Les deux graphiques suivants mettent en parallèle l’évolution du revenu moyen du centile supérieur et du reste de la population en France et aux États-Unis (je vous rappelle l’étude des États-Unis pour comparer).

Inégalités de revenus en France

Inégalités de revenus USA Etats-Unis

On observe ainsi un bon résumé de la situation précédemment décrite :

  • le revenu moyen du Top 1 % français a été divisé par deux durant la crise de 1929, il a fortement augmenté jusqu’en 1980 et a plus modérément augmenté ensuite : il se retrouve au double de celui de 1925. Au contraire, le revenu du reste de la population est resté stable durant la crise de 1929, a quadruplé durant les Trente Glorieuses, et est globalement stable depuis. Ainsi, l’écart a bien été divisé par deux dans la période ;
  • aux États-Unis, les revenus du Top 1 % n’ont pas baissé durant la Crise de 1929, et sont restés stables jusqu’à la fin des années 1970, avant de quadrupler depuis. Les revenus du reste de la population américaine ont connu une évolution proche de celle de la population française, avec un quadruplement. Ainsi, la réduction des inégalités des Trente glorieuses a été entièrement effacée, et l’écart est désormais bien revenu à son niveau des années 1920.

 

Le graphique suivant nous montre l’évolution des revenus par quantile de population.

Inégalités de revenus en France

On observe une croissance de plus de 80 % des revenus du Top 0,01% sur la période (avec des pointes de +10 % en 1999 à +15 % en 2006), alors que le revenu de la très grande majorité de la population n’ont augmenté que de 8 %. Le fait surprenant est que la courbe P0-90 a largement surpassé celle de P90-95 et P95-99. On retrouve bien le fait précédemment souligné : cette catégorie des hauts-revenus a connu une diminution de sa part, grignotée par les classes pauvres mais surtout par les classes très riches.

Par rapport aux États-Unis, on n’observe pas l’énorme à-coup de 2000, avec une croissance phénoménale des revenus suivis par une chute presque équivalente. C’est ici une « vaguelette » à peine perceptible. Mais là encore, on note qu’une récession majeure a suivi les deux pics insoutenables de croissance du Top 0,1 %.

Pour clore cette partie consacrée aux revenus, tentons d’estimer l’évolution de la structure des revenus en France depuis 3 siècles :

Inégalités de revenus en France

Inégalités de revenus en France

Et comparons également la structure des revenus de la France en 2007 avec celle de l’Angleterre du XVIIe siècle :

Inégalités de revenus en France

On observe la très forte diminution des inégalités de revenus en France, continûment depuis le XVIIIe siècle. Contrairement aux États-Unis, la situation actuelle est beaucoup plus favorable à la vaste majorité de la population que durant l’Ancien Régime.

Cette évolution très favorable a bien évidemment été due à la fiscalité, et en particulier à l’impôt sur le revenu. Une prochaine série de billets lui sera consacrée, mais il nous reste un dernier billet pour mieux faire connaissance avec nos hauts-revenus…

A suivre…

15 réponses à 0256 Les inégalités de revenus en France (4/5)

  1. Dan Le 16 septembre 2013 à 09h34
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    JPMorgan réclame des régimes autoritaires en Europe

    Par Stefan Steinberg
    19 juin 2013

    Dans un document publié à la fin du mois de mai, le géant des banques d’investissement américain JPMorgan Chase réclame l’abrogation des constitutions démocratiques bourgeoises établies après la Seconde Guerre mondiale dans une série de pays européens et la mise en place de régimes autoritaires.

    Le document de 16 pages a été réalisé par le groupe Europe Economic Research de JPMorgan et est intitulé « L’ajustement de la zone euro – bilan à mi-parcours. » Le document commence par faire remarquer que la crise de la zone euro a deux dimensions.

    Pour commencer, il affirme que des mesures financières sont nécessaires pour garantir que les principales institutions d’investissement comme JPMorgan puissent continuer à engranger d’énormes bénéfices de leurs activités spéculatives en Europe. Ensuite, les auteurs soutiennent qu’il est nécessaire d’imposer des « réformes politiques » destinées à supprimer l’opposition aux mesures d’austérité massivement impopulaires qui sont appliquées au nom des banques.

    C’est ça la répartition des richesses ,la France comme l’Europe se laissent commander par ces pourr…s d’américain , c’est une honte d’un pays de voyous qui n’a que 250 ans d’existence !


    • Laurent Le 16 septembre 2013 à 11h11
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      Autant j’éprouve un vif dégoût pour les ambitions de la JP Morgan autant je ne partage pas du tout ces accusations vis à vis du peuple américain dans son ensemble.
      Tout d’abord parce que le peuple américain est lui aussi la cible des agressions financières de ces banksters et qu’il encaisse une formidable régression social ; le mettre dans le même panier que ses tyrans est, à mes yeux, une infamie.
      Ensuite parce que je ne crois pas un seul instant que les banksters français soient différents des banksters américains. Moins puissants certes, moins efficace aussi, mais en aucun cas moralement différents.
      Enfin il me semble que la principale arme des banksters est la confusion et qu’une erreur de cible participe à cette confusion.

      Bref visez juste !!


    • Christophe Vieren Le 16 septembre 2013 à 21h38
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      Oui Dan, Laurent a raison. C’est probablement ce que vous vouliez dire mais si cela va sans dire, cela va mieux en le disant.


  2. Bernard Grapperon Le 16 septembre 2013 à 14h15
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    Réflexions à la lecture des graphiques.

    – Évolution du revenu moyen
    Le traumatisme de 1940 a été très bien ressenti par les deux couches de population analysées, je remarque cependant que le bottom 99% s’en est pratiquement remis dès 1941/42 sans toutefois atteindre son niveau d’avant guerre (que contesteraient les millions de prisonniers pourrissant dans les stalag et les concentrés de Buchenwald, Dachau etc. Dès 1945, une embellie vite retombée. Quant au top1% il a continué à fléchir irrégulièrement jusqu’à la libération de fin 1944 et n’a retrouvé ses valeurs d’avant guerre qu’en 1965. Faut-il en conclure que le top 1% est plus patriote et à plus d’esprit de sacrifice que le reste de la population ? C’est ce qu’on peur conclure à la lecture des données.
    Le choc pétrolier de 1973, de sinistre mémoire, n’a été ressenti par aucune des couches de la population. Il aurait été très bien encaissé et la croissance a continué jusque vers 1980.
    En outre, ce graphique est du pain bénit pour les tenants d’une politique de droite : regardez l’évolution de la croissance depuis 1950, interrompue seulement par la gestion calamiteuse de l’équipe Mitterrand.

    Évolution de la répartition des revenus par quintiles en France 1700-1985 (2 graphiques)

    Ces graphiques font fi du traumatisme de l’époque de la Révolution française de 1789 et de ses conséquences citées dans tous les manuels d’histoire : suppressions des privilèges et confiscation des terres, faillite financière due à la prolifération des assignats, coût des guerres napoléoniennes qui n’a finalement profité qu’aux fabricants et marchands d’armes et contribué à l’appauvrissement général de la France.
    En comparant les extrêmes 1700 – 1985 on peut lire qu’en 1985 la Société française était plus égalitaire qu’en 1700 mais cela au détriment du prolétariat (P90-100) .
    En 1700, époque de Louis XIV, toute la richesse du pays était concentrée dans les mains de la noblesse, du haut clergé, et de la très haute bourgeoisie (déciles supérieurs). Au cours du XVIIIe siècle il y a eu un transfert progressif d’une partie la richesse de la noblesse vers la bourgeoisie (déciles intermédiaires), mais sans transfert de privilèges, ce qui a été une des causes de la révolution. Les graphiques sont en discordance totale avec tout cela et est, pour moi, totalement irrecevables. À la rigueur, si les légendes étaient inversées, c’est à dire remplacer P0-10 par P90-100 et ainsi de suite, il représenteraient un peu mieux les faits historiques et serait un peu plus crédibles sans être convaincants car ils ne tiennent aucun compte de l’époque des 30 glorieuses ni de l’évolution récente.


    • Christophe Vieren Le 16 septembre 2013 à 21h46
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      Bernard écrit : “Le choc pétrolier de 1973, de sinistre mémoire, n’a été ressenti par aucune des couches de la population. Il aurait été très bien encaissé et la croissance a continué jusque vers 1980.”
      Si l’on ne considère pas le chômage comme quelque chose à encaisser, alors OK.
      Sinon, ce graphique semble montrer que ce choc pétrolier ne semble pas étranger à la montée du chômage dans les pays de l’OCDE : Corrélation prix du pétrole et chômage en OCDE, 1978-2002. Le chômage y a doublé et n’est plus redescendu aussi bas qu’avant depuis, et ce malgré que le pétrole soit redescendu à un niveau plus bas qu’avant le premier choc d’ailleurs.


  3. Dan Le 16 septembre 2013 à 21h03
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    Laurent, c’est avec un peu de retard que je réponds à tes remarques à savoir que le peuple américain dans son semble a voté pour les pourris qui les dirigent . Faut-il considérer que peuple américain a un coefficient intellectuel à peine supérieur à 75 correspondant à la légère débilité !
    pour accepter que le monde entier doit être le serf de ce pays et en plus au nom de quoi ?
    Sommes nous revenu au temps d’Adolphe ou de Joseph Staline ?


    • Christophe Vieren Le 16 septembre 2013 à 21h51
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      Si le peuple US a un QI de 75, alors le peuple français doit en avoir un de 80 !
      Et ce serait génétique ?
      En tout état de cause, responsabilité du peuple US ou pas, cela ne doit en aucun cas signifier que nous devons être les victimes de l’impérialisme US en attendant l’avènement d’une de plus en plus hypothétique internationale prolétarienne.


    • jacqueline Le 17 septembre 2013 à 10h49
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      Le peuple américain a-t-il le choix de ses candidats ? comme nous il a deux partis qui monopolisent la politique, les subventions ( NDA aurait plus d’argent pour faire campagne sinon ) et l’influence sur les medias mainstream.


      • Christophe Vieren Le 17 septembre 2013 à 11h50
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        Certes, les élections sont très biaisées (coût énorme d’une campagne et poids de la comm) mais il y a toujours d’autres candidats à la base (Nader, Tea party, …) qui permettent au moins l’expression d’un vote contestataire.
        Le comportement, “je vote pour un de ceux qui a des chances de gagner” (comme l’on joue au loto ou au tiercé) est hélas trop répandu parmi nos concitoyens. Pourquoi ? Comportement “naturel” ? Poids de la TV ? Ecole ne développant pas assez le sens critique, à l’égard de l’utilisation de l’image en particulier ? L’internet suffira-t-il à diversifier l’offre d’information alternative et à la rendre attractive ? . . .

        Vaste débat et surtout cercle vicieux : tant que les deux gagnants trouvent leur compte dans leur alternance binaire, aucune raison d’apprendre aux enfants la Politique et le sens critique qui doit l’accompagner, ni de toucher aux mass medias (Bouygues, Dassault, Lagardère, ..) qui soutiennent, avec quelques nuances, ces deux là.

        Difficile de déceler dans les programmes du collège et ceux du lycéeles disciplines permettant et DEVANT développer l’esprit critique.

        En seconde, sur 28h30 : Histoire – Géographie : 3 h, Education civique, juridique et sociale : 0 h 30. En première et terminale : “objectif : préparer les élèves à des études supérieures” .
        Exit la citoyenneté !


        • jacqueline Le 17 septembre 2013 à 12h47
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          J e ne pense pas que l’internet fasse le poids par rapport aux merdias.

          Internet suppose une démarche volontaire, un effort de recherche, alors qu’il suffit d’allumer la télé pour subir le matraquage des merdias.

          En ce moment , c’est Fillion et le FN, 50 fois par jour sur toutes les chaines. Pas pour dire du bien du FN, bien que l’ UMP soit obligée d’aller chasser sur son terrain. Mais c’est l’occasion de dire que le programme du FN est suicidaire, alors que ce sont les programmes successifs de l’ UMPS qui nous ont mis dans le trou et nous y maintiennent.

          Mais à force de le répéter, ça rentre dans les cranes.

          Depuis le début de la crise je fais passer des liens ( y compris des articles d’ Olivier ) à mon entourage, mais à part quelques amis qui font la même chose que moi, ils n’ont pas le temps de lire les articles ou de regarder les vidéos, parfois c’est une heure, deux heures.. Mais même les résumés, ils n’ont pas le temps de se mettre disponibles et réceptifs, alors que la soupe des médias ne demande aucun effort soutenu d’attention pour la compréhension d’un texte.


          • Christophe Vieren Le 17 septembre 2013 à 14h29
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            Je partage hélas à la fois vos constats et craintes.
            A en croire cette enquête du CEvipof (2006) :

            1) La télévision est la première source d’information politique et celle en laquelle les électeurs ont dans leur ensemble le plus confiance.
            – Près de trois électeurs sur quatre regardent un journal télévisé régulièrement (au moins 5 jours par
            semaine) et plus de la moitié chaque jour.
            65 % des personnes interrogées déclarent que c’est le moyen d’information politique auquel elles font le
            plus confiance en premier ou en second. La presse écrite et la radio viennent ensuite (38% et 39% des personnes interrogées). L’internet n’est en revanche pas considéré comme un moyen d’information fiable (12% de personnes lui font confiance en 1 ou en second).
            – Le niveau d’études et l’intérêt pour la politique affectent significativement le type de média qu’on privilégie comme première source d’information. Plus on s’intéresse à la politique et plus on fait d’études, plus on tend à avoir confiance dans la PQN et accessoirement dans la radio, moins on a confiance dans la télévision.

            2) L’écoute du journal télévisé ( JT) est extrêmement concentrée sur quelques chaînes: quatre JT représentent les ¾ de l’audience des JT.
            – Un électeur sur trois regarde régulièrement le 20h de TF1 et près d’un sur cinq celui de France 2.
            – Cette concentration sur quelques chaînes est d’autant plus forte qu’on regarde fréquemment les informations télévisées.

            3) La fréquence d’écoute des informations télévisées et le choix du JT sont d’abord conditionnés par les facteurs socio-démographiques
            – L’effet du niveau du diplôme est le plus net et le plus fort. D’une part, plus on a fait d’études,
            moins on tend à regarder fréquemment le JT, plus on se tourne vers le 20 h de France 2 (mais pas
            celui de France 3). Ceux qui ont un niveau d’études primaire et secondaire regardent plus
            fréquemment les informations télévisées et s’informent d’abord auprès des JT de TF1.
            …..

            Fin de l’extrait.
            En ce qui concerne le 3e point, je résumerais ainsi : plus on est pauvre, plus on écoute le complexe militaroindustriel, fabricant de béton (et de l’EPR) !


          • ploi Le 17 septembre 2013 à 15h29
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            “En ce qui concerne le 3e point, je résumerais ainsi : plus on est pauvre, plus on écoute le complexe militaroindustriel, fabricant de béton (et de l’EPR)”

            Mais moins on est manipulé par la propagande médiatique??

            Parce qu’on trouve un peu plus loin :

            “Seul l’auditoire du 20h de F2 a voté majoritairement Oui au référendum.”


            • Christophe Vieren Le 17 septembre 2013 à 17h12
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              Si TF1 est pire que F2, cela ne fait pas de F2 un media assurant correctement sa mission de service public pour autant. Un JT reste un JT et CSOJ, par exemple, bénéficie, hélas, d’une audience quasi confidentielle.
              Perso, je ne regarde ni l’un ni l’autre vu que je n’ai pas de TV. ce qui me vaut la suspicion annuelle, pour ne pas dire le harcèlement, de la part des services fiscaux. Et ce malgré la case (“je ne possède pas de TV” cochée correctement.


    • Laurent Le 17 septembre 2013 à 14h08
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      Bonjour Dan,

      Pas de soucis pour le délai de réponse 😉
      Je vois que d’autres intervenants ont déjà argumenté, alors je me contenterai d’une simple question :

      Les élections présidentielles, sont-elles l’occasion pour le peuple de définir la politique qui devra être suivi dans les années à venir ?
      Ou sont-elles l’occasion pour la classe dirigeante de légitimer sa domination ?

      De la réponse découle la responsabilité.


  4. Guillaume81 Le 17 septembre 2013 à 13h32
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    Merci Olivier pour ce travail.
    quelle est votre source à propos des revenus en France au XVIIIe siècle ?


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