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Coronavirus : 44 868 morts de la pandémie en Espagne

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Source : El País – 26/07/2020
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le journal El País s’est procuré le nombre de décès liés à la Covid ou à une suspicion de Covid à partir des registres des communautés autonomes recoupés par trois études d’organismes publics.

José Manuel Romero – Madrid – 26 jul 2020 – 14:03 CEST

La maladie connue comme Covid-19 et qui résulte du coronavirus SARS-CoV-2 détecté pour la première fois en novembre dernier à Wuhan en Chine a causé la mort d’au moins 44 868 personnes en Espagne depuis le 13 février dernier, date du premier décès déclaré en tant que tel. El País a additionné le nombre de personnes décédées « à cause de la Covid ou de suspicion de Covid », en se fiant aux registres des 17 communautés autonomes, pour arriver à ces 44 868 morts qui placent l’Espagne en deuxième position des pays européens comptant le plus de victimes, derrière le Royaume-Uni. Ainsi, ce sont 16 436 morts de plus que celles établies par le Ministère de la Santé dans ses statistiques officielles où n’apparaissent, pour le moment, que les personnes reconnues positives au test du coronavirus.

Le nouveau bilan des décès par Covid ou suspicion de Covid (44 868) établi par les 17 communautés autonomes est proche des études sur la surmortalité de l’Institut de Santé Carlos III (44 418), l’institut national de statistique espagnol (44 395) et l’Association espagnole de professionnels de services funéraires (43 985).

Un nombre incohérent de décès par Covid-19

L’Institut de Santé Carlos III (ISCIII), rattaché au Ministère espagnol des Sciences et de l’Innovation, a conçu un suivi journalier de la mortalité, s’appuyant sur des données de décès fournies par 3 800 registres civils. Il s’agit d’un système d’alerte valable toute l’année face à toute circonstance majeure de santé publique, comme une épidémie qui s’étend à tout le pays. L’ISCIII utilise comme référence de ses analyses la moyenne observée parmi les décès sur les 10 dernières années et compare ce nombre à la situation actuelle. Le résultat sur la période comprise entre le 14 mars, lorsque l’Espagne est entrée en phase d’alerte, et le 22 mai, lorsque les morts dans les hôpitaux ont commencé à baisser drastiquement, indique qu’il y a eu 44 118 décès de plus que la moyenne historique.

De son côté, l’Institut National de Statistique espagnol (INE), rattaché au Ministère de l’Économie, a lancé une étude à titre expérimental qui mesure une surmortalité de 44 395 personnes entre le premier janvier et le 24 mai de cette année par rapport à la même période il y a un an. L’influence de la Covid-19 dans cette augmentation extraordinaire du nombre de morts en Espagne se manifeste davantage encore si l’on observe que, selon les données de l’INE, il y avait près de 3 000 morts de moins en Espagne jusqu’au 14 mars par rapport à la même période il y a un an.

Tant les études de l’INE que celles de l’ISCIII reposent sur les informations remontées par la Direction générale des registres du Ministère de la Justice à travers l’application Inforeg, et celles-ci sont versées par 3 800 registres civils de toute l’Espagne qui touchent 93,4% de la population.

L’INE explique que son travail, contrairement à celui effectué par l’ISCIII, concerne toute la population : « Les décès enregistrés par l’application Inforeg se voient appliquer un coefficient d’expansion pour corriger le manque de données enregistrées à hauteur de 6,4%. Ce coefficient est calculé à partir d’un historique comparatif entre les données d’Inforeg et celles que l’INE comptabilise comme décès et qui tendent à être supérieures ».

Bien qu’aucun expert ne nie que la surmortalité mesurée par ces deux institutions est imputable à la Covid-19 en majorité, du côté de l’ISCIII, on assure qu’il ne sera pas possible de confirmer si la totalité des décès est due à la pandémie « tant que nous ne disposerons pas, entre autres, d’informations sur les causes de décès », qui apparaissent normalement sur les certificats médicaux pour chaque décès.

L’énorme différence entre les résultats affichés par les 17 communautés autonomes et les données du Ministère de la Santé réside dans les quatre provinces les plus touchées par la pandémie et qui concentrent 75% des décès à l’échelle nationale : Madrid, la Catalogne, Castille-la Manche et Castille-et-León. Des milliers de décès enregistrés sur ces territoires ont eu lieu dans des maisons de retraite, et dans une moindre mesure, à domicile. Les services de santé publique de ces régions estiment que la cause du décès a été la Covid pour la grande majorité des cas, même si le test n’a pas pu être effectué sur les personnes décédées.

La mortalité par Covid-19

Le premier mois de la pandémie, entre le 14 mars et le 14 avril, les services sanitaires ont été débordés par un nombre élevé de formes graves après contamination qui ont nécessité une hospitalisation, et en conséquence, il est arrivé fréquemment que les malades dans les maisons de retraite ne soient pas pris en charge. Cette donnée complique le calcul de la mortalité réelle due à la pandémie.

Le Ministère de la Santé a affirmé dès le début que le nouveau bilan de décès respectait les critères de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour y inclure uniquement les personnes testées positives. L’OMS a conseillé le 6 juin dernier de déclarer décédés de la Covid-19 tant les personnes positives à un test en laboratoire que les cas de décès suspect lié au virus.

Les statistiques en Europe

La France et le Royaume-Uni comptabilisent quant à elles les maisons de retraite. Fernando Simón, directeur du Centre de coordination des urgences sanitaires, a déclaré il y a plus d’un mois que le Ministère devrait revoir son nouveau bilan des décès selon les critères de l’OMS, sans préciser de date. Selon lui, « cela nous met dans une situation où tous les pays devront revoir les données des décès à un moment donné pour être capables de leur attribuer une date »[1].

La France a commencé à revoir son bilan officiel le 6 avril en y incluant les décès dans les Ehpad et centres d’accueil pour personnes dépendantes et les maisons de retraite, générant ainsi une augmentation de plus de 1 000 personnes décédées dans le bilan total en une seule journée. Le Royaume-Uni a pris une mesure semblable le 29 avril, en incluant pour la première fois dans son calcul des décès liés au coronavirus les victimes dans les maison de retraite ou à domicile, ce qui a porté à plus de 4 000 personnes le nombre total de personnes décédées ce jour-là.

Les jours avec zéro morts en Espagne dans le viseur

Le docteur Fernando Simón a souligné que les premier et 2 juin derniers, aucun décès n’avait été enregistré pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, selon les statistiques du Ministère de la Santé publiées en tant que « décès rapportés dans les sept derniers jours ». Le premier juin, sept communautés ont signalé 24 morts dans leurs hôpitaux, et le 2 juin, neuf communautés ont confirmé 34 décès supplémentaires dus à la pandémie. Le Ministère a rassemblé ces données bien plus tard dans son historique des décès.

Le Ministère de la Santé a informé que le 2 juin, Madrid n’avait fait remonter aucun décès en date des sept derniers jours. En réalité, Madrid avait déclaré 80 morts à cette période. La semaine dernière, le Ministère a fait état de deux décès en Catalogne tandis que le Département de Santé de la Generalitat en comptabilisait 32 dans les hôpitaux lors des sept derniers jours.

Une baisse des décès en mai

Le Ministère de la Santé a fait remonter le nombre de décès journaliers pour chaque province lors de la phase la plus sévère de la pandémie, et les résultats s’accordaient à ceux publiés par les communautés autonomes, sauf la Catalogne. Mais à partir de la troisième semaine de mai, la Catalogne a commencé à signaler des décès dont la date remontait aux sept derniers jours, et cela changeait tout. Le Ministère de la Santé prévenait alors qu’il était en train d’effectuer « une validation des cas de décès » qui permettrait de « corriger la série historique », que celle-ci « serait actualisée chaque semaine » et que « certaines oscillations journalières » pouvaient s’expliquer par « des processus de nettoyage de données et non à des variations réelles ayant eu lieu du jour au lendemain ».

Le 25 mai, à l’appui du nouveau système en place, le Ministère de la Santé a déclaré 28 752 décès en Espagne. Le lendemain, 1 918 personnes avaient disparu du bilan, qui ne s’élevait plus qu’à 26 834 morts.

Ce nombre est resté stable jusqu’au 19 juin, lorsque l’inverse de ce qui s’était passé en mai s’est produit : de 27 136 morts la veille on passait soudain à 28 315 avec les actualisations et corrections du Ministère. Encore aujourd’hui, les 28 432 décès répertoriés obtenus diffèrent du nombre annoncé par le Ministère le 24 de mai, qui est de 28 752.

Une coordination déficiente entre le Ministère de la Santé et les communautés autonomes

Juan Camacho, directeur général de santé publique de Castille-La Manche, affirme que le 12 mai est une date-clé pour expliquer le nouveau bilan contesté du Ministère de la Santé. En effet, c’est à cette date que les systèmes de collecte de données ont été changés depuis le Ministère pour introduire de nouvelles variables. « Il existe deux bases de données différentes tant au niveau du Ministère qu’à celui de la communauté. L’ancienne s’arrête au 11 mai et la nouvelle commence le 12 mai.

Jusqu’au 12 mai, nous prenions en compte tous les cas et les décès jour après jour dans le SIVIES (système pour la surveillance épidémiologique en Espagne). Fin mai et début juin, la majorité de décès correspondait à des personnes déclarées sur l’ancienne base de données, et qui, à cause de l’évolution de la maladie, décédaient bien souvent un mois après, voire plus. Que se passait-il ? Eh bien, on ne les comptabilisait pas exactement de la même façon.

Désormais, notre système de comptage est à jour, les personnes décédées correspondent à des patients qui ont souffert de cette pathologie après le 12 mai, et ces informations été synchronisées. Au départ, ce que nous avons fait après avoir vu que le Ministère avait quelques difficultés à tenir les comptes, c’était communiquer chaque jour, à travers nos notes de presse, le nombre de décès, afin de garder une trace pour chaque journée. Ainsi, les chiffres ont été régularisés, et maintenant, ils correspondent en grande partie. »

Castille-La Manche est l’une des communautés dont les maisons de retraite ont été les plus endeuillées lors de la phase critique de la pandémie. Celles-ci ne figurent pas dans les statistiques officielles du Ministère de la Santé, même si le Gouvernement autonome apporte bien des informations sur ces cas. « Nous communiquons de façon périodique sur les décès suspects liés au Covid-19 en maison de retraite pour lesquels, surtout au début de la pandémie, la confirmation par le test PCR n’a pu être établie. À ce stade, je crois qu’il y a eu entre 1 200 et 1 400 décès. »

La gestion des données en Catalogne controversée

Depuis le début de la pandémie, la Catalogne fournit des informations qui ne correspondent pas à celles du Ministère de la Santé. L’ explication des autorités locales à ce décalage est la suivante : « Le Ministère nous demande certaines données que le département [de Santé de la Generalitat] publie et interprète chaque jour, mais seule la Generalitat connait la réalité épidémiologique dans la région. »

Cette réalité épidémiologique s’est avérée incohérente certains jours. Ainsi, le 18 mai, le département de santé catalan comptait 6 614 morts dans les hôpitaux à cause de la Covid-19. Un jour après, il déclarait seulement 6 385 décès. Puis, le 23 mai, la Catalogne faisait état de 18 morts, là où le Ministère en recensait sept. Elle expliquait : « La Catalogne a déclaré plus de décès les jours passés en raison de la date des décès qui reste à attribuer. La série est en train d’être évaluée ». Et le 23 juillet dernier, la Catalogne indiquait dans ses statistiques du jour neuf morts. Cependant, dans son interprétation de ce chiffre sur le lieu de décès, la région signalait 13 autres personnes décédées dans les hôpitaux.

[1] Traduction adaptée de https://www.lavoixdelest.ca/actualites/covid-19/lespagne-genere-des-doutes-en-gelant-le-nombre-de-morts-du-coronavirus-b42197cbcdc93e59e8dcb1fb6729ca36

Source : El País – 26/07/2020
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