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27.avril.202027.4.2020 // Les Crises

Euro : le miracle ou la mort – Par Frédéric Lordon

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Source : Le Monde Diplomatique

Après la near death experience, la full death experience ? Rattrapé de justesse par le « whatever it takes » de Mario Draghi en 2012 (1), l’euro, passé à un cheveu, n’avait en réalité que gagné un peu de temps pour se reconstruire entièrement et se rendre capable d’encaisser le choc d’après. Dont il était certain qu’il allait venir. On le voyait plutôt arriver sous la forme d’une nouvelle crise financière géante puisque la déréglementation financière les ré-engendre comme le cycle des saisons les saisons, à plus forte raison quand aucun des problèmes fondamentaux de la sphère des marchés de capitaux n’avait été réglé — à la vérité il n’y a pas trente-six solutions pour supprimer les problèmes de la finance de marché, il n’y en a même qu’une : supprimer la finance de marché.

Mais des intérêts si puissants y sont accrochés si fort qu’il fallait toute la naïveté du monde pour imaginer que, dans le cadre maintenu des institutions politiques du néolibéralisme, quoi que ce soit de sérieux pourrait être entrepris de ce côté-là. Obama, l’espace d’un instant, s’était cru doté d’un début de pouvoir de négociation et avait, dit-on, mis en demeure les moghuls de la finance en ces termes : « Entre les fourches et vous, il n’y a que moi ». Les réalités du financement des campagnes et la promiscuité amoureuse des Démocrates et de Wall Street avaient eu vite fait de le ramener à la raison. L’affaire s’était soldée par le Dodd-Frank Act, pas tout à fait rien mais pas grand-chose non plus, comme les événements à venir se chargeront de le vérifier.

Pendant ce temps en Europe, Sarkozy moulinait des petits bras à Toulon et The Economist jouait à se faire peur en se demandant si c’était la fin du capitalisme — dieu merci, non ; fin 2008 début 2009 on avait vu les gouvernements autoriser des choses étrangement dérogatoires au dogme libéral-européen, on annonçait que tout serait différent, voire plus rien comme avant, qu’on méditerait très fort, tirerait toutes les conséquences. Et puis dès la mi-2009, la vague proprement financière-bancaire de la crise ayant été contenue, le retour à l’écurie était prononcé : tous ces déficits qu’on avait laissés se creuser, c’était pour l’année en cours, pas davantage, le programme désormais était : restauration du sérieux, la dette qu’on ne peut pas laisser à nos enfants, nécessaires efforts — et nous voyons se dessiner une configuration que ni Hegel ni Marx n’avait prévue : la première fois comme farce, la seconde (celle où nous sommes aujourd’hui) comme énorme farce.

De la mare aux canards à la mer démontée

Avec toutefois une légère différence : ce qui s’annonce est d’une magnitude qui renvoie l’onde post-subprime à l’état d’aimable clapotis. C’est là le moment de se souvenir que l’euro est passé à ça de faire naufrage dans la mare aux canards — enfin de ce qui nous apparaîtra bientôt comme telle. Or, depuis dix ans, les institutions européennes n’ont pas bougé d’un iota — et il est inutile d’arguer de la politique monétaire « non conventionnelle », de la création du MES (2) ou de celle d’une union bancaire Potemkine, qui n’ont rien changé au dur des règles de politique économique, de cela aussi on s’apercevra bientôt. À quoi s’ajoute que l’humanisme alter-européen a, lui également, tout congelé, en enfermant le débat dans l’unique option de l’autre-euro-possible, démocratique, ça va sans dire, mais sans se poser la moindre question quant à la transformation concrète de la citrouille en carrosse — sans doute suffisait-il de vouloir, mais bien fort.

Sans le commencement d’une analyse des conditions de possibilité politiques, et avec tous les bénéfices de la posture humaniste-avantageuse, on pouvait être certain de la complète immobilisation du débat. Lancé en 2015, pourtant après le massacre de la Grèce, le DiEM 25 de Varoufakis trouvait dispensable de se demander par quelles voies il rallierait à son « euro démocratique » l’Allemagne qui a mis ses efforts les plus réfléchis à le soustraire à toute démocratie — et la poursuite de la chimère n’était bonne qu’à nous faire perdre dix années de plus. Pendant ce temps les re-rédacteurs sociaux-démocrates de traités livraient des opuscules successifs d’épaisseur tendanciellement nulle (3), occupés à re-fagoter tout ce qu’on veut sauf le nucleus des règles ordolibérales qui font l’austérité constitutionnelle. C’est-à-dire ce qui avait causé la near death experience de 2010-2012, et était bien certain d’en causer tôt ou tard une nouvelle. Toutes les questions jadis posées quant à la permanence des règles les plus fondamentales et (logiquement) les plus inamovibles, quant à l’identité des effets qu’elles ne manqueraient de recréer sous un choc équivalent à celui des subprimes, restèrent alors sans réponse — autres que des alter-sermons européens-démocratiques. Voilà où conduit le refus de poser les problèmes quand on les trouve trop embêtants : en 2020, avec face à soi la Réplique (on ne sait d’ailleurs plus si l’on est étonné ou pas du peu de temps qu’il lui aura fallu pour arriver).

Alors nous aurons la full death. Car on ne voit pas ce qui pourrait sauver l’Europe de ce qui lui vient dessus, et dont elle avait failli trépasser dans la version « miniature » 2009-2015. En réalité la mécanique est enclenchée, et elle donne déjà les mêmes admirables résultats. On dira cependant que cette fois-ci « c’est différent » : c’est-pas-les-marchés — c’est un virus. Donc un « choc exogène » — les impondérables du dehors de l’économie sinon parfaitement autorégulée, la faute à pas de chance en quelque sorte. Évidemment le virus est rien moins qu’exogène — si c’est par des médiations allongées, il est le produit de la dévastation environnementale capitaliste, et a par ailleurs trouvé ses parfaites voies de propagation dans les circulations frénétiques de la mondialisation. L’essentiel cependant tient à ce que le désastre ne trouve véritablement sa catalyse que dans et par le réacteur des marchés financiers, l’instance où sont rendus les jugements sur les dettes — et où, par gros temps, on a pour habitude de donner à ces jugements la forme du cataclysme.

Mur de dettes (et hypothèses de déconfinement)

Or, « des dettes », pour sûr il va y en avoir, et de tous les côtés, privé autant que public. Privé d’abord — à l’encontre du commentaire médiatique pour lequel il n’y a de dette que publique. L’effondrement de l’activité met les trésoreries d’entreprises, particulièrement des petites, dans des situations qui vont de très préoccupantes à carrément désespérées. Aux États-Unis, la Réserve fédérale a engagé un plan de fourniture de liquidité colossale pour se porter explicitement protectrice de toutes les entités économiques contre la faillite : les banques allongeront des crédits que la banque centrale s’engage à racheter. Mais pour combien de temps ? « Jusqu’à ce que la reprise soit solidement engagée », indique Jerome Powell le président de la Fed. Soit, pour l’heure, une réponse à peu près équivalente à celle de la célèbre question sur « le fût du canon ». Et en fait porteuse d’une hypothèse implicite quant à la nature bien circonscrite du choc dans le temps : « un certain temps » donc, dont on ne sait pas exactement combien il va durer, mais dont on ne doute pas qu’il aura une limite nette et, espère-t-on, prochaine. Bref : là les gens sont malades, mais quand ils seront guéris, bientôt, ils retourneront au travail et on les fera rattraper. Choc violent mais temporaire et « propre » ; mesures exceptionnelles mais transitoires pour passer le mauvais moment ; retour à la normale.

Ou pas. Car il n’est pas du tout certain que le profil de la dynamique épidémiologique ait ces propriétés de netteté que lui voudrait la réponse de la politique monétaire. Soit donc le scénario de déconfinement « pas franc du collier » : partiel, sélectif (par exemple par régions), gradué, réversible surtout, avec des alternances de reconfinement en cas de reprises de feu locales, voire général dans l’hypothèse d’une deuxième attaque d’automne, possiblement accompagnée de mutation rendant inutile la première immunité acquise, etc. Et le « mauvais moment à passer » de s’étaler non plus comme moment mais comme quasi-régime — celui d’un choc d’offre (et de demande) prolongé, variation un peu bizarre autour de l’idée de « choc » : le « choc continu » (et à intensité fluctuante). Pour être complet, le déconfinement pourrait prendre « des mois, peut-être un an » avertit ainsi un épidémiologiste belge. Bien, bien, bien.

Sachant que l’Insee évalue à 1,5 point de PIB la perte de deux semaines de confinement, vous calculerez la perte d’un confinement qui durerait « peut-être un an » ?

En fait non, on ne va rien calculer, parce que ça fait trop peur.

D’ailleurs, l’Insee calcule pour 8 semaines de confinement, point, et c’est déjà assez frappant comme ça : — 6 % de récession (8 % dit maintenant la Banque de France, à comparer aux — 2,2 % de 2009, la-pire-récession-depuis-1945), et 12 % de déficit (7,5 % en 2009). Et ceci quoique l’exercice — mais il lui fallait bien un cadre — soit typiquement du genre « confinement net ». Là où rien ne garantit qu’il en ait le bon goût, ni que, la parenthèse des 8 semaines mal fermée, les rythmes de production reviennent à la normale. Si la sortie de confinement est du genre « pas net », et pire encore si elle le demeure pour une durée indéfinie mais du calibre « des mois et peut-être un an », évidemment il s’ensuit un tableau passablement différent.

Ce qui prend de la gîte dans le scénario « pas net », c’est l’idée que les pouvoirs publics lato sensu vont tenir à bout de bras l’économie (chômage partiel, reports de prélèvements divers du côté de l’État, concours de liquidités open bar du côté de la banque centrale) tout le temps du « mauvais moment » puisque, précisément, si l’on n’exclut pas que le moment tourne moins mauvais par intervalles, on voit qu’il va durer… un certain temps. Peut-être même un temps certain, avant de revenir nettement bon. Et que, un temps certain, s’il se compte jusqu’à un an, ça fait beaucoup trop pour béquiller continûment le secteur privé.

Pour l’heure, les marchés financiers, à qui rien de ce qui est obscène n’est étranger, s’en donnent à cœur joie adossés à la digue anti-faillite dressée par la Fed. Mais le jour où la Fed annoncera que la digue était temporaire et la retirera alors que le flot continue de monter, l’ambiance devrait changer sensiblement. L’énormité des tensions de trésorerie converties en dettes de court terme s’arrêteront désormais dans les bilans des banques privées, sans pouvoir négocier la dernière étape du parcours, celle de la reprise par la banque centrale. C’est à ce moment qu’on commencera à faire des comptes pénibles, les comptes des NPL, les non-performing loans, le nom présentable des créances pourries. Et à numéroter les banques en voie d’aller au tapis. À moins que ces dernières, anticipant, n’aient elles-mêmes débranché les agents économiques du respirateur de crédit, et que ce soient ceux-ci dont on ait à mesurer l’hécatombe.

L’invariable « solidarité » européenne

On dit la Fed, mais on dirait tout aussi bien la BCE, laquelle, du reste, n’a pas encore jugé utile d’émettre quelque message formel de garantie. Il n’est d’ailleurs pas certain qu’on ait à en arriver jusque-là avant que les forces centrifuges ressortent de la boîte, et sous une forme autrement violente qu’en 2010-2015. La langue anglaise a pour elle le verbe to skyrocket, et ce sera bien le mot — pour les déficits et les dettes publics. L’anglais de bistrot à flipper possède lui : same player shoot again. Et comme la crise de l’euro a gagné l’extra ball, on pourra s’en servir aussi.

C’est que, comme en 2010, tout, dans la situation européenne invite de nouveau au chaos. Il ne faut pas se tromper quant aux déclarations d’Angela Merkel de suspendre la « règle d’or », ou celles de la Commission de mettre entre parenthèses les habituels critères (3 %, 60 %). Ces mouvements de bonne volonté n’auront qu’un temps, moins long que celui du fût du canon, et sans doute aussi étroitement compté que les tolérances de 2009 — pour cette année, sous le coup de la légitime émotion sanitaire, ça va, mais dès que possible : Disziplin ! Villeroy de Galhau à la Banque de France, Lagarde à la BCE, Le Maire à Bercy : le discours stéréophonique des « efforts » est déjà là pour nous y préparer. Alors viendra la seconde fois comme énorme farce. La détresse financière de l’Italie, de l’Espagne, peut-être de la France également, s’annonce sans fond. Et de même, en face, l’intransigeance des institutions européennes sous hégémonie du bloc allemand.

On rapporte que la réunion du conseil Ecofin du 9 avril s’est terminée sous les applaudissements de ses propres participants — mélange de contentement de soi propre à la condition séparée et de prudence confusément consciente qu’il ne faudra pas trop compter sur les applaudissements du dehors. De fait, les motifs de célébration sont des plus minces. Certes le MES s’est dit prêt à mettre du volume (500 milliards d’euros), mais n’a rigoureusement rien lâché sur l’essentiel, à savoir la conditionnalité, c’est-à-dire la contrepartie « d’ajustement » exigée de tous les bénéficiaires de ses fonds — cela même qui a envoyé la Grèce au tapis. Same player shoot again disions-nous, mais cette fois avec un pays qui fait 16 % du PIB de la zone euro (4) (et non 2 % comme la Grèce…), et porte une dette de 2 400 milliards d’euros (et non 400 milliards (5)) — on ne dit rien de l’Espagne (11,8 %), de la France (19,2 %), des autres…

Pendant ce temps le paysage politique est toujours aussi favorable. L’Italie, connaît un spectaculaire retournement de son opinion publique, longtemps la plus européenne, désormais en proie au sentiment majoritaire de l’abandon et du dégoût. On la comprend : la nullité européenne a été éclatante. Les excuses tardives de la présidente de la Commission, ses élans fabriqués — « nous sommes avec vous », essentiellement à comprendre sur le mode de l’antiphrase — ont eu pour unique effet de confirmer les Italiens dans l’idée qu’on les avait laissés choir. C’est bien ce que leur dit à nouveau, mais en termes plus techniques, la réunion de l’Ecofin sous auto-applaudissement : 1) nous vous traiterons comme la Grèce, 2) pour ce qui est d’un mécanisme de mutualisation des dettes de type eurobonds/coronabonds, vous pouvez toujours vous fouiller. On se demande d’ailleurs s’il y a lieu de s’en plaindre car, avec cette Europe, même les solutions qui sauvent — ou semblent telles — ont leur part vicieuse : les eurobonds s’annonçaient comme un dispositif à super-conditionnalité, voire à mise sous tutelle ouverte — forcément, la « solidarité », ici, ne vient jamais sans « contrepartie ». Les coronabonds n’auraient probablement pas échappé à l’idée.

Et puisque l’Europe, immobilisée dans ses institutions, est incapable d’autre chose que de tragique de répétition, nous voyons déjà les mêmes personnages rejouer les mêmes scènes. Jeroen Dijsselbloem, le bourreau des Grecs à l’Eurogroupe, s’est trouvé pour doublure Wopke Hoekstra, ministre des finances des Pays-Bas et d’une brutalité comparable — on lui doit dès la fin mars le torpillage express du projet de coronabonds, accompagné d’une lourde mise en cause de l’Italie, accusée en substance d’être incapable, par impéritie budgétaire, de faire face à la situation, et à la limite de la commission d’enquête, un de ces moments confraternels dont l’UE a le secret. Et l’on voit déjà venir l’éternelle réplique, celle qui avait failli faire le tombeau de l’euro dans les années 2010, et le fera pour de bon cette fois-ci : « Nous ne payerons pas pour les autres ». Chacun sa mouise — c’est l’Europe de la solidarité. Hollandais, Allemands, Luxembourgeois, Finlandais, d’autres encore : nous ne payerons pas pour les autres.

Comme en 2010 : le roc allemand

Et les Allemands décidément moins que jamais. C’est que sur le front sanitaire, qui conditionne tous les autres, l’Allemagne semble en train de s’en tirer mieux que tout le monde, jusqu’à faire honte à la France : capacités hospitalières de réanimation à l’aise, politique de tests intensifs, nombre de morts relativement bas, amortissement précoce de la courbe — on rappelle que la France en est à attendre ses masques pour la fin juin… La sortie de confinement allemande pourrait donc être prochaine — et sa reprise d’activité aussi. Ses pertes de croissance, son supplément de déficit, de dettes privées et publiques seront plus faibles que celles de ses partenaires parce que, se dira-t-elle, non sans raison, elle était mieux organisée qu’eux. C’est le genre de performance qui n’incite pas à la patience pour les traînards, et encore moins à la solidarité financière : leur mouise.

Il n’y aura pas d’eurobonds, il n’y aura pas de coronabonds, il n’y aura pas de solidarité. Il y aura des dettes publiques nationales colossales, avec en face le seul bon vouloir de la BCE pour en racheter et limiter, pour les plus en difficulté, l’explosion des spreads (6), non sans plafonnement d’ailleurs, car cette fois-ci aucun « whatever it takes » n’a été posé — forcément à 2 400 milliards d’encours pour l’Italie et 1 290 pour l’Espagne, « whatever » ça commence à faire un saladier, et on y regarde à deux fois. Sans parler du fait qu’au conseil des gouverneurs, les représentants de certains pays commenceront à voir d’un mauvais œil que la BCE se transforme en aspirateur à mauvaise dette des autres. On « aidera » ceux qui doivent l’être, mais financièrement, c’est-à-dire via les procédures du MES, dans la limite de ses moyens… et surtout moyennant une surveillance à la grecque.

Disons les choses : on ne voit pas des pays de la taille de l’Italie ou de l’Espagne se plier à ce traitement, encore moins quand l’amertume s’accompagnera du discernement des solutions rationnelles. Face à l’énormité de ce qui s’annonce, il n’y a de parade que dans : 1) la possibilité de concours directs de la banque centrale au Trésor — à la manière dont le Royaume-Uni vient d’en poser l’autorisation de principe (révolution de politique monétaire passée inaperçue) ; 2) des annulations massives de dette portées par la banque centrale en faveur du secteur privé comme du secteur public. Soit les deux choses prohibées par-dessus tout par les règles de l’eurozone sous domination allemande.

La leçon de choses ouverte en 2009, encore d’une parfaite fraîcheur, enseignait que la crise terminale de la malfaçon européenne pouvait prendre deux formes polaires : la forme politique par rupture violente d’un pays trop maltraité qui, sous la pression populaire, considère que la défense de ses intérêts vitaux n’est plus compatible avec l’appartenance à l’eurozone ; la forme financière par cataclysme dans les marchés obligataires, soit que les investisseurs déclarent telle dette souveraine « insoutenable » et testent les limites de la banque centrale à intervenir pour contrer l’ouverture des spreads (et l’auto-réalisation du jugement d’insoutenabilité (7)) soit qu’ils commencent à flairer la dislocation au travers d’un X-exit, avec X = un pays proche de son point de rupture politique, comme le fut la Grèce entre 2011 et 2015 — et c’est déjà indiquer par-là comme les deux formes typiques peuvent parfaitement trouver à se combiner pour le pire.

C’est donc de nouveau sur le même roc que l’euro est appelé à se fracasser, le roc de l’intransigeance allemande à envisager des réponses de politique monétaire que toute son histoire lui a fait prendre en effroi. Redisons alors qu’une nation ne saurait être tenue pour responsable de ses hantises collectives, car chacun a les siennes. Mais que c’était un projet fou de faire monnaie commune avec un pays secoué en cette matière de tels cauchemars, et par ailleurs doté du pouvoir d’en imposer à tous les conjurations, quand ces conjurations, que lui pourra peut-être soutenir dans le choc adverse, s’avèrent hors de portée des autres, et même faites pour les détruire.

Ce n’est pas que l’Europe, et à l’intérieur de l’Europe l’Allemagne, n’aient pas fait le moindre mouvement depuis 2009. La mise entre parenthèses du dogme budgétaire dès le début de la crise présente, le repositionnement rapide de la BCE sur des programmes d’achats massifs (même s’il a fallu que Lagarde s’y reprenne à deux fois, après un premier refus d’obstacle), ne sont pas rien. Mais on a dit quelles attentes réalistes et durables on pouvait y placer. Sur le front des finances publiques, la tolérance budgétaire sera brève et les pressions à l’ajustement arriveront vite. Sur le front monétaire, plus décisif encore, la question sera celle des annulations de dette par la BCE — c’est-à-dire de leur monétisation à (très) grande échelle. Monétiser-annuler. Les dettes. Le point de cauchemar allemand par excellence. Or il n’y aura pas de voie praticable à part cette stratégie monétaire.

En 2012, l’Allemagne avait avalé le « whatever it takes » à l’ultime moment — et l’avait fait payer au centuple à la Grèce. À chaque crise, la structure d’ensemble sous influence allemande est testée en ses points de rigidité, et demande, pour ne pas rompre, un déplacement quasi-miraculeux. Les crises augmentant d’intensité, la structure a toujours un temps de retard dans son ajustement, et se trouve testée sur un point toujours plus névralgique, demandant un miracle toujours plus spectaculaire. Vient un jour la sollicitation maximale. Nous y sommes.

Pour que l’euro ne termine pas cette fois, il ne reste qu’une possibilité hors la stratégie « cierges et miracle » : que l’Allemagne, elle aussi, soit contrainte à cette solution de l’annulation des dettes pour éviter d’y rester comme les copains. La seule chose qui puisse sauver l’euro, c’est que l’Allemagne se voie elle-même incapable d’accommoder le choc titanesque dans le cadre de ses propres prescriptions. Et qu’elle aussi se trouve en situation de devoir arbitrer entre le maintien de ses principes et la préservation de ses intérêts essentiels — entendre : contenir la dislocation économique et sociale. Ce dont l’Allemagne est rigoureusement incapable — transacter sur ses principes avec les autres — peut-être le peut-elle avec elle-même. Encore faudrait-il qu’elle rende le bon arbitrage, qu’elle le rende suffisamment vite et suffisamment fort pour que d’autres n’y soient pas passés avant et que tout n’ait pas explosé avant la Pentecôte allemande. Alors, et alors seulement, l’euro aurait une dernière, une ultime chance.

En réalité l’événement qui s’annonce est tellement énorme qu’il en est ambivalent — et nous voilà rendus à la contingence de ses issues : soit la violence faramineuse du choc emportera tout — et l’euro aux poubelles de l’histoire —, soit elle aura fait sauter (à temps) le dogme allemand, et permis que tout le reste ne saute pas derrière. On y pense et on se dit que, finalement, un cierge ou deux ne seraient pas de trop — politique monétaire « non conventionnelle ».

Pendant ce temps en tout cas, Varoufakis s’est réveillé en sursaut. Le voilà qui déclare que « l’Europe ne mérite pas de survivre », et annonce que « la désintégration européenne a commencé ». Dans la presse italienne. Manifestement il prend la voie laïque — cette fois il pourrait bien avoir raison.

De la révolution

Dans son Essai sur la révolution, Hannah Arendt discute cet étonnant paradoxe qui a voulu qu’on nomme ainsi les événements politiques les plus convulsifs. « Ainsi », c’est-à-dire d’après l’astronomie, où le mot désigne l’invariable rotation des planètes — étrangeté, donc, qui aura voulu que ce soit par ce qui a d’abord signifié l’éternel retour du même qu’on désigne les grandes cassures de l’histoire. C’est que, explique Arendt, le mot « révolution » au XVIIe et XVIIIe siècle, était également chargé d’une connotation d’invincible fatalité, comme œuvre irrésistible de forces armées ailleurs, dont il n’y avait plus qu’à enregistrer l’inexorable effet. L’esprit du temps pensait donc aux planètes, l’esprit contemporain aura peut-être davantage des images, par exemple, de tsunamis, formés sous un choc survenu à des milliers de kilomètres, mais dont la ligne de front est vouée à une avancée à laquelle rien ne pourra être opposé — la même figure de la nécessité, dont il n’y a plus qu’à attendre l’accomplissement.

Déjouer la nécessité, ou en infléchir le cours, c’est normalement l’affaire de la politique. Mais les institutions européennes se sont ainsi agencées qu’elles n’ont aucun degré de liberté réel — si quelques ajustements sont localement et temporairement possibles. Sans la moindre capacité de mouvement, de redisposition sur des points névralgiques où son hegemon est pour ainsi dire « psychiquement » incapable de compromis, sans la moindre plasticité, donc, ces institutions sont vouées à souffrir le choc, à en reprendre les tensions sans pouvoir les accommoder, et en espérant qu’elles ne se trouveront pas portées jusqu’à leur point de rupture. Mais il y a des limites à ce qu’une structure rigide peut encaisser. Elles avaient failli être franchies dans les années 2010, sous l’effet d’un choc jugé énorme à l’époque, mais dont nous voyons qu’il est sans comparaison avec celui qui s’annonce.

Nous sommes loin de l’épicentre, rien de concret pour l’heure n’est visible, tout est encore abstrait — et par-là offert au déni ou à la minimisation. Mais le séisme sous-marin a eu lieu, il propage son onde, et la ligne de front du tsunami s’est mise en mouvement. Elle nous vient dessus, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Révolution.

Frédéric Lordon

Source : Le Monde Diplomatique

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Commentaire recommandé

Gribouille // 27.04.2020 à 09h27

Texte salutaire en guise de piqûre de rappel. On commence déjà à percevoir que le jour d’après sera celui d’hier dans les déclarations politiques. On remplace les nationalisations par des prêts aux entreprises. La relocalisation de certaines productions sur le sol national doit désormais s’entendre à l’échelle européenne. J’oubliais que le naufrage des système de santé ne devait être imputé qu’aux Etats chargés de leur gestion. L’Europe n’y est pour rien, et au contraire, EST LA SOLUTION (en passant sous silence, son rôle délétère dans les coupes budgétaires infligées aux hôpitaux). N’en doutons pas, sans renversement du pouvoir, et ou éclatement de la zone euro, demain sera comme hier, en pire.

71 réactions et commentaires

  • Rond // 27.04.2020 à 08h14

    Frédéric, tu me fatigues. Comme Cassandre, tes dires ne portent pas. Jusqu’à quand ?
    Finance de marché n’est que parasitisme. D’aucuns ajouteront mafieux. Mafieux mais légal …
    Quelle est la valeur ajoutée de ce mécanisme ? Probablement rien que du positif très lucratif, mais pas pour tout le monde. Il faut savoir que ces gens là travaillent beaucoup, à ce qu’ils prétendent. Pas pour nous, rassurez vous.
    En face, il y a les parasités, ceux qui n’auraient qu’à traverser la rue pour trouver un job, parait-il.
    Monde étrange. Dans la nature, les relations entre ces deux-là, sont sans équivoque : le parasité nourrit son maître et en meurt, ou reste dans un tel état de sujétion que son identité et son libre arbitre en sont définitivement altérés. Chez les humains, les venins efficaces sont nommés : Mur de dette, pognon de dingue, guerre, chômage, peurs, etc. Peut-on ajouter coronatruc ?
    Où est l’antidote à ce désastre ?
    L’avenir n’est pas encore écrit. Gardez-vous bien !

      +23

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  • Terminator // 27.04.2020 à 08h22

    Voici un article plein d’espoir ! L’euro va mourrir ? Bon débarras ! Non ? Une fois l’euro mort, les pays n’auront plus de difficulté à faire monétiser leur dette par la banque centrale.

      +20

    Alerter
    • marc // 27.04.2020 à 09h56

      « plus de difficulté à faire monétiser leur dette par la banque centrale »

      un petit développement serait le bienvenu, avec un peu de simplicité pour comprendre pourquoi c’est bien de monétiser sa dette par une banque centrale, merci

        +3

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      • Casimir Ioulianov // 27.04.2020 à 14h23

        De la même façon que le fait la BCE en sous main et sans le dire fort ; en rachetant et en détruisant les junk-bonds.
        La BCE a pour l’instant sauvé des banques , mais rien, si ce n’est du dogme , n’interdirait de récupérer des bons publics. C’est tout l’objet de l’article d’ailleurs , si ils se retirent pas le doigt du cul , l’Euro va finir par exploser … pour l’instant ils ont peur de l’odeur du doigt et sont dans le déni total de comment ça va puer quand tout va péter. Mais bien sur, personne ne peu en vouloir au responsables de la gouvernance de l’Euro , ils ne sont pas responsables de la merde et c’est pas eux qui gouvernent …

          +5

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    • Diogène // 27.04.2020 à 13h01

      AH! AH!
      Il n’y a pas là une petite facilité d’esprit?
      Il n’est pas nécessaire d’être un prix Nobel pour comprendre que s’agissant de la France (puisqu’il convient d’abord de penser a elle et à sa population), nous ne mettrions pas deux années à rattraper l’économie de Madagascar. La Banque de France n’est pas la FED ou la BoJ. Et notre économie, s’agissant de ses capacités, n’est pas au niveau de celle des USA ou du Japon, loin s’en faut.
      Après, on peu tout à fait s’accommoder de devoir aller chez son boucher -quand on en aura la capacité- avec une sacoche pleine de billets de banque.
      Une monétisation de de la dette, c’est l’assurance d’avoir dans la foulée une augmentation de la masse monétaire et donc de l’inflation. Ce n’est pas de la prévision, c’est de la mécanique. Si vous connaissez un exemple où il en est allé autrement, donnez le.
      Et en attendant que les prix et les salaires s’alignent un tant soit peu, on sera en… 1930. Et Lordon en Chine. Il faudra bien qu’il continue d’écrire des billets, le Frédo.
      Savez-vous comment on nomme une utopie qui se transforme en enfer?
      Il ne se déduit pas d’un système imparfait qu’il faille en faire table rase.

        +3

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      • sherwood01 // 27.04.2020 à 14h31

        L’économie de Madagascar, ah ah ah!! rien que ça !!
        Concernant la monétisation de la dette, les deux pays que vous citez pour leur « robuste » économie (USA et Japon), en font depuis des lustres…

          +8

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        • Diogène // 27.04.2020 à 18h01

          C’est bien la raison pour laquelle je les ai cités. Cela n’aurait pas dû vous échapper.
          La structure de la dette japonaise est sans rapport avec la notre. Détenue qu’elle est en grande partie par la population japonaise. Ils peuvent aller jusqu’à 200% avant que ça révèle un problème.
          Les USA étant un pays continent et le dollar étant monnaie de réserve, on a vite fait de comprendre que ces deux économies n’ont rien de comparable à la notre, dans l’optique qui était envisagée au début de notre discussion.

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          • Jean-Pierre Georges-Pichot // 28.04.2020 à 06h42

            Sous de Gaulle, il y avait un contrôle des changes, autrement dit le franc avait un cours fixe et forcé sur le territoire. Les problèmes économiques français se réglaient en France. Ce n’est pas si loin, et ça a plutôt bien marché. Evidemment, ça ne faisait pas les affaires de la banque Rothschild.

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            • Diogène // 28.04.2020 à 08h56

              Pardon mais c’est un peu court, votre truc.
              Un petit développement n’aurait pas déranger, ne serait ce que pour expliquer comment vous assimilez le contrôle des changes à « cours fixe et forcé sur le territoire ».
              C’est un concept bizarre que vous nous pondez là.
              Le cours de la monnaie est fixe ou variable selon qu’elle est connectée ou non aux autres monnaies. Ou pour le dire autrement, qu’on en accepte ou non sa conversion.
              Par définition la monnaie a toujours un cours fixe sur un territoire donné.
              Et les contrôles de changes ne sont pas l’apanage de la politique monétaire du Général de Gaulle.
              Il y en a eu plusieurs entre le deuxième quart du siècle dernier et les années 1990.

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        • BOURDEAUX // 27.04.2020 à 19h31

          Ne confondons pas monétisation avec ce que font pour l’instant les banques centrales : elles reprennent dans leurs bilans des créances douteuses pour permettre aux banques de garder un bilan faussement présentable : on retend la vieille peau fripée des banques en la massant avec la pommade « monnaie centrale ». La monétisation commencera quand le système sera contraint de convertir ce trucage comptable en véritable numéraire sur les comptes bancaires des épargnants. Vous avez deux solutions pour camoufler une faillite : maquiller les comptes du débiteur, ou maquiller ceux du créancier. Pour l’instant c’est la seconde solution qui tourne en rond…

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          • eric51454 // 30.04.2020 à 10h59

            Si il y a monetisation, ce sera pour payer les importations françaises.
            Nous nous ne produisons plus grand choses.; des pays comme l’Allemagne, La Chine, les USA , le Japon, accepteront-ils d’être payé avec du papier?
            En achetant en France, bien sûr. Mais achetez quoi, au juste?
            Nous sommes un pays ruiné

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      • Blabla // 27.04.2020 à 15h19

        La dévaluation, justement, permet de récupérer de la compétitivité à l’extérieur, et en renchérissant les importations, les réduit à l’essentiel (pourquoi acheter des fraises espagnoles si elles se vendent plus cher?), donc limite les pertes.

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        • Diogène // 27.04.2020 à 19h34

          La compétitivité à l’exportation, c’est très bien pour les pays qui sont structurellement en excédent commercial.
          La dernière fois que j’ai vérifié, ce n’était pas notre cas. Parce que pour exporter, il faut produire plus que ce que votre marché intérieur ne consomme et trouver des débouchés pour le surplus. Le nucléaire et le luxe, ça ne fait pas grimper au plafond sous ce rapport.
          Sauf à ce que la baquette et le croissant au beurre bénéficient d’un engouement irrépressible hors de nos frontières dans les années à venir, je ne vois pas comment votre schema tient.

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          • Nicole de Nicomaque // 28.04.2020 à 05h19

            Les EPR ne se vendent pas à travers le monde, même avec des rétro-commissions, des guerres périphériques et de la corruption à tire-larigot. Personne n’en veut. Qui voudrait d’un truc qui ne sert à rien ?

            Les croissants aux beurres se vendent parce que, eux , « ils marchent  » !

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            • Dieselito // 28.04.2020 à 09h55

              Les EPR ne se vendent pas… et pour cause. ils fonctionnent au plutonium et au déchet d’enrichissement de l’uranium… Qui qui n’en n’a du plutonium ?

              L’EPR devrait être capable d’utiliser 100% de combustible MOX recyclé pour produire de l’électricité. Le combustible MOX (Mélange d’Oxydes) est un combustible nucléaire fabriqué avec du plutonium 239, créé par capture neutronique de l’uranium 238 au sein des réacteurs puis isolé lors du retraitement des combustibles irradiés. L’oxyde de ce plutonium est mélangé avec celui de l’uranium appauvri issu de l’étape d’enrichissement du combustible.
              https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/epr

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        • BOURDEAUX // 28.04.2020 à 14h33

          J’abonde dans la réponse que vous a fait diogéne . Si votre tissu productif n’est pas largement sous-exploité, une dévaluation n’a pour résultat que de vous appauvrir en renchérissant vos importations (parmi lesquelles on compte bon nombre de produits semi-finis que consomment nos industries). Il n’y a malheureusement pas de solution universelle et passe-partout…

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      • sissa // 28.04.2020 à 00h36

        Le Japon une économie forte? Lui qui depuis presque 30 ans est en panne? Elle est bien bonne.
        Quant à la France qui se retrouve au niveau de Madagascar, c’est juste grotesque.
        Et bien entendu, la seule alternative que nous ayons c’est soit l’hyperinflation soit le système européen.
        Pourquoi dans ce pays les gens sont incapables d’avoir la moindre nuance dans leurs propos?

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        • Kriss34 // 28.04.2020 à 07h13

          -Pourquoi dans ce pays les gens sont incapables d’avoir la moindre nuance dans leurs propos?
          Hum. S’agissant de sujets complexes, soit parce qu’ils ne les maîtrisent pas. Soit parce qu’ils les maîtrisent un peu plus que les autres et nous infligent de façon hyperbolique des arguments d’autorité.
          J’ajouterais (pour suivre qq débats étatsuniens) que ce n’est pas propre à notre douce France !

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        • Diogène // 28.04.2020 à 09h12

          L’économie japonaise n’est jamais que la troisième économie au monde. La panne lui va plutôt bien, apparemment.
          N’importe qui aurait compris que l’utilisation de Madagascar relevait d’une volonté d’user d’une image forte.
          Il faudrait apprendre à contrôler vos émotions, Sissa

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        • Diogène // 28.04.2020 à 09h33

          Je suppose que le fait de m’attribuer un point de vu par rapport à telle alternative ou à telle autre relève de votre inclination à avoir de la nuance.
          Nulle mention de ce que vous appelez le système européen dans tout ce que j’ai écrit.
          J’ai simplement essayé de décrire avec le tout petit bagage que je trimbale péniblement (personne n’est parfait), ce qui ne manquerait pas de se produire dans une situation donnée.
          Soit vous réfutez ce que j’ai dit, avec si possible des arguments convaincants , soit vous m’ignorez, en élevant par exemple votre seuil de tolérance.
          Je n’aurai pas la prétention de dire ce qu’il convient de faire. Je laisse ça aux pointures qui sévissent ou là.

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        • eric51454 // 30.04.2020 à 11h06

          Le Japon est le 2 ième pays pour le dépôt de brevet.
          Il ne sort pas de l’école au Japon des analphabètes. ( 1 million chaque année en France).
          La dette au Japon n’est pas un problème.
          De plus , c’est un grand exportateur.
          Quant au cas français, juste un pays ruiné où la langue de Molière est maltraité ; plus de grands écrivains, plus de cinéma, plus d’industrie, plus le moral.
          La messe est dîte.
          Si l’Euro disparaît, nous deviendront un pays en voie de développement.

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    • Chris // 27.04.2020 à 14h36

      Je poste cet article en écho :
      https://reseauinternational.net/main-basse-sur-la-fed/
      J’apprécierait que Berruyer nous le décortique et documente. Merci.

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    • Dominique65 // 27.04.2020 à 14h57

      Tout à fait, du reste je ne comprends pas le questionnement de Lordon sur « La seule chose qui puisse sauver l’euro » et sa tentation de brûler des cierges pour qu’il survive. Pour moi, la première question à se poser est : faut-il sauver l’Euro ou au contraire s’en extraire.

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    • Solquies // 27.04.2020 à 16h51

      Pour l’augmentation du carburant, en France, seule une petite portion du prix à la pompe est concernée. Le gros du cout est constitué par les taxes, qui ne sont pas afféctées par une dévaluation.
      Deficit commercial : Si la France sort de l’euro et dévalue sa monnaie, d’autres pays (Italie, Espagne, etc…) vont dévaluer aussi, Ce qui redonnerait à la monnaie française un meilleur pouvoir d’achat sur les produits des ces pays, comme une baisse du prix des importations.

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      • Catalina // 27.04.2020 à 21h23

        « l’augmentation du prix du diesel qui peut vous assurer de magnifiques manifestations des routiers, » euh, les routiers s’en balancent mais pas les entreprises du transport, le diable est dans les détails.

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  • Narm // 27.04.2020 à 08h36

    L’Italie avec sa propre monnaie depuis un moment donnera le signal

    ( et révolution : agitation autour d’un axe qui fini par revenir au même point )

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  • Gribouille // 27.04.2020 à 09h27

    Texte salutaire en guise de piqûre de rappel. On commence déjà à percevoir que le jour d’après sera celui d’hier dans les déclarations politiques. On remplace les nationalisations par des prêts aux entreprises. La relocalisation de certaines productions sur le sol national doit désormais s’entendre à l’échelle européenne. J’oubliais que le naufrage des système de santé ne devait être imputé qu’aux Etats chargés de leur gestion. L’Europe n’y est pour rien, et au contraire, EST LA SOLUTION (en passant sous silence, son rôle délétère dans les coupes budgétaires infligées aux hôpitaux). N’en doutons pas, sans renversement du pouvoir, et ou éclatement de la zone euro, demain sera comme hier, en pire.

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    • sherwood01 // 27.04.2020 à 17h25

      Faut relire Lordon, Gina !! Il a toujours été opposé à la stratégie de la FI qui consiste à vouloir changer l’UE de l’intérieur (plan A plan B etc…).

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  • Crapaud Rouge // 27.04.2020 à 09h40

    Pour une fois, Lordon se plante, il n’y aura ni miracle pour sauver l’euro, ni mort annoncée. Tout simplement parce qu’aucun pays ne voudra ou ne pourra en sortir. Les différences entre nord et sud vont continuer de s’accentuer et faire scandale (aux yeux des opposants), mais rien ne changera car ceux qui en profitent veillent au grain. Les plus faibles ont perdu d’avance parce qu’ils sont les plus faibles. C’est écœurant mais inévitable.

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    • Urko // 27.04.2020 à 09h56

      Peut être aurez vous raison mais ce n’est vraiment pas acquis avec la certitude que vous montrez : les élites dirigeantes et économiques de plusieurs pays doutent désormais sérieusement de l’intérêt à coûte que coûte conserver l’Euro au vu des rigidités qu’il introduit et des besoins urgents qu’il empêche de satisfaire. Elles ont longtemps nié les dégâts causés, parce que ces dégâts affectaient des classes sociales auxquelles elles prêtaient peu d’attention, mais elles voient bien, au moment où recouvrer des marges de manœuvre devient urgentissime qu’avoir cette « monnaie » équivaut à entrer sur le ring les mains entravées. En Italie, l’hésitation semble à son comble ; de là à franchir le pas de manière insouciante, tant les conséquences à court terme restent en partie imprévisibles, il y a une marge, mais elle s’amenuise, s’amenuise, s’amenuise… Lordon a raison sur ce point : la bascule peut advenir très rapidement. Ne négligez pas le besoin des dirigeants de faire sauter ce verrou à leur action.

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      • Crapaud Rouge // 27.04.2020 à 10h42

        Urko, « les élites dirigeantes » sont une bande d’enf***. Même si elles pensent ce que vous dites, elles n’en feront rien parce que ce n’est pas leur souci. Il y a belle lurette qu’on n’est plus sous de Gaulle, quand elles avaient encore le sens de l’intérêt national. Mais l’on devine leur inquiétude, et l’on ne s’étonnera pas qu’elles préparent l’avenir sous forme de répression socio-politique toujours plus sophistiquée.

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      • Macarel // 27.04.2020 à 11h14

        Les élites dirigeantes contaminées par le virus idéologiques du néolibéralisme, ne sont plus au service des peuples, mais d’intérêts privés. Si ces intérêts privés voient un avantage au maintien de l’euro, les élites feront en sorte de maintenir, à tout prix cet euro, y compris en finissant de tuer la démocratie. Si les intérêts privés ont davantage intérêt à la dissolution de la zone euro, les élites dirigeantes dissoudront la zone euro, même si elles doivent manger leur chapeau.
        A partir du moment où les Etats ne sont plus souverains, ils ne décident plus de leur destin !

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        • Urko // 27.04.2020 à 13h48

          Encore une fois, l’Euro n’est pas néo libéral ni libéral ni ultra libéral ni même un chouïa libéral : il représente l’inverse de ce courant d’idées puisqu’il consiste en la fixation par des pouvoirs publics des parités monétaires – donc des niveaux du change et des intérêts – de plusieurs pays. Que l’on se dise pour ou contre l’Euro, l’on ne peut pas le dire libéral. Il s’agirait d’un contresens absolu. Nos élites ne se mettent pas au service du libéralisme mais d’une forme d’oligarchie, laquelle semble passer du libéralisme à l’interventionnisme quand cela l’arrange sans guère d’attachement à quelque idéologie. Sinon, je pense sincèrement que le tissu de PME italiennes ne veut plus de l’Euro, que l’oligarchie se rallie à cette opinion ou non. Et les politiques italiens le savent et devront en tenir compte, d’autant que leur opinion publique ne se laisse plus berner sur ce sujet du moins.

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          • barbe // 27.04.2020 à 15h38

            Monsieur, la fixation de la parité est une chose, la création ex nihilo en est une autre. Le problème vient du fait que cette création est hors de contrôle. On va nous faire croire qu’il s’agit des lois du marché, que le marché s’autorégule (cela c’est du laisser faire, du libéralisme) : c’est une vaste blague. Regardez la quantité de monnaie créée, qui ne sait où s’investir et qui pèse de tout son poids comme s’il s’agissait d’une dette qu’on avait à prendre en charge.

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            • Urko // 27.04.2020 à 16h54

              La fixation stricte et pour toujours des parités me paraît le problème le plus immédiat et crucial. Celui de la création monétaire débridée, vieux comme les monnaies, la littérature sur le sujet reste plus abondante que les moyens d’y mettre fin. Voyez y un signe de détresse des autorites contrôlant l’émission de monnaie quand les volumes de celle ci croissent plus vite que la création de « richesses »…

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    • Chris // 27.04.2020 à 15h14

      Pas si sûr !
      N’oubliez pas le Brexit, ni la direction que prend la BoE à l’instar de la Fed…
      Puisqu’Arendt évoque l’astronomie, la conjonction de planètes lourdes* débutée en 2019 (*concernant tout le monde), Saturne-Pluton-Jupiter en Capricorne termine un cycle… en le balayant. Toute résistance à ce mouvement est inutile et ne fait qu’augmenter dégâts et douleurs : un Terminator cosmique. Surtout ne pas s’accrocher aux schémas anciens ou il vous en cuira jusqu’à dissolution.
      Une conjonction qui va trottiner encore 12 mois pour entrer dans le Verseau.
      Verseau ? Royaume-Uni/Brexit, Trump pur verseau… Uranus sa planète marque l’inventivité, débordements, révolution, non-conformisme, électricité, innovation débridée, aventure, arts, amitié/loyauté, futurisme, égo brutal, table rase, etc…
      Bref, accrochez-vous aux branches (non pourries), laissez vos certitudes préfabriquées de côté, suivez votre instinct de conservation, apprenez la frugalité et le partage, dépouillez-vous de vos rêves marchandisés, responsabilisez-vous, revenez aux valeurs essentielles de la famille/clan/nation vos seules niches sécuritaires. Ça va swinguer.
      … De rien, c’est gratuit.

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    • Véro // 27.04.2020 à 18h02

      Il est certain que si on attend que ça arrive tout seul, on pourra attendre longtemps. Ils veillent au grain, c’est un fait certain.

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  • gotoul // 27.04.2020 à 09h46

    Je trouve très pertinent l’analogie avec un tsunami : on est pour l’instant au moment du tremblement de terre sous la mer, l’onde de choc est en route inexorablement et elle va balayer plus ou moins violemment tous les pays de la planète.

      +10

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  • LibEgaFra // 27.04.2020 à 09h54

    « Nous sommes loin de l’épicentre, rien de concret pour l’heure n’est visible, tout est encore abstrait — et par-là offert au déni ou à la minimisation. Mais le séisme sous-marin a eu lieu, il propage son onde, et la ligne de front du tsunami s’est mise en mouvement. Elle nous vient dessus, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Révolution. »

    Quel bel acte de foi! Qui décrédibilise par avance celui qui n’est pas d’accord. Le capitalisme apporte la crise et la guerre (cf. le vocabulaire martial adopté aujourd’hui) comme les nuées apportent l’orage. Mieux elles sont nécessaires à sa survie, notamment pour restaurer un niveau de profit. Et soumettre encore davantage les gueux, ceux qui ne sont rien, ceux qui refusent de traverser la rue.

    Révolution? Ahahah! La révolution aurait consisté d’abord à envoyer balader « l’autorisation dérogatoire de sortie ».

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  • marc // 27.04.2020 à 10h16

    franchement, à part l’hélicoptère qui lache des sous, je ne vois pas d’autre solution pour s’en tirer…
    genre 2000 euros par personne… ça ne sera pas l’idéal… mais sans ça, les émeutes arrivent, et Lordon et les gilets jaunes les appellent de leurs voeux, ça va être un massacre

      +6

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  • Macarel // 27.04.2020 à 10h31

    En ce temps où l’on ne parle que de coronavirus, l’on peut par analogie parler de l’idéologie néolibérale qui a eu
    un effet viral chez les classes dirigeantes, surtout depuis la fin des années 70.
    Ce virus idéologique, a connu quelques variantes au cours de la période, mais globalement il a pour effet de
    transformer des Etat-nations autrefois souverains, en des Etats mis au service de la finance internationale.Cela provoque la destruction des services publics d’intérêt général : santé, éducation,etc… Et celle des législation protégeant les travailleurs des aléas de la vie.
    De sorte que les processus démocratiques ne finissent par n’être que des jeu d’ombre, où l’on vote mais sans que cela n’influence en rien les choix politiques faits par les élus. Ce virus idéologique finit par faire de la démocratie une coquille vide. Seuls sont conservés de chaque Etat les fonctions régaliennes, qui sont mises au service non du peuple, qu’ils sont sensés normalement défendre, mais qui sont « retournés » par ce virus pour les mettre au service
    d’une finance parasitaire du corps social, et réprimer toute contestation de populations de plus en plus conscientes
    que l’Etat n’a plus pour fonction de les protéger et encore moins de les servir. D’où des phénomènes comme les « gilets jaunes » et la répression féroce qui l’a accompagné. Ce virus idéologique, est qui plus est opportuniste, car il profite de toute crises graves (terrorisme international, pandémie, etc…) pour s’attaquer encore plus aux libertés individuelles des populations, et rendre les changements légaux induits irréversibles

      +18

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  • Berrio // 27.04.2020 à 11h04

    Filer 7 M d’€ à Air France qui lui permettent d’attendre de reprendre ses vols pour transporter des touristes ou des mangues du Pérou…
    Filer 5 M d’€ Chez Renault aux successeurs de Gohn qui sont incapables de fabriquer des respirateurs adaptés
    Ça se sont les besoins de l’UE et de l’€
    Moi j’ai plutôt besoin du plein emploi, d’hôpitaux, d’écoles, de logements décents, de théâtre, de cinéma…
    Si ça ne plait pas à l’UE et à l’€…

      +13

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    • calal // 27.04.2020 à 19h27

      « Moi j’ai plutôt besoin du plein emploi, d’hôpitaux, d’écoles, de logements décents, de théâtre, de cinéma… »

      vous vous seriez arreter a « logements decents », je vous aurais suivi. Mais vous avez ajoute « de theatre,de cinema »…
      Pourquoi vous arretez vous la? pourquoi les trois petits points? vous auriez envie de thermes,de spa et de jacuzzy et vous n’osez pas les reclamer de suite?

      besoin de theatre et de cinema? alors qu’on peut jouer dans un bus ou dans des champs…. 😉

        +2

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  • rolland // 27.04.2020 à 11h04

    Comme le dit le dicton : dans la vie on a ce qu’on mérite !
    Je dirai que puisque nous avons une Non-UE nous avons une Non-Monnaie et inversement.
    En fait je pense que ces deux formes sont entièrement disjointes, malgré les apparences, et toujours dans le domaine des apparences, elles se légitiment l’une l’autre sachant que la deuxième a d’abord légitimisé la première, tout cela en dehors de toute cohérence intellectuelle, factuelle, naturelle; de là la mort de l’une comme de l’autre ne saurait plus me ravir dans l’optique et la capacité à imaginer un futur humanisé.

      +1

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  • Macarel // 27.04.2020 à 11h08

    Très bonne analyse de la situation par Asma Mhalla chez Taddéi :

    https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire/74287-asma-mhalla-laurent-alexandre-sur-tracage-telephonique

    https://twitter.com/IDIRTFr/status/1253217041898602496

    Par contre, l’on peut se dispenser de itw de Laurent Alexandre…

      +3

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  • Anfer // 27.04.2020 à 11h10

    Les libéraux voient la période 1945-1975 comme une odieuse parenthèse.

    Odieuse car elle prouve que la baisse des inégalités, due à la fois à une forte imposition sur l’épargne des plus riches, couplé à une forte inflation, un investissement publique massif, le tout dans un environnement protectionniste, a permis une croissance économique sans équivalent dans l’histoire du monde, contredisant la théorie néoclassique en tout point.

    Mais soyons honnêtes, sans la terreur inspiré par l’URSS, ce monde n’aurait pas été possible.

    La parenthèse abominable est refermée, le chômage, l’explosion des inégalités, la précarité, les crises a répétition, reprennent leurs droits.
    Le XIX siècle, idéal du libéralisme, est de retour.

    D’ailleurs… savez vous comment on appel en politique des gens qui veulent revenir à un état anterieur du monde ?

    Des réactionnaires…
    Pas très surprenant finalement de voir le libéralisme se marier à merveille avec le conservatisme le plus rétrograde.

      +21

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    • Christian // 27.04.2020 à 15h04

      @Anfer,

      Ce qui a permis une croissance économique sans précédent durant les 30 glorieuses c’est surtout le fait qu’une grande partie du « monde libre » avait été détruite durant la seconde guerre mondiale et que le « monde libre » était hermétiquement fermé par rapport au bloc communiste, notamment la Chine. On ne reviendra pas à cette époque…

      Et pour info, la synthèse néoclassique qui a donné naissance au néolibéralisme économique a précisément été développée durant les 30 glorieuses, principalement par Hicks, Modigliani et Samuelson. Et elle n’a pas grand chose à voir avec le libéralisme, courant de pensée qui est bien plus ancien et dont l’idéal se situe beaucoup plus au XVIIIeme siècle qu’au XIXeme.

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    • Christian // 27.04.2020 à 15h45

      @Anfer,

      pardon, je vous ai trop vite lu, l’idéal du libéralisme se situe bien au XIXeme siècle, erreur de ma part 🙂

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    • Micmac // 27.04.2020 à 19h03

      Tout à fait.

      Mais la rhétorique sur le « progrès » qui serait véhiculé par le libéralisme, c’est le discours qui est servi à la gauche modérée pour la paralyser. Vous être contre le libéralisme, vous êtes un affreux réactionnaire populiste…

      En fait, Thatcher et Reagan annonçaient bien la couleur, puisque qu’eux disaient bien incarner la « révolution conservatrice ». Il s’agissait bien d’un grand bon en arrière, assumé comme tel.

      Christian : Il était bien compris par beaucoup d’économistes et de politiques à la fin des années 70 qu’il fallait changer de politique, les besoins de base de la population étant globalement satisfaits, ils ne pouvaient plus créer de « croissance » à moins de créer de nouveaux besoins sans fin.
      Beaucoup à gauche ont pensé qu’il ne fallait plus faire croitre la consommation, mais distribuer du temps libre, de la culture des loisirs. Keynes était arrivé à la même conclusion quelques décennies plus tôt. Le programme commun de 1981 parle explicitement de « civilisation des loisirs » (formule que je trouve très malvenue) pour porter cette idée. Mais bon, ça n’a pas duré…
      Et le néolibéralisme est bien un « relookage », une « modernisation » du libéralisme classique, discrédité dans les années 30. La philosophie de base en est la même, il s’agit juste de son adaptation au monde moderne, plus complexe que celui de Smith et Ricardo.

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  • rolland // 27.04.2020 à 11h13

    Est-ce que Frédéric Lordon n’aurait-il jamais entendu parler des DTS ?
    Si c’est le cas, histoire de voir un peu plus loin, je lui conseillerais le plus modestement du monde de lire Valérie Bugault..

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  • Christian // 27.04.2020 à 11h26

    N’en déplaise à Frédéric Lordon, il n’y a pas que l’euro qui prend l’eau, c’est tout le système monétaire international (SMI) dollarisé mis en place en 1973 qui risque bel et bien d’être emporté par le tsunami de dettes pourries qui s’amoncellent dans les bilans de toutes les banques centrales du SMI.

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    • Christian // 27.04.2020 à 12h50

      Ce à quoi on assiste aujourd’hui c’est une accélération du dilemme de Triffin, l’économiste d’origine belge qui fut le premier à décrire la problématique d’une organisation du SMI basée sur le dollar comme unique monnaie d’échange et de réserve internationale (cf « l’or et la crise du dollar » R.Triffin 1960).

      Tant que les USA représentaient la plus grande part du pib du « monde libre », un SMI dollarisé pouvait encore tenir. Mais dans le monde multipolaire qui est celui du XXIeme siècle, un tel SMI est voué à l’explosion.

      La question primordiale qui devrait nous préoccuper sur ce blog aujourd’hui est par quoi remplacer ce SMI dollarisé. Ce à quoi on va assister dans les années à venir c’est à un gigantesque rapport de forces entre les principaux pôles de ce monde multipolaire pour constituer un nouveau SMI dans lequel ce n’est plus une seule monnaie mais un panier de monnaies qui va constituer l’étalon monétaire.

      Dans ce contexte la question politique sera de savoir si l’eurozone aura la volonté et le pouvoir de constituer un de ces pôles face à des géants que sont les Etats Unis, la Chine et la Russie. Je n’en doute pas un instant, le dollar, le Yuan et le Rouble feront parti de ce panier de monnaies, reste à voir si les pays émetteurs de ces trois monnaies seront les seuls à avoir une véritable souveraineté monétaire ou si l’eurozone s’en donnera les moyens.

      Pour une lecture plus approfondie et mieux comprendre le dilemme de Triffin on pourra se reporter à l’excellent article suivant:
      http://www.econospheres.be/La-Russie-l-or-et-le-dollar

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  • Simplet regardant la montée du fascisme // 27.04.2020 à 11h29

    Macarel, la seule certitude pour l’instant est la confirmation que l’état n’existe plus. Et demain pour sauver l’Euro, on peut vendre la Corse à Bill Gates et envoyer les récalcitrants en Guyane ou aux Kerguelen. Bonne continuation

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    • barbe // 27.04.2020 à 11h35

      C’est la république qui n’existe plus : l’Etat comme administration demeure, coquille vide certes, mais active par les fameux pouvoirs régaliens…
      La disparition de la république se fait toujours au bénéfice de l’empire ; ici, de l’ue, qui a déjà gagné le droit de battre monnaie.

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    • Macarel // 27.04.2020 à 12h11

      Si ! comme l’écrit « barbe », l’Etat existe toujours, mais de plus en plus sous la seule forme répressive.
      Puisqu’il n’est plus au service « d’une souveraineté populaire », mais d’intérêts privés apatrides.
      L’Etat, ne sert plus qu’à dompter les peuples récalcitrants, la démocratie n’est plus qu’un décors de façade.
      C’est la tropicalisation du monde, pour reprendre le titre d’un ouvrage récent.
      Les méthodes jusque-là utilisées dans les colonies, sont aujourd’hui appliquées dans les métropoles.

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    • Macarel // 27.04.2020 à 12h16

      Le fascisme est l’enfant naturel du libéralisme économique !

      Hitler, n’a pas été élu en 1933, l’accès au pouvoir lui a été ouvert par Von Papen, alors
      que Hindenburg était déjà sénile.

      L’aristocratie, et la bourgeoisie allemande ayant cru pouvoir le manipuler, voyant en lui un ultime rempart contre les bolchéviques. L’on sait ce qu’il advint…

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      • Jean-Pierre Georges-Pichot // 28.04.2020 à 06h59

        Très juste. Et Goering était à la tête d’un clan financier et industriel majeur. En Espagne, Franco est recruté comme dictateur par l’Eglise catholique qui est la plus grande puissance financière du pays. Le fascisme n’est que le système capitaliste en tenue de guerre. Sur ces sujets, il y a quelques bons auteurs, comme Bolloten sur l’Espagne, Annie Lacroix-Riz sur la finance et le Vatican. Aujourd’hui comme hier, sauf dictature populaire armée, ou au moins sa menace, comme en 1945 avec les FTP, aucune autonomie de la politique par rapport au capital.

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  • JEAN PHILIPPE REUTER // 27.04.2020 à 13h52

    comme d hab c est brillant .mais de grace fred si tu me lis .voudrais tu avoir la gentillesse d écrire tes articles dans une langue que le pékin moyen puisse lire et comprendre!!!

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    • Chris // 27.04.2020 à 15h19

      Pourquoi ?
      Sa syntaxe, vocabulaire… et idées sont limpides.

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      • Christian // 27.04.2020 à 16h31

        @Chris,

        disons que le fait qu’il manipule beaucoup de termes en anglais sans les traduire ne doit pas aider à la compréhension.

        Exemples:
        « Après la near death experience, la full death experience ?  »
        « to skyrocket »
        « same player shoot again »
        « whatever it takes »
        etc…

        Et puis il y a des phrases très alambiquées qu’il faut relire trois fois pour les comprendre:

        Exemple:
         » Sans la moindre capacité de mouvement, de redisposition sur des points névralgiques où son hegemon est pour ainsi dire « psychiquement » incapable de compromis, sans la moindre plasticité, donc, ces institutions sont vouées à souffrir le choc, à en reprendre les tensions sans pouvoir les accommoder, et en espérant qu’elles ne se trouveront pas portées jusqu’à leur point de rupture.  »

        On dirait qu’il veut noyer le poisson… 🙂

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        • yann // 28.04.2020 à 00h38

          @Christian : 100% d’accord.
          Une partie du dysfonctionnement de l’UE provient sans doute de la complexité de ses règles, et la meilleure arme contre la complexité est la simplicité. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.
          Accessoirement, je ne fais pas très bien la différence entre une dette qui s’envole, qui explose, ou qui skyrockette. Si quelqu’un avait l’amabilité d’expliquer, en parsemant quelques mots de Hongrois et de Norvégien pour faire joli…

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        • Jean-Pierre Georges-Pichot // 28.04.2020 à 07h20

          Lordon n’a peut-être pas raison sur tout, mais il est ultra clair. Pour l’Anglais, c’est clairement un clin d’oeil provocateur, à prendre avec toute l’ironie entendue, et il ne faut pas trop lui reprocher cette facétie supplémentaire. N’a-t-on pas remarqué ce qu’était devenue la langue des médias ? Voltaire pourrait lire Lordon dans le texte, mais comprendre la télé, je ne crois pas. Vous êtes peut-être une victime de plus de la réforme Haby, quoique tout de même probablement moins atteint que Sibeth, Griveau et compagnie. Ce n’est pas de votre faute : c’est sans doute une question de génération et comme vous me semblez de bonne volonté, j’espère que vous vous en remettrez. Il ne fallait pas aller à l’école.

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  • barbe // 27.04.2020 à 15h29

    Parce qu’il y a trop de sous-entendus, d’ellipses, d’allusions… Lordon c’est d’abord un littérateur (je l’admire quand même, cf Le grand retournement), mais on aimerait qu’il soit plus direct, de sorte à ce que quelqu’un qui le lise sans rien savoir, qu’il soit d’aujourd’hui ou de demain (un siècle par ex) puisse comprendre…

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  • Rémi // 27.04.2020 à 15h49

    Si c’est la fin du capitalisme. Il faut que tout change… pour que rien ne change.
    Le village potemkine sera repeont, la forme des facades changée. Et derrière ce seront toujours les même isba.
    La vérité c’est le mensonge préparez vous á la déferlante d’articles.

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  • serge // 27.04.2020 à 16h40

    Bof, la mutualisation des dettes ayant été encore une fois (à juste raison si on raisonne en gestion de bon père de famille) retoquée, quels que soient les satisfecits que se décerne notre élite, probablement les allemands-hollandais-autrichiens-finlandais et autres danois vont se tirer pour faire une zone bis, très DM d’avant. En nous laissant l’euro, ses commissions idiotes, son parlement inutile et sa BCE avec ses QE maousse-costauds. Pas de miracle, pas de mort immédiate, une dure régression. Passer de cadre sup (bon, sur la base du PIB cela semble fringant) à SDF va faire mal.

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  • Souverainiste // 28.04.2020 à 03h48

    Peut-être( je dis bien peut-être) une Révolution qui se prépare. Mais ne vous faites pas d’illusion. A son terme, la France, qui n’est déjà qu’une puissance moyenne, ne sera… plus une puissance du tout. Le Portugal a dominé le monde, c’est à peine aujourd’hui s’il a son mot à peine dans ses propres affaires. Mais s’il n’y a pas de « Révolution »… la France deviendra un Etat fédéré de l’Union européenne. Foutu pour foutu… on la fait, cette Révolution ?

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    • Jean-Pierre Georges-Pichot // 28.04.2020 à 07h05

      Il n’est pas essentiel d’être une puissance, mais il est essentiel d’être maître chez soi. Préférerions-nous être Suisses ou Chinois ?

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      • Souverainiste // 28.04.2020 à 16h44

        Vous avez raison, mais je pose une autre question : peut-on être maître chez soi sans être une puissance ? Je n’ai pas de réponse, cela pourrait être le sujet d’une thèse en sciences politiques ! 😉

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  • Léon // 28.04.2020 à 13h21

    À partir du moment où les chefs d’État ont abandonné le principe subsidiarité, auquel ils étaient tenus, ils ont livré leur nation en esclavage à un mode de pensée et d’action totalement aliéné à la réalité propre à chacune, laquelle découle de son histoire et de sa culture qui forment sa personnalité propre, son identité, son unicité.

    Dès ce moment, et jusqu’à ce que la « raison du peuple » redevienne souveraine, l’espoir de régler les problèmes propres à chacun demeureront impossibles car il s’agit d’une situation où il faut travailler avec des outils inappropriés, dans leur conceptions et leurs usages.

    Lorsque les dirigeants, surtout lorsqu’ils n’ont pas été élus et, conséquemment, démontrent cet absence totale du sens de l’État, la seule et unique démarche de base consiste à s’en départir tout autant que des structures contraignantes mises en place par ceux-ci.

    Lorsqu’on réalise et admet qu’on est égaré, il faut retourner au point de départ pour définir un nouveau chemin.

    Aucune forme de gouvernement n’a plus de pouvoir que ce que lui en concède les gouvernés.

    Lorsque cela sera compris, accepté et intégré par une majorité, les actions nécessaires à la survie et à la prospérité de l’État couleront de source.

    La coopération entre les nations: OUI

    La sujétion à une structure hors sol national: UN SUICIDE!!!

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  • Joker // 29.04.2020 à 15h10

    Si on a fixé des intérêts (faramineux) à la dette, c’est parce qu’il y a un risque pour le créancier de ne jamais voir celle ci remboursée. Et bien voila, le risque est là. Passons a autre chose maintenant.

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  • Nanker // 30.04.2020 à 18h40

    « Mais que c’était un projet fou de faire monnaie commune avec un pays secoué en cette matière de tels cauchemars »

    C’est beau comme du Guy Des Cars… (ah ce Frédo quel poète!). Plus sérieusement oui l’Euro était un projet fou : attacher à la même cordée des alpinistes de force et d’endurance différentes…
    (allemands, français, italiens, espagnols) par ordre de force.
    Au début de l’escalade tout va bien : tout le monde suit. Mais dès que les difficultés se présentent la corde se tend : ceux de derrière ne peuvent plus suivre… Ils fatiguent… Puis ils lâchent et basculent dans le vide laissant au plus forts le soin de les retenir. Et puis ceux-ci commencent à se dire qu’il faudrait peut-être couper la corde (en 2021-2022?).

    Rappelons que l’Euro était une création *politique*, de gens comme Mitterrand qui se targuaient de ne rien comprendre à l’économie… 30 ans plus tard nous sommes dos au mur. Et le Corona va être le proverbial grain de sable qui va mettre par terre cette monnaie idiote.

    Et dans 30 ans nos petits-enfants nous demanderont : « mais pourquoi vous ne vous êtes pas débarrassés de cette saloperie d’Euro plus tôt? »

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