu’il ne pensait pas connaître de son vivant. Son organisation était informelle, constituée d’un réseau diffus de cellules autonomes. L’EI, au contraire, a besoin d’un territoire pour asseoir sa légitimité, ainsi que d’une structure hiérarchisée pour y régner.

En second lieu, nous avons été induits en erreur à cause d’une campagne bien intentionnée mais de mauvaise foi visant à nier la nature religieuse médiévale de l’EI. Peter Bergen, qui a produit la première interview avec Ben Laden en 1997, a intitulé son premier ouvrage Guerre sainte, multinationale [éd. Gallimard, 2002], notamment pour affirmer que le leader d’Al-Qaida était un produit du monde laïc moderne.

Ben Laden a organisé la terreur sous la forme d’une entreprise comptant des franchises. Il exigeait des concessions politiques précises, comme le retrait des troupes américaines d’Arabie Saoudite. Le dernier jour de sa vie, Mohamed Atta [l’un des responsables des attentats du 11 septembre 2001] a fait des courses à Walmart et dîné à Pizza Hut.

Mahomet à la lettre

Il est tentant de reprendre cette observation – les djihadistes sont issus du monde laïc moderne, avec des préoccupations politiques de leur temps, mais déguisés avec des habits religieux – pour l’appliquer à l’EI. Pourtant, beaucoup de ses actions paraissent insensées si on ne les envisage pas à la lumière d’une détermination sincère à faire revenir la civilisation à un régime juridique du VIIesiècle et à faire advenir, à terme, l’apocalypse.

La vérité est que l’EI est islamique. Très islamique. Certes, le mouvement a attiré des psychopathes et des gens en quête d’aventures, souvent issus des populations défavorisées du Moyen-Orient et d’Europe. Mais la religion que prêchent les plus fervents partisans de l’EI est issue d’interprétations cohérentes et même instruites de l’islam.

Presque chaque grande décision ou loi proclamée par l’EI obéit à ce qu’il appelle la “méthodologie prophétique”, qui implique de suivre la prophétie et l’exemple de Mahomet à la lettre. Les musulmans peuvent rejeter l’EI, comme le fait l’écrasante majorité d’entre eux. Néanmoins, prétendre que ce n’est pas une organisation religieuse millénariste dont la théologie doit être comprise pour être combattue a déjà conduit les Etats-Unis à sous-estimer l’organisation et à soutenir des plans mal pensés pour la contrer.

Nous devons apprendre à mieux connaître la généalogie intellectuelle de l’EI si nous voulons réagir non pas de façon à le rendre plus fort, mais plutôt de façon à faire qu’il s’immole lui-même dans un excès de zèle.

I. Dévotion

En novembre 2014, l’EI a diffusé une vidéo de promotion retraçant ses origines jusqu’à Ben Laden. Le film mentionnait Abou Moussab Al-Zarqaoui, le violent dirigeant d’Al-Qaida en Irak de 2003 jusqu’à sa mort, en 2006, faisant de lui un mentor plus direct. Il citait également deux autres chefs de guérillas ayant précédé Abou Bakr Al-Baghdadi, le calife. Aucune mention en revanche du successeur de Ben Laden et dirigeant actuel d’Al-Qaida, le chirurgien ophtalmologiste égyptien Ayman Al-Zawahiri.

Al-Zawahiri n’a pas fait allégeance à Abou Bakr Al-Baghdadi et il est de plus en plus haï par ses confrères djihadistes. Son isolement est renforcé par son manque de charisme. Mais la rupture entre Al-Qaida et l’EI est amorcée depuis longtemps.

Une autre figure importante est aujourd’hui en disgrâce : Abu Muhammad Al-Maqdisi, un religieux jordanien de 55 ans qui est l’un des grands architectes intellectuels d’Al-Qaida. Sur presque toutes les questions de doctrine, Al-Maqdisi et l’EI sont d’accord. Ils sont étroitement liés à l’aile djihadiste d’une branche du sunnisme appelée le salafisme, d’après l’expression arabe al salaf al salih, “les pieux devanciers”. Ces “devanciers” sont le Prophète lui-même et ses premiers disciples, que les salafistes honorent et imitent.

Al-Maqdisi a été le mentor d’Al-Zarqaoui, qui est allé en Irak avec ses conseils en tête. Avec le temps, l’élève a toutefois surpassé son maître, qui a fini par le critiquer. Leur contentieux concernait le penchant d’Al-Zarqaoui pour les spectacles sanglants – et, d’un point de vue doctrinaire, sa haine des musulmans non salafistes, qui allait jusqu’à les excommunier et les exécuter.

Dans l’islam, le takfîr, ou excommunication, est une pratique dangereuse d’un point de vue théologique. Si l’accusateur a tort, alors il est lui-même apostat car il s’est rendu coupable d’une fausse accusation – un acte puni de mort. Et pourtant, Abou Moussab Al-Zarqaoui a imprudemment allongé la liste des comportements pouvant rendre les musulmans infidèles.

Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l’organisation Etat islamique dans une capture d’écran d’une vidéo diffusée le 5 juillet 2014 et tournée à la mosquée de Mossul, en Irak, quelques jours auparavant, le 29 juin – AL-FURQAN MEDIA/HO/AFP

Abu Muhammad Al-Maqdisi a écrit à son ancien élève qu’il devait se montrer prudent et ne pas “émettre de larges proclamations de takfîr” ou “déclarer des personnes coupables d’apostasie en raison de leurs péchés”. La distinction entre apostat et pécheur est un des désaccords fondamentaux entre Al-Qaida et l’EI.

Nier la sainteté du Coran ou les prophéties de Mahomet relève clairement de l’apostasie. Mais Abou Moussab Al-Zarqaoui et l’organisation qu’il a créée estiment que de nombreux actes peuvent justifier d’exclure un musulman de l’islam, comme vendre de l’alcool et des drogues, porter des vêtements occidentaux, se raser la barbe ou encore voter lors d’une élection.

Etre chiite est aussi un motif d’exclusion, car l’EI estime que le chiisme est une innovation, or innover par rapport au Coran revient à nier sa perfection initiale. Ainsi quelque 200 millions de chiites sont menacés de mort. Il en va de même pour les chefs d’Etat de tous les pays musulmans, qui ont élevé le droit des hommes au-dessus de la charia en se présentant à des élections ou en appliquant des lois qui ne viennent pas de Dieu.

Conformément à sa doctrine sur l’excommunication, l’EI s’engage à purifier le monde en exterminant de larges groupes de personnes. Les publications sur les réseaux sociaux laissent penser que les exécutions individuelles se déroulent plus ou moins en continu et que des exécutions de masse sont organisées à quelques semaines d’intervalle. Les “apostats” musulmans sont les victimes les plus nombreuses. Il semble en revanche que les chrétiens qui ne résistent pas au nouveau pouvoir échappent à l’exécution automatique. Abou Bakr Al-Baghdadi les laisse vivre tant qu’ils paient un impôt spécial, appelé jizya, et qu’ils se soumettent.

Retour à un islam “ancien”

Des siècles se sont écoulés depuis la fin des guerres de religion en Europe. Depuis, les hommes ont cessé de mourir en masse pour d’obscurs différends théologiques. C’est peut-être pour cette raison que les Occidentaux ont accueilli la théologie et les pratiques de l’EI avec tant d’incrédulité et un tel déni.

De nombreuses organisations musulmanes traditionnelles sont même allées jusqu’à affirmer que l’EI était “contraire à l’islam”. Toutefois, les musulmans qui emploient cette expression sont souvent “embarrassés et politiquement corrects, avec une vision naïve de leur religion” qui néglige “ce qu’elle a impliqué, historiquement et juridiquement”, suggère Bernard Haykel, chercheur de Princeton d’origine libanaise et expert de premier plan sur la théologie de l’EI.

Tous les universitaires à qui j’ai posé des questions sur l’idéologie de l’EI m’ont renvoyé vers Bernard Haykel. Selon ce dernier, les rangs de l’EI sont profondément imprégnés d’ardeur religieuse. Les citations du Coran sont omniprésentes. Pour lui, l’argument selon lequel l’EI a déformé les textes de l’islam est grotesque et on ne peut le soutenir que par ignorance volontaire. “Les gens veulent absoudre l’islam, explique-t-il, d’où le mantra affirmant que ‘l’islam est une religion pacifique’. Comme s’il existait un ‘islam’! Ce qui compte, c’est ce que font les musulmans et comment ils interprètent leurs textes. Les membres de l’EI ont la même légitimité que n’importe qui d’autre.”
Tous les musulmans reconnaissent que les premières conquêtes de Mahomet ont été chaotiques et que les lois de la guerre transmises par le Coran et les récits sur le règne du Prophète étaient adaptées à une époque troublée et violente. Bernard Haykel estime que les combattants de l’EI représentent un authentique retour à un islam ancien et qu’ils reproduisent fidèlement ses pratiques guerrières. Cela englobe un certain nombre de pratiques que les musulmans modernes préfèrent ne pas reconnaître comme faisant partie intégrante de leurs textes sacrés.

“L’esclavage, la crucifixion et les décapitations ne sont pas des éléments que des [djihadistes] fous sélectionneraient dans la tradition médiévale”, affirme Bernard Haykel. Les combattants de l’EI sont “en plein dans la tradition médiévale et ils la transposent dans son intégralité à l’époque contemporaine”.

Le Coran précise que la crucifixion est l’une des seules sanctions permises contre les ennemis de l’islam. La taxe imposée aux chrétiens est clairement légitimée par la sourate At-Tawbah, neuvième chapitre du Coran, qui intime aux musulmans de combattre les chrétiens et les juifs “jusqu’à ce qu’ils versent la capitation [la taxe] de leurs propres mains, après s’être humiliés”.

Lorsque l’EI a commencé à réduire des gens en esclavage, même certains de ses sympathisants ont renâclé. Néanmoins, le califat a continué à pratiquer l’asservissement et la crucifixion. “Nous conquerrons votre Rome, briserons vos croix et asservirons vos femmes, a promis Mohamed Al-Adnani, porte-parole de l’EI, dans l’un des messages qu’il a adressés à l’Occident. Si nous n’y parvenons pas, nos enfants et nos petits-enfants y parviendront. Et ils vendront vos fils sur le marché aux esclaves.”

II. Territoire

En novembre 2014, je me suis rendu en Australie pour rencontrer Musa Cerantonio, un trentenaire identifié comme l’une des deux plus importantes “nouvelles autorités spirituelles” guidant les étrangers pour qu’ils rejoignent l’EI. Pendant trois ans, il a été télévangéliste sur Iqraa TV, au Caire, mais il est parti quand la chaîne a contesté ses appels fréquents à la création d’un califat. Maintenant, il prêche sur Facebook et Twitter.

Musa Cerantonio, un homme grand et avenant à l’air studieux, raconte qu’il blêmit à la vue des vidéos de décapitations. Il déteste voir la violence, même si les sympathisants de l’EI sont contraints de la soutenir. Il a une barbe broussailleuse qui rappelle certains fans du Seigneur des anneaux, et son obsession pour l’idéologie apocalyptique de l’islam m’était familière.

En juin 2014, Musa Cerantonio et son épouse ont tenté d’émigrer – il n’a pas précisé où (“Il est illégal de partir en Syrie”, précise-t-il méfiant) – mais ils ont été arrêtés en route, aux Philippines, et expulsés vers l’Australie. En Australie, chercher à rejoindre l’EI ou se rendre sur son territoire est une infraction ; le gouvernement a donc confisqué le passeport de Musa Cerantonio. Jusqu’à présent, toutefois, il est libre. C’est un idéologue sans affiliation officielle, mais dont la parole fait autorité auprès des autres djihadistes pour ce qui touche à la doctrine de l’EI.

Nous nous sommes donné rendez-vous pour déjeuner à Footscray, une banlieue multiculturelle très peuplée de Melbourne. Musa Cerantonio a grandi là, dans une famille italo-irlandaise.

Musa Cerantonio, prédicateur de l’Etat islamique – Capture d’écran de YouTube

Il me raconte sa joie lorsque Abou Bakr Al-Baghdadi a été déclaré calife, le 29 juin 2014, ainsi que l’attraction que l’Irak et la Syrie ont commencé à exercer sur lui et ses amis. “J’étais dans un hôtel [aux Philippines] et j’ai vu la déclaration à la télévision. J’étais ébahi et je me disais ‘Qu’est-ce que je fais coincé dans cette foutue chambre ?’”

Le dernier califat historique est l’Empire ottoman, qui a connu son âge d’or au XVIe siècle, avant de subir un long déclin jusqu’à sa disparition en 1924. Mais Musa Cerantonio, comme de nombreux sympathisants de l’EI, met en doute la légitimité de ce califat, car il n’appliquait pas intégralement la loi islamique, qui requiert lapidation, esclavage et amputations, et parce que ses califes ne descendaient pas de la tribu du Prophète, les Quraychites.

Abou Bakr Al-Baghdadi a longuement insisté sur l’importance du califat dans le sermon qu’il a prononcé à Mossoul. Il a expliqué que faire renaître l’institution du califat – qui n’a existé que de nom pendant environ mille ans – était une obligation commune. Lui et ses fidèles s’étaient “empressés de déclarer le califat et de nommer un imam” à sa tête, a-t-il déclaré. “C’est le devoir des musulmans, un devoir qui a été négligé pendant des siècles… Les musulmans commettent un péché en l’oubliant et ils doivent constamment chercher à l’établir.”

Comme Oussama Ben Laden avant lui, Abou Bakr Al-Baghdadi s’exprime avec emphase, utilisant de nombreuses allusions coraniques et en affichant une grande maîtrise de la rhétorique classique. Mais contrairement à Ben Laden et aux faux califes de l’Empire ottoman, il est Quraychite.

Le califat, m’a expliqué Musa Cerantonio, n’est pas uniquement une entité politique mais également un véhicule du salut. La propagande de l’EI relaie régulièrement les serments de bay’a (allégeance) des autres organisations djihadistes. Musa Cerantonio m’a cité un proverbe attribué au Prophète selon lequel mourir sans avoir fait vœu d’allégeance revient à mourir jahil (ignorant) et donc à “mourir hors de la foi”.

Pour être calife, il faut remplir les conditions précisées par le droit sunnite : être un homme musulman adulte descendant de Quraych, manifester une probité morale, une intégrité physique et mentale, et faire preuve de ’amr, c’est-à-dire d’autorité. Ce dernier critère, selon Musa Cerantonio, est le plus difficile à remplir, et il exige que le calife ait un territoire sur lequel faire régner la loi islamique.

Après le sermon d’Abou Bakr Al-Baghdadi, les djihadistes ont commencé à affluer quotidiennement en Syrie, plus motivés que jamais. Jürgen Todenhöfer, auteur allemand et ancienne figure politique qui s’est rendu dans les territoires contrôlés par l’EI en décembre 2014, a déclaré avoir vu affluer, en deux jours seulement, 100 combattants au poste de recrutement installé sur la frontière turque.

A Londres, une semaine qui a précédé mon déjeuner avec Musa Cerantonio, j’ai rencontré trois anciens membres d’un groupe islamiste interdit appelé Al-Muhajiroun (Les émigrés) : Anjem Choudary, Abu Baraa et Abdul Muhid. Tous trois souhaitaient émigrer pour rejoindre l’EI, mais les autorités ont confisqué leurs passeports. Comme Musa Cerantonio, ils considéraient le califat comme le seul gouvernement légitime. Dans nos entretiens, leur principal objectif était de m’expliquer ce que représente l’EI et en quoi sa politique reflète la loi de Dieu.

Anjem Choudary, 48 ans, est l’ancien chef du groupe. Il apparaît souvent dans les émissions d’information sur le câble car il est l’une des seules personnes que les producteurs peuvent inviter en étant assurés qu’il défendra l’EI avec véhémence – jusqu’à ce qu’on coupe son micro. Au Royaume-Uni, il a une réputation de détestable fanfaron, mais lui et ses disciples croient sincèrement en l’EI et ils diffusent sa doctrine. Anjem Choudary et consorts sont très présents sur les fils Twitter des habitants des territoires contrôlés par l’EI et Abu Baraa gère une chaîne YouTube pour répondre aux questions sur la charia.

Depuis septembre 2014, les autorités mènent une enquête sur ces trois hommes, qui sont soupçonnés d’apologie du terrorisme. En raison de cette enquête, ils ont dû me rencontrer un par un : toute communication entre eux aurait enfreint les termes de leur liberté conditionnelle. Anjem Choudary m’a donné rendez-vous dans une confiserie de la banlieue d’Ilford, à l’est de Londres.

Logement gratuit pour tous

Avant le califat, “environ 85 % de la charia n’était pas appliquée, m’explique-t-il. Ces lois étaient en suspens jusqu’à ce que nous ayons un khilafa [un califat], et c’est maintenant le cas”. Sans califat, par exemple, il n’y a pas d’obligation d’amputer les mains des voleurs pris en flagrant délit. Avec l’établissement d’un califat, cette loi ainsi que toute une jurisprudence reprennent soudain vie. En théorie, tous les musulmans sont obligés d’émigrer vers le territoire où le calife applique ces lois.

Anjem Choudary affirme que la charia est mal comprise en raison de son application incomplète par des régimes comme l’Arabie Saoudite, qui décapite les meurtriers et ampute les mains des voleurs.

“Le problème, explique-t-il, c’est que des pays comme l’Arabie Saoudite appliquent uniquement le code pénal et ne mettent pas en œuvre la justice socio-économique de la charia. Et ils ne font qu’engendrer de la haine pour la loi islamique.”

Cet ensemble de mesures, selon lui, inclut la gratuité pour tous du logement, de la nourriture et des vêtements, même si tout le monde a bien sûr le droit de travailler pour s’enrichir.

Abdul Muhid, 32 ans, a prolongé cette réflexion. Il portait une élégante tenue moudjahidine lorsque je l’ai retrouvé dans un restaurant local : barbe broussailleuse, chapeau afghan et portefeuille porté dans ce qui ressemblait à un étui de revolver à l’épaule. Il avait à cœur d’aborder la question des aides sociales. L’EI applique peut-être des sanctions médiévales contre les crimes moraux, mais son programme d’aides sociales est, du moins à certains égards, suffisamment progressiste pour plaire à des commentateurs de gauche. Les soins de santé, affirme-t-il, sont gratuits. Fournir des aides sociales n’était pas selon lui un choix politique, mais une obligation en vertu de la loi de Dieu.

III. L’apocalypse

Tous les musulmans reconnaissent que Dieu est le seul à savoir de quoi sera fait l’avenir. Ils s’accordent aussi à dire qu’il nous en a offert un aperçu dans le Coran et les récits du Prophète. L’EI s’écarte cependant de presque tous les autres mouvements djihadistes actuels car il pense être le personnage central des textes sacrés.

Oussama Ben Laden mentionnait rarement l’apocalypse et, quand c’était le cas, il semblait partir du principe qu’il serait mort depuis longtemps quand le glorieux châtiment divin se produirait enfin. “Ben Laden et Al-Zawahiri sont issus de familles sunnites appartenant à l’élite, qui méprisent ces spéculations et les voient comme une préoccupation des masses”, affirme Will McCants, qui travaille pour la Brookings Institution et écrit un livre sur la pensée apocalyptique de l’EI.

Pendant les dernières années de l’occupation américaine en Irak, les fondateurs directs de l’EI voyaient, au contraire, de nombreux signes de la fin des temps. Ils s’attendaient à l’arrivée sous un an du Mahdi, la figure messianique destinée à conduire les musulmans vers la victoire avant la fin du monde.

Pour certains croyants – ceux qui rêvent de batailles épiques entre le bien et le mal – les visions de massacres apocalyptiques répondent à un profond besoin psychologique. Parmi les sympathisants de l’EI que j’ai rencontrés, c’est Musa Cerantonio, l’Australien, qui a exprimé le plus grand intérêt pour l’apocalypse. Certains aspects de cette prédiction lui sont propres et n’ont pas encore le statut de doctrine. D’autres éléments viennent de sources sunnites traditionnelles et apparaissent partout dans la propagande de l’EI. Il s’agit notamment de la croyance qu’il n’y aura que 12 califes légitimes (Abou Bakr Al-Baghdadi étant le huitième), que les armées de Rome se rassembleront pour affronter les armées de l’islam dans le nord de la Syrie et que la grande bataille finale de l’islam contre un anti-messie se déroulera à Jérusalem après une dernière période de conquête islamique.

La bataille de Dabiq

L’EI accorde une importance cruciale à la ville syrienne de Dabiq, près d’Alep. Il a nommé son magazine de propagande d’après elle et il a organisé de folles célébrations après avoir conquis (non sans mal) les plaines de Dabiq, qui sont inutiles d’un point de vue stratégique. C’est ici, aurait déclaré le Prophète, que les armées de Rome installeront leur camp. Les armées de l’islam les y affronteront et Dabiq sera pour Rome l’équivalent de Waterloo.

Les propagandistes de l’EI se pâment à cette idée et sous-entendent constamment que cet événement se produira sous peu. Le magazine de l’EI cite Abou Moussab Al-Zarqaoui, qui aurait déclaré : “L’étincelle a été allumée ici, en Irak, et sa chaleur continuera de s’intensifier jusqu’à brûler les armées des croisés à Dabiq.” Maintenant qu’il s’est emparé de Dabiq, l’EI y attend l’arrivée d’une armée ennemie, dont la défaite déclenchera le compte à rebours précédant l’apocalypse. “Nous enterrons le premier croisé américain à Dabiq et nous attendons avec impatience l’arrivée du reste de vos armées”, a proclamé un bourreau masqué dans une vidéo de novembre 2014 montrant la tête tranchée de Peter Kassig, travailleur humanitaire qui était retenu en otage depuis 2013.

Après la bataille de Dabiq, explique Musa Cerantonio, le califat s’agrandira et ses armées pilleront Istanbul. Certains pensent qu’il se lancera ensuite à la conquête de la Terre entière, mais Musa Cerantonio estime qu’il ne dépassera jamais le Bosphore. Dajjal, un antimessie de la littérature musulmane apocalyptique, arrivera de la région du Khorasan, à l’est de l’Iran, et tuera un grand nombre des combattants du califat jusqu’à ce qu’il n’en reste que 5 000, piégés à Jérusalem. Alors que Dajjal se préparera à les éliminer, Jésus – le deuxième Prophète le plus vénéré dans l’islam – reviendra sur Terre, transpercera Dajjal d’une lance et conduira les musulmans jusqu’à la victoire.

Selon cette théorie, même les revers essuyés par l’EI n’ont pas d’importance. Dieu a de toute façon ordonné d’avance la quasi-destruction de son peuple.

IV. La lutte

A Londres, Anjem Choudary et ses étudiants m’ont décrit en détail la façon dont l’EI doit mener sa politique étrangère maintenant qu’il est a fondé un califat. Il a déjà entrepris le “djihad offensif”, conformément à la charia, soit l’expansion par la force dans des pays qui ne sont pas gouvernés par des musulmans. “Jusqu’à présent, nous ne faisions que nous défendre”, déclare Anjem Choudary. Sans califat, le djihad offensif est un concept inapplicable. En revanche, faire la guerre pour agrandir le califat est un devoir crucial du calife.

Abu Baraa, confrère d’Anjem Choudary, m’a expliqué que la loi islamique n’autorisait des traités de paix temporaires que durant une décennie. De la même manière, accepter des frontières est anathème, comme l’a déclaré le Prophète et comme le répètent les vidéos de propagande de l’EI. Si le calife consent à une paix à plus long terme ou à une frontière permanente, il sera dans l’erreur. Les traités de paix temporaires sont renouvelables, mais ils ne peuvent s’appliquer à tous les ennemis en même temps : le calife doit mener le djihad au moins une fois par an.

Anjem Choudary s’adressant à des manifestants musulmans regroupés devant l’ambassade des Etats-Unis à Londres le 14 septembre 2012. Ils protestaient contre un film prétendument insultant pour la foi musulmane – Leon Neal/AFP

Il faut insister sur le fait que l’EI pourrait être paralysé par son radicalisme. Le système international moderne, né de la paix de Westphalie, en 1648, repose sur la disposition de chaque Etat à reconnaître des frontières, même à contrecœur. D’autres organisations islamistes, comme les Frères musulmans et le Hamas, ont succombé aux flatteries de la démocratie et à la perspective d’une invitation au sein de la communauté des nations. Pour l’EI, ce n’est pas envisageable : ce serait une apostasie.

Les Etats-Unis et leurs alliés ont réagi contre l’EI tardivement et avec stupéfaction. Les ambitions de l’organisation et les grandes lignes de sa stratégie étaient manifestes dans ses déclarations et sur les réseaux sociaux dès 2011, quand l’EIn’était qu’un mouvement parmi les nombreux groupes terroristes présents en Syrie et en Irak. En 2011, Abou Bakr Al-Baghdadi s’était déjà qualifié de “commandeur des croyants”, un titre habituellement réservé aux califes.

Si nous avions identifié les intentions de l’EI plus tôt et compris que le vide politique en Syrie et en Irak lui donnerait tout l’espace nécessaire pour les mettre en œuvre, nous aurions au minimum poussé l’Irak à renforcer sa frontière avec la Syrie et à négocier des accords avec sa population sunnite. Et pourtant, début 2014, Barack Obama a déclaré au New Yorker qu’il voyait l’EI comme un partenaire plus faible d’Al-Qaida. “Si une équipe de basketteurs junior enfile des maillots de la NBA, ça ne fait pas d’eux Kobe Bryant”, a-t-il ironisé.

Les dessous de l’exécution de Peter Kassig

Notre incapacité à comprendre la rupture entre l’EI et Al-Qaida, ainsi que les différences cruciales qui les séparent, a entraîné de dangereuses décisions. A l’automne 2014, le gouvernement américain a accepté un plan désespéré pour sauver l’otage Peter Kassig. Ce plan requérait l’interaction de figures fondatrices de l’EI et d’Al-Qaida.

L’objectif était qu’Abu Muhammad Al-Maqdisi, mentor d’Al-Zarqaoui et haute figure d’Al-Qaida, contacte Turki Al-Binali, principal idéologue de l’EI et ancien étudiant d’Al-Maqdisi. Les deux hommes s’étaient brouillés car ce dernier avait critiqué l’EI. L’érudit jordanien avait déjà appelé l’EI à se montrer clément envers le Britannique Alan Henning. En décembre 2014, The Guardian a révélé que le gouvernement américain, en utilisant un intermédiaire, avait demandé à Al-Maqdisi d’intervenir auprès de l’EI en faveur de l’otage Peter Kassig.

Al-Maqdisi vivait librement en Jordanie, mais il lui était interdit de communiquer avec des terroristes à l’étranger et il était étroitement surveillé. Quand la Jordanie a autorisé les Etats-Unis à organiser une rencontre avec Turki Al-Binali, le Jordanien a acheté un téléphone avec de l’argent américain et il a pu correspondre à son aise avec son ancien étudiant pendant quelques jours avant que le gouvernement jordanien ne mette un terme à la conversation et ne se serve de ce prétexte pour l’incarcérer. Quelques jours plus tard, la tête tranchée de Peter Kassig est apparue dans une vidéo filmée à Dabiq.

Intentions génocidaires

La mort du travailleur humanitaire était une tragédie, mais le succès du plan des Etats-Unis aurait été une catastrophe. La réconciliation d’Abu Muhammad Al-Maqdisi avec Turki Al-Binali aurait réduit le fossé entre les deux plus importantes organisations djihadistes au monde. Il est possible que la Maison-Blanche ait seulement voulu faire parler Turki Al-Binali pour obtenir des renseignements ou pour l’assassiner. De multiples tentatives visant à obtenir une réponse du FBI à ce sujet sont restées infructueuses. Quoi qu’il en soit, vouloir rabibocher les deux principaux ennemis terroristes des Etats-Unis révèle un manque de discernement lamentable.

Punis de notre indifférence initiale, nous attaquons maintenant l’EI sur le champ de bataille en soutenant Kurdes et Irakiens, ainsi qu’au moyen de frappes aériennes régulières. Certains observateurs ont appelé à une intensification de la riposte, parmi lesquels plusieurs porte-parole de la droite interventionniste qui se sont exprimés en faveur du déploiement de dizaines de milliers de soldats américains.

Ces appels ne doivent pas être rejetés précipitamment : une organisation qui ne cache pas ses intentions génocidaires se trouve à deux pas de ses victimes potentielles et commet quotidiennement des atrocités sur le territoire qui est déjà sous son contrôle. En outre, si l’EI perd son emprise sur les territoires syrien et irakien, il cessera d’être un califat. Celui-ci ne pourra plus être au cœur de sa propagande, ce qui fera disparaître le supposé devoir religieux d’émigrer pour le servir. Et pourtant, les risques d’une escalade de la violence sont considérables. Une invasion représenterait une grande victoire pour la propagande des djihadistes du monde entier, qui pensent tous que les Etats-Unis veulent s’embarquer dans une croisade des temps modernes pour tuer les musulmans. A quoi s’ajoute notre maladresse lors de nos précédentes tentatives d’occupation. La montée de l’EI, après tout, n’a été possible que parce que notre occupation [de l’Irak] a ouvert un espace pour Zarqaoui et ses successeurs.

Etant donné tout ce que nous savons sur l’EI, continuer de le saigner peu à peu au moyen de frappes aériennes et de batailles par alliés interposés semble la moins mauvaise solution. Le coût humanitaire de l’EI est élevé, mais la menace qu’il représente pour les Etats-Unis est limitée. Le noyau d’Al-Qaida fait figure d’exception parmi les organisations djihadistes en raison de son intérêt pour “l’ennemi lointain” (l’Occident). Les principales préoccupations de la majorité des organisations djihadistes concernent des questions plus proches de chez eux. C’est particulièrement vrai pour l’EI. Abou Bakr Al-Baghdadi a demandé à ses agents saoudiens de “régler la question des rafida [chiites] d’abord, puis des Al-Sulul [sympathisants sunnites de la monarchie saoudienne], avant de s’attaquer aux croisés et à leurs bases”.

Les combattants étrangers (ainsi que leurs femmes et leurs enfants) se rendent dans le califat avec un aller simple : ils veulent vivre selon la véritable charia et nombre d’entre eux cherchent à devenir des martyrs.

Quelques “loups solitaires” soutenant l’EI ont attaqué des cibles occidentales et d’autres attentats se produiront. Toutefois, la plupart des agresseurs se sont avérés des amateurs frustrés, incapables d’émigrer vers le califat. Même si l’EI se réjouit de ces attentats, notamment dans sa propagande, il n’a planifié ni financé aucun d’entre eux. (L’attaque contre Charlie Hebdo à Paris était principalement une opération d’Al-Qaida.)

S’il est contenu, il est probable que l’EI cause lui-même sa chute. Il n’est allié à aucun autre pays et son idéologie garantit que cela ne changera pas. Les terres qu’il contrôle, certes vastes, sont pour l’essentiel inhabitées et arides. A mesure qu’il stagnera ou que son territoire rétrécira lentement, sa prétention d’être le moteur de la volonté de Dieu et l’agent de l’apocalypse perdra de sa valeur. A mesure qu’augmenteront les informations sur la misère qui y règne, les autres mouvements islamistes radicaux seront discrédités : personne n’a jamais cherché à ce point à appliquer strictement la charia en faisant appel à la violence. Voilà à quoi cela ressemble.

V. Dissuasion

Il serait facile d’évoquer, concernant l’EI, un “problème avec l’islam”. La religion autorise de nombreuses interprétations et les sympathisants de l’EI sont moralement responsables de celle qu’ils ont choisie. Et pourtant, en faire une institution contraire à l’islam peut être contreproductif, notamment si ceux qui entendent ce message ont lu les textes sacrés et vu que de nombreuses pratiques du califat y sont clairement décrites.

Les musulmans peuvent affirmer que l’esclavage n’est plus légitime aujourd’hui, et que la crucifixion est condamnable à ce stade de l’Histoire. Nombre d’entre eux tiennent précisément ce discours. En revanche, ils ne peuvent condamner l’esclavage et la crucifixion dans l’absolu sans contredire le Coran et l’exemple donné par le Prophète.

L’idéologie de l’EI exerce un attrait puissant sur une certaine population. Les hypocrisies et les incohérences de la vie s’évanouissent face à elle. Musa Cerantonio et les salafistes que j’ai rencontrés à Londres sont incollables : aucune de mes questions ne les a pris de court. Volubiles, ils m’ont exposé leurs idées – et même de manière convaincante si l’on accepte leurs postulats. Juger celles-ci contraires à l’islam revient selon moi à les inviter à un débat qu’ils gagneraient.

Les non-musulmans ne peuvent dicter aux musulmans la manière correcte de pratiquer leur religion. Mais les musulmans ont lancé ce débat depuis longtemps dans leurs rangs. Il existe une autre branche de l’islam qui offre une solution radicale à l’EI : elle est tout aussi intransigeante, mais aboutit à des conclusions opposées.

“Ce n’est pas mon califat”

Abou Bakr Al-Baghdadi est salafiste. Le terme “salafiste” est devenu péjoratif, notamment parce que de véritables criminels ont lancé des batailles au nom de cette école de pensée. Mais la plupart de ses partisans ne sont pas djihadistes et ils adhèrent généralement à des mouvances religieuses qui rejettent l’EI. Ils sont déterminés, comme le note Bernard Haykel, à agrandir le Dar Al-Islam, la terre de l’Islam, y compris au moyen de pratiques monstrueuses comme l’esclavage et l’amputation – mais pas tout de suite. Leur priorité est la purification personnelle et l’observance religieuse. Pour eux, tout ce qui menace ces objectifs est interdit, comme provoquer une guerre ou des troubles risquant de perturber les vies, la prière et les études.

Image issue du site djihadiste Welayat Salahuddin et montrant des membres du l’Etat islamique dans un véhicule volé aux forces de sécurité iraquiennes, le 14 juin 2014 dans la province de Salah ad-Din, province natale de Saddam Hussein – Welayat Salahuddin/HO/AFP

A l’automne 2014, je suis allé à Philadelphie dans la mosquée dirigée par Breton Pocius, 28 ans, un imam salafiste qui se fait appeler Abdullah. Il s’est converti au début des années 2000 après avoir été élevé dans une famille polonaise catholique à Chicago. Tout comme Musa Cerantonio, il parle comme un livre et montre une grande familiarité avec les textes anciens.

Lorsque Abou Bakr Al-Baghdadi a fait son apparition, Breton Pocius a adopté le slogan “Ce n’est pas mon califat”. “L’époque du Prophète était baignée de sang, m’a-t-il expliqué, et il savait que les pires conditions de vie pour n’importe quel peuple étaient le chaos, notamment pour l’umma [communauté musulmane].” Pour cette raison, poursuit Breton Pocius, le bon choix pour les salafistes n’est pas de semer la discorde en créant des factions et en réduisant les autres musulmans à des apostats.

Au contraire, Breton Pocius pense – comme une majorité de salafistes – que les musulmans devraient se retirer de la vie politique. Ces salafistes “quiétistes”, comme ils sont qualifiés, sont d’accord avec l’EI pour affirmer que la loi de Dieu est la seule valable. Ils rejettent aussi les pratiques comme les élections et la création de partis politiques. Toutefois, la haine du Coran pour la discorde et le chaos signifie pour eux qu’ils doivent se soumettre à quasiment n’importe quel dirigeant, même si certains sont manifestement pécheurs. “Le Prophète a dit : tant que le dirigeant ne s’abandonne pas clairement au kufr [mécréance], obéissez-lui”, m’a expliqué Breton Pocius.Et tous les “livres de principes” classiques mettent en garde contre les troubles sociaux. Vivre sans prêter serment, affirme Breton Pocius, rend effectivement ignorant ou ignare. Mais la bay’a n’implique pas de faire allégeance à un calife, et certainement pas à Abou Bakr Al-Baghdadi. Cela signifie, dans une perspective plus large, adhérer à un contrat social religieux et s’engager pour une société de musulmans, qu’elle soit dirigée ou non par un calife.Breton Pocius ressent beaucoup d’amertume contre les Etats-Unis à cause de la façon dont il y est traité – “moins qu’un citoyen”, selon ses termes (il affirme que le gouvernement a payé des espions pour infiltrer sa mosquée et a harcelé sa mère à son travail pour savoir s’il était un terroriste). Pourtant son salafisme quiétiste est un antidote islamique au djihadisme selon la méthode d’Abou Bakr Al-Baghdadi.Les dirigeants occidentaux devraient sans doute s’abstenir de donner leur avis sur les débats théologiques islamiques. Barack Obama lui-même a presque tenu les propos d’un mécréant lorsqu’il a affirmé [l’an dernier] que l’EI n’[était] “pas islamique”. Je soupçonne que la plupart des musulmans ont apprécié l’intention du président américain : il était à leurs côtés contre Abou Bakr Al-Baghdadi et les chauvins non musulmans qui cherchent à les impliquer dans les crimes de l’EI. La majorité des musulmans ne sont toutefois pas susceptibles de rejoindre le djihad. Ceux qui le sont auront vu leurs suspicions confirmées : les Etats-Unis mentent sur la religion pour servir leurs intérêts.

Ne pas sous-estimer l’attrait de l’organisation

Dans le cadre limité de sa théologie, l’EI bourdonne d’énergie et même de créativité. En dehors de ce cadre, il pourrait difficilement être plus austère et silencieux : sa vision de la vie est faite d’obéissance, d’ordre et de soumission au destin. Dans la conversation, Musa Cerantonio et Anjem Choudary sont capables de passer de la question des massacres et des tortures à une discussion sur les vertus du café vietnamien et des pâtisseries sirupeuses – affichant un intérêt identique pour les deux. J’ai pu apprécier leur compagnie, en tant qu’exercice intellectuel et avec mauvaise conscience, mais seulement jusqu’à un certain point.

Lorsqu’il a fait la critique de Mein Kampf, en mars 1940, George Orwell a confessé qu’il n’avait “jamais été capable de détester Hitler”. Quelque chose chez lui percevait l’image d’un outsider, même si ses objectifs étaient lâches ou détestables.

Le fascisme, poursuivait George Orwell, est “psychologiquement bien plus solide que n’importe quelle conception hédoniste de la vie. […] Le socialisme et même le capitalisme, à contrecœur, ont affirmé au peuple : ‘Je peux vous offrir du bon temps.’ De son côté, Hitler a déclaré : ‘Je vous propose la lutte, le danger et la mort’, à la suite de quoi une nation tout entière s’est jetée à ses pieds. […] Nous ne devons pas sous-estimer son attrait émotionnel.”

Dans le cas de l’EI, il ne faut pas non plus sous-estimer son attrait religieux ou intellectuel. Le fait que l’EI tienne pour un dogme la réalisation imminente d’une prophétie nous indique au moins la trempe de notre ennemi. Les outils idéologiques peuvent convaincre certains candidats à la conversion que son message est erroné. Les outils militaires peuvent limiter les horreurs que l’EIcommet. Mais sur une organisation aussi imperméable à la persuasion, il n’y a pas d’autres mesures susceptibles d’avoir un impact. Même si elle ne dure pas jusqu’à la fin des temps, la guerre risque d’être longue.

Les coulisses de l’article “Ce que veut vraiment l’Etat islamique”

C’est en août 2014 que Graeme Wood a commencé à travailler sur son grand article paru en une de The Atlantic sous le titre “Ce que veut vraiment l’Etat islamique”. “C’était devenu presque un cliché de dire que [l’Etat islamique] est un mouvement laïc qui utilise l’islam”, explique-t-il à Courrier international. Pourtant, à mesure qu’il lisait davantage sur Daech et sa propagande, le mouvement lui semblait bien plus informé que ce qu’il imaginait. C’est ce qui l’a poussé à rechercher “ce qui fondait sa prétention d’être islamique” et quelle était son interprétation de l’islam.

Interrogé sur les nombreuses critiques qu’a suscitées l’article – et en particulier la formule selon laquelle “l’Etat islamique est très islamique” – Graeme Wood déclare qu’il “s’attendait aux critiques”, mais qu’il “ne s’attendait pas à ce qu’elles soient, pour beaucoup, aussi détachées des faits relatifs à l’Etat islamique”. Il déplore que beaucoup des réactions “ne s’intéressent pas à l’article lui-même (…) mais à la question de savoir si l’EI est la meilleure représentation de l’islam, une question qui ne m’intéresse pas du tout”.

AUTEUR

Graeme Wood

Graeme Wood est un contributeur régulier du mensuel The Atlantic, ainsi que des magazines américains The New Republic et Pacific Standard. Il enseigne également la science politique à l’université de Yale, dans le Connecticut. Il a étudié pendant 15 ans les langues du monde musulman (arabe, persan, turc) et a vécu et travaillé au Moyen-Orient de 2002 à 2006.

Source : courrierintarnational, 18-03-2015

 

Débat. Non, l’Etat islamique n’est pas “très islamique” Par Gabriel Hassan

Source : courrierinternational, 17-03-2015

La une de The Atlantic de mars 2015. Monstage Courrier international

Daech est-il “très islamique” ? Cette formule de l’enquête approfondie de The Atlantic “Ce que veut vraiment l’Etat islamiquea suscité une foule de critiques, notant que le mouvement fait une lecture tronquée des textes et que les motivations religieuses sont secondaires pour ses partisans.

C’est “l’article de politique étrangère dont tout le monde parle cette semaine, et c’est mérité”, écrivait un chroniqueur du New York Times le 18 février à propos de l’article en une de The Atlantic, “Ce que veut vraiment l’Etat islamique” [publié en mars 2015].

Dès sa parution, le grand article de Graeme Wood sur les objectifs et l’idéologie de Daech a déclenché une avalanche de réactions. Jusqu’en Grande-Bretagne où le New Statesman a publié en une, le 6 mars, une longue réponse à la formule de The Atlantic : “l’Etat islamique est islamique. Très islamique.”

 

C’est peu dire que cette phrase – répondant elle-même à une déclaration de Barack Obama selon laquelle l’Etat islamique ne serait “pas islamique” – a fait polémique aux Etats-Unis. De nombreux commentateurs se sont élevés contre l’idée que la vision de l’Etat islamique (EI) serait “issue d’interprétations cohérentes et même instruites de l’islam”, comme l’écrit Graeme Wood.

“Hérésie”

Il y a un biais flagrant dans le fait d’ignorer les très nombreux religieux érudits du monde musulman dont les conclusions théologiques sont diamétralement opposées au révisionnisme radical de l’Etat islamique”, dénonce le journaliste Murtaza Hussain sur le site The Intercept. Et de citer la “Lettre à Al-Baghdadi”, le calife auto-proclamé, où “des érudits musulmans de premier plan du monde entier ont condamné les actions de l’EI sur des bases purement théologiques, comme une hérésie.”

Le magazine The Atlantic lui-même a publié sur son site l’opinion d’un professeur d’études religieuses, Caner K. Dagli, sous le titre L’islam bidon de l’Etat islamique. “Ce que les autres musulmans disent depuis le début, c’est que l’EI ne prend pas les textes au sérieux”, explique-t-il.

“Pendant des siècles, juristes et théologiens (…) ont mis au point des méthodes rationnelles et systématiques pour passer au crible les hadith [le recueil des actes et paroles du Prophète et de ses compagnons], qui sont souvent difficiles à comprendre ou paraissent contradictoires sur un même sujet. Ils ont rangé et classé ces textes selon leur degré de fiabilité (…). Mais l’EI ne procède pas de cette façon. Ses membres cherchent des bribes de texte qui soutiennent leur vision, prétendent que ces fragments sont fiables même s’ils ne le sont pas, et négligent tout ce qui va dans le sens contraire (…).”

Quant à l’idée que les combattants de l’EI manifestent un sérieux inhabituel en matière de religion et aux nombreuses références “aux débats juridiques et théologiques” dans les discours, l’universitaire souligne qu’il y a “une grande différence entre quelqu’un qui ‘émaille’ son discours d’images religieuses (…) et quelqu’un qui a vraiment étudié et compris les difficultés et nuances d’une immense tradition textuelle”.

Des novices

La réponse la plus complète à l’article de Graeme Wood est celle du journaliste Mehdi Hasan à la une du New Statesman. Celui-ci a interrogé toute une série d’experts sur les mécanismes de radicalisation, la théologie, les enquêtes d’opinion.

Marc Sageman, un psychiatre et ancien agent de la CIA au Pakistan, estime que “la religion joue un rôle certes, mais de justification” dans le parcours des terroristes. “Ce ne sont pas les plus religieux qui vont [combattre]”, remarque-t-il. “Les combattants occidentaux, en particulier, ont souvent redécouvert l’islam à l’adolescence, ou comme convertis.” Mehdi Hasan poursuit en citant un rapport des renseignements britanniques obtenu par The Guardian en 2008 :

“Loin d’être des religieux zélés, beaucoup des terroristes ne pratiquent pas régulièrement. Un grand nombre d’entre eux manquent de culture religieuse et pourraient (…) être considérés comme des novices. (…) Une identité religieuse bien établie protège en réalité contre la radicalisation violente.”

Mehdi Hasan met aussi en avant l’alliance “au cœur de l’Etat islamique” entre les islamistes violents d’Abu Bakr Al-Baghdadi et les restes du régime ba’athiste laïc de Saddam Hussein. “Si l’EI est un culte religieux apocalyptique, comme le pensent Wood et d’autres, pourquoi le représentant de Baghdadi en Irak, Abu Muslim Al-Afari Al-Turkmani, était-il un ancien officier de haut rang des forces spéciales de Saddam Hussein ?

Guidés par la colère

Le journaliste interroge aussi un théologien de renom de l’université Cambridge, Abdal Hakim Murad, ainsi que David Kenner du magazine américain Foreign Policy, qui insistent sur le rôle de l’occupation américaine en Irak dans la naissance de l’EI. Le premier explique ainsi : “les racines de l’EI se trouvent dans la rage contre (…) l’occupation de l’Irak à partir de 2003. Avant cette date, l’extrémisme salafiste existait à peine en Syrie et en Irak, même si les mosquées étaient remplies (…). Des hommes en colère, qui ont souvent souffert dans les geôles américaines, se sont emparés de l’interprétation la plus étroite et la plus violente qu’ils pouvaient trouver de leur religion.

Et dans un reportage récent à Zarqa en Jordanie, “un des foyers de radicalisme les plus connus du pays”, le journaliste David Kenner raconte sa conversation avec un groupe de jeunes supporters de l’EI.

“Aucun d’eux n’avait l’air particulièrement religieux. (…) Pas une fois la conversation n’a porté sur des questions de foi, et aucun n’a bougé de son siège quand l’appel à la prière a résonné. Ils semblaient guidés par la colère au sujet d’humiliations en tout genre, plus que par une exégèse détaillée des textes religieux.”

Le débat continue

Interrogé par Courrier international sur les réactions qu’a suscitées son article, Graeme Wood déplore que beaucoup des critiques “ne s’intéressent pas à l’article lui-même (…) mais à la question de savoir si l’EI est la meilleure représentation de l’islam, une question qui ne m’intéresse pas du tout”. Il rappelait également dans un tweet une phrase de l’article souvent ignorée : “Les musulmans peuvent rejeter l’EI, comme le fait l’écrasante majorité d’entre eux.

Le débat se poursuit : dans son numéro du 13 mars [2015], The New Statesman a publié une “réponse à la réponse” de Mehdi Hasan, signée du journaliste Tom Holland, qui écrit que “l’Etat islamique est fondé sur les textes sacrés musulmans”.

Gabriel Hassan
Source : courrierinternational, 17-03-2015

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Commentaire recommandé

Pampita // 28.11.2015 à 08h52

Aucune ligne sur les soutiens internationaux très nombreux, de la Turquie en passant par l’Arabie saoudite (avant que Daech ne proclame le califat) ou les Etats-Unis ? C’est pourtant à la base de l’expansion de l’organisation afin de casser l’arc chiite.

Le piquant de la chose est que l’EI est maintenant partie intégrante du Grand jeu eurasien et porte à conséquence jusqu’à… Taïwan ! http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/11/la-grande-hyperbole-eurasienne.html

57 réactions et commentaires

  • francois19 // 28.11.2015 à 05h32

    Passionnant. Merci pour ce partage.

      +3

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  • Subotai // 28.11.2015 à 07h01

    Juste quelques trucs :
    Quand on instaure un Califat, la finalité de la chose tombe sous le sens : en l’espèce, exit les Saoud “Gardien de la Foi”.
    L’extrémisme des actes et propos fait aussi partie du folklore révolutionnaire, tout comme les grands sentiments de justice et de probité, à l’intérieur du modèle culturel en question.
    Si l’État Islamique “réussi” il se retrouvera, au bout d’un temps, aussi légitime et respectable que n’importe quel État.
    Pour avoir une idée de la chose voyez la Révolution Française

    Concernant maintenant la Déglingue inspiratrice du fanatisme religieux, je vous invite à LIRE le Trône de Fer (ignorez le feuilleton télé) vous comprendrez comment inexorablement l’Occident et les Restes du Monde gèrent la fin de l’anthropocène. 🙂
    Tout y est…

      +5

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  • couci couça // 28.11.2015 à 08h10

    Bonjour ,

    Je suis très troublé …
    Par plein de choses pas bien nettes ici ou là …
    Le point aveugle est l’endroit de convergences des fibres rétiniennes qui contistuent le nerf optique .
    Ce point ne capte donc pas d’image mais ce qui manque est reconstitué par le cerveau .

    D’ autres points de vue :
    http://www.mondialisation.ca/

      +1

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    • Libraire // 28.11.2015 à 10h41

      Pour avoir été victime d’un déchirement de la rétine, je sais que la vision donnée ici est incomplète, car ignore les rôles géopolitiques de certains états autres que les USA.
      Mais elle présente l’intérêt d’être un gros plan de haute définition sur les tensions internes à ces mouvances islamistes.
      Connaitre son ennemi sous toute ses facettes est d’une importance vitale.Pour moi le fond du problème est que l’islam se présente comme la seule voie qui ne dissociant pas le spirituel, le social et le politique.
      Concernant le social il s’engouffre en occident dans le rejet des valeurs morales.
      Concernant le politique cette radicalisation type moyenâgeuse sert des intér^t particuliers.
      Avoir des éléments concernant le spirituel de ceux qui se présentent comme des guides messianiques ne peu que servir notre réflexion.
      Encore merci Olivier

        +7

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      • Subotai // 28.11.2015 à 18h17

        Enlevez le qualificatif de “moyenageux” à radicalisme.
        Ce radicalisme est d’abord une ascèse http://rue89.nouvelobs.com/2015/11/27/suis-devenu-salafi-grace-a-lecole-republique-262284 , l’islam une opportunité.
        En d’autres temps c’eut été autre chose.
        Que les intérêts privés, la politique et la géostratégie s’en emparent est un classique. L’Histoire du monde en est remplie…

          +2

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        • libraire // 28.11.2015 à 20h21

          OK J’hésitais entre moyenâgeux et archaïque.
          L’ascèse est une pratique rare et vieillie, certes vous en avez trouvé un exemple intéressant, qui lui même reconnait être rare.
          Mais les crétins que nous avons armés jusqu’au dents ne sont pas de cette veine.
          Ceux venus d’ici s’engouffrent dans le rejet des valeurs morales par la société occidentale (La morale ça paye pas).
          Ceux de là bas, que nous avons bombardés aveuglément, sont persuadé que nous n’avons plus aucune valeur morale.

            +1

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  • pucciarelli // 28.11.2015 à 08h20

    Le Coran n’ayant pas fait l’objet d’une lecture rationnelle sous l’autorité d’une autorité religieuse incontestée, chacun a le droit d’interpréter ce texte non épuré selon son bon plaisir, ou celui des innombrables commentateurs anciens ou contemporains du “texte sacré”. Moyennant quoi, l’EI peut revendiquer à ce titre la même légitimité que ses contradicteurs. Le seul aspect sans doute fondamental est, au-delà du chaos provoqué par les Occidentaux au Moyen orient, la force d’attraction de la lecture “takfiriste” (pas si loin que cela du salafisme) sur nombre de Musulmans de souche et sur des convertis. Il est possible de penser que le Moyen Age n’est pas tout à fait mort en Occident, et qu’il vit une manière d’âge d’or dans certaines ères islamiques, ce qu’un coup d’oeil sur l’histoire peut aider à penser. Idéologie à part entière comme a pu l’être le christianisme, et donc regard politique à part entière, pluriel, variable, l’Islam n’est pas seulement une religion, raison pour laquelle il est difficile de formuler clairement les conditions de son intégration dans les sociétés “modernes”, à savoir laïcisées. Souhaitons que les sociétés musulmanes accèdent tôt ou tard, à leur manière, à leur siècle des Lumières. Pour y voir plus clair, lire “Histoire de la pensée arabe et islamique” de Dominique Urvoy (Seuil).

      +3

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    • Crapaud Rouge // 28.11.2015 à 11h01

      Moyennant quoi, l’EI peut revendiquer à ce titre la même légitimité que ses contradicteurs.” : non ! Citons Wikipedia, l’encyclopédie du peuple bourrée d’erreurs, mais qui offre immanquablement des contre perspectives : “Les mouvements salafistes contemporains trouvent toutefois leur origine immédiate dans la prédication de Mohammed ben Abdelwahhab, au XVIIIe siècle.” (https://fr.wikipedia.org/wiki/Salafisme#Histoire) puis allez sur la page du wahhabisme (https://fr.wikipedia.org/wiki/Wahhabisme) : vous y découvrirez qu’il a été d’emblée rejeté par toutes les écoles sunnites et chiites. Le wahhabisme est le véritable moteur idéologique de l’EI et il représente une contestation de l’autorité des écoles coraniques traditionnelles. Pour une énorme majorité des musulmans, l’EI ne peut avoir aucune “légitimité”.

        +9

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      • Crapaud Rouge // 28.11.2015 à 11h15

        Et puis, comme le montre l’antithèse, (heureusement, merci Olivier !), remonter au XVIIIième pour “expliquer” la genèse de l’islam selon l’EI, c’est donner de la confiture aux cochons. Leur islam n’est qu’une justification, (ce qui vient après coup), même pas une motivation !

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      • pucciarelli // 28.11.2015 à 11h50

        Bonjour. Le wahabisme lui-même étant une tentative de revenir à des sources mythiques, qu’est-ce que cela change au fond, dès lors que le résultat est là, Moyen age dans les monarchies du golfe, et archaïsme équivalent dans l’idéologie de l’EI. Reste à savoir si cette idéologie est aussi massivement rejetée par les Musulmans que vous l’affirmez. Là hélas est toute la question. Je précise qu’à mes yeux sont concernés les seuls Musulmans qui éprouvent de grandes difficultés d’intégration à la société française, dont beaucoup privilégient la visibilité de leur différence, et non ceux qui ont laïcisé leur pratique et vivent normalement en tant que Français parmi les Français. Cordialement.

          +9

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        • Crapaud Rouge // 28.11.2015 à 18h30

          Reste à savoir si cette idéologie est aussi massivement rejetée par les Musulmans que vous l’affirmez.” : oui, mais “massivement” aux yeux de leurs érudits ! Massivement aussi pour les musulmans lambdas : ils ne sont pas érudits mais ils sont “comme nous”, des gens qui aspirent simplement à vivre dans la paix. S’il n’avait pas été instrumentalisé par les Anglais juste après la 1ère GM, ce courant n’aurait jamais pris d’ampleur. Les religions et les idéologies ne sont pas adoptées par les peuples parce que ceux-ci le voudraient, mais parce qu’il se trouve quelqu’un pour les leur imposer. En son temps le christianisme n’a pas échappé à la règle : sans le recours à la force l’on serait encore des païens, ou l’on serait devenu des musulmans quelques siècles après JC ! 🙂

            +6

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      • Perret // 28.11.2015 à 22h15

        Oui mais une “énorme majorité” n’est, en aucun cas une définition dogmatique. on tourne tout le temps autour du pot : quand on parle de l’Islam, on parle d’une religion où chacun est maître d’en donner la définition, comme le Protestantisme, à ceci prêt que le Christianisme ne se limite pas au Protestantisme, puisqu’il y a Rome et ses définitions dogmatiques universelles (et Moscou, qui fonctionne sur un mode similaire mais sur le monde slave principalement). Ce qui est comique c’est que ceux qui ne croient pas trouvent anormal que les Catholiques définissent un dogme en lequel ceux qui ne sont pas Catholiques ne croient pas (splendide postérité de La Palice…). Cet article est très pertinent et doit être médité ligne à ligne car il dessine en creux les moyens d’en finir avec l’EI.

          +2

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  • Pampita // 28.11.2015 à 08h52

    Aucune ligne sur les soutiens internationaux très nombreux, de la Turquie en passant par l’Arabie saoudite (avant que Daech ne proclame le califat) ou les Etats-Unis ? C’est pourtant à la base de l’expansion de l’organisation afin de casser l’arc chiite.

    Le piquant de la chose est que l’EI est maintenant partie intégrante du Grand jeu eurasien et porte à conséquence jusqu’à… Taïwan ! http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2015/11/la-grande-hyperbole-eurasienne.html

      +14

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    • Ced // 28.11.2015 à 14h16

      Bonjour

      Bien d’accord avec vous pampita !
      Je trouve qu’on perd beaucoup de temps à palabrer sur dash. Je n’ai pas pris la peine de lire l’article car 1. On sait 2 . Rien à faire du costume des marionnettes.

      Parlons plutôt des marionnettistes et ventriloques !
      Il est la le débat.

      Ps: je vais quand même le lire car il paraît bien complet.

        +6

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      • Pampita // 28.11.2015 à 16h15

        +1, Ced.
        Votre image des marionnettes et marionnettistes est parlante.

          +4

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        • Ced // 28.11.2015 à 16h28

          Merci pampita mais j’ai parlé un peu vite, les articles et commentaires qui suivent sont très bons. Les passés aussi. Lol
          Ça parle des guignols justement !

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  • lon // 28.11.2015 à 09h12

    L’espèce humaine est atteinte d’hallucination collective , conséquence directe de l’angoisse fondamentale quant à son identité et du sentiment d’isolement sur une planète perçue comme hostile . Elle ne pourra satisfaire sa soif maladive de cohérence et le rejet névrotique de ses contradictions que dans sa propre destruction . La vie sur cette planète n’est pas favorable aux faibles, et surtout pas aux faibles d’esprit, prêts à croire à n’importe quelle fable qui donnera un sens à leur pauvre vie .

    Que Dieu s’Il existe nous protège de nous-mêmes .

      +4

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    • Astatruc // 28.11.2015 à 10h43

      Ion,

      Planète hostile?
      Celle qui nous donne tout et qu’on salit irrémédiablement?

        +7

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      • lon // 28.11.2015 à 11h49

        Astatruc, il y a des plaintes ici sur les commentaires qui s’adressent à d’autres commentaires et qui polluent le débat , et qui sont une des raisons invoquées pour fermer le site aux commentaires justement .
        Cela dit, si tu lisais correctement, tu aurais lu ” perçue comme hostile ” , ça fait une grosse différence .
        Tu fais sans doute partie comme moi des dernières générations occidentales habituées à un certain confort et à la médecine quasi gratuite et performante dûe au progrès scientifique, mais un petit coup d’oeil sur l’histoire de l’occident ces 2000 dernières années, pour rester dans un cadre que je connais , te remettra vite les idées en place .
        Va visiter les cimetières et regarde l’âge de décès des anciennes générations, disons celles d’avant la guerre 39-45 . Et tu auras une petite pensée pour tous ceux au fil du temps morts d’une grippe, d’une simple infection urinaire, d’un cancer de la prostate pour les mâles au dessus de 50 ans, de septicémie, et j’oublie la peste au moyen âge et la variole , pour faire court .

          +3

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        • Astatruc // 28.11.2015 à 13h00

          “tu fais sans doute partie comme moi des dernières générations occidentales habituées à un certain confort…….”
          Pas habitué à un certain confort mais travaillant pour pas grand chose afin d’assurer mon confort et celui des miens.Confort pour toi, choses utiles pour moi puisque je lutte contre le consumérisme depuis 40 ans.
          Je ne pense toujours pas que les gens perçoivent la planète comme hostile.

            +5

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          • Inox // 28.11.2015 à 13h57

            Ça dépend du point de vue. La terre peut être très généreuse, mais, entre autres, la vie qu’elle a engendré est mû par une loi violente mise en exergue par Darwin; le plus fort éliminera le plus faible. Notre modernisme, et toutes les ressources que cela demande, nous a permis d’être les plus forts dans beaucoup de domaines. Néanmoins, je pense, naïvement peut être, que l’apparition de la conscience chez les espèces vivantes doit servir à transcender cette loi.

            Quant à l’article, malgré que je ne sois pas du tout religieux, je continue à penser que la religion musulman doit évoluer, et se débarrasser de son ambiguïté violent.

              +0

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            • Astatruc // 28.11.2015 à 14h32

              Inox,

              non, pas le plus fort mais celui qui s’adapte et ce n’est pas toujours le plus fort, la preuve, les plus forts sont les financiers mais s’ils continuent leurs avancées, ils mettront la terre en grand danger, comme c’est déjà le cas aujourd’hui.
              Darwin a ses limites, bien qu’à son époque, ses trouvailles soient étonnantes, on sait aujourd’hui que son point de vue est obsolète.
              Les rats ont survécu aux dinosaures qui étaient bien plus forts qu’eux;

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              Alerter
            • Inox // 28.11.2015 à 15h43

              Je ne suis pas très inquiet pour notre planète, elle a connu bien pire que l’espèce humaine et ses dérives. Je suis par contre beaucoup plus inquiet pour l’espèce humaine, et les financiers en font partie.

              Quand on dit “plus fort”, c’est dans le sens très général du terme et ça dépend du contexte. Dire “s’adapte le mieux à une situation donnée” est beaucoup plus précis en effet. Les rats ont été beaucoup plus forts que les dinosaures face aux bouleversements climatiques, il n’est pas question de force physique ici, leur petite taille a fait leur force.

                +2

              Alerter
  • Bobforrester // 28.11.2015 à 09h25

    Super article clair . Un grd merci pour sa diffusion. On se sent plus cultivè et on le devient avec peu d effort grâce à son extrême clarté.

      +1

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    • Crapaud Rouge // 28.11.2015 à 10h48

      Bravo pour l’ironie de votre commentaire, tout à fait justifiée ! Il faut se méfier comme de la peste de ces articles de fond qui noient le lecteur plus qu’il ne l’éclaire, qui sont difficiles à comprendre non pas parce que le sujet est complexe, mais parce qu’ils sont mal fagotés.

        +8

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  • Anouchka // 28.11.2015 à 09h31

    Le parallèle évoqué entre l’EI et l’Etat hitlerien est tout à fait justifié.
    Le nazisme comme l’EI est une hérésie religieuse (hérésie chrétienne) qui s’est amalgamée à une situation de crise politico-sociale sur fond de brutalisation des masses dans un contexte postérieur à une guerre absurde et meurtriere.

    On pourra aussi noter le parallèle entre le fascisme, idéologie réactionnaire qui contient des préoccupations sociales, voir socialistes sans renoncer pour autant au capitalisme moderne et entre l’idéologie islamiste de l’EI, également réactionnaire et présentant des ambitions de justice sociale.

      +4

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    • Pampita // 28.11.2015 à 16h13

      Le nazisme était athée. De quelle “hérésie chrétienne” parlez-vous ?

        +2

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      • Anouchka // 29.11.2015 à 10h25

        Lisez Georges Mosse : ” les racines intellectuelles du troisieme Reich” et vous comprendrez que vous vous trompez profondément.

          +0

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        • Pampita // 29.11.2015 à 13h17

          Je suis historien de formation, j’ai publié un bouquin sur l’Allemagne des années 30, donc je pense connaître assez bien la situation, merci.
          Le nazisme était a-religieux et athée, en tout cas pour ce qui concerne ses dirigeants. Si le protestantisme (idéologie de la table rase, du messianisme) a, il faut le reconnaître, eu une certaine influence intellectuelle sur le courant, le catholicisme était profondément méprisé. Dire comme vous le faites que le nazisme est une “hérésie chrétienne” est une énormité.

            +0

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          • Anouchka // 29.11.2015 à 20h21

            Et quand bien même les dirigeants nazis auraient été athees, cela ne voudrait pas dire que le nazisme en tant qu’ideologie ne peut pas être analysée comme une hérésie du christianisme.
            En tant que résultat d’un climat intellectuel (notamment de l’idéologie” volkisch” tres bien décrite par Moss) et a l’instar de toutes les philosophies de l’histoire (communisme ou progressisme) le nazisme est un produit de notre monde judéo-chrétien. Les penseurs volkisch faisait par exemple tres fréquemment référence a Maitre Eckart, mystique et hérétique chrétien s’il en est!
            Vous vous faites le relais de la bien-pensance dominante qui préfère penser que “notre” religion chrétienne nous protège comme un talisman de la barbarie. Et c’est très triste.

              +0

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  • Astatruc // 28.11.2015 à 10h15

    13/07/2012
    Bernard Haykel, professeur à l’Université de Princeton et spécialiste du Proche-Orient
    Gauthier Rybinski reçoit Bernard Haykel pour discuter du rôle de l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient.
    http://www.france24.com/fr/20120713-bernard-haykel-proche-orient-princeton-arabie-saoudite-syrie

      +1

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  • Crapaud Rouge // 28.11.2015 à 10h37

    Sur le premier texte : “Et pourtant, en faire une institution contraire à l’islam peut être contreproductif, notamment si ceux qui entendent ce message ont lu les textes sacrés et vu que de nombreuses pratiques du califat y sont clairement décrites.” : complètement absurde ! Comme le reste du texte, d’ailleurs, qui ne fait que présenter les “attributs” doctrinaires de l’EI sans en raconter l’histoire, sans même citer le wahhabisme, à l’instar du colonel Goya. Or, l’histoire du salafisme/wahhabisme montre que ces conceptions littérales du coran ont été d’emblée contestées par les sunnites. En clair : les sunnites eux-mêmes considèrent que ce n’est pas de l’islam. Il faudrait donc aider les sunnites, 90% des musulmans paraît-il, en niant leur point de vue ? Absurde ! Ne pas “en faire une institution contraire à l’islam” c’est diaboliser l’islam !!!

      +9

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    • Anouchka // 28.11.2015 à 11h07

      Il existe cependant une tradition interprétative en islam : les fameuses 4 écoles juridiques qui on mis par écrit les principes juridiques de la charia à partir des principes énoncés dans le Coran (le Coran ne contient pas les règles de la Charia en tant que telle, ces règles ont été codifiées par la suite par le biais des interprétations juridiques).
      Or c’est justement l’existence de cette tradition islamique qui est bafouée par les salafistes de l’EI. C’est en ce sens à mon avis que l’on peut dire que l’EI est une hérésie de l’Islam. L’Islam ne se résume pas au Coran (tout comme le christianisme ne se résume pas aux textes du nouveau testament)

        +5

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  • Astatruc // 28.11.2015 à 10h47

    Quand il n’y aura plus de pétrole(2050?), le pouvoir changera de main.
    Ces hommes qui dirigent feraient mieux d’anticiper cela plutôt que de chercher à obtenir à tout prix l’exclusivité de l’or noir.
    Imaginez si on mettait tout l’argent qui a été dépensé pour ces guerres de pillage dans la recherche, je pense sincèrement que nous aurions déjà un modus vivendi international respectant la planète.
    Seule la volonté politique manque, comme d’habitude.

      +2

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  • TOTO // 28.11.2015 à 11h44

    ce que veut vraiment l’état islamique AUTOPROCLAME c’est de créer la destabilisation du moyen orient ….demander à leurs MAITRES …..ils sont CONNUS….quand à leur RELIGION ils ne sont pas plus religieux que vous et moi…..ils ont détournés la religion pour leur propre profit…BESTIALE……MERCANTILE….avec toute les conséquances que l’on peut immaginer…..ce sont ces fameux mercenaires de jadis qui écumer la terreur au moyen age et dans l’antiquité au profit de leurs MAITRES si on peut comparer à ce qui se passe maintenant…..allons ne cherchons pas midi quatorze heure ce qui se passe…….on sait que c’est de la manipulation…..un ministre français non des moindres avait dit bien avant les attentats de Paris… ”DECH fait du bon boulot” ….si cela est exact et non un mensonge…. alors on peut conclure DAECH = MERCENAIRES a la solde de leur MAITRES qui ont tous un nom…. qui cherche TROUVE…..

      +5

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  • cyril // 28.11.2015 à 11h52

    Article à rallonge qui,non content de donner un avis purement subjectif,masque le soutien des USA pour la création de ce ”califat” fait de mercenaires et autres barbus égorgeurs et poseurs de bombes. De plus,l’islam des origines faisait la promotion des arts et des sciences,pas celle de meurtres commis indisctinctif. Ce libanais made in US est la figure emblématique du néo harki.

      +9

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  • Furax // 28.11.2015 à 13h33

    Je partage complètement l’analyse de Graeme Wood.

    J’ajoute un élément qu’il ne mentionne pas et qui me semble à terme l’hypothese la plus dangereuse : que l’effacement ou la dissolution de Daech ouvre la voie à une autre forme de Califat, beaucoup plus solide, puissante et expansionniste.

    Je précise.

    Aujourd’hui, Daech a instauré un Califat ou plutot un embryon de Califat. C’est une première victoire stratégique comme symbolique immense pour ceux, très nombreux, qui veulent en effet rétablir un Califat qui regroupe non pas la totalité de l’Oumma mais globalement l’essentiel de l’aire ommeyyade, sans l’Iran chiite ni bien sur l’Europe, c’est-à dire grosso modo le monde arabe.

    Mais là caractère outrancier et trop pressé de Daech est aussi ce qui fait obstacle à la poursuite de la progression de ce projet politique. De même que la monarchie saoudienne corrompue est l’autre principal obstacle à ce projet.

    Si Daech finit par se disloquer mais que persiste un Sunnistan sans Daech, alors les quelques milliers de princes saoudiens corrompus et gaspillant leur montagne de petro-dollars sera le dernier obstacle à un véritable Califat extrémiste rassemblant les sunnites extrémistes d’Irak et de Syrie avec ceux d’Arabie Saoudite qui fournissent les financements privés à tous les djihadistes, salafistes, wahabbites et autres frères musulmans du monde entier.

      +4

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    • Nicolas // 28.11.2015 à 17h44

      Tout à fait. Il importe de se forcer à considérer l’instauration du califat selon l’état islamique comme une étape qui ne s’arrêtera pas à la fin du règne d’Al-Baghdadi quel que soit la manière dont il se terminera, et que le nombre de défaites du point de vue de l'”idéologie islamiste apocalyptique” importe peu sur le résultat final. Il importe que l'”occident” considère enfin tous ces conflits non d’un point de vue géostratégique classique mais sur le plan religieux et idéologique : Dans cette optique, savoir sur les saouds et quataris sont la seule barriierre dans le sunnisme à l’instauration d’un califat reconnu par la majorité des sunnites de la région fait froid dans le dos.

      Et qu’on le veuille ou non, cela pose inévitablement la question des Musulmans dit “salafistes” pacifistes, contre l’etat islamique et plus encore le terrorisme, mais qui partagent les mêmes objectifs sur le long terme différant seulement sur l’opportunité d’un califat et de méthodes ultras violent à notre époque.

        +4

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      • Crapaud Rouge // 28.11.2015 à 18h49

        l’instauration d’un califat reconnu par la majorité des sunnites de la région fait froid dans le dos” : et alors ? Quand un dictateur parvient à instaurer sa dictature, par la terreur en règle générale, il est évident que la grosse majorité se plie, ferme sa g***, paie ses impôts, et affirme haut et fort qu’il reconnaît le dictateur et sa dictature comme étant ce qu’il attendait depuis toujours. Les tièdes qui veulent finir crucifiés, à ma connaissance ça n’existe pas.

          +1

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    • Crapaud Rouge // 28.11.2015 à 18h44

      l’hypothese la plus dangereuse : que l’effacement ou la dissolution de Daech ouvre la voie à une autre forme de Califat, beaucoup plus solide, puissante et expansionniste.” : ce dont vous parlez, c’est l’empire Ottoman ! 🙂 Je ne vois vraiment pas en quoi cette hypothèse est “dangereuse” puisqu’il n’appartient qu’aux musulmans d’accepter ou de rejeter un califat, c’est vraiment pas nos ognons. Si le califat autoproclamé de Daesh nous concerne, c’est parce qu’il commet des attentats sur notre sol et qu’il est financé par nos alliés.

        +2

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  • theuric // 28.11.2015 à 13h54

    Bon, nous sommes au XV° siècle pour les musulmans, pour tout dire, ça ressemble sensiblement à la renaissance européenne où nous avions, dans le même temps, deux mouvements opposés:
    -un retour à un christianisme ancien et originel avec l’avènement du protestantisme;
    -un désir de remise en question des dogmes.
    Étonnamment, nous pouvons donc percevoir aujourd’hui ce même double mouvement contradictoire au sein de l’Islam.
    Intéressant, non?

      +3

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    • Crapaud Rouge // 28.11.2015 à 19h03

      Intéressant mais fort déformé sous votre plume. Né au 18ième, le wahhabisme est en effet sur une ligne parallèle au protestantisme : refus de l’autorité légitimée par la tradition, refus de tout intercesseur avec Dieu, refus des interprétations admises des textes sacrés, et retour aux prétendues origines. Je n’en sais pas plus. Le salafisme est plus ancien, Wikipedia le fait remonter à Ahmad Ibn Hanbal, mort en 855. Il n’est pas du tout violent. Parler de salafisme tout court comme référence à la violence djihadiste est mensonger, il faut préciser “salafisme djihadiste”, un courant du salafisme qui serait né, toujours selon Wikipedia, dans les années 1980 en Afghanistan.

        +1

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    • Perret // 28.11.2015 à 22h31

      sauf qu’il n’y a pas de dogmes pour l’Islam et que c’est ce qui fait depuis près de 1400 ans la force de toutes les boursoufflures sectaires et violentes de cette religion : elles s’auto-justifient tranquillement.

        +1

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  • Libor // 28.11.2015 à 15h24

    Quel intéret a ce débat sur le fond. L’EI est il islamique ou pas franchement je m’en fiche. Ce qui est certain c’est que c’est très différent de l’Islam modéré traditionnel, ça espérons au moins que tout le monde l’ait compris.

      +6

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  • groucho // 28.11.2015 à 15h34

    Je suis atterré de constater que beaucoup, dans un état qui se prétend laïc comme le nôtre, sont absolument incapables de sortir des “analyses” à base religieuse et/ou purement émotive.

      +6

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  • Vareniky // 28.11.2015 à 15h52

    Ce texte est une bonne analyse d’un bon anglo-saxon.
    C’est intéressant, pour une discussion éclairée après d’un feu ou autour d’une table a discuter avec des amis avec tapas, mezzé ou toast au saumon.
    Mais c’est une analyse historique de plus sur un problème régional, c’est bien montré comme cela.
    Mais si c’est régional pourquoi peut on utiliser cette grille d’analyse:
    sur le problème régional ukrainien
    sur le problème régional ouighur
    sur le problème régional soudanais…
    Vous pouvez compléter la liste.
    Et que va dire ce monsieur,
    à la mère camerounaise dont la fille à disparue depuis 2 ans,
    à la mère de 24 ans qui a perdu sa jambe pour protéger son fils au Dombass,
    au petit fils syrien en France qui ne pourra plus voir sa grand-mère à Raqqa,
    au fils qui ne reverra plus son père pécheur palestinien parti sur sa minuscule barque pour nourrir sa famille.
    Est ce que cette foule avec des yeux plein de larmes peut se contenter d’une évolution historique?
    Alors le jour où les anglo-saxons auront le courage de reconnaitre que le coeur du problème est chez eux, et arrêter de tourner autour du pot, alors cette analyse pourra nous éclairer sur l’évolution de la maladie mais pas sur les symptômes.
    Le pire c’est qu’ils ont déjà été confronté a cette situation.
    Dans les années 1970, les turpitudes de leurs guerres secrètes ayant été déballées sur la place publique, les services secrets n’arrivaient plus à engager ceux qui avaient un peu d’éthique, et c’est quand même le plus grand pourcentage de la population mondiale et je vous assure que le problème était très grave pour eux, parce que l’on quand même besoin de tels services.
    J’ai envie simplement de dire “occupez vous de vos fesses” et je vous assure que le monde ira bien mieux.

      +6

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  • DUGUESCLIN // 28.11.2015 à 17h55

    On nous vendu le “printemps arabe”.
    On y voit plus clair, maintenant ce qu’il est.
    Nous sommes submergés par la manipulation pour nous cacher les sombres intérêts non avoués.
    Ca marche de moins en moins bien, les consciences s’éveillent, nonobstant ceux qui tentent de les détourner pour les ré-utiliser.

      +2

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  • Max // 28.11.2015 à 19h43

    http://www.dailymotion.com/video/x1zmb2f_trente-ans-de-guerre-au-nom-de-dieu-1-2-1979-1989-2011_school
    Les USA et l’Arabie Saoudite Trente ans de guerre au nom de Dieu.

      +1

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  • Jaime Horta // 28.11.2015 à 21h30

    Je crois qu’on perd notre temps à analyser toutes les géométries variables de tout ce story telling islamique, qui n’est qu’une suite de surenchères à l’infini de gens qui se dévorent entre eux pour le pouvoir de ce dangereux nihilisme,

      +0

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  • Boubanka46 // 28.11.2015 à 21h40

    Quoique hors sujet, je vous conseille cet excellent article de lorientlejour qui décrit les divers acteurs présent en Syrie, au cas où vous ne le connaîtriez pas

    http://www.lorientlejour.com/article/949941/radioscopie-du-sol-syrien-qui-combat-qui-et-ou.html

    Sans surprise on constate qu’au moins 70% des rebelles sont des islamistes. Au moins la moitié d’entre eux sont des radicaux allant d’al qaida, à des salafistes proches des frères musulmans. Le Qatar et l’Arabie Saoudite soutiennent la plus part de ces groupes.

      +1

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  • Frédérique // 28.11.2015 à 21h46

    En conclusion:

    Pour des raisons politiques, économiques, stratégiques et plus si affinités, les USA et ses alliés ont réveillé, financé, armé une armée de psychopathes qui veulent faire revivre un califat disparu il y a plus de 750 ans.

    Au moins maintenant, on comprend mieux la question de Poutine adressée aux protagonistes de cette sinistre affaire, dans son discours du 28 septembre dernier à l’Assemblée générale de l’ONU:

    “Est-ce que vous comprenez ce que vous avez fait?”

      +4

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  • belamicci // 28.11.2015 à 23h34

    A lire l’article de Graeme wood sur “ce que veut l’Etat islamique” tout ce qui est présenté de A à Z ,laicité,salafisme attrait des jeunes djihadistes ,retour au 7ième dans une espèce de machine à explorer le temps digne de l’ oeuvre de H.G Wells le père de la science fiction,tout semble “rationnel” pour expliquer ce fondamentalisme barbare décidé à en découdre avec les musulmans qui ne prêtent pas allégeance au califat et aux représentants de l’Occident à leur tête,le grand ennemi,les USA.

    Seulement cette vision de ce phénomène de l’après 11.09.2001 n’est pas convaincante car elle prend en compte potentiellement les raisons d’un comportement d’une barbarie certes mais qui a pris ses racines non par le biais de la religion elle-même mais par l’invasion de l’Irak surtout par W. Bush.

    La religion telle qu’interprétée par ces islamistes ,frange infime de l’Islam ,n’étant que l’ultime refuge et la motivation principale de sa rage contre l’Occident .Il n’est nullement question de prendre la défense de ces extrémistes sanguinaires qui sont autant dangereux pour leur propre population dans un Etat islamique ou Daech ,une sorte de génération spontanée à laquelle je n’y crois pas qu’animés par un esprit de vengeance suite à l’humiiation subie pendant des années d’occupation,de séjour dans les géôles américaines qui ont sonné le glas à cette Amérique appelée à tort la”première démocratie” celle qui ignore les droits de l’Homme,la Convention de Genève et qui a créé GANTANAMO .

    Tout est grand en Amérique,Hollywood et son cinéma,ses massacres d’indiens,les horribles tortures de Gantanamo pour nombre de détenus qui n’avaient aucun statut ni moyen de défense alors que bon nombre d’entre eux ont été libérés au compte goutte avec un non- lieu .Même quelques géôliers ont préféré passer dans le camp des méprisés en se convertissant à la religion du vaincu.

    Cette Amérique qui la seule au monde s’est aventurée à bombarder Hiroshima et Nagazaki en utilisant le nucléaire,la seule à avoir utilisé des armes non conventionnelles dont chimiques contre le Nord Vietnam en franchissant sa ligne “rouge” pendant 12 ans de 1963 à 1975 sous le faux prétexte coutumier qu’un de leur destroyer qui naviguait de surcroît dans les eaux territoriales du Nord Vietnam avait essuyé des tirs par les Vietnamiens (Plus tard MC Namara ancien secrétaire d’Etat à la défense avait démenti “les Vietnamiens en réalité n’avaient lancé aucune torpille” et pourtant à cause du mensonge américain le Nord Vietnam a reçu 3 fois plus de bombes que toutes celles larguées durant la seconde guerre mondiale).

    Personnellement je suis contre toute forme d’intégrisme quelle que soit sa nature et d’où qu’il vienne de l’Orient come de l’Occident !
    En toute honnêteté on n’aurait pas pu éviter tant de barbarie,tant de sang versé ,tant de souffrance de peules martyrisés ,tant d’injustice,s’il n’ y avait eu toutes ces guerres et ces “croisades” aussi d’un autre âge au nom de l’ingérence sous couvert de honteuses manipulations mises à nu les unes après les autres par d’éminents spécialistes de l’investigation ainsi que des hommes politiques intègres de tous pays ?

    Que dire du soutien financier du Congrès américain aux groupes terroristes formés par la CIA en Jordanie .Que penser de toute cette coalition USA et ses alliés dont la France qui arment les terroristes et leurs soutiens Arabie s et Qatar,d’un chef d’une diplomatie fançaise désastreuse qui félicite en 2012 déjà Al Nosra représentant d’Al Qaida voire de Daech en Syrie “al Nosra a fait du bon boulot”?

    Comment expliquer qu’une coalition composée de 60 pays avec à sa tête la première puissance en un an et demi n’ait pu venir à bout de Daech,était-ce son objectif réel de l’éliminer ?L’EI ne servait-il pas plutôt les intérêts des Américains dans le chaos qu’il a provoqué en Irak puis avec l’affaiblissement provoqué de Assad en Syrie ,une région épicentre où convergent des intérêts politique,économique,géostratégique et religieux?

    Enfin comment expliquer que cet Occident démocratique noue des relations contre nature avec des Etats non seulement ignorant les droits de l’Homme mais soutiens idéologique et financier de ce terrorisme extrémiste que tous disent combattre?

    Et comment comprendre l’attitude de la Turquie membre de l’OTAN et à la fois base arrière reconnue de ces éléments djihadistes de Daech ? Qui bombardait les Kurdes et pas Dach?Qui s’opposait avec vigueur à l’arrivée des Russes en Syrie et qui a finalement abattu un bombardier russe?

    Tout ce qui na pas été mis en lumière dans cet article est que cet Etat sanguinaire ne s’est pas créé tout seul il est à l’image, à bien des égards, de Ben Laden un monstre créé de toutes pièces par la CIA devenu par la suite incontrôlable .

    L’article de Graem wood aurait été complet s’il avait abordé avec la même ténacité toutes les erreurs gravissimes et criminelles des Américains, les premiers fauteurs de troubles de la planète pour une question de business!

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  • Frédéric // 29.11.2015 à 10h39

    Je voudrais savoir sur la foi de quoi M. Graeme wood croit que, comme il l’écrit dans son article sur El Qaida et l’OEI, le califat compte réaliser son objectif: conquérir le monde. Ou bien il a discuté personnellement avec son calife M. El baghdadi, ou bien je voudrais savoir ses sources. Il me paraît en effet aberrant qu’un chef d’état, même autoproclamé, même très violent, ait pour objectif de combattre des pays possédant l’arme nucléaire tout en mettant consciencieusement en scène comme principale image pour lui-même celle du repoussoir ultime pour la majorité de ces pays, celui du grand Sarrazin noir apparu d’ailleurs dans Indiana Jones, lequel le descend d’un coup de pistolet. Cette assimilation de ce «califat» à une bande de fous me paraît très simpliste et je doute que ses habitants puissent supporter cette image très longtemps. A moins que cette image ne soit pas celle qu’ils ont d’eux-même, mais dans ce cas, il faudrait nous la donner, de façon à ce que ceux d’entre nous qui ont dépasssé le stade des croisades et des spectacles de marionettes y afférant puissent enfin être informés.

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    • Furax // 29.11.2015 à 13h24

      Tout simplement parce que ce qui compte, c’est de choisir le bon moment et d’être patient en misant sur les phénomènes culturels, identitaires, collectifs et individuels, ainsi que les évolutions démographiques.

      L’Etat islamique n’a pas besoin d’être djihadiste ni apocalyptique pour être une menace mortelle. Son but géopolitique est très clair et annoncé comme Hitler avait tout annoncé dans Mein kampf.

      C’est un objectif de puissance. Il mise sur l’écho favorable que suscite dans tout le monde arabo-sunnite-musulman (pas en Iran ni en Asie) l’image d’Epinal des Califats ommeyade et abbasside et sur le discrédit de la plupart des élites politiques des pays arabes pour faire tomber les barrières étatiques et faire émerger une grande puissance courant de la péninsule arabique et de l’Irak jusqu’au Maroc.

      Le problème, c’est que le terreau y est favorable.

      Imaginez que les européens aient tous parlé la même langue (quand bien le il y aurait des variantes dialectales), que leur langue s’appelle le romain et que nombre d’entre eux aient la nostalgie de l’épique où il y avait une superpuissance s’appelant l’empire romain. C’est aussi cela qui travaille une partie du monde arabe et qui explique la rage suscitée par l’écart abyssal entre un hier brillant et un aujourd’hui moins que médiocre.

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      • Frédéric // 30.11.2015 à 10h09

        “Imaginez que les européens aient tous parlé la même langue (quand bien le il y aurait des variantes dialectales), que leur langue s’appelle le romain et que nombre d’entre eux aient la nostalgie de l’épique où il y avait une superpuissance s’appelant l’empire romain. C’est aussi cela qui travaille une partie du monde arabe et qui explique la rage suscitée par l’écart abyssal entre un hier brillant et un aujourd’hui moins que médiocre.”

        Je vois que si les Européens parlaient une même langue vous trouveriez normal pour l’Europe un retour en arrière encore plus grand que pour le monde arabe.

        Inquiétant!

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  • christian gedeon // 01.12.2015 à 12h35

    Atterrants articles… la fascination de la force brute,fût elle dégyuisée sous des apparences “d’analyse “,est une constante… où l’explication rejoint lus que largement la justification,à travers des arguments geo-politico-historiques de polichinelle;

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