Photo de Kai Pfaffenbach, Reuters

Source : Atlantico

Que votre choix ait porté sur le PSE ou le PPE aux dernières élections européennes, ou que vous ayez voté pour un candidat extérieur à ces deux groupes, la marche de l’Union européenne est à sens unique, vers le mythe des États-Unis d’Europe. Pourtant de nombreux signes montrent qu’elle n’y est pas prête.

Les dernières élections européennes auront rapidement distillé leurs effets. En quelques semaines, une structure européenne basée sur un principe jusque-là majoritairement intergouvernemental est en passe de devenir une institution fédérale.

Le premier jalon de cette transformation fut la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la commission européenne. Sa qualité de candidat officiel du parti majoritaire aux dernières élections, le PPE (parti populaire européen), lui aura permis de prétendre à ce rôle.

Et le Conseil européen, malgré quelques réticences, y aura finalement cédé. C’est donc bien l’idée d’une démocratie fondée sur la notion de peuple européen qui aura permis la nomination du Luxembourgeois à ce poste.

Et Jean-Claude Juncker est un fervent soutien au fédéralisme européen. Il a pu en faire la superbe démonstration en 2005, à la suite de l’infructueux référendum français sur la constitution européenne en déclarant :

Nous devons constater que dix pays ont ratifié le traité constitutionnel, tandis que deux autres, la France et les Pays Bas, l’ont rejeté. Nous avons pensé, non pas parce que nous serions des obstinés et des acharnés ou des aveugles, que le traité constitutionnel n’était pas la question, mais que le traité constitutionnel était la réponse aux problèmes que de très nombreux Européens peuvent rencontrer vis-à-vis de l’Union européenne. Par conséquent, nous avons décidé de poursuivre le processus de ratification.

L’argument est implacable. La majorité des Etats est favorable à la Constitution, ce qui permet d’exercer une contrainte sur ceux qui se retrouvent dans la position du contestataire. La seule discussion qui reste ouverte à ce stade est celle de la souveraineté. Pour Jean Claude Juncker, la souveraineté n’existe qu’au niveau européen et non pas à l’échelon national.

Vient alors le tour de Mario Draghi, Président de la Banque centrale européenne, qui dans un discours prononcé à Londres ce 9 juillet, rejoint cette vision fédéraliste européenne en déclarant :

Individuellement, les gouvernements nationaux ne sont pas assez forts. Pour servir leurs intérêts, ils doivent apprendre à gouverner ensemble, ils doivent apprendre à être souverains ensemble pour répondre aux besoins de leurs citoyens. Aujourd’hui, ces besoins sont la croissance et l’emploi.

Voilà pourquoi je crois que le niveau de gouvernance communautaire ne devrait pas s’appliquer qu’à la politique fiscale ou à l’union bancaire, mais aussi aux réformes structurelles.

Ce que Mario Draghi annonce ici est une volonté de transférer à l’échelon communautaire ce qu’il reste du pouvoir économique “national”, ce qu’il reste aux pays européens de la maîtrise de leur destin. Pour ce faire, Mario Draghi se justifie en comparant l’Europe aux Etats-Unis :

Il existe de nombreuses unions politiques à travers le monde dont la cohésion est maintenue parce que les régions ou Etats bénéficient de transferts fiscaux récurrents provenant de leurs pairs, typiquement à travers les opérations d’un budget central. Il est alors possible pour ces régions plus fragiles de maintenir des déficits extérieurs récurrents alors que les régions les plus fortes fournissent des surplus permanents. C’est le cas des Etats-Unis, mais cela est également vrai de la plupart des pays européens.

Les Etats européens sont ici relégués au stade inférieur, ils ne sont plus que les régions d’un ensemble plus vaste. La comparaison avec les Etats-Unis n’en est que plus hasardeuse, car jusqu’à preuve du contraire, les Etats-Unis forment une nation.

Mais cette vision est également partagée par Martin Schulz, Président du Parlement européen, et membre du PSE (parti socialiste européen), qui scellait en octobre dernier un accord avec Angela Merkel. Comme le rapportait alors le quotidien allemand Der Spiegel, Martin Schulz et Wolfgang Schäuble, ministre des finances allemand, s’accordaient sur une même ligne :

Wolfgang Schäuble “a préconisé d’accélérer la coopération entre les pays de la zone euro en matière de politique économique et unemodification du traité de Lisbonne” (…) ; “Schäuble veut donner plus de pouvoirs à la Commission européenne, nommer un Ministre européen des finances, pour pouvoir intervenir dans les décisions budgétaires nationales.”

Le fédéralisme est bien en marche.

La démocratie à l’échelle européenne ou l’invention du concept de peuple multinational. Un concept qui suppose une virtualité politique ; la supériorité du lien qui unit deux Européens au lien qui unit deux nationaux. Alors que François Hollande a été élu sur la base d’une participation de plus de 80% et que les élections européennes n’en ont recueilli que 43%, c’est pourtant cette seconde dimension qui est en passe de prendre le dessus. La dimension nationale du vote ne compte plus, elle se dissout dans un ensemble communautaire, comme avait pu le souligner Jean-Claude Juncker. La recherche de la convergence des intérêts nationaux cède la place à l’ensemble. La défiance, la perte des repères, sont immenses mais le processus continue.

Un processus que le Philosophe allemand Jürgen Habermas, pourtant lui aussi fédéraliste, rejette également, mais pour une autre raison :

Le processus d’intégration européenne, qui s’est toujours fait sans consulter la population, est aujourd’hui arrivé dans une impasse”. Les élites “se cachent la tête dans le sable” ; “Elles s’obstinent à poursuivre leur projet élitiste et à priver la population européenne de ses droits.

Car l’enjeu est bien double. D’une part les élites européennes agissent en faisant abstraction des votes dans leur dimension nationale et sacralisent cette nouvelle dimension européenne, ce qui est déjà en soi un sujet de discussion. Et d’autre part, comme le souligne Habermas, les élites européennes s’approprient une certaine idée de la démocratie représentative. En ce sens que les populations sont appelées à voter pour des représentants qui les gouvernent, mais dans un système qui entretient une “certaine distance” entre le peuple et ceux qui le gouvernent. C’est-à-dire une forme de démocratie “aristocratique”.

Le meilleur argument contre la démocratie est fourni par une conversation de cinq minutes avec l’électeur moyen

Si telle est la vision défendue en Europe aujourd’hui, il faudrait au moins en être à la hauteur.

La mise en place d’un mode de gouvernement supranational est une expérimentation sur laquelle s’empile cette approche aristocratique de la démocratie, et qui, ensemble, forment un vide. Un vide immense qui sépare l’électeur moyen de ses représentants. Un vide immense qui ne pourra être toléré par les populations que si la recherche du bien commun est perçue comme prioritaire.

Et pour le bien commun, les objectifs ne semblent pas tout à fait atteints. Le chômage au sein de la zone euro est aujourd’hui largement supérieur à son niveau antérieur à la création de la monnaie unique, les niveaux de dettes y sont supérieurs de 30% et la croissance n’existe tout simplement plus.

La réalité de l’Europe actuelle est que ses dirigeants ne sont pas à la hauteur de leur ambition élitiste et extensive du pouvoir.

Mais rien n’y fait, la course en avant reprend de plus belle.

Nicolas Goetzmann

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34 réponses à Draghi-Juncker-Schulz : vous n’aviez peut-être pas voté pour ça mais l’Europe fédérale est en marche, par Nicolas Goetzmann

  1. casper Le 04 août 2014 à 01h20
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    “La réalité de l’Europe actuelle est que ses dirigeants ne sont pas à la hauteur de leur ambition élitiste et extensive du pouvoir.”

    Oh dis donc, c’est joliment dit ça.


  2. Kiwixar Le 04 août 2014 à 01h51
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    “La réalité de l’Europe actuelle est que ses dirigeants ne sont pas à la hauteur de leur ambition élitiste et extensive du pouvoir.”

    C’est le contraire. L’aspirateur de richesse des 99% vers les 1% fonctionne très bien, avec en plus la mise en place progressive de tous les outils (surveillance, élimination des clous qui dépassent, répression) permettant de maintenir cette oligarchie. C’est bien le signe que les dirigeants européens font bien le boulot pour lequel ils ont été “élus”.


    • casper Le 04 août 2014 à 04h21
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      La dessus je suis d’accord avec vous. Mais pour convaincre un euro-béat, vous ne pouvez pas commencer par la. C’est comme vouloir enseigner la trigonométrie a un enfant de maternelle: il faut commencer par lui apprendre les unités et les dizaines avec des petits cailloux.

      Une technocratie comme l’UE fonde sa légitimité sur l’excellence des technocrates, qui savent mieux que la plèbe ou est son intérêt. Il faut donc commencer par rappeler que nos technocrates actuels sont des nuls, incapables de réaliser les objectifs qu’ils se donnent en public (on verra plus tard pour les objectifs réels). Ils sont donc totalement illégitimes en tant que technocrates.


  3. Kiwixar Le 04 août 2014 à 02h00
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    L’expérience des singes et de la douche froide est intéressante : vous mettez des singes avec une banane au plafond et un escabeau. Chaque fois qu’un singe essaie de monter l’escabeau, douche froide pour tout le monde, si bien que les singes empêchent ensuite chaque fois l’un d’eux de monter. Puis vous remplacez les singes progressivement, au point qu’aucun des singes restants n’a vécu la douche froide. Pourtant ils continuent à empêcher l’un d’eux de monter à l’escabeau, sans savoir pourquoi.

    L’apathie incroyable des peuples européens devant le désastre de l’UE et de l’euro est assez similaire : des singes apathiques mais contents de leur confort, qui se mettront toujours à taper (sans trop savoir pourquoi) ceux qui souhaiteraient monter à l’escabeau pour chercher un avenir meilleur.


  4. C Balogh Le 04 août 2014 à 06h23
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    Bonjour,
    Il y a il me semble transfert massif de travailleurs détachés, ils travaillent partout en Europe, au détriment d’autres européens qui ont un salaire minimum et cela crée du chômage dans ces pays ou il existe un salaire minimum.
    Pourquoi ce transfert n’est pas généralisé à l’économie de l’UE?
    Pourquoi certains pays ont un excédent et d’autres, une ruine qui avance???
    Je trouve ça bien pratique pour les pays excédentaires, ils ont tout, si j’ose dire, le beurre et l’argent du beurre pendant que d’autres pays sombrent dans la ruine.
    Au final, les pays les plus riches de l’ue ont remis en place une sorte d’esclavage moderne.
    Ma belle-fille qui a travaillé en Allemagne dans un mini-job n’a même pas le droit au chômage.Elle a travaillé un an à 6e/h en Allemagne et se retrouve avec ….NADA!

    C’est ça l’ue?


    • Doctorix Le 04 août 2014 à 12h31
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      L’esclavage n’a jamais disparu.
      Le terme a été éliminé du langage, mais la chose est restée.
      Même quand vous achetez un téléviseur à 100 euros ou une T-shirt à 3 euros, vous êtes vous-même un esclavagiste. Des petites mains à 1 euro par jour vous font bénéficier de cet incroyable privilège.
      Nous croyons bénéficier de ce système, mais d’un autre côté nous sommes nous-mêmes des esclaves qui ne bénéficions du fruit de notre travail qu’après que le 1% se soit servi, s’il en reste.


  5. BA Le 04 août 2014 à 08h24
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    Nicolas Goetzmann écrit cette phrase très importante :

    “La démocratie à l’échelle européenne ou l’invention du concept de peuple multinational. Un concept qui suppose une virtualité politique :la supériorité du lien qui unit deux Européens au lien qui unit deux nationaux.”

    Un concept, oui.

    La soi-disant “démocratie à l’échelle européenne” n’est qu’un concept.

    Mais la “démocratie à l’échelle européenne”, ça n’existe pas dans le monde réel.


    • Vallois Le 04 août 2014 à 19h42
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      Effectivement, on sélectionne les élites sur leurs aptitudes à manier les concepts. Si bien qu’à force de se coopter, ils pensent que la réalité est une anomalie par rapport aux concepts purs.
      Cette réalité doit s’approcher au plus près de leur outils pour ne pas perturber leurs modèles.

      Alors pour enterrer le moindre doute sur leur vision du monde, vous ajoutez à cela le système de caste (qui n’existe pas en France puisqu’encore cette réalité ne corresponds pas à leurs concepts).

      Sur ces dingues, s’appuient entre autres les opportunistes tartuffes – nouveaux dévôts européistes.


  6. gothographe Le 04 août 2014 à 08h40
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    @ C Balogh :
    C’est ça l’Europe et c’est même pire… L’Europe a réussi à retirer tout pouvoir au peuple et toute souveraineté aux pays qui la composent et je peux vous parier que tout ça va aller de mal en pis. Pour le moment, les élus ont trouvé de quoi distraire le peuple des vrais problèmes en s’attaquant à la crise au Liban, au Mali ou à Gaza et en attaquant la Suisse pour des délits fiscaux. Toutes ces nouvelles et ces effets d’annonce ne servent qu’à occulter le fait que l’Europe, telle que désirée par les peuples, est à mille lieues de l’Europe voulue par vos superbes élites…
    Et maintenant, je vous fais le pari qu’aucun parti politique ne proposera de mettre en place la majorité absolue et les Droits d’Initiative et de Référendum dans son pays car la démocratie directe, même si elle n’est pas parfaite, permet de limiter sévèrement le pouvoir des politiciens.


  7. Nicolas Anton Le 04 août 2014 à 09h01
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    L’UE cette imposture néolibérale est morte. L’UE nous a été vendues à grand renfort de mensonges. Son bilan économique et sociale est catastrophique. Les aristocraties ne sont rien, aucune démocratie ne devrait leurs confier leur destin. Alors qu’une fois de plus les peuples ont été trompés ils restent les seuls à connaitre le chemin.


    • Arno Le 04 août 2014 à 20h49
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      Oui mais “Chacun préfère croire plutôt que juger” (Sénèque); les meneurs de peuples ont encore de beaux jours devant eux.


  8. achriline Le 04 août 2014 à 09h12
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    Le but réel étant de faire de l’Europe une colonie des US, tous les responsables “désignés par” ou “pro” américains ne nous distillent de belles paroles (auxquelles ils ne croient même pas ) que pour “enfumer” le peuple.
    Ils sont conscients que l’état de grâce ne durera plus très longtemps, que les gens commencent à comprendre ce qu’est vraiment l’Europe qu’ils nous font, alors ils essayent d’accélérer le processus.
    Ce que je n’ai pas encore compris c’est pourquoi nos dirigeants acceptent tout ça, comment “ON” les tient. La crise financière servirait-elle aussi à ça, “si vous bronchez, on dégrade la note de votre pays et vous finissez comme la Grèce”.


    • Doctorix Le 04 août 2014 à 12h39
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      Je crois qu’on peut chercher du côté des écoutes de la NSA, qui prennent ici tout leur intérêt. Je suis convaincu que chaque élu a son lot de casseroles, et qu’il doit obéir.
      Je pense que ceux qui seraient des “purs”, si du moins il est possible d’être élu sans avoir à rembourser des dettes, sont l’objet de chantage à l’assassinat, sur eux ou sur les membres de leur famille.
      C’et pour cela que tant de décisions nous paraissent si invraisemblables.
      Nos dictateurs sont probablement eux aussi des victimes d’un système mafieux, où l’omerta est la règle.


      • perceval78 Le 04 août 2014 à 13h53
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        tout à fait d’accord avec @doctorix, nos élites et la plupart des gens n’ont pas encore compris ce que représentait le pouvoir de la NSA. Ne pourront bientot arriver au sommet que deux types de personnes :

        1) ceux choisis par le système
        2) ceux qui n’ont absssoooolument rien à se reprocher … cad très peu de monde ..


        • Arno Le 04 août 2014 à 20h52
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          Ceux qui n’ont rien à se reprocher ont des ‘accidents’. donc il ne reste qu’une catégorie pour arriver au sommet.
          J’ajouterais aux propos de Doctorix, que toute velléité de remords de nos dirigeants/dirigés serait sanctionnée par des vols Paris-Rio à la mer.


    • Louve Bleue Le 04 août 2014 à 13h33
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      Oui et aussi la menace de financer et encourager secrètement les minorités mécontentes (y’en a toujours quelque part) de fabriquer des terroristes et ficher le chaos dans le pays. Madame Miterrand avait bien dit une fois que son époux avait été ainsi menacé. Il avait pu gouverner deux ans comme il le souhaitait , après arrêt total et obéissance aux néolibéralisme. Mais comme il était socialiste personne n’a pu moufter . Les syndicats et partis de gauche étaient impuissants à lutter contre les réformes (pardon ! RÉGRESSIONS ) sociales. En Serbie, y’en a un qui a pas voulu obéir. Vous avez vu le résultat ?! (c’est pour l’Europe) En Ukraine aussi y’en a qui veulent pas obéir…En Syrie, En Iran, En Russie…


  9. ERIC.BRESIL Le 04 août 2014 à 09h47
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    La vision démocratique de l’ Europe est catastrophique, comment a t-on autorisé un accord de libre échange avec l’ Ukraine, qui a décidé, y a t’il eu un vote du parlement, en fait les citoyens Européens ne savent pas comment elle fonctionne cette belle Europe, si ce n’ est par des commissions toutes plus opaques les unes que les autres. Nous verrons bien par la suite, mais
    l ‘Europe que l’ on nous sert à longueur de temps n’ a finalement aucune légitimité démocratique, et c’ est de pire en pire, qui en sortira le premier ?


  10. Casquette Le 04 août 2014 à 10h34
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    Admettons mais pour faire quoi ?Mutualiser les dettes ? “Accelerer les réformes” dans les derniers pays récalcitrants , harmoniser les politiques fiscales…On fait ça et tout rentrera dans l’ordre après , c’est promis ?!On s’était planté jusque là mais cette fois ci ce sera différent !

    Goetzmann a raison , les mêmes causes produiront les mêmes effets , et les causes en question sont les qualités morales et politiques de la classe dirigeante européenne , qui n’a pas saisi que le fédéralisme avait un sens avant : la crise de l’euro , avant les signatures d’accord de libre échange avec des pays à bas coûts, avant la désindustrualisation qui suivit dans la foulée , avant la déstruction de l’Etat providence qui servait pourtant de modèle au “rêve européen” (celui des zélotes pas des batisseurs) , avant la rupture peuple élite dont l’UE n’est pas la seule responsable mais qu’elle incarne à merveille depuis 2008…
    La fuite en avant continue.


  11. Louis Le 04 août 2014 à 10h58
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    Je réagis à ça :

    “La démocratie à l’échelle européenne ou l’invention du concept de peuple multinational. Un concept qui suppose une virtualité politique ; la supériorité du lien qui unit deux Européens au lien qui unit deux nationaux.”

    Je me trouvais récemment à débattre à propos de l’UE sur un forum quelconque et je me suis retrouvé complètement bête à un moment parce qu’un argument clé qui me semblait évident, celui de la nation et des liens entre deux personnes de la même nationalité … est tombé complètement à plat. C’est à dire que j’avais en face de moi des personnes qui ne trouvaient pas qu’ils avaient plus de liens avec un français qu’avec un danois ou un portugais.

    Je ne sais plus qui disait “un nation si ça ne s’entretient pas ça meurt” et j’ai depuis cette conversation le désagréable sentiment que la nation française est en train de mourir. La plus grande réussite de cette Europe aura sans aucun doute été la création d’une population “dénationalisée” tout à fait préparée aux idées de fédéralisation.


    • Casquette Le 04 août 2014 à 11h50
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      @Louis

      Le sentiment européen est une réalité difficile à comprendre mais lorsqu’on évolue dans un lieu ou se côtoie des personnes d’origine différente et avec lesquelles on partage des aspirations et des volontés communes (projet professionel avec objectif chiffré , désir de voir tomber un dirigeant étranger ,par exemple russe) les liens qui nous unissent font abstraction du cadre national , qui n’est plus considéré comme le moteur du bien commun…dans certains cas il est même percu comme l’inverse (les exilés fiscaux ).

      Il y a pas mal de similitudes entre le sentiment européen et le communautarisme des diasporas immigrées , peu importe l’endroit ou ces personnes vivent elles se sentiront plus proches et solidaires des “leurs” (compatriotes/coreligionnaire ou collègues), avec lesquels elles partagent une histoire passée ou un projet d’avenir commun…par essence l’européisme est un sentiment reservé à un petit groupe de chanceux , qui a les moyens matériels et financier d’entretenir son appartenance.
      Je suis pas sûr qu’un fonctionnaire européen qui perd son job et se retrouve dans un chômage de longue durée (bon ,on est dans la fiction hein) et qui arrive à rebondir ailleurs , nourisse encore longtemps un sentiment d’appartenance à l’union européenne…c’est la différence avec le communautarisme des diasporas qui subsiste malgré la situation personnelle du membre du groupe.


    • Arno Le 04 août 2014 à 20h58
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      Louis, prétendre avoir autant de lien avec un danois ou un portugais est une (im-)posture d’eurobéat essayant désespérément de sauver la face devant la faillite de son UE adorée.
      Il aurait suffi de lui poser quelques questions sur la vie de tous les jours du danois ou du portugais pour le mettre à nu.


  12. Patrick Luder Le 04 août 2014 à 12h10
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    Une Europe forcée ne marchera pas !

    La construction Européenne devrait être rassembler les peuples et non les diviser.
    La construction Européenne devrait se faire dans le respect et non dans la contrainte.

    Le peuple est anesthésié par une inondation de petits problèmes irrésolubles mais l’anesthésie ne dure pas indéfiniment, :
    Les masse-médias perdent de leurs crédibilité ou sont carrément rejetés.
    La société de consommation et de loisirs est un bide, un clash permanent, une mauvaise farce dont beaucoup commencent à se méfier, à se détourner.
    Les normes et lois communes sont perçues comme aberrantes, contre-productives et débilisantes.

    L’Europe s’enlise dans une économie destructrice et dans une gabegie administrative engluée dans une politique dont plus personne ne s’identifie.

    OUI, cette Europe là est vouée à l’échec et à l’abandon …

    Par contre je n’ai pas beaucoup d’espoir non plus de retours à des Etats-Nations cohérents, l’oligarchie à pris toute la place et la tiendra coûte que coûte, continuant de nous abreuver de polichinelles risibles et pitoyables., parvenus au sommet de l’échelle non grâce à leur compétence mais juste grâce à des budgets publicitaires complètement disproportionnés face à des personnes “normales” <;o(


    • Patrick-Louis Vincent Le 04 août 2014 à 13h05
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      Ceux qui arrivent au sommet de l’échelle ne sont pas les plus compétents, mais les plus dociles. C’est ce qui rend très différent une oligarchie d’une véritable aristocratie.


      • perceval78 Le 04 août 2014 à 13h50
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        « Il n’y a que les arrivistes pour arriver. » Ch de Gaulle

        ou encore

        « Prenez invariablement la position la plus élevée, c’est généralement la moins encombrée. »


      • Patrick Luder Le 04 août 2014 à 17h17
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        Tout est fait pour convenir aux mieux “aux marchés”, sous la fausse excuse de l’impossible croissance et d’un emploi tout de même un peu concurrencé par l’avancée de la technologie. Mais “les marchés” ne sont pas ceux que l’en pense, ce ne sont pas les marchés commerciaux, mais juste les marchés financiers. L’ensemble de la mondialisation est tiré en avant par un marché tout puissant et parasite => la bourse (trafiquée) et les produits financiers (pièges à cons).Alors, y a t’il des têtes derrière ces “marchés” que l’on nous sert à toutes les sauces? Y a t’il un pilote dans l’avion, dans ce grand jeux de l’impossible ou le mirage de la richesse financière est le seul et unique moteur ?


      • Arno Le 04 août 2014 à 20h59
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        …les plus dociles ou surtout les plus cupides.


  13. Chris Le 04 août 2014 à 13h31
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    L’Europe que les Commissions inféodées à Washington nous impose est du suicide.
    Un marché commun suffisait amplement au développement de nos économies nationales.
    Nos dirigeants nous ont vendu à la pieuvre américaine.
    Et pourtant, je suis profondément européenne où j’ai liens familiaux, amis et ex-collègues disséminés un peu partout.
    Viendra le temps où l’OTAN enverra les troupes des derniers venus pour mettre au pas les populations récalcitrantes. Quel gâchis.
    De Gaulle (qui avait une profonde connaissance de l’Histoire) avait deviné les implications négatives d’une Europe supranationale et encore plus avec l’empereur dollar.
    Cette Europe fédérale me retourne l’estomac.


  14. perceval78 Le 04 août 2014 à 13h48
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    Logiquement l’article I 59 de l’union permet d’exclure tout pays qui ne respecte pas entre autres la parité Homme Femmes. Il se trouve que sur les 28 commissaires proposés ( il en reste encore 3 à définir) il y aura que 3 ou 4 femmes.l’UE peut elle s’auto dissoudre.

    Il y avait pourtant une solution très simple : chaque pays propose 1 homme 1 femme, Juncker sort ensuite une liste avec : 14 femmes 14 hommes …. vraiment très très simple …
    =
    http://europa.eu/scadplus/constitution/objectives_fr.htm
    =
    l’UE promeut des valeurs mais n’en a strictement rien à foutre de leur application …


  15. Serge Le 04 août 2014 à 16h53
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    @Louis a écrit :” Je ne sais plus qui disait “un nation si ça ne s’entretient pas ça meurt” et j’ai depuis cette conversation le désagréable sentiment que la nation française est en train de mourir. La plus grande réussite de cette Europe aura sans aucun doute été la création d’une population “dénationalisée” tout à fait préparée aux idées de fédéralisation.”
    C’est évident !

    Essayons d’établir une liste des causes de délitement des liens entre nationaux .

    Après 1500 ans ans de stabilité ,avec une immigration massive venue du continent africain,la France est devenue brutalement (en quelques décennies ),une société multiethnique et multiculturelle .
    La société s’est atomisée : destruction de la famille traditionnelle , consumérisme individuel hédoniste .
    Manque de transmission de l’histoire,tant au niveau familial que national,si ce n’est que la repentance obligée pour tout français de souche qui doit battre sa coulpe et quasiment renoncer à exister .
    Relativisme post-moderne à tous les échelons .
    Etc …


  16. Serge Le 04 août 2014 à 17h10
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    Dire que l’UE fonctionne comme un simple agrandissement homothétique de notre état-nation est une aberration.

    Déjà la représentation au sein de nos nations est indirecte ,on délègue nos pouvoirs à des élus ,qui une fois installés font un peu ce qu’ils veulent pendant leurs mandats .
    Nous déléguons le pouvoir par paresse,il faut bien le dire .L’individu n’aime pas les gouvernants,mais il n’aime prendre la responsabilité de gouverner lui même .Il râle et veut des résultats ,c’est tout .
    Certes l’élu rend des comptes pour sa réélection,mais c’est très relatif ,et très espacé ds le temps .

    A l’échelon de l’UE ,cette distance entre le citoyen et sa représentativité l’est encore plus.Elle devient le mode de gouvernance par laquelle le pouvoir dépossède le citoyen .

    La politique a pratiquement disparu ,il n’est plus qu’administré

    La visibilité est absente . Qui fait quoi,qui décide quoi,qui vote quoi?

    La démocratie se dissout dans une gestion administrative lointaine et obscure .

    Le faux état qu’est l’UE ,devient une machinerie où le lobbying de groupes de pression est bien plus efficient que la volonté des peuples .

    Je sais ce qu’on va me rétorquer : »alors ,pour remédier à cela …il faut encore plus d’Europe,il faut construire un vrai état à l’échelle européenne » .

    Je dis que cela n’arrivera pas ,c’est presque impossible à cet échelon ,avec des nations au passé aussi différencié .”On ne fait pas d’omelette avec des oeufs durs” ,disait de Gaulle .

    D’ailleurs justement,L’UE n’a pas été construite pour cela ,mais juste pour atomiser l’individu consommateur détaché du contrôle la vraie politique .


  17. Richard Le 04 août 2014 à 17h57
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    Il vont nous faire de l’union contre un ennemi commun. La Prusse à uni l’Allemagne dans une guerre contre la france. Et qui va jouer le rôle de l’ennemi?


  18. KOMETA Le 04 août 2014 à 19h09
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    Aaaaaah! Les États-Unis! Que ferait-on sans un modèle à copier ? Le copier quand tout semble avoir réussit et le copier à ses débuts… il y a une ‘saprée’ différence.

    Comment utiliser le résultat ‘final’ d’une aventure pour en démarrer une nouvelle ? Vaste programme.

    Faudrait pas oublier que de 1861 à 1865, c’était pas la fête là-bas. Pourquoi ?

    Parcequ’entre autre la ‘moitié’ Sud et la ‘moitié’ Nord n’avaient pas la même ‘vision’ du régime globale à emprunter. Au Sud : Confédération. Au Nord : Fédération.

    Et la différence entre les deux est de taille. Confédération et fédération diffèrent par le degré de liberté face à un pouvoir centralisé.

    Toujours est-il que c’est bel et bien à coup de canons que l’idée ‘fédérale’, plus centralisée, a triomphée. C’est la vision du plus ‘fort’ aux poings qui l’a emporté. Tout une réussite.

    Le principe de péréquation, le transfert des ‘ressources’ entre les différentes régions, est l’élément dominant d’une fédération. C’est en partie le prix à payer pour conserver un minimum de cohésion de l’ensemble.

    Est-ce le fruit d’une bonté raisonnable et ‘naturelle’ témoignant d’un vouloir vivre ensemble ou une nécessité pour tenir ensemble les différents éléments qui tout aussi ‘naturellement’ pourraient bien se détacher les uns des autres advenant une certaine baisse de ‘bonté naturelle’ ?

    Autrement dit, n’achète-on pas la paix plus qu’autre chose avec un système de péréquation ?

    Qui n’a pas entendu parlé de la ‘Bible Belt’ aux USA ? Cette ceinture, c’est la marque de la fracture qui existait sur le territoire au moment de la Guerre de Sécession. C’est encore d’actualité après quelques 150 ans !

    Il aura fallu attendre les années 1960 avant que l’idée ségrégationiste commence à perdre de son intensité. Sont forts les USA.

    Alors, lorsqu’on parle des USA, faudrait faire un peu d’histoire quand même. Instrospecter, disséquer…

    Lorsque l’on s’intéresse à l’étude comparée et historique des différents régimes constitutionnels on remarque que la fédération, dans la plupart des pays qui la pratique, s’est plus souvent qu’autrement imposée par des ‘coups de force’, en catimini, furtivement, hypocritement : des ‘deals’ pas trop clairs.

    Au Canada par exemple, le régime, confédéral à ses débuts en 1867, aura grandement profité des deux guerres mondiales pour se métamorphoser, en régime fédéral, à la douce, sans que cela ne paraisse trop. Le résultat est pas si mal, mais tout de même. En 1967 on a commémoré le Centenaire de cette Confédération… qui n’en était plus une depuis fort longtemps. Et personne n’a bronché. Pourquoi un tel ‘messonge’? Public en plus. Si l’idéal fédératif va de soi, pourquoi s’en remettre à des procédés pas toujours… très nets et très clairs. Que signifie qu’une des provinces, l’Alberta, pour ne pas la nommer, gorgée des revenus du pétrole des sables bitumineux, songe sérieusement à remettre en question les mécanismes de péréquation qui seraient devenus, selon ses dires, de l’assistanat pour les provinces ‘rénégates’ (Eh oui! Encore des Grecs. Même au Canada !). Ça joue du coude, pas toujours propre-propre une fédération.

    L’idée de fédérer, est-elle issue du peuple ? Qui a écrit à son gouvernement pour dire à ses dirigeants : ” Monsieur/Madame – Je crois que nous devrions fédérer… quelque chose – Merci”. Personne n’a fait cela.

    Fédérer ? Idée mégalomane de concentration… vers un mini-empire, calque d’un plus gros ?

    On peut regarder. Mais en premier, surtout s’en méfier. Histoire oblige.

    Il y a au centre de l’Europe un petit pays qui, ma foi, se débrouille pas si mal : La Suisse. Son régime est confédéral, pas fédéral.

    Comme par hasard, on remarquera que les structures qui fonctionnent et tiennent dans le temps ne tendent pas vers des extrêmes sans limites. Ni anorexiques, ni obèses à outrance. Étrange les rêves de grandeur parfois. Existerait-il une taille optimale en toute chose ?

    À constater la ‘puissance’ des arguments des chantres de la grande messe ‘Europe’, j’ai… des doutes.

    Faites le tour (internet) de la planète. Regardez d’autres’fédérations’. Faites-en une analyse historique et comparée. C’est long. Mais vous verrez bien. Derrière l’idée ‘fédéral’ peut se cacher celle de ‘puissance’. De qui ? Pas souvent du peuple en tout cas, plus souvent destiné à se satisfaire des… miettes. Évidemment plus on se goinfre quelque part, plus il y a de miettes. Évidemment.

    Coordialement.


  19. Serge Le 04 août 2014 à 21h09
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    J’ai oublié la mobilité moderne ,là où la société était quasi sédentaire jusqu’aux années 50-60 .Et ce n’est pas non plus le “festivisme” déambulatoire si génialement dépeint par Philippe Muray ,qui va créer du lien .Pas plus que l’hystérie des foules supportrices des matches sportifs.On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre,c’est ainsi…
    L’auteur dit: “les EU sont une nation “,j’ai des doutes .Ce n’est pas parce qu’ils chantent l’hymne la main sur le coeur,que cela suffit “à faire nation” ,comme on dit dans la langue branchouille .


  20. Hellebora Le 05 août 2014 à 00h27
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    “Berlin presse Berne d’appliquer les sanctions de l’UE”. “L’Allemagne aimerait que la Suisse se joigne aux sanctions prises par l’Union européenne contre la Russie dans le cadre du dossier ukrainien.” Pour le moment la Suisse tient bon “mais si la Russie est coresponsable du tir de missile contre le vol MH17 de Malaysia Airlines, la position de la Suisse sur les sanctions pourrait changer” a déclaré le ministre helvétique de l’Economie, Johann Schneider-Ammann…

    in La Tribune de Genève : http://www.tdg.ch/suisse/Berlin-presse-Berne-d-appliquer-les-sanctions-de-lUE/story/30019139?utm_medium=twitter&utm_source=twitterfeed


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