Dans cette très intéressante interview, traduite pour nous par Valérie Courteau, l’économiste senior au FMI Michael Kumhof revient sur le lien entre la crise et les inégalités. En annexe, j’ai repris 2 de ses articles.

“Sauf à réduire les disparités de revenus, l’effondrement financier à venir est inévitable, affirme l’économiste Michael Kumhof. Une conclusion surprenante venant d’un chercheur senior au FMI. En interview, il affirme que l’égalité est la meilleure recette contre la crise.”

Les packages de sauvetage du FMI sont généralement associés à  des “ajustements structurels”, à la privatisation et à la libéralisation. Mais la recette de l’économiste du FMI, Michael Kumhof, pour éviter la crise est une réduction des inégalités – une conclusion qui lui a valu l’attention du monde entier…

Kumhof considère que la cause principale de la crise financière en 2008 et la crise de la dette en 2011 est l’accroissement des inégalités, en particulier aux États-Unis. Il a fait valoir que, pour prévenir les crises futures, le pouvoir de négociation de la majorité, vis-à-vis  des très riches, doit être renforcé. “Je parie que vous n’avez jamais entendu un économiste du FMI plaider pour l’augmentation des salaires. C’est très controversé“, dit-il. Mais pour un économiste ayant une expérience pratique dans le secteur bancaire d’entreprise, et qui est controversé par d’autres économistes qui ne parviennent pas à suffisamment ancrer leurs théories dans la façon dont le monde fonctionne réellement, c’est parfaitement logique.

Dans un article coécrit avec Romain Rancière en 2010, Kumhof fait valoir que l’augmentation des écarts de revenus  a conduit à une augmentation des ratios d’endettement des ménages. Les nations avec des disparités de revenus importantes ont tendance à avoir des quotas plus élevés de dette, les plus importants secteurs financiers et, souvent, les déficits commerciaux plus grands. Les 5 % les plus riches de la population prêtent une partie de leur richesse aux 95 % restants via un secteur financier hypertrophié. Les riches essayent de trouver des façons d’investir leurs surplus de richesse, tandis que la majorité, moins bien lotie, essaye de maintenir son niveau habituel de consommation, qu’elle ne peut plus se permettre d’avoir. Le résultat est que l’endettement a augmenté et qu’une crise de la dette s’est progressivement constituée. La seule façon de minimiser durablement cette dette est de réduire l’inégalité des revenus.

Kumhof apparaît comme un économiste théoricien typique. Ancien professeur adjoint à l’Université Stanford, il occupe actuellement la position de chef de division adjoint de l’unité de modélisation du FMI, le ministère chargé de l’élaboration des modèles économiques. Par conséquent, il est prudent en commentant ​​les questions qui peuvent être chargées politiquement. Bien conscient qu’il est un représentant du FMI, il évite la discussion sur l’évolution de pays spécifiques. Pas plus qu’il ne propose de mesures concrètes pour réduire les inégalités. C’est une tâche pour les experts fiscaux, dit-il.

Néanmoins, il est arrivé à une conclusion qui contraste avec tout ce à quoi le FMI a déjà été associé. Son message est simple : si les écarts de revenus ne sont pas réduits, la prochaine crise se produira aussi sûrement que l’automne suit l’été.


michael kumhof

Michael Kumhof à Stockholm en novembre 2011. Photo : Anna Simonsson  (Source : Arena)

 

Mikael Feldbaum: Pourriez-vous décrire les fondements de votre recherche sur l’inégalité et de la dette?

Michael Kumhof: Tout a commencé en 2009 lorsque j’ai assisté à un séminaire sur la crise financière. Je sentais que trop d’attention était portée à la gestion de la crise, plutôt qu’à examiner les causes sous-jacentes. Depuis les années 1970, la disparité entre les très riches et la grande majorité de la population aux États-Unis a considérablement augmenté. Il existe des similitudes frappantes avec ce qui se passait avant la Grande Dépression aux États-Unis en 1929. L’endettement a augmenté de façon spectaculaire au cours de ces deux périodes. Au lieu de discuter de la façon d’utiliser l’inflation pour sortir de la crise, j’ai pensé que nous devrions déterminer les mécanismes sous-jacents.

Jusqu’à maintenant, il y a eu deux approches principales pour expliquer comment la crise est arrivée. Selon l’ancien directeur général du FMI, l’économiste Raghuram Rajan, les politiciens qui ont vu la baisse du revenu de la majorité ont choisi de ne pas traiter les inégalités des revenus, mais plutôt de faire en sorte que plus d’argent soit disponible. Ainsi, les gens pouvaient contracter des prêts pour maintenir la consommation à laquelle ils étaient habitués. Les banques ont été autorisées à prêter plus d’argent et la libéralisation du marché financier a permis les plus gros prêts possible.

Ce qui est nouveau dans notre modèle, c’est qu’il combine ces deux approches. Il est basé sur l’idée que les 5 pour cent les plus riches ont augmenté leurs revenus dans une telle mesure qu’ils ne peuvent pas tout dépenser. Vous ne pouvez posséder autant de costumes Armani que votre fortune vous le permet. Les très riches ne peuvent pas non plus trouver assez d’entreprises où investir et qui soient suffisamment rentables pour eux. La seule chose qu’il leur reste à faire est de prêter de l’argent par l’intermédiaire du secteur bancaire. Pendant ce temps, les autres 95 % obtiennent une petite part du gâteau. Ils doivent emprunter de l’argent pour maintenir leur consommation, ce à quoi ils ont droit. Ils croient encore qu’ils vont obtenir une plus grande part du gâteau à long terme et ils veulent équilibrer leurs dépenses. Une grande offre d’argent des 5 % les plus riches et une grande demande d’argent à emprunter parmi les autres 95 % crée le type de fardeau de la dette que nous constatons en ce moment. L’État a emprunté de l’argent, domestique ou à l’étranger, pour financer la consommation des moins bien nantis.

MF: Si l’inégalité conduit à l’endettement sévère, qu’est-ce qui a provoqué l’augmentation des inégalités?

MK: Il y a eu plusieurs tentatives pour expliquer ces disparités. Certains prétendent que c’est parce que les politiciens ont affaibli les syndicats aux États-Unis. Il est difficile de trouver un argument pour contrer cette affirmation. D’autres croient que les causes sont la concurrence internationale accrue et le fait que les progrès technologiques ont profité aux couches sociales supérieures, ou bien des taux d’intérêt excessivement bas, les déséquilibres du commerce mondial, un secteur financier déréglementé, des capitaux ayant été transférés vers des paradis fiscaux. Toutefois, ces causes sont sans rapport avec notre modèle.

MF: Mais ce sont les banques qui fournissent des prêts. N’aurait-il pas été possible de restreindre leurs prêts afin de réduire la dette?

MK: Restreindre les prêts ne résoudra pas nos problèmes à ce stade. Mais une taxation des prêts aurait pu faire diminuer l’endettement. Cependant, je ne suis pas sûr qu’une taxation des transactions financières soit une bonne idée.

Dans les années 1930, après la Grande Dépression, une plus grande attention était accordée au rôle joué par les banques dans l’économie ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Les banques ont beaucoup d’influence sur  les fluctuations des cycles commerciaux. Si elles sont prêtes à prendre des risques, l’argent est mis à disposition dans le système. Si elles veulent éviter les risques, il y aura moins d’argent. Le problème avec d’énormes disparités dans les revenus est le fait qu’il peut être dans l’intérêt des particuliers de prêter et d’emprunter de l’argent, même si une augmentation des prêts n’est pas optimale pour la société dans son ensemble. On pourrait penser que les politiciens prennent des mesures pour promouvoir le bien commun, et donc pour modérer les prêts. D’un autre côté, il pourrait ne pas être juste d’empêcher les gens de faire ce qui est dans leur intérêt.

MF: Si l’inégalité et l’endettement sont des conditions préalables de la crise, qu’est-ce qui a fait « basculer la charge »?

MK: Initialement ce sont les dettes énormes des particuliers et ensuite celles des états qui ont causé l’explosion. Personnellement, j’ai retiré tout mon argent du marché en 2005. Il n’était pas difficile de voir ce qui se passait. J’ai une expérience personnelle des prêts bancaires. Le secteur financier a doublé dans la période précédant la crise. Le fardeau de la dette s’est activé au cours des dix années précédant la crise. Une réglementation insuffisante a été le facteur déclenchant. Mais c’est une erreur de se concentrer sur la goutte qui a fait déborder le vase. Mon opinion est que c’est un phénomène qui s’étend sur une génération, plutôt que d’un cycle économique unique.

MF: Comment pouvons-nous sortir de la crise?

MK: Il est possible de réduire les inégalités en augmentant la part du gâteau de la majorité soit avant soit après impôt.

La première solution est donc d’augmenter d’abord les revenus avant impôt. On pourrait avancer que si les décisions politiques peuvent faire baisser les salaires, elles pourraient également les augmenter. Mais l’augmentation des salaires peut entraîner une délocalisation des emplois à l’étranger. D’autre part, si rien n’est fait et les salaires ne sont pas augmentés, les inégalités continueront de croître. Ce sont deux mauvaises alternatives, mais il nous faut trouver une solution.

Réduire les inégalités par la fiscalité est l’autre solution. Les taxes imposées aux plus riches doivent être intelligentes. Les experts fiscaux suggèrent généralement  que les taxes doivent être levées d’une manière qui ne modifie pas le comportement des individus. Il est donc plus sage d’imposer une taxe sur les terres, l’immobilier ou les matières premières, qui sont moins mobiles que les emplois et le capital. Ce n’est pas à moi de dire comment cela doit être fait, nous devrions désigner des experts fiscaux pour examiner cette question.

MF: Ne pourrait-on pas augmenter la productivité des employés, par exemple à travers l’éducation, pour justifier des salaires plus élevés?

MK: Oui, mais l’éducation est une solution à long terme, cela ne nous aidera pas tout de suite. En outre, les ingénieurs informaticiens sont actuellement en manque de travail, puisque ces emplois sont sous-traités. Mais bien sûr, ce serait une bonne chose pour augmenter la productivité de la majorité et pour renforcer leur poids dans les négociations.

MF: Ne voyez-vous la répartition des richesses dans la société comme une question de démocratie?

MK: Les causes de la dette dans un pays donné peuvent sembler compliquées, mais il y a toujours une structure. Une grande proportion des prêts sont fournis par les très riches à la majorité pauvre. Les revenus de la majorité n’ont pas été assez élevés, tandis que ceux des riches ont été très élevés. Certains prétendent le problème est insurmontable, puisque les revenus de ceux qui ont contracté les prêts sont trop faibles pour les rembourser. Mais le problème n’est pas insurmontable. Un pays peut redistribuer les revenus par le biais de décisions parlementaires démocratiques.

Mais dans les cas où, par exemple, la dette nationale est détenue par des créanciers étrangers, les parlements ne peuvent pas résoudre le problème par la voie législative. Les Chinois ne sont pas représentés au Parlement…

MF: Les petites économies ouvertes ont tendance à avoir de meilleurs systèmes de sécurité sociale. L’économiste Dani Rodrik fait valoir que ce peut être parce que les petits pays sont plus vulnérables aux changements technologiques et ont besoin de protéger leurs citoyens. Est-ce quelque chose que de plus gros pays devraient adopter, en gardant à l’esprit que de nos jours ils pourraient être plus vulnérables à la concurrence?

MK: Je ne suis pas familier avec cela, donc je préfère ne pas commenter. Mais de manière spontanée, je ne vois pas cela comme une bonne solution.

MF: Alors vous ne voulez pas faire de commentaires sur les mesures d’austérité en Grèce et en Italie ?

MK: Non

MF: Mais vous, croyez-vous aux plans d’austérité en général ?

MK: Je pense que les stimuli peuvent faire beaucoup de bien tant que les recettes publiques ne provoquent pas de déséquilibres dans l’économie. Nous devrions essayer d’apporter plus d’argent au Trésor public pour stimuler l’économie plutôt que de réduire les coûts.

MF: Quels sont vos points de vue sur les réactions au mouvement Occupy  à travers le monde ?

MK: Le mouvement est en partie une réaction aux prêts étudiants élevés. C’est une indication que beaucoup de gens ne peuvent pas faire face à la situation qui a surgi.

MF: Mais elle implique aussi la question de savoir qui devrait payer les dettes?

MK: Oui.

MF: Comment votre recherche est-elle reçue?

 MK: De toutes les recherches que j’ai menées jusqu’à présent mes recherches sur les inégalités ont reçu la plus grande attention des médias. Il s’agit d’un sujet d’actualité. J’ai rencontré de la sympathie, mais, parmi les économistes, il reste encore à donner des explications et des mesures à court terme à proposer. Il faut que plus de personnes connaissent les résultats des recherches afin qu’elles aient un réel impact. Si plus de problèmes se posent dans l’économie, nous pouvons enfin réaliser que quelque chose doit être fait. Peut-être avons-nous besoin de nous « faire frapper dans la tête à deux reprises », nous n’avons pas pris la question des inégalités au sérieux depuis trop longtemps.

Mais le grand changement au sein du FMI, notamment en raison de la crise, c’est l’ouverture vers de nouvelles idées, et pas seulement au département recherche du FMI. Ces jours-ci, le FMI est à l’écoute de théories hétérodoxes. Christine Lagarde a, par exemple, encouragé les pays disposant de marges de manœuvre à stimuler leurs économies.

MF: Mais ce n’est pas le problème des pays qui n’ont pas cette marge de manœuvre?

MK: C’est peut-être le cas. Mais, là où les pays qui peuvent se le permettre stimulent leurs économies, ils aident les pays en crise en achetant leurs produits et services, améliorant ainsi la balance commerciale de ces pays en difficulté.  

MF: Pensez-vous que votre conclusion, aboutissant au fait que le problème des inégalités doit être considéré, aura un impact sur la politique réelle?

MK: Cela reste à voir.

MF: Les économistes ont été fortement critiqués pour ne pas avoir prévu la crise. Comment percevez-vous l’avenir de l’économie en tant que science?

MK: Les macroéconomistes n’ont pas su prévoir la crise, alors qu’elle était très prévisible. L’ancien économiste en chef du FMI, Raghuram Rajan, a été moqué quand il l’a prédit. Il existe un problème. Nous ne  sommes toujours pas arrivés aux origines de ce qui s’est passé. On met tout sur le dos de la psychologie des marchés – les croyances des gens quant à l’avenir. Pour moi, c’est une explication très insatisfaisante parce qu’elle ne prend pas en compte les principes fondamentaux.

Il n’y a rien d’intrinsèquement mauvais dans le fait que les économistes élaborent des modèles mathématiques. Les économistes ont développé des outils utiles dans les trente dernières années. Dans notre cas, dans l’article «L’inégalité, l’endettement et les crises », nous avons beaucoup appris en développant notre modèle. La question n’est pas de savoir si nous devrions avoir plus de modèles ou moins de modèles, mais plutôt de savoir si nous laissons les modèles prendre le pouvoir puisque nous ne se soucions plus de la réalité. Les questions fondamentales doivent toujours être au cœur des problèmes auxquels on est confrontés.

MF: Vous avez souvent souligné l’importance d’apprendre à fond les choses et que vous souhaitez éviter de vous focaliser sur « la goutte qui fait déborder le vase ». Est-ce un élément fondamental de votre personnalité?

MK: Oui, bien sûr, je suis allemand !  😀 Et non, c’est un stéréotype, mais je pense qu’il peut y avoir quelque chose de vrai. J’ai quitté l’Allemagne il y a 25 ans, mais quand même. Je pense que vous devez être à la fois théorique et pratique. Je suis agacé par les théories qui ne sont pas ancrées dans la réalité.

MF: Faites-vous actuellement des recherches?

MK: Je travaille dans plusieurs domaines pour le moment. Par exemple, j’étudie les rôles des banques dans l’économie. Avec mon expérience pratique dans le secteur bancaire, il s’agit d’une excellente façon de combiner théorie et connaissance pratique du fonctionnement réel  des banques. Je mène également des recherches sur le déficit en matières premières. Dans ce cas, je consulte les géologues et les ingénieurs pour obtenir leurs points de vue sur les problèmes auxquels ils sont confrontés. Ils sont très importants pour moi. Beaucoup d’économistes omettent de faire de la recherche fondamentale.

MF: Quelles sont vos prévisions sur l’avenir des inégalités?

MK: Je vais continuer mes recherches sur les inégalités, l’élaboration d’un modèle pour les petites économies ouvertes. Je peux vous révéler que nous avons constaté que les inégalités dans un pays qui dispose d’un secteur financier en mesure d’offrir des crédits, entraînent une augmentation de la dette dans ce pays. Une grande partie de la balance des déficits commerciaux peut aussi être expliquée en termes d’inégalités, du crédit étranger étant utilisé pour acheter des produits étrangers.

Toutefois, un pays inégalitaire manquant d’un système bancaire qui peut distribuer des crédits, mais qui permet aux riches de prêter de l’argent à l’étranger, aura un excédent de la balance commerciale. Je suis sûr que vous vous rendez compte que cela correspond très bien à l’évolution de la relation entre les États-Unis et la Chine. Et si la Chine déréglemente son marché, permettant ainsi à la majorité d’emprunter de l’argent, nous allons être confrontés à un autre défi. Dans ce cas, les écarts de revenus en Chine doivent être réduits pour éviter une crise de la dette chinoise.

Michael Kumhof parlait lors de sa visite à Stockholm en novembre 2011 à l’invitation du think tank mondial Utmaning (Global Challenge).

Original en suédois – Traduction par Erik MacQueen

D’abord publié par Arena 6/11 (version suédoise) ; Eurozine (version anglaise)

© Mikael Feldbaum / Michael Kumhof / Arena

© Eurozine mars 2012


Les travaux de Michael Kumhof au FMI

Voici 2 articles en français de Michael Kumhof sur les inégalités – cliquez sur les images

et :

27 réponses à [Traduction exclusive] Aux sources de la Crise : les inégalités, par Michael Kumhof

  1. Marcus Le 19 mars 2012 à 07h27
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    Il y a beaucoup de matière à réfléchir.
    D’une façon générale tout le monde est d’accord pour dire que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres est dément.
    En France je crois qu’au cours de ces 30 dernières années ça s’est accru d’une façon importante.
    On ne peut pas demander des sacrifices à tout le monde sans réduire les inégalités, surtout au pays de Robespierre … et de l’ancrage catholique pas si lointain.
    La percée de Mélenchon est à cet égard révélatrice d’un ras-le-bol de cette France devenue par trop inégalitaire. 
    Peut-être qu’aux USA les inégalités sont perçues d’une manière moins scandaleuses qu’en France.
    Bonne journée à tous ! 


    • chris06 Le 19 mars 2012 à 09h45
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      “D’une façon générale tout le monde est d’accord pour dire que l’écart entre les plus riches et les plus pauvres sont déments.”

      Oui, et depuis 2009 il ne fait que croître encore plus rapidement! 

      Mais ceci m’amène à une question : cet écart est il une bonne mesure de l’inégalité d’une société?

      Je vais prendre un exemple :
      2 îles dans un immense océan, chacune avec 100 habitants ayant un revenu total identique de 181 000/ mois et où le seuil de pauvreté est de 500/mois

      Ile 1 :
      10 hab. gagnent 100/mois
      80 hab. gagnent 1000/mois
      10 hab. gagnent 10 000/mois

      écart entre les plus riches et les plus pauvres = 100

      Ile 2 
      60 hab. gagnent 150/mois
      30 hab. gagnent 3233/mois
      10 hab. gagnent 7501/mois 

      écart entre les plus riches et les plus pauvres = 50

      Pourtant, quelle île est la plus inégale et risque de connaître une révolution le plus rapidement? L’île 2, sans aucun doute!

      Il existe différentes manières d’évaluer l’inégalité dans la distribution des revenus dans une société donnée. L’écart entre les plus riches et les plus pauvres n’est que la partie immergée de l’iceberg “inégalités”, d’autres méthodes, tel le facteur de GINI (qui elle aussi a ses défauts) ont tendance à mieux donner une vision d’ensemble des inégalités… 


      • step Le 19 mars 2012 à 11h45
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        tout à fait d’accord Chris, il faut bien choisir les indicateurs sur lesquels ont a l’œil rivé quand on est dans une position de direction. En particulier il faut s’attacher à ce que cet indicateur économique ait un encrage réel et une utilité sociale, ce que nous n’avons pas fait depuis 30 ans ou nos édiles ont l’oeil fixé sur le PIB, somme de valeurs ajoutées sans lien avec la qualité de vie de la population qui le génère (et même dans certaines conditions avec la situation économique du pays en question). D’autres pays ont fait d’autres choix, (BIB par exemple) mais il manque des vrais travaux de fond sur le domaine.  
         


  2. JPS1827 Le 19 mars 2012 à 08h49
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    @marcus : oui mais ici ce n’est pas l’aspect moral et/ou scandaleux des inégalités qui est évoqué, mais bien leur caractère délétère pour l’économie d’un pays en général. Il est clair qu’il faudrait qu’une telle pensée se propage, et qu’on arrête de nous rabâcher l’importance de reconnaître les talents (sachant que fort peu de talents effectifs sont reconnus économiquement d’ailleurs).


    • step Le 19 mars 2012 à 11h24
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      on ne peut pas forcément distinguer facilement les deux, entre l’aspect “éthique” et l’aspect “pratique”. En effet l’aspect “éthique” apparait justement car comme tu le signales, la rémunération n’a pas grand chose à voir avec l’efficience, et que donc la question se pose moralement de la justification de tels écarts. Si les rémunérations correspondaient à une efficience nous ne serions pas sorti des “30 piteuses” pour enchainer avec probablement pire et l’inégalité serait moins au centre des préoccupations éthique des gens.
      Enfin il faut bien voir que l’aspect pratique est pour l’instant réservé à des personnes cultivées économiquement et non aveuglées idéologiquement. Ce qui n’est pas encore un grand volume. Il faut comprendre la notion de bulles de crédit, de liquidité monétaire, la solvabilité et le risque monétaire. Beaucoup de monde n’en est pas encore là. Ceci dit le travail de cet économiste a le mérite de faire avancer la réalité (comme il le dit si bien) et de relativiser les “ravis” de leur modèle ventant la “vertu” de l’inégalité, niant les problèmes de solvabilité et ne voyant que des questions de liquidité, très à la mode des médias mainstream.


  3. Tassin Le 19 mars 2012 à 10h13
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    “Un accroissement durables des inégalités de revenu incite à emprunter aux riches”
    On rejoint ici complètement la théorie de Thorstein Veblen sur la consommation ostentatoire et l’effet d’imitation à tout prix du niveau de vie de la classe supérieure par les classes inférieures.


    • chris06 Le 19 mars 2012 à 11h00
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      Pas certain que la consommation ostentatoire telle qu’analysée par Veblen, qui décrivait l’attitude de “nouveaux riches”, c’est à dire celle d’une nouvelle classe socio-économique supérieure émergent après la deuxième révolution industrielle, corresponde à ce phénomène.

      A mon humble avis, il faut plutôt chercher dans des oeuvres plus récentes comme celles de Jean Baudrillard (eg “La société de consommation”, 1970) une description bien plus précise et actuelle de ce qui a amené une masse grandissante de la population à s’endetter auprès des riches pour compenser un accroissement durable des inégalités de revenus.


      • Tassin Le 19 mars 2012 à 14h36
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        Même réponse que plus bas, la majorité des crédits à la consommation est je pense plutôt liée à la surconsommation pour continuer de paraitre riche plutôt que pour manger. Sans exclure les cas de plus en plus nombreux d’endettement de survie.
        Concernant le niveau d’endettement général, le crédit immobilier est de toutes manières le facteur principal de l’augmentation de l’endettement des ménages. Notamment à cause de la bulle immobilière de ces 12 dernières années.


        • chris06 Le 19 mars 2012 à 17h21
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          ce que j’ai écrit c’est que la consommation ostentatoire dont parle Veblen, celle à laquelle vous faites référence dans votre commentaire, n’émane pas de personnes qui cherchent à paraître riche, mais de “nouveaux riches”. Si vous relisiez “Théorie de la classe de loisir”, vous noteriez bien la différence avec ce dont vous êtes en train de parler…


    • step Le 19 mars 2012 à 11h36
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      pour connaitre quelques cas d’endettement autour de moi, je ne suis pas sûr que ce soit un cas majoritaire ce que vous décrivez.
      Un cas concret récent : Une amie auquel il reste actuellement 50 euros pour les courses pour la fin du mois. Très difficile sachant que sa relégation financière l’a repoussé à 50 km de son lieu de travail et donc qu’elle aura plus de 50 euros de carburant sur cette période (il n’y a pas de transport en commun). Enfin son vieux frigo vient de lâcher (plus de 10 ans). Elle risque donc de perdre les courses de la semaine et de devoir emprunter si le frigo n’est pas réparable. Vu son statut d’emprunteur “pauvre” et sa culture financière faible elle frappait aux portes du crédit révolver et donc allait s’appauvrir encore plus du fait des taux pratiqués (plus de 10%).
      Je suis intervenu dans ce cas, mais combien n’ont pas les “soutiens familiaux” aptes à cela. Et je ne suis pas sûr que manger et devoir renouveler un équipement dont l’utilité sanitaire est difficilement contestable soit “singer” la classe supérieure. Il me semble que manger et ne pas souffrir d’infections alimentaires devrait être possible pour tous, y compris les pauvres. Cependant comme la mondialisation radieuse que nous subissons ne définit aucun minimum, je ne doute pas que la régression en cours ne s’embarrasse pas de telles précautions éthiques.


      • Tassin Le 19 mars 2012 à 14h29
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        Je ne pense pas que les endettements subis pour des frais de base tels que ceux que vous décrivez représentant la majorité.
        On voit quand même plus de gens qui s’endettent pour une bagnole, des gadgets électroniques (Ipad, PC, TV…) que pour manger. Même si ces derniers sont surement de plus en plus nombreux.
        D’où mon commentaire.
         


        • step Le 19 mars 2012 à 17h50
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          ni vous ni mois n’avons de statistiques sur la question. Ce que je constate à ma modeste mesure est que les nouveaux entrants de la pauvreté sont des endettés par les besoins de base (+energie). Effectivement il pré-existait en France un ensemble d’endettés chronique dont la situation tenait de leur incapacité de structurer leur budget et de prioriser leurs besoins. Nous n’en sommes plus là malheureusement, et je pense que nous n’en serons de moins en moins là. Après s’accrocher à l’auto-flagellation est plus rassurant (il sont coupables de quelque chose donc ce monde à une “morale”), que de constater l’immoralité de ce dernier (et donc, pourquoi pas moi ?). Les tenants du système financier actuel utilisent beaucoup de biais pour anesthésier les opinions publiques d’ailleurs (les grecs sont faignants, les italiens sont menteurs…). Individualiser les cas en cherchant des raisons sous-jacente à ce qui est une défaillance globale de l’organisation du capitalisme actuel est un écran de fumée devant les failles du modèle.


  4. Mario Le 19 mars 2012 à 12h00
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    L’État a emprunté de l’argent, domestique ou à l’étranger, pour financer la consommation des moins bien nantis.
    Je peux vous révéler que nous avons constaté que les inégalités dans un pays qui dispose d’un secteur financier en mesure d’offrir des crédits, entraînent une augmentation de la dette dans ce pays

    Le rapprochement de ces deux phrases prises dans l’interview de M. Kumhof laissent penser que ce sont plus les gouvernements qui sont responsables de l’endettement que les inégalités ou le système bancaire. Avoir une voiture puissante ne conduit pas forcément à un excès de vitesse, il faut un chauffeur pour appuyer sur l’accélérateur.

    Est-ce bien le rôle des gouvernements de s’endetter pour financer la consommation des moins nantis? N’est-ce pas là une autre façon de décrire la course aux votes, au clientélisme de la part des marchands d’illusion?


    • step Le 19 mars 2012 à 13h02
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      Quelques questions qui vont avec cette réflexion :
      Qu’est ce qui sépare la politique et la “vente d’illusion” ? (Quels sont les outils actuellement en possession des politiques pour concrétiser leurs propositions). Un gouvernement doit il lutter contre la pauvreté de sa population. Si oui, Comment ? Si non, comment faire pour qu’il n’ait pas à le faire (pérennité du système)?
      Des dispositifs légaux peuvent ils permettre de contourner la loi ? Dans ce cas quel est le rôle de la loi ? L’homme est-il un animal moral ou un animal de pulsion ? Comment générer une auto-régulation dans un groupe social.
      Quel est la nature de la communication autour de la notion de crédit ? Comment communiquer autour de ce dernier ? Quelle est la responsabilité d’un débiteur et d’un créancier dans le crédit (la loi dit que c’est au créancier de vérifier la solvabilité d’un créditeur, et le créditeur s’engage contractuellement à rembourser le créancier) ? Quel rôle joue l’état (doit il “faciliter le crédit” ? Dans quelles limites ? (Comment limiter) Pour quel usages ? ).


  5. Patrick Luder Le 19 mars 2012 à 12h59
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    Pour avoir une vision globale des inégalités et des crises passées actuelles et à venir …
     
    Il faut prendre une vision en Trois Dimensions (3D).
    1° Localement : voir les différences entre riches et pauvres
    2° Mondialement : voir les différences entre les peuples
    3° Sur la durée : voir les différences entre les générations (ou siècles)
     
    Avec cette vision 3D ou peut maintenant distinguer différents éléments.
    A° Sociétés :
       a1° mode de vie & besoins
       a2° liens sociaux (internes et externes)
       a3° hiérarchies et mode de fonctionnement
       a4° charges et facilités (joug de travail)
    B°Economies :
       b1° Répartitions entre matières-premières, transformations et services
       b2° Monnaie d’échange et monnaie de garde
       b3° Sauvegarde des patrimoines (biens trans-génération)
       b4° Fiscalité : charges et profits & répartition (joug financier)
    C Environnement :
       c1° Biodiversité (dans le sens large)
       c2° Ressources naturelles renouvelables (infinies à notre échelle)
       c3° Ressources non renouvelables et ressources fossiles
       c4° Sauvegarde de notre patrimoine terrestre (eaux – terres – forêts – climat)
     
    La finance est ainsi directement liée
         à l’économie qui est directement liée
              à l’équité entre les personnes qui est directement liée
                   aux ressources locales et aux marchés qui sont directement liés
                        aux matières premières et aux ressources naturelles.
     
     => TOUT EST INTERDEPENDANT. Vouloir gérer tout ceci à échelle planétaire est extrêmement difficile (voué à l’échec ?) car les besoins et les possibilités sont différents dans chaque régions … Une solution globale devrait en même temps s’adapter localement et permettre d’éviter les injustices qui mettent certaines parties du monde aux mains de minorités …


  6. Patrick Luder Le 19 mars 2012 à 12h59
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    Encore un mot pour comprendre d’où nous venons et ou nous allons. Une évolution permanente à été possible ces derniers millénaires grâce au climat accueillant de notre planète. L’évolution technologique à été fulgurante ces derniers siècles grâce aux énergies fossiles, nous avons pu consommer de l’énergie en 1/1’000’000e de temps nécessaire à sa formation, nous permettant de dilapider à grande vitesse presque toutes nos ressources non renouvelables, malheureusement sans réflexion et en saccageant la terre qui nous accueille. Cela à conduit ces dernières décennies à une explosion démographique et à une explosion de nos consommations tous azimuts, accompagnée de quelques dérives dont nous commençons à prendre conscience. Cette accélération de la consommation n’est pas tenable et est déjà arrivée à son apogée… Le monde sur sa lancée à hypothéqué l’avenir proche et devra, d’une manière volontaire ou forcée, réduire sa consommation globale. Une question pour finir : ne serait-il pas temps de tirer un bilan général et sérieusement commencer à penser à l’avenir que nous laisserons à nos descendants ?


    • step Le 19 mars 2012 à 13h06
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      En complément : Comment bien vivre dans un monde ou comme l’explique patrick la pénurie réduit la consommation dont on sait qu’elle constitue le moteur de la croissance. Autrement dit : on vit comment sans croissance ? Dans le modèle actuel… Mal.


  7. Denis Le 19 mars 2012 à 13h35
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    Si ça peut intéresser, une vidéo du TED de Richard Wilkinson sur les conséquences des inégalités :
    https://www.ted.com/talks/lang/fr/richard_wilkinson.html

    ainsi que des évidences en français sur le site de l’auteur :
    http://www.equalitytrust.org.uk/news/en-francais 


  8. Patrick Luder Le 19 mars 2012 à 13h37
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    Pour revenir dans le sujet de ce billet (après quoi, je dois me remettre à ma tâche …)
     
    Voici une des inégalités les plus criante de notre monde globalisé… Si chaque région avait sa propre économie, ce ne serait pas important, chacun vivrait avec ses propres moyens, selon ses propres habitudes, mais cela devient dramatique dans une monde avec une économie mondiale globalisée, c’est une concurrence déloyale !!!
     
    5’000 Euros = Salaire mensuel moyen d’un Européen central.
     
    1/10e = 500 Euros pour un salaire minimum Europe asservie.
     
    1/100e = 50 Euros pour certaines personnes de certaines régions d’Afrique ou d’Asie.
    Aucune égalité n’est possible avec une telle disparité dans un monde globalisé …


    • chris06 Le 19 mars 2012 à 17h31
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      5’000 Euros = Salaire mensuel moyen d’un Européen central.”

      c’est quoi un “Européen central”? Un habitant de Genève ou Lausanne,  peut être?


      • step Le 19 mars 2012 à 17h54
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        5000 euros = cadre sup en brut, je ne pense pas que l’on soit ni à une valeur moyenne ni à une valeur médiane. Mais effectivement la question des rémunération du travail, de leur compensation dans un monde globalisé doit être résolu pour que nous ne finissions pas à 50 euros tous. Ce qui serait dramatique pour nous, et ferait une belle jambe à l’eur-africain, qui préfère nous rejoindre qu’on le rejoigne).


      • Patrick Luder Le 19 mars 2012 à 20h25
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        Total du revenu annuel brut / 12 (y.c. vacances, 13 salaire, primes etc.) : pour employés qualifiés selon les conventions collectives de travail // Moyenne Suisse = ~6’000 CHF // pour Lausanne et Genève, c’est plutôt près des 100’000 CHF brut annuel soit ~7’000 Euros … dans tous les cas, les chiffres sont grossiers, pour donner un ordre de grandeur !


        • step Le 20 mars 2012 à 00h26
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          Les grecs se sont retrouvés à 500 brut ? Il me semblait qu’ils étaient à 500 nets pour le salaire minimum. En tout cas c’est honteux dans un pays où le cout de la vie est celui de la France (environ). Il est d’ailleurs intéressant de constater que des salaires de 500 peuvent être plus inacceptable que des salaires de 100, car tout se jauge à l’aune du cout de la vie.


  9. lee Le 19 mars 2012 à 16h02
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  10. Patrick Luder Le 19 mars 2012 à 20h31
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    Si une entreprise étrangère vient travailler en Suisse, elle doit payer ses ouvriers, selon les mêmes conventions que les Suisses, ainsi c’est équitable (concurrence juste) et il n’y a pas de disparité. Il serait presque logique d’appliquer ce principe aux importantions … si j’importe du coton de l’Afrique en Suisse, je paie les ouvriers qui travaillent pour moi la même chose que s’ils seraient ici … là on commence de faire quelque chose de plus juste !


  11. mixel Le 28 mai 2012 à 20h52
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    la crise est surtout SOCIALE, en recrutant des bataillons de fonctionnaires nationaux & territoriaux, les états nationaux Français , Espagnols, Grecs se retrouvent dans l’obligation de prélever de nouveaux Impôts, nouvelles taxes et d’en inventer des nouveaux chaque année.
    l’agence France Trésor contacte les banques tous les jours pour obtenir le meilleur taux de prêt , c’est uniquement pour payer les traitements & les pensions de retraite des fonctionnaires les sangsues du XX & XXI siècles. demander de l’argent aux Multi milliardaires c’est nécessaire, parce qu’ils doivent donner 20% de leur fortune pendant 2 ans , ils n’ont pas besoin de toute leur fortune pour vivre. IL ne FAUT PAS AUGMENTER les Salaires parce que celà entraîne la spirale inflationniste.


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