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29.novembre.202029.11.2020 // Les Crises

Écarts de salaire excessifs : Les électeurs de San Francisco votent une hausse d’impôts pour les entreprises

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Source : Consortium News, Sarah Anderson
Traduit par les lecteurs du site Les Crises

Pour non seulement survivre à la pandémie, mais aussi émerger comme une nation plus résiliente, il faut que les États-Unis corrigent des pratiques salariales d’une injustice indécente, écrit Sarah Anderson.

Les PDG ne sont pas la cause de la pandémie. Mais ils sont largement responsables d’un modèle qui a fait exploser les profits des entreprises, laissant les employés non qualifiés dans l’insécurité financière. Lorsque la crise de la Covid-19 a frappé, il n’a pas fallu grand chose pour faire basculer des millions de travailleurs vulnérables.

Si nous voulons non seulement survivre à la pandémie mais aussi en ressortir comme nation plus résiliente face aux futures crises, nous devons inverser ces pratiques salariales d’une injustice obscène.

Les électeurs de San Francisco viennent de faire un pas important dans cette direction.

Par 65 % des votes en faveur et 35 % en contre, ils ont voté pour approuver la proposition L, visant à augmenter les impôts pour les entreprises ayant des écarts de rémunération excessifs entre le PDG et les salariés. Une majorité simple était requise pour que la mesure soit adoptée. Très précisément, la proposition prévoit une augmentation des taux d’imposition sur les revenus des entreprises locales, allant de 0,1 % supplémentaire pour les sociétés qui paient leurs PDG plus de 100 fois le salaire d’un travailleur moyen de San Francisco à 0,6 % pour les sociétés dont le ratio de rémunération est de 600 pour 1 ou plus.

Pour avoir une idée de l’impact potentiel sur des entreprises spécifiques, pensez à McDonald’s. L’année dernière, le PDG Stephen Easterbrook a gagné 17,4 millions de dollars avant de se retirer en novembre. C’est environ 522 fois plus que ce que gagnerait un membre de l’équipe du géant de la restauration rapide rémunéré au salaire minimum de San Francisco qui est de 16,07 dollars sur une base annuelle et à plein temps.

À moins que McDonald’s n’apporte de grands changements dans ses pratiques de rémunération, ces chiffres indiquent que la société devra payer un supplément de taxe sur la tranche supérieure de la fourchette proposée, sur le pourcentage du chiffre d’affaire de ses quelque 16 restaurants de San Francisco.

St. Paul, Minnesota, les travailleurs rejoignent la grève nationale de la restauration rapide pour obtenir des salaires plus élevés et plus d’avantages sociaux, avril 2016. (Fibonacci Blue, Flickr)

Les retombées positives de la décision de ce scrutin sont doubles. Elles inciteront les entreprises à réduire leurs écarts de rémunération tout en générant des revenus pour les programmes de réduction de la pauvreté et des inégalités. Selon les autorités municipales, cette taxe devrait rapporter 140 millions de dollars par an. San Francisco est la deuxième ville du pays à adopter une taxe sur les disparités salariales entre PDG et salariés. Pour les amateurs de concepts fiscaux, je voudrais souligner certaines différences entre la proposition de San Francisco et la taxe de Portland :

A Portland, on utilise les données du ratio PDG/salariés que les grandes entreprises publiques sont déjà tenues de communiquer à la Securities and Exchange Commission (SEC). A San Francisco par contre, les entreprises devront faire des calculs supplémentaires.

En vertu du règlement de la SEC, les entreprises calculent leur salaire médian sur leur effectif global et ne sont pas autorisées à convertir en équivalents temps plein les rémunérations versées aux employés à temps partiel.

Dans le cadre du plan de San Francisco, le salaire médian des salariés est calculé sur la base des employés travaillant dans la ville de San Francisco et les entreprises peuvent convertir les salaires à temps partiel en équivalents temps plein. (Cela permettra de réduire les ratios de rémunération dans les entreprises qui dépendent fortement des employés à temps partiel)

Étant donné que Portland utilise les données de la SEC, l’impôt ne s’applique qu’aux sociétés publiques, alors que la réforme de San Francisco couvre toutes les entreprises (à l’exception des petites entreprises ayant un chiffre d’affaires inférieur à un million de dollars), quelle que soit la structure de leur capital.

En raison des différences dans les régimes fiscaux des entreprises locales, l’assiette de l’impôt des deux villes diffère. À Portland, la surtaxe s’applique à un impôt local sur les bénéfices des entreprises. Pour la plupart des entreprises de San Francisco, la majoration s’appliquera à l’impôt sur les recettes brutes actuelles en ville. La seule exception concerne les opérations qui sont principalement exercées dans des services administratifs ou de gestion et qui n’ont donc pas de ventes locales suffisantes. Si ces entreprises comptent plus de 1 000 employés et réalisent un chiffre d’affaires annuel supérieur à 1 milliard de dollars à l’échelle nationale, elles seront soumises à une augmentation de l’impôt calculée en fonction de l’importance de leur masse salariale locale.

Manuel sur les propositions d’imposition applicables aux dirigeants d’entreprise

En mai 2020, un « village dortoir sécurisé » au Civic Center de San Francisco a organisé des tentes selon un quadrillage espacé de facçon régulière comme alternative plus sûre aux habituels campements de sans-abri de la ville. (Christopher Michel, CC BY 2.0, Wikimedia Commons)

Si on laisse de côté tous ces détails techniques, les deux modèles font avancer le processus visant à lutter contre les inégalités d’une manière qui devrait donner une forte impulsion pour d’autres initiatives du même style. Des législateurs ont introduit des projets de loi similaires dans au moins huit législatures d’État, dont celle de la Californie, ainsi qu’au Sénat et à la Chambre des représentants des États-Unis..

En pleine pandémie, le plaidoyer en faveur de telles taxes est encore plus convaincant.

« Nous sommes convaincus que les grandes entreprises qui peuvent se permettre de verser chaque année des millions de dollars de salaires à leurs dirigeants peuvent se permettre de payer leur juste part d’impôts pour nous aider à nous remettre sur pied », a écrit Matt Haney, superviseur de San Francisco, dans une déclaration en faveur de la proposition L.

Bien sûr, il y avait aussi des détracteurs de la proposition L. Le républicain Richie Greenberg, qui a échoué dans sa course à la mairie de San Francisco en 2018, a publié une déclaration avant le vote affirmant que la taxe ne servirait à rien car « les salaires des employés sont fonction de leur expérience et de leur valeur pour une entreprise. »

Cet argument éculé aurait dû être enterré après la crise financière de 2008, lorsque des dirigeants financiers à la recherche de bonus massifs ont fait chuter notre économie dans l’abîme.

Elle devrait être d’autant plus enterrée que les PDG continuent d’empocher de gros salaires alors que nous sommes en période de récession et que les travailleurs en première ligne nous montrent chaque jour à quel point ils ont été longtemps sous-évalués.

Après l’élection, le superviseur Haney a publié un tweet indiquant que les recettes de cette taxe seront utilisées pour « soutenir nos services de soins et systèmes de santé publique, qui sont fortement sollicités en raison des conséquences des inégalités. Nous allons engager des infirmières, des travailleurs sociaux et des intervenants d’urgence, et élargir les possibilités d’accès et de traitement. »

Souligant que la mesure a remporté un franc succès dans presque tous les quartiers, Haney a ajouté que « les électeurs exigent que nous prenions des moyens pour lutter contre les inégalités. »

Sarah Anderson est directrice du projet sur l’économie mondiale à l’ Institute for Policy Studies et elle est la co-éditrice du site web Inequality.org de l’IPS Vous pouvez la suivre sur @SarahDAnderson1.

Source : Consortium News, Sarah Anderson, 09-11-2020

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TZYACK // 29.11.2020 à 08h47

Enrichissement sans cause :
Il est injuste et intolérable que les profits de quelques-uns (1%) soient les pertes de tous les autres (99%) : … « Rappelons qu’aujourd’hui en France, 40 % de notre dette publique correspondent au seul remboursement des intérêts que nous acquittons aux marchés financiers. Si nous avions conservé le circuit du Trésor, légué notamment par François Bloch-Lainé, et qui a permis de reconstruire la France d’après-guerre en une génération, au lieu d’inscrire dans le marbre du Traité de Maastricht (qu’il faudra réviser tôt ou tard) l’assujettissement de la souveraineté d’un État aux caprices irrationnels des « marchés », nous n’aurions pas ou peu d’intérêts à payer sur notre dette. »

42 réactions et commentaires

  • TZYACK // 29.11.2020 à 08h47

    Enrichissement sans cause :
    Il est injuste et intolérable que les profits de quelques-uns (1%) soient les pertes de tous les autres (99%) : … « Rappelons qu’aujourd’hui en France, 40 % de notre dette publique correspondent au seul remboursement des intérêts que nous acquittons aux marchés financiers. Si nous avions conservé le circuit du Trésor, légué notamment par François Bloch-Lainé, et qui a permis de reconstruire la France d’après-guerre en une génération, au lieu d’inscrire dans le marbre du Traité de Maastricht (qu’il faudra réviser tôt ou tard) l’assujettissement de la souveraineté d’un État aux caprices irrationnels des « marchés », nous n’aurions pas ou peu d’intérêts à payer sur notre dette. »

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    • lois-economiques // 03.12.2020 à 13h17

      Raisonnement faux.
      Su vous financez par le Trésor alors c’est la monnaie qui chute ce qui revient à un impôt sur tous.

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      • piedecou // 04.12.2020 à 10h11

        Vous devriez aller expliquer ça aux japonais.

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  • Urko // 29.11.2020 à 08h47

    Henry Ford disait que le dirigeant d’une entreprise ne saurait gagner plus de quarante fois le salaire du collaborateur le moins bien rémunéré de ladite entreprise. Qu’un PDG talentueux et travailleur, dont les décisions assurent le développement de son organisation et qui encourt des risques juridiques, se voit mieux payé qu’un salarié aux fonctions n’exigeant rien de clef, voilà qui n’a rien de trop choquant dans l’absolu, mais si l’écart dépasse certains seuils, cela n’est pas cohérent : aucune compagnie ne dépend du travail d’un homme au point qu’il gagne à lui seul autant que 10 000 salariés dont les tâches contribuent aux profits de l’entité (sinon, pourquoi les aurait elle embauchés ? On ne peut pas prétendre avoir besoin de leur travail puis dire qu’il ne contribue à rien). Après, les moyens de contourner toute règle essayant de limiter la dispersion des rémunérations au sein d’un même groupe ne manquent pas : deconsolidation de filiales, stock options, délocalisation, création de fondations… De Gaulle avait essayé d’imposer la participation ; cela a fonctionné, dans des proportions qui demeurent toutes relatives toutefois.

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    • RGT // 29.11.2020 à 10h18

      Henry Ford était encore plus « intégriste » que ça : Il avait dit que le salaire le plus bas et le plus haut d’une entreprise ne devait pas dépasser un facteur 10 sous peine de voir la cohésion sociale de l’entreprise s’effondrer.

      Certes, je ne pense pas du tout que dans la réalité des faits il se soit contenté de gagner « seulement » 10 fois le salaire d’un simple balayeur (les dividendes seraient aussi à comptabiliser, grosse différence) mais au moins il avait mis le doigt sur un problème crucial.

      Depuis, c’est la « fête du slip » chez les dirigeants et les plus nocifs (pour les entreprises, pas pour les actionnaire$) se voient versés des rémunérations indécentes ET des parachutes dorés même s’ils sont directement à l’origine de la faillite des entreprises (particulièrement en France et surtout s’ils sont de « divins énarques » qui pourront ensuite pantoufler dans une administration et continuer leurs méfaits).

      C’est bien le seul point sur lequel j’approuve totalement Charles Gave : Si un « dirigeant charismatique » fait une connerie il doit TOUT perdre et se retrouver en slip sous un pont pour avoir enfin l’opportunité de réfléchir sur son comportement et ses erreurs.

      Actuellement, c’est « libéralisme » pour les gueux et « socialisme » pour les plus nantis.

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      • EugenieGrandet // 29.11.2020 à 11h57

        Sur le point concernant C Gave, c’est difficilement soutenable.
        « S’il fait une connerie ». Il n’en fait jamais, C Gave? Et vous non plus?
        Et qu’est-ce qu’une connerie?
        De plus, quelque fois cela se voit 5 ou 10 ans après quand le dirigeant n’est plus là (fusion/acquisition ou cession, entrée sur un nouveau marché, …)
        Enfin, dans mon ex entreprise, le CEO ne pouvait engager au-delà d’un certain montant sans passer par le Conseil d’Administration.

        Alors sa « connerie » et/ou celle de son Conseil ? Tout le monde en sous-vêtement (il y a des dames) ?

        Sans oublier les actionnaires quelquefois conviés à valider ou rejeter certaines décisions.

        PS Je suis absolument pour la limite du facteur 40, tout compris . Ça a fonctionné pendant les 30 glorieuses.
        Et qu’on ne vienne pas me dire que les patrons français vont partir à l’étranger. Seule une minuscule minorité a de une valeur internationale.

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        • RGT // 01.12.2020 à 11h12

          Je ne partage pas du tout l’immense majorité des « pensées » de Charles Gave, mais celui concernant le fait d’assumer ses responsabilités en se retrouvant « en slip » est bien la seule que je trouve correcte.

          Et bien sûr, si l’on suit ses propos jusqu’au bout (il faut AUSSI écouter les arguments de personnes qu’on désapprouve, on y trouve parfois des concepts justes) il ne faudrait JAMAIS venir « renflouer » avec des fonds publics les conneries des « dirigeants bienveillants » mais les traduire devant les tribunaux et les envoyer à Cayenne pour 50 générations.

          Un autre point que j’approuve chez Charles Gave, c’est sa haine profonde du « libéralisme pour les gueux et socialisme pour les élites ».

          Un dirigeant ne fait que suivre les instructions du conseil d’administration et de l’assemblée générale des actionnaires…
          Que ces derniers le suivent AUSSI dans la ruine et à Cayenne car c’est AUSSI leur cupidité sans bornes qui a mené à cette situation.

          Et que les « gestionnaires » de « fonds de placement » qui promettent monts et merveilles à des « gueux » qui n’ont jamais été informés des nuisances et des risques des « placements fabuleux » les suivent aussi car ils sont directement responsables à la fois de l’appauvrissement global de la population mais aussi de « l’évaporation » des économies (gagnées avec leur sueur) des « moins que rien » qui se sont faits escroquer.

          Quitte à investir dans de la merde, je préfère encore acheter une citerne de lisier qui pourra toujours servir d’engrais dans la « vraie vie ».
          Ça rapporte certes moins à court terme, mais c’est bénéfique sur le long terme.

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      • lois-economiques // 03.12.2020 à 13h25

        « Actuellement, c’est « libéralisme » pour les gueux et « socialisme » pour les plus nantis. ».
        La pensée de Ch. Gave est un libéralisme pure et dure qui a complètement échoué en 1929.
        Il devrait s’en souvenir avant de continuer à dire ses âneries.
        Le libéralisme ayant échoué il a été remplacé après guerre par une vision plus mixte ou l’Etat a un rôle à jouer conformément à la vision de Keynes.
        Le Keynésianisme a été remis en cause dans les années 1970 et remplacé par le néo-libéralisme afin de continuer la croissance ce que ne permettait pas le Keynésianisme compte d’une répartition des fruits de la croissance homogène au sein de la société ce qui est facteur d’inflation dès que la saturation des biens et des services arrivent à saturation.

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    • utopiste // 29.11.2020 à 14h08

      Il faut juste mettre sur un pied d’égalité politique employés et dirigeants à l’intérieur de l’entreprise. La loi martiale qui y règne aujourd’hui est néfaste et dépassée. Quand aux « investisseurs » financiers, qui sont des coûts au même titre que tous les autres fournisseurs de biens et services, il faut leur ôter toute influence sur le fonctionnement de l’entreprise.

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  • Urko // 29.11.2020 à 08h49

    Henry Ford disait que le dirigeant d’une entreprise ne saurait gagner plus de quarante fois le salaire du collaborateur le moins bien rémunéré de ladite entreprise. Qu’un PDG talentueux et travailleur, dont les décisions assurent le développement de son organisation et qui encourt des risques juridiques, se voit mieux payé qu’un salarié aux fonctions n’exigeant rien de clef, voilà qui n’a rien de trop choquant dans l’absolu, mais si l’écart dépasse certains seuils, cela n’est pas cohérent : aucune compagnie ne dépend du travail d’un homme au point qu’il gagne à lui seul autant que 10 000 salariés dont les tâches contribuent aux profits de l’entité (sinon, pourquoi les aurait elle embauchés ? On ne peut pas prétendre avoir besoin de leur travail puis dire qu’il ne contribue à rien au moment d’en repartir les fruits). Après, les moyens de contourner toute règle essayant de limiter la dispersion des rémunérations au sein d’un même groupe ne manquent pas : deconsolidation de filiales, stock options, délocalisation, création de fondations… De Gaulle avait essayé d’imposer la participation ; cela a fonctionné, dans des proportions qui demeurent toutes relatives toutefois.

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    • pat // 29.11.2020 à 22h33

      voir les profits de de notre ancien pdg de Renault monsieur carlos gon,,,,

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  • moruet // 29.11.2020 à 08h53

    Cela va dans le bon sens, mais pourquoi le taux est-il aussi faible ? Entre une augmentation de 0,1% des impôts et la liberté de se donner un salaire mirobolant, le choix ne sera-t-il pas de se moquer d’une surtaxation aussi faible et de continuer ces pratiques salariales exubérantes ?

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  • Otb_Green // 29.11.2020 à 09h01

    Mon cerveau bug un peu quand il essaye de réfléchir au lien entre un meilleur pouvoir d’achat et la lutte contre le réchauffement climatique.

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  • LS // 29.11.2020 à 09h17

    Au delà du symbole, de deux choses l’une : soit cette taxe sera indolore ou mitée par des niches fiscales ; soit les entreprises partiront. On peut prévoir un avenir sombre pour ces mesures.

    C’est l’éternel problème d’une limitation de la souveraineté réelle (au choix : individuelle, locale, populaire, nationale…) par la concurrence et la liberté des flux notamment de capitaux. A un autre niveau, c’est très exactement le problème de l’appartenance à l’UE et à la zone Euro.

    J’entends bien qu’on peut instrumentaliser cette liberté de flux pour limiter les risques de totalitarisme démocratique et d’hubris populaire ou communautaire (qui sont, par ailleurs, les hantises déclarées des libéralismes depuis plus de 2 siècles), mais la radicalité de notre système (qui n’est que minoritairement libéral d’autre part) est à mon sens pire que le mal.

    Pour clarifier mes opinions : Oui, je pense qu’il n’existe pas de démocratie (à l’échelle d’une nation) aujourd’hui dans le monde et qu’on en est même très (trop) loin. Le sens que je donne à ce mot est le sens historique et radical, ou celui d’E. Chouard par exemple, pas le gloubi-boulga sémantique du monde médiatique actuel.
    Non, je ne suis pas complètement démocrate en ce sens, ni libéral d’ailleurs.

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    • LibEgaFra // 29.11.2020 à 10h53

      « ; soit les entreprises partiront. »

      Macchose partir? Quelle bonne nouvelle se serait pour la santé de tous les ados!

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      • Patrick // 29.11.2020 à 16h51

        Elles partiront juste s’installer dans l’état voisin qui n’a ces taxes.
        Il semblerait qu’il y ait déjà quelques mouvements de population pour les mêmes raisons.

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        • lois-economiques // 03.12.2020 à 13h32

          Les entreprises délocalisent lorsque la vente de leur production ne dépend pas de la localisation de leur clientèle.
          La délocalisation de la restauration n’a dans ce contexte aucun sens …

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  • raoul // 29.11.2020 à 09h21

    Encore une loi qui sera contournée… ici, c’est assez facile avec des stock-options par exemple, ou bien, via la création d’une société o le PDG est le seul membre… Et, le tour sera joué !!!
    Je pense que lorsqu’une société devient trop grosse (Gafam, Big Pharma, etc.. même Nestlé), elles devraient être démembrée. Mais ce n’est pas dans l’intérêt des 1% ‘dominants’ !

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    • Eugeniegrandet // 29.11.2020 à 12h00

      l’histoire américaine regorge de démanbrement d’entreprises devenues monopolistiques. Ça pend au nez des Gafam.

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      • D.R. // 29.11.2020 à 15h45

        Ça ne fourmille pas tant que ça ! Le démantèlement le plus connu est celui de la Standard Oil qui a donné naissance à Sept société pétrolière qui étaient tellement démembrées qu’on les appelait « les sept soeurs » !

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  • Jaceneliot // 29.11.2020 à 10h12

    Je ne comprendrais JAMAIS la masse de personnes défendant les inégalités. Au-delà même d’une dissertation factuelle sur ce qu’amène chacun dans une entreprise, de mise en évidence de l’amplitude de ces écarts, de l’utilité et de l’optimisation d’un tel partage pour une société, il y a un moment où les gens doivent commencer à défendre ce qu’ils ont. Les plus amusants sont ces gens très mal payés, avec un travail difficile, mais convaincus sans le dire qu’ils pourront un jour être riches. Ils défendent coeur et âme ce système ultra-inégalitaire alors qu’ils en sont les première victimes, insutant les classes plus éduquées, bien payées mais qui se battent pour les droits des moins biens lotis. C’est vraiment le monde à l’envers. Un moment, au-delà des arguments rationnels, il faut juste se battre pour ses propres intérêts.

    Au-delà de ça, un petit exemple illustratif fictif dans la préhistoire : aurait-on pu imaginer qu’un homme récupère 95 % de la carcasse du mamouth, sous prétexte qu’il a fourni quelques lances au départ, et qu’il a organisé le plan de la chasse ? On aurait donc une tribu de 50 personnes courant après la bête pendant 10 jours, la harcelant, et ces 50 hommes auraient du ramener la carcasse, donner 95 % à celui qui a fourni un peu de matériel et créé le plan de chasse, et garder 5 % pour 50 personnes. Et si on veut continuer la métaphore, cet homme aurait probablement reçu un stock de lances en héritage à la base.

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    • Véro // 29.11.2020 à 10h42

      Et à force il serait mort de faim, parce que 50 personnes qui se partagent 5% ne peuvent plus au bout d’un certain moment courir après le gibier. Il serait donc mort de faim, sauf s’il peut trouver 50 autres bonshommes pour les épuiser, etc etc.
      Vous avez raison de souligner l’incohérence de l’attitude de ceux qui subissent. Mais ça s’explique parce que tout le monde ne subit pas la même chose en même temps. Tant qu’une partie de la population (bien éduquée mais pas trop), pense pouvoir progresser, si cette partie est suffisante, l’illusion est maintenue. Il suffit d’endormir les gens avec des théories plus ou moins fumeuses. Alors que la simple pensée que machin gagne 100 fois plus que lui devrait conduire directement l’individu à la contestation.

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      • LibEgaFra // 29.11.2020 à 11h03

        « Et à force il serait mort de faim, parce que 50 personnes qui se partagent 5% ne peuvent plus au bout d’un certain moment courir après le gibier. Il serait donc mort de faim, sauf s’il peut trouver 50 autres bonshommes pour les épuiser, etc etc. »

        C’est beaucoup plus simple que ça: les 50 – qui ont les lances donc – s’en servent pour tuer le propriétaire des lances et gardent pour eux le gibier et les lances. A l’époque les p@rasites n’avaient pas de place. Renseignez-vous sur le sens du don dans les sociétés premières et sur son inversion.

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        • Gracques // 29.11.2020 à 11h28

          Voir le site « la hutte des classes » anthropologue tendance marxiste , mais gaffe les choses ne sont jamais simple et lui distingue richesses et inégalités … et meme chez les chasseurs cueilleurs dans certains cas les inégalités peuvent apparaitre ( avec jusqu’a l’esclavage a la clef).

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          • Feufollet // 29.11.2020 à 13h44

            La « hutte des classes »
            Voilà un site abjecte à éviter absolument

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            • gracques // 02.12.2020 à 07h24

              Heu , oui et pourquoi ?
              Un peu trop intello gaucho pour vous ?
              Enfin lui fait de la’ science (sociale) à ciel ouvert , plus de questions, d’interrogations, d’hypothèse à valider et de critiques constructives des pairs…. que de certitudes …..pour moi un vrai régal.

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        • Véro // 29.11.2020 à 20h12

          J’ai employé le conditionnel. Oui bien sûr que dans des sociétés qui sont face à une adversité importante, on se serre les coudes. Le collectif tient un place importante.

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    • Manu // 29.11.2020 à 12h02

      Merci pour cette métaphore géniale. Je saurai m’en souvenir !

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    • lois-economiques // 03.12.2020 à 13h35

      « Ils défendent coeur et âme ce système ultra-inégalitaire alors qu’ils en sont les première victimes, insutant les classes plus éduquées, bien payées mais qui se battent pour les droits des moins biens lotis. C’est vraiment le monde à l’envers. »
      Non, c’est la puissance de la propagande (« just do it », « si tu le veux tu le peux ») allié à l’échec de toute l’idéologie communiste, répété en boucle par la propagande capitaliste qui détient la très grande majorité des médias.

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  • D.R. // 29.11.2020 à 10h26

    Waouh ! Augmenter le taux d’imposition de 0,1 à 0,6%, le capital en tremble encore !

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  • Gracques // 29.11.2020 à 11h30

    c’est un premier signe encourageant , la Californie est l’etat qui dans les années 70 , sous le gouvernorat de Reagan a commencé a creer ce monde cauchemardesque pour les classes populaires , puis moyennes de l’occident ….par un vote sur la baisse des impots.

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  • Ernesto // 29.11.2020 à 17h53

    Accord avec D.R. Il faut se départir de l’illusion qu’une réforme fiscale, même d’ampleur, serait de nature à créer les conditions d’un début de dépassement du capitalisme en corrigeant ses excès les plus criants.

    C’est d’ailleurs là, le principal reproche qu’on peut imputer au dernier ouvrage de Thomas Piketty: « Capital et idéologies », qui aurait dû en fait s’intituler : »inégalités et idéologies ».

    Car le capital, c’est bien autre chose que l’exposition choquante d’inégalités totalement obscènes en matière de salaires ou de revenus (la petite partie la plus visible de l’iceberg).

    Le capitalisme est un mode de production qui institutionnalise des rapports sociaux (propriété, production, salarial, monétaire, marchand). In fine, c’est lui qui décide de tout, ne laissant au salarié comme seule liberté, que de travailler et se taire.

    Pour s’émanciper de cette emprise colossale, nulle autre issue que de détruire ces structures du capital, et de mettre en oeuvre, par exemple, les solutions préconisées par Bernard Friot et le réseau salariat.

    Pour reprendre un ancien slogan auto-gestionnaire: « on conçoit, on produit, on vend, on se paie » comme chez LIP ou à Gémenos Marseille, et là, plus d’écarts de salaires pharaoniques et scandaleux que rien ne justifie.

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    • Patrick // 29.11.2020 à 18h46

      Rien ne vous empêche de créer une scop et d’auto-gérer une entreprise.
      En ce qui concerne les structures du capital, nous avons assister depuis les années 70 à une augmentation monstrueuse du crédit , donc des dettes de partout, et de la création monétaire qui ont fait enfler la quantité de capital .. c’est ce capital fictif qu’il faut détruire.. de toute façon il est bien partir pour se détruire lui-même.

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      • JBB // 29.11.2020 à 23h51

        D’abord avec Patrick, tous les gens de gauche sont libres de mettre leur revenus en communs, de se cofinancer leur retraite complémentaire, de créer leurs propre entreprises et même de n’acheter que des choses produites par eux même. On se demande bien pourquoi ils ne le font pas.

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        • JBB // 29.11.2020 à 23h52

          Ils peuvent même utiliser leur propres monnaie alternative.

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          • Véro // 30.11.2020 à 02h13

            Bah oui, c’est bien ce qu’il va falloir faire si on veut retrouver le chemin du progrès. Mais il y aura pas mal de choses à changer. Renouer avec le protectionnisme, peut-être même supprimer la bourse, parce que la mondialisation et la financiarisation de l’économie paralysent les initiatives, et les investissements productifs.

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            • lois-economiques // 03.12.2020 à 13h40

              La notion « d’investissement productifs » cela n’existe plus depuis bien longtemps.
              Et pour vos mesures essayez donc, vous tiendrez au max 15 jours avant de vous faire renverser par la furie populaire…

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        • SanKuKaï // 30.11.2020 à 21h21

          Des modes de vie parallèles se sont mis en place dans les ZAD, ils ont pris des grenades.

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  • Casimir Ioulianov // 30.11.2020 à 13h25

    Micro-mesure de droit fiscal local ne s’appliquant qu’à un unique conté de Californie , gentrifiée à l’excès via les emplois forts qualifiés et payés de la silicon valley voisine , les lobbies ont laissé passer … d’autant que les boss de la tech crèchent plus là et se gavent pas en salaire de toutes façons.
    Par contre une mesure comme la prop 22 qui concernait tout l’état voir plus … oulalala pas pareil , ça sort la grosse artillerie , la com de guerre et hop ! magique … ça passe pas.
    https://www.theguardian.com/us-news/2020/nov/11/california-proposition-22-uber-lyft-doordash-labor-laws
    Bref, ils ont laissé passer la paille pour mieux leur coller une poutre dans le … et il faudrait dire quoi ? MERCI PATRON ?

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  • Ernesto // 01.12.2020 à 19h11

    @Patrick et JBB :  « rien ne vous empêche de créer une scop et d’auto-gérer une entreprise » ; « on se demande bien pourquoi ils ne le font pas ».

    Ne jouez pas les faux naïfs : le capital peut tolérer à la limite quelques rares îlots de « socialisme » dans un océan de capitalisme, mais si on voulait changer d’échelle et atteindre le niveau global macroéconomique, il en irait tout autrement. Le capital dispose de nombreux outils, et non des moindres, pour tuer dans l’œuf toute velléité de vouloir concurrencer sa domination sans partage.

    Au départ, pour lancer le cycle de production, il faut un capital ; sans épargne préalable, il serait possible de l’obtenir par création monétaire (comme en ce moment avec « l’argent magique » qui coule à flots pour aider les entreprises) ; sauf que les banques et la finance sont privées, leurs dirigeants acquis de longue date au néolibéralisme, ces derniers ne vont donc pas se tirer une balle dans le pied en acceptant de financer des projets qui remettraient en cause leurs dogmes dominants.

    Si l’entreprise existe déjà, pour en prendre le contrôle, soit il faut que les actionnaires et le patron aient mis la clé sous la porte et que les salariés motivés s’organisent pour prendre le relais, soit il faut exproprier le capitaliste possesseur de l’outil de production en nationalisant ce dernier, tout en évitant l’étatisation bureaucratique, ce qui suppose l’adoption de critères de gestion plus démocratiques.

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  • Ernesto // 01.12.2020 à 20h23

    Mais pour cela, il faut un rapport de force capital/travail favorable au second, ce qui est, reconnaissons-le, très loin d’être le cas actuellement.

    Quand je parle de « structures du capital », je ne pense pas seulement à l’institution du crédit, mais aussi aux rapports sociaux qui le définissent, ainsi qu’au marché du travail et à l’impressionnante ingénierie financière (titrisation, effet de levier, marchés de capitaux, marché des dérivés, etc…, qui lui ont permis de se développer et de se mondialiser.

    Remarquons en passant que sans « l’argent magique » de l’endettement, les gouvernants étaient « à poil » (« les caisses sont vides, je suis le 1er ministre d’un Etat en faillite » (F. Fillon)), face à la pandémie et l’arrêt de l’économie.

    Toute la question est de savoir si la dette qui enfle démesurément (« quoiqu’il en coûte ») sera remboursée ou non et par qui (la croissance?). Thierry Breton, commissaire européen n’a aucun doute, il faudra payer.

    Mais des tabous qui semblaient intouchables, tombent: certains pensent que l’ampleur du « trou », rend impossible le remboursement et qu’il faudra l’annuler partiellement ou totalement (A. Minc!).

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  • christian gedeon // 03.12.2020 à 17h28

    Hewlett-Packard part au Texas. Et ce n’est pas la première, ni la dernière. Quant à Ford il parlait bien des salaires et d’une fourchette de un à dix. Dès salaires hein, pas des dividendes ni des plus values. Il était aussi très admirateur d’Angel…pardon d’Adolf Hitler. Y a des références comme ça auxquelles on devrait réfléchir avant des utiliser. Ford T et Volkswagen premiere mouture, même combat.

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