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3.avril.20203.4.2020 // Les Crises

Covid-19 : le nombre de cas au rassemblement évangélique de Mulhouse largement sous-estimé

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Source : France culture, Laetitia Cherel, Abdelhak El Idrissi et Cellule investigation de Radio France, 28-03-2020

Enquête | Contrairement aux premières estimations, ce ne sont pas une centaine mais un millier au moins de fidèles qui ont été contaminés après le rassemblement évangélique de Mulhouse en février dernier. Un des principaux foyers du virus qui a contribué à le propager en France.

Comme chaque année depuis 25 ans, les fidèles se pressent au rassemblement évangélique à Mulhouse, dans le quartier de Bourtzwiller. Cette année, l’événement a lieu du lundi 17 au vendredi 21 février et réunit près de 2 500 fidèles venus de la région mais aussi de toute la France dont des départements d’outre-mer tels que la Guyane. Cinq jours de prière et de jeûne organisés par l’une des plus grandes associations évangéliques de France, La Porte Ouverte chrétienne. « Contrairement à ce que certains responsables politiques ont dit, nous n’avons pas ignoré les règles de sécurité de base, car à l’époque il n’y en avait pas encore, explique Nathalie Schnoebelen, la chargée de communication de la Porte Ouverte. Les gestes barrières n’étaient pas encore recommandés par les autorités sanitaires. Pendant ces cinq jours, les fidèles se sont donc salués, se sont fait la bise, et se sont tenus par la main parfois en priant pendant les célébrations », poursuit-elle. Les autorités sanitaires laissent penser que tout est sous contrôle. Le 21 février, une note de la Direction générale de la santé précise que « la zone à risque est la Chine et Singapour ». L’épidémie n’a pas encore ravagé le nord de l’Italie.

« Je lui ai serré la main et je suis tombée malade le lendemain »

C’est dans ce contexte que le 18 février, le président Macron vient passer plusieurs heures dans le quartier de Bourtzwiller, à quelques centaines de mètres du rassemblement de l’église de La Porte Ouverte. Les fidèles évangéliques sont en pleine célébration. Mais dehors il y a foule et le président prend son temps. « J’ai compté, il a mis une heure quarante pour faire cent mètres tellement il faisait de selfies et d’accolades », se souvient Patrick Genthon, le correspondant de Radio France à Mulhouse, présent sur les lieux.

Le problème, c’est qu’une femme du quartier (qui n’est pas une fidèle évangélique) se souvient avoir serré la main d’Emmanuel Macron la veille du jour où elle est tombée malade. Elle l’a expliqué par téléphone au docteur Patrick Vogt, médecin généraliste à Mulhouse, le 3 mars, alors qu’il était en renfort au SAMU : « Cette dame est présidente d’association à Mulhouse. Elle m’a dit qu’elle avait été dans le cortège avec Monsieur Macron. Elle m’a dit : « J’étais à proximité de Monsieur Macron, je lui ai serré la main, j’étais dans la salle de réunion« . Et elle a ajouté : « Je suis tombée malade le lendemain et mon fils aussi peu après« . Le médecin ajoute, consterné, « il y avait donc des gens dans l’entourage proche de Monsieur Macron qui étaient en période d’incubation et qui sont tombés malades le lendemain !« .

À partir du jeudi 20 février, deux jours après la visite présidentielle, des participants du rassemblement vont consulter le docteur Vogt. « J’ai demandé à l’un d’eux si beaucoup de gens toussaient au rassemblement, et il m’a répondu « oui, la plupart ». Patrick Vogt lui-même tombe malade quelques jours plus tard. Dès le 1er mars, l’église évangélique est alertée par une fidèle qui est testée positive ainsi que ses fils. Le Pasteur Peterschmitt qui a organisé le rassemblement compte 18 personnes testées positives au sein de sa famille. L’église alerte à son tour les autorités. S’en suit une enquête sanitaire difficile, car aucun registre n’a été tenu lors du rassemblement, c’est un événement gratuit et ouvert à tous. Il est donc très difficile d’avoir les coordonnées des participants et de savoir combien ont été contaminés.

« Ça part comme une traînée de poudre »

A la fin de l’événement de Mulhouse, de nombreux fidèles contaminés par le Covid-19 rentrent chez eux. Il se passe plusieurs jours avant l’apparition des premiers symptômes. Pendant cette période d’incubation, ces personnes vont, sans le savoir, transmettre le virus à leur entourage. “Des femmes de ménage, de personnel d’Ehpad, d’écoles, d’ouvriers de chez Peugeot”, se souvient le docteur Vogt.

C’est ainsi qu’une infirmière des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, présente au rassemblement, aurait été à l’origine de la contamination de 250 collègues soignants, selon le directeur général de l’Agence Régionale de Santé (ARS) Grand-Est.

Il y a aussi le cas de ces trois retraitées corses présentes au rassemblement qui ont introduit le virus dans la région d’Ajaccio. Elles sont de retour le 24 février, et ne vont être testées positives que le 5 mars. Trop tard. Le 7 mars, on compte 11 cas à Ajaccio, puis 12 nouveaux cas le lendemain, et 10 encore le jours suivant. Au dernier comptage, le 27 mars, l’ARS totalisait 263 personnes testées positives au Covid-19 et 21 décès en milieu hospitalier, dans un contexte où les tests ne sont plus effectués systématiquement. Selon un cadre de l’ARS

Grand Est, les retraités de retour de Mulhouse sont à l’origine de l’essentiel des contaminations relevées en Corse.

Une situation identique aurait pu avoir lieu en Guyane. Une délégation de cinq personnes emmenée par le pasteur évangélique Gilles Sax rentre de Mulhouse le 25 février. Dès son arrivée, il ne se sent pas bien. “Je tremblais comme une feuille” raconte-t-il aujourd’hui, guéri. Sur le moment, il ne fait pas le lien avec l’épidémie de Coronavirus. Après quelques jours, il se sent mieux et participe à une messe puis à un repas. Lorsqu’il est diagnostiqué, l’Agence Régionale de Santé de Guyane effectue des tests sur 80 personnes ayant été au contact à son contact ainsi qu’à celui de ses quatre compagnons de voyage. Tous les tests sont négatifs. Seul en enfant a été contaminé, sans gravité. “Ma plus grande joie c’est de ne pas avoir transmis cette maladie autour de moi, souffle le pasteur guyanais. On sait qu’il suffit d’une personne et ça part comme une traînée de poudre.”

D’autres cas en lien avec Mulhouse ont essaimé partout en France : Orléans, Besançon, Saint-Lô, Belfort, Dijon, Mâcon, Agen, Briançon, Paris, provoquant des confinements et fermeture d’écoles.

Aux alentours du 8 mars, lorsque les agences de santé communiquaient encore des détails sur les nouveaux cas de contaminations au Covid-19, on ne recensait pourtant qu’une centaine de cas liés au rassemblement de Mulhouse en dehors du Grand-Est.

« La majorité des personnes présentes sur le site étaient contaminées »

Plusieurs médecins estiment que ces chiffres sont en fait très loin de la réalité. Parmi eux, le pasteur Jonathan Peterschmitt, médecin généraliste à Mulhouse et pasteur de La Porte ouverte. Dès le dimanche 2 mars, une semaine après la fin du rassemblement, il remarque que l’église – d’habitude pleine à craquer – est à moitié vide. Il fait alors le lien avec le Covid-19 auquel plusieurs fidèles ont été dépistés positifs la veille. Lui-même sera également testé positif le lendemain. Il affirme aujourd’hui que ce ne sont pas une centaine de participants qui ont été contaminés en février mais la quasi-totalité des fidèles présents, soit environ 2 000 sur 2 500 personnes : « Je dirais qu’on peut parler largement de la majorité des personnes présentes sur le site qui étaient contaminées. Pourquoi ? A cause du nombre de personnes, qui après coup, se sont révélées malades ou positives dans la foulée. »

Des centaines de cas avérés non testés

Un avis partagé par le docteur Patrick Vogt, le médecin généraliste de Mulhouse. IL est de garde au SAMU, le 3 mars au soir. Dans la journée, la Préfecture et l’ARS Grand-Est ont publié un communiqué évoquant « plusieurs cas » contaminés lors du rassemblement et appelant les participants à se manifester auprès des autorités sanitaires. « On est passés de 500 appels habituellement à 1 000 appels, c’était du jamais vu. Les gens disaient tous la même chose : on est évangéliques, on était à la cérémonie, on est tombés malades, on espère qu’on n’a pas attrapé le Corona ! ». A minuit, il dit à la directrice de l’hôpital : « c’est incroyable, l’épidémie se déroule sous nos yeux », en lui montrant l’écran rouge d’appels. Les jours suivant, le SAMU de Mulhouse reçoit « 1 500 appels par jour, trois fois plus qu’en temps normal ». Le médecin explique que les autorités ne prennent pas alors la mesure de la gravité de la situation : « La communication n’a pas bougé le lendemain. Le préfet, droit dans ses bottes, déclarait qu’on était en phase 2, que la situation était maîtrisée, et qu’on avait 18 cas ». Le docteur lance alors l’alerte dans une interview au quotidien l’Alsace où il déclare que Mulhouse est le plus grand foyer de Coronavirus de France : « On est passé en phase 3. Ce ne sont pas une vingtaine de cas avérés mais sans doute des centaines qui ne sont pas testés ». Le jour-même, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon reconnaît que le virus circule activement dans plusieurs territoires, dont le Haut-Rhin et le Bas-Rhin.

Aujourd’hui, le docteur Vogt n’a pas de mots assez forts pour qualifier la gestion de la crise après ce rassemblement évangéliste : « Ils n’ont mis aucun système de veille, d’anticipation. Le système de détection n’a pas fonctionné. C’est de l’insouciance, de l’incompétence ». Contactée la préfecture n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

“Une bombe atomique nous tombe dessus”

Le directeur général de l’ARS Grand-Est, Christophe Lannelongue, a accepté de son côté de revenir sur l’origine de l’épidémie en à Mulhouse pour la cellule investigation de Radio France. C’est “une espèce de bombe atomique qui nous est tombée dessus fin février et qu’on n’a pas vue, dit-il. Après le 21 février (fin du rassemblement de Mulhouse, ndlr) des centaines de malades s’ignorent car ils sont très peu symptomatiques”.

“On loupe un point majeur le 29 février” reconnaît Christophe Lannelongue. Il évoque le cas d’une femme testée positive avec ses deux enfants à Strasbourg. Elle ne revient pas d’une zone à risque telle que la Chine ou l’Italie du nord. Déjà malade, la patiente alsacienne ne s’est pas rendue au rassemblement de Mulhouse. Mais ses deux enfants y ont participé avec leurs grands-parents. Cette information ne fait pas l’objet d’un approfondissement lors de l’enquête, qui reste centrée sur la mère et l’origine de sa contamination. Les enfants ont pu introduire le Covid-19 au sein du rassemblement évangélique. Mais il est impossible d’être catégorique.

« Eurêka »

Les autorités du Grand-Est comprennent ce qui se passe deux jours plus tard, le 2 mars, quand elles sont alertées par leurs collègues d’Occitanie. Un habitant de Nîmes, testé positif au Covid-19, explique qu’il revenait en voiture de la semaine de prière de Mulhouse. Depuis le rassemblement, il n’a fréquenté quasiment personne. “Il ne s’est arrêté qu’une seule fois sur l’autoroute pour acheter un sandwich, détaille le directeur de l’ARS Grand-Est. Il vit par ailleurs seul”.

C’est à ce moment-là que le lien se fait et que les enquêteurs du Grand-Est comprennent. “Eurêka, c’est le rassemblement de la Porte Ouverte chrétienne de Mulhouse, s’exclame Christophe Lannelongue. Dans la journée, on prend contact avec la Porte Ouverte qui a organisé la semaine de prière, poursuit-il. Ils nous disent qu’ils ne tiennent pas de listings. Donc on décide de communiquer largement auprès des personnes qui ont fréquenté l’église.”

Mais c’est déjà trop tard. “Des malades commencent à arriver dans un état grave, se souvient le cadre. Dans un monde idéal, il aurait fallu aller vers un confinement de masse dès la

réception de l’alerte d’Occitanie”. A ce moment-là, le coronavirus est un problème “asiatique”, l’Italie “n’est pas encore devenue un foyer de la maladie”.

Des cas dès janvier ?

Quant à savoir qui le premier a infecté les autres, comme en Lombardie, le directeur de l’ARS Grand-Est estime plausible qu’à Mulhouse, avant même l’événement évangélique, des personnes contaminées aient pu diffuser le coronavirus, et que le rassemblement ait ensuite amplifié sa propagation. Le docteur Jonathan Peterschmitt se souvient effectivement avoir reçu dès janvier un patient qui avait le symptôme-type du Coronavirus: “il avait perdu l’odorat et le goût”. Trois autres patients avaient une très grosse grippe. Le 31 janvier, j’ai fait hospitaliser une jeune femme qui avait les symptômes d’une pneumopathie. Elle n’était pas affiliée à l’église évangélique.”

C’est tout à fait possible, confirme le docteur Vogt, car on est nombreux à avoir reçu des patients qui avaient des syndromes grippaux qui pouvaient être des cas de Covid-19. Mais ils ont dû passer au travers des mailles du filet car on ne faisait pas de tests à l’époque”.

Source : France culture, Laetitia Cherel, Abdelhak El Idrissi et Cellule investigation de Radio France, 28-03-2020

 


 

Deux mille pèlerins, cinq jours de prière et un virus : à Mulhouse, le scénario d’une contagion

Source : Le Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, 27-03-2020

ENQUÊTE – Les fidèles de l’église évangélique de la Porte ouverte chrétienne ont diffusé, malgré eux, le coronavirus à travers le pays, et jusqu’en Guyane.

Mulhouse (Haut-Rhin), lundi 17 février, 9 h 30. Les voitures se garent une à une sur le vaste parking de 450 places. Des grappes d’adultes et d’enfants en sortent : c’est une semaine de vacances scolaires pour les familles. D’autres fidèles déboulent à pied, seuls ou en couple. Le ciel est pluvieux mais, dehors, la journée commence par des embrassades. On se tombe dans les bras avant de s’engouffrer dans l’église, un ancien supermarché surmonté d’une haute croix hissée sur un triptyque en Inox, le symbole de la Trinité.

Plus de deux mille personnes, dont 295 enfants, se sont donné rendez-vous pour la « semaine de jeûne et de prière » organisée depuis vingt-cinq ans, en période de carême, par l’église La Porte ouverte chrétienne.

La foule débarque de Mulhouse et des alentours, mais aussi du reste du pays, de l’Allemagne voisine, voire de Belgique ou de Suisse. La Porte ouverte mérite bien son nom : le jeûne n’y est pas strict – il est même déconseillé aux personnes âgées ou malades – et le rassemblement, évidemment gratuit, n’exige aucune inscription préalable, comme pour préserver cet élan spontané de foi et d’entraide.

2 200 fidèles dans la grande salle

Sept fidèles sont venus de Vesoul, en Haute-Saône, trois autres de Cornimont, dans les Vosges. Six Ajacciennes ont également fait le voyage, ainsi qu’une quinzaine de Guyanais, accompagnés de leur pasteur. Ceux-là appartiennent à l’une des dix-huit églises évangéliques de Saint-Laurent-du-Maroni.

La Corse, la Guyane… Les amitiés nouées les années précédentes s’entretiennent chaque semaine sur Facebook, mais certains ne se sont pas vus depuis un an. Cela mérite bien quatre bises, au moins, avant de trouver une place assise dans le bâtiment en béton.

La Porte ouverte chrétienne a investi en 1989 ce hangar commercial, 7 000 mètres carrés rue de Kingersheim, dans le quartier défavorisé de Bourtzwiller, et l’a agrandi en 2015, notamment pour accueillir une école primaire hors contrat. A elle seule, la grande salle de l’église peut accueillir 2 200 fidèles, sans compter les deux chapelles et des salles où les enfants reçoivent un enseignement religieux, « l’école du dimanche », tandis que leurs parents suivent l’enseignement de l’un des huit pasteurs. Le mardi soir, lors du second culte hebdomadaire, les nouveaux fidèles sont accueillis. Ils sont toujours nombreux.

L’architecture imposante du lieu raconte l’essor des églises évangéliques depuis le début des années 1980 : plus de 600 000 fidèles en France métropolitaine, 150 000 outre-mer, soit plus d’un tiers du protestantisme français en général, et surtout trois quarts de ses pratiquants réguliers. L’église de La Porte ouverte chrétienne est l’une de la petite dizaine de mega-churches (« méga-églises », plus de mille fidèles au culte) recensées en France. Une expression empruntée aux Etats-Unis, où les évangéliques, très influents, ont en partie contribué à l’élection de Donald Trump en 2016. Où ne progressent-ils pas, d’ailleurs, ces chrétiens d’un genre particulier que l’on croise jusqu’au Brésil et en Asie ?

En Corée du Sud, justement, la « patiente 31 », comme elle est désormais désignée, était membre de l’église évangélique Shincheonji de Jésus, à Taegu, dans le sud du pays. C’est là, les 7 et 8 février, lors de deux services ayant rassemblé chacun plus de mille personnes, que cette femme de 61 ans a contaminé quelque 830 adeptes, faisant de Taegu un énorme foyer d’infection. En France, c’est le rassemblement de Mulhouse, du 17 au 24 février, qui a été l’une des voies d’entrée du coronavirus.

A cette date, le Covid-19 est déjà présent, ailleurs, dans l’Hexagone, mais de manière limitée. Trois premiers cas ont été recensés le 24 janvier : des Chinois ayant séjourné à Wuhan, l’épicentre de l’épidémie.

Le 9 février, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a aussi annoncé que plusieurs Britanniques ayant séjourné quelques jours plus tôt dans la station de ski savoyarde des Contamines-Montjoie avaient été testés positifs. L’un d’entre eux avait assisté, les 20 et 21 janvier, à un séminaire d’entreprise à Singapour auquel participaient des Chinois de Wuhan…

Bain de foule d’Emmanuel Macron

L’épidémie paraît cependant contenue. Le seul malade décédé, le 14 février, est l’un des trois Chinois dépistés en France, un homme de 80 ans. L’épidémie est au stade 1, et beaucoup croient qu’on en restera là. Aucun rassemblement n’est interdit, le Salon de l’agriculture, à Paris, n’est nullement menacé, pas plus que les matchs de football. Ce 17 février, alors que s’ouvre la rencontre de Mulhouse, les médias en sont d’ailleurs encore à interroger les Français rapatriés de Chine.

Ironie du sort, le 18 février, « jour 2 » de la semaine de prière, le président de la République, Emmanuel Macron, se trouve lui aussi à Mulhouse. Dans le quartier de Bourtzwiller, justement. L’Elysée a choisi cette « zone de sécurité prioritaire », en proie à des émeutes régulières, un quartier pauvre où a été édifiée la plus importante mosquée d’Alsace, pour affirmer sa volonté de combattre « le communautarisme, le séparatisme islamiste et le radicalisme ». Un tournant dans sa politique, jusque-là hésitante, à l’égard de l’extrémisme religieux. Après son discours dans un gymnase, le président, son ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, les secrétaires d’Etat Laurent Nunez et Gabriel Attal, et la ministre des sports, Roxana Maracineanu, improvisent un bain de foule.

De ce moment, on ne retient alors qu’une photo montrant le chef de l’Etat saluant une jeune fille en hidjab. Pourquoi, à l’époque, se préoccuper de l’église évangélique voisine ? « Il était à 300 mètres, à faire des selfies, serrer les mains des gens », rappelle le pasteur Samuel Peterschmitt, 55 ans, le principal prédicateur de La Porte ouverte, et dont le père a fondé la communauté en 1966. C’est un homme extraverti et exubérant, qui aime bondir sur l’estrade, micro-casque à l’oreille. Un vrai show. Rien à voir avec le style austère des protestants « réformés ».

Cinq jours durant, les « frères et sœurs en Christ » communient, mains levées, dansent et tapent des mains avec l’orchestre, écoutent la prédication sur l’écran géant ou « chantent en langues »c’est-à-dire mêlent leur voix à une suite de sons inintelligibles qui enfle – inspirés selon eux par l’Esprit saint.

La Porte ouverte chrétienne n’est pas rattachée à la Fédération protestante de France mais au Conseil national des évangéliques de France, créé il y a dix ans pour organiser la foisonnante mouvance évangélique-pentecôtiste du pays. « La méga-église fondée par les pasteurs Peterschmitt père et fils relève du courant charismatique, qui insiste sur les dons (prophétie, guérison), résume le sociologue des religions Jean-Paul Willaime. Leur théologie simple et concrète parle d’un Dieu efficace qui peut changer les vies, sauver et guérir. »

Vendredi 21 février, après cinq jours de communion bruyante et joyeuse, la rencontre prend fin. Certaines familles de la paroisse accueillent ceux qui viennent de loin pour un repas de rupture de jeûne, avant leur départ en voiture, en train, en avion. Le docteur Jonathan Peterschmitt, petit-fils du fondateur et fils du pasteur Samuel, s’en souvient : ce vendredi, à 17 heures, avant de passer à table, ce généraliste de 34 ans reçoit dans sa boîte mail professionnelle le bulletin de la direction générale de la santé faisant le point sur le Covid-19. Il débute ainsi : « Il n’y a pas de chaîne de transmission active en France. »

De nombreux « grippés »

Comme le dit ce médecin, « l’ambiance n’est alors pas du tout à la contagion ». Seuls douze cas ont été dépistés sur le territoire national. En Italie, la situation est différente, on commence à s’inquiéter après la détection, à Codogno, le 20 février, d’un Italien qui n’a jamais séjourné en Chine, sans se douter que l’identification de ce cas acte le départ de l’épidémie en Lombardie, puis ailleurs. Alors que la rencontre annuelle s’achève, La Porte ouverte poste sur son compte Instagram ce message de satisfaction : « La semaine de jeûne et de prière 2020 est terminée : que de moments privilégiés passés dans Sa présence. »

Mais voilà que, le 24 février, le pasteur Peterschmitt se sent fiévreux. Il s’alite deux jours plus tard, K.-O. « Cette semaine-là, nous sommes nombreux à être grippés », raconte son fils médecin, Jonathan. La première alerte au Covid-19 intervient le 29 février. Une jeune fidèle prévient qu’elle est hospitalisée à Strasbourg après avoir été testée positive. Elle-même n’était pas au rassemblement mais ses enfants y ont suivi les ateliers de jeux. « Le lendemain, 1er mars, l’agence régionale de santé (ARS) prévient l’église que deux enfants qui assistaient à la semaine de jeûne ont été dépistés positifs, poursuit Jonathan Peterschmitt. Ils nous demandent la liste des autres gamins. »

Comme son père, le docteur est lui-même salement malade, fièvre et toux. Il en avertit l’ARS, laquelle le rappelle le lundi matin 2 mars, avant l’heure d’ouverture de son cabinet : « Gardez tout fermé. » Le médecin file au CHU de Strasbourg pour un test. Le soir même, le verdict tombe : Covid-19.

En bon médecin, il fait aussitôt défiler les événements écoulés, dont le fameux rassemblement. « Pour les réunions les plus suivies, nous étions jusqu’à 2 500 personnes, quatre cultes ou rencontres par jour, se souvient-il aujourd’hui, avec au milieu, des pauses thé. Nous avons baigné dans le même bouillon de culture pendant une semaine : mêmes chaises, mêmes toilettes… » Chez les charismatiques, on prie souvent la main dans la main du voisin. Et combien de « gouttelettes » échangées lors des chants et des « temps de louange » ?

Le pasteur dans un état grave

Le culte du mardi soir 3 mars est suspendu. Malheureusement, l’église ne possède pas toutes les adresses mail des participants : « C’est comme pour une messe à Notre-Dame, comment voudriez-vous retrouver tous les participants ? », demande le pasteur.

Le lendemain, il publie sur le site Internet de l’église le communiqué suivant : « En accord avec l’ARS, nous demandons aux personnes (…) qui présentent les symptômes du coronavirus – de la fièvre, des difficultés respiratoires, des maux de tête, des courbatures, un état grippal ou encore la toux – de bien vouloir se manifester en téléphonant au 15, et en précisant avoir participé au rassemblement. » Le 5 mars, le pasteur Peterschmitt est lui-même admis à l’hôpital Emile-Muller de Mulhouse dans un état grave : perfusion, oxygène…

Trois jours plus tôt, le docteur Joy Mootien, réanimateur dans ce même hôpital, a vu arriver aux urgences un premier patient en détresse respiratoire. En recevant cet homme de 66 ans, il n’a pas tout de suite pensé au Covid-19. « Depuis le 24 février, nous étions plutôt en alerte sur d’éventuels patients venus de zones à risque, Chine, Corée ou l’Italie, se souvient-il. Nous n’imaginions pas, à ce stade, que la contamination pourrait venir de Mulhouse-même. »

Personne, dans son service, n’a encore entendu parler de la réunion évangélique qui s’est achevée une semaine plus tôt, à moins de dix kilomètres. « C’est l’épouse de ce patient qui m’en a parlé la première, raconte le docteur Mootien. Ils y participaient chaque année. Elle pensait que le jeûne avait peut-être affaibli son mari. » Le signalement passe à l’ARS, qui fait aussitôt le lien avec les enfants déjà dépistés.

Très vite confronté à l’afflux de malades, l’hôpital bloque une vingtaine de lits de réanimation. Le docteur Olivier Hinschberger, chef du service de médecine interne, se charge du dépistage et crée le 5 mars une autre unité « Covid » d’une douzaine de lits pour ceux ne nécessitant pas d’assistance respiratoire : « A 14 heures, elle était vide, à 2 heures du matin, le lendemain, nous n’avions plus de lits disponibles. Sur les treize premières admissions, dix se trouvaient au rassemblement religieux. »

C’est une vague inattendue, énorme, inépuisable, où se trouvent donc le pasteur et sa femme, tandis que leur fils Jonathan, lui, est transféré au CHU de Strasbourg. Dans les services réservés à ces nouveaux malades, médecins et infirmières sont parfois surpris de voir un bras se lever d’un lit pour les bénir…

A la recherche du « patient zéro »

Toute la semaine, des dizaines de personnes présentant les mêmes symptômes affluent. « Revenez-vous de Chine ? » « Revenez-vous d’Italie ? » Pour les premiers cas apparus dans le Grand Est, la consigne était de poser ces deux questions avant de les dépister. Les médecins y ajoutent désormais une troisième : « Etiez-vous au rassemblement évangélique ? » Parmi les quatre-vingts patients contaminés recensés par l’hôpital de Mulhouse, soixante-douze ont assisté à la semaine de prière et de jeûne. Reste une énigme : qui est le « patient zéro » ?

« La mère des deux enfants qui a donné l’alerte était malade avant notre rassemblement. Moi-même, j’ai eu dans ma patientèle des personnes qui présentaient ces symptômes juste avant la mi-février », tente de reconstituer le docteur Jonathan Peterschmitt.

Chacun se perd en conjectures. Son père note que, depuis le succès, en juin 2018, en Asie, d’une émission culinaire tournée à Colmar, la région est devenue un lieu de tourisme pour les Chinois, notamment les marchés de Noël. Plus sérieusement, le docteur Hinschberger, de l’hôpital de Mulhouse, note que, parmi les fidèles dépistés, « un couple coche deux cases : il a séjourné en Italie du Nord, puis s’est rendu à la semaine de prière. Mais comment savoir s’ils sont vraiment les patients zéro de ce cluster ? »

Dès le 7 mars déferle la deuxième vague. Ce ne sont plus seulement les participants au rassemblement, mais leurs familles, leurs amis, leurs voisins parfois. « J’ai six enfants et treize petits-enfants. Tout le monde s’est révélé positif, jusqu’aux bébés », témoigne le pasteur Peterschmitt, désormais sorti de l’hôpital. Chaque fidèle, chaque responsable, rembobine son emploi du temps. « Douze Atsem, ces agents travaillant en écoles maternelles, en contact direct avec des enfants des écoles publiques étaient au rassemblement », s’inquiète la sénatrice (Les Républicains, LR) du Haut-Rhin Catherine Troendlé.

A l’hôpital Emile-Muller de Mulhouse, « médecins, infirmiers, personnel de ménage, ambulanciers, tout le monde est mobilisé, les étudiants et les retraités sont rappelés », raconte le docteur Mootien ; 392 des 1 027 lits sont désormais réservés pour les patients « Covid ».

Mais, surtout, des cas se sont déclarés dans toute la France, et des malades font le lien avec le rassemblement évangélique. Jusqu’au cluster alsacien, les autorités sanitaires françaises espéraient encore contenir des foyers épidémiques, comme aux Contamines. Désormais, c’est terminé. « Mulhouse est le premier évènement de super-propagation”, comme on dit dans notre jargon d’épidémiologistes, explique au Monde le docteur Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique. Pour la première fois se produit ce que nous redoutions : des lits de réa saturés. L’idée qui nous guidait – canaliser les flux de patients, aplanir le pic de l’épidémie – est mise à mal. »

Au fil du mois de mars, les cas se multiplient. A Briançon, dans les Hautes-Alpes, trois fidèles revenus de Mulhouse sont infectés. Un couple d’évangéliques de La Porte ouverte est testé positif à l’hôpital d’Agen, l’épouse est transférée à Bordeaux. Les voisins, souvent, s’étonnent : ils ignoraient qu’ils étaient membres d’une église évangélique. A Quettetot, dans le Cotentin, le maire, Jean Hamelin, est surpris d’apprendre qu’un couple catholique revient, lui aussi, du rassemblement de Mulhouse : « Le 4, elle est hospitalisée à l’hôpital de Saint-Lô, son mari est testé positif lui aussi », indique-t-il.

En Bourgogne-Franche-Comté, l’agence régionale de santé annonce, le 8 mars, au moins vingt-six cas de Covid-19 dont « la plupart », dit-elle, sont liés au rassemblement évangélique. Le virus vient mettre en danger les personnes les plus faibles et les plus âgées : les maisons de retraite. A Thise, dans le Doubs, une aide-soignante ayant assisté à la semaine de jeûne de La Porte ouverte est soupçonnée d’avoir contaminé une dizaine de pensionnaires de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) dans lequel elle travaille. « Un bidon d’essence sur un feu de paille », dira plus tard Patrick Vogt, médecin régulateur du SAMU de Mulhouse. En huit jours, cette flambée de malades a fait du département du Haut-Rhin le plus gros foyer de contamination en France.

En Guyane, un « châtiment divin »

Rien n’arrête le virus ; il franchit même les mers. La petite troupe d’évangéliques guyanais et leur pasteur ont repris l’avion et ont atterri à Cayenne. Dans ce bout de France, de l’autre côté du monde, les pentecôtistes font chaque année de nouveaux adeptes et comptent déjà une soixantaine de lieux de culte pour moins de 300 000 habitants.

Les pèlerins de retour de Mulhouse y sont donc accueillis à bras ouverts… Parmi eux, trois enseignants, un médecin du centre hospitalier de Saint-Laurent-du-Maroni, et le pasteur, ressentent bientôt les symptômes d’une supposée grippe. Moins d’une semaine après leur retour, ils sont hospitalisés. La Guyane était jusqu’ici épargnée par l’épidémie, voilà que les croyants de retour chez eux créent, bien malgré eux, un foyer de contamination.

A Mulhouse, les esprits demeurent rationnels. « Qu’une église traverse une telle épreuve ne signifie pas que Dieu soit contre celle-ci. Non, il ne s’agit pas d’un jugement de Dieu ! », écrivent le 14 mars, sur le site Info chrétienne, une trentaine de pasteurs, blogueurs, entrepreneurs et responsables de missions évangéliques.

Mais, en Guyane, où le corpus chrétien s’imprègne des croyances magico-religieuses héritées des anciens esclaves, des prédicateurs assurent qu’il s’agit là d’un châtiment divin. Inquiet, l’évêque de Cayenne prend la plume dans le quotidien France-Guyane : « Dieu n’est pas responsable de cette pandémie !, écrit Mgr Emmanuel Lafont le 23 mars, Dieu ne punit jamais (…) La Bible n’a jamais parlé du Covid-19 ! »

Les six retraitées corses, elles, fréquentent l’église évangélique de Bethel, dans le quartier populaire des Salines, à l’entrée de la ville. Son pasteur, Douglas Dos Santos, d’origine brésilienne, a quitté Cayenne, justement, pour s’installer en Corse en 2003. Elles ont repris, le samedi 22 février, un vol pour Ajaccio, et rejoint leur appartement ou leur village de la plaine de Peri, sur la route de Bastia.

Dix jours plus tard, l’une d’elles, tout juste septuagénaire, se sent mal. « Le dimanche 1er mars, ma mère dit : “Je ne suis pas bien, on a dû prendre froid”, raconte sa fille. Le mardi, elle entend parler de Mulhouse aux informations. Elle a tous les symptômes et appelle elle-même le 15 dans la nuit. » Direction « les box spécial Covid-19 », huit lits isolés, réservés, là aussi, aux patients contaminés. Mais une autre de ses amies, tombée malade plusieurs jours plus tôt et qui souffrait régulièrement de pneumopathies, s’est fait innocemment hospitaliser en pneumologie. « Personne n’avait encore entendu parler de Mulhouse, se désole un médecin du centre hospitalier de la Miséricorde, à Ajaccio. Et c’est ainsi que notre hôpital est devenu un cluster dans le cluster. »

L’île est en effet devenue l’un des principaux foyers de contamination du pays : en l’absence de CHU, c’est désormais un navire militaire, le Tonnerre, qui transporte les malades dont l’état est alarmant d’Ajaccio à Marseille. Les morts s’additionnent, comme à Mulhouse, où La Porte ouverte chrétienne connaît une hécatombe : depuis le début de la semaine de jeûne, le 17 février, dix-sept participants sont morts. « Un chiffre qui ne concerne que notre stricte communauté, soupire le pasteur Peterschmitt. Pour les autres, nous n’en savons rien… »

Responsables de tout le mal du pays

Poussée sous les projecteurs, l’église de La Porte ouverte de Mulhouse devient, courant mars, la responsable de tout le mal du pays. Même la préfète du Grand Est et du Bas-Rhin, Josiane Chevalier, la montre du doigt.

« L’épidémie est partie d’un rassemblement évangélique qui a eu lieu dans le Haut-Rhin, avec plus de 3 000 personnes et un non-respect des mesures barrières : en résumé, tout ce qu’il ne faut pas faire. On paie le non-respect des mesures de base », lâche le 17 mars la nouvelle préfète, promue moins de deux mois plus tôt à la tête de cette « super-région ».

« Je ne veux pas polémiquer, mais ces mots ne contribuent pas à la paix sociale, soupire Samuel Peterschmitt entre deux quintes de toux. Les gestes barrières n’existaient pas à l’époque, Emmanuel Macron serrait des mains, et les rassemblements de 5 000 personnes étaient autorisés. C’est comme si un policier me verbalisait pour un feu rouge brûlé alors que ce feu n’existait pas, ajoute le pasteur, qui aime fleurir ses explications de paraboles, comme ses prédications. Il me semble qu’en ces temps troublés les politiques devraient peser leurs paroles, qui sont d’or. Certains ne nous ont pas épargnés… »

Le 22 mars, à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon a en effet ces mots qui font encore frémir le pasteur : « Cela fait plusieurs fois que vous nous parlez de cette réunion sans dire de quoi il s’agit, peste dans l’Hémicycle le chef de file de La France insoumise. Il s’agissait d’une réunion religieuse qui a permis cette contamination. Si ça avait été des musulmans, on en aurait entendu parler pendant des jours ! » Apprenant la présence d’enfants à la fameuse semaine de jeûne et de prière, la sénatrice Catherine Troendlé, qui a travaillé sur le désendoctrinement des djihadistes, pointe, elle, « ce qui pourrait être une autre forme d’endoctrinement ».

Au CHU de Strasbourg, à son tour submergé, le directeur général Christophe Gautier compte 253 de ses soignants testés positifs sur 12 500 salariés. « On a payé un lourd tribut au foyer de contamination initial de Mulhouse. Un certain nombre de membres de nos équipes assistaient à ce rassemblement religieux et ont porté la contamination auprès de leurs collègues », accuse le haut fonctionnaire. « On a l’impression qu’on n’est qu’un nid d’infection, que nous n’avons plus de noms et de prénoms… , regrette le pasteur Peterschmitt. Même le terme cluster, c’est très stigmatisant. »

Les heures sombres ressuscitent toujours les passions mauvaises. Le 22 mars, La Porte ouverte s’apprête à retransmettre le culte « en live », et, dit-elle, en a averti la sous-préfecture. La cérémonie doit se dérouler sans public mais avec un musicien et une chanteuse. Deux pasteurs et les techniciens, tous salariés de l’église, ont garé cinq voitures sur le parking. Une photo de ce petit regroupement de onze personnes est postée sur Facebook par une riveraine indignée : « Est-ce normal qu’ils puissent se rassembler alors qu’ils sont la souche de toute cette contamination ? » Alertée, la police se rend sur place et constate que l’attroupement est légal, puisque inférieur à vingt personnes.

Les cultes désormais filmés

« Depuis cet épisode, sur les réseaux sociaux, s’inquiète Samuel Peterschmitt, on réclame notre mort, on menace de nous abattre à la kalachnikov… » L’incident leur sert de leçon, et les cultes des dimanches et mardis sont désormais filmés à domicile, « la louange sera assurée par Jérémie, le message par Jean-Marie, depuis chez eux », prévient le site de l’église. « On a l’impression de voir renaître des scènes du Moyen Age et de la peste noire, soupire encore le pasteur Peterschmitt. Je suis au regret de constater qu’il n’y a pas d’unité nationale. Il ne faut pas raconter des contre-vérités, ni faire de nous des boucs émissaires. »

Le pasteur Peterschmitt espérait bien dire tout cela à Emmanuel Macron, le 25 mars, à Mulhouse, où le président rendait hommage aux médecins de l’hôpital de campagne de l’armée. Lui confier que La Porte ouverte chrétienne demandait au « Seigneur » de « bénir le président de la République », et « priait pour lui à chaque culte ».

Emmanuel Macron a décliné l’invitation. Mercredi, le président de la République – qui portait un masque, cette fois – a préféré regarder du côté des « héros en blouse blanche » que des fidèles de l’église évangélique.

Source : Le Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, 27-03-2020

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