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18.juillet.202018.7.2020 // Les Crises

États-Unis : Le Congrès doit empêcher la reprise des essais nucléaires

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Source : Consortium News, Daryl G. Kimball
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Le Congrès doit intervenir et fermer la porte à toute idée de reprise d’essais nucléaires, surtout si leur but est de menacer d’autres pays, écrit Daryl G. Kimball.

Il y a soixante quinze ans, le 16 Juillet, les États-Unis procédaient au premier essai d’explosion d’une arme nucléaire dans le désert du Nouveau-Mexique. A peine trois semaines plus tard, des bombardiers B-29 de l’US Air Force effectuaient des attaques surprises des villes de Hiroshima et Nagasaki, tuant au moins 214 000 personnes fin 1945, en blessant des milliers d’autres qui moururent les années suivantes.

Depuis, le monde a subi une coûteuse et mortelle course aux armements alimentée par plus de 2 056 essais nucléaires menés par au moins huit pays, dont plus de la moitié (1 030) furent conduits par les États-Unis.

Mais désormais, suite à des années de campagnes et de pressions citoyennes soutenues, d’avancées du congrès et de progrès scientifiques et diplomatiques, les essais nucléaires sont tabous.

Les États-Unis n’ont plus fait d’essais nucléaires depuis 1992, quand une majorité bipartite du congrès a imposé un moratoire de neuf mois sur les essais. En 1996, les États-Unis furent le premier pays à signer le Comprehensive Test Ban Treaty (CTBT, Traité d’Interdiction complète des essais nucléaires), qui interdisent de manière vérifiable les essais nucléaires de tous types.

Aujourd’hui, le CTBT comporte 184 signataires et bénéficie d’un soutien quasi universel. Mais il n’est pas entré formellement en vigueur du fait du refus des États-Unis, de la Chine et de 6 autres pays de ratifier le pacte.

Porte ouverte aux essais

En conséquence, la porte des essais nucléaires reste entrouverte, et maintenant certains responsables de la Maison Blanche et des membres du sénat dont le Dr Strangelove Caucus menacent de la faire sauter.

Selon un article paru le 22 mai dans le Washington Post, de hauts responsables de la sécurité nationale ont discuté de l’option d’une explosion nucléaire de démonstration lors d’une réunion inter-agences le 15 mai.

Un haut fonctionnaire a déclaré au Post qu’un « test rapide » effectué par États-Unis pourrait s’avérer utile pour les négociations alors que l’administration Trump tente de faire pression sur la Russie et la Chine pour qu’elles s’engagent dans des négociations sur un nouvel accord de contrôle des armements.

Pire encore, par un vote à majorité le mois dernier, la commission sénatoriale des services armés a approuvé un amendement du sénateur Tom Cotton (républicain de l’Arkansas) visant à autoriser 10 millions de dollars spécifiquement pour un essai nucléaire si le président Donald Trump en donne l’ordre.

Le sénateur américain Tom Cotton, à gauche, lors d’une visite en 2015 d’un site tactique de missiles Patriot sur la base aérienne d’Osan, en Corée. (William Leasure, Wikimedia Commons)

Un tel test pourrait être effectué sous terre en quelques mois seulement sur l’ancien site d’essai du Nevada, près de Las Vegas.

L’idée d’un tel essai nucléaire de démonstration est plus que téméraire. En réalité, la première explosion nucléaire expérimentale américaine en 28 ans ne contribuerait en rien à contenir les arsenaux nucléaires russes et chinois ni à améliorer l’environnement des négociations.

Au contraire, cela augmenterait les tensions et déclencherait probablement une flambée d’essais nucléaires par d’autres acteurs du nucléaire, conduisant à une course aux armements mondiale dans laquelle tout le monde sortirait perdant.

Donner des idées à d’autres pays dotés de l’arme nucléaire

D’autres pays dotés de l’arme nucléaire, comme la Russie, la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, auraient beaucoup plus à gagner des essais nucléaires réalisés par les États-Unis. Au cours des 25 dernières années, les laboratoires d’armes nucléaires américains ont dépensé des milliards pour entretenir l’arsenal américain sans procéder à des essais d’explosions nucléaires.

D’autres puissances nucléaires saisiraient sans doute l’occasion offerte par une explosion nucléaire américaine pour s’engager dans de multiples essais de leur côté, ce qui pourrait les aider à mettre au point de nouveaux types d’ogives plus dangereuses.

Les mesures prises par les États-Unis pour se préparer à des essais nucléaires ou pour les reprendre mettraient en lambeaux leur réputation déjà ternie de leader en matière de non-prolifération et tourneraient en dérision l’initiative du département d’État en faveur d’un dialogue multilatéral visant à créer un meilleur environnement pour progresser en matière de désarmement nucléaire. Les États-Unis rejoindraient la Corée du Nord, qui est le seul pays à avoir effectué des essais nucléaires au cours de ce siècle, ce qui en ferait un autre État voyou nucléaire.

Extrémité nord de Yucca Flat sur le site d’essai du Nevada, où la plupart des tests ont été effectués. (Bureau du site du Nevada de la National Nuclear Security Administration, Wikimedia Commons)

Comme l’a déclaré le 28 mai dernier le Dr Lassina Zerbo, secrétaire exécutif de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, « les actions ou activités de tout pays qui violeraient la norme internationale contre les essais nucléaires, telle que sous-tendue par le CTBT, constitueraient un grave défi pour le programme de non-prolifération et de désarmement nucléaires, ainsi que pour la paix et la sécurité mondiales de manière plus générale. »

Parler de renouveler les essais nucléaires américains déshonorerait les victimes de l’ère nucléaire. Il s’agit notamment des millions de personnes qui sont mortes et ont souffert de maladies directement liées aux retombées radioactives des essais effectués aux États-Unis, dans les îles du Pacifique, en Australie, en Chine, en Afrique du Nord, en Russie et au Kazakhstan, où l’Union soviétique a effectué 468 de ses 715 essais nucléaires.

Tragiquement, de nombreuses populations touchées par le premier essai nucléaire américain, dont le nom de code est « Trinity », ne sont même pas encore incluses dans le programme du U.S. Radiation Effects Compensation Act, qui doit expirer en 2022.

Le Congrès doit intervenir et fermer la porte à l’idée de reprendre les essais nucléaires, surtout si leur but est de menacer d’autres pays. Alors que le Congrès finalise les projets de loi annuels d’autorisation de défense et de crédits énergétiques, il peut et doit promulguer une interdiction de l’utilisation des fonds pour les essais nucléaires et adopter des garanties qui exigent un vote affirmatif de la Chambre et du Sénat sur toute proposition d’essais à l’avenir.

Enfin, le Sénat peut et doit également reconsidérer et ratifier le CTBT lui-même. En tant que signataire, les États-Unis sont légalement tenus de respecter l’interdiction des tests par le CTBT, mais ils se sont privés des avantages qui découleront de la ratification et de l’entrée en vigueur du traité.

Les explosions expérimentales d’armes nucléaires sont un dangereux vestige d’une époque révolue. Nous ne devons pas revenir en arrière.

Daryl G. Kimball est directeur exécutif de l’Association pour le contrôle des armes (ACA) et éditeur du journal mensuel de l’organisation, « Arms Control Today ».

Cet article est extrait de l’Inter Press Service.

Source : Consortium News, Daryl G. Kimball
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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Commentaire recommandé

LibEgaFra // 18.07.2020 à 08h44

« l’administration Trump tente de faire pression sur la Russie et la Chine pour qu’elles s’engagent dans des négociations sur un nouvel accord de contrôle des armements. »

Comme si ce n’étaient pas les USA eux-mêmes qui avaient dénoncés tous les traités… comme si la parole des USA avaient une quelconque valeur. Demandez donc aux Amérindiens.

Et comme si la Russie et la Chine n’étaient pas disposés à conclure de nouveaux traités. Mais le seul traité que les USA respectent, c’est le rapport de force et le massacre.

13 réactions et commentaires

  • Babar // 18.07.2020 à 08h41

    A part la Chine, les USAs et la Corée du Nord quels sont les 5 autres pays à n’avoir pas ratifié formellement le CTBT?

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  • LibEgaFra // 18.07.2020 à 08h44

    « l’administration Trump tente de faire pression sur la Russie et la Chine pour qu’elles s’engagent dans des négociations sur un nouvel accord de contrôle des armements. »

    Comme si ce n’étaient pas les USA eux-mêmes qui avaient dénoncés tous les traités… comme si la parole des USA avaient une quelconque valeur. Demandez donc aux Amérindiens.

    Et comme si la Russie et la Chine n’étaient pas disposés à conclure de nouveaux traités. Mais le seul traité que les USA respectent, c’est le rapport de force et le massacre.

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  • LibEgaFra // 18.07.2020 à 09h00

    Et si on parlait aussi des armes biologiques? Et des nombreux laboratoires militaires qui parsèment le monde?

    Mais chut, ils n’existent pas.

    http://armswatch.com/

      +6

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  • RGT // 18.07.2020 à 10h14

    De toutes façons, et comme dans tous les cas, l’exceptionnalisme de la Nation Divine lui impose de ne jamais respecter les traités et tous les moyens sont bons pour tordre le bras de ses adversaires, particulièrement les plus sournois.

    Les USA ne sont pas soumis au CTBT car ils ne l’ont jamais ratifié. Par contre, leurs adversaires ont eu la faiblesse de le ratifier dans un geste de bonne volonté et les USA ne se gêneront pas, si ces états évoquent seulement l’idée de reprendre des essais, de propager sur la planète entière le fait qu’ils ne respectent pas leurs engagements.

    Et si d’aventure les USA ont ratifié un traité, rien ne les empêche de le répudier en temps utile (cf. Iran) sans avoir de comptes à rendre à personne.

    La Corée du Nord n’est pas un exemple « démocratique » mais au moins elle ne va pas imposer ses désirs à d’autres peuples, même à l’opposé du globe. C’est bien en celà que la Corée du Nord est largement plus respectable que les USA.

    Et s’il n’y avait QUE les armes nucléaires…
    Mais il y a aussi les armes économiques avec des sanctions ignobles qui imposent à toutes les nations de cette planète de se plier aux désirs de l’Oncle Sam même si ces obligations causent un préjudice énorme à leur économie.

    D’un autre côté, pourquoi se gêneraient-ils ?
    Si la « communauté internationale » ne réagit pas et que les serpillières usagées qui nous servent de gouvernants n’ont même pas l’idée de soumettre une simple désapprobation les USA seraient vraiment bêtes de se gêner.

    Tout comme un petit loubard de banlieue, un état voyou ne s’arrête que quand il trouve un adversaire déterminé à lui apprendre les bonnes manières.

      +17

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  • LibEgaFra // 18.07.2020 à 10h28

    Proposition:

    « tous les moyens sont bons – et particulièrement les plus sournois – pour tordre le bras de ses adversaires. »

    Parmi les autres armes de destruction massive: la propagande et les armes biologiques.

      +2

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    • Grd-mère Michelle // 18.07.2020 à 14h48

      La propagande, assemblage de mots et d’images, ne peut détruire(ou construire) que lorsqu’elle parvient à imprégner le mental d’un très grand nombre de gens(principal but de la « révolution numérique ») pour les faire agir.

      La propagande de guerre et de violence repose sur la peur de l’autre(« différent-e », « étrange », inconnu-e soi-disant menaçant-e) et divise pour mieux régner par la force des armes.

      D’où la nécessité de nous concentrer sur la propagande de paix, qui rassemble les êtres humains afin de faire face aux dangers qui nous menacent tou-te-s indifféremment.

        +1

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  • Fernet Branca // 18.07.2020 à 14h04

    Pourtant avant l’hiver nucléaire de la fin de temps. Quelques essais nucléaires comme dans les années 50/60 devraient rafraîchir l’atmosphère. Juste une question de poussières dans la haute atmosphère. Les nounours polaires retrouveront leur banquise . Les écolos seront aux anges
    On attend Greta Thunberd sur le sujet..

      +3

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  • Grd-mère Michelle // 18.07.2020 à 14h15

    Aussi longtemps que nous imaginerons, concevrons, fabriquerons des armes, elles feront l’objet du commerce qui mène le monde à sa perte.
    Les armes ne sont pas fabriquées pour faire la guerre, mais les guerres(et les situations « d’insécurité ») sont fomentées pour favoriser leur vente(ainsi que l’accaparement/la reconstruction des terrains dévastés), et la domination de tout qui en tire profit.
    Depuis les bonnes résolutions prises à la suite des catastrophes que furent les guerres mondiales, c’est la DOMINATION DU COMMERCE qui a pris les rênes de la marche du monde des humains.
    Aussi longtemps que la majorité des citoyen-ne-s des grandes ou petites puissances contribueront à la fabrication des armes, par ignorance, lassitude ou conviction, nous continuerons à nous (laisser) tuer et à (laisser) détruire notre biotope pour toutes sortes de raisons que nous croyons être nos raisons, alors qu’en réalité la principale consiste à favoriser la domination et l’oppression de ceux/celles qui tirent le plus de profit du commerce.

    Appel aux assemblées populaires, partout, sur toutes les places de nos villes et de nos villages, pour que les peuples dictent leurs volontés à leurs représentant-e-s, et non l’inverse.
    Afin de stopper la transformation des humains en robots programmés pour collaborer à la folie des « puissant-e-s », PARLONS-NOUS et ÉCOUTONS-NOUS!
    (Avec des masques, s’il le faut, puisque nous en sommes arrivé-e-s là!)
    Ne sommes-nous pas des milliards à principalement vouloir pleinement JOUIR DE LA VIE le plus longtemps possible et sans souffrir inutilement?

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    • Grd-mère Michelle // 20.07.2020 à 14h06

      Oui, oui, les tentatives de domination par le commerce « marchand » sont anciennes, et il faut bien sûr y inclure les colonisations et l’esclavagisme.
      Néanmoins, lors des tentatives de co-existence pacifique internationale qui ont surgi après-guerre, celui-ci s’est opportunément immiscé afin de les pervertir et maintenir une concurrence forcément déloyale.
      De ce que j’en sais, l’Allemagne vaincue a été « gérée » par ses vainqueurs, ce qui a installé la mentalité envahissante du libéralisme compétitif malhonnête à l’ouest de l’Europe tout en lui assurant une prédominance sur le communisme lui-même miné par ses dévoiements. Cette situation a d’ailleurs inspiré les USA, galvanisés par leurs succès militaires, à vouloir devenir les « gendarmes du monde », sautant sur toutes les occasions de venir à la rescousse de pays instables(souvent déstabilisés par des forces « secrètes » qu’il serait urgent de mettre à nu et annihiler-d’où la nécessité de protéger les lanceurs d’alertes).

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      • christian gedeon // 23.07.2020 à 11h41

        L’Allemagne vaincue? Vous êtes sûr? Finalement,pas tant que çà,non? Tout est revenu,le drang nach osten,l’alliance avec la Turquie,le maintien et le développement d’une véritable industrie lourde. Seul problème,une démographie chancelante.Mais bon,dans ce cas là on importe ce que les allemands ne fabriquent plus.Des enfants. Tout est bien sûr différent,il n’y a plus de nazisme,etc… mais la tendance lourde de l’histoire est plus que jamais là. Dominer les « pays du sud « et s’accroître à l’est.L’euromark fait le boulot. Et du point de vue allemand le fait bien. Rappelez moi donc où est le siège de la BCE. Celui du « parlement « ? qui préside la commission? je dois avoir la berlue.

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    • Grd-mère Michelle // 20.07.2020 à 14h19

      À noter que le commerce(acte d’acheter pour revendre-à la différence de la vente directe du producteur au consommateur) est principalement fondé sur le TRANSPORT de « biens », marchandises, et originellement pratiqué par les peuples nomades sans-terres pour combler les manques des sédentaires propriétaires.
      Or, ce sont les transports, ainsi que la sur-production de marchandises destinées à être commercialisées, qui détruisent le plus notre environnement(air, terre, mers) en nécessitant une surabondante utilisation (et commercialisation) des énergies disponibles.

      Pourtant, alors que les transports de personnes sont actuellement réduits pour endiguer la pandémie, les marchandises continuent à être produites et à circuler comme si de rien n’était…

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