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29.janvier.201529.1.2015 // Les Crises

À l’école : être Charlie… ou pas

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Je me demande aussi passage si l’école est bien le lieu de ce genre de “débats” complexes, au risque de susciter exactement ce qui se passe – vaste débat…

«A “Charlie”, ils savaient qu’ils prenaient des risques»

«Libération» a assisté à un débat dans une classe de première de Roubaix. Entre distance et fracture.

«Au début, j’ai rien ressenti. Puis, je me suis mis à la place des victimes. J’ai eu mal pour les 17. Mais aussi pour les terroristes. Leur vie n’a pas été facile. Il y a des gens qui ont dû leur parler pour qu’ils soient influencés comme ça», dit Adel. C’était jeudi, en première S, au lycée Jean-Moulin de Roubaix (Nord). Ils sont 9 élèves dans cette classe, on ne se bouscule pas pour cette filière. Ce lycée, proche du centre-ville, devant le «rang des drapiers», un rang de maisons cossues de l’ancienne bourgeoisie textile, compte 80% de boursiers et 45 nationalités. Il est aussi classé parmi les lycées à plus forte valeur ajoutée de France, avec un bachelier reçu l’an dernier à Sciences-Po Paris. Les attentats ? Charlie Hebdo ? On a regardé les marches à la télé. «Quand on n’a même pas de table pour faire ses devoirs, ce n’est pas la priorité», dit un prof de maths. Il y a eu des minutes de silence. Une classe a refusé de la faire. Il y a eu débat. Le lendemain, les mêmes ont demandé à la faire.

Lundi, François Da Rocha, prof d’histoire-géo, a passé une journée à débattre en cours «dans les limites de la loi», et pendant deux heures avec cette première S. Une partie des élèves s’est contentée d’écouter. Jeudi, quand Libération a sollicité le lycée, le proviseur, Alain Godon, a interrompu un cours de maths pour reprendre le débat. On s’assoit devant eux, on sort le carnet de notes. Le prof de maths, le prof d’histoire-géo et le proviseur sont au fond de la salle. Un élève : «Vous allez écrire ce qu’on dit dans le journal ?» On dit oui. Ils sont d’accord. Adel commence : «Charlie Hebdo, j’aime pas trop ce journal. On n’a pas à critiquer les religions. On peut rigoler sur d’autres sujets. Ils ont caricaturé le Prophète. Ils savaient qu’il y avait des risques, mais je pense qu’ils ne méritaient pas la mort.» Amar : «Ils ne méritaient pas la mort, mais ils n’auraient pas dû.» Alors quoi faire ? Interdire ? Adel : «Pas interdire le journal. Pas le journal en entier. Mais on peut rigoler d’autres choses. Il y a plein de sujets dans la vie quotidienne.» Quelqu’un : «Ils font ce qu’ils veulent. Mais ils prennent des risques.» Adel : «Ou alors l’interdire. Comme ça, il n’y a pas de problème.» On peut aussi ne pas l’acheter, non ? «Même si on ne l’achète pas, on voit les images.» Oui, mais Charlie Hebdo va continuer… Un élève secoue la tête : «S’ils continuent, les terroristes vont continuer, on n’en aura pas fini.» On leur demande si quelque chose les attriste. Adel : «Ce qui m’attriste, c’est cette histoire, comment elle s’est finie, les morts. Et puis, les terroristes, ça fait pitié comment ils ont vécu. Dans leur enfance, c’était des orphelins, placés à la Ddass.»

«Insulte». François Da Rocha rappelle que, lundi, il a été question de Dieudonné. Les élèves ne s’étendent pas sur ce sujet. Amar se souvient que Dieudonné avait dit qu’il fallait «rouvrir les chambres à gaz pour le journaliste Patrick Cohen». Pas de commentaire. On fait remarquer l’impression d’une société morcelée : des juifs qui veulent quitter la France, des musulmans qui sont montrés du doigt. Amar s’anime : «A cause de l’attentat, les gens croient qu’être musulman, c’est être terroriste, alors que pas du tout. Et, nous aussi, on est français.» Adel : «Musulmans, chrétiens, juifs, on va jamais réussir à s’entendre. Il y a des gens qui insultent les juifs. Tout le monde s’insulte. Ça va pas marcher.» Alexis : «OK, il y a eu des attentats, mais on a trop poussé la chose. Quand il y a eu l’attentat au Maroc, on en a moins parlé.»

Musulman ou pas, aucun n’est allé marcher. Un élève noir du premier rang sourit : «Pas le temps. Trop de devoirs.» Les autres rient. Son prénom ? Il pétille de l’œil : «Jean-Pierre.» Eclat de rire collectif. Et les marches, ils se sont sentis concernés ? Silence. Adel : «C’était bien. Ils sont solidaires entre eux.» Il le dit sans ironie, sans animosité. «On devrait vivre tous comme ça, chacun sa religion, dans la même société. On est des humains, on peut cohabiter. Je vois pas ce qui pose problème.» Le professeur d’histoire : «La fracture est certes ethnique, religieuse, mais surtout socio-économique. On les exclut, on ne les regarde pas depuis des années, et, à présent, on les enjoint à défiler, et on ne comprend pas qu’ils n’obéissent pas.»

«Athées». Plusieurs élèves pensent que si les journalistes de Charlie ne comprennent pas qu’ils blessent des musulmans, c’est parce qu’ils sont «athées».«Ils croient à rien. S’ils étaient à notre place, ça les toucherait. Ils se mettent pas à notre place.» Adel : «Ils savent qu’en tant que musulman, on ne peut pas critiquer d’autres religions. Jésus, c’est un de nos prophètes, on doit le respecter. Mohammed, on ne doit pas le montrer, dans le film le Message [de Moustapha Akkad, 1976, ndlr], il n’est pas montré.»

Le proviseur, au fond de la classe, les titille : «Si les musulmans se mettaient à caricaturer le christianisme, comment ils le prendraient les chrétiens ?» Amar : «Impossible.» Le proviseur insiste : «Ils se marreraient ?» Amar : «Nous, on se marrerait pas.» Le proviseur rappelle que des chrétiens ont souvent intenté des procès à Charlie Hebdo. Amar : «Je les soutiens.» Le prof d’histoire : «Qu’est-ce qui est sacré ? Pour moi, le foot c’est sacré, vous me connaissez… [Il prépare une thèse d’histoire sur l’équipe de France]» . Adel : «Vous n’allez pas pleurer pour un match nul.» Le prof hilare : «Mais si !» Il continue : «A partir de quel moment un dessin est une insulte ?» Une voix : «Quand on parle de religion.» Le proviseur : «La société française, elle est forte. Regardez, ici, on est tous d’origines très différentes.» Il continue : «Est-ce qu’on peut dire qu’ils l’ont cherché ?» Adel : «Ils savaient qu’ils encouraient des risques.» Des risques ? Le proviseur pousse le raisonnement plus loin : «Vous savez qu’à Roubaix, il y a des professeurs, femmes, qui se prennent des remarques, le soir, si elles sont en jupe.» Un élève : «Elles ne sont pas obligées d’écouter.» Le proviseur : «Si elles se font violer, est-ce qu’on va dire qu’elles l’ont bien cherché ?» D’une seule voix : «Non.» Et les journalistes de Charlie, ils l’ont bien cherché ? Un élève : «Ils étaient conscients des risques. Après, ils font ce qu’ils veulent.»

Haydée SABÉRAN Envoyée spéciale à Roubaix
Source : Libération

Témoignages – « Beaucoup d’élèves sont choqués par les dessins de Charlie Hebdo »

Émilie Brouze – 08/01/2015

Dans les classes, une interrogation : comment parler aux élèves de l’attentat de Charlie Hebdo ? Des profs racontent.

« Je les attends. Mais je ne suis pas prête », tweetait ce jeudi matin @lonnyJ, prof en primaire.

Je suis Charlie

Je les attends. Mais je ne suis pas prête. pic.twitter.com/cOCoDlDAsk

— Lonny (@lonnyJ) 8 Janvier 2015

Au lendemain de l’attentat à Charlie Hebdo, qui a fait douze morts, la ministre de l’Education nationale avait appelé à respecter une minute de silence dans les établissements.

Beaucoup de profs se questionnaient : comment réagir ? Comment trouver les mots face aux élèves ? Rue89 leur a demandé de témoigner.

« La tolérance, c’est un combat éthique, politique, culturel »

Jean-Pierre Haddad, prof de philo au lycée Elisa-Lemmonnier (Paris XIIe)

Je suis arrivé à 11 heures au lycée. Beaucoup d’élèves voulaient en parler. Les profs les ont invités à faire des dessins, qui sont affichés dans le hall.

Mot d'élève

Un mot d’élève affiché au lycée Elisa-Lemmonnier (Jean-Pierre Haddad)

Montage de mots d'élèves

Montages : mots et dessins d’élève affichés au lycée Elisa-Lemmonnier (Jean-Pierre Haddad)

Il y a des écrans partout dans le lycée : à la bibliothèque, en salle des profs, dans le hall, avec le même message « Nous sommes Charlie ».

J’ai écrit un texte, que je vais leur soumettre cette après-midi en cours de philo [lire ci-dessous]. On va débattre. Beaucoup sont choqués et ils ont envie d’être apaisés.

Je vais essayer de leur faire faire des distinctions entre religion et utilisation politique ou idéologique de la religion. Je veux leur expliquer les différents courants de l’islam et de l’islam politique. Je vais aussi leur parler de fascisme.

Dans le lycée, 75 % des jeunes sont de familles musulmanes. On a entendu beaucoup de slogans « Ils ne sont pas musulmans mais terroristes ».

Ils sont presque dans la dénégation et c’est vrai, les terroristes ne sont pas de vrais musulmans.

Et je vais leur parler de tolérance. Je vais dénoncer le sophisme qui dit qu’il faut tout tolérer. Les adversaires de la tolérance ne doivent pas être tolérés, sinon il n’y a plus de tolérance. La tolérance, c’est un combat éthique, politique, culturel. »

« La tolérance doit tout tolérer, y compris l’intolérance, sinon elle devient intolérante et se contredit elle-même… »

Non ! Pur sophisme !

La tolérance n’est pas un jeu d’esprit ou une technique verbale. Elle est un effort d’intelligence, une vertu éthique et, en démocratie, un principe politique. Ainsi la tolérance ne peut et ne doit, pour sa survie même, tout tolérer ; elle a une limite.

Laquelle ? Celle où elle rencontre son ennemi : l’intolérance. Oui, l’intolérance est intolérable car elle nie et veut empêcher la tolérance qui, elle, accepte tout ce qui est tolérant, selon son altérité et ses différences.

Aujourd’hui nous voyons bien où est l’intolérance : des facho-fanatiques voudraient nous interdire de rire et de penser librement… au nom d’un « Dieu » qu’ils sont les seuls à insulter par leurs actes.

Soyons tolérants, oui! Mais aussi vigilants et n’ayons pas peur de mener le combat des idées et de la liberté d’expression.

« Je les sens très inquiets »

Soizic Guérin-Cauet, prof d’anglais au lycée Jean-Perrin à Nantes

Dès 8 h 30 ce jeudi, le tabac-presse en face du lycée n’avait plus rien, ni Charlie Hebdo, ni Libé, ni Le Monde…

Il y a eu beaucoup de pleurs ce matin, des élèves comme des profs.

Au début du cours, je ne savais pas quoi leur dire. J’ai juste demandé si ça allait bien. À la fin de cette première heure, la minute de silence se profilait… Je leur ai laissé mes marqueurs et le tableau, je leur ai dit que c’était leur heure.

Il fallait que ce soit spontané, ne pas leur imposer d’en discuter… Ceux qui étaient trop marqués pouvaient continuer à travailler.

Deux élèves ont commencé à parler. Petit à petit, avec leurs chaises, les autres ont commencé à se rapprocher.

On est tous très choqués. Je les sens très inquiets : « Tout le monde va voter FN » ; « Tout le monde va accuser les musulmans. »

C’étaient leurs mots.

Je voulais les entendre. Ils m’ont dit qu’il fallait qu’on parle, qu’on explique, qu’on soit « moins cons ». Ils sont intelligents, mes élèves.

Une fille a dit quelque chose qui m’a heurtée : « Quand même, ils sont allés loin Charlie Hebdo ». Quelqu’un lui a répondu : « Alors tu crois que c’est bien fait ? » Elle a dit que non.

Là, on a commencé à parler de la liberté d’expression et ça, c’est le plus dur. Ils disaient qu’il existait une limite mais la limite, ils ne savent pas la fixer. Est-ce qu’il faut se taire si on risque de vexer quelqu’un ?

Ils sont tiraillés entre ce qu’ils ont envie de dire et ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. Ils avaient leur exemple à eux : Justin Bieber, je ne supporte pas de l’écouter mais j’ai le droit de dire que je n’aime pas sa musique.

On a finalement trouvé une forme de limite dans le respect.

On nous avait demandé de faire la minute de silence dans nos classes mais avec les autres profs, on a voulu la faire ensemble, dans la cour. On voulait être ensemble. Tout le monde a bien respecté la minute.

Aux élèves, on ne peut pas leur mentir, leur dire que les gens violents, la mort, l’absurdité, ça n’existe pas. Mais je leur ai dit que Charlie Hebdo allait continuer, que les terroristes n’ont pas gagné.

« J’ai choisi de ne pas laisser la parole libre »

Karine Sahler, prof d’histoire-géo dans un collège privé du Cher

J’avais préparé une séance pour mes trois heures de cours de l’après-midi. Je leur ai d’abord montré ce qu’était une caricature – en me basant sur une autre période historique –, j’ai rappelé les faits, expliqué pourquoi Charlie Hebdo avait été visé. Ensuite, on a lu la déclaration des droits de l’homme, on a analysé plusieurs caricatures publiées en réaction à l’attentat et je leur ai laissé vingt minutes pour dessiner. Beaucoup ont représenté un tireur face à un journaliste. Un élève a dessiné une bibliothèque.

Le dessin d'un  élève

Le dessin d’un élève (Karine Sahler)

Il y a même un moment où on a rigolé, quand je leur ai montré la caricature de Luz sur le pape : « Tes Dieu ? T’as pas de shampoing ? Non mais allô, quoi. » C’était bien car ils ont vu que les caricatures pouvaient à la fois les faire rire, les choquer et les faire réfléchir.

J’ai choisi de ne pas laisser la parole libre et de garder un moment d’expression libre avec le dessin. Je pense que ce n’est pas trop mon rôle, qu’en tant que prof je dois plutôt apporter du contexte, expliquer… C’est difficilement avouable mais j’avais peur aussi d’entendre des choses que je n’avais pas envie d’entendre. Je suis dans un collège où il peut y avoir pas mal de remarques racistes… Je ne voulais pas que ce soit trop émotionnel.

Une de Charlie Hebdo sur le pape

Une de Charlie Hebdo avec un dessin de Luz sur le pape

En quatrième et en troisième, ils sont conscients de la différence entre islam et terrorisme. En cinquième, c’est plus compliqué, plus flou. Ils ont peur pour la suite, ils demandent s’il va y avoir une guerre civile. Un élève a failli dévier sur la peine de mort, je n’ai pas laissé faire.

« Et le cours devra reprendre, difficilement »

Monsieur le prof, blogueur à Rue89 (qui témoigne anonymement)

Ce matin, en arrivant au collège, le secrétariat m’a dit que l’établissement ne souhaitait pas faire de minute de silence aujourd’hui, car c’est « trop précipité » et « certains profs ont peur de ne pas avoir les mots ». Ils avaient également peur qu’il y ait « des troubles ».

Évidemment, chacun est libre de faire la minute de silence avec sa classe s’il le souhaite, mais à mes yeux, l’unité nécessaire est clairement absente dans une telle situation. Pour ma part, je n’ai pas eu de classes ce matin et n’en ai pas eu à midi, au moment de la minute. La sonnerie des pompiers a retenti. Seul dans ma classe, j’ai regardé par la fenêtre et ai vu d’autres profs continuer à faire cours comme si de rien n’était, j’ai vu les élèves jouer dans la cour et se battre comme si de rien n’était. Je trouve triste cette indifférence, cette volonté de détourner les yeux.

Cette après-midi, je demanderai à mes classes si un professeur leur a parlé de ce qu’il s’est passé mercredi. Si ce n’est pas le cas, je leur expliquerai, avec mes mots, en improvisant, parce que forcément, on n’a pas de manuel pour savoir comment réagir dans ces moments-là.

Je leur présenterai également des dessins de presse en anglais, étant donné que c’est ma matière, pour les faire réfléchir à ce sujet. Et le cours devra reprendre, difficilement.

Fin du cours, des élèves restent : « M’sieur, on peut voir des dessins de #CharlieHebdo ? Personne veut nous en montrer. »

— Monsieur Le Prof (@MsieurLeProf) 8 Janvier 2015

Je leur ai donc montré quelques dessins dont le « Dur d’être aimé par des cons. » Ils étaient effarés qu’on puisse tuer pour ça.

— Monsieur Le Prof (@MsieurLeProf) 8 Janvier 2015

« Beaucoup d’élèves sont choqués par les dessins »

Marie, prof de sciences dans un collège-lycée privé catholique de Paris

Je travaille dans un établissement un peu spécial : un collège-privé catholique parisien, où il y a très peu de diversité. Ce jeudi matin, j’ai banalisé mon heure de cours avec les premières S pour parler de Charlie Hebdo. J’avais essayé de préparer quelque chose mais je n’ai pas réussi.

Il y a un consensus sur le côté inacceptable de cet attentat mais une grande majorité des élèves ne sait pas trop quoi penser. Une dizaine ont participé au débat, environ vingt ont écouté.

Un des élèves m’a dit en petit groupe ce qu’il n’avait pas osé dire devant tout le monde : « Ils ont joué avec le feu et ils se sont brûlés. » Il sous-entendait qu’ils l’avaient bien cherché. Il savait qu’on ne pouvait pas dire ça mais il n’arrivait pas à dire pourquoi, il avait besoin de l’expliciter.

Beaucoup d’élèves ont découvert Charlie Hebdo mercredi et ont été choqués par les caricatures – beaucoup sont catholiques pratiquants. Certains voulaient en afficher dans la classe, d’autres n’en avaient pas envie. Ils se sont demandé si le fait de continuer à dire des choses choquantes pouvait être vu comme un hommage… Un élève a commencé à dessiner Cabu avec un doigt d’honneur et m’a demandé l’autorisation de l’afficher.

Certains élèves veulent s’abonner à Charlie Hebdo, d’autres ont dit qu’ils n’aimaient pas le journal, mais ont demandé ce qu’ils pouvaient faire d’autres.

Ils ont peur mais répètent qu’il est important de montrer qu’ils n’ont pas peur. Ils se demandent ce que ça va donner dans la société. Ils sont pendus à leur téléphone, abreuvés d’informations anxiogènes… Ils se demandent : si on change nos photos de profil sur les réseaux sociaux, est-ce qu’on montre qu’on a peur ?

Ils n’ont pas envie de faire d’amalgames et ne connaissent finalement peu la religion musulmane. Ils ont envie de la connaître davantage.

Notre discussion m’a fait prendre conscience qu’ils n’ont pas d’espace pour parler de la société, pour qu’il puisse apprendre à se faire leur propre opinion… Je me rends compte que ça leur manque.

« Beaucoup ont pleuré et moi aussi »

Noémie, prof de français dans un lycée dans une petite ville de moins de 10 000 habitants dans l’Yonne

On s’est retrouvé avec mes collègues mercredi soir, pour discuter. On savait, sans en faire un outil pédagogique – ce serait déplorable – qu’on allait en parler avec les élèves, quelles que soient nos disciplines.

C’est venu naturellement, très simplement avec ma classe de première L. Ils étaient assez demandeurs. On est d’abord revenu sur le déroulement des faits. Beaucoup ont vu les vidéos, notamment celle de la mise à mort du policier.

Les élèves sont très peinés, très choqués. Beaucoup ont pleuré dans la classe et moi aussi. Mais ils étaient assez censés et forts pour dire qu’il ne fallait pas se laisser déborder par la passion. L’important, c’est de parler, ne pas rester silencieux, même si c’est pour ne pas dire grand-chose.

Quelques élèves de confession musulmane ont dit qu’ils avaient peur de se rendre seuls au rassemblement dans notre ville, ce jeudi soir. Ils avaient peur des remarques, des regards. On a discuté du hashtag [mot-clé] #voyageavecmoi : des twittos proposent à ceux qui se sentent seuls ou en danger de voyager ensemble dans les transports en commun. Alors on a dit qu’on pouvait se rendre tous ensemble au rassemblement de ce soir.

J’avais peur des réactions maladroites… Mais les élèves étaient très mesurés dans leurs propos, ils ne voulaient blesser personne. Ils disaient aussi qu’ils ne pouvaient aller pas plus loin dans l’analyse parce que l’enquête est en cours. Je pense qu’on en reparlera dans les prochains jours.

Les élèves voulaient surtout comprendre pourquoi, mais ils se sont rendus compte qu’on ne pouvait pas y répondre. Ils se sont rendus compte par eux-mêmes qu’il ne fallait pas faire d’amalgames entre une religion et une dérive terroriste.

On s’est demandé : est-ce qu’on peut faire quelque chose ? Les élèves veulent se faire entendre, certains ont apporté des dessins. Il veulent montrer qu’ils se sentent concernés. Des élèves m’ont dit qu’à leur âge, ils n’avaient pas encore eu de cause mais que pour cet évènement-là, ils voulaient réagir. Ils sont heureux de pouvoir se rassembler ce soir, tout âge et toute origine confondus.

« Ils ont parlé de leur crainte de voir monter les extrêmes »

Lucile Peyre, prof de philosophie au lycée privé Saint-Gabriel de Saint-Affrique (Aveyron)

Ce jeudi matin, j’avais trois heures de cours, des terminales ST2S, des terminales L, et des terminales L-ES, des élèves âgés de 17 à 19 ans.

C’est le rôle de la philosophie que d’inviter à la libre expression des idées, à la réflexion, à la discussion et c’est justement ce que j’ai dit à mes élèves, en reliant la philosophie à la démocratie. Leur racine commune n’est pas qu’historique, elle se trouve dans cette ouverture, cette tolérance, dans la pratique du débat, et dans celle de la liberté, tout ce qui a été précisément attaqué mercredi via Charlie Hebdo qui en était un des représentants.

Les élèves étaient vraiment en demande, ils voulaient s’exprimer. Ils ont commencé par parler du choc, de leur très vive émotion, leur peur également. Et, c’est là où j’ai été très contente de leur réaction : ils ont très rapidement et par eux-mêmes distingué terroristes et musulmans, évitant les amalgames, les prévenant même. Ils ont également fait part de leur crainte de voir monter les extrêmes, de voir se développer des réactions intolérantes ou discriminantes suite à cet évènement.

Avec la troisième classe, nous avons procédé un peu différemment. Je leur avais donné un devoir maison lundi pour le jeudi : dans le cadre du cours sur l’art, je leur avais demandé de rechercher plusieurs exemples d’œuvres d’art, et notamment une œuvre engagée. Chaque élève a donc parlé de l’œuvre qu’il avait trouvée, beaucoup d’œuvres pacifistes, ou s’insurgeant contre la violence, l’intolérance, le fascisme. Ont été cités par exemple « J’accuse », des poèmes de Victor Hugo, des chansons de divers groupes de rock contre la guerre du Vietnam, et bien sûr les dessinateurs de Charlie Hebdo dont nous avons parlé.

Un élève évoquant la peine de mort pour les terroristes s’est vu répondre par d’autres qu’une telle peine était d’une part inutile pour prévenir de futurs attentats, et d’autre part revenait à se rabaisser aux façons de faire des terroristes. Un autre élève, qui ambitionne de devenir journaliste, à la question que je lui posais de savoir s’il voulait toujours faire ce métier, m’a répondu : « Plus que jamais. »


Source : Rue89, le 18 janvier 2015


« Ils n’avaient pas le droit de se moquer du prophète »

Benjamin Sportouch – 11/01/2015

Dans une école parisienne, une institutrice s’est retrouvée « choquée » et démunie devant les réactions de ses élèves de CM1 après l’attentat contre Charlie Hebdo.

Un écolier

Hélène ne s’y attendait pas. Professeure des écoles dans un établissement du nord de Paris situé en réseau d’éducation prioritaire (ex-ZEP), elle a entamé la journée de jeudi en expliquant à ses élèves de CM1 de 9-10 ans, le pourquoi du comment de la minute de silence avant la cantine.

Elle n’avait pas terminé son propos introductif que des élèves l’interrompent. « Oui mais ils n’avaient pas le droit de se moquer du prophète », lance l’un. « Ils n’avaient pas qu’à se moquer de notre religion », enchaîne une autre. Hélène est médusée. Elle tente de les éclairer sur la liberté d’expression, la liberté de parole. « Si j’étais la seule à pouvoir parler et que vous étiez réduits au silence, comment réagiriez-vous ? », les interroge l’enseignante qui exerce depuis quatorze ans et qui n’a pas souvenir d’une telle réaction.

« Dalil Boubakeur fréquente des juifs »

Petite moue dubitative de certains écoliers. « Tant pis pour eux, comme ça, ils n’écriront plus c’est dur d’être aimé par des cons ! », renchérit même un enfant en référence à une Une de Charlie de 2006 d’une caricature de Mahomet « débordé par les intégristes ». L’institutrice leur rappelle alors les déclarations sans équivoque du recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur condamnant l’attentat. « Lui il ne faut pas l’écouter parce qu’il fréquente des juifs », la coupe Imad. « Choquée », « très seule », « désarmée », au bord des larmes, Hélène préfère mettre un terme à la discussion. L’après-midi, la directrice est venue dans la classe pour engager le dialogue, sans grand succès non plus.

Même si elle est consciente que les élèves ne font que répéter ce qu’ils entendent, cela ne suffit pas à rassurer Hélène sur l’avenir. « Ils n’ont pas de notions de respect des droits, de respect de l’autre », déplore-t-elle. Et de s’inquiéter : « Qu’est-ce qui va se passer quand on va aborder l’histoire des religions ? ». D’ici là, elle n’exclut pas de revenir sur l’attentat de Charlie Hebdo en prenant appui sur des documents de l’Éducation nationale. Il a fallu attendre vendredi après-midi pour que le ministère mette en ligne un corpus spécifique à destination des enseignants.

* Les prénoms ont été modifiés


Source : L’Express, le 11 janvier 2015


Être Charlie ou pas : à Roubaix, « on marche sur des œufs »

Gurvan Le Guellec – 12/01/2015

Les grandes marches de ce week-end n’ont pas réussi à réunir la population française dans sa diversité. A Roubaix, l’Obs a rencontré des Français musulmans qui n’ont pas pu ou pas voulu s’associer à leurs concitoyens.

Ismael, Leila et Badredine

Ismael, Leila et Badredine (Eric Flogny, pour l’Obs – Picturetank – montage)

Samedi 10 janvier, à Lille, la mécanique des foules s’est quelque peu déréglée. D’un côté, les circumambulations de la population nordiste unie dans sa grande diversité pour profiter des soldes d’hiver. De l’autre, entre la porte de Paris et la place de la République, la procession rangée de 40 000 manifestants d’une saisissante homogénéité : blancs, venus en famille, lookés avec la même négligence soignée.

Samedi 10 janvier, à Lille, disons le sans fard : la population musulmane n’a pas su ou n’a pas voulu se mobiliser derrière la grande bannière noire « Je suis Charlie » du Club de la Presse Nord-Pas-de-Calais. Ou alors si peu. En l’espace d’un long quart d’heure, posté à mi-parcours du défilé, on aura vu passer une poignée de quinquagénaires brandissant des pancartes « pas en mon nom », et une petite famille – monsieur tiré à quatre épingles, madame en tchador, fillette trottinant à leurs côtés – magnifique par son aplomb mais si isolée dans sa singularité.

Banderole « Je suis Charlie »

Lors de la manifestation à Lille, le 10 janvier (DENIS CHARLET / AFP)

Les jeunes absents

Le matin-même, à trois pas de là, Guillaume Delbar, le jeune maire UMP de Roubaix, nous avait pourtant assuré que les 95.000 habitants de sa ville – et sa très vaste population musulmane, la plus grande de l’agglomération – vivait le deuil national à l’unisson. 1 000 personnes s’étaient réunies sur la Grand Place la veille au soir. Un événement syncrétique donnant à la fois la parole à l’édile, au rédacteur en chef de la Voix du Nord et au président du collectif des mosquées roubaisiennes.

Les jeunes avaient brillé par leur absence. Guillaume Delbar n’y voyait pas motif d’inquiétude.

« Je suis bien conscient que la mobilisation autour de Charlie peut poser question. Mais moi, ce que je retiens, c’est la spontanéité des sentiments exprimés, et comme disait le Général de Gaulle “je vais vers l’Orient compliqué avec des idées simples”. »

Cette spontanéité, ces idées simples, Leila Chebli aimerait bien les retrouver. À 42 ans, la mère au foyer – pardon « l’ingénieure domestique » – a suivi le parcours scolaire de ses enfants en s’investissant peu à peu dans la vie de la cité. Avec quelques autres, elle a contribué à mobiliser les Roubaisiens. Mais se prend aujourd’hui à le regretter.

« Nous voulions exprimer notre compassion aux familles des victimes. Et puis il y a eu cette Marseillaise, ces affichettes “Je suis Charlie” distribuées par la mairie. Moi, je ne suis pas “Charlie”, et je ne crois pas que la Marseillaise en ces circonstances aide à panser les plaies. »

Dans le petit local associatif du quartier populaire de l’Hommelet, où nous retrouvons Leila ce vendredi soir, il y a aussi Badreddine, 30 ans, un conseiller clientèle d’EDF, Ismaël, 21 ans, un étudiant de l’EDHEC, la grande école de commerce lilloise, et Chams, 26 ans, un apprenti journaliste. Trois jeunes Français de confession musulmane, pris dans un même maelström émotionnel. Sentiment de dégoût – « l’image du policier tué de sang froid, j’en ai encore la nausée » (Chams), impression de salissure – « dès que j’ai su, je me suis enfermé dans ma voiture et j’ai eu envie de pleurer » (Badreddine), et… perplexité face à la conduite à adopter.

Hantise de l’amalgame

Leila, Chams, Badreddine et Ismaël ont beau se sentir citoyens français « à part entière », les appels répétés à l’union nationale les plongent dans des abîmes de questionnements. Il y a le problème du mot d’ordre, ce « Je suis Charlie » scandé par les manifestants, mais « intenable pour un musulman ». Et quelque chose de plus profond, de plus handicapant, qui a trait à la hantise de l’amalgame. Ismaël : « Si j’allais manifester, les gens pourraient croire que je me sens forcé d’être là. On ne sait plus quoi faire, parce qu’on ne sait plus ce que les gens pensent ». Leila :

« Les tueurs auraient été autre chose que des djihadistes, ça aurait été plus simple. On n’aurait pas eu à se désolidariser des actions de solidarité pour ne pas avoir l’impression de se justifier. »

Pour la spontanéité, de fait, on repassera.

SMS alarmistes

Ces circonvolutions naissent aussi d’un drôle de climat, fait de peur, de méfiance, voire de paranoïa. C’est « la petite dame de la supérette » qui se met à chuchoter quand Leila arrive à la caisse. C’est un ami de Chams, analyste financier et pieux musulman, qui se sent subitement épié par ses collègues de travail. Ce sont les SMS alarmistes qui se propagent annonçant des attaques de skinheads aux entrées des mosquées. Ou les pages Facebook de militants lepénistes que l’on s’échange avec fébrilité. C’est aussi le principal du collège Pascal, catholique mais fréquenté par une majorité d’enfants de confession musulmane, qui, jeudi, après la minute de silence demandée par le gouvernement, a préféré ne pas épiloguer.

« Ici, on marche sur des œufs. Je ne connais pas la position des parents, et, si vous ouvrez le débat, les opinions les plus extrêmes, d’un côté comme de l’autre, risquent d’être les premières à s’exprimer. »

L’annonce de la mort des frères Kouachi tombe sur les téléphones portables, l’ambiance s’alourdit encore dans la petite salle associative au bord du canal de Roubaix. « Il n’y aura pas de procès. On ne saura pas au nom de quoi agissaient ces soi-disant djihadistes », déplore Sauria Redjimi, la deuxième adjointe au maire, venue rejoindre la discussion. « Le doute va s’immiscer un peu plus. Je suis comme saint Thomas, je ne crois que ce que je vois ». « Et les jeunes vont pouvoir se raconter n’importe quoi », soupire déjà Leila. « Interrogez-les, vous aurez des réponses bien plus cash que ce que vous avez entendu ici. »

Hallal ou pas hallal

Cash, les réponses le sont avec Karim, Saïd et Abdel, trois jeunes oisifs croisés le lendemain matin à l’entrée du centre commercial Casino. Karim, 19 ans, la moustache naissante, fait le fier à bras – « tout ça, c’est un coup monté contre les musulmans, et même si c’est vrai, l’autre, là, Charlie, il le méritait bien ». Après plus ample discussion et intervention d’Abdel – « t’es un fou, mon frère, tu enlèves pas la vie » – Karim finira par concéder difficilement qu’il n’est « pas hallal » (sic) de « tirer dans le tas à la kalachnikov », bien que « dans la vie, on fasse beaucoup de choses interdites, et que quand on fait quelque chose, il faut le faire à fond ».

Hallal, pas hallal… Karim, manifestement, n’est guère au fait de son catéchisme musulman, comme nombre de ses « collègues » jurant sur le Coran plus souvent qu’à leur tour. Ce manque de culture religieuse nourrit une « vraie inquiétude » chez Jawad M., technicien agro-alimentaire et imam du vendredi à la mosquée Bilal, la plus grande – et la plus pimpante – de Roubaix.

Transmettre la vraie foi

La ville a connu une cinquantaine de départs pour le djihad ces derniers mois, c’est à la fois peu et beaucoup. En ce jour de grande prière, le prêche va droit au but, rappelant l’attitude du prophète, stoïque face aux insultes des impies, appelant aussi les musulmans à donner une meilleure image d’eux-mêmes, et à mieux transmettre la vraie foi. Une position de principe que la mosquée s’applique à elle-même puisque depuis trois mois elle propose un prêche en français : « Les jeunes ne maîtrisent pas l’arabe. On ne peut plus accepter qu’ils aillent chercher leurs fatwas sur internet ».

L’imam Jawad est-il descendu dans la rue ce week-end ? On ne le saura pas.

« Je me sens concerné comme tout Français. Mais pourquoi me demander spécialement de manifester ? Je préfère les actes. Et s’il y a une responsabilité, elle est partagée. Ces terroristes sont d’abord passés par les écoles de la République. C’est toute la société qui doit se sentir responsable et se mobiliser. »


Source : L’Obs, le 12 janvier 2015


Charlie Hebdo : je suis prof. L’école a totalement failli à sa mission. Et moi aussi

Jean-Pierre Gross, enseignant – 12/01/2015

L’hommage aux victimes des tueries de Charlie Hebdo passe difficilement dans certaines classes de France. Jean-Pierre Gross est enseignant dans un lycée de l’ouest de Paris, et comme lors de l’affaire Merah, il a eu à faire face à des manifestations intempestives et parfois agressives pendant la minute de silence célébrée le 8 janvier dernier.

illustration

Des messages d’hommage à Charlie Hebdo sont déposés par des lycéens à Ajaccio, le 8 janvier 2015 (P. POCHARD/AFP).

Mercredi 7 janvier, au soir du bain de sang, et comme des milliers d’autres, j’ai ressenti la nécessité et l’urgence d’afficher la bannière Je suis Charlie sur le site de mon lycée de l’ouest parisien.

Le lendemain matin, mon chef d’établissement m’a donné ordre de le retirer immédiatement : « Le site du lycée reste un vecteur officiel de communication et il me semble impossible d’y afficher ce type de prise de position. »

Surprise et désarroi. Je ne mets pas une seconde en doute sa solidarité, ni sa détermination en tant que personne privée, mais en tant que proviseur, le message était clair : le message brandi universellement représentait un risque d’incidents.

En classe, des réactions hostiles et un malaise croissant

Les commentaires enthousiastes des médias sur l’émouvante et grandiose union nationale qui venait de se manifester spontanément ont laissé place quelques heures plus tard dans nos classes à des manifestations plus intempestives et plus agressives pendant la minute de silence célébrée avec une certaine appréhension par les enseignants du lycée.

Les paroles entendues ici et là ne laissaient pas de place à l’ambiguïté :

« Charlie Hebdo l’avait bien cherché. »

« On ne peut pas critiquer les homosexuels qu’on déteste parce que c’est illégal, mais eux ils pouvaient insulter l’Islam. »

Et même l’inévitable énième théorie du complot :

« C’est un coup de la police pour accuser encore les musulmans. »

Des discussions dans les classes ont approfondi le malaise. Pas vraiment une surprise, mis à part peut-être les jeunes profs fraîchement embarqué sur la galère Éducation nationale. Lors de l’affaire Merah, après l’assassinat d’enfants à Toulouse, nous avions déjà dû faire face à des réactions franchement hostiles du même style.

« On fait ça pour les Juifs. Quand des Arabes sont tués, on fait rien. »

Et ces conversations-là se multiplient.

Donner les outils critiques pour s’informer et comprendre le monde

Le plus terrifiant, c’est peut-être de constater que l’école a totalement failli à sa mission, et moi aussi par conséquent. Elle ne leur a pas permis de se sentir intégrés, ne leur a pas transmis ses valeurs, ne leur a pas donné les outils critiques pour s’informer ou comprendre le monde dans lequel ils vivent.

Ces jeunes-là ne demandent depuis des années qu’une chose, c’est qu’un adulte responsable répondent à leurs interrogations d’adolescents et accomplissent leur devoir d’adulte, pas uniquement à coups de programmes et de grand discours mais aussi avec un bon argumentaire que les gosses puissent comprendre, sinon certains d’entre eux grandiront pour devenir d’autres Merah et d’autres Kouachi et tous les autres continueront à se sentir frustrés et exclus.

Et la source de cette incompréhension grandissante c’est l’information, tout le monde le sait : la génération internet ne sait pas s’en servir ou tout au moins pas pour s’informer.

Tentez une conversation sur le 11 septembre, et recensez le nombre d’élèves quand ce ne sont pas les enseignants eux-mêmes qui sont persuadés que le World Trade Center a été détruit par la CIA-les Illuminati-le Mossad-et puis les Schtroumpfs aussi, tiens.

« – Où vous informez-vous ?

– Ce sont des copains qui m’indiquent des vidéos à regarder sur YouTube.

– Vous ne consultez jamais les autres médias, journaux, télé, radio ?

– Non, ils nous mentent. »

Tandis que les vidéos des complotistes…

Qu’est-ce que ça coûte d’essayer ?

Nos élèves n’attendent que ce dialogue, que ce recadrage comme tous les enfants ont besoin d’une parole d’adulte pour se structurer. J’ai essayé, ça marche. Je ne prétends qu’ils ont tout à coup été touchés par la grâce, mais au moins un peu par le doute et c’est quasiment pareil.

Conclusion : les enseignants doivent être mieux formés sur les médias et l’info. C’est urgent.

Mais l’école a peur, peur depuis des années, pas de vagues, pas de débats, pas de risque de traumatiser nos petits. Résultat : pas moyen de comprendre Charlie Hebdo et la liberté d’expression.

Alors on flingue. Alors on part en Syrie. Alors on va chercher un sens à la vie chez des prédicateurs délirants et les héros qui tuent des enfants et des dessinateurs.

On peut les garder là, si on leur parle. On peut sans doute éviter d’autres dérives, d’autres bains de sang. Franchement, qu’est-ce que ça coûte d’essayer ?


Source : le Plus, le 12 janvier 2015


Attentats : 200 incidents recensés dans les écoles

La rédaction numérique de RTL – 14/01/2015

200 incidents liés aux attentats de la semaine dernière se sont produits dans les établissements scolaires.

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Quelque 200 incidents en rapport avec les attentats de la semaine dernière se sont produits dans les établissements scolaires dont une quarantaine ont été signalés à la police et la justice, selon le ministère de l’Éducation.

Selon ce texte publié dans la nuit de mardi à mercredi, les rectorats ont informé le ministère des incidents liés à la minute de silence observée le 8 janvier, en mémoire des 12 morts de Charlie hebdo. « Les services académiques ont porté à notre connaissance une centaine d’incidents directement liés à cette minute de silence », assure le ministère.

Une centaine d’autres incidents signalés

« À la demande du ministère, les jours suivant les événements ont également fait l’objet d’une vigilance particulière et d’une demande de remontée d’informations qui complète ce soir ce panorama d’une centaine d’autres incidents signalés. »

Le ministère précise que les données sont déclaratives et ne concernent que des incidents qui ont pu être réglés par les enseignants des écoles, collèges et lycées dans le cadre scolaire. Elles ne « constituent donc pas un recensement exhaustif de l’ensemble des difficultés qu’ont pu rencontrer les équipes éducatives », relève-t-il.

Des inspecteurs pédagogiques pour accompagner

« Conformément aux instructions de fermeté données par la ministre, toutes les difficultés rencontrées ont été traitées localement, de manière proportionnée à la gravité des faits, par les équipes éducatives et pédagogiques, entre dialogue éducatif et sanctions disciplinaires, allant du rappel à l’ordre en présence de l’élève et de ses parents à la convocation de conseil de discipline », assure le communiqué, ajoutant qu’une quarantaine de situations ont été transmises aux services de police, de gendarmerie ou aux parquets.

« L’Éducation nationale ne laissera prospérer aucun comportement contraire aux valeurs de la République », martèle le ministère. « Pour accompagner les personnels dans la gestion de ces événements et ne laisser aucun enseignant démuni ou isolé », ajoute le texte, « la ministre a donné instructions aux recteurs de dépêcher, dès cette semaine, dans chaque établissement qui en exprime le besoin, des inspecteurs pédagogiques habilités à les assister dans leur mission ».


Source : RTL, le 14 janvier 2015

EDIT : un commentaire du blog

Bonjour,
Voici le texte que j’avais rédigé il y une quinzaine de jours et que je n’ai pas eu le temps d’envoyer. Je le poste aujourd’hui, puisque l’actualité s’y prête :

Il est important que vous ayez connaissance des éléments suivants : je suis enseignant dans un établissement favorisé du centre de Marseille. J’ai fait le choix de consacrer du temps à mes élèves pour évoquer les actes de terrorisme. Un élève m’a dit sans ambiguïté que les caricaturistes avaient mérité leur sort et que si des personnes insultaient à nouveau le prophète, il n’hésiterait pas à passer à l’acte et à les tuer. J’ai ensuite entendu un professeur d’histoire sur France Culture (jeudi 08/01) qui est intervenu après que l’on avait fait remarquer combien il était difficile d’en parler aux enfants. Il a expliqué que, pour sa part, il était parti « au combat » devant ses classes. Son interlocutrice lui a alors demandé, ce qu’il entendait par là, s’il ne savait pas quoi leur dire, s’il avait peur de ne pas trouver les mots pour en parler. Il a alors répondu qu’au contraire, il en avait parlé sans détour, dans la mesure où la majorité des élèves constituant ses classes lui avait tenu les propos auxquels j’ai dû faire face.

Ainsi, j’interviens aujourd’hui pour souligner que le problème est très sérieux et qu’il est urgent de trouver des solutions. J’insiste bien sur le fait que ces solutions ne doivent en aucun cas être en lien avec une quelconque forme de violence. En tant qu’enseignant, je refuse de stigmatiser et de tenir un discours moralisateur à un élève qui récite un pseudo-discours par mimétisme. Je signale simplement qu’il est temps de réformer une société qui refuse la paix (cette remarque vaut pour les terroristes autant que pour les bellicistes qui sèment le chaos au nom de prétendues valeurs démocratiques). Il est donc temps de revoir :

-La politique éducative qui prépare les élèves au monde de l’entreprise à un moment où l’emploi disparait dans des proportions exponentielles en raison de la robotisation et de l’informatisation. L’école devrait non plus raisonner en termes de compétences (pour que les élèves deviennent des « acteurs sociaux capable de réaliser des tâches complexes » au sein de l’entreprise), mais de connaissances et de développement artistique, de façon à préparer non plus l’insertion professionnelle, mais les périodes de chômage qui vont immanquablement se multiplier (je suis prêt à développer ces arguments dans un autre billet où je mettrai en avant une foultitude d’exemples montrant que le travail disparait).

-La politique économique qui favorise l’accumulation du capital avec l’aval des gouvernements du monde entier. Je rappelle volontiers le fait que ce ne sont ni les gens riches, ni les entreprises qui créent l’emploi : le capital exigeant une rentabilité toujours plus accrue, il impose une réduction des effectifs ainsi qu’une compression salariale qui favorise une croissance basée sur l’endettement.

-Le discours raciste institutionnel qui dure depuis trente ans. Il serait trop long d’énumérer tous les discours et remarques ayant fait la une de l’actualité, mais citons pêle-mêle les remarques racistes des ténors de l’UMP au cours du quinquennat de Sakozy, le discours raciste de Dakar, les tribunes aberrantes de Zemmour ainsi que l’hystérie anti-Rom au moment de la dernière présidentielle, avec pour point d’orgue la stigmatisation de cette population par Valls dès sa nomination au ministère de l’intérieur. Pour rappel, les Roms en France, ce sont 15 000 à 20 000 individus (ce qui représente tout au plus 208 individus par département en France métropolitaine !).

-La politique étrangère qui aboutit à des impasses et à un désastre en coût humain chaque fois que l’on prétend lutter contre le terrorisme ou agir au nom de la démocratie.
-La politique télévisuelle qui impose violence, vulgarité et sexe dès le plus jeune âge, sans parler des conséquences pour la santé, puisque les enfants qui regardent trop la télévision sont souvent obèses, développent de fortes angoisses et perdent toute appétence pour le travail et toute curiosité intellectuelle. Ces remarquent valent également pour les smartphones et les jeux vidéo qui inoculent une dose inouïe de violence aux enfants (et même aux adultes).

Il n’y aura de changement profond que si l’on prend tous ces point ensemble (je tiens à signaler que je n’ai nullement été exhaustif dans les points que je viens d’aborder), pour réformer en profondeur. L’attachement aux principes républicains (laïcité, liberté d’expression et de culte) devant permettre la réalisation de ces objectifs. C’est ainsi et pas autrement que l’on pourra lutter contre le discours de mon élève : en éduquant, en rejetant la politique économique qui produit de l’exclusion, en proposant autre chose que de la violence télévisuelle aux jeunes gens…
Je terminerai mon propos en expliquant comment j’ai fait face à mon élève. Je lui ai d’abord expliqué que chaque grand livre religieux contenait de la violence, et que nous étions libres de l’accepter ou de la refuser. A ce titre, je lui ai expliqué qu’aux USA, on justifie la peine de mort en faisant référence à la loi du talion, inscrite dans la Bible. Je lui ai expliqué que bien des personnes confession catholique refusaient d’accepter cette loi. Je lui ai dit qu’il en était de même pour les musulmans, ce qu’il a eu l’air de comprendre. J’espère que je ne serai pas condamné pour complicité d’apologie au terrorisme !

Je tiens également à remercier les nombreuses personnes qui agissent au nom de la modération sur ce blog et qui nous rappellent que la paix et le vivre-ensemble sont envisageables. Mais entendrons-nous un jour un discours de paix de la bouche d’un politicien? « I have a dream », mais la classe politique ne le partage pas !

Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs - et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. 

Commentaire recommandé

Chris // 29.01.2015 à 04h44

Il faut engager le “débat” mais au final les élèves doivent tous penser “Je suis Charlie”, quelle liberté d’expression !
Il faudrait que les jeunes viennent s’informer sur ce blog !

24 réactions et commentaires

  • vladimirK // 29.01.2015 à 03h33

    Pourquoi imposer le débat ? J’ai l’impression qu’on est forcé d’avoir une opinion sur cet événement.

    Pourquoi doit-on avoir absolument une opinion ?

    Dans le vol AF-447, 228 personnes sont mortes, toutes innocentes. Dois-je avoir absolument une opinion ?
    En 2011, un séisme a tué 20 000 personnes au Japon. Dois-je avoir une opinion ? appelez moi Itélé ou LCI pour que je dise ce que j’en pense. (finalement, Groland est très proche de la réalité)

    Je revendique le droit de ne pas avoir d’opinion. Après tout, qu’apporte ce débat, concrètement ?

    On tourne, retourne les arguments dans tous les sens, et au final chacun campe sur ses positions, et il en sort quoi ? Rien. C’est juste de la pollution intellectuelle visant à nous v€ndre de l’émotion.

    Donc ce genre de débat n’aurait dû être que minimal dans les écoles, car je doute que les élèves en aient sorti quoi que ce soit de concret.

    D’ailleurs, y-a-t-il eu ce genre de réflexion lorsqu’Anders Breivik a tué 77 personnes et blessé 151, la plupart étant des immigrés ? Juste une question, comme ça, au passage.

      +17

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  • Ataraxi // 29.01.2015 à 04h12

    Celui de Benjamin Sportouch est particulièrement gratiné, c’est amusant comme elle cite les enfants sans comprendre ce qu’ils disent.

      +2

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  • Ataraxi // 29.01.2015 à 04h26

    En résumé, c’est dur d’être éduqué par des cons.

      +19

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    • Le déserteur // 29.01.2015 à 08h09

      Angélisme, pensée unique : On se croirait à l’époque où les instits étaient obligés de mettre le portrait de Pétain dans leur classe ! Content d’avoir quitté le système…

        +12

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      • Rose du sud // 29.01.2015 à 10h07

        Et surtout pas de remous!
        Or justement l’éducation nationale et la Dass n’avaient JAMAIS remarqué les frère Kouaki, ils ne faisaient pas de remous!
        Les ébats, les débats, les débats partout!
        Ils ne servent à rien ni en politique ,ni à l’école car pour qu’il y ait une progression positive il faudrait qu’au final ceux qui ont les meilleurs arguments puissent ouvrir la conscience des autres.
        Cela n’arrive jamais car chacun reste sur sa position sans respecter l’autre.
        Moralité il faudrait davantage travailler sur l’ECOUTE.
        L’écoute est la faculté d’une personne a réaliser le désir de quelqu’un s’il est valable et que l’adulte l’aime .
        Dans écoute, il y a amour!
        Je n’ai pas eu l’impression en écoutant le discours de madame la ministre de notre belle éducation nationale qu’il y avait de l’Amour dans ses propos!

          +9

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  • Chris // 29.01.2015 à 04h44

    Il faut engager le “débat” mais au final les élèves doivent tous penser “Je suis Charlie”, quelle liberté d’expression !
    Il faudrait que les jeunes viennent s’informer sur ce blog !

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    • Old Ohm // 29.01.2015 à 06h18

      Hérétiiiiiiiique !!!

        +2

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    • pgjl // 29.01.2015 à 13h30

      Si ça peut vous rassurer, il y en a au moins un… Je ne sais pas ce que c’est jeune pour vous, mais 16 ans, ça vous va ?

        +9

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  • Chris // 29.01.2015 à 05h02

    Moi je suis français de souche, athée et pourtant je ne me sens pas du tout Charlie. Derrière ce mot d’ordre “je suis Charlie” se cache un rejet de l’autre. Si je ne suis pas Charlie, qui suis-je ? Un paria ? Un arabe ? Un Djihadiste ? Une personne à réeduquer ? Une personne qui ne pense pas correctement en tout cas !
    Ca sent l’idéologie du choc des civilisation chère au américains et à Sarkozy ! Soit vous êtes avec nous et vous défendez “nos valeuuuuurs !” (c’est quoi exactement nos valeurs que les autres non pas ?) soit vous êtes l’autre, qui pourra être selon l’envie du moment, un musulman, un terroriste pro-russe, ou un grec (si Tsipras se montre un peu trop revendicatif).

      +25

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  • odjo // 29.01.2015 à 05h17

    Pourtant des 1981 Cavanna disait que Charlie est mort parce qu’il n’est pas assez bon…. dans une emission tele…. parce qu’il n’est pas lut 30000 a l’epoque .
    Alors faudrait arreter de faire l’apologie de CH ca commence a nous gonfler serieusement . Dommage memes des enfants de 8 ans a Nice ou 16 ans a Nantes se retrouvent mele a la “justice ” pour paroles ou dessins recopies en changeant quelques details du C H et Coran par exemple par un CH et je crois l’editeur de CH derriere les balles qui traversent le CH ce qui aurait put plaire a Cavanna pour cette derision meme .

      +5

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  • Serge // 29.01.2015 à 05h27

    “Je me demande aussi passage si l’école est bien le lieu de ce genre de “débats” complexes, au risque de susciter exactement ce qui se passe – ”
    —————————————————————————————————————————
    C’est évident !

      +6

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  • DUGUESGLIN // 29.01.2015 à 06h27

    Plus on parle, pire c’est.
    Aucun attentat n’est anodin et on ne peut minimiser une tuerie.
    Mais monter en épingle cet attentat particulier, au milieu de bien d’autres attentats tout aussi dramatiques et marquants, n’est pas une bonne chose.
    Les victimes sont les victimes, les dessinateurs (personnes humaines) de Charlie sont des victimes, mais pas le journal Charlie qui est une entreprise. A contrario, Il n’y a pas besoin d’être Charlie, pour condamner des tueries.

    Le débat est: A-t-on le droit de tuer? Réponse NON.

    L’autre débat qui se cache hypocritement est d’un autre ordre: Peut-on se moquer de tout?
    Ces deux débats peuvent se recouper mais ne sont pas opposables.
    Etre ou ne pas être Charlie, est un faux débat, une supercherie, une manœuvre politicarde qui ne fait qu’aggraver les clivages.
    Ces débats en milieux scolaires sont inopportuns, car mal préparés, et confortent les opposés.
    Il faut impérativement dissocier les deux débats.
    La tuerie qui est un débat et la moquerie qui est un autre débat.

      +12

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    • Rose du sud // 29.01.2015 à 10h20

      On n’a pas le droit de tuer!
      Mais j’ai été élevée au Mont-Valérien où les Allemands tuaient nos meilleurs français les résistants, des terroristes!
      Puis j’ai appris les 2 bombardements de la ville du Havre par nos chers libérateurs qui avaient tué 2500 civils sans armes, en 2 jours et fait 80% des habitants de la ville sinistrés privés de tout certains n’avaient même pas une petite laine!
      A-t-on le droit de faire la guerre pour un oui, pour un non?
      Mais qui vend les armes pour s’enrichir?

      Et puis depuis j’ai aussi appris qu’il y a mille manières de tuer les gens……Voir ce qui s’est passé en Grèce, 2 suicides par jour! etc…..Il est vrai que le suicide serait subjectif disent les intellectuels!!!
      Conclusion quand apprendra-t-on aux gens à ne jamais répondre par la violence à la violence sauf??????
      Nous sommes donc encore une fois sur une mauvaise pente!
      Et mettre d’abord les enfants dans cette dérive c’est inhumain!

        +5

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  • pucciarelli // 29.01.2015 à 06h40

    Comment s’interroger sur ce que pensent les enfants et les ados sans s’interroger sur ce que pensent leurs parents? Il est impossible de circonscrire le problème au milieu scolaire, qui en la matière,reflète une idéologie enracinée et puissante véhiculée par un milieu social spécifique. L’école seule ne peut rien contre ces dérives que les pouvoirs publics connaissent officiellement depuis 2004 (rapport Obin). Les professeurs savent cela très bien. Ceux qui font mine de s’étonner sont étonnants. Que d’hypocrisie! L’Islam n’est pas qu’une religion: c’est une culture et une interprétation du monde, c’est un fait politique. Croire que l’apprentissage de l’histoire des religions servira à quelque chose en la matière est un acte de foi ou de déraison. L’école en tant que telle ne peut rien contre cette fracture culturelle. C’est dommage.

      +3

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  • DUGUESGLIN // 29.01.2015 à 07h19

    Voici une proposition de questions qui pourraient être posées.

    1) A-t-on le droit de tuer? (pour voler, pour se venger, par jalousie, parce que l’autre me dérange, parce que je veux être le chef etc..) Réponse: NON en aucun cas.

    2) Aide-t-on quelqu’un à progresser quand on se moque de lui?

    Se moquer de quelqu’un en lui faisant comprendre qu’il est con parce qu’il croit à des tas de conneries, ne l’aidera certainement pas à s’interroger sur ses croyances. Inévitablement, il ne retiendra que l’insulte et le mépris à son égard. Si de surcroît il le prend mal, parce que blessé, on lui balance la liberté d’expression, et à nouveau on le prend pour un pauvre con qui est intolérant et fasciste, pour mieux enfoncer le clou.. N’attendez pas avec cette approche que celui qui se sent méprisé soit votre ami. C’est évident. Essayez, vous verrez.
    C’est plutôt en s’informant auprès de l’interlocuteur de sa croyance et en sollicitant qu’il vous éclaire, qu’il sera amené lui-même à se questionner pour vous répondre. Et les questions amènent des réponses, mêmes si elles ne viennent que plus tard.
    Sans le respect de l’autre il n’y a pas de progrès.
    Conclusion: Rien ne peut justifier le meurtre qui ne tolère aucunes excuses. Et mépriser n’est pas source de progrès.
    Quand à la liberté d’expression elle doit être préservée et défendue parce qu’elle est indispensable au débat et par conséquent source de progrès, parce que c’est son but, il ne peut y avoir de tabous pour débattre valablement. Hors de ce but, le non-débat, le mépris et l’insulte, n’ont rien à voir avec la liberté d’expression, puisqu’ils ne participent pas au progrès.

      +5

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  • Patrick Luder // 29.01.2015 à 09h06

    Mes enfants 8 et 10 ans, n’ont pas échappés à la vague “je suis Charlie”, sujet largement traité à l’école avec un seul but réalisé : donner dans le sensationnel et l’émotionnel dans un climat de peur.
    Pour contrebalancer cette folie aveugle, mon fils lui a donné des articles sur les bombardements en Syrie et Irak par la coalition. La maîtresse lui à simplement répondu qu’elle n’avait pas le temps d’entrer dans les détails. Mieux vaudrait ne pas traiter ce genre de sujets, plutôt que de donner une vision unilatérale et largement incomplète.

      +13

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  • LIBRISTE // 29.01.2015 à 09h11

    “Il y a des écrans partout dans le lycée : à la bibliothèque, en salle des profs, dans le hall, avec le même message « Nous sommes Charlie ».

    Il s’agit de “big-brotherisation” charliste !
    On ne peu supposer que le débat dans les écoles n’a pas été influencé!

    Mon fils eut-été dans un tel lycée, j’aurais demandé une entrevue avec le directeur!
    Demander, voire exiger des mômes qu’ils se reconnaissent dans un mauvais canard qui n’est pas de leur culture! (J’ai un fils de 15 ans à qui il à fallu déjà expliquer ce qu’était charlie:
    –Charlie était un canard qui prétendait vouloir détruire les symboles, comme si une société ou un individu pouvait survivre sans l’usage de symboles! Mais qui prenait bien soins de ne pas s’attaquer à tous les symboles afin de pouvoir survivre, c’était donc un journal partial, vulgaire mais paradoxalement réalisé par des humanistes dont j’ai pleuré la mort! Lui ais-je dit. D’autre autour lui ont présenté les choses autrement. Il à fait la synthèse)
    Ils sont tous capable de faire une synthèse juste, dans la mesure ou on ne les pré conditionne pas.

    L’aboutissement à été de faire culpabiliser encore d’avantage les profs……….

      +5

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  • Paddy // 29.01.2015 à 10h53

    Il est quand même important d’expliquer que les obligations et les interdiction du Coran concernent les musulmans.
    Le Coran (plutôt la tradition) interdit de représenter le prophète ? Mais je ne suis pas musulman : ça ne s’applique pas à moi.
    Le B.A. BA à inculquer, ce serait peut-être ça.

    Et aussi ce principe civique et laïque : dans la Cité, c’est la Loi qui prime. Dans la République, il n’y a aucune “loi de Dieu” au dessus de la Loi tout court. Ça vaut pour Boutin aussi.

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  • bourdeaux // 29.01.2015 à 11h16

    La France se targue encore d’être le pays des lumières et de l’esprit critique mais elle est devenue celui de l’inconditionnalité. Quand un état commence à gouverner avec des slogans imbéciles, qu’il en fait un totem auquel nous ne pouvons que faire face ou tourner le dos, il ne peut plus avoir face à lui que des disciples ou des ennemis, mais aucun interlocuteur. Quand on vous somme de vous convertir à un slogan pour vous affranchir des pires accusations, on est plus proche de Pol pot que de Voltaire.

      +6

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  • PL // 29.01.2015 à 14h42

    Le proviseur, au fond de la classe, les titille : «Si les musulmans se mettaient à caricaturer le christianisme, comment ils le prendraient les chrétiens ?» Amar : «Impossible.» Le proviseur insiste : «Ils se marreraient ?» Amar : «Nous, on se marrerait pas.»

    On peut être proviseur et raconter de grosses betises…

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  • Christophe Vieren // 29.01.2015 à 15h28

    @OB qui s’interroge : “je me demande au passage si l’école est bien le lieu de ce genre de “débats” complexes”. Oui bien sûr que l’école est le lieu par excellence de ce genre de débats. Le problème c’est justement qu’hélas elle n’est que TROP RAREMENT le lieu de ce genre de débats.

    Ne serait-ce qu’en consultant les grandes lignes des programmes scolaires (ICI ou ICI) on peut s’apercevoir que l’Humain, le vivre ensemble (citoyenneté, philosophie, économie, sciences sociales, ….) est, en volume, réduit à la portion congrue. Un exemple ? L’apprentissage de l’anglais (ou espagnol ou allemand) est-il si utile au vivre ensemble ? Est-il si utile pour trouver un boulot pour 90% des gens ? Pus utile que le savoir vivre, la citoyenneté, la tolérance, . . .
    Permettez moi d’en douter lorsque déjà, l’on ne sait pas écrire et parler le français à bac+1, bac+2 (je sais de quoi je parle).

    Et si c’est pas à l’école que l’on apprend cela, c’est où désormais que les adultes – et les enfants – sont confrontés 3h30 par jours à la TV lobotomie, à offrir leur temps de cerveau disponible à Coca-Cola (P. Le lay Directeur de TF1) ?

    En tout cas, Olivier, si tu penses que l’école n’est pas le lieu de ces débats complexes, rassures toi, un débat par siècle (lorsqu’un journaliste est tué pour son expression) ne devrait pas être trop préjudiciable !

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  • YpLee // 29.01.2015 à 20h20

    Peut-être que mon commentaire sur un autre article était finalement mal placé, il convient beaucoup plus à celui-ci, ce n’est pas du spam désolé au modo, mais plutôt une erreur de rubrique.

    Donc ..

    Une synthèse en humour vraiment très bien réalisée, drôle mais respectueuse et qui résume parfaitement ma pensée.

    https://www.youtube.com/watch?v=O00qBGn-AuY

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  • Anne // 29.01.2015 à 21h16

    Merci YpLee,
    Vidéo à conseiller à tous, trés bien faite. Pas bête du tout et drôle en plus, pleine d’invention.
    Bravo

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  • master t // 29.01.2015 à 22h03

    PS: psychopathologie s’entend comme “maladie mentale” ou le sujet n’a pas conscience de la nature fondamentalement néfaste des faits qui lui sont reprochés.

    NB: wikipedia sur la “sophistique”:
    “Leurs détracteurs (dont le plus célèbre fut Platon) estiment que, n’ayant en vue que la persuasion d’un auditoire, que ce soit dans les assemblées politiques ou lors des procès en justice, les sophistes développent des raisonnements dont le but est uniquement l’efficacité persuasive, et non la vérité, et qui à ce titre contiennent souvent des vices logiques, bien qu’ils paraissent à première vue cohérents : des « sophismes ». Les sophistes ne s’embarrassaient pas de considérations quant à l’éthique, à la justice ou à la vérité.

    Cependant, depuis un siècle environ, on commence à voir en eux non plus des rhéteurs vaniteux ou des jongleurs d’idées sans principes, mais des penseurs sérieux, parfois tragiques militants d’un humanisme qu’on rapprocherait à bon droit de l’époque des Lumières, à moins qu’ils ne soient les précurseurs de notre « postmodernité” Le dernier paragraphe en dit long sur l’etat de transvaluation des valeurs (NIETSZCHE) de notre civilisation et me conforte dans mon diagnostic mentionné plus haut.

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