Source : Le Mouvement Réel, Romaric Godin, 07-04-2017

Lecture. Dans un ouvrage récent, Bruno Amable et Stefano Palombarini examinent avec précision les conditions de la désintégration de la vie politique française. Une grille de lecture pertinente qui met en lumière les limites d’une grande alliance « réformatrice » et « pro-européenne » au centre comme mode de résolution de cette crise.

Quel qu’en soit le résultat, l’épisode électoral français de 2017 apparaîtra inévitablement comme une césure majeure dans l’histoire politique du pays. L’effondrement inévitable des deux grands mouvements historiques de la Cinquième République, réduits aux derniers quartiers de leurs partisans, alors même que les institutions nées en 1958 sont bâties pour le bipartisme, est le symptôme d’une crise politique de grande ampleur. Une crise dont sortira un nouveau paysage politique, fondé sur de nouvelles césures.

La politique comme rapport de force sociologique

C’est cette crise, débutée dans les années 1980, qu’analysent avec précision et recul, deux économistes, Bruno Amable et Stefano Palombarini, dans un ouvrage récent, L’Illusion du Bloc Bourgeois[*]. Une lecture nécessaire pour comprendre les événements politiques qui se déroulent sous nos yeux. Les deux auteurs entendent la politique comme un ensemble de rapport de force sociologique. « Un pays, expliquent-ils, ne choisit pas son destin à l’issue d’une délibération collective et rationnelle, pas plus qu’il ne confie son avenir à des dirigeants éclairés qui décident pur lui ». Le voile est donc d’emblée déchiré sur la réalité du choix démocratique : ce choix est déterminé par la constitution de « bloc sociaux » qui sont capables de définir des intérêts communs et, ainsi, de s’allier, pour construire des majorités.

Le temps des deux « blocs »

Si le système bipartisan français a pu ainsi opposer dans les années 1970 – et en partie dans les années 1960 – un « bloc de gauche » à un « bloc de droite », c’est parce que chaque camp avait su trouver un compromis acceptable entre ces différentes composantes sociologiques. Les ouvriers communistes et les employés et fonctionnaires socialistes pouvaient accepter, même après la rupture de la brève « union de la gauche », une unité fondée sur des intérêts communs : celle d’une intervention accrue de l’Etat dans l’économie et d’une politique de redistribution généreuse. Ce compromis avait été construit par François Mitterrand lors du fameux congrès d’Epinay de 1971 où il parvient à réaliser une synthèse entre les principales composantes de la gauche non communistes. A ce moment, le PS – à la différence de la défunte SFIO – devenait un partenaire acceptable pour le PCF. Le « bloc de gauche » devenait sociologiquement fort et capable de l’emporter, ce qu’il fit dix ans plus tard.

En face, la droite pouvait – bon gré, mal gré – maintenir un « bloc social » autour de l’idée d’un Etat protecteur pour les entreprises, mais pas « captateur », refusant ainsi les nationalisations, ainsi que d’une politique de baisse d’impôts. Cette position permettait de rallier les cadres et professions intermédiaires, ainsi que les ruraux. Malgré les divisions UDF-RPR, ce « bloc » social restait cohérent. Globalement, ce système s’est progressivement mis en place après 1958 et s’est imposé pendant les années 1970. C’est lui qui agonise sous nos yeux.

La fin des deux « blocs »

Que s’est-il passé ? Pour les deux auteurs, ce bipolarisme a subi une pression interne qui l’a finalement fait éclater. Cette pression est elle-même le fruit de deux phénomènes externes : l’évolution du capitalisme vers une forme financiarisée et ultra-compétitive et la question européenne. Ces deux évolutions ont donné la main à une des composantes des deux blocs, les « modernistes », majoritairement à gauche, et les « néolibéraux » au sein du bloc de droite. Ces deux mouvements se sont imposés politiquement au sein de leurs blocs, donnant alors un poids démesuré dans la pratique politique aux classes moyennes et supérieures, les plus favorables à ces politiques. Ce phénomène a ainsi conduit à une contradiction majeure : pour se faire élire, les deux blocs continuaient à utiliser la synthèse sociologique des années 1970, mais, une fois élue, les « classes populaires » (définies par les auteurs comme ceux qui ont un lien de subordination dans le travail), qui, à droite comme à gauche, demandent la protection de l’Etat, étaient oubliées. Progressivement, ces classes ont donc abandonné leur « bloc » originel pour se réfugier dans l’abstention ou dans le vote Front National, lequel a profité du vide créé alors pour construire un discours hybride permettant d’attirer les déçus des deux blocs. Et, progressivement, une synthèse est devenue inévitable entre « modernistes » et « néolibéraux », ce que les auteurs appellent le « bloc bourgeois ».

Le choix du « modernisme »

Selon les deux auteurs, ce phénomène n’est cependant pas un phénomène subi ou « naturel ». Il est le fruit de choix conscients. A gauche, c’est le « tournant de la rigueur » de 1983 qui a décidé de la victoire des « Modernistes ». Lesquels ont, depuis, dominé le PS. Ce choix a été justifié par la « construction européenne » dans une forme de chantage : ou l’Europe et le néolibéralisme ou rien. C’est Jacques Delors qui, selon les auteurs, incarne le mieux ce choix qui, irrémédiablement, devait mener à un divorce entre le PS et les classes populaires, et donc à l’implosion du « bloc de gauche ». Les référendums européens de 1992 et surtout celui de 2005 ont été les deux moments fondateurs de cette rupture.

François Hollande et la mort du PS

Dès 2002, le bipartisme français montrait des signes d’essoufflement. Le « 21 avril » avait été la preuve que le PS ne pouvait plus réaliser l’union des classes populaires et des classes moyennes. François Hollande avait cependant pu en 2012 réussir une dernière fois la synthèse d’Epinay. En tenant un discours de refondation de l’Europe et de combat contre la finance, il était parvenu à rallier les classes populaires. Les deux auteurs expliquent cette persistance du bloc de gauche par la capacité du PS à se concentrer sur « des réformes néolibérales qui n’entamaient pas immédiatement le potentiel d’unification du bloc de gauche », comme par exemple celle des marchés financiers ou des marchés des biens. Mais une fois élu, François Hollande a atteint les limites de cette stratégie, il lui a fallu toucher au cœur du système, à la relation salariale avec les lois Macron et El-Khomri. Ceci a fait apparaître la contradiction du PS qui a perdu le soutien des classes populaires. Parallèlement, pour les classes sociales favorables aux réformes, le PS, enfermé dans sa contradiction, n’apparaît plus comme capable de « poursuivre les réformes nécessaires ». Sa pertinence a donc disparu et c’est ce qui explique le renoncement de François Hollande à briguer un nouveau mandat et l’incapacité de Benoît Hamon à convaincre.

La tentation du « bloc bourgeois »

Désormais, l’ambition « modernisatrice » ou « réformatrice » doit nécessairement assumer sa base sociologique. C’est ce qu’une partie du PS tente de faire depuis plusieurs années en revendiquant le « divorce » avec les classes populaires définies comme désormais « intellectuellement de droite » puisqu’elles rejettent la construction européenne. En réalité, cette identité est bien là aussi le fruit de ce choix de l’identification de la construction européenne avec le néolibéralisme. Alors que les classes populaires n’ont d’abord rejeté que ce dernier, et les orientations néolibérales de l’Europe, elles ont fini par accepter cette identification imposée par les « modernistes » et sont devenues eurosceptiques.

Ce divorce oblige désormais les « modernistes » à trouver des alliés ailleurs, principalement sur leur droite où une partie de la classe moyenne accepte les « réformes » et l’Europe telle qu’elle est. C’est celle alliance que les deux auteurs appellent le « bloc bourgeois ». Ce « bloc » est aujourd’hui clairement incarné par Emmanuel Macron qui a appelé à « dépasser le clivage droite-gauche » et qui tente la synthèse entre les « modernistes » des deux camps. Pour les auteurs, ce bloc bourgeois n’est cependant pas la solution, car sa base sociologique est assez faible, de l’ordre d’un quart de l’électorat. Elle doit donc s’élargir par des promesses envers des couches sociales qui vont se retrouver « victimes » de la politique menée. D’où de futures déceptions.

Le clivage gauche-droite persiste

Dans la logique du « bloc bourgeois », la vie politique se restructurerait autour de la seule question de la souveraineté, comprise comme la quintessence de tout le reste. On aurait donc des pro-européens favorables aux « réformes » s’opposant à des souverainistes favorables au maintien de l’Etat-providence. On voit, au reste, au sein des équipes d’Emmanuel Macron, comme au sein des milieux proches du FN, cette volonté de tout réduire à la souveraineté et d’organiser un face-à-face de ce type dès le premier tour. Mais, estiment les auteurs, la division droite-gauche est encore pertinente. Les souverainistes de droite ne rejettent en effet nullement les « réformes » libérales, ce qui leur aliènent leurs homologues de gauche. Même au sein du FN, la conversion à l’Etat-providence, qui nie l’essentiel de l’histoire du parti, semble surtout relever d’un « transformisme », nom italien de l’opportunisme politique pur. Même chose au sein du pôle pro-européen où une partie de la gauche n’a pas renoncé à changer ou refonder l’Europe. La primauté donnée à la question de la souveraineté ne règle pas le problème social.

Jeu complexe à quatre

L’offre politique française s’organise donc autour de quatre pôles a priori irréconciliables : le souverainisme de gauche ; le souverainisme de droite ; l’européisme de gauche et l’européisme de droite. Certes, l’offre politique peine encore à s’organiser autour de ces pôles au cours de cette élection présidentielle. Si le « bloc bourgeois » vise à fusionner le deux dernières composantes, la distance entre Benoît Hamon, François Fillon et Emmanuel Macron, tous trois, « pro-européens » prouve les limites de l’exercice. Pour autant, à droite comme à gauche, la question européenne empêche toute reformation des anciens « blocs ». L’avenir du pays dépendra de la capacité de ces quatre pôles à trouver une base sociale suffisante pour former une majorité stable dans le pays, autrement dit une majorité qui ne soit pas une majorité de circonstance, comme en 2002, ni une majorité éphémère comme en 2012. Tant qu’une telle base ne sera pas trouvée, la crise politique perdurera.

Les faiblesses du « bloc bourgeois »

Il n’est pas certain que le « bloc bourgeois » d’un Emmanuel Macron soit capable de relever seul un tel défi. Certes, la France a connu un tel bloc sous la quatrième république, lors, pour bloquer les voies du pouvoir aux Communistes comme aux Gaullistes, Socialistes, Radicaux et Chrétiens-démocrates pouvaient s’allier. Mais la base sociale de ce « bloc bourgeois » d’alors était bien plus large et elle se définissait dans une vision également plus large : celle de la « défense du monde libre » dans un contexte de guerre froide et de persistance à l’ouest de régimes autoritaires. La fonction sociale du « bloc bourgeois » du 21e siècle qu’examinent les auteurs est très différente et c’est ce qui explique qu’il pourrait bien n’être qu’illusion.

Une grille de lecture utile

Ce petit livre est en tout cas d’une densité qui invite à la réflexion sur la situation actuelle de la politique française. Il rend limpide quelques réalités de cette campagne comme l’échec du PS ou le caractère impossible de la reformation du « bloc de gauche » derrière une alliance entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Il est aussi un élément de réflexion nécessaire pour ce qui suivra cet épisode électoral et qui sera, sans aucun doute, un moment crucial de la crise politique française. La grille de lecture proposée ici pour la France mériterait, du reste, d’être élargie à d’autres pays européens où l’évolution du capitalisme moderne a provoqué des décompositions politiques avancées, toutes singulières, mais assez souvent marquées par la disparition de la social-démocratie et l’affaiblissement de la droite traditionnelle.

Romaric Godin

[*] B. Amable et S. Palombarini, L’Illusion du Bloc Bourgeois, Ed. Raisons d’Agir, 176 pages, 8 €.

Source : Le Mouvement Réel, Romaric Godin, 07-04-2017

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32 réponses à Comprendre la crise politique française, par Romaric Godin

Commentaires recommandés

atanguy Le 20 avril 2017 à 04h01
  1. atanguy Le 20 avril 2017 à 04h01
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    • Xfiles72 Le 20 avril 2017 à 10h11
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      Libération pour Mélenchon. J’ai comme un doute tout à coup…. Quoique ça me renforce dans ma conviction en fait !


      • Patrick-Louis Vincent Le 20 avril 2017 à 11h52
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        La dernière enquête Filtéris, donne FILLON à 22,28%, MELENCHON à 21,10%, MLP à 20,86% et MACRON à 19,84%

        Depuis une dizaine de jours, l’on assiste à baisse continuelle de MACRON et de MLP et à une montée de MELENCHON. FILLON lui est stable.


    • Fox 23 Le 20 avril 2017 à 12h28
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      Merci de le signaler, ce n’est pas un très bon signe !


      • jm Le 20 avril 2017 à 15h23
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        A moins que cela n’ait été signalé parce que c’est bon signe, au contraire…


  2. François Le 20 avril 2017 à 05h19
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    Analyse intéressante, mais qui à le défaut de justement rester dans le schéma obsolète droite/gauche qu’elle dénonce, même si elle essai de le revisiter avec le retour de la vielle notion de bourgeoisie.

    Si on ne vois plus la différence entre le PS et les républicains c’est justement par que l’enjeu principal à changé. Ce n’est plus de savoir comment on va diriger mais QUI va diriger (le “qui” déterminant la politique qui sera appliqué et celle-ci à seulement un rapport lointain avec les promesses électorales faite)

    Les axes politiques sont maintenant : les démocrates (le peuple choisit) et les oligarchiques (des gens “compétents” choisissent pour les autres), le second axe et celui de savoir si on tend vers la souveraineté nationale ou supra nationale (l’Europe).

    Cela est mis en forme sur la page suivante (c’est un essais qui ne prétend pas être scientifique mais ça donne une idée)
    https://pouvoiraupeuple.wordpress.com/2017/04/13/metapolitique-nouveaux-clivages-et-presidentielle-2017/


    • geedorah Le 20 avril 2017 à 14h55
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      le peuple n’a jamais choisi, l’élite choisie entre elle un lot de prétendants, et la populace fait le reste (autant dire rien…)
      les prétendants feront tout pour accéder au pouvoir et le conserver, et c’est pas le peuple le plus important pour ça…


  3. Alain Le 20 avril 2017 à 05h51
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    La crise politique française est bien plus profonde et ancienne. La France est quasi le seul pays démocratique a estimer que tout compromis entre partis est une trahison et à être incapable de mettre en place des coalitions autres que celles d’un parti dominant avec quelques partis satellites; le seul à croire à l’homme providentiel seul capable d’avoir les idées nécessaires pour une politique donnée (où voit-on des noms de politiciens devenir des noms de courants fillonistes, hollandais, …?).

    Et pourtant ne dit-on pas que du choc des idées jaillit la lumière ….


    • TC Le 20 avril 2017 à 07h06
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      C’est oublier un peu vite l’Histoire, que faites-vous du Cnr qui avait rassemblé au-dessus du clivage gauche-droite à l’issue de la 2ème guerre mondiale ?


      • gracques Le 20 avril 2017 à 07h17
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        Un instant de 1945 a 1947 à l’issu d’une crise mondiale (1929) qui voit triompher l’état interventionniste (même du côté droit) et l’occupation ou la droite et la bourgeoisie se sont de considérées par la collaboration.


      • Milsabor Le 20 avril 2017 à 07h30
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        La réponse est dans la question : c’est qu’il faut une guerre mondiale pour réaliser les conditions d’un tel rassemblement.


  4. Jérôme Le 20 avril 2017 à 07h13
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    Comme toujours, un article remarquable de Romaric Godin, à propos d’un livre semblant très intéressant.

    Je suis cependant en désaccord avec l’affirmation que la 5ème république aurait été fondée pour permettre le bipartisme. De Gaulle et Debré pensaient rassemblement. Il n’était pas du tout prévu que le mode de scrutin majoritaire à 2 tours pour les élections législatives aboutirait au bipartisme. Ce mode de scrutin avait été en vigueur pour la plupart des élections de la 3ème république sans produire un tel effet.

    Je pense que le critère gauche-droite reste tout à fait pertinent. Il n’est pas qu’économique mais aussi politico-culturel.

    Il y a néanmoins plusieurs lignes de fracture qui traversent gauche et droite de manière non univoque :
    – individualisme concurrentiel contre protection re distributive sur le plan économique,
    – internationalisme fédéraliste contre souverainisme,
    – multiculturalisme contre identitarisme,
    – progressisme sociétal contre conservatisme sociétal.

    Et cette liste n’est pas forcément exhaustive.


  5. gracques Le 20 avril 2017 à 07h14
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    François , il me semble que les clivages que les auteurs mettene en avant recoupent les vôtres et surtout définissent mieux votre clivage democrates/oligarques en y dissernant l’éternelle et toujours pertinente Lutte des classes.


    • François Le 20 avril 2017 à 08h40
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      Oui mais je pense qu’ils sont devenu secondaire et non pertinent dans le cadre juridique actuel car dans notre situation c’est que la politique voulu par l’Europe s’appliquera au pays quelque soit le président ceci tant qu’on sera dedans.

      être d’extrême gauche ou d’extrême droite tant qu’on reste dans l’Europe et/ou que l’on ne propose pas de façon non équivoque de donner au peuple le choix de rester ou non dans l’Europe, ne change au final que la couleur du costume du futur président et quelques lois décoratives qui ne remettrons jamais sérieusement en cause les orientations décidé à Bruxelles.


      • Jérôme Le 20 avril 2017 à 09h11
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        Le méta problème c’est qu’il ne suffit pas de dénoncer les problèmes pour savoir et même pouvoir les résoudre.

        Oui, la politique du tout concurrentiel, la guerre économique de tous contre tous imposée par l’UE, est inefficace et nuisible.

        Mais arrêter cette politique que ce soit en restant dans l’UE ou en en sortant ne changera pas la donne pour la bonne raison que cette politique ne fait qu’amplifier une évolution de “l’infrastructure”, pour parler marxien.

        La réalité incontournable c’est que les connaissances et compétences qui permettaient de produire les biens et services à forte valeur ajoutée génératrices de hauts niveau de vie et de forte redistribution se sont diffusées à des pays représentant deux tiers de la population mondiale.

        On peut échapper à l’UE, à ses directives, … EEC.

        On ne peut pas échapper à la réalité de la concurrence de l’Allemagne, des pays d’Europe de l’est, de la Chine, de la Corée du Sud, de l’Inde, du Brésil, des USA, du Japon, … etc.


        • Romuald Le 20 avril 2017 à 17h35
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          Si si, on peut. Cela s’appelle les droits de douane et les quotas d’importation. Relisez ou lisez Maurice Allais.


          • Jérôme Le 20 avril 2017 à 19h14
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            J’ai suffisamment lu Maurice Allais pour ne pas ignorer qu’il n’était pas partisan du protectionisme mais d’une concurrence entre pays de même profil.

            Et par ailleurs je maintiens en précisant sur quels secteurs on ne peut pas échapper à la concurrence : sur la plupart. Qu’on soit ou non dans l’UE, qu’on applique ou pas des droits de douane, notre secteur automobile subira quoi qu’il arrive la concurrence exacerbée des concurrents étrangers. Idem pour nos industries aéronautique, agro-alimentaire, ferroviaire, pharmaceutique, de l’énergie, des cosmétiques et du luxe.

            C’est inéluctable. Il y a une tendance au rattrappage par de plus en plus de pays. La France pèse un peu moins de 1% de la population mondiale alors que son PIB représente environ 3% du PIB mondial. C’est sympa mais comme les autres ne sont pas foncièrement moins intelligents et débrouillards que les français, eh bien ils sont de plus en plus nombreux à nous rattraper et à nous faire concurrence.

            On peut faire un protectionnisme intelligent, c’est-à-dire sélectif et modulable dans le temps, comme la Suisse. Mais pour cela il faut être fortement positionné haut de gamme. Et le prix relatif des produits ne doit pas devenir délirant, sauf à ambitionner une économie de pénurie avec un plein emploi de fictif façon anciens pays de l’est.


  6. Vjan Le 20 avril 2017 à 07h22
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    Si j’ai bien compris, le bipartisme droite gauche a explosé et les hommes politiques se répartissent desormais entre souverainistes et européistes. Mais n’est-ce pas un nouveau bipartisme ? Une simple recomposition du jeu politique qui peine à sortir du schéma d’opposition binaire ?


    • Milsabor Le 20 avril 2017 à 07h36
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      Le bipartisme souverainistes/européistes/ ne remplace pas le bipartisme droite/gauche, il en représente la condition préliminaire. L’union européenne n’est pas biparisane, elle est purement néolibérale et antidémocratique. Le souverainisme est la condition préliminaire au rétablissement des conditions de possibilité d’un choix démocratique, de la possibilité d’une alternative et d’une alternance gauche/droite, d’un conflit d’intérêt entre les classes.


    • François Le 20 avril 2017 à 08h30
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      Vjan, j’ai présenter 2 axes, il ne faut pas oublier l’axe démocratie/oligarchie

      L’Europe actuelle est oligarchique c’est un fait. Mais ça n’exclut pas que des hommes puissent sincèrement vouloir d’une Europe démocratique.
      En fait c’est même ce que vendent les pro-euro oligarque pendant les élections en faisant semblant de vouloir plus de démocratie dans l’Europe pour s’attirer des voix.
      Hélas pour avoir une Europe de type démocratique il faudrait commencer par la déconstruire ou la quitter car les bases même de l’EU actuelle sont incompatible avec l’exercice de la démocratie.


  7. âge du faire Le 20 avril 2017 à 08h23
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    Le simple citoyen ne pense plus du tout qu’il faut encore et toujours alterner la gauche puis la droite car on se rend compte que voter gauche ou extrême gauche des soi-disant intellectuels dont on ne comprend même plus le langage.
    Le simple citoyen devenu abstentionniste maintenant veut tout autre chose. point et surtout ne plus entendre parler de toutes ces magouilles financières, de pistons et d’illégalités..Nous verrons au soir du 23 avril si les simples citoyens sont plus nombreux que tous ces privilégiés qui n’ont jamais peur du chômage.
    Si c’est oui nous serons contents et si c’est non, nous attendrons que d’autres chômeurs gonflent nos rangs pour les prochaines élections. C’est la LOI de l’histoire.


  8. Alain C Le 20 avril 2017 à 09h43
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    Un autre point de vue intéressant, celui de Chantal Mouffe, inspiratrice de Podémos et des Insoumis : https://youtu.be/MI-oAGRwEos


  9. Gonzo Le 20 avril 2017 à 09h45
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    Honnêtement, le problème vient surtout de l’identification même de la société française vu par la politique et son pouvoir régalien. Posez leur quelques question de démographie trés simple:

    – en france combien en % y a t’il d’ouvrier (la classe laborieuse) ?
    – en france combien en % y a t’il d’actif productif ?
    – en france combien en % y a t’il de fonctionnaire, assimilé fonctionnaire, agent territorial etc?

    Si a 3% prés ils sont dedans, alors leur vision du pays n’est pas trop mal et une majorité ce dégagera, sinon il n’arrive pas à constituer de majorité puisque incapable de trouver leur base naturelle, ou de se rendre compte qu’il en sur estime une autre.

    il n’y a pas de crise politique, c’est celle DU politique, et ce n’est pas du tout pareil.


  10. Patrick-Louis Vincent Le 20 avril 2017 à 09h53
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    Le problème est que l’on peut être sociétalement à gauche (libertés individuelles), économiquement au centre (équilibre des budgets) et identitairement à droite (anti immigrationniste).

    C’est mon cas. Aussi je ne me retrouve nulle part.


    • Suzanne Le 20 avril 2017 à 10h14
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      Si j’étais dans votre cas (ce que je ne suis pas, j’ai choisi mon candidat) je ferais deux choses. D’abord je réfléchirais à classer les trois points dont vous parlez, quel est le plus important pour moi? Puis je regarderais chaque candidat à la lueur de deux questions : 1) répond-il à ce que je demande? 2) quelle confiance (fondée sur mon intuition, ses actions passées, des documents etc.) puis-je lui accorder pour faire ce qu’il a dit? A ces deux points on peut éventuellement ajouter le vote utile, si vous voulez 3) est-ce que ce candidat a une chance?
      Puis vous mélangez tout, vous re-réfléchissez, et vous prenez une décision.


      • Philippe Le 20 avril 2017 à 13h10
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        je ne suis d’accord qu’avec les deux premiers points.
        Le troisième n’a pas lieu d’être en démocratie. Tous les candidats ont une chance.
        Si vous faites intervenir la notion de chance, alors vous avez déjà abandonnée la démocratie.


        • Suzanne Le 20 avril 2017 à 16h11
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          Dans un premier tour normal, vous auriez raison, mais ce premier tour n’est pas un premier tour mais un deuxième tour, puisque tout est fait pour propulser un candidat face à Marine Le Pen qui est censée être battue par front républicain au second tour. Donc, tout candidat qui arriverait en face de Marine le Pen serait presque, selon les magouilleurs politiques, élu. Voilà la manoeuvre. Bon, là à mon avis, ils se trompent, ils prennent un risque plus grand que ce qu’ils ne pensent, parce que je ne pense pas qu’il y ait cette fois de “front républicain”. J’aimerais bien voir leur tête si M. Le Pen est élue.
          Et même leur projet de second tour face à Le Pen risque de capoter. Je dois dire qu’un second tour Fillon/ Mélenchon, ça serait sportif, j’adorerais ça 🙂
          Donc, malgré mon grand désir de voter Lasalle 🙂 eh ben non je ne voterai pas pour lui, parce que sinon, dans les conditions actuelles, ce serait à peu près aussi efficace que si je demandais poliment à mes pommiers de faire des poires.


    • Jérôme Le 20 avril 2017 à 10h52
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      Je ne suis pas sur qu’on puisse qualifier de gauche ou de droite telle position sur les libertés individuelles ou sur l’immigration ou sur l’économie. J’y vois au moins 2 raisons : d’une part les idées évoluent et d’autre part certaines idées tranchées sont partagées par des gens de droite comme par des gens de gauche.

      Historiquement, le libéralisme dans ses dimensions aussi bien philosophique qu’économique vient de gauche. Et il y a plusieurs anti-libéralismes qu’on dirait de gauche et de droite et qui ont peu à voir l’un avec l’autre.

      Sur le plan des moeurs, le socialisme et le communisme du 19ème siècle et de la 1ère moitié du 20ème siècle étaient tout sauf progressistes. Ils étaient certes en faveur de l’égalité hommes-femmes comme les chrétiens mais austères.

      Sur l’immigration, gauche et droite pensaient la même chose. Tous partisans de l’assimilation, du roman national et de nos ancêtres les gaulois. Et ce sont des gouvernements et partis de gauche qui mettaient en oeuvre ou prônaient dans les années 1930 des mesures contre les travailleurs étrangers.


  11. totor Le 20 avril 2017 à 10h11
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    Lumineux. Du grand Romaric Godin. Peut-être encore mieux que quand il était à la Tribune. Comme si le fait de changer de taf l’avait désinhibé.


  12. EIDER Le 20 avril 2017 à 12h04
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    Sur le clivage gauche/droite, ce site propose une autre classification. Ce n’est pas scientifique mais la démarche est intéressante : https://pouvoiraupeuple.wordpress.com/2017/04/13/metapolitique-nouveaux-clivages-et-presidentielle-2017/


  13. LBSSO Le 20 avril 2017 à 17h38
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    D’accord il existe une césure gauche/droite que certains veulent supplanter par un affrontement souverainiste/européiste.(cf E Macron= européistes de droite et de gauche= bloc “bourgeois”)
    D’accord également: si ce bloc gagne électoralement le clivage gauche droite subsistera.
    MAIS quelle gauche survivra ?
    Elle a historiquement critiqué le mode de consommation moderne et se veut progressiste. Or, elle se trouve en porte à faux avec la société : nous sommes devenus des hyper consommateurs (règne de l’instantanéité , de l’éphémère) qui cherchent ,par réaction, leurs repères dans le passé (tradition :cuisine,patrimoine,musée,histoire,…).
    Donc d’un côté le couple hyperconsommation/tradition au sein de la société française de l’autre une gauche habituellement anti productiviste /progressiste. Déphasage.
    Cette gauche-ci n’y résistera pas.
    Elle laisse sa place à une gauche antiproductiviste et traditionnelle cad tournée vers d’autres modes de production (énergie,local,…) et dont la valeur repère historique d’égalité redevient première.


  14. sassy2 Le 21 avril 2017 à 09h31
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    Merci du fond du coeur d’héberger les pensées de Monsieur Godin


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