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Coronavirus : la pollution de l’air est un « facteur aggravant », alertent médecins et chercheurs

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Source : Le Monde, Stéphane Mandard, 30-03-2020

Les épandages agricoles ont été à l’origine de pics de pollution en Ile-de-France et dans le Grand-Est ce week-end. Un collectif appelle l’Etat à les « limiter drastiquement ».

Ce week-end, un premier épisode de pollution printanier a été constaté en plusieurs points du territoire, notamment en Ile-de-France et dans le Grand-Est, les deux régions les plus touchées par la propagation de l’épidémie de Covid-19. Car, si les mesures de confinement ont permis de réduire la pollution liée au trafic routier avec une chute spectaculaire des émissions d’oxydes d’azote, elles n’ont pas eu d’effet sur les niveaux de particules fines, les plus dangereuses pour la santé, car elles pénètrent profondément dans les voies respiratoires. Ces niveaux ont même augmenté au cours de la semaine à la faveur des conditions météorologiques (ensoleillement et absence de vent) pour dépasser, samedi 28 mars, les limites légales, dans l’agglomération parisienne, le Bas-Rhin ou le Haut-Rhin.

Outre le chauffage résidentiel au bois, cet épisode de pollution se caractérise par « une part importante de particules secondaires formées à partir d’ammoniac et d’oxydes d’azote, l’ammoniac étant issu majoritairement des épandages de fertilisants », rappelle Atmo Grand-Est, l’organisme chargé de la surveillance de la pollution de l’air dans la région. Le processus chimique est bien connu : lors des épandages agricoles, le gaz ammoniac (NH3), en passant dans l’atmosphère, réagit avec les oxydes d’azote (NOx) – issus du trafic routier ou de l’activité industrielle – pour former des particules de nitrate d’ammonium et de sulfate d’ammonium. Ces particules peuvent voyager sur plusieurs kilomètres, d’où les pics de pollution constatés dans des grandes agglomérations, comme Paris, Strasbourg ou Mulhouse.

Les zones touchées par ces pics sont aussi celles qui paient le plus lourd tribut au coronavirus. Dans une note diffusée vendredi 27 mars, Atmo France, qui regroupe l’ensemble des organismes de surveillance de la qualité de l’air, conclut qu’« une exposition chronique à la pollution de l’air est un facteur aggravant des impacts sanitaires lors de la contagion par le Covid-19 ».

Une semaine plus tôt, plusieurs médecins et chercheurs, tous spécialistes de la pollution de l’air, avaient donné l’alerte. Dans un courrier, adressé le 21 mars à l’ensemble des préfets, le collectif Air-Santé-Climat interpellait l’Etat sur « la nécessité de limiter drastiquement les épandages agricoles, afin de tout mettre en œuvre pour limiter la propagation du virus ».

Membre du collectif et directrice du département d’épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires de l’Inserm, Isabella Annesi-Maesano détaille le mécanisme : « La pollution abîme les muqueuses des voies respiratoires et du poumon, ce qui fait pénétrer plus facilement les virus et, par agrégation, les particules fines et ultrafines véhiculent les virus au fond des voies aériennes. » En 2003, une étude, publiée dans la revue scientifique de santé publique Environmental Health, a analysé le lien entre la pollution de l’air et les cas létaux de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS ; causé par le SARS-CoV) en Chine. Elle montrait que les patients contaminés vivant dans des régions modérément polluées avaient 84 % plus de risques de mourir que les patients de régions peu polluées. De même, les patients vivant dans des zones fortement polluées avaient deux fois plus de risques de mourir du SRAS que ceux des régions peu polluées.

L’hypothèse du transport du virus dans l’air via les particules

Une étude italienne, publiée le 17 mars, par la Société italienne de médecine environnementale, va plus loin. En se basant sur la corrélation entre les niveaux de pollution élevés, constatés en Lombardie, et le nombre important de victimes du coronavirus, elle suggère que les particules fines pourraient aussi contribuer à la propagation du Covid-19 en le transportant dans l’air. Les spécialistes italiens des aérosols ont pris leurs distances avec ces résultats, estimant que le lien de causalité restait à prouver « au moyen d’enquêtes approfondies ».

Une autre étude, publiée également le 17 mars, dans le New England Journal of Medicine, montre pour sa part que le coronavirus pourrait persister dans l’air pendant trois heures. Mais l’article ne mentionne pas le rôle des particules fines ni la charge virale, c’est-à-dire à partir de quelle dose le virus serait infectant via les aérosols. Dans un avis rendu le même jour, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) rappelle que « la présence d’un virus dans l’air ne signifie pas qu’il est infectieux ni qu’il y a une transmission respiratoire de type “air” ». Pour le HCSP, « il n’existe pas d’études prouvant une transmission interhumaine du virus par des aérosols sur de longues distances. Néanmoins, s’il existe, ce mode de transmission n’est pas le mode de transmission majoritaire ».

Même prudence à l’Organisation mondiale de santé (OMS). « Le fait que les particules fines puissent servir de vecteur à la propagation du coronavirus reste une hypothèse, commente Maria Neira, la directrice du département santé publique et environnement. Et il va falloir plusieurs mois pour la confirmer ou l’infirmer, car la propagation du virus dépend d’une multitude de paramètres comme les conditions météorologiques, la démographie ou les mesures de confinement prises par les pays. » Plusieurs équipes commencent à travailler sur le sujet, à l’OMS, au service européen de surveillance de l’atmosphère Copernicus ou encore parmi les épidémiologistes de la London School of Hygiene & Tropical Medicine. « Nous cherchons à étendre notre réseau de collaboration avec les équipes de recherche médicales qui souhaiteraient tester des hypothèses quant au transport et à la survie du virus dans l’air », indique le directeur de Copernicus, Vincent-Henri Peuch.

Principe de précaution

En attendant, le collectif Air-Santé-Climat en appelle « au principe de précaution », afin de limiter les émissions de particules fines liées aux épandages dont la saison débute. « Si on ne limite pas rapidement les épandages, cela risque d’annihiler l’effet des mesures de confinement qui ont permis de réduire la pollution liée au trafic routier », avertit Thomas Bourdrel, radiologue à Strasbourg à l’origine du collectif. Il rappelle que des solutions techniques d’enfouissement dans le sol permettent de réduire considérablement les émissions d’ammoniac dans l’air.

Parmi les rares préfets qui ont répondu au courrier des médecins, celui de Vendée a fait savoir que « l’alerte » avait été « signalée à la région et au niveau national », « une position nationale étant nécessaire sur un sujet aussi important ».

De son côté, le Syndicat des exploitants agricoles du Finistère juge, dans un communiqué, « difficilement acceptable, au vu du contexte particulier du Covid-19, que les agriculteurs plébiscités par l’ensemble de la population pour assurer leur approvisionnement alimentaire, soient ainsi montrés du doigt et empêchés de réaliser les travaux agricoles nécessaires à leur acte de production ».

Source : Le Monde, Stéphane Mandard, 30-03-2020

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Commentaire recommandé

O moulin // 04.04.2020 à 07h40

Enfin un article vraiment important dans Le Monde. La pollution non seulement probablement permet une meilleure contamination mais effectivement baisse le système immunitaire et engendre des complications face au Covid-19. Mais pas seulement : On estime a 9 millions de morts chaque année en raison des pollutions. Covid-19 est un petit joueur avec, pour l’instant, 50 000.

La pollution est peut-être LE problème number one. Pourquoi ce silence relatif ? Est-ce moins glorieux de mourir de pollution (ou de malnutrition, cancer,…) que de Covid-19 ? Ah oui, nous sommes en guerre, les morts du Covid-19 sont donc des héros les autres attendrons encore et encore.

Autre article remarquable : https://www.bfmtv.com/societe/confinement-les-signalements-de-violences-conjugales-en-forte-hausse-1884927.htm
Sauf que les enfants (que l’on oublie toujours) et non seulement les femmes seront les premières victimes du confinement.

13 réactions et commentaires

  • O moulin // 04.04.2020 à 07h40

    Enfin un article vraiment important dans Le Monde. La pollution non seulement probablement permet une meilleure contamination mais effectivement baisse le système immunitaire et engendre des complications face au Covid-19. Mais pas seulement : On estime a 9 millions de morts chaque année en raison des pollutions. Covid-19 est un petit joueur avec, pour l’instant, 50 000.

    La pollution est peut-être LE problème number one. Pourquoi ce silence relatif ? Est-ce moins glorieux de mourir de pollution (ou de malnutrition, cancer,…) que de Covid-19 ? Ah oui, nous sommes en guerre, les morts du Covid-19 sont donc des héros les autres attendrons encore et encore.

    Autre article remarquable : https://www.bfmtv.com/societe/confinement-les-signalements-de-violences-conjugales-en-forte-hausse-1884927.htm
    Sauf que les enfants (que l’on oublie toujours) et non seulement les femmes seront les premières victimes du confinement.

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    • LibEgaFra // 04.04.2020 à 11h11

      « La pollution est peut-être LE problème number one. Pourquoi ce silence relatif ? »

      Parce que les industries polluantes (automobiles, chimie, agriculture industrielles, etc.) accroissent fortement le PIB qui est LA valeur la plus importante pour les capitalistes, bien avant la santé.

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    • RC74 // 04.04.2020 à 11h26

      Merci pour cet article. Il constitue une exception à la myopie de la presse qui, actuellement encore plus que d’habitude, nous abreuve d’évènements bruts non triés et d’émotions, sans recul ni analyse. On se demande si le rôle de la presse est vraiment de nous informer, ou bien de tirer des larmes à la ménagère de moins de 50 ans.

      Nombre de décès par an en France causés par la pollution : 48.000 ; par le tabac : 73.000 ; par l’alcool : 41.000 (chiffres de 2015).
      Nombre de décès attribuables à la grippe hivernale en Italie sur les hivers 2013 à 2016 : 7.027, 20.259, 15.801 et 24.981.

      Je n’ai pas vu souvent ces chiffres repris dans des analyses de l’épidémie actuelle, pourtant ils devraient avoir leur place dans tout article de fond sérieux. Non pas pour inciter à la complaisance, mais pour mettre en perspective et nous permettre de mieux appréhender les évènements actuels, en les situant dans le temps et dans l’espace.

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      • Anouchka // 04.04.2020 à 12h21

        Oui. En même temps ne pas perdre de vue que si les mesures de confinement drastiques que nous connaissons n’avaient pas été appliquées, les chiffres de morts dus au coronavirus seraient certainement beaucoup plus importants. D’autres part certains morts (Ehpad, domicile) ne sont pas encore bien comptabilisés.

        Ceci étant la question revient: pourquoi une telle mobilisation cette fois-ci? Pourquoi l’OMS cette fois-ci a alerté et parlé de pandémie et pourquoi n’alerte-t-elle pas autant pour la pollution par exemple ? Pourquoi les gouvernements ont choisi cette fois d’écouter les recommandations de l’OMS qui par le passé restaient souvent lettre morte?

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        • Brossa Dante // 04.04.2020 à 13h23

           » seraient certainement beaucoup plus importants »

          Tres discutable évidement et n’est pas verifié dans les pays a faible mortalité ou asiatique.

          Quand aux Hepads : Ce sont devenu des mouroirs insalubres. La compatbilité pose question. Le manque de personnel chronique ajouté aux confinements ont justement pus causer des décès (stresse important chez les personne démentes, etc). En lombardie ont été noté des cas etrange sans symptomes du jour au lendemain. Idem en Allemagne. En suisse on s’inquiete du manque de personnel parfois étranger qui à fuit la crise… Question tres complexe surtout quand l’Autriche explique compter toute personne positive quelque soit la cause.

           » Pour le dire franchement, un homme de 90 ans qui meurt d’une fracture du col fémoral et est infecté par le covid-19 dans les heures précédant sa mort compte comme un mort corona. Pour ne donner qu’un exemple.  »
          https://www.heute.at/s/osterreich-bei-corona-todesstatistik-sehr-liberal-48665863
          https://www.sueddeutsche.de/politik/coronavirus-pflegekraefte-ausland-1.4866124

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        • Maxime // 04.04.2020 à 13h37

          Quand l’OMS a lancé les premiers avertissements les gouvernements n’ont pas du tout réagit. C’est quand les médias en ont parlé massivement qu’ils ont réagit.

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      • Brossa Dante // 04.04.2020 à 13h05

        48 000. hummm

        « si la France respectait les valeurs guides de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière de pollution atmosphérique, il n’y aurait alors que 17.712 morts prématurés » Car la valeur cible retenue 4,9µg/m3, est 5 fois plus faible que la norme européenne.

        L’analyse de la santé publique se cale sur un interval de confiance qui s’etale de 17 527 à 74 426. Une paille statistique et une incertertitude qui bascule dans le ridicule en affichant des unités. Ces 48 000 ont été repris par Macron pour les servir aux Gilet Jaunes. Suivez mon regard.
        https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/pollution-et-sante/air/documents/rapport-synthese/impacts-de-l-exposition-chronique-aux-particules-fines-sur-la-mortalite-en-france-continentale-et-analyse-des-gains-en-sante-de-plusieurs-scenarios

        Question pollution atmospherique, ce n’est pas l’idéal j’en convient, mais la qualité de l’air dans les villes se porte assez bien en réalité, alors que les alarmistes fabriquent de l’angoisse pour justifier des choix politique discutable. https://www.airparif.asso.fr/_pdf/publications/bilan-2017.pdf
        Tien, ca me rappel quelque chose…

        Ce qui me fait dire que vous avez entièrement raison sur la démarche : recontextualiser calmement. Nous sommes en train de verser dans un eco-hygiénsime plus autoritaire que sanitaire. «  saggitaire avant de s’en servir ».

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    • Brossa Dante // 04.04.2020 à 12h39

      Le probleme avec « on » c’est son indétermination (c’est qui est sa fonction) surtout quand il « estime ».

      L’OMS « estime », elle : a 4,2 millions par an pour la pollution de l’air extérieur. Et 3,8 pour la pollution de l’air intérieur (cuisine…).
      https://www.who.int/health-topics/air-pollution

      Quand à l’article sur les horreurs des violences conjugales, je serait également curieux de connaitre le taux d’infanticides dont on sait qu’ils sont commis a 70% par les femmes. On l’oubli toujours quand il s’agit de proteger les plus faibles.

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      • RC74 // 04.04.2020 à 15h16

        4,2 + 3,8 = 8, ce qui n’est pas loin des 9 millions annoncés.
        Comme vous le dites justement, ces chiffres sont des estimations, c’est donc leur ordre de grandeur qui est important.

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  • Brossa Dante // 04.04.2020 à 12h32

    ahahah

    La pollution entrainerait une augmentation des maladies pulmonaire ? Diantre ! la surprise.
    Il faudrait se réjouir de lire de l’eau tiède ou l’invention du fil a couper le beurre maintenant.
    Le lien entre virus et pollution est classique :

    2018
    https://www.theguardian.com/society/2018/dec/09/steep-rise-lung-related-illness-hospitals-nhs

    2003
    https://ehjournal.biomedcentral.com/articles/10.1186/1476-069X-2-15

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  • Changi // 04.04.2020 à 13h11
  • Anouchka // 04.04.2020 à 16h25

    Ce ne sont pas les médias qui ont décidé du confinement mais les gouvernements. Les médias sont aux ordres pas l’inverse.
    Si le gouvernement etait soumis aux ordres des “réseaux sociaux”, Les gilets jaunes par exemple en auraient su quelque chose.

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  • Jjcoldman // 04.04.2020 à 16h43

    Bon, comment essayer de faire exister la lutte contre le CO2 quand tout le monde a compris qu’une urgence à 2100, ben ce n’est pas vraiment une urgence quand on a le COVID-19 sous les yeux. La COP26 s’est dissoute, reste aux lobbies climatistes à sauver leur fonds de commerce en attendant des jours meilleurs.

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