Source : The Intercept, le 12/09/2016

Alex Emmons, Naomi LaChance

Le 12 septembre 2016

Lundi, Donald Trump a retenu l’ancien directeur de la CIA et extrémiste néo-conservateur James Woolsey comme son conseiller principal sur les questions de sécurité nationale. Woolsey, qui a quitté la CIA en 1995, est devenu l’un des promoteurs les plus virulents à Washington de la guerre des États-Unis en Irak et au Moyen-Orient.

À ce titre, le choix de Woolsey constitue soit un accroc à la rhétorique non interventionniste de Trump, soit une orientation vers une approche néoconservatrice plus musclée pour résoudre les conflits internationaux.

Trump a qualifié la guerre en Irak de « désastre ».

Woolsey, en revanche, était un membre clé du Projet pour le Nouveau Siècle Américain, un think tank néoconservateur dont l’objectif était clairement de favoriser une seconde guerre en Irak. Woolsey a signé une lettre en 1998 appelant Clinton à renverser Saddam Hussein. Par ailleurs, il est apparu sur CNN quelques heures seulement après les attaques du 11/9, y rendant l’Irak responsable des attaques. Woolsey a continué de mettre en avant une telle relation, malgré l’absence totale de preuves à l’appui de son argument. Il accuse également l’Iran.

Quelques semaines avant l’invasion de l’Irak, Woolsey a appelé à élargir la guerre à tout le Moyen-Orient, en disant que la « quatrième guerre mondiale » était déjà en cours.

Woolsey est aussi en mesure de tirer profit des guerres qu’il a lui-même promues. Il a été vice-président du géant Booz Allen [conseil de gestion et de sécurité, NdT] qui travaillait pour le Pentagone, et président de Paladin Capital Group, un fonds d’investissement privé qui investit dans la sécurité nationale et la cyber sécurité.

Il préside le conseil de direction de la Foundation for the Defense of Democracies, un organisme belliciste à but non lucratif pour la sécurité nationale, et il est partenaire de Lux Capital Management, qui investit dans les technologies émergentes comme les drones, l’imagerie par satellite, et l’intelligence artificielle.

Woolsey est venu sur CNN lundi pour dire qu’il était principalement motivé à soutenir Trump en raison de ses projets d’augmentation des dépenses militaires des États-Unis.

Trump, dans un discours la semaine dernière, proposait un renforcement spectaculaire de l’armée et des Marines, et des systèmes d’armement à cent milliards de dollars pour la marine et l’Air Force. Il n’a donné aucune justification, mis à part de citer quelques fonctionnaires réclamant plus de puissance de feu.

Woolsey a soutenu la proposition de Trump lundi.

« Je pense que le problème est son budget, » a déclaré Woolsey en parlant de l’adversaire de Trump, Hillary Clinton. « Elle dépense tellement d’argent pour des programmes nationaux – y compris ceux qui ne sont même pas encore décidés, alors que ceux d’aujourd’hui sont sous-financés – que je pense qu’il restera très peu de marge pour les améliorations qui s’imposent en matière de défense et de renseignement. »

Woolsey a par le passé appelé à ce que le lanceur d’alerte de la NSA Edward Snowden soit « pendu par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive, plutôt que d’être simplement électrocuté. »

Dans le passé, Woolsey a déjà été publiquement en désaccord avec Trump sur un certain nombre de questions de sécurité nationale, y compris son plan pour interdire l’immigration musulmane. Lundi, Woolsey a déclaré à CNN qu’un tel plan serait contraire au Premier amendement, mais qu’il soutenait une interdiction temporaire de l’immigration en provenance de certains pays musulmans.

Jusqu’à présent du moins, les faucons pro-guerre les plus importants ont constaté qu’ils avaient plus de points en commun avec Clinton qu’avec Trump. « Je dirais que tous les professionnels républicains de la politique étrangère sont anti-Trump, » a déclaré le leader néo-conservateur Robert Kagan à un groupe en juillet dernier.

Photo du haut : James Woolsey à Capitol Hill en 2007.

Source : The Intercept, le 12/09/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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14 réponses à Donald Trump, après avoir violemment critiqué la guerre en Irak, choisit le faucon en chef de l’Irak comme conseiller à la sécurité

Commentaires recommandés

Ovuef2r Le 07 novembre 2016 à 06h48

Si on veut rester optimiste on dira “Garde tes amis près de toi et tes ennemis encore plus près”.
Un pays est comme un paquebot. On ne peut pas le faire changer de course abruptement.
Enfin ce sont les dernières manœuvre dans le but de se faire élire, si ça peut priver Hillary de gens qui auraient voté pour elle contre leurs habitudes républicaines ça peut être décisif, pour lui être élu.
Trump reste intéressant justement parce qu’il peut s’adapter et changer d’avis, l’autre a un programme déjà tout tracé….
Et de toutes façons quelque soit l’élu un joli cahos se profile à l’horizon…

  1. silk Le 07 novembre 2016 à 02h02
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    En fait c’est pas étonnant, et c’est pour ça que j’étais plus que sceptique sur le non-interventionnisme de Trump : en dehors de ses déclarations contradictoires, la seule constance était, dans sa vision des relations étrangères, basée uniquement sur le rapport de force.
    Tant sur l’Iran que pour les autres pays (de mémoire, pour l’Irak il avait déclaré que l’erreur avait été de ne pas leur piquer leur pétrole), seul le rapport de force semble compter à ses yeux. D’où sa volonté de négocier avec la Russie et de mettre les autres pays au pas.
    Dès lors, une augmentation de la puissance militaire US devient impérative pour lui, seul moyen d’imposer la volonte US dans nombre de pays.


  2. atanguy Le 07 novembre 2016 à 04h33
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    Si vraiment ca vous interesse de connaitre ce qu’a dit ce clown sur le sujet:
    http://www.motherjones.com/politics/2016/09/every-position-donald-trump-iraq


  3. BEYER Michel Le 07 novembre 2016 à 06h01
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    Tout cela démontre que nous n’avons pas à choisir entre Trump ou Hillary Clinton. Mais nous avons surtout à nous inquièter de l’après-élection. Les USA auront toujours en vue d’être les “maîtres du monde”. C’est dans les gênes des dirigeants de ce pays.
    La russophobie et la poutinophobie vont, peut-être, diminuer d’intensité. Espérons-le aussi dans nos propres médias. Reste que la perte d’influence des USA ne va pas laisser l’élu(e) sans réaction tant que le rapport de force leur semblera favorable.


  4. Xavier Le 07 novembre 2016 à 06h04
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    Les mouches ont changé d’âne ?
    Pour moi c’est le signe d’une possible victoire…

    En même temps le tropisme guerrier est trop fort, sans cela c’est la chute de leur système hégémonique donc une fois de plus on nous a fait rêver… et une fois de plus on s’aperçoit qu’on a été dupés.

    Systémique, il n’y a que ça de vrai !


  5. Ovuef2r Le 07 novembre 2016 à 06h48
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    Si on veut rester optimiste on dira “Garde tes amis près de toi et tes ennemis encore plus près”.
    Un pays est comme un paquebot. On ne peut pas le faire changer de course abruptement.
    Enfin ce sont les dernières manœuvre dans le but de se faire élire, si ça peut priver Hillary de gens qui auraient voté pour elle contre leurs habitudes républicaines ça peut être décisif, pour lui être élu.
    Trump reste intéressant justement parce qu’il peut s’adapter et changer d’avis, l’autre a un programme déjà tout tracé….
    Et de toutes façons quelque soit l’élu un joli cahos se profile à l’horizon…


  6. PatrickLuder Le 07 novembre 2016 à 09h06
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    le système politique ne favorise pas la mise en place des (systèmes) personnes les plus compétentes, mais des personnes les plus pourries ou les plus friquées … pauvre démocratie, pauvre humanité capable de prouesses technologiques mais incapable d’une simple politique basées sur l’intelligence la sagesse la cohérence et la vision à long terme …


  7. Lysbeth Levy Le 07 novembre 2016 à 09h10
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    Difficile de croire que Trump serait le président “anti-guerre” quand on sait QUI commande réellement le pouvoir que se soit aux Usa ou en France : “l’état profond” plus proche des bureaux de la “FED et de la CIA” que du pouvoir législatif. Sinon que faire des milliards donné à la défense, NSA, CIA et armées soit la moitié du budget américain ? Non il faut pas rêver et les 130 bases internationales, les prisons secrètes de la CIA (style Guantanamo) ou l’Empire essaie des méthodes pour changer le “prisonnier récalcitrant” en “allié” ? Et de toute façon Mme Clinton aux dernières nouvelles ne sera pas poursuivie pour ces e-mails, son argent publique-privé, les “frasques sexuelles” de Bill ou les mauvaises manières de la fille. Et ces laboratoires militaires partout dans le monde surtout en Afrique perdus à jamais ? Non l’Armée en a trop besoin : http://www.france-irak-actualite.com/2014/11/les-laboratoires-us-en-afrique-de-l-ouest-et-ebola.html


    • Chris Le 07 novembre 2016 à 13h36
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      Que dire des laboratoires US dernièrement installés dans les pays Baltes aux portes de la Russie ?


  8. Arcousan09 Le 07 novembre 2016 à 09h40
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    En fait ce sont ces personnages de l’ombre qui gouvernent réellement le pays, les pays dans leur ensemble …
    Ce sont eux qui tirent les ficelles, ourdissent les guerres, manipulent, je dis bien manipulent les politiques, ce sont eux qui ont le pouvoir: services secrets, grandes banques, fonds de pension, multinationales, services plus ou moins secrets …
    ET …
    Et ceux là vous ne pouvez les mettre dehors avec un bulletin de vote puisqu’ils ne sont pas élus.
    Même chose en France, même chose en Europe …
    Les résultats sont mirobolants et vraiment dignes d’éloges dithyrambiques: Balkans, Afghanistan, Syrie, Irak, Erythrée, Yémen, Libye et ….. tous ceux que j’oublie …. ou à venir !!!


  9. Dahool Le 07 novembre 2016 à 10h34
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    J’espère ne pas me tromper en disant que Trump sera moins guerrier que Clinton. C’est mon principal argument en sa faveur, pour le bien de l’humanité.
    Cet article me rend perplexe.

    On verra, de toute façon, ça ne sera pas bien. Souhaitons que ce ne soit pas le pire, perso, j’en ai marre.


  10. Duracuir Le 07 novembre 2016 à 11h01
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    Chez nous, quand les candidats sont vraiment trop répugnants, on a pour habitude de dire que le jour de l’élection on ira à la pêche.
    Et bien avec cette engeance de candidats là…. les deux…. Clinton qui a tous les néocons pour elle, et Trump qui a le néo-con tellement néocon qu’il a été viré de chez les néocons, je serai Américain, même si je suis athée, le jour de l’élection, j’irai bruler un cierge dans une église en priant avec véhémence pour nous délivrer du mal. 🙂 🙁


    • Eric83 Le 07 novembre 2016 à 14h06
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      A monter les uns contre les autres, à diviser pour mieux régner et à jeter de l’huile sur le feu des clivages dans période de vaches maigres, quelles seront les conséquences ?

      Le 8 novembre scellera, ou non, les élections US 2016. Cependant, que Clinton ou Trump soit “élu” demain, une période de troubles voire de chaos risque de s’ouvrir dès le 9 novembre.


  11. sissa Le 07 novembre 2016 à 21h22
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    Cela peut en surprendre certains, mais pas moi.
    Ceux qui veulent voir en Trump quelqu’un qui va changer le système, manquent à mon sens de réflexion politique.
    Pour infléchir réellement la direction suivie, il ne faut pas une unique personne, il faut une force politique collective. Si cette force existe, alors une personne peut venir incarner ce mouvement, et s’appuyer sur lui pour changer un peu(soyons réaliste) les choses.
    Trump dont les propositions sont un patchwork sans cohérence et attrape-tout, n’a pas vocation à être à la tête d’un mouvement politique, il est juste lancé dans une aventure personnelle, et s’il aà gouverner, il prendra parmi le personnel disponible de quoi former son administration. Autrement dit il utilisera des gens qui seront proches idéologiquement de ceux que Clinton pourrait elle-même prendre.

    Bonnet-blanc blanc-bonnet.


  12. Pierre Bacara Le 07 novembre 2016 à 22h26
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    PNAC

    Au sujet de Woolsey et du PNAC, je viens de retrouver le texte de ce dernier, mais hélas en français et traduit mot à mot. L’esprit qui a présidé à la rédaction de l’original s’est donc dissous dans la traduction.

    Impossible, en revanche, de remettre la main sur l’original en anglais. Lorsque le PNAC a été publié et que le texte en était ouvertement en ligne, personne n’en était au courant ; pas un mot, nul entrefilet où que ce soit, hormis sur des sites web qui se comptaient sur la moitié des doigts d’une main. Depuis, il a fait couler des torrents d’encre mais le texte a disparu…

    L’URL officielle était http://newamericancentury.org/ mais cela des années qu’elle a été désactivée (de mémoire, au moins huit ans).

    Ladite traduction en fançais est ici : http://questionscritiques.free.fr/empire_americain/PNAC.pdf


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