Thomas Piketty a réalisé une étude majeure : Les hauts revenus en France au XXème siècle. Inégalités et redistributions, 1901-1998 sur les hauts revenus en France. Elle a été actualisée par Camille Langlais en 2008 – les statistiques de l’INSEE ne dépassant jamais le quantile P95, qui agrège des situations bien trop disparates. En voici les résultats.

Inégalités de revenus en France

Lecture : 32 070 foyers gagnent entre 346 et 1 072 k€, constituant la fourchette des 0,10 % à 0,01 % des mieux payés ; ils gagnaient en moyenne 513 k€.

Ainsi en 2006 :

  • 10 % des ménages français (le « Top 10 % », soit 1,8 millions de français) gagnaient plus de 48 200 € (= P90) ;
  • 0,01 % des français (soit 3 500 foyers) gagnaient plus d’un million d’euros (= P99,99), et en moyenne 2,1 M€ ;
  • les 90 % gagnant le moins (le « Bottom 90 % ») gagnaient donc moins de 48 200 €, et en moyenne 18 500 €.

Inégalités de revenus en France
Inégalités de revenus

Il est frappant de constater à quel point la structure française des hauts-revenus est proche de celle des États-Unis (remise pour rappel) pendant 70 ans, et à quel point elles ont fini par totalement diverger. Ainsi en France, le Top 10 % :

  • entre 1900 et 1940, s’adjuge près de 45 % de tous les revenus. La distribution des revenus est très inégalitaire. Le mouvement est identique aux États-Unis jusqu’à 1935 ;
  • entre 1945 et 1980, voit sa part chuter drastiquement et se stabiliser en moyenne autour de 33 %. Les États-Unis sont encore plus stables que la France autour de cette moyenne ;
  • voit sa part atteindre un point bas en 1980, à 30 %. Sa part remonte alors légèrement, elle se stabilise alors à 33 %. En revanche, aux États-Unis, 1980 marque une explosion des inégalités de revenus, la part du Top 10 % montant alors à près de 50 % en 2007 – supérieure à celle des années 1920.

 

Sur la période 1910-1980, la structure des sous-quantiles est également extrêmement proche entre les deux pays.

La comparaison des deux graphiques suivants (celui des États-Unis est remis pour rappel) montre bien que c’est le fait d’avoir empêché la captation des revenus par le Top 1 % qui a permis le maintien en France de la « Grande Compression ».

 

Ainsi, la France a su échapper à la « Grande Divergence » qu’ont connu les États-Unis, et qui est en grande partie à l’origine de la Crise actuelle.

Toutefois, force est de constater le maintien des velléités visant à renforcer les inégalités de revenus en France (bouclier fiscal, suppression des droits de succession, refus de taxer plus fortement les plus-values mobilières et immobilières…). On observe ainsi en France une tendance modeste mais continue à l’augmentation de la part du Top 1 %, sans interruption depuis 1997.

Inégalités de revenus en France

Inégalités de revenus USA Etats-Unis

Inégalités de revenus en France

On observe enfin tout l’écart entre les deux pays sur l’évolution de la part du Top 0,1 %. Mais notons qu’en France, cette part a néanmoins augmenté de plus de 30 % entre 1997 et 2006 – ce qui est considérable…

A suivre…

17 réponses à 0252 Les inégalités de revenus en France (2/5)

  1. Guy VALETTE Le 10 septembre 2013 à 09h57
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    Merci pour cette très intéressante présentation.D’après “l’Observatoire des Inégalités” Il semble que l’enrichissement du top s’est encore accru avec la crise à partir de 2008.
    Voir l’article suivant:

    “Qui s’enrichit pendant la crise ?”
    “Entre 2008 et 2010, les 10 % les plus pauvres (ils touchent moins de 870 euros par mois pour une personne seule [1]) ont vu la masse globale de leurs revenus baisser de 519 millions d’euros, soit -1,1 %. Pendant ce temps, les 10 % les plus riches (au moins 3 000 euros de revenu par mois pour une personne seule) ont accru leurs revenus de 14 milliards sur cette même période, soit +4,3 %.”


  2. olivier69 Le 10 septembre 2013 à 13h16
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    Merci à Mr Berruyer pour ce billet.
    En 2006, environ 900 milliards (600 pour 10%+300 pour 90%) sont redistribués (fonction publique comprise) sur les 1750 du PIB. Soit environ 53% de la valeur créée (17,5% pour le bottom et 35% pour le top) sont repartis sous forme de revenu. Mais le reste….
    Les coûts de fonctionnement de l’économie française représentent les 47% restants ? Bien sûr que non ! Nous avons une dette de 1800 Milliards.
    ps : voir alors le déficit courant (la balance), la dette (sa taille et surtout son service),….
    Le PIB est un flux dans un stock patrimonial d’une certaine façon (81000 Milliards estimés pour la France).
    Soit 2,2 % d’endettement sur la valeur patrimoniale (81000) et environ 100% sur le PIB (1800) . N’y aurait-il pas eu inflation sur la valeur patrimoniale (pour les férus d’inflation et d’histoire) et comment s’est effectuée cette répartition patrimoniale. Le financement des retraites ?
    La crise financière sur les patrimoines annonce un réajustement des prix relatifs prévisibles (baisse de la valeur des actifs financiers et hausse des actifs réels). Déflation pour les riches et inflation pour les pauvres….Le poids, la charge de la dette et les conditions d’une crise de solvabilité (liquide ou pas : le support) ?
    De quel côté, il vaut mieux être, d’après vous ? La concentration va s’accélérer (bipolarisation)….
    http://www.inegalites.fr/spip.php?article1393


    • Casquette Le 10 septembre 2013 à 13h37
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      En 10 ans le patrimoine des français , constitué à 62% de biens immobiliers (voir wiki),a doublé grâce à la flambée des prix dans le secteur , + 111% entre 1999 et 2009 !!
      Plus concrètement le patrimoine des français est passé de 2360 milliards d’euros à 6090 milliards durant cette période.

      http://www.lefigaro.fr/impots/2011/01/20/05003-20110120ARTFIG00714-le-patrimoine-des-francais-a-double-en-dix-ans.php


      • olivier69 Le 10 septembre 2013 à 13h57
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        Merci casquette,
        Pour avoir rectifier mon erreur grossière sur le patrimoine (un zéro de trop). Soit un endettement supérieur à 20% sur le patrimoine. Plus proche de la réalité.


  3. emmanuel L Le 10 septembre 2013 à 13h51
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    On constate sur le 3ème graphe avant la fin que le top 1 français mange ‘aussi’ sur la tête de 90/95 et 95/99, donc bientôt ils ne devraient plus voter pareil 😉
    Par contre, l’avant dernier graphe indique que ceux du top 10 américain s’enrichissent ensemble en mangeant sur la tête de tous les autres, meilleure solidarité de classe =)


  4. Patrick Luder Le 10 septembre 2013 à 21h45
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    S’intéresser au riches c’est bien, mais n’oubliez pas le principal => la situation catastrophique des défavorisés, des démunis et des dépouillés !

    Un peuple est aussi grand que l’élévation de ses plus faibles …


    • dadone Le 10 septembre 2013 à 22h37
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      La richesse étant bornée si il y a des riches alors nécessairement il y a des pauvres….c’est mathématiques.


      • Patrick Luder Le 11 septembre 2013 à 20h56
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        Pas forcément, la richesse peut provenir de ressources (par exemple)
        … pas nécessairement de la captation de la richesse des pauvres !


        • dadone Le 11 septembre 2013 à 23h05
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          Bah non, à partir d’un certain niveau de ressources la richesse se matérialise essentiellement dans les services. Et les services ce sont les pauvres qui les rendent car s’ils n’étaient pas pauvre, ils ne les rendraient pas, ils les utiliseraient !
          CQFD !


        • olivier69 Le 12 septembre 2013 à 07h13
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          Bah oui, le capital humain ne se partage pas, il s’achète dans un monde marchand (cf éducation en perdition). Cette composante de la richesse est volontairement détournée dans l’échange avec pour but de figer le temps social. Ils naissent riches (cf Orlov). Chacun a sa place ! Les riches se seraient-ils enfin aperçus que leur cerveau était limité ? Une perception peut consister à entrevoir la quantité de marchandises comme stable et la quantité de monnaies comme instable. C’est la déflation des cerveaux ! Les riches ne rendent pas de service, c’est mathématique. Attention, vous allez finir par rendre service, c’est philosophique !
          Remède : diversité et polyvalence…..


  5. Hajik Le 10 septembre 2013 à 23h00
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    Mais de toutes façons, tous les vrais riches transfèrent la plus grande partie de leurs revenus hors de France. Alors que valent ces statistiques ? Pas grand chose, voir même cela peut faire croire que la France n’est pas inégalitaire.

    Quand je vois ceux qui ont les moyens de payer une école privée à leurs enfants où il y a max 3/4 élèves pour un prof ( oui beaucoup de prolétaire ne sont pas aux courants et comment peuvent-ils êtres compétitifs expliquez moi ?…) et à tous les coups c’est les mêmes qui crachent sur l’éducation nationale quand les prof n’ont que 20 élèves par classe et qui défiscalise à tour de bras.

    Je viens de voir le docu sur Arte sur l’évasion fiscale, j’ai la rage. Ce monde est encore plus gangréné que je ne le croyais, complètement pourris de A à Z, TOUS ceux qui ont le pouvoir sont complices, beaucoup par inaction volontaire pour préserver leurs intérêts mais cela revient au même.
    L’action de ne surtout pas produire d’actions est une action !


    • atanguy Le 11 septembre 2013 à 01h59
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      Oui,pour les plus riches,les revenus déclarés ne sont que la partie visible de l’iceberg.


  6. olivier69 Le 11 septembre 2013 à 01h58
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    Les inégalités d’aujourd’hui sont le résultat de faussaires :
    L’accélération des inégalités est en partie la conséquence du gonflement de la sphère financière. On peut s’attendre maintenant à une baisse des rendements du revenu du capital et malheureusement à une disparition du travail proposé (la concentration). L’ombre du cycle économique se profile et l’hiver Kondratiev se présentera-t-il à l’horizon ? La monnaie est un instrument de contrôle des ressources (manipulation des marchés par la création « ex nihilo » et maîtrise des négociations collectives par l’endettement) sans oublier une arme pour la détention du progrès (lors de révolutions technologiques par la solvabilité).
    http://www.dailymotion.com/video/xfifs6_economistes-atterres-james-galbraith_news


  7. Patrick-Louis Vincent Le 11 septembre 2013 à 17h23
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    Rien à voir avec le sujet, mais êtes-vous au courant de cette rumeur
    http://egotusum.wordpress.com/category/economie/

    “Des Boeing remplis de billets de banque alimentent nuitamment un improbable pont aérien, secrètement déployé pour éviter l’implosion du système. Ceci n’est pas l’extrait d’un roman d’espionnage, mais un fait établi: ces avions sont même peut-être passés au dessus de vos têtes.”


  8. BA Le 12 septembre 2013 à 07h31
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    Jeudi 12 septembre 2013 :

    L’austérité menace les Européens de basculer dans la pauvreté (ONG).

    Jusqu’à 25 millions d’Européens risquent de basculer dans la pauvreté d’ici à 2025 si leurs dirigeants maintiennent le cap de l’austérité.

    Cette mise en en garde de l’Oxfam intervient à la veille d’une réunion des ministres des Finances de l’Union européenne (UE).

    Le modèle européen “est désormais directement remis en question par des politiques d’austérité mal conçues”, relève jeudi dans un rapport l’ONG de lutte contre la pauvreté.

    La directrice du bureau européen d’Oxfam, Natalia Alonso, met en cause le recul des droits sociaux, “les coupes radicales dans les budgets de la sécurité sociale, de la santé et de l’éducation, la réduction des droits des travailleurs et une fiscalité inéquitable”, ingrédients depuis trois ans des purges économiques censées redresser les finances publiques en Europe.

    “En 2011 au sein de l’UE, 120 millions de personnes vivaient dans la pauvreté” (moins de 60% du revenu médian), “ce nombre pourrait augmenter de 15 à 25 millions si les mesures d’austérité se poursuivent”, portant à plus du quart de la population les personnes menacées par la pauvreté, y compris si elles ont un emploi, estime l’ONG.

    Le tout alors qu’Oxfam dénie toute efficacité aux mesures de “réduction aveugle de la dette”. Celles-ci ont plombé la croissance et propulsé le chômage à des niveaux records, et dont la pertinence fait désormais l’objet de débat au sein de ses initiateurs.

    Intitulé “Le piège de l’austérité”, le rapport met aussi en avant un creusement des inégalités, au profit des “10% les plus riches de la population européenne”.

    Les pays mis au régime d’austérité, la Grèce et le Portugal en échange d’une perfusion financière UE-FMI, mais aussi l’Espagne et le Royaume-Uni, “se classeront bientôt parmi les pays les plus inégalitaires au monde”, s’ils ne modifient pas leurs politiques, selon Mme Alonso.

    Invoquant les leçons à tirer des expériences similaires de casse sociale vécues par l’Amérique latine et l’Asie du sud-est dans les années 1980 à 1990, l’ONG appelle “les Etats-membres de l’UE à défendre un nouveau modèle économique et social” fondé sur une fiscalité équitable et des investissements publics dans les services et l’innovation.

    http://www.romandie.com/news/n/L_austerite_menace_les_Europeens_de_basculer_dans_la_pauvrete_ONG98120920130548.asp


  9. jave Le 13 septembre 2013 à 18h06
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    Je ne m’explique pas la colonne ‘part du revenu total’ dans le premier tableau du billet (seuil et revenu moyen…). Comment se fait-il que le ‘top 5 %’ ait une ‘part du revenu total’ supérieure au ‘top 10 %’ (et de même pour le ‘top 0,5 %’ et le ‘top 1 %’). Ca ne me semble pas logique, peut-être une erreur ?


    • olivier69 Le 13 septembre 2013 à 22h36
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      Bonsoir Jave,
      Le top 10 est la base. Alors le top 5 a 20% de foyers en moins mais dispose d’un revenu moyen supérieur de 50%. Ce qui explique cette différence de part dans le revenu total.


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